Israël tire les ficelles au Congrès des Etats-Unis

Publié le par José Pedro

États-Unis/Congrès : un milliardaire juif menace d’humilier les élus anti-Netanyahu

 

ADELSON

Le milliardaire juif américain Sheldon Adelson a menacé vendredi d’user de tout son argent pour humilier et empêcher la réélection de tout élu au Congrès qui boycotterait le discours du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahuprévu début mars.

Sous pression de l’administration Obama, de nombreux élus démocrates ont annoncé ou envisagent de boycotter le discours du dirigeant israélien devant le Congrès sur la menace nucléaire iranienne, invité par les Républicains au grand mécontentement de la Maison Blanche.

Le vice-président des États-Unis, Joe Biden, a indiqué vendredi qu’il serait absent lors du discours de M. Netanyahu. Officiellement, en raison d’un déplacement à l’étranger, récemment programmé.

Le président américain Barack Obama est foncièrement hostile au discours du Premier ministre israélien, en raison des négociations en cours entre les États-Unis et l’Iran sur la question du nucléaire iranien.

Le dirigeant américain craint un durcissement des sanctions contre le régime des mollahs qui pourrait être voté par les Républicains, et torpiller la stratégie conciliante de la Maison Blanche.

Katty Scott – © Le Monde Juif .info | Photo : DR

 

House of Cards : Israël tire les ficelles au Congrès des États-Unis

House of Cards : Israël tire les ficelles au Congrès des États-Unis

Politico affirme que le vice-président Joe Biden sera absent lors de la visite programmée du Premier ministre israélien Netanyahou à Washington, le 3 mars prochain. Netanyahou prononcera un discours sur l’Iran au cours de son allocution au congrès.

 

Le bureau du vice-président a confirmé ce vendredi que Joe Biden sera absent lors du discours du 3 mars. « Nous ne sommes pas encore en mesure d’annoncer les détails de son voyage, et notre bureau ne dévoilerait pas ces détails si tôt, mais ce voyage est prévu de longue date », a déclaré un porte-parole du bureau de la vice-présidence des États-Unis.

 

Incroyable. Cela donnera le droit à énormément de démocrates (gauche) de prévoir autre chose ce jour-là, et mettra dans l’embarras le Premier ministre israélien (droite). Même si de nombreuses organisations juives affirment qu’ils prendront les noms de ceux qui seront absents. Joe Biden, c’est un nom important !

Aux dernières nouvelles, une ribambelle de démocrates du congrès affirment qu’ils ne seront pas présents lors du discours, mais la tête du camp démocrate tente de resserrer les rangs et de limiter les désertions. Les démocrates ne veulent pas d’une surenchère entre les partis désireux de montrer leur amour pour Israël. Ainsi, Nancy Pelosi, leader de la minorité à la Chambre, affirme que l’invitation de Netanyahou était une erreur, et que le discours aurait dû être annulé, mais déclarait le jour d’avant qu’elle serait présente lors du discours. L’emploi du mot « boycott » est proscrit dans le camp démocrate !

 

Je crois que personne ne devrait employer le mot « boycott ».

Nancy Pelosi, le cul entre deux chaises malgré sa dévotion envers l'AIPAC

 

Le boycott, c’est un mot d’un autre temps, a-t-elle répondu au leadership démocrate concernant leur colère vis-à-vis du discours prévu.

Visiblement, Pelosi trouve ce discours prévu de Netanyahou si horrible qu’il faudrait « revoir le concept d’invitation de dirigeants étrangers pour des allocutions lors des sessions conjointes du Congrès ». Pourtant, à y regarder de plus près (1:15), elle n’a pour unique préoccupation que l’ingérence des États-Unis sur la politique israélienne (notamment la campagne électorale de Netanyahou pour les élections du 17 mars prochain), mais ne prononce pas la moindre voyelle concernant Israël, ni son lobby, ni leur ingérence dans la politique étasunienne vis-à-vis de l’Iran. Aucun soucis de ce côté-là !

 

Nos deux pays et leurs dirigeants respectifs sont liés par une amitié très forte. Nous devrions donc aisément résoudre cette question. Peut-être même devrions-nous revoir le concept des sessions conjointes au Congrès, car elles ne doivent pas être une arène politique deux semaines avant une élection. Certaines personnes trouvent cela inacceptable. Certains partisans d’Israël m’appellent et me disent que c’est scandaleux (et ce sont des partisans de Netanyahou) que le sol de notre Chambre soit utilisé, instrumentalisé, à des fins politiques en Israël et aux États-Unis.

Nancy Pelosi, quatre mains et deux bouches

 

Par conséquent, il faut être un fervent partisan d’Israël pour s’opposer à ce discours. Netanyahou est également inquiet des conséquences politiques. Il affirme désormais avoir été trompé par Boehner. Il pensait que l’invitation provenait également des démocrates.

Nous avons regroupé une liste de cinq démocrates qui affirment qu’ils n’assisteront pas à ce discours de Netanyahou :

  • Jim McGovern
  • Jim McDermott
  • John Lewis
  • Earl Blumenauer
  • G.K. Butterfield

Le journal The Guardian parle de trois démocrates de premier plan, Blumenauer, Butterfield et Lewis, et explique que selon Pelosi, d’autres pourraient souffrir « d’épisodes de diarrhée » pile au moment où Netanyahou fera son apparition. Associated Press a interviewé Lewis et Butterfield.

 

Deux membres démocrates importants de la Chambre ont déclaré ce jeudi qu’ils n’assisteront pas au discours du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, au Congrès le mois prochain. Ils affirment ne pas approuver la décision du président de la Chambre, John Boehner, d’inviter le leader israélien sans avoir consulté la Maison Blanche. Le représentant John Lewis, de l’État de Géorgie, et le représentant G.K. Butterfield, de la Caroline du Nord et président du caucus noir du congrès, ont affirmé qu’ils n’assisteront pas au discours de Netanyahou le 3 mars prochain. « Je pense que c’est un affront au président et au département d’État, ce qu’a fait le président de la Chambre en ne consultant pas la Maison Blanche », a déclaré Lewis lors de l’interview. Butterfield affirme être « particulièrement déçu par le président de la chambre, qui a causé un véritable tintamarre » au Congrès. « Du jamais vu » de la part d’un président de la Chambre.

Lewis et Butterfield, démocrates à la Chambre, interviewés par Associated Press

 

replewis

Remarquons au passage que Lewis et Butterfield sont des leaders de la communauté afro-américaine. Butterfield, âgé de 67 ans, représente un district rural dans l’est de la Caroline du Nord, majoritairement peuplée d’afro-américains. L’Almanac des politiciens étasuniens le qualifie de « stratège important dans les coulisses, à la fois dans le leadership démocrate et dans le caucus noir du congrès ».

Chris Matthews a abordé ce problème sur MSNBC la nuit dernière. Il a de nouveau qualifié cette problématique de« controverse » liée à l’ingérence des États-Unis dans la politique israélienne, et a insisté sur le fait que les Israéliens valent mieux que Netanyahou. « Vous pouvez aller en Israël et parler de n’importe quoi avec n’importe qui. C’est un pays très libre », a-t-il déclaré. Et Netanyahou mène le « bloc de droite » : « Il ne parle pas au nom des juifs moyens qui vivent en Israël, pas le moins du monde ».

Il s’agit-là d’une chimère. Comme Kenneth Vogel du journal Politico l’a souligné, Netanyahou parle « au nom de la part de lion » des juifs israéliens. Matthews a ensuite sérieusement douté du fait que « l’Israélien moyen » (lire l’Israélien juif) soit en faveur d’une « campagne de bombardement » contre l’Iran. Désolé Chris, mais 95 % des Israéliens juifs étaient en faveur du massacre de Gaza.

Michael Steele, républicain, estime quant à lui que la « substance » du discours de Netanyahou, c’est une tentative d’interférer avec la politique étasunienne, une tentative que Steele soutient de toute évidence. Le discours concerne« ce que nous allons faire de l’Iran, et les manquements de l’administration Obama vis-à-vis de l’Iran ».

 

Les Israéliens sont très mal à l’aise vis-à-vis de cela. Les partenariats mondiaux que nous avons affirment qu’on ne peut pas se fier à eux [L’Iran]… C’est une occasion de planter un pieu au cœur-même de cette problématique : la négociation des États-Unis avec l’Iran.

Michael Steele, républicain des États-Unis d'Israël

 

Planter un pieu dans le cœur des négociations des États-Unis ! « Mais quelle serait donc l’alternative aux négociations ? », a très justement demandé Matthews. Si nous frappions l’Iran, nous serions contraints de recommencer ces mêmes frappes tous les deux ans.

Matthews a également abordé le point de vue du lobby israélien. L’invitation permet à Matt Brooks, de la coalition juive républicaine, de « sensibiliser les juifs en faveur des républicains ». Lire : de récolter de l’argent. C’est la troisième fois que Matthews mentionne les incursions du lobby dans le parti républicain. J’imagine qu’il a tenté d’amener Brooks à s’exprimer sur ce sujet, mais Brooks évite soigneusement cette patate chaude.

Concernant les récoltes de fonds, voici une explication plus complète. Le professeur Lawrence Davidson écrit que les avances financières sont inconstitutionnelles et favorisent la corruption. Les donateurs sionistes veulent un conflit direct avec l’Iran, mais le peuple des États-Unis d’Amérique non.

valls bernard henri levy

En France existerait un lobby sioniste qui dirigerait nos gouvernants… Quelle absurdité sans nom !

 

Boehner et ses amis républicains tentent de priver les démocrates de quelque chose qui leur tiendrait à cœur, et de se l’approprier. Boehner sait que les lobbies pro-israéliens sont des donateurs politiques clés ; il tente donc de faire augmenter leurs contributions financières envers les républicains et de diminuer celles envers les démocrates. S’il faut pour cela trahir un président des États-Unis, Boehner est prêt à le faire. Si cela implique d’attirer le peuple étasunien dans une énième guerre au Moyen-Orient, il semble également prêt à le faire. Dans toute cette histoire, la volonté du peuple étasunien compte pour du beurre. En dépit de la propagande négative vis-à-vis de l’Iran, les sondages indiquent que la plupart des citoyens étasuniens soutiennent les efforts diplomatiques du président Obama. Boehner n’en a cure, de toute évidence. Néanmoins, tout comme pour Eric Cantor, personne dans les rangs démocrates n’est disposé à respecter ce jugement populaire en défiant ouvertement Boehner et son comportement anticonstitutionnel. Et pour cause : le parti démocrate est tout autant épris de l’argent sioniste que le camp républicain. La représentante démocrate Nancy Pelosi, désormais leader de la minorité de la chambre, devrait bondir de fureur et se taper la tête contre tous les murs concernant l’invitation de Boehner à Netanyahou. Pourtant, sa seule réaction fut de dire que cela va à l’encontre du protocole, et que cela pourrait nuire aux pourparlers avec l’Iran. Elle n’a pas non plus osé dire que cette invitation devrait être annulée. Netanyahou a été invité par le président républicain de la chambre, John Boehner, afin de prononcer un discours au congrès le 3 mars prochain. Une invitation décrite comme « bipartisane » par Boehner, dans un premier temps.

 

Jon Stewart a plus ou moins esquivé ce sujet. C’est dommage. Une toute petite blague concernant l’hypocrisie de la Maison Blanche, qui affirme « ne pas vouloir interférer avec la politique interne d’Israël ».

 

Absolument ! L’Amérique ne veut pas faire de l’ingérence dans les politiques internes des nations du Moyen-Orient ! Enfin, quoi… On ne fait pas cela !

Jon Stewart

 

Mais une fois encore, on s’en fiche de la politique israélienne. Ce qui nous importe, c’est de savoir qui interfère avecnotre politique. M.J. Rosenberg, d’un ton caustique :

 

En Amérique, même Jon Stewart y va doucement avec le prophète Netanyahou.

MJ Rosenberg

 

Rosenberg affirme également que Netanyahou se trompe dans ses calculs : il croit qu’un républicain ou Hilary Clinton sera élu en 2016, « et ira faire la guerre à l’Iran pour lui. Il rêve ». D’accord. Alors pourquoi sommes-nous allés faire la guerre en Irak ? Pourtant, il ajoute :

 

Ne nous berçons pas de douces illusions. Si Israël bombardait Téhéran demain, les démocrates se précipiteraient les premiers à la Chambre et au Sénat pour se prosterner et exiger qu’on entre en guerre.

MJ Rosenberg

 

Concernant cette remarque, voici une excellente lettre de plusieurs groupes de l’Oregon qui appellent tous leurs représentants au Congrès à suivre l’exemple d’Earl Blumenauer en déclarant qu’ils n’assisteront pas au discours de Netanyahou. Pas à cause de l’ingérence politique interne ou externe, mais à cause de la guerre.

 

Nous, organisations soussignées, saluons la décision du représentant Earl Blumenauer de demander au président de la Chambre, John Boehner, d’annuler l’invitation faite au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, de s’exprimer lors d’une session conjointe au Congrès des États-Unis. Le représentant Blumenauer a affirmé que si le discours n’est pas annulé, il refusera d’y assister. Nous implorons tous nos membres présents au Congrès à suivre cet exemple. Nos objections à l’invitation de Netanyahou vont au-delà des facteurs suivants : a) Cette invitation va à l’encontre du protocole. b) Il s’agit d’une péripétie prévue juste avant une élection israélienne très proche, et c) Il s’agit d’une tentative du congrès, dirigé par les républicains, de mettre le président Obama dans l’embarras. L’objection la plus importante à cette invitation est due au fait que Netanyahou tente de faire capoter les négociations entre les États-Unis et l’Iran concernant le programme nucléaire iranien en exhortant le congrès à imposer des sanctions supplémentaires à l’Iran. Comme l’affirme le représentant Blumenauer, la seule solution, dans l’intérêt de tous les pays, est un accord négocié. Pourquoi est-ce que M. Netanyahou serait invité afin de torpiller ces initiatives diplomatiques ? Les leaders du monde reconnaissent également le danger qui consiste à s’exprimer au Congrès et à interférer avec le processus diplomatique, et demandent également à ce qu’il n’interfère pas avec celui-ci. Des sanctions supplémentaires risquent de mettre un terme au processus diplomatique et d’accroître les tensions entre notre pays et l’Iran, ce qui pourrait provoquer une guerre.

Lettre de différents groupes citoyens de l'Oregon à l'attention de leurs représentants au Congrès des États-Unis

 

frank underwood

« Même moi, ça me choque… et pourtant dans le style manipuler-trahir-tuer, je suis un génie » – Frank Underwood, visiblement éprouvé par le niveau de chutzpah du lobbysioniste

Parmi les signataires de cette lettre : 

  • Americans United for Palestinian Human Rights
  • Friends of Sabeel North America
  • Individuals for Justice
  • Jewish Voice for Peace – Portland Chapter
  • Lutherans for Justice in the Holy Land
  • Mission of the Atonement Holy Land Ministry
  • Oregon Fellowship of Reconciliation
  • Tree of Life Educational Fund-West Coast
  • Veterans for Peace Chapter 72

Bien à vous.