La Laosophie c'est la Démocratie Directe qui peut seule assurer la Liberté, l'Egalité et la Fraternité de la République

Publié le par José Pedro

LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE,
Jean-Jacques Rousseau (painted portrait).jpg
 
Impossible à réaliser, c'est pour cela que la Révolution a berné les gens à partir de jean-Jacques Rousseau, le seul défenseur de la Démocratie directe: Définition de la démocratie directe La démocratie directe est l'une des formes premières de la démocratie dans laquelle le peuple exerce directement le pouvoir politique, alors que dans une démocratie représentative, il l'exerce de manière indirecte. Dans l'Antiquité et en particulier au VIe siècle avant notre ère, des cités ou des groupes sociaux étaient organisés en démocratie directe. Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) estime que la démocratie ne peut être que directe en se fondant sur lesdroits naturels des êtres humains et sur le pacte social qui les unit.
 
Cependant, au XVIIe et au XVIII siècles, de nombreux penseurs considèrent que la démocratie directe n'est applicable que dans de petits pays, avec peu d'habitants et ayant une structure sociale homogène. Les Etats démocratiques modernes qui se sont construits à partir de la fin du XVIIIe siècle, sont caractérisés par une démocratie représentative. La seule exception notable est la Suisse, dotée d'une forme originale de démocratie directe que facilite le fédéralisme. La démocratie représentative est critiquée sur le fait qu'elle dépossède le peuple souverain de son pouvoir.
 
La démocratie Directe avec les réseaux sociaux et la puissance des serveurs informatiques du XXIème siècle est possible et réalisable, de même qu'une justice et une constitution, élaborées et approuvées par les citoyens, qui se pratiquerait en ligne. Nous avons déjà énormément de services Publics en ligne (impôts, sécu, Banques, services locaux et de proximité). Les résultats pourraient être immédiats. Dans les consultations actuelles en ligne, ce n'est pas encore le cas, car on suspecte des irrégularités de partout. Le programme peut être volontairement ou involontairement truqué, ceux qui le manipulent également, l'information peut-être tronquée et partielle, les faussaires peuvent exploiter les failles, sauf si cela se fait en grappes validées localement par des actions humaines qui valident les résultats partiels et ainsi de suite juqu'au résultat final.
 
La politique des partis introduit des facteurs non démocratiques, (voir l'artice précédent de la Laosophie sur les Partis Politiques dans la Démocratie). En gros, c'est une représentation ou représentativité faussée et sous influence des lobbies, des sectes, des intérêts des riches et des Multinationales. Le plus fort l'emporte avec un 49.3! Aujourd'hui on sait que les Partis Politiques sont financé par des Etats extérieurs ou des Mécènes non philanthropes, ce qui nécessite de faire la Politique de ses donateurs. Les journaux et l'information appartiennent aux Multinationales, les partis font ce qui a été appelé l'UMPSS, raliement obligatoire aux Etats-Unis, à l'OTAN, à la CIA, à la NSA, FBI et DEA, contre le bloc des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).
 
La démocratie directe devient alors une alternative. Certains pays ont ainsi intégré des éléments de démocratie directe dans leurs institutions pour que les citoyens soient davantage impliqués dans les décisions politiques. Exemples d'institutions ou de mécanismes qui relèvent de la démocratie directe ou semi directe :   - référendum,   - assemblées locales,   - initiatives populaires,   - pétitions... Dans le secteur économique, l'autogestion est une application de la démocratie directe.
 
Exemples de mouvements ou d'expériences politiques se réclamant de la démocratie directe :
la Commune de Paris (1871),
les soviets de Russie (1905 et 1917 à 1921),
les conseils ouvriers en Allemagne et en Italie (1918-1920),
les communautés libertaires espagnoles (1936),
les conseils ouvriers hongrois (1956),
le mouvement de mai 1968 en France,
la révolution iranienne de 1979.

Jean-Jacques Rousseau, né le 28 juin 1712 à Genève et mort le 2 juillet 1778 (à 66 ans) à Ermenonville, est un écrivainphilosophe et musicien genevois francophone.

La vie de Jean-Jacques Rousseau est une vie d'indépendance et d'instabilité. Il quitte d'abord Genève à seize ans pour la Savoie, où il reçoit un complément d'éducation et une initiation à l'amour par Mme de Warens avant de gagner Paris en 1742, pensant faire carrière dans la musique. Il mène alors une existence difficile, cherchant divers protecteurs et vivant avec Thérèse Levasseur, qui lui donnera cinq enfants, tous confiés à l'Assistance publique. Dans le même temps, il rencontre Diderot et écrit des articles sur la musique pour l'Encyclopédie.

Son œuvre (« structurée et décidée » disait Raymond Trousson) participe à l'esprit des Lumières par son rejet des régimes autocratiques, mais il s'en distingue notamment quant à l'idée que le siècle serait un heureux siècle de fer et de progrès comme chez Voltaire : « Tout sert au luxe, au plaisir de ce monde. Oh ! le bon temps que ce siècle de fer ! », Voltaire, Le Mondain (1726).

Entretenant de façon générale des relations interpersonnelles difficiles, il se réfugie plusieurs fois dans la solitude, séjournant de nouveau en Suisse en 1762 après la condamnation de ses ouvrages par le Parlement de Paris. Il entreprend alors d'écrire son autobiographie pour se justifier et multiplie les lieux de résidence, pour finalement retourner à Paris en 1770 et vivre en copiant de la musique. Il meurt à 66 ans en 1778 et sa dépouille sera transférée au Panthéon par la Convention au moment de la Révolution française en 1794.

Rousseau entre dans l'histoire des idées avec ses brefs essais : Discours sur les sciences et les arts (1750) etDiscours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755), en opposant l'état de nature qui faisait le bonheur de l'humanité, à l'état social, source des insatisfactions générales. Ayant pris le contrepied de la philosophie de Hobbes, il sait néanmoins un retour à l'origine impossible et il poursuit une réflexion sur le fonctionnement d'une société démocratique basée sur le Contrat social (1762) dans lequel le peuple souverainorganise la vie collective. Rousseau propose aussi, avec Émile, ou De l'éducation (1762), une réflexion sur l'éducation, qu'il affirme devoir s'appuyer sur la préservation des qualités naturelles de l'enfant et assurer plutôt des savoir-faire concrets que des savoirs livresques.

Dans le domaine littéraire, l'apport de Jean-Jacques Rousseau est également déterminant avec Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761), roman par lettres sur le modèle anglais du Paméla ou la Vertu récompensée de Samuel Richardson, qui sera un des plus gros tirages du siècle en séduisant par sa peinture préromantique du sentiment amoureux et de la natureLes Confessions (rédigées entre 1765 et 1770, avec publication posthume en 1782 et 1789) et Les Rêveries du promeneur solitaire (écrites en 1776-1778, publiées en 1782) fondent l’autobiographie ; l'auteur s'y livre à une observation approfondie de ses sentiments intimes.

Ainsi l'influence de Jean-Jacques Rousseau est-elle majeure aussi bien dans le domaine de la philosophie politiqueen nourrissant la réflexion sur la démocratie que dans le domaine de la littérature, et, au-delà, dans les comportements, avec la place nouvelle faite à la sensibilité, qui s'épanouira au début du siècle suivant avec leromantisme.

 

 

Biographie

Famille et enfance

Raymond Trousson, dans la biographie qu'il consacre à Jean-Jacques Rousseau, indique que la famille était originaire de Monthléry, près d'Étampes, au sud de Paris1. L'aïeul de Jean-Jacques, Didier Rousseau, quitte Monthléry pour fuir la persécution religieuse contre les protestants. Il s'installe à Genève en 1549 où il ouvre une auberge2.

L'arrière petit-fils de Didier Boucher, David Rousseau (1641-1738) est le grand-père de Jean-Jacques Rousseau. Il exerce comme son père, Jean Rousseau, le métier d'horloger, profession respectée et lucrative dans ce temps. Il épouse Suzanne Cartier qui lui donnera de nombreux enfants dont six atteindront l'âge adulte ; trois garçons, David, André et Isaac le père de Jean-Jacques (on ignore ce que deviendront les deux premiers) ; trois filles, Clermonde qui épousera Antoine Fazy, Théodora et Suzanne, ces deux tantes joueront un rôle plus actif dans la vie de Jean-Jacques.

Jean-Jacques Rousseau, est né le 28 juin 1712 au domicile de ses parents situé Grand-Rue dans la ville-haute de Genève. Il est le fils d'Isaac Rousseau, (Genève, 1672 - Nyon, 1747), horloger comme son père et son grand-père, et de Suzanne Bernard (Genève, 1673 - Genève, 1712), elle-même fille d'un horloger nommé Jacques Bernard. Ses parents se marient en 1704, après qu'une première union eut réuni les deux familles puisque le frère de Suzanne, Gabriel Bernard avait épousé la sœur d'Isaac, Théodora Rousseau en 1699. Un premier garçon, François, naît le 15 mars 1705. Puis Isaac laisse femme et nouveau-né à Genève pour exercer son métier d'horloger à Constantinople. Il y restera six ans et reviendra au foyer en 1711, le temps de faire un deuxième enfant avec sa femme ; cette dernière décédera malheureusement de fièvre puerpérale le 7 juillet 1712, neuf jours après la naissance de Jean-Jacques Rousseau.

Isaac Rousseau a un caractère parfois violent. À la suite d'une altercation avec un compatriote, il se réfugie à Nyon dans le canton de Vaud, le 11 octobre 1722, pour échapper à la justice3. Il ne reviendra jamais à Genève, mais conservera quelques contacts avec ses fils, notamment Jean-Jacques qui fera régulièrement le voyage à Nyon et à qui il communiquera sa passion pour les livres. Il confie sa progéniture à son double beau-frère Gabriel Bernard en s'engageant à lui verser une pension.

 
Plaque commémorative dédiée au séjour de Jean-Jacques Rousseau dans l'ancien presbytère apposée sur l'église Saint-Pierre de Bossey, en Haute-Savoie.

À partir de l'âge de dix ans, Rousseau est donc élevé par son oncle Gabriel4, un pasteur protestant qu'il prend pour son grand-père, et sa tante Suzanne. Son frère, François, quitte le domicile très tôt et l'on perd sa trace en Allemagne, dans la région de Fribourg-en-Brisgau. Rousseau est ensuite confié en pension au pasteur Lambercier à Bossey au pied du Salève, au sud de Genève, où il passe deux ans (1722 - 1724) en compagnie de son cousin Abraham Bernard.

Son oncle le place ensuite en apprentissage chez un greffier, puis, devant le manque de motivation de l'enfant, chez un maître graveur, Abel Ducommun. Le contrat d'apprentissage est signé le 26 avril 1725 pour une durée de cinq ans5. Jean-Jacques qui a connu jusqu'à présent une enfance heureuse, ou tout au moins apaisée, va être alors confronté à une rude discipline6. Le 14 mars 1728, rentrant de balade sur le tard et trouvant les portes de Genève fermées, il décide de fuir (craignant d'être à nouveau battu par son maître7), non sans avoir fait ses adieux à son cousin Abraham.

Protection de Madame de Warens

 
Vue de la fontaine et du buste entourés par la balustre d'or commémorant la première rencontre entre Jean-Jacques Rousseau etMadame de Warens à Annecy.

Après quelques journées d'errance, il se réfugie par nécessité alimentaire auprès du curé de Confignon, Benoît de Pontverre. Celui-ci l'adresse à une Vaudoise de Vevey, la baronne Françoise-Louise de Warens, récemment convertie au catholicisme. La baronne s'occupait des candidats à la conversion. Rousseau s'en éprend et elle sera plus tard sa tutrice et sa maîtresse. Dans les Confessions, Rousseau souhaite que leur rencontre, le 21 mars 1728, soit matérialisée par un balustre d'or. Aussi peut-on observer à Annecy un buste du philosophe entouré d'un balustre doré sur lequel est écrit « un matin de Pâques fleuries, Rousseau rencontra ici Madame de Warens ». La baronne l'envoie à Turin à l'hospice des catéchumènes de Spirito Santo où il arrive le 12 avril 1728. Il s'accommode assez vite de la conversion au catholicisme marquée par son baptême le 23 avril, même s'il prétend dans ses Confessions avoir longuement résisté8. Il réside quelques mois à Turin en semi-oisif, vivotant grâce à quelques emplois de laquais-secrétaire et recevant conseils et subsides de la part d'aristocrates et abbés auxquels il inspire quelque compassion. C'est lors de son emploi auprès de la Comtesse de Vercellis que survient l’épisode du larcin (vol du ruban rose appartenant à la nièce de Mme de Vercellis) commis par le jeune homme et dont il fait lâchement retomber la faute sur une jeune cuisinière qui est renvoyée9.

L'espérance déçue de ne pouvoir s'élever de sa condition, Rousseau se dissipe jusqu'à décourager ses protecteurs et il reprend, le cœur léger, le chemin de Chambéry pour retrouver la baronne de Warens en juin 1729. Jean-Jacques est encore un adolescent, timide, émotif à la recherche d'affection féminine qu'il trouve auprès de la baronne10. Il est le « Petit », il la nomme « Maman », devenant son factotum. Le jeune homme s'intéressant à la musique, elle l'encourage en octobre à se placer auprès d'un maître de chapelle, M. Le Maître. Mais une escapade à Lyon se termine brutalement par une crise d'épilepsie de Le Maître que Rousseau, affolé, abandonne en pleine rue11. La poursuite du voyage à Paris est un échec et il va connaître une année de tribulation en Suisse où il donne ses premières leçons de musique à Neuchâtel en novembre 1730. En avril 1731, il devient interprète d'un faux archimandrite rencontré à Boudry mais ce dernier est un escroc qui est vite démasqué7.

En septembre 1731, il retourne auprès de Mme de Warens. Il y trouve aussi Claude Anet, sorte de valet-secrétaire, mais aussi amant de la maîtresse de maison.Mme de Warens est à l'origine d'une grande partie de son éducation sentimentale et amoureuse. Le curieux ménage à trois fonctionne tant bien que mal jusqu'au décès de Claude Anet d'une pneumonie le 13 mars 173412. « Maman » et Rousseau s'installent pendant l'été et l'automne aux Charmettes13. Pendant ces quelques années idylliques et insouciantes selon ses Confessions, Rousseau s'adonne à la lecture en puisant dans l'importante bibliothèque de M. de Conzié avec laquelle il va se fabriquer « un magasin d'idées ». Grand marcheur, il décrit le bonheur d'être dans la nature, le plaisir lié à la flânerie et la rêverie, au point d'être qualifié dedromomane14. Il travaille aux services administratifs du cadastre du duché de Savoie, puis comme maître de musique auprès des jeunes filles de la bourgeoisie et de la noblesse chambériennes. Mais sa santé est fragile. « Maman » l'envoie en septembre 1737 consulter un professeur de Montpellier, le docteur Fizes, sur son polype au cœur. C'est au cours de ce voyage qu'il fait la connaissance de Madame de Larnage âgée de vingt ans de plus que lui, mère de dix enfants, sa vraie initiatrice à l'amour physique15.

De retour à Chambéry, il a la surprise de trouver auprès de Madame de Warens un nouveau converti et amant, Jean Samuel Rodolphe Wintzenried16, et le ménage à trois reprend. En 1739, il écrit son premier recueil de poèmes , Le Verger de Madame la baronne de Warens, poésie grandiloquente éditée en 1739 à Lyon ou Grenoble.

Débuts difficiles

 
« Je me trouble. Je m'égare. Et bref, me voilà épris de Madame Dupin. »
Jean-Jacques Rousseau,
Les Confessions, chapitre VII.

Il est temps de quitter le nid douillet. Jean-Jacques Rousseau trouve un emploi de précepteur en 1740 auprès des deux fils du prévôt général de Lyon, M. de Mably. Ce dernier est le frère ainé de Gabriel Bonnot de Mably et Étienne Bonnot de Condillacqui feront tous deux une carrière littéraire. Il a l'occasion de fréquenter la bonne société lyonnaise et de gagner quelques amitiés, notamment celle de Charles Borde qui l'introduira dans la capitale. Chambéry est proche et il peut rendre quelques visites à « Maman », mais les liens sont distendus. Après une année difficile auprès de ses jeunes élèves, Rousseau et M. de Mably s'accordent pour mettre fin au contrat. Rousseau décide alors de tenter sa chance à Paris.

De retour à Chambéry en 1741, Rousseau, qui avait appris en autodidacte la théorie musicale, entreprend d'inventer unsystème de notation musicale en supprimant la portée pour lui substituer un système chiffré. Il dispose d'une lettre d'introduction auprès de M. de Boze qu'il retrouve à Paris en août 1742, ce dernier le présente à Réaumur. Il peut ainsi rapidement présenter son projet à l'Académie des Sciences en 1742. Mais il lui est répondu que le système n'est pas nouveau, l'inventeur étant le père Souhaitty et surtout peu efficace. Rousseau n'en démord pas, améliore son projet et le fait publier à ses frais sous le titre de Dissertation sur la musique moderne, mais sans rencontrer le succès espéré. À cette époque il se lie d'amitié avec Denis Diderot tout aussi méconnu que lui, et reçoit les conseils du Père Castel. Il fréquente le salon de Madame de Beserval et de Madame Dupin qu'il tente vainement de séduire. Bonne âme, elle lui confie quelque temps l'éducation de son fils7Jacques-Armand Dupin de Chenonceaux en 1743.

Rousseau voyait souvent Condillac à l'époque où il composait l'acte d'Hésiode des Muses galantes, c'est-à-dire en 174317. En juillet 1743, il est embauché comme secrétaire de Pierre-François, comte de Montaigu qui vient d'être nommé ambassadeur àVenise. Sa connaissance de l'italien et son zèle le rendent indispensable auprès d'un ambassadeur incompétent. Il apprécie la vie animée de Venise (spectacles, amours tarifées18) et par dessus tout la musique italienne. Mais son importance supposée le rend arrogant et Montaigu le congédie au bout d'un an. Il est de nouveau à Paris le 10 octobre 1744. Cette courte expérience lui a néanmoins permis d'observer le fonctionnement du régime vénitien. C'est à ce moment, alors qu'il a 31 ans, que son intérêt pour la politique s'éveille, et il conçoit le projet d'un grand ouvrage qui se serait intitulé Les Institutions politiques, et qui deviendra le fameux Du contrat social. Il y travaille de temps à autre pendant plusieurs années19.

Il s'installe derechef à l'hôtel Saint-Quentin, rue des Cordiers, où il se met en ménage avec une jeune lingère, Marie-Thérèse Le Vasseur en 1745. Marie-Thérèse lui apporte l'affection qui lui manque et elle restera auprès de lui sa vie durant. Il épousera Thérèse civilement à Bourgoin-Jallieu le 30 août 1768. Jean-Jacques devra supporter non seulement cette femme bavarde et inintelligente, mais toute la famille de celle-ci20. Entre 1747 et 1751, naîtront de cet amour ancillaire cinq enfants que Jean-Jacques Rousseau, peut-être sur l'insistance de la mère de Thérèse21, fera placer sans regret aux Enfants-Trouvés, l'assistance publique de l'époque. Il expliquera d'abord qu'il n'avait pas les moyens d'entretenir une famille22, puis au livre 8 des Confessions, où il écrit clairement qu’il a livré ses enfants à l'éducation publique en considérant cet acte comme un acte de citoyen, de père, et en représentant de la République idéale selon Platon23. Au livre suivant des Confessions, il écrit également qu'il fit ce choix principalement pour soustraire ses enfants à l'emprise de sa belle-famille qu'il jugeait néfaste. Cette décision lui sera reprochée plus tard par Voltaire, lorsque Rousseau se posera en pédagogue dans son livre Émile, et par ce que Rousseau appelle la « coterie holbachique » (l'entourage de Holbach, Grimm, Diderot, etc.). Cependant, certains des amis de Rousseau, dont Madame d'Épinay avant sa brouille avec Jean-Jacques pour son amitié avec Grimm, offriront d'adopter ces enfants24.

Il se met au travail et rédige quelques pièces en prose ou poésie. En mai 1743, il commence la composition d'un ballet héroïque, les Muses galantes, qui est représenté en 1744. Certaines pièces sont jouées en privé, mais n'apportent aucune notoriété à l'auteur. Il en est de même pour les récitatifs qu'il compose pour La Princesse de Navarre mais ils lui permettent de se prévaloir d'une maigre collaboration à la comédie-ballet du duo Voltaire-Rameau. Il gagne sa vie en exerçant les fonctions de secrétaire, puis de précepteur chez les Dupin de 1745 à 1751. Il étend surtout le cercle de ses relations en fréquentant Dupin de Francueil et sa maîtresse Louise d'ÉpinayCondillacd'AlembertGrimm qui partage sa passion pour la musique et surtout Denis Diderot qui commence son œuvre originale et pour lequel Jean-Jacques éprouve une vive amitié et une sincère admiration. Diderot l'invite à participer au grand projet de l'Encyclopédie en lui confiant en 1749 les articles sur la musique.

Célébrité

 
Pierre-Alexandre Du Peyrou, riche habitant de Neuchâtel et son ami, qui a publié une partie de son œuvre.

En 1750, l'Académie de Dijon met au concours la question Le progrès des sciences et des arts a-t-il contribué à corrompre ou à épurer les mœurs ? Encouragé par Diderot, Rousseau participe au concours. Son Discours sur les sciences et les arts (ditPremier Discours) qui soutient que le progrès est synonyme de corruption, obtient le premier prix. L'ouvrage est publié l'année suivante. Ce discours suscite de nombreuses réactions ; pas moins de 49 observations ou réfutations paraissent en deux ans, parmi lesquels ceux de Charles Borde, l'abbé Raynal, jusqu'à Stanislas Leszczynski ou Frédéric II, ce qui permet à Rousseau d'affiner son argumentation dans ses réponses et apporte la notoriété à l'auteur25.

Rousseau abandonne alors ses emplois de secrétaire et précepteur pour se rendre indépendant, il vit alors grâce à sa fonction de copiste (transcription de partitions musicales)7 ; il adopte une attitude physique et vestimentaire plus en harmonie avec les idées développées dans le Discours. Mais ce sont ces idées qui vont l'éloigner progressivement de Diderot et des philosophes de l'Encyclopédie.

Le 18 octobre 1752, son intermède en un acte, Le Devin du village est représenté devant le roi Louis XV et la Pompadour, àFontainebleau. L'opéra est un succès, mais Rousseau se dérobe le lendemain à la présentation au roi, refusant de ce fait la pension qui aurait pu lui être accordée. Il fait jouer immédiatement après sa pièce Narcisse, à laquelle Marivaux avait apporté quelques retouches.

Cette année 1752 voit le début de la Querelle des Bouffons. Rousseau y prend part auprès des encyclopédistes en rédigeant sa Lettre sur la musique française où il soutient la primauté de la musique italienne sur la musique française, celle de la mélodie sur l'harmonie, écorchant au passageJean-Philippe Rameau.

En 1754, l'Académie de Dijon lance un autre concours auquel il répond par son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (également appelé Second Discours), qui achève de le rendre célèbre. Rousseau y défend la thèse que l'homme est naturellement bon et dénonce l'injustice de la société21. L'œuvre suscite, comme le Premier Discours, une vive polémique de la part notamment de VoltaireCharles BonnetCastel et Fréron. Sans attendre le résultat du concours, il décide de se ressourcer à Genève, non sans rendre au passage une visite à sa vieille amie, Mme de Warens. Célèbre et admiré, il est bien accueilli. Dans le domaine des idées, Rousseau s'éloigne des encyclopédistes, athées qui croient au progrès, alors que lui prône la vertu et l'amour de la nature. Il reste fondamentalement croyant. Il abjure le catholicisme et réintègre le protestantisme. Il commande à Genève l'édition du discours sur l'inégalité, mais ne reste que quelques mois dans la cité. Il est de nouveau à Paris le 15 octobre.

Solitude

Rousseau ne s’adressant plus seulement à la société bourgeoise comme les artistes de cour ou érudits des siècles précédents, il n’a cessé de s’adresser à un autre public contre la haute société, s’opposant au public des Salon littéraire, il attire même un public contre celui des salons parisiens26. Progressivement, sa célébrité devient « funeste » selon ses propres termes, cette célébrité qu’il a cherchée comme une arme sociale se retourne contre lui, et il entre dans une paranoïa, confronté à la personnalité publique qu’est devenu « Jean-Jacques », celle que les gens veulent voir, rencontrer, dont des portraits circulent26,27. En avril 1756, Mme d'Épinay met à la disposition de Rousseau l'Ermitage, une maisonnette située à l'orée de la forêt de Montmorency. Il s'y installe avec Thérèse Levasseur et la mère de celle-ci, puis commence à rédiger son roman Julie ou la Nouvelle Héloïse et son Dictionnaire de la musique. Il entreprend aussi, à la demande de Mme d'Épinay, la mise en forme des œuvres de l'abbé de Saint-Pierre.

Au début 1757, Diderot envoie à Rousseau son drame Le Fils naturel. On y trouve la phrase « L'homme de bien est dans la société, il n'y a que le méchant qui soit seul ». Rousseau prend cette réplique pour un désaveu de ses choix et il s'ensuit une première dispute entre les amis.

Au cours de l'été, Diderot à Paris éprouve des difficultés pour faire paraître l'Encyclopédie. Ses amis Grimm et Saint-Lambert sont enrôlés dans la guerre de Sept Ans. Ils confient au vertueux Rousseau leur maîtresse respective, Mme d'Épinay et Mme d'Houdetot. Il tombe amoureux de cette dernière. S'ensuit une idylle vraisemblablement platonique, mais du fait de maladresses et d'indiscrétions, les rumeurs vont bon train jusqu'aux oreilles de l'amant. Rousseau en accuse successivement ses amis Diderot, Grimm et Mme d'Épinay qui vont définitivement lui tourner le dos. Mme d'Épinay lui signifie son congé, et il doit quitter l'Ermitage en décembre. Il part s'installer à Montmorency où il loue le Mont-Louis.

C'est alors qu'il répond par sa Lettre à M. d'Alembert (1758) à l'article sur Genève écrit par ce dernier pour l'Encyclopédie. Il y critique le théâtre qui corrompt les mœurs, nouveau paradoxe pour un Rousseau auteur de pièces de théâtre. Cette lettre lui vaut des critiques de ses anciens amis et la haine farouche de Voltaire.

Isolé à Montmorency et atteint de la maladie de la pierre, il devient bourru, misanthrope et cynique. Il gagne toutefois l'amitié et la protection du maréchal de Luxembourg et de sa deuxième épouse. Il reste cependant très jaloux de son indépendance ce qui lui laisse le temps d'exercer une intense activité littéraire. Il achève son roman Julie ou la Nouvelle Héloïse qui obtient un immense succès28, et travaille à ses essais Émile, ou De l'éducation et Du contrat social. Les trois ouvrages vont paraître en 1761-1762 grâce à la complaisance de Malesherbes, alors directeur de la Librairie. Dans La profession de foi du vicaire savoyard, extrait de l'Émile, Rousseau réfute autant l'athéisme et le matérialisme des Encyclopédistes que l'intolérance dogmatique du parti dévot29. Dans Le Contrat Social, le fondement de la société politique repose sur la souveraineté du peuple et l'égalité civique devant la loi, expression de la volonté générale. Ce dernier ouvrage inspirera l'idéologie pré-révolutionnaire30.

L'Émile et le Contrat social sont condamnés par le Parlement de Paris et sont interdits en France, aux Pays-Bas, à Genève et à Berne.

Exil

Ces dernières publications, Rousseau les a voulues malgré les inquiétudes de ses amis et des éditeurs hollandais. Menacé de prise de corps par la Grande Chambre du Parlement de Paris en juin 1762, il doit fuir seul la France avec l'aide du maréchal de Luxembourg ; Thérèse le rejoindra plus tard. Il évite Genève et se réfugie àYverdon chez son ami