La LAOSOPHIE commence avec SAPPHO. Le Laos ou Peuple de Dieu en tant que réunion de personnes physiques

Publié le par José Pedro

File:Pompei - Sappho - MAN.jpg

Sappho la poétesse, Sappho la prêtresse du culte d'Aphrodite, Sappho la Lesbienne de Lesbos (se dit aussi Lesvos, Mytilini or Mytilène) ou l'homosexuelle (rien de moins sûr),Sappho est l'une des quelques poètesse féminines que nous connaissons de la Grèce antique. Elle était née en île de Lesbos en 624 AVANT JÉSUS CHRIST et se suicide en 580 AvJC. Deux villes s'arrachent sa naissance Mytilène et Erésos, mais c'est bien à Erésos dans la partie montagneuse, au 7ème siècle avant notre ère. " La poétesse Sappho, fille de Scamandronymos : même Platon, fils d'Ariston, la dit sage. Je sais qu'il y avait à Lesbos une autre Sapho : une courtisane, pas une poétesse. " et son homosexualité inventée est l'oeuvre de ceux qui pensaient que ces vierges du culte primitif d'Aphrodite devaient avoir des relations entre elles, ce qui est mal connaître le Culte entièrement consacré à l'amour Platonique de la Déesse. Les auteurs comiques crurent que seules les courtisanes jouissaient d'une culture raffinée, aussi ils dépeignirent les poétesses archaïques comme des hétaïres éhontées et ils attribuèrent à Sappho les amours les plus invraisemblables jusqu'à lui donner comme amant le poète Anacréon, plus jeune qu'elle d'un demi-siècle, Archiloque, mort avant qu'elle füt née, Hippona, né après qu'elle fut morte, sans oublier Phaon, etc.

SAPPHO portait un bandeau frontal, qui était chez les grecs un insigne mystique qui signifiait qu'un Dieu la possédait, en l'occurence une Déesse de l'amour mystique. Elle s'adonna au culte de la Déesse dès 12 ans. Déjà à l'époque on distinguait la vie laïque de la vie dédiée à un Dieu ou a une déesse. Elle veillait sur la statue en bois entièrement doré, le Xoanon, taillé dans du bois d'olivier, qui représentait la Déesse, et qu'il fallait habiller, laver et parfumer. L'enfant beignait dans une brûlante ferveur religieuse, et promis à sa Déesse la pureté virginale toute sa vie. La déesse était à la fois vierge et mère, protectrice d'Adonis. Quand Critios I était archonte à Athènes, Sappho quitta Mytilène pour la Sicile, et Pittakos demandat en 596 aux pricipaux meneurs du parti aristocratique de quitter Lesbos. Sappho avait 28 ans. Elle revint à Erésos en 585, mais sappho ne put se résoudre aux changements qui avaient eu lieu et parti pour Mytilène.

Sappho est la plus illustre poétesse de l'Antiquité. Les comiques attaquères plus tard ses moeurs et une légende la montre se jetant dans la mer par désespoir d'amour. Mais cette réputation paraît s'être attachée à son nom longtemps après sa mort, à cause de ses odes, consacrées le plus souvent à l'expression des sentiments passionnés. Elle se servait de la strophe dite sapphique, d'une molesse élégante et harmonieuse. Pendant toute sa période de Jeunesse, elle faisait partie des vierges attachées aux rites des adorations au culte d'Aphrodite avec des cérémonies allant d'une grotte dans la Montagne jusqu'au bord de la Mer en exibant une statue en bois ou Baphomet représentant la déesse, et en lui sacrifiant des colombes.

 

La seconde SAPPHO, la Courtisane, site de la courtisane

 PLATON (427 – 347 av. J.-C.), SAPPHO ET L'AMOUR 

 Alors que Platon était un jeune citoyen athénien issu d’une illustre famille, Athènes capitulait devant Sparte en 404 avant J.-C. et son concitoyen et maître en philosophie Socrate était condamné à mort en 399 pour « impiété et corruption de la jeunesse ». Sans doute ces deux funestes événements détournèrent Platon d’une vocation familiale de dirigeant de la cité pour se consacrer d’abord aux voyages puis à l’enseignement de la philosophie destiné notamment aux futurs hommes politiques. Alors que Socrate n’écrivit aucun texte, Platon transmit la pensée socratique en écrivant des dialogues. Ceux-ci sont totalement conservés, caractère exceptionnel pour les auteurs de l’Antiquité, car Platon fonda une Académie à la périphérie d’Athènes, école où la philosophie, les mathématiques et la gymnastique étaient davantage discutés qu’enseignés.

Platon publia l’Apologie (défense de Socrate à son procès), treize Epîtres dont l’authenticité est contestée et surtout vingt-cinq dialogues authentifiés. Dans les dialogues, la République et les Lois Platon décrit son idéal politique de la Cité. 
Dans le plus célèbre de ses dialogues Le Banquet ou de l’Amour, Platon met en scène sept convives qui à la fin d’un repas chez le poète tragique Agathon sont chargés de prononcer un discours, un éloge du plus grand des dieux : Amour, dénommé Éros à Athènes, Cupidon à Rome, fils d’Aphrodite la déesse grecque ou de Vénus la romaine. Dans une première partie, Phèdre de Myrrhinonte (le même qui porte le titre d’un autre dialogue de Platon), l’amant d’Agathon Pausanias, le médecin Eryximaque, le poète comique Aristophane et l’hôte Agathon exposent les théories non philosophiques de l’amour. Ces cinq premiers discours prêchent pour une conception mi-admise mi-réprouvée des amours masculines. Dans une deuxième partie du Banquet, Diotime, seule femme de ce dialogue, prêtresse, l’Étrangère de Mantinée qui initia Socrate aux mystères de l’amour reprend les précédents discours et présente la conception initiatique, socratique et platonique de l’amour, la recherche par degrés du Beau qui « n’apparaît point avec un visage ou des mains ou quoi que ce soit de charnel » car ces beautés du corps pour les avoir rechercher et goûter sont à toutes pareilles ; pour enfin accéder par étapes de la beauté des corps à celle plus précieuse des âmes, puis à la beauté des actions, puis à celle des connaissances pour enfin reconnaître le Beau immortel, poétique et philosophique. Enfin éméché, Alcibiade fait irruption dans la maison d’Agathon et fait l’éloge de Socrate, laid et paillard comme un satyre mais cachant sa nature d’ensorceleur divin, qui personnifie l’amour.

J’invite tous les saphistes à se nourrir de ce Banquet car www.saphisme.com présente ici trois extraits secondaires à la compréhension platonicienne et platonique de l’amour mais essentiels pour notre culture saphique. Nous titrons ces extraits par commodité : le congé de la flûtiste, les deux Aphrodite, et l’origine des tribades.

LE CONGÉ DE LA FLÛTISTE

Dans le prologue aux sept discours, « la règle du banquet » : « ne pas s’enivrer » et son « programme » sont édictés. Ainsi après le souper agrémenté de chants et de musique, le discours est chose sérieuse. Les comédiens, les amuseurs, les jongleurs et la flûtiste ne doivent plus distraire les banqueteurs. Le médecin Eryximaque donne congé à la joueuse de flûte :

« Alors, puisque, dit Eryximaque, il est entendu de ne boire qu’autant qu’il plaira à chacun, mais sans rien d’imposé, j’introduis une motion additionnelle : c’est de donner congé à la joueuse de flûte, qui tout à l’heure est entrée ici, et de l’envoyer jouer de la flûte pour elle-même, ou, si elle veut, pour les femmes de la maison ; puis nous autres d’employer à discourir le temps de notre réunion de ce jour. A discourir sur quel sujet ? Là-dessus, s’il vous plaît, volontiers j’introduis une autre motion ? » Tous déclarent donc que cela leur plaît, et l’invitent à faire sa motion : »

 

 

 

La connotation sexuelle masturbatoire « jouer de la flûte pour elle-même » ou pour le gynécée « les femmes de la maison » sous entend la place secondaire et utilitariste de la femme dans la vie des hommes. Mise à l’écart, la flûtiste, esclave vouée à la distraction des banqueteurs, devient libre dans la communauté féminine. Le plaisir, la musique et la sensualité entre femmes sont autorisés à l’intérieur de la maison, à l’écart des hommes qui discourent mais avec un substitut mâle, l’instrument de musique phallique. Cette liberté féminine est néanmoins affirmée à l’intérieur de la maison du maître, elle est prisonnière de murs construits par les hommes, cette liberté est conditionnée aux désirs de l’homme et instrumentalisée par l’objet phallique. L’acte narcissique ou saphique est ici encore suggéré et commandité par l’homme. Néanmoins la condition de la femme, esclave, citoyenne, ou étrangère, connaît quelques exceptions : la prêtresse Diotime participe au Banquet et prononcera un discours.

Ainsi la place de la femme dans l’antiquité ne saurait faire totalement hurler les féministes et les lesbiennes. Au VIe siècle avant J.-C., la lesbienne Sappho implore la déesse Aphrodite d’exaucer ses vœux amoureux :

« Déesse au trône éclatant, immortelle Aphrodite, -fille de Zeus, ourdisseuse d’intrigues, - je t’en supplie, d’angoisses et d’amertumes, - Vénérable, n’accable plus mon cœur. (…) Et toi , Bienheureuse, - ayant souri de ton visage immortel, - tu t’informais de ce qu’alors je souffrais, - de la raison pour laquelle alors je t’appelais, - et de tout ce que voulait obtenir entre tout – mon cœur en délire. « Quelle est celle encore – qu’il faut que je fléchisse, et que je ramène – à ton amour ? Qui donc, ô Sappho, - te traite injustement ? Car elle te fuit, bientôt elle te recherchera ; - si elle n’accepte pas tes présents, elle-même t’en offrira ; - si elle ne t’aime point, bien vite elle t’aimera, - et, cela malgré elle.
Accours encore en ce moment vers moi ; - de ma poignante anxiété, délivre-moi ; - accomplis tout ce que mon cœur désire voir accompli, - et sois toi-même mon alliée ! »

 

 

 

Si Aphrodite est la mère d'Eros et l’alliée de Sappho, quelle est d'après l'œuvre de Platon sa vraie nature ?


 

LES DEUX APHRODITES

Dans le Banquet, le deuxième orateur, Pausanius l’amant de l’hôte et du poète dramatique Aghaton, affirme l’existence de deux Amours issus de l’existence de deux Aphrodites comme plus tard certains grammairiens attesteront la coexistence de deux Sapphos : la poétesse, la bonne, la sublime et la courtisane, la mauvaise, la vulgaire. De cette distinction mythologique entre le bien et le mal, Pausanius se sert pour demander de quel amour faut-il faire l’éloge, le vulgaire celui du corps ou le céleste celui de l’esprit ?

Pour Pausanius, le bien, l’amour intellectuel est déifié par « sans doute la plus ancienne » ou « l’aînée » des Aphrodite, celle « qui n’a point de mère », la Céleste, fille du Ciel ou d’Ouranos, née de l’union du Ciel et de l’écume de la mer. Ainsi, Aphrodite déesse de la Beauté mère d’Eros, s’appelle aussi Ourania ou Uranie, muse de l’Astronomie.

Le mal ou l’amour sensuel et passionnel est déifié par l’autre Aphrodite, moins ancienne, la cadette, la Populaire, la Pandémienne née de l’union du dieu Zeus et de la déesse Diôné. L’ascendant céleste prend sa source dans la cosmogonie grecque Théogonie écrite par Hésiode, poète grec épique aux environs de 700 avant J.-C. et la généalogie pandémienne se retrouve chez Homère. A Athènes ces cultes des deux Aphrodite ne semble pas avoir posé le principe d’opposition morale. Néanmoins chez Pausanius, cette différence entre l’Aphrodite Céleste sans mère et l’Aphrodite Populaire issue d’une union des deux sexes inaugure la misogynie de Pausanius. De cette généalogie céleste excluant toute participation femelle résulte la pureté et la supériorité de l’amour entre mâles à ne pas confondre avec l’amour des enfants : « d’où il résulte que ceux dont l’inspiration vient de cet amour là se tournent précisément vers le sexe mâle, chérissant le sexe qui naturellement est le plus vigoureux et davantage d’intelligence. (…) ils n’aiment en effet les jeunes garçons que lorsque ceux-ci ont déjà commencé d’avoir de l’intelligence, ce qui se produit au voisinage du temps où la barbe leur pousse. (…) » La pédophilie est rigoureusement condamnée au même titre que l’amour hétérosexuel : « Il devrait même y avoir une loi interdisant d’aimer les enfants (…) Sans doute cette loi, les gens de biens se l’imposent d’eux-mêmes, volontairement, à eux-mêmes. Mais à l’égard des amants de l’espèce « populaire », c’est sous la forme de contrainte qu’il faut instituer ce genre de loi ; tout comme nous les contraignons, autant que nous le pouvons, à faire l’amour avec les femmes de condition libre».
Pausanius ne discrédite pas la pédophilie comme aujourd’hui parce qu’elle porte atteinte à l’intégrité physique et psychique de l’enfant mais « histoire de ne pas perdre sa peine dans une aventure dont l’issue est toujours incertaine, parce que, chez l’enfant, l’âme et le corps restent trop longtemps à hésiter entre le bien et le mal ». Ainsi la pédophilie et l’hétérosexualité sont rejetées pour les mêmes raisons car femmes et enfants sont situés sur le même plan d’infériorité. Leur absence de jugement, d’intelligence et de maturité d’esprit ne peuvent engendrer l’amour.


Après cette présentation, voici dans la traduction de l’édition de La Pléïade le discours de Paulanius, deuxième éloge sur l’amour, dans le Banquet sur l’amour par Platon, qui présente la double nature de l’amour causée par la double généalogie de sa mère Aphrodite :

« Je ne suis pas d’avis, Phèdre, qu’on nous ait proposé comme il convenait le sujet, en nous prescrivant, sans distinguer de célébrer Amour. Rien de mieux si en effet Amour était unique ? Mais en réalité, c’est un fait qu’il n’est point unique. Or, du moment qu’il n’est point unique, il est plus correct d’avoir déclaré au préalable de quelle sorte d’amour on doit faire l’éloge. Je m’efforcerai donc d’opérer ce redressement : d’abord, d’expliquer de quel Amour on doit faire l’éloge ; ensuite de faire cet éloge d’une manière digne du Dieu.
Tout le monde sait qu’Amour est inséparable d’Aphrodite. Ceci posé, si Aphrodite était unique, unique aussi serait Amour. Mais, puisqu’il y a deux Aphrodites, forcément il y a aussi deux Amours. Or, comment nier l’existence de deux déesses ? L’une sans doute la plus ancienne, qui n’a point de mère et est fille de Ciel, est celle que nous nommons Céleste. Mais il y en a une autre, moins ancienne qui est fille de Zeus et de Diôné, celle-là même que nous appelons Populaire. Il en est donc forcément ainsi pour Amour lui-même : à celui qui coopère avec la seconde Aphrodite, le nom de populaire sera attribué à juste titre ; à l’autre, celui de Céleste. Or si toute divinité a droit à être louée, il faut en tout cas s’efforcer de dire quel est le lot de chacune des deux dont nous parlons ; de toute action, en effet, il en est comme je vais dire : objet d’action pris en lui-même, elle n’est ni belle, ni laide ; ainsi ce qu’à présent nous faisons, boire, chanter, converser, aucune de ces actions, en elle-même n’est une belle action, mais c’est de la façon, éventuellement de la faire, que résulte pour elle un pareil caractère ; que, en effet, elle soit faite de façon belle et droite, cela lui confère de la beauté ; dans le cas contraire de la laideur. Ainsi en est-il, dès lors, pour l’acte d’aimer ; et ce n’est pas Amour, universellement qui est beau, qui mérite non plus qu’on en célèbre les louanges, mais c’est celui qui nous incite à aimer de la belle façon.
Or, celui (l’amour) qui tient à Aphrodite la Populaire est lui-même véritablement populaire, et ses réalisations ont lieu à l’aventure : c’est lui qu’aiment ceux d’entre les hommes qui n’ont point de valeur ; et les gens de cette espèce, en premier lieu, n’aiment pas moins les femmes que les jeunes garçons ; en second lieu, ils aiment le corps de ceux qu’ils aiment plus que leur âme ; enfin, autant qu’ils le peuvent, ils recherchent les garçons les moins intelligents, car leurs visées vont uniquement à l’accomplissement de l’acte, mais ils ne s’inquiètent pas que ce soit ou non de belle façon »

 


Ainsi l’œuvre de Sappho, poétesse qui vécut après Hésiode et Homère et avant Platon ne distingue pas l’Aphrodite « uranienne » de l’Aphrodite « populaire ». Le poème de Sappho, l ’invocation ou l’ode à Aphrodite, toute lyrique en appelle à « l’immortelle Aphrodite fille de Zeus… ». Dans un fragment, Sappho implore : « Puissé-je, ô Aphrodite couronnée d’or, obtenir ce lot en partage. » ou « O Kypris et vous Néréïdes, faite que mon frère revienne. » ou encore « j’ai conversé en songe avec la déesse de Cypre » Kypris ou la déesse de Cypre ou de Chypre est bien Aphrodite née de l’écume de la mer près de l’île de Chypre ou de Cythère.

En outre d’un auteur antique à l’autre, d’un mythe à l’autre, les généalogies des dieux sont incertaines ou différentes, ainsi en témoignent, à titre d’exemples, ces fragments sapphiques : « Sappho dit que Peithô (la Persuasion) est fille d’Aphrodite » ou « Apollonius (de Rhodes) fait d’Eros le fils d’Aphrodite, tandis que Sappho lui donne pour parents la Terre et le Ciel ».
Ainsi l’Aphrodite de Sappho est tant la fille de Zeus que la fille du Ciel née de l’écume de la mer près de l’île de Chypre. Aucune distinction n’est faite et l’amour charnel et l’amour intellectuel ne peuvent s’opposer, se contredire ou se déchirer car l’amour est unique comme Aphrodite est unique, la chair et l’esprit, l’âme d’un corps et le corps d’une âme n’ont pas vocation à se séparer, l’un l’autre sont liés à la vie à la mort.

 

Pour voir le lieu sur la carte ci-dessus cliquez en bas et à gauche de l'île, en bord de mer, là ou il y a un verre, avec la mention Skala Erésou ce qui signifie plage d'Erésos, lieu Antique de la vieille ville ou vivait Sappho en tant que prêtresse du culte d'Aphrodite et passez en mode Satellite, et agrandissez en cliquant dessus.Vous arrivez à la photo ci-dessous :

Il s'agit de la ville Antique entourée de rouge de Skala Eresou ou Eréssos, la ville natale et la ville ou la prêtresse a officié le culte d'Aphrodite dans le temple indiqué sur la photo, lieu ou a été retrouvé le jeton monnaie de 30 grammes environ en argent de forme oblongue, comme une grosse olive marquée des deux mots grecs MNAS et LAOS. Ce jeton monnaie donnait droit à chaque citoyen de la ville de sièger aux réunions du Peuple et de voter les lois et les décrêts. On pourrait imaginer qu'il a appartenu à SAPPHO elle-même. 

 

Depuis 594-593 av. J.-C. : Naissance de la démocratie en Grèce antique, grâce à Solon, qui écrit la première constitution d'Athènes (sous forme de poème), première constitution écrite au monde, on a la même chose qui s'est produite sur l'île de LESBOS ou Mytilène, avec une création monétaire qui est antérieure aux statères de l'île d'Egine ou aux créseides de Crésus et Alyates. Cette monnaie MNAS LAOS se trouve en fin et à gauche de chacun des plateaux ci-dessous, qui sont des trouvailles originales.

Exemple de tortue d'Egine (avers d'un statère d'Egine)

L'île d'Egine fut, d'après la tradition, le premier des Etats de la Grèce d'Europe qui fit frapper une monnaie officielle. Cette tradition qui attribue à Phidon, roi d'Argos, l'honneur d'avoir, comme Servius Tullius à Rome, établi un système fixe de poids et mesures et fait frapper les premières monnaies d'argent à Egine qui dépendait de son royaume, se trouve confirmée par l'aspect primitif des plus anciens statères d'argent au type de la tortue. 

D'après la légende, Egine reçut son nom d'Aegina, fille du dieu-fleuve Asopos qui arrose Phliasie (Pausanias, II, 20, 2; Apollod., III, 12, 6; Ovide, Métamorphoses, VII, 472). On croit généralement que cette fable poétise la colonisation primitive de l'île par des émigrants venus de Phlionte; toutefois, les Eginètes se considéraient comme des Argiens originaires d'Epidaure. Il est aussi certain que l'île d'Egine fut fréquentée par les vaisseaux phéniciens; ce fut sans doute à leur contact et en raison de la stérilité de leur sol que les Eginètes s'adonnèrent au commerce maritime et au petit colportage. Hérodote (II, 178), parle des relations des Eginètes avec l'Egypte; ils participèrent à la fondation de Naucratis et, vers 563, ils firent bâtir dans cette ville pour leurs nationaux un temple de Zeus. Leurs vaisseaux alimentaient tout le Péloponnèse des marchandises de l'Orient.

Créséide : les monnaies du roi Crésus

La créséide est la monnaie de Crésus, roi de Lydie (561-546 avant JC). La créséide est citée par Hérodote, Plutarque, Pollux, elle était renommée pour son bon aloi. Elle forme deux séries de pièces d'or ayant respectivement pour étalons, un statère d'or de 10 grammes 89 et un statère de 8,17 grammes.

 
Chaque série comprend un statère, la trité, l'hecté et l'obole d'or. Toutes ces pièces ont pour type les protomé affrontés d'un taureau et d'un lion. Par extension, le nom de "créséide d'argent" fut donné à la monnaie de ce métal que Crésus fit frapper au même type. On trouve généralement les créséides dans les environs des ruines de Sardes.

Les créséides sont des monnaies rares, célèbres en raison de Crésus dont la réputation de richesse légendaire a traversé les siècles. Les deux exemples de Créséides présentés ci-dessous donnent une idée du prix de ces monnaies.

 

Exemple de créséide 1.

Description de la pièce : 
Hess-Divo AG. Vente aux enchères 307, le 7 juin 2007. Lot numéro 1271. Prix réalisé : 8000 francs Suisses (environ 6535 dollars). Monnaie grecque. Royaume de Lydie. Crésus, roi 561-546 av. J.-C. d=13 mm
Statère d'or, série légère, frappé à Sardes. Protomes de lion à d. et de taureau à g., affrontées. Rv. Deux carrés creux juxtaposés, de grandeur inégale. 8,05 g. SNG von Aulock 2875. Rare. Superbe Provenance: Monnaies et Médailles SA, Bâle - Liste à prix fixes 518 (1989), 12. 

 

Exemple de Créséide 2


Exemple de Créséide 2
Description de la pièce :
Monnaie grecque. Royaume de Lydie. Crésus, roi 561-546 av. J.-C. Estimation : 3500 francs Suisses. d=16 mm
Statère (double sicle), argent, frappé à Sardes. Similaire au précédent. 10,67 g. SNG von Aulock 2873 (cet exemplaire, illustré sous le no. 2874). Traité pl. X, 7. Rare. Belle patine de collection. Superbe Provenance: Coll. H. von Aulock et vente The New York Sale, I (1998), 148. (photo Hess Divo)

 

 

 

 

 

 

 

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Exemple de créséide 1.

Description de la pièce : 
Hess-Divo AG. Vente aux enchères 307, le 7 juin 2007. Lot numéro 1271. Prix réalisé : 8000 francs Suisses (environ 6535 dollars). Monnaie grecque. Royaume de Lydie. Crésus, roi 561-546 av. J.-C. d=13 mm
Statère d'or, série légère, frappé à Sardes. Protomes de lion à d. et de taureau à g., affrontées. Rv. Deux carrés creux juxtaposés, de grandeur inégale. 8,05 g. SNG von Aulock 2875. Rare. Superbe Provenance: Monnaies et Médailles SA, Bâle - Liste à prix fixes 518 (1989), 12. 

 

Exemple de Créséide 2


Exemple de Créséide 2
Description de la pièce :
Monnaie grecque. Royaume de Lydie. Crésus, roi 561-546 av. J.-C. Estimation : 3500 francs Suisses. d=16 mm
Statère (double sicle), argent, frappé à Sardes. Similaire au précédent. 10,67 g. SNG von Aulock 2873 (cet exemplaire, illustré sous le no. 2874). Traité pl. X, 7. Rare. Belle patine de collection. Superbe Provenance: Coll. H. von Aulock et vente The New York Sale, I (1998), 148. (photo Hess Divo)
 

Sappho (en grec ancien Σαπφώ) est une poétesse grecque de l'Antiquité qui a vécu aux viie siècle et vie siècleav. J.-C., à Mytilène sur l'île de Lesbos. Elle serait née vers 630 av. J.‑C. à Mytilène ou Érésos et morte vers 580 av. J.‑C. Elle a été contemporaine du poète Alcée, lui aussi originaire de Lesbos.

Très célèbre dans l'Antiquité, son œuvre poétique ne subsiste plus qu'à l'état de fragments (Papyri d'Oxyrhynque no 7, notamment).

 

 

Les noms de Sappho[modifier | modifier le code]

Sappho (c'est-à-dire en ionien-attique puis dans la koinè Σαπφώ) est la forme sous laquelle les Grecs d'Athènes, puis ceux de l'époque hellénistique, nommaient la poétesse, ôtant par là le caractère barbare à la forme éolienne de son nom, Psappho, ou Psappha (ΨαπφώNote 1, en éolien (en), le dialecte parlé à Lesbos), forme qui est celle que l'on trouve dans ses poèmes. C'est cette dernière graphie qui est encore utilisée sur des coins servant à frapper des monnaies, retrouvés à l'époque des Antonins à Érésos, ville qui revendiquait avec Mytilène le privilège d'être le lieu de naissance de Sappho1.

Sappho est connue comme étant « la Lesbienne », c'est-à-dire, au départ par antonomase, « la personne célèbre de Lesbos ». L'usage du terme « lesbienne » dans le sens de « homosexuelle » n'est attesté qu'à partir du ixe ou xe siècle après J.-C., le terme utilisé dans l'Antiquité étant tribas2. D'une même manière, les termes dérivés de son nom, saphisme et l'adjectif correspondant, saphique, dénotent plus souvent l'homosexualité féminine que ce qui a trait à la poétesse.

Le problème des sources[modifier | modifier le code]

Poème de Sappho, Les Noces d'Hector et d'Andromaque. Papyrus d'Oxyrhynque 2076
 
Sappho, Les Noces d'Hector et d'Andromaque(derniers vers). Papyrus d'Oxyrhynque no 2 076.

On possède peu de données sûres concernant Sappho. Dès le ve siècle, la comédie attique s'est emparée de son personnage, et les éléments biographiques la concernant sont tardifs et souvent probablement influencés par la tradition comique. Comme pour la plupart des poètes antiques, son œuvre ne nous est parvenue que de façon très fragmentaire.

Selon certaines sources historiques, ses œuvres, transmises jusqu'au xie siècle, auraient été brûlées en 1073, en même temps que celles des autres poètes lyriques3.

Il ne nous reste d'elle que des fragments et des citations éparses figurant chez des auteurs anciens qui s'échelonnent sur de nombreux siècles. Il n'est donc pas facile d'extraire de ces indications clairsemées quoi que ce soit de réellement objectif, l'œuvre et la vie de la poétesse ne pouvant être reconstituées qu'à travers ce prisme très déformant. Par ailleurs il ne faut pas perdre de vue qu'on parle à la fois d'une personne et d'un personnage, sans qu'il soit toujours facile de distinguer l'une de l'autre.

Interprétations contradictoires du personnage[modifier | modifier le code]

Le personnage de Sappho et la question de sa sexualité ont fait l'objet au cours des siècles de différentes interprétations, souvent liées aux évolutions sociales et culturelles.

Dès l'époque classique, elle est devenue un personnage brocardé par la comédie attique classique puis nouvelle (Ménandre), qui a contribué à en faire un personnage aux mœurs dépravées. Sénèque nous apprend l'existence d'un ouvrage intitulé Sappho a-t-elle été une femme publique ?, écrit par un certain Didyme, sous Auguste4.

Parallèlement, certains commentateursNote 2 ont tenté dès l'Antiquité de sauvegarder la réputation de la poétesse, allant jusqu'à attribuer les aspects jugés scandaleux à une hypothétique seconde SapphoNote 3, parfois dite « Sappho d'Érèse », joueuse de lyre, ou courtisaneNote 4.

Bachofen, le théoricien du matriarcat, consacre un chapitre de son Droit maternel (Das Mutterrecht), publié en 1861, à Sappho. Il fait de la poétesse une disciple de la religion orphique, et lui attribue, dans un processus d'idéalisation philosophique, une fonction éducative semblable à celle de Socrate5.

À partir du xixe siècle, une partie des auteursNote 5 en a ainsi fait la directrice d'une sorte de pensionnat pour jeunes filles de bonne famille, niant toute dimension réellement homosexuelle au personnage.

Vie de Sappho[modifier | modifier le code]

Terre cuite de 480-460 av. J.‑C., provenant d'une tombe de Mélos et conservée au British Museum. On suppose qu'il s'agit de l'une des plus anciennes représentations de Sappho, ici tenant un barbitos, en conversation avec un homme, peut-être Alcée.
 
Terre cuite de 480-460 av. J.‑C., provenant d'une tombe de Mélos et conservée au British Museum. On suppose qu'il s'agit de l'une des plus anciennes représentations de Sappho, ici tenant un barbitos, en conversation avec un homme, peut-être Alcée6.

Six auteurs anciens donnent des dates ou des indications permettant d'établir une chronologie, de Hérodote au ve siècle av. J.-C. à la Souda au xie siècle. Maxime de TyrAthénée et la Souda utilisent une même source, aujourd'hui perdue, un philosophe contemporain d'Aristote nommé Chaméléon (en). D'après la Souda Sappho vivait (ou est née, le terme grec pouvant s'interpréter de différentes façons) pendant la 42e olympiade (612/608 av. J.-C.), alors que vivaient aussi AlcéeStésichore etPittakos, tandis qu'une note de saint Jérôme nous apprend que Sappho et Alcée était illustres en 600-599. Le fragment de la Chronique de Paros conservé à Oxford7 contient une mention précise d'un exil de Sappho depuis Mytilène vers la Sicile. Cette chronique permet de situer l'exil en 596 av. J.-C. Cependant les inexactitudes connues par ailleurs de la Chronique de Paros invitent à le dater quelque part entre 605 et 591. Seul Hérodote, qui ne mentionne qu'indirectement Sappho (Histoires, II, 135), la fait vivre quarante à cinquante ans plus tard. Malgré Hérodote, il existe donc un ensemble de sources qui concordent sur le fait que Sappho vivait aux alentours des années 620-591, et l'on peut penser qu'elle serait née vers 630 av. J.-C. Aucun auteur ne donne d'indication sur la date de sa mort8.

Son nom, Sappho, est connu dans l'Antiquité pour avoir été porté par des étrangers (c'est-à-dire des non-Grecs) et celui de son père, Scamandrônymos, est formé sur celui du Scamandre, fleuve de la Troade ; sa famille avait donc peut-être des origines en Asie mineure9. Quant à son physique, le papyrus 1800, qui date du iiie ou iie siècle av. J.-C., la décrit comme « laide, noire et toute petite », et pour Maxime de Tyr, elle est aussi « petite et noire ». Sappho elle-même parle de ses cheveux noirs, qui commencent à blanchir10, et l'un de ses fragments11 peut laisser penser qu'elle ne se considérait pas comme belle. Ce point est confirmé par la XVe Héroïde d'Ovide, texte qui paraît dans l'ensemble suivre de près les œuvres de Sappho elle-même12.

Outre le nom de son père, qui d'après Ovide, meurt quand Sappho a six ans, on connaît aussi celui de sa mère, Cléïs. Cléïs est aussi le nom de sa fille, mentionné dans ses poèmes.

« Je possède une belle enfant dont la forme est pareille à des fleurs d'or, Kléis la bien-aimée, que je [préfère] à la Lydie toute entière et à l'aimable… »

— Trad. Renée Vivien, 1903Note 6.

Les auteurs anciens (et après eux modernes) ont débattu sur la question de savoir si Sappho a été mariée ou non. Si elle l'a été, il est probable que son mari, appelé Kerkolas selon certains, dont il n'est nulle part fait mention dans les poèmes, a tôt disparu de sa vie13. Elle a aussi trois frères, Érigyios, Larichos et Charaxos. Larichos selon AthénéeNote 7 servait comme échanson au prytanée de Mytilène, fonction réservée à un membre de l'aristocratie, et était le préféré de Sappho, d'après le papyrus 1800. Charaxos faisait du commerce, jusqu'en Égypte, où, à Naucratis, il s'éprend d'une courtisane, Doricha. Il se ruine pour elle, ce que raconte Hérodote en mêlant l'histoire à la légendeNote 8. Sappho adresse à ce frère de violents reproches dans trois de ses poèmes, dont on retrouve l'écho là encore chez Ovide14.

Si Sappho est surtout connue pour sa poésie amoureuse, les fragments découverts au cours du xxe siècle ont révélé quelques vers de nature plus politique. Sa famille appartenait à l'ancienne aristocratie de l'île de Lesbos, celle qui tirait sa richesse de ses possessions terriennes. Plusieurs poèmes de Sappho contiennent des invectives contre des familles appartenant à cette aristocratie, ce qui montre des conflits en son sein : invectives contre les Penthilides, l'ancienne famille royale de Mytilène, encore toute-puissante au viie siècle, les Cléanax, les Archéanax, les Polyanax. Mais dans le monde grec à cette époque, à la faveur des mouvements démocratiques, arrivent en outre au pouvoir des tyrans, opposés aux anciennes aristocraties. C'est aussi le cas à Mytilène. Une nouvelle classe, composée des marchands et des armateurs, y constitue le noyau de l'opposition à l'ancienne aristocratie. Il n'y a d'ailleurs pas de frontière nette entre les uns et les autres, comme le montre l'exemple de Charaxos, le frère de Sappho, lui-même marchand. À les faveurs des troubles de cette période, Pittakos, allié à la famille des Penthilides, dont il a épousé une fille, est porté au pouvoir par le clan conservateur. Mais, loin de n'être qu'une marionnette de l'aristocratie, il met en œuvre une politique de conciliation qui mécontente la partie la plus conservatrice de l'aristocratie. Pittakos condamne alors les fauteurs de trouble à l'exil. La tradition a pu supposer que c'est dans ce cadre qu'intervient l'exil de Sappho en Sicile mentionné par la Chronique de Paros, et l'a mis en parallèle de l'exil d'Alcée ; mais il n'est pas impossible, comme le pense Édith Mora, que cet exil ait lieu plus tôt, sous la tyrannie de Myrsilos entre 594 et 592. Quoi qu'il en soit, le ton et le contenu des vers de Sappho la rapprochent d'Alcée et peuvent laisser penser qu'elle appartenait au clan le plus conservateur de l'aristocratie15.

On ignore où Sappho a passé précisément son exil en Sicile, mais la présence d'une statue de la poétesse, œuvre du sculpteur Silanion, à Syracuse, est peut-être un souvenir de son séjour dans cette ville. On connaît l'existence de cette statue grâce à Cicéron, qui en fait état parmi les œuvres d'art volées par Verres16.

À noter que, graciée par Pittacos, elle revient avec ses frères vers 595 à Mytilène[réf. nécessaire].

Le cercle de Sappho[modifier | modifier le code]

 
Buste de Sappho (?). L'inscription ΣΑΠΦΩ ΕΡΕΣΙΑ veut dire en grecancien « Sappho d'Érésos ». Copie romaine d'un original grec du ve siècleav. J.-C.musées du Capitole (MC 1164).

Pour l'helléniste Claude Calame, le groupe de Sappho, appelé par elle moisopolon oikia, ou la « maison consacrée aux muses », est un groupe de jeunes filles ayant un caractère institutionnel, actif en particulier durant les cérémonies de mariage. Ces jeunes filles sont désignées par la poétesse notamment par le terme de hetairai, ou « compagnes », qui selon Athénée s'emploie à l'époque de Sappho pour les amies les plus proches. Les activités de ce groupe sont similaires à celles d'un chœur lyrique féminin : danse et chants17.

Une épigramme anonyme de l'Anthologie Palatine en donne un aperçu  :

« Allez au temple radieux de la belle Héra, Lesbiennes, en formant des danses légères. Là, organisez en l'honneur de la déesse un chœur magnifique : Sapho le conduira avec sa lyre d'or. Qu'à ses accords vous danserez avec joie ! Oui, vous croirez entendre le doux hymne de Calliope elle-même. »

— Anthologie Palatine, IX, 189 (trad. Fr. Jacobs, 1863).

Cette épigramme, avec d'autres sources, dont un fragment de Sappho elle-même (fragment 17), permet de lier la poétesse aux concours de beauté réservés aux femmes (gunaikes) et au culte de la déesse Héra qui, avec celui de Zeus et Dionysos, se pratiquait dans un sanctuaire panlesbien au nord de la ville de Pyrrha18.

D'autres groupes de jeunes filles, conduits par des poétesses, sont connus, en particulier dans le monde grec oriental. C'est peut-être le cas par exemple pour la poétesse Télésille au début du ve siècle av. J.-C.. À Lesbos même, deux rivales de Sappho, Andromeda et Gorgona, étaient à la tête de leur propre groupe17. Le rôle de Sappho au sein de son cercle est un rôle pédagogique, auprès de jeunes filles appartenant à l'aristocratie de Lesbos ou provenant d'autres régions telle l'Ionie19. Certaines sont nommées par la Souda : Anactoria de Milet, Gongyla de Colophon, Eunica de Salamine. L'éducation reçue par ces jeunes filles, de nature musicale et placée sous le signe d'Aphrodite, et dispensée sous une forme initiatique et ritualisée, vise à leur faire acquérir les qualités requises dans le cadre du mariage. Le lien du cercle de Sappho avec le mariage est confirmé par les nombreux fragments d'épithalames que l'on a conservé de la poétesse, ainsi que par son poème sur le mariage d'Hector et d'Andromaque20. Les relations homoérotiques entre Sappho et certaines des jeunes filles de son groupe sont probablement une forme rituelle d'initiation sexuelle. La souffrance qui s'exprime dans certains poèmes de Sappho provient de la contradiction entre la personnalité authentiquement homosexuelle de la poétesse et le caractère transitoire de relations destinées à se terminer avec le départ des jeunes filles hors du groupe21.

Une théorie plus ancienne, remontant à Wilamowitz, fait du groupe de Sappho un thiase22. Cette thèse est défendue, dans une tout autre perspective, par l'historienneMarie-Jo Bonnet23. Si Sappho prépare les jeunes filles au mariage, elle ne veut pas cependant qu’elles subissent le sort habituel des femmes grecques dont le statut à cette époque est parfaitement résumé dans cette formulation : « Nous avons les courtisanes en vue du plaisir, les concubines pour nous fournir les soins journaliers, les épouses pour qu’elles nous donnent des enfants légitimes et soient les gardiennes fidèles de notre intérieurNote 9 ». De plus les femmes même mariées ne sont pas citoyennes et n’ont donc aucun droit dans la cité, les petites filles ne vont pas à l’école et sont mariées sans leur consentement dès l’âge de quinze ans.

Marie-Jo Bonnet pense que l’enseignement de Sappho au thiase va bouleverser ces bases de la société grecque. Dans cette institution réservée aux filles on cultive et développe son Éros par la recherche de la beauté aussi bien du corps que de l’esprit. Les élèves apprennent le théâtre (mystères d'Aphrodite), la danse, le chant, la poésie, venant de tout l'empire grec elles ont des échanges, le tout les amenant à avoir une forme de pensée bien différente des codes habituels. En un mot elles acquièrent le savoir d'où une certaine indépendance vis-à-vis des lois et coutumes de la cité. Entre elles naît la philia ce sentiment d’amour-amitié jusque-là réservé aux hommes. Il n’y a plus de dominant et de dominé comme dans les couples hétérosexuels, ou d’éraste et d’éromène comme dans la pédérastie, pas d’aînées qui initient les plus jeunes à la passivité mais deux être semblables qui s’aiment en dehors des codes établis et n’obéissent qu’à la nature et aux dieux, en l’occurrence Aphrodite. L’enseignement de Sappho est pour les filles une véritable initiation à la liberté. Tout ceci, qui remet en cause un régime basé sur le patriarcat et la toute-puissance masculine, est promptement réprimé dès le siècle suivant23.

Pour l'universitaire Holt N. Parker, la théorie du thiase est une invention moderne, le mot thiasos n'apparaissant ni dans l'œuvre de Sappho, ni dans les sources antiques sur la poétesse. Cette théorie a une fonction : exclure Sappho du champ de l'activité poétique normal pour en faire l'apanage des poètes hommes22.

Sappho homosexuelle[modifier | modifier le code]

L'homosexualité, ou plutôt la pédérastie, est selon Claude Mossé une pratique normale dans le milieu aristocratique de la Grèce archaïque, et n'exclut pas les relations hétérosexuelles, notamment dans le cadre du mariage. Il n'est donc pas étonnant que Sappho, qui appartient à ce milieu, ait été homosexuelle, ni qu'elle ait été mariée. Son amour pour les jeunes filles s'exprime clairement dans ses poèmes, et le désir qui s'y manifeste, ainsi que l'évocation d'Éros et d'Aphrodite, laisse peu de doute sur la nature physique de ces relations. Si cela n'avait rien de choquant dans la Mytilène de l'époque, en revanche le fait que ce soit une femme qui s'exprime est exceptionnel. Cette liberté aristocratique n'est rapidement plus comprise, et les poètes comiques d'Athènes sont les premiers à se moquer de Sappho. On a ensuite cherché à dissimuler l'homosexualité de la poétesse, en faisant d'elle une sorte de Socrate au féminin (d'après un sophiste du iie siècle), ou en inventant deux Sappho, l'une poétesse et l'autre courtisane. On a aussi insisté sur son hétérosexualité, en lui inventant une passion pour un certain Phaon, ou une relation amoureuse avec son contemporain Alcée24. De fait, dès l'Antiquité, à partir de l'époque hellénistique, un certain nombre de sources ont entrepris de mettre en question la réalité de l'homosexualité de Sappho (le papyrus 1800, Ovide, un scholiaste d'Horace, la Souda). Le papyrus 1800, Ovide et la Souda mettent au contraire en avant son hétérosexualité, alléguant son amour pour Phaon, son mariage et le fait qu'elle ait une fille25.

En revanche pour Eva Cantarella, il est exclu que les relations homosexuelles dans les groupes féminins, appelés thiases, soient de nature pédérastique. Contrairement aux groupes masculins, où la pédérastie est un élément de la fonction initiatique du groupe, destiné à préparer les adolescents à la vie adulte, et donc à leur rôle de citoyen, dans le thiase, les relations amoureuses sont autonomes. Elles sont en effet sans rapport avec la sexualité considérée comme normale, c'est-à-dire hétérosexuelle, de la femme adulte, et n'ont donc pas de valeur pédagogique. C'est la raison pour laquelle les relations amoureuses pouvaient avoir lieu entre jeunes filles du même âge et prendre la forme de mariages rituels, ainsi qu'en atteste un parthénée du poète Alcman26.

La musicienne[modifier | modifier le code]

Il ne faut pas oublier que le poète de cette époque était aussi un musicien, qui s'accompagnait de la lyre, ou plus exactement pour Alcée et Sappho du barbitos qui en était une espèce plus grave et plus allongée, et de sortes de harpes, dont les préférées de Sappho étaient semble-t-il la magadis et la pectis qu'elle évoque parfois dans ses versNote 10 : selon Théodore Reinach, ces instruments étaient équipés de cordes doublant les notes fondamentales à l'octave supérieur, leur apportant une résonance particulière[réf. à confirmer]27.

Sappho passe, d'après Plutarque dans son traité De la musique, pour avoir inventé le mode mixolydien, l'un des trois principaux modes de la musique grecque antique. Plus vraisemblablement, Sappho a dû adapter à sa propre poésie le mode lydien, qui était un mode strictement instrumental. Elle jouait aussi d'un genre de lyre appelé pectis, d'origine lydienne elle aussi, et elle serait l'inventrice du plectre28.

Phaon et le saut de Leucade[modifier | modifier le code]

Sapho à Leucade de Gustave Moreau
 
Sapho à Leucade de Gustave Moreau

Ménandre, dans un passage de sa pièce Leukadia conservé par Strabon, est la plus ancienne source connue à rapporter la légende selon laquelle Sappho se serait jetée dans la mer depuis l'île de Leucade, à la poursuite d'un certain Phaon, par amour pour lui. Phaon est une figure mythique proche de celle d'Adonis et de Phaéton. D'après un mythe, Phaon est un vieillard transformé en jeune homme par Aphrodite et dont la déesse tombe alors amoureuse. D'autres mythes rapportent qu'Aphrodite a été la première à sauter du rocher de Leucade, par amour pour Adonis, ou encore qu'elle a été amoureuse de Phaéton. Étudiant les relations entre ces différents mythes, Gregory Nagy pense qu'il existait un mythe de nature cosmique, lié à la mort et la renaissance, et propre à l'île de Lesbos, mettant en scène une Aphrodite amoureuse de Phaon, et se jetant dans la mer depuis le rocher de Leucade. Il aurait existé un poème de Sappho relatif à ce mythe, dans lequel la poétesse se serait identifiée à la déesse. Ce poème aujourd'hui perdu serait à l'origine de la version rapportée par le fragment de Ménandre29.

La scène du saut de Leucade ornait la chapelle des Néo-Pythagoriciens de Rome, sous le règne de Claude. Elle est aussi à l'origine par exemple de l'intrigue qui inspira à Gounod un opéra portant son nomNote 11, et des tableaux de plusieurs peintres, dont Théodore ChassériauGustave Moreau ou Henri Manguin (1874-1949).

Œuvre poétique de Sappho[modifier | modifier le code]

 
Sappho et Alcée, par Lawrence Alma-Tadema(1881)

Sappho a été très célèbre et appréciée dans l'Antiquité : plus de cent auteurs anciens l'ont citée ou ont parlé d'elle30. Dans une épigramme qui fut attribuée (sans doute par erreur) à Platon, l'auteur la qualifie de « dixième Muse ». Il ne nous reste cependant de ses écrits que peu de traces : un seul poème est arrivé jusqu'à nous dans son intégralité, l'Hymne à Aphrodite, les autres étant lacunaires (ce sont des fragments sur papyrus, des citations parfois limitées à un vers voire un mot). Son thème favori semble être la passion amoureuse. Elle a aussi écrit des épithalames. On peut donc dire de sa poésie qu'elle est lyrique. À noter cette remarque de Solon qui après avoir entendu la lecture d'un de ses poèmes dit : « mon désir est de l'apprendre et de mourir ensuite ». À retenir aussi que, dans le langage courant, quand dans le monde antique on disait « le poète » il s'agissait d'Homère, de même si l'on parlait de « la poétesse » c'était Sappho.

Elle écrivait dans un dialecte grec dit éolien voire lesbien (caractérisé par la psilose, un bouleversement de l'accentuation et le maintien du digamma). On lui doit la création d'une forme métrique particulière, la « strophe sapphique ».

On lui attribue, vraisemblablement à tort parce qu'elles semblent être bien trop récentes, trois épigrammes de l'Anthologie palatine ainsi que des poèmes élégiaques (selon le papyrus d'Oxyrhynque 1800) dont rien n'est resté.

Son classement[modifier | modifier le code]

Sappho aurait composé neuf livres de poésie lyrique (selon la Souda). Ce sont les philologues alexandrins qui ont classé ses œuvres ainsi, apparemment selon leurmètre mais aussi parfois selon leur sujet. C'est du moins ce que nous pouvons observer dans l'ouvrage de Théodore Reinach publié sous le patronage de l'Association Guillaume Budé31.

  • Le livre I serait entièrement constitué de poèmes en strophes dites 
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