Le Peuple élu, pour toujours ? Ismaël ou Isaac ? Islam ou Judaïsme ? évangile de Barnabé 1-148 !

Publié le par José Pedro

Les deux fils uniques d'Abraham

L’unique fils légitime de la promesse de l’Alliance selon la Bible est Isaac, pourtant Ismaël, née de la servante Agar,fut lui aussi dépositaire d’une promesse de descendance.

Alors que Dieu avait promis une descendance plus nombreuse que les étoiles du Ciel à Abraham le premier enfant de cette lignée se faisait attendre ! Et Abraham et sa femme avançaient en âge. Pour contourner le problème et pour « aider » Dieu à réaliser sa promesse inouïe, Sara, l’épouse du premier des croyants, poussa son mari dans les bras de la servante Agar. Celle-ci donna un fils à Abraham : le petit Ismaël dont le nom signifie « Dieu a entendu ». Cette naissance, pourtant orchestrée par Sara, provoqua en elle une jalousie tenace qui menaça la vie de la servante et celle de son fils. Ismaël fut contraint de fuir une première fois avec sa mère au désert. Mais, l’ange du Seigneur ordonna à Agar et à son fils de revenir auprès d’Abraham. Quelques temps plus tard Sara et Abraham eurent un enfant : Isaac dont le nom signifie « Dieu a ri ». Pour faire d’Isaac, le seul et unique héritier d’Abraham, Sara chassa définitivement Ismaël et sa mère au désert.


L’unique fils légitime de la promesse de l’Alliance selon la Bible est donc Isaac. Pourtant Ismaël fut lui aussi dépositaire d’une promesse de descendance, mais à la différence d’Isaac, cette promesse divine ne fut formulée qu’après la naissance de l’enfant (Gn 16, 10-11). Les hébreux se considèrent fils d’une femme libre et non d’une servante, aussi est-ce Isaac qu’ils considèrent comme leur ancêtre et comme le passeur de la promesse d’Alliance.

 

La Bible affirme que malgré les humeurs de Sara, Dieu n’abandonna pas Ismaël lui révélant un puits pour vivre. Isaac doit sa renommée à son origine -il est le fils d’Abraham- et à sa descendance – il est le père de Jacob-, toute la descendance de l’Alliance passe par lui. Isaac avait cent quatre-vingts ans quand il mourut. L’Islam se servira de la figure d’Ismaël pour se donner aussi un ancêtre prestigieux : un fils d’Abraham. Les musulmans affirment ainsi leur participation à la promesse de Dieu.

 

Pour les musulmans, l’épisode de la ligature d’Isaac que rapporte la Genèse - où ce dernier est pourtant appelé par Dieu « fils unique » - est en réalité celle d’Ismaël qu’Abraham présente en offrande à Dieu. Les musulmans insistent sur son droit d’aînesse le considérant comme le seul bénéficiaire de la promesse d’Alliance de Dieu, qu’Isaac aurait, malgré lui, usurpé. Aujourd’hui encore, certains affirment que cet épisode est l’une des raisons qui opposent juifs et musulmans dans les conflits tragiques que nous connaissons.

 

 

Ismaël dans l'islam

Les musulmans tiennent Ismaël et Isaac pour deux prophètes d'une importance égale. Ils soutiennent que le fils qu’Abraham doit sacrifier à son Dieu n'est pas Isaac, comme il est mentionné dans la Bible, mais Ismaël. Selon eux, c’est lui qui fut la victime propitiatoire, car selon les écrits bibliques, Dieu demanda à Abraham le sacrifice de son fils « unique » et Ismaël étant aîné, il serait donc le « fils unique » (jusqu’ la naissance d’Isaac). De plus, il est mentionné dans le coran, sourate 37, que grâce a ce sacrifice, Dieu a annoncé à Abraham une grande nouvelle: qu'il aura un deuxième fils (Isaac). Et il est a noté que ce sacrifice est fait à la Mecque, d'où la preuve évidente qu'il s'agit d’Ismaël et non Isaac.

Les musulmans considèrent qu'Ismaël est l'un des ancêtres des Arabes. Ismaël reconstruisit avec son père Abraham la Ka'aba dont il ne restait que les fondations, alors que ce dernier avait au moins un siècle d'âge.

Les douze fils d’Ismaël dont il est fait mention dans la Bible ont été repris par la religion musulmane. Il est dit que deux d’entre eux s’établirent à La Mecque, où ils fixèrent leur demeure, à savoir : Nebajoth et Kédar. Celui-ci est l’ancêtre des Quraychites, la tribu de Muhammad.

Le Coran qualifie Ismaël par deux fois « d’endurant. »

Abraham répudie Agar c DR

Alors que Dieu avait promis une descendance plus nombreuse que les étoiles du Ciel à Abraham le premier enfant de cette lignée se faisait attendre ! Et Abraham et sa femme avançaient en âge. Pour contourner le problème et pour « aider » Dieu à réaliser sa promesse inouïe, Sara, l’épouse du premier des croyants, poussa son mari dans les bras de la servante Agar. Celle-ci donna un fils à Abraham : le petit Ismaël dont le nom signifie « Dieu a entendu ». Cette naissance, pourtant orchestrée par Sara, provoqua en elle une jalousie tenace qui menaça la vie de la servante et celle de son fils. Ismaël fut contraint de fuir une première fois avec sa mère au désert. Mais, l’ange du Seigneur ordonna à Agar et à son fils de revenir auprès d’Abraham. Quelques temps plus tard Sara et Abraham eurent un enfant : Isaac dont le nom signifie « Dieu a ri ». Pour faire d’Isaac, le seul et unique héritier d’Abraham, Sara chassa définitivement Ismaël et sa mère au désert.
L’unique fils légitime de la promesse de l’Alliance selon la Bible est donc Isaac. Pourtant Ismaël fut lui aussi dépositaire d’une promesse de descendance, mais à la différence d’Isaac, cette promesse divine ne fut formulée qu’après la naissance de l’enfant (Gn 16, 10-11). Les hébreux se considèrent fils d’une femme libre et non d’une servante, aussi est-ce Isaac qu’ils considèrent comme leur ancêtre et comme le passeur de la promesse d’Alliance. La Bible affirme que malgré les humeurs de Sara, Dieu n’abandonna pas Ismaël lui révélant un puits pour vivre. Isaac doit sa renommée à son origine -il est le fils d’Abraham- et à sa descendance – il est le père de Jacob-, toute la descendance de l’Alliance passe par lui. Isaac avait cent quatre-vingts ans quand il mourut. L’Islam se servira de la figure d’Ismaël pour se donner aussi un ancêtre prestigieux : un fils d’Abraham. Les musulmans affirment ainsi leur participation à la promesse de Dieu. Pour les musulmans, l’épisode de la ligature d’Isaac que rapporte la Genèse - où ce dernier est pourtant appelé par Dieu « fils unique » - est en réalité celle d’Ismaël qu’Abraham présente en offrande à Dieu. Les musulmans insistent sur son droit d’aînesse le considérant comme le seul bénéficiaire de la promesse d’Alliance de Dieu, qu’Isaac aurait, malgré lui, usurpé. Aujourd’hui encore, certains affirment que cet épisode est l’une des raisons qui opposent juifs et musulmans dans les conflits tragiques que nous connaissons

Le sacrifice d'Abraham et la ligature d'Isaac : lecture de ce récit dans le Coran- Le sacrifice d'Isaac, ou d'Ismaël ?

 
 

Jean-Yves L'Hôpital, directeur du département multilangues, université Rennes II


La Bible et le Coran reprennent tous deux l'histoire d'Abraham acceptant d'immoler son fils en holocauste à Dieu. Ce geste est fondateur de l'acte de foi parfait demandé par Dieu à Abraham, auquel il vaut dans la Bible l'Alliance, et dans le Coran le fait d'être considéré comme le premier des musulmans, à cause de son acte de soumission totale à Dieu.

Mais alors que dans la Bible, l'identité du fils est relativement claire - il s'agit d'Isaac - (encore que la question ait été posée), le Coran, lui, ne la précise pas. D'où la question posée par les commentateurs : s'agissait-il d'Isaac, fils de la femme libre, ou d'Ismaël, fils de la femme servante ? Les commentateurs se partageront à ce sujet, mais la tradition musulmane la plus générale finira par opter pour Ismaël. Pourquoi ? C'est cette question que je vais poser en envisageant successivement les sources de ces hypothèses contradictoires.


Le récit biblique

Je passerai très vite sur la tradition biblique, n'en rappelant que l'essentiel : le chapitre XVI de la Genèse (récit essentiellement yahviste) annonce la naissance d'Ismaël de la servante égyptienne d'Abram, Agar. Agar ayant fui à cause des mauvais traitements de Saraï, Dieu lui ordonne de revenir, et lui fait une promesse : " Je multiplierai beaucoup ta descendance, tellement qu'on ne pourra pas la compter " (verset 10, traduction de la Bible de Jérusalem). Le verset 11 poursuit : " L'ange de Yahvé lui dit : Tu es enceinte et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom d'Ismaël, car Yahvé a entendu ta détresse. Celui-là sera un onagre d'homme, sa main contre tous, la main de tous contre lui, il s'établira à la face de tous ses frères. ".

Puis l'alliance est conclue avec Abram, qui devient Abraham ; est annoncée la naissance d'Isaac, de Saraï, devenue Sara. C'est avec Isaac que se poursuivra l'alliance. Ismaël est béni, et il lui est promis d'être le père d'une grande descendance, mais ce n'est pas avec lui que se fera l'alliance (Gn. XXI).

Agar et Ismaël sont chassés dans le désert, où ils survivront. Dieu rappelle sa promesse : " J'en ferai un grand peuple " (Gn. XXI, 18). Ismaël grandira au désert et deviendra tireur d'arc. Il épousera une égyptienne. Ismaël sera considéré comme l'ancêtre des Arabes du désert, à l'image de l'onagre, indépendant et vagabond, comme le décrit Job (XXXIX, 5-8 : " Qui a lâché l'onagre en liberté, délié la corde de l'âne sauvage ? A lui, j'ai donné le désert pour demeure, la plaine salée pour habitat. Il se rit du tumulte des villes et n'entend pas l'âne vociférer. Il explore les montagnes, son pâturage, à la recherche de toute verdure ".

C'est au chapitre XXII (récit élohiste avec des éléments yahvistes) que la Genèse décrit le sacrifice d'Isaac, par lequel Dieu veut éprouver la foi d'Abraham. Dieu répète alors sa promesse de descendance.

Ce sera ensuite le mariage d'Isaac et de Rébecca. Ismaël eut douze fils, qui furent les ancêtres de douze tribus. Isaac eut deux fils jumeaux, Esaü, le premier né, et Jacob. On sait qu'Esaü cèdera son droit d'aînesse à Jacob pour un plat de lentilles. Et Jacob se fera bénir par Isaac en se faisant passer pour Esaü. Jacob aura douze fils, ancêtres des douze tribus d'Israël.


Le récit coranique

Isaac

Comment Isaac est-il présenté dans le Coran ? Essentiellement comme un prophète, et un prophète parmi les justes (Q.XXXVII, 112-113 : " Nous lui avons annoncé une bonne nouvelle, la naissance d'Isaac, un prophète parmi les justes. Nous l'avons béni, lui [Abraham] et Isaac. Parmi leurs descendants, il y eut des hommes de bien, et des hommes manifestement injustes envers eux-mêmes ".

On notera ce qui a été signalé parfois comme une ambiguïté : dans Q. XI, 71, on lit : " Sa femme [d'Abraham} se tenait debout et elle riait. Nous lui annonçâmes la bonne nouvelle d'Isaac, et après Isaac, de Jacob ". Jacob serait-il indiqué ici comme le fils d'Abraham, né après Isaac ? Pour la Bible, Jacob est fils d'Isaac, et frère d'Esaü. La même chose semble dite en Q. VI, 84 : " Nous lui [à Abraham] avons donné Isaac et Jacob, que nous avons tous les deux bien dirigés, et auparavant nous avions bien dirigé Noé, et parmi ses descendants : David, Salomon, Job, Joseph, Moïse et Aaron. C'est ainsi que nous récompensons les hommes de bien ". Ou encore Q. XXIX, 27 : " Nous lui [Abraham] avons donné Isaac et Jacob et nous avons établi dans sa descendance la prophétie et le livre ". De même en Q. XXI, 72 et XIX, 49, où Isaac et Jacob, mis au rang des justes et des prophètes, sont donnés à Abraham.

Cependant, si on lit le commentaire que fait Tabari (Q. XIX, 49), on voit que cette possible ambiguïté ne lui a pas échappé, et il indique bien que Jacob est le fils d'Isaac. Si l'on se base sur ce commentaire, il semblerait donc faux de dire, comme le font parfois certains auteurs, européens en particulier, qu'il y aurait eu ici une hésitation sur la filiation de Jacob : il est dit d'emblée par les commentateurs " petit-fils d'Abraham ". Toutefois, on ne peut écarter absolument l'hypothèse d'une hésitation, et à cet égard, la date du verset est importante (on touche tout de suite ici aux interrogations sur la formation même du Coran).

C'est d'ailleurs clair dans Q. XII, 6, où Dieu parle à Joseph selon la filiation : Abraham, Isaac, Jacob. De même en Q. XII, 38, où Joseph dit : " J'ai suivi la religion de mes pères, Abraham, Isaac et Jacob ".

Il y a beaucoup de références à ce sujet. On notera en Q. II, 133, 136 et 140, la formule : " Nous croyons en Dieu..., à Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob, et aux tribus…". Ismaël est mentionné avant Isaac, comme en Q. III, 84 et IV, 163.

Le sacrifice d'Isaac

Le récit du sacrifice par Abraham de son fils se trouve en Q.XXXVII, 100-113 : " Seigneur, accorde-moi [quelqu'un] qui fasse partie des vertueux (100). Nous lui annonçâmes la bonne nouvelle d'un garçon doué de patience (101). Puis lorsque celui-ci eut atteint l'âge de l'accompagner, il [Abraham] lui dit : " Ô mon fils, je vois en songe que je vais t'immoler. Regarde donc ce que tu vois". Il [le fils] dit : "Ô mon père, fais ce qui t'est ordonné, et tu me trouveras, s'il plaît à Dieu, au nombre des endurants" (102). Quand ils se furent soumis et qu'il l'eût jeté sur le front (103), nous l'appelâmes : "Ô Abraham (l04) ! Tu as tenu la vision pour véridique. C'est ainsi que nous récompensons ceux qui font le bien " (105). C'était là l'épreuve manifeste (106). Nous lui avons demandé en rançon une grande immolation (107). Nous avons laissé son souvenir à la postérité (l08). Paix sur Abraham (109). C'est ainsi que nous récompensons ceux qui font le bien (110). Car il faisait partie de nos adorateurs croyants (111). Nous lui avons annoncé la bonne nouvelle d'Isaac comme prophète, au nombre des gens vertueux (l12). Et nous l'avons béni ainsi qu'Isaac " (113).

On voit que le fils n'est pas nommé, et toute la question est de savoir duquel des deux fils il s'agit. Tabari, commentant la sourate Yusuf (XII, 6) rapporte une tradition : " Sa grâce envers Abraham fut qu'il le sauva du feu, et envers Isaac, qu'il le sauva du sacrifice ". Pour Tabari, c'est donc Isaac qui fut le fils du sacrifice.

Si on se reporte maintenant au commentaire que fait Tabari de Q.XXXVII, 100-113, on lit : " Le garçon que Dieu annonça à Abraham était Isaac ", et Tabari donne la chaîne des transmetteurs. Il s'interroge de plus sur un certain nombre de difficultés d'interprétation : ainsi relève-t-il plusieurs sens possibles pour le mot al-sa'ya : lorsqu'il fut en âge de travailler, ou de marcher, ou d'adorer. Il fait, de plus, un long développement sur ce qui précède le sacrifice, où il s'agit bien d'Isaac. Il relève en passant une différence de lecture chez les gens de Médine, de Basra, et certains de Kufa, qui lisent dans le sens : " quoiqu'il te soit ordonné, fais ce qui t'est ordonné. " Certains de Kufa lisent dans le sens de : " ce que tu indiques ".

Toutefois, Tabari rapporte aussi une tradition au sujet de la chemise qu'enlève le fils d'Abraham pour qu'elle ne soit pas tâchée de sang, et il indique à ce moment le nom d'Ismaël. On notera qu'en disant à son père d'accomplir l'ordre reçu de Dieu, Isaac se présente en victime consentante. Au verset 107, au sujet de l'immolation, il remarque que tous les commentateurs disent qu'il s'agit d'un bélier immolé par Abraham à la place de son fils. Aux versets 112-113, il explique que si le nom d'Isaac est mentionné ici, c'est, d'après les commentateurs, pour annoncer que la prophétie lui est accordée. Encore que d'autres compréhensions existent, tout le monde cependant pense que c'est bien Isaac qui est la victime. En résumé, on peut donc dire que la première interprétation de Tabari rend compte d'une opinion assez unanime : c'est Isaac qui fut la victime.

On notera toutefois que Tabari commentant l'annonce de la conception d'Isaac, et après lui de Jacob, comme premier-né de Sara (au sujet de laquelle il rapporte des traditions établissant que Sara avait alors 99 ans et Abraham 100 ans) s'interroge sur la compatibilité de l'idée d'un sacrifice d'Isaac avec la promesse faite par Dieu à Abraham et Sara d'une descendance.

Si on consulte le commentaire d'Ibn Katir, on trouve la même interprétation : c'est bien Isaac la victime (cf. commentaire de Q. XII, 6).

De même si on consulte le commentaire de Fahr al-Din al-Razi : c'est encore Isaac qui est désigné comme la victime. Dans son commentaire de Q. XII, 6, on trouve la même explication que dans Tabari : la grâce accordée par Dieu à Abraham et Isaac, c'est la prophétie, puis : " la bienfaisance de Dieu envers Abraham fut de le protéger du feu, et envers son fils Isaac, de le préserver du sacrifice ". Si enfin on consulte le commentaire de Zamahšari, on voit qu'ici aussi il s'agit d'Isaac (cf. Kaššaf, commentaire de Q. XII, 6).

Ismaël

Ismaël est donc le fils d'Agar, la servante ou l'esclave égyptienne d'Abraham. Selon la tradition musulmane, Abraham conduisit Agar et son fils Ismaël à La Mekke, où il les abandonna. Ils survécurent, et Abraham rencontra son fils au cours d'un voyage. Il lui demanda de l'aider à construire la Ka'ba.

Ismaël épousera une fille de la tribu arabe des Djurhum. C'est de cette tribu qu'il apprendra l'arabe. Il sera considéré comme l'ancêtre des Arabes du Nord et des Arabes du désert, c'est-à-dire des bédouins. Ismaël est présenté dans Q. XIX, 54-55, comme un apôtre et un prophète. Il est mentionné dans Q.VI, 86, comme descendant d'Abraham, mais à un rang qui semble inférieur à celui d'Isaac et Jacob. Pourtant, certains passages semblent donner la primauté à Ismaël sur Isaac (cf. Q. XIV, 39 : " Louange à Dieu qui m'a donné dans mon grand âge Ismaël et Isaac. Mon Seigneur écoute la prière. " De même, en Q. Il, 133, 136, 140, Ismaël est cité avant Isaac dans la nomenclature : " Nous adorons ton Dieu, le Dieu de tes pères : Abraham, Ismaël et Isaac ". (133).

Tabari, commentant Q. II, 133, fait remarquer que si Ismaël est cité en premier, c'est parce qu'il est l'aîné. Il fait remarquer de plus, puisque ce verset concerne aussi Jacob, qu'il n'est pas étonnant qu'Ismaël, bien qu'oncle de Jacob, soit rangé parmi les " pères " : c'est une façon de parler de la parenté ancestrale courante chez les Arabes. Est-ce là la raison pour laquelle la tradition postérieure évoluera et choisira Ismaël comme " victime " ? En effet, c'est le fils " immolé " qui doit être l'héritier de la promesse divine. Ismaël est incontestablement l'aîné, mais né de la femme servile. Isaac est le puîné, mais né de la femme libre. Toute la question est de savoir si Agar est une esclave, ou une seconde épouse. Dans ce dernier cas, Ismaël serait bien l'aîné en titre, et donc l'héritier, et ceci expliquerait la tradition postérieure.

Si en effet on relit Q. XXXVII, 100-113, on peut aussi considérer que le fils clairement nommé au verset 113, Isaac, pouvant apparaître comme le second fils selon l'ordre des versets, le premier fils non-nommé serait Ismaël. S'il n'y a pas là de certitude, il n'y a pas non plus d'impossibilité. Dans ce cas, le Coran reprendrait l'ordre de primogéniture, sans s'attacher forcément à la distinction fondée sur le fils de la femme libre et sur le fils de la femme servile, et cela ferait d'Ismaël la victime.

C'est ce que dit Baydawi dans son commentaire de ces versets, lui qui relève que la naissance d'Isaac est annoncée après l'autre annonce parallèle d'un garçon : celui-ci ne peut donc être qu'Ismaël.

Tabari lui-même, dont on a cité précédemment la préférence pour le choix d'Isaac comme victime, n'est pourtant pas absolument affirmatif. Si, en effet, nous poursuivons la lecture de son commentaire des mêmes versets, commentaire où il raconte en détail la scène de l'annonce à Sara, puis la préparation de l'immolation et son acceptation par Isaac, et enfin comment Dieu interrompit le geste d'Abraham et comment celui-ci immola un bouc à la place de son fils, Tabari, qui affirme que les commentateurs ont divergé sur la question de l'identité du fils, poursuit son exposé en rapportant de nombreuses traditions où la victime est Ismaël, et en particulier une tradition où 'Abd Allah b. 'Abbas dit qu'il s'agit d'Ismaël et que ce sont les Juifs qui ont prétendu que c'était Isaac. Et il rapporte de même une tradition selon laquelle ce ne pouvait être Isaac, dépositaire de la promesse, qui aurait été immolé. Si bien qu'en définitive, Tabari n'est pas uniquement partisan d'Isaac, donnant de nombreuses références à l'appui d'Ismaël. Il est vrai que le fait qu'il consacre neuf grandes pages à discuter de ce point montre assez combien les avis ont été partagés, et à quel point il pouvait être difficile de prendre un parti définitif.

Si maintenant nous sautons les siècles pour consulter le commentaire du Manar, on voit que celui-ci, commentant le verset 6 de la sourate XII (sourate Yusuf), qu'il met en rapport avec la sourate XXXVII, versets 100 et ss., se range sans ambiguïté du côté des tenants d'Ismaël : " Certains commentateurs ont brodé sur la similitude entre le sauvetage d'Ibrahim du feu et celui d'Isaac du sacrifice, mais la réalité est que le sacrifié est Ismaël et non pas Isaac, comme le prouve le verset de la sourate Al-Safat. L'endroit où se situe l'histoire, c'est le Hijaz, et là réside l'origine du sacrifice à Mina, et d'ailleurs, celui qui a grandi au Hijaz, c'est Ismaël et non pas Isaac ".

Autrement dit, le commentaire du Manar entérine purement et simplement l'opinion désormais acquise chez les musulmans qu'il s'agit d'Ismaël, sans même s'interroger sur les traditions différentes rapportées par les commentaires plus anciens. De plus, le Manar souligne le lien entre le sacrifice du fils d'Abraham et le sacrifice à Mina lors du pèlerinage (sans d'ailleurs relever que le premier sacrifice historique institué par le prophète fut probablement celui d'un chameau et non d'un mouton, mais il est vrai que celui d'un mouton s'y est vite substitué dans la tradition musulmane).

On reviendra sur la tradition de 'Abd Allah b. 'Abbas, rapportée par Tabari, qui fait état d'une falsification de la vérité par les Juifs. C'est en effet une solution commode au problème que pose l'existence de deux interprétations différentes de textes relatant une histoire commune aux deux traditions, juive et musulmane. Ces deux interprétations sont en effet censées reposer sur des textes dont le caractère divin est reconnu. Plus exactement, l'islam reconnaît le caractère inspiré des textes bibliques. Comment alors accepter deux interprétations divergentes ? De ce point de vue, affirmer que les Juifs se sont trompés, voire qu'ils ont falsifié délibérément la vérité, est une solution. L'un des tout derniers commentaires du Coran, celui de Si Hamza Boubakeur (publié dans sa première édition en 1970), est d'ailleurs un modèle du genre, accusant carrément et sans nuances les Juifs de falsification : " Selon la Genèse, le " candidat " à l'immolation était Isaac. Selon la thèse musulmane, il s'agit d'Ismaël. Les sémitisants tiennent les chapitres XIV à XX de la Genèse comme tardivement remaniés et " harmonisés ". Les auteurs vont plus loin : ils ont souligné cette falsification, et considèrent, en outre, les chapitres suivants, surtout le chapitre XVII, comme transformés et pratiquement vidés de leur substance par les compilateurs tardifs des traditions juives qui se sont évertués, en arrangeant les textes à leur manière, à faire d'Isaac et de son fils Jacob les seuls dépositaires de la révélation et les seuls fondateurs du culte. Pour rendre cohérentes la narration biblique et leur conception de la prophétie comme un privilège exclusif d'Israël, ils ont modifié le Texte Sacré et substitué Isaac à Ismaël " (Si Hamza Boubakeur, Le Coran, Maisonneuve et Larose, 1995, p. 812).

Il est vrai toutefois que Si Hamza Boubakeur souligne par la suite l'une des difficultés du texte biblique : en Genèse, XXII, 2 il est dit : " Prends ton fils, ton unique, que tu chéris, Isaac, et va-t-en au pays de Moriyya, et là tu l'offriras en holocauste sur une montagne que je t'indiquerai ". Or, Isaac ne peut être tenu pour l'unique fils d'Abraham, puisque, auparavant, lui est né Ismaël de sa servante Agar, sauf à tenir Ismaël comme quantité négligeable parce que fils de la servante, ou comme virtuellement mort, puisque abandonné au désert.


Conclusion


On voit donc que la tradition musulmane a hésité, avant que le choix des musulmans ne se fixe définitivement sur Ismaël.

On notera que ce fut surtout l'un des premiers grands commentaires, celui de Tabari (839-923) qui, sans écarter absolument l'autre hypothèse, tient néanmoins pour plausible que ce soit Isaac la " victime ".

On pourrait hasarder l'explication que ce commentaire est l'un des plus anciens, donc des plus proches des temps prophétiques, et que de ce fait, il a pu tenir compte plus que les autres du courant des traditions véhiculées par l'entourage juif du prophète, et donc être amené à reprendre des traditions fidèles au point de vue des Juifs. Par la suite, des commentaires plus tardifs, à des époques où la rupture avec les Juifs était consommée, auraient eu tendance à rejeter l'interprétation juive. Une tradition rapporte d'ailleurs que la mention d'Ismaël comme " victime " se serait surtout affirmée à partir de 'Umar, calife omeyyade qui régna de 717 à 720. Le commentaire de Tabari lui est cependant postérieur de plus d'un siècle, et ceux d'Ibn Ka×ir et de Razi, optant pourtant pour Isaac, sont encore plus tardifs (Ibn Katir 1300-1373 ; Razi 1149-1209).

Il faudrait aussi tenir compte des dates de composition des versets parlant d'Isaac et d'Ismaël, certains étant de la période mekkoise, d'autres de la période médinoise.

Peut-être faut-il plutôt penser qu'un faisceau de traditions convergeant vers l'idée de la présence d'Ismaël à La Mekke et l'aide qu'il aurait apportée à Abraham dans l'édification de la Ka'ba, renforcées par l'importance du pèlerinage et de ses rites parmi lesquels l'immolation du mouton, ont peu à peu ancré dans la conscience musulmane la conviction que le fils sacrifié était Ismaël. Ceci, en plus, diminuait l'importance de Jérusalem et du rocher où aurait eu lieu le sacrifice d'Isaac pour diriger les regards de la communauté musulmane plutôt, et définitivement, vers La Mekke. Il s'agirait là d'ailleurs plutôt de traditions populaires tendant finalement à s'imposer que d'un point de vue issu de l'étude critique des textes et des opinions nuancées des théologiens.

La question reste donc ouverte.

Par ailleurs, sur le sens général, pour l'islam, des personnes et des missions d'Abraham et de ses fils, on notera qu'Abraham est fondamental, étant le premier à confesser le monothéisme. Abraham est le prophète par excellence. Son geste d'immolation d'un de ses fils est magnifié comme la preuve de sa totale soumission à Dieu. La postérité d'Abraham pour l'islam est essentiellement spirituelle : il est le père du monothéisme. D'ailleurs, la religion musulmane se dit elle-même " millat Ibrahim ", la religion d'Abraham. Cependant, l'alliance entre Dieu et Abraham sur laquelle insiste la Bible n'est pas reprise de la même façon dans le Coran.
Le rôle généalogique d'Isaac et d'Ismaël est peu mis en lumière par le Coran, contrairement à la Bible. Toutefois, la tradition musulmane fera par la suite d'Ismaël l'ancêtre des Arabes du Nord.

 

La descendance d'Abraham : la rivalité Isaac-Ismaël

Rav Léon Askénazi-Manitou

 

 


La plus grande erreur de toutes les théologies - quand on parle de la révélation de la parole de Dieu - c'est de croire que Dieu a révélé une ``confession religieuse'' dans le sens d'un code religieux ne concernant qu'une conduite de la vie : la conduite proprement religieuse, c'est-à-dire l'expression du sentiment religieux et du culte. En fait, à travers la prophétie biblique, on s'aperçoit que ce que Dieu a révélé, c'est essentiellement Sa volonté pour le développement de l'histoire du monde et particulièrement celle des hommes. Avant de dire le code, la Torah nous donne comme une préface - depuis l'histoire du premier homme - pour expliquer pourquoi l'accent va être mis assez rapidement sur la racine : Israël, matrice de l'engendrement de l'histoire du salut et lieu de la Révélation prophétique.

 

 

Dépasser la théologie

Or, il y a un écueil à éviter : depuis la fin de la prophétie, on a perdu l'habitude de comprendre le sens de la parole prophétique comme telle. On l'a un peu réduite à une sorte de philosophie religieuse - la théologie, qui est une pensée humaine - très tardive par rapport à la prophétie biblique. Cela vient de l'arrêt de l'expérience prophétique, à l'échelle objective, bien qu'elle ait continué jusqu'à nous. L'inspiration1 à l'échelle individuelle est encore un peu, je ne dirais pas de même nature, mais du même degré de communication de Dieu à l'homme, alors que la philosophie religieuse, elle, est unetentative de communication de l'homme à Dieu, ce qui est extrêmement différent.

La tradition juive connaît aussi l'expérience religieuse qui va de l'homme à Dieu, mais l'essentiel de la religion juive, c'est la Parole qui vient de Dieu à l'homme, et c'est d'une toute autre nature.

Par conséquent, puisque notre époque connaît les grands bouleversements de l'histoire mondiale, il est évident que ces grands bouleversements concernent Israël et que la Parole de Dieu le concerne au premier chef. On a oublié que l'essence de la préface historique que nous voyons en particulier dans le Livre de la Genèse et la première partie du Livre de l'Exode est une révélation de la conception que Dieu Se fait de l'histoire humaine - avec, en gros plan, Israël - avant de révéler Sa volonté pour la conduite religieuse. C'est donc là que l'homme doit étudier et comprendre comment la Torah comprend et entend les règles de conduite du peuple juif dans les grands événements qui le concernent.

 

Le pays des Hébreux

Or un des graves problèmes que nous avons à résoudre en notre temps, c'est la revendication de la terre d'Israël par Ismaël. Et c'est intentionnellement que je dis cela en termes bibliques, directement, car il ne s'agit pas seulement d'un conflit politique, comme se complaisent à le présenter diplomates, historiens et journalistes. Il s'agit d'une histoire qui a commencé avec la famille d'Abraham et qui est la revendication de la terre d'Israël par Ismaël.

Il serait donc inconcevable - en tout cas pour la conscience d'un croyant, qu'il soit chrétien, juif ou musulman - que la Bible ait parlé de tout, sauf ... de l'essentiel. Il faut repenser ce problème pour qu'il y ait une solution positive en fin de compte. A quelles conditions ? Cela nous devons le demander à la Bible elle-même.

Il y a une ``légende'' concernant la dénomination de ce que nous appelens Erets Israël. La Bible l'appelle ``pays de Canaan'' parce qu'au temps des Patriarches, il était occupé par les Cananéens (Gen. XIII, 7). En fait, dans le récit de la Genèse (XL, 15), il est appelé ``pays des Hébreux''. Ce terme est employé par Joseph, en prison en Egypte, lorsqu'il raconte son histoire aux ministres du Pharaon tombés aussi en disgrâce : ``J'ai été volé du ``pays des Hébreux''. Les ministres du Pharaon comprennent de quoi il s'agit, et pourtant qu'y avait-il en ce temps là comme Hébreux au pays de Canaan? Jacob et ses fils. Cela signifie qu'à l'époque, il y avait une donnée culturelle et que ce pays était connu comme celui des Hébreux. De la même manière, pendant deux mille ans, alors que les Juifs étaient en exil, on savait que leur pays était la ``Palestine'', nom donné par les Romains à la Judée. Or, les Juifs étaient partout - sauf ici (en dépit d'une petite minorité), mais tout le monde savait que la Palestine était le pays juif.

Les Hébreux étaient en exil dans la civilisation de Babel d'où est sorti Abraham. Que faisaient-ils en Babylonie ? Il faut d'abord restituer ceci : les Hébreux étaient en dispora dans la civilisation de Babel - dont le roi était Nemrod. Lorsque cette civilisation est devenue totalitaire - un peu à la manière de l'Allemagne nazie - une famille des Hébreux, rescapée d'Our Kasdim2 (la fournaise de Kasdim), la famille d'Avram (il ne se nomme pas encore Abraham) quitte Babel et revient au pays de ses ancêtres (ancêtre d'Abraham : Ever, lui-même descendant de Sem). Or, pour les historiens, Abraham serait un Mésopotamien qui, magiquement, se découvre Hébreu. Cela n'a aucun sens. C'est très frappant de voir qu'Our Kasdim (Ur) est très exactement à la frontière entre le Koweit et l'Irak.

 

Rivalités familiales

En Babylonie, Abraham s'appelait Avram, nom araméen. Lorsqu'il revient au pays des Hébreux, il se nomme Abraham. De cette identité des Hébreux dans l'exil de Babylone, une partie seulement est revenue au pays des Hébreux. Les autres branches se sont installées en rivalité d'Israël. Térah, le père d'Abraham eut trois fils : Nahor, Haran (son fils, Loth fondera les peuplades d'Amon et Moab) et Abraham. Haran est mort en Babylonie. Nahor a quitté la Babylonie, mais n'est pas revenu au pays des Hébreux. Il s'est installé dans la région du Liban et de la Syrie où il a fait souche et est devenu un des pires ennemis d'Israël (cf. dans la Bible les guerres du roi Aram contre David !).

Une de ces rivalités est venue d'Ismaël. La Torah a raconté comment Sarah - qui n'avait pas d'enfant - a demandé à Abraham de prendre Agar pour avoir un enfant en attendant la réalisation éventuelle de la Promesse. C'était de la part de Sarah une générosité et une impatience que l'histoire juive a très souvent connues. Nous avons énormément d'épisodes de ce genre. Comme le temps de la Promesse n'est pas là, on passe le relais à une autre société. Un exemple : les Juifs au temps de la Révolution française étaient persuadés que le relais messianique passait par la France. C'est dire le choc pour un Juif de trouver un pays où les principes politiques étaient censés être : ``liberté-égalité-fraternité''...

 

Il y a rire et rire

Or voici ce qui se passa (Gen. XXI, 8-12) : Sarah a vu Ismaël rire3 et elle dit à Abraham : ``Renvoie la servante et son fils parce qu'il n'héritera pas avec mon fils Isaac.'' Le nom d'Isaac veut dire ``il rira'' au futur. Les deux fils d'Abraham sont ici définis par le rire. Le rire est possible parce que Abraham a enseigné qu'il y a un Créateur. S'il y a un Créateur, la joie est possible et aussi le salut. Donc, tout fils d'Abraham sait rire, seulement la seule différence est qu'Ismaël rit au présent. Il est satisfait du monde tel qu'il est. Tandis qu'Isaac n'aura le droit de rire qu'au futur, quand le monde aura trouvé sa Rédemption. Sarah, quand elle voit Ismaël rire, dit : il faut les séparer.

Effectivement l'Islam comme religion et le Judaïsme comme religion se ressemblent avec cette grande différence que si la théologie est compatible - il y a un Créateur - la morale n'est pas la même. Le Musulman se satisfait du monde au présent. Le Juif ne se satisfait pas du monde comme il est et son rire est réprimé. Il rira au futur. C'est une légende de dire que nous avons le même père car Avram n'est pas encore Abraham ; le Dieu de l'Islam, c'est le Dieu Créateur au présent, alors que le nôtre, c'est le Créateur avec un projet d'avenir.

Avec l'Islam nous n'avons pas de problème théologique. Leur monothéisme est compatible avec le nôtre, mais nous avons un problème moral. Pour la conscience islamique, il y a une difficulté à penser la responsabilité morale. Pourquoi ? C'est Dieu qui décide de tout. Penser que l'homme est libre, c'est un blasphème. Lorsqu'un Musulman est cultivé, formé à l'occidentale, il perçoit le problème moral. Il a alors des difficultés avec sa religion. Je suis né dans un pays d'Islam et je connais bien ce problème. Supposer que l'homme est libre, cela porte atteinte à la souveraineté de Dieu. Le Musulman a une foi absolue qu'il existe un Créateur qui décide de tout. Tout est écrit, dit-on. Ecrit, mais pas dans le sens de la fatalité, c'est la Volonté de Dieu. Il veut soumettre le monde à la Volonté de Dieu...

Le texte suivant (Gen. XXV, 9) prédit qu'Ismaël fera repentir. Ismaël revient d'Egypte où il vivait avec sa mère. Il revient dans la ``maison de son père'' à Hébron où vit Isaac. Abraham mort, il est dit : ``Isaac et Ismaël, ses fils, l'enterrèrent...'' C'est la fin du cycle d'Abraham qui meurt en bonne vieillesse puisque les deux frères se sont réconciliés et que le rire d'Ismaël a trouvé sa Rédemption.

 

Bar Yochaï explique...

Un texte du Talmud dit ceci : Trois maîtres veulent expliquer pourquoi Sarah, voyant rire Ismaël, a pu demander une chose aussi terrible à Abraham :expulser Agar et Ismaël ! Alors qu'elle avait donné Agar à Abraham dans sa générosité. Il y a là contradiction. Sarah n'est pas une mégère, finalement !

Or, le premier dit : ce rire, c'est l'idolâtrie ; le second dit : c'est le meurtre ; le troisième dit : c'est la débauche4. Car celui qui se satisfait du monde tel qu'il est tombe dans ces trois fautes. Et Rabbi Shimon bar Yochaï, qui cite ces trois maîtres, déclare qu'il est étonnant que dans la maison de ce Juste (Abraham), quelqu'un puisse agir ainsi. Il explique le rire d'Ismaël comme une moquerie. Il se rit de son frère. Se croyant l'aîné, il prétend à deux parts d'héritage (l'Arabie et la Palestine, remarque ironiquement le Rabbin !). C'est moi l'aîné. Le monde entier et la terre d'Israël me reviennent ! Mais à la mort de son père, il revient à la maison. Il fait repentir, reconnaissant qu'Israël est chez lui à Hébron, car il a reconnu la religion de son père (avant Mahomet, les Ismaélites étaient des païens).

Le rire d'Ismaël, ce rire de rivalité, trouvera donc un jour sa Rédemption. Pour nous, il suffit - mais il faut - que l'Islam reconnaisse que cette terre a été donnée par Dieu à Israël ; alors on établira le statut de ceux qui voudront y demeurer.

Les Arabes n'ont jamais connu la situation d'exil. Ils ont été des conquérants - partout et toujours. Et voici qu'ici, et pour la première fois, ils connaissent cette situation d'exil. Cela leur est insupportable : être en exil chez les Juifs... à Jérusalem !

 

Le Maharal explique...

Le Maharal a établi pourquoi notre exil n'a commencé qu'avec Jacob alors qu'il avait été annoncé à Abraham. Si l'exil avait commencé avec Abraham, Ismaël aurait été concerné. S'il avait commencé avec Isaac, Esaü aurait été concerné. Mais il commence avec Jacob parce que la promesse de la terre ne concerne que la descendance d'Abraham qui accepte l'éventualité de l'exil. Seule la descendance de Jacob a connu l'exil et la promesse de la terre ne concerne qu'elle.

Or, pour la première fois aussi, il y a des communautés chrétiennes et musulmanes qui vivent en Israël, chez Israël, et commence un temps où le lien avec la terre peut les concerner5.

Depuis Vatican II, on sent que la chrétienté cherche à être plus universaliste qu'universelle. Il y a un tournant. Mais, et c'est évident, l'impérialisme musulman reste universel dans l'Islam.

Abraham mort, ``Isaac et Ismaël, ses fils, l'enterrèrent dans la grotte de Makhpelah''. Alors seulement, Ismaël a le privilège d'être ici désigné comme fils d'Abraham. La préséance du fils de la Promesse, Isaac, est établie ici, et reconnue, puisque Isaac est nommé le premier. C'est un peu ce que nous attendons.

La Bible a raconté notre histoire et il y a une cohérence dans cette histoire. On ne peut la juger d'après les notes des journalistes ou les critères - uniquement politiques - des assemblées internationales.

 


Notes:

1L'esprit de sainteté : ne pas confondre avec la fonction du ``Saint-Esprit'' dans le Rouah Haqodesh.

2Our Kasdim : Ur. Comme l'explique le Midrash, les hébreux étaient jetés dans les ``fours'' d'Our kasdim.

3Concernant Gen. XXI, 9, il est des traductions qui disent que les deux enfants ``jouaient''. L'hébreu dit ``riant'', un participe présent.

4Il y a trois axes des commandements dans la Torah :
- dans les rapports avec Dieu, la faute, c'est l'idolâtrie ;
- dans les rapports avec autrui, c'est le meurtre ;
- dans les rapports avec soi-même, c'est la débauche.

5Les Juifs ont connus quatre grands exils dont ils sont sortis, la sortie étant accompagnée de grands ébranlements de civilisation :
- de l'empire de Babel (géographiquement l'Irak) avec Abraham ;
- de l'empire de Perse (géographiquement l'Iran) avec Esther ;
- de la colonisation grecque avec les Hasmonéens ;
- de l'Empire romain (symboliquement l'Occident) par leur retour contemporain dans l'Etat d'Israël.

Ismaël

L’invention du peuple arabe

Il est de bon ton, ces temps-ci, d’accuser son peuple ou le peuple voisin, ou celui qui commet le désordre sur la terre, d’être une invention ; ce qui aboutit à un genre de délégitimation. Autant mettre les choses au clair : tous les peuples se sont inventés, et ont été inventés par les autres, en même temps qu’une sorte de conscience nationale se constituait[1]. Voilà le premier point : chacun est remis à sa place. La différence vient du moment de l’invention, plus ou moins ancien. Les analyses pourraient aussi permettre de savoir si la part des circonstances ou la part de l’invention a posteriori est importante. Pour les Arabes, cette dernière paraît considérable, non pas que les Arabes n’aient pas existé. Au contraire, même, le fait d’être arabe résulte de nombreux et indiscutables facteurs[2].
La Bible[3] présenterait la conception traditionnelle[4] de l’origine des populations arabes[5]: Ismaël[6]serait le fils d’Abraham et de sa première femme Agar. [7]Son nom devrait signifier « Dieu entend », mais son origine pourrait être ethnique, comme un représentant d’une confédération tribale, celle des SHUMUHIL : cette hypothèse a l’heur de nous plaire. En soi, pas d’Arabes encore à l’horizon.

Attention, urgence : rien ne permet de mettre en contact ce mythe et ce qui sera plus tard les Arabes. Ceux-ci, de leur côté, sont régulièrement cités dans les textes, comme des voisins et des concurrents[8].

La Genèse présente clairement la relation – et l’opposition – des populations juives et arabes. Le thème est maintes fois repris et utilisé par les deux parties, alors qu’à l’évidence, l’épisode ne correspond strictement à aucune réalité historique[9].Abraham, et tous les autres de la tribu, sont des inventions tardives, issues de l’élite des Hébreux au moment de la déportation à Babylone, soucieuse qu’elle était de reconstituer des racines à l’ensemble de la population juive.

Il serait peut-être utile de considérer les choses sous un angle différent. Hébreux et Arabes ne se distinguent, au départ, presque pas. Ils ne se distinguent pas, mais vont le faire peu à peu, au fil des siècles, et par des inventions. Les personnages d’Isaac et Ismaël sont des inventions qu’il est possible de qualifier d’identitaires.

Nous présentons donc le dossier, assez complet, de la documentation : en premier lieu, l’information biblique et juive en général, puis l’information coranique, et enfin, celle issue des légendes islamiques. L’ensemble, osons le dire, est assez séduisant, mais justement, s’il en est ainsi, les efforts de vigilance doivent redoubler, histoire de ne pas s’ensabler dans l’erreur qui prend l’apparence de l’évidence, comme tant d’autres.

La postérité d’Agar: Ismaël.

(Genèse 16,4 ; 17,19-20)[10].

Saraï[12], femme d’Abram, ne lui avait pas donné d’enfant. Elle avait une servante égyptienne du nom de Hagar, et Saraï dit à Abram:

-Voici que le seigneur m’a empêchée d’enfanter. Va donc vers ma servante, peut-être que par elle, j’aurai un fils. Abram écouta la proposition de Saraï. Dix ans après qu’Abram se fut établi dans le pays de Canaan, Saraï sa femme prit Hagar, sa servante égyptienne, pour la lui donner comme femme à Abram son mari. Il alla vers Hagar12qui devint enceinte. Quand elle se vit enceinte, sa maîtresse ne compta plus à ses yeux. Saraï dit à Abram: tu es responsable de l’injure qui m’est faite. C’est moi qui ai mis sur ton sein ma servante. Dès qu’elle s’est vue enceinte, je n’ai plus compté à ses yeux. Que le seigneur décide entre toi et moi!

Abram répondit à Saraï: voici ta servante en ton pouvoir, fais-lui ce qui est bon à tes yeux. Saraï la maltraita et celle-ci prit la fuite.

(Genèse 16/7-10, 15).

L’ange du seigneur lui dit: je multiplierai tellement ta descendance qu’on ne pourra la compter.

L’ange du seigneur lui dit: voici que tu es enceinte et tu vas enfanter un fils, tu lui donneras le nom d’Ismaël car le seigneur a perçu ta détresse. Véritable âne sauvage, cet homme.

Sa main contre tous, la main de tous contre lui, à la face de tous ses frères, il demeure.

(…)

Hagar enfanta un fils à Abram; il appela Ismaël le fils que Hagar lui avait donné.

(Genèse 17/19-21).

Et Dieu dit:

-Bien sûr, Sara, ta femme, t’engendrera un fils, tu l’appeleras du nom d’Isaac, j’établirai mon alliance avec lui, alliance à jamais[13]> pour sa postérité après lui. Quant à Ismaël, je t’ai exaucé: voici, je l’ai béni, je le rendrai fécond et je le multiplierai extraordinairement ; il engendrera douze princes[14] et je ferai de lui une grande nation. Mais j’établirai mon alliance avec Isaac, que Sara te donnera l’année prochaine, à cette date.

La descendance des Ismaéliens.

(Genèse 25/12-18).

Voici la famille d’Ismaël fils d’Abraham, celui que donna à Abraham Hagar, l’Egyptienne servante de Sara. Voici les noms des fils d’Ismaël, leurs noms selon leurs familles: Nebayoth l’aîné d’Ismaël, Qédar, Adbéel, Mivsam, Mishma, Duma et Massa, Hadad, Téma, Yétur, Nafish et Qedma[15]. Ce sont eux les fils d’Ismaël et tels sont leurs noms; établis en douars et campements, ils avaient douze chefs pour autant de groupes. (…)

Les Ismaélites demeurèrent de Hawila à Shur, aux confins de l’Egypte, jusqu’à Ashur, chacun face à tous ses frères, prêts à leur tomber dessus[16][17].

(AggadaPirké de R. Eliezer 30)[18].

(Quand l’eau de l’outre fut épuisée…)[19], l’eau a fait défaut et Ismaël était tourmenté par la soif. Il se jeta alors sous un bosquet d’épines, pour dormir et pria:

-Dieu de mon père Abraham, tu as bien d’autres sources de mort, ne me fais pas mourir de soif.

Sa prière fut immédiatement exaucée et jaillit la source créée le vendredi au coucher du soleil; ils se sont désaltérés et ils remplirent l’outre.

La genèse de la légende musulmane

Muhammad et, sans doute, d’autres Arabes avant lui au contact des Juifs, ont détourné cet aspect subalterne de l’époque des Hébreux. Le phénomène est tout à fait banal : un peuple à la recherche d’origines mythiques s’approprie des pans de la tradition d’un autre peuple, pour le déformer et la faire sienne, sous une forme involontairement parodique[20].Tout cela est une tentative très postérieuse à l’époque de Muhammad, car il fallait pour la mettre en oeuvre des connaissances étendues et profondes, que seuls des érudits de Bagdad ou Damas maîtrisaient. Il y a unhiatus profond entre les allusions coraniques, reprises grossières et rapides de récits vite entendus, et les réinterprétations suivantes, très travaillées, très construites, très pensées.

A propos du nom d’Ismaël, A. Guillaume note que ce n’est pas la forme arabe du nom qui est utilisée, mais celle issue directement de l’hébreu : il estime que le Coran s’est emparé d’un archétype syriaque ou grec[21]. Encore un problème donc : Ismaël, héros, héraut, et saint Patron des Arabes n’aurait jamais eu de nom arabe…

Le mythe doit renforcer la tradition abrahamique dans le sanctuaire païen de la Mecque, et doit en faire un centre important de l’origine des Arabes, ce qu’il n’est certainement pas : il est un sanctuaire régional, dans la partie la moins favorisée de l’Arabie. Abraham, dans la Genèse, ayant beaucoup voyagé[22], la Tradition islamique ajoute un gros détour à ses pérégrinations, pour les besoins de la cause.

L’importance du personnage légendaire d’Ismaël dans la doctrine islamique s’est accrue lentement, avec efforts. Il ne s’est pas fait tout seul : le thème est intellectuel et élevé, et ne correspond certainement pas à une aspiration populaire. Il reste à parier que dans les traditions strictement arabes, Ismaël n’avait aucune place notable. Ce sont des intellectuels, conscients des enjeux, qui ont déclenché le mouvement. Car, avec le déclenchement de l’islamisme, grand était le risque de voir une identité dominante écraser le caractère arabe du mouvement. Les Arabes, ayant créé un Coran qui maintenant s’arrachait partout, étaient soumis à l’impérieuse nécessité de trouver des points d’ancrage pour perpétuer sans trop de dommages leur identité. Ils auraient pu disparaitre à ce moment, victimes de leurs trop rapides succès, comme ces cours d’eau du désert, impétueux dans l’instant, mais qui sur la longueur et dans le durée, faiblissent et sont absorbés en entier par les sables. Ismaël est un symbole qui a servi à faire survivre.

Les ismaélites sont là.
Les musulmans seront longuement mentionés sous le nom d’Ismaélites ou Agarites par les observateurs chrétiens[23], du temps où ils les considéraient encore comme une étrange hérésie, plus brutale que les autres. Le conditionnel est de rigueur dans ces affaires-là : l’existence réelle de ces personnages est pour le moins douteuse : aucun document historique ne l’atteste et l’attitude la plus prudente consiste à les considérer comme des figures légendaires.
Les confrontations israélo-arabes (ou israélo-musulmanes) qui perturbent le Proche-Orient depuis 1948 ont sans doute remis >en selle le personnage d’Ismaël qui constitue, même par la phonétique un pendant, un contrepoids à Israël, et qui se présente comme fédérateur, génétique, au sens profond du terme. Ainsi, l’identité islamique se double-t-elle d’une identité arabe : que ne ferait-on pas au nom de l’anti-sionisme!
Une étymologie arabe du mot ‘arabe’.

(Lisan, sv. Arabes)[24].

On raconte que les enfants d’Ismael vivaient en Araba, qui est une région de Tihama, et ils ont été nommés à partir de cette région. 

La généalogie musulmane d’Abraham.

(Kitab al Aghani)[25].

Tout le monde est d’accord que le père d’Abraham s’appelait Azir : du moins c’est ainsi que son nom est écrit en arabe, ainsi que l’atteste le livre d’Allah ; car dans le texte hébreu du Pentateuque on lit Tarikh. Celui-ci était fils de Nakhor ou Nahir, fils de Shareg, autrement Sharug, fils d’Argu, le même que Rayj, fils de Falig, qui partagea la terre entre ses enfants, fils d’Abar, fils de Shalikh, fils d’Arfakhshid, autrement Rafid, fils de Sem, fils de Noé, fils de Lamek, dont le nom, en arabe, est écrit Malkan, fils de Motawashlikh, autrement Mathub, fils d’Enokh, le même qu’Idris, le prophète d’Allah, fils de Burd, autrement Rayd, fils de Mahlayl, fils de Kathan, fils d’Enoch, autrement Taher, fils de Shith, autrement nommé Shath, fils d’Adam, le père des hommes.

La récupération coranique du personnage d’Ismaël.

(Corpus coranique d’Othman 19/55-56)[26].

Et mentionne, dans l’Ecriture, Ismaël qui fut sincère en sa promesse et fut apôtre et prophète, il ordonnait à sa famille la prière et l’aumône[27] et il fut agréé devant son seigneur. [28]

(Corpus coranique d’Othman2/125).

[Et rappelle-toi], quand nous fîmes de la Maison[29]> un lieu de visite et un asile pour les gens – Adoptez donc pour lieu de prière, ce lieu où Abraham se tint debout -[30] Et Nous confiâmes à Abraham et à Ismaël ceci: ‹Purifiez Ma Maison pour ceux qui tournent autour[31], y font retraite pieuse, s’y inclinent et s’y prosternent[32].

(Corpus coranique d’Othman 3/84).

Dis: ‹Nous croyons en Allah, à ce qu’on a fait descendre sur nous, à ce qu’on a fait descendre sur Abraham, Ismaël[33], Isaac, Jacob et les Tribus, et à ce qui a été apporté à Moïse, à Jésus et aux prophètes, de la part de leur Seigneur: nous ne faisons aucune différence entre eux; et c’est à Lui que nous sommes Soumis›.

(Corpus coranique d’Othman 4/163).

Nous t’avons fait une révélation comme Nous fîmes à Noé et aux prophètes après lui. Et Nous avons fait révélation à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux Tribus, à Jésus, à Job, à Aaron et à Salomon, et Nous avons donné le Zabur à David.

(Corpus coranique d’Othman 6/86).

De même, Ismaël[34], Elisée, Jonas et Lot. Chacun d’eux Nous l’avons favorisé par dessus le reste du monde.

(Corpus coranique d’Othman 14/39).

Louange à Allah, qui en dépit de ma vieillesse, m’a donné Ismaël et Isaac. Certes, mon Seigneur entend bien les prières[35].

(Corpus coranique d’Othman 21/85-6).

Et Ismaël, Idris et Zul-Kifl qui étaient tous endurants[36]; que Nous fîmes entrer en Notre miséricorde car ils étaient vraiment du nombre des gens de bien.

(Corpus coranique d’Othman 37/101-4).

Nous lui fîmes donc la bonne annonce d’un garçon longanime.

Puis quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, dit: ‹Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses›. (?)[37] dit:

-‹Ô mon cher père, fais ce qui t’es commandé: tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants›. Puis quand tous deux se furent soumis (à l’ordre d’Allah) et qu’il l’eut jeté sur le front, voilà que Nous l’appelâmes ‹Abraham!

(Corpus coranique d’Othman 38/48).

Et rappelle-toi Ismaël et Elisée, et Zal-Kifl, chacun d’eux parmi les meilleurs.

(ibn Sa’d, Tabaqat I 44).

Le prophète a dit:

-Tous les Arabes sont les descendants d’Ismaïl ibn Ibrahim[38].

(ibn Kathir, Histoire des Prophètes 9).

Les généalogistes et les historiens racontent qu’il fut le premier à monter sur un cheval et à le domestiquer.
Le messager d’Allah a dit:

-Elevez des chevaux et montez dessus à tour de rôle. Ils sont l’héritage de votre père Ismaël.

La persistance du mythe d’Ismaël.

(ibn Hisham, Conduite de l’envoyé d’Allah 3).

Selon la tradition, Ismaël a vécu 130 ans et quand il est mort, il a été enterré dans les saints enclos de la Ka’ba à côté de sa mère Hagar.

(Bukhari, Sahih 55/582).

Le prophète a dit: qu’Allah accorde sa miséricorde sur la mère d’Ismaël! Si elle n’avait pas rempli son outre avec l’eau du puits de Zamzam[39], Zamzam aurait été un fleuve inondant la surface de la terre[40](…)

Abraham avait amené Ismaël et sa mère à la Mecque, alors qu’elle allaitait Ismaël et qu’elle avait une outre avec elle.

(ibn Kathir, Histoire des Prophètes 9).

Les généalogistes et les historiens racontent qu’il fut le premier à monter sur un cheval et à le domestiquer.
Le messager d’Allah a dit:

-Elevez des chevaux et montez dessus à tour de rôle. Ils sont l’héritage de votre père Ismaël.

La légende d’Abraham , Ismaël et Agar à la Mecque[41].

(Bukhari , Sahih 60/9 , 3).

On rapporte , avec quelques variantes , d’après Sayd ibn Jubayr , que Ibn Abbas a dit :

-La première fois que les femmes se servirent d’une ceinture , ce fut quand la mère d’Ismaïl en fit usage pour dissimuler la trace de sa fuite à Sarah. Ensuite Abraham emmena Agar avec son fils Ismaïl , à qui elle donnait le sein , et les laissa près de l’emplacement du Temple , à côté d’un grand arbre , au-dessus de Zemzem , à la partie la plus élevée de la mosquée. A cette époque , il n’y avait personne à La Mecque et on n’y trouvait pas d’eau. Abraham abandonna là Agar et son fils , en leur laissant une sacoche pleine de dattes et une outre remplie d’eau : puis il se mit en marche pour s’éloigner.

La mère d’Ismaïl le suivit en lui disant :

-Abraham , où vas-tu? Tu nous abandonnes donc dans cette , vallée où il n’y a ni être humain ni rien. Elle avait répété ces mots à plusieurs reprises sans que Abraham se retourne , quand elle finit par lui dire :

-Est-ce Allah qui t’a ordonné d’agir ainsi?

-Oui , répondit-il.

-Alors , il ne nous laissera pas périr , s’écria-t-elle.

Abraham continua sa marche jusqu’au moment où il fut arrivé à un col d’où Agar et son fils ne pouvaient plus le voir. Alors , tournant son visage du côté du Temple , il éleva les mains et fit une invocation en ces termes :

-Seigneur , je viens d’installer une partie de ma descendance dans une vallée qui ne produit point de grains , auprès de ton temple sacré … ils en seront reconnaissants[42].

La mère d’Ismaïl se mit ensuite à allaiter son fils. Elle but de l’eau (qui lui avait été laissée) jusqu’à ce que le contenu de l’outre fut épuisé. Alors elle eut soif et son fils eut soif aussi. Elle vit bientôt celui-ci se tordre – ou suivant une variante – se rouler. Ne pouvant pas supporter un tel spectacle , elle partit , et , comme elle trouva que Safa était la montagne la plus rapprochée d’elle , elle y monta et , dominant la vallée , elle chercha des yeux si elle n’y voyait personne. Et elle ne vit personne. Alors elle descendit des hauteurs de Safa : puis , arrivée dans la vallée , elle retroussa les pans de sa tunique et courut comme un homme éperdu. Elle traversa la vallée , gagna al Marwa , monta à son sommet et regarda de nouveau si elle ne voyait personne. Et elle ne vit personne. Sept fois elle répéta ce manège.

Ibn Abbas ajoute que le prophète a dit:

-C’est (en souvenir) de cela que les fidèles font la course entre les deux montagnes[43] pendant le pèlerinage[44].

Arrivée au sommet de al Marwa , Agar entendit une voix.

-Chut! dit-elle , en s’adressant à elle-mème. Elle prêta l’oreille et entendit de nouveau. Alors elle dit :

-Tu t’es fait entendre. Si tu as par devers toi un moyen de secours , (secours-moi).

Alors apparut un ange à l’endroit où se trouve le puits de Zemzem. Il frappa le sol de son talon – ou suivant une variante – de son aile et bientôt l’eau se montra. Agar se mit à faire un bassin , semblant dire de sa main: “Ainsi”.

Puis elle se mit à puiser de l’eau dans son outre et l’eau (de la source) bouillonnait de nouveau chaque fois qu’elle venait d’en prendre.

Ibn Abbas ajoute que le prophète a dit :

-Allah fera miséricorde à la mère de Ismaïl , car , si elle avait laissé Zemzem – ou suivant une variante – si elle n’avait pas puisé d’eau , Zemzem serait devenue une source d’eau courante.

Agar but et allaita son enfant.

-Ne redoutez aucun danger , dit alors l’ange , car ici s’élèvera le temple de Allah et ce temple sera bati par cet enfant et son père. Et Allah ne laisse point périr les siens. Le Temple formait , au-dessus du sol , une éminence pareille à un monticule. Quand les eaux envahissaient la vallée , elles passaient à droite et à gauche. Agar resta ainsi jusqu’au jour où vint à passer une troupe de Jurhum – ou suivant une variante – des gens d’une famille des Jurhum , arrivant par la route de Keda. Ils campèrent dans la partie basse de la Mecque et virent un oiseau qui planait.

-Cet oiseau , dirent-ils , tournoie autour d’une source d’eau. Or , depuis le temps que nous fréquentons cette vallée , il n’y a jamais eu. d’eau. Envoyez donc un éclaireur -ou suivant une variante – deux éclaireurs.

Le , ou les éclaireurs , ayant découvert de l’eau , revinrent , annoncèrent qu’il y avait de l’eau et tous les Jurhum se rendirent à cet endroit. Comme la mère d’Ismaïl était auprès de l’eau , les Jurhum lui dirent :

-Nous autorises-tu à camper ici auprès de toi?

-Oui , répondit-elle , mais vous n’aurez aucun droit de propriété sur cette eau.

- C’est entendu , répliquèrent-ils.

Ibn Abbas ajoute que le prophète continua en ces termes. Cette demande des Jurhum fit plaisir à Agar , qui aimait la société. Les Jurhum campèrent donc auprès d’elle et envoyèrent dire à leurs contribules de venir s’installer avec eux. Bientôt un certain nombre de familles furent établies en cet endroit. L’enfant grandit , apprit la langue arabe des Jurhum et , en grandissant , il s’acquit leurs sympathies et leur admiration. Aussi , quand il eut atteint (l’âge de la puberté) , il lui firent épouser une femme choisie parmi eux. Puis , la mère d’Ismaïl étant morte , Abraham arriva (à La Mecque) , après que Ismaïl avait été marié : il venait s’informer du sort de ceux qu’il avait abandonnés.

Ne trouvant pas Ismaïl , Abraham demanda de ses nouvelles à sa femme.

-Mon mari , répondit celle-ci , est sorti pour aller se procurer notre subsistance.

-Et quelle est votre existence et votre situation? demanda Abraham.

-Nous sommes , reprit-elle , dans la détresse , dans l’angoisse et dans la peine.

Elle exhala ses plaintes à Abrabam , qui lui dit :

-Quand ton mari reviendra , salue-le et dis-lui m qu’il change le seuil de sa porte.

A son retour , Ismaïl , qui semblait avoir eu vent de quelque chose , dit à sa femme:

-Est-il venu quelqu’un?

- Oui , répondit-elle , un vieillard de telle et telle façon : il m’a demandé de tes nouvelles : je lui en ai donné. Puis , comme il s’informait de notre existence , je lui ai annoncé que nous étions dans la misère et la peine.

-T’a-t-il fait quelque recommandation? ajouta Ismaïl.

-Oui , répliqua-t-elle : il m’a chargé de te saluer et de te dire: “Change le seuil de ta porte”.

-Cet homme , s’écria Ismaïl , c’est mon père , et il m’enjoint de me séparer de toi. Retourne donc dans ta famille.

Et il répudia sa femme et épousa une autre femme des Jurhum.

Abraham s’éloigna et demeura absent le temps que Allah voulut , puis il revint et , ne trouvant pas Ismaïl , il entra chez sa femme et lui demanda des nouvelles de son mari.

-Il est parti pour aller m chercher notre subsistance , répondit-elle.

-Et comment êtes-vous , dit Abraham , s’informant ainsi de leur existence et de leur situation.

-Nous sommes heureux et dans l’aisance , répliqua-t-elle.

Et elle rendit grâces à Allah.

-Que mangez-vous ? reprit Abraham.

- De la viande , dit-elle.

- Et que buvez-vous? ajouta Abraham.

-De l’eau! n répondit-elle.

Alors Abraham s’écria :

-Allah bénisse pour vous la viande et l’eau!

A cette époque , ajouta le prophète , ils n’avaient point de grains à La Mecque : sinon il eût demandé à Allah de les bénir pour eux. La viande et l’eau n’auraient pu seules suffire à personne autre part qu’à La Mecque : ailleurs , ils n’auraient pu s’en contenter.

Quand ton mari sera de retour , ajouta Abraham , salue-le et enjoins-lui de maintenir le seuil de sa porte.

Ismaïl étant rentré dit :

-Est-il venu quelqu’un?

-Oui , répondit sa femme , il est venu un vieillard de belle apparence – et elle en fit l’éloge , – qui m’a demandé de tes nouvelles : je lui en ai donné. Puis , comme il s’informait de notre facon de vivre , je lui ai dit que nous étions heureux.

-T’a-t-il fait quelque recommandation? ajouta Ismaïl.

-Oui , répliqua-t-elle , il m’a chargé de te saluer et il t’enjoint de conserver le seuil de ta porte.

-C’est mon père , s’écria Ismaïl , et toi tu es le seuil : il m’enjoint de te garder.

Abraham s’éloigna et demeura absent le temps que Allah voulut , puis il revint et trouva Ismaïl occupé à se tailler des flèches à l’ombre d’un grand arbre , près de Zemzem. En apercevant son père , Ismaïl se leva pour le recevoir et tous deux se comportèrent comme un père avec son fils et un fils avec son père.

-Ô Ismaïl , dit ensuite Abraham , Allah m’a donné un ordre à exécuter.

-Exécute ce que le Seigneur a ordonné , répondit Ismaël.

-Tu dois m’aider! reprit Abraham.

-Je t’aiderai , répliqua Ismaïl.

- Allah , ajouta Abraham , m’a enjoint de batir un temple ici.

Et , ce disant , il désigna un tertre qui dominait les alentours. Alors ils élevèrent tous deux les assises de ce temple , Ismaïl apportant les pierres et Abraham maçonnant. Quand la construction atteignit une certaine hauteur , Ismaïl apporta cette pierre[45] à son père qui monta dessus pour maçonner , pendant qu’il lui apportait des pierres. Tous deux disaient alors :

-Seigneur[46], accepte notre œuvre , car tu es celui qui entend tout et qui sait tout.

Ensuite ils continuèrent à batir tous les deux se portant successivement tout autour du temple et disant:

-Seigneur , accepte notre œuvre , car tu es celui qui entend tout et qui sait tout.

 

Histoire des religions Abrahamiques

 

Nous évoquerons le milieu proche

et lointain dans lequel sont nés le prophète Muhammad et la religion musulmane. Cette introduction est
importante. Au-delà des informations événementielles, culturelles ou religieuses qui nous seront données, il est bon d’insister sur le fait
que l’islam (comme religion) et l’Arabie (au point de vue géographique)
appartiennent à une tradition de l’ Orient dans toute sa richesse et dans
toute son ancienneté.

Durant toute la journée, nous aurons
sous les yeux une carte du Proche-Orient a laquelle il sera sans cesse
fait allusion. L’ Islam est né dans un espace culturel varié, riche, multiple.
Découvrons et lisons cette carte. Faisons abstraction des frontières
très récentes et considérons cet espace dans une vue géographique et
purement culturelle.

Il semble que l’enseignement de l’histoire en Occident plante sa
principale racine en Grèce, hors de la carte. Mais la Grèce est récente par
rapport a la Mésopotamie (région située entre les deux fleuves du Tigre et de
l’Euphrate), ou se sont développés les empires assyrien et babylonien.
La Grèce est postérieure a la civilisation de l’Egypte pharaonique.

L’ Arabie est séparée de ces espaces culturels Mésopotamie, Égypte,
Perse et Asie, géographiquement et surtout mentalement, par le désert. Le
désert n’est pas nécessairement un mur, une frontière. Pour le décrire, la
poésie prend parfois des images maritimes. Le désert est une mer, on le
traverse. La mer est une séparation, mais aussi un espace qu’on traverse.
L’Arabie est séparée de la Mésopotamie, mais elle est présente en Mésopotamie.
Au temps des Babyloniens, elle a des contacts avec cet empire. L’Arabie est en
rapport avec l’Egypte par le Sinaï. Elle a des rapports directs avec l’espace de Syrie-Palestine.

Linguistiquement, la langue arabe est une langue
sœur (de la même famille) de la langue de l’ empire de Babylone, l’ araméen (l’ akkadien) . C’est
une langue sœur de l’ araméen de Syrie et de la langue hébraïque.

C’est dans ce milieu, séparé et relié avec l’extérieur, que naît
Muhammad, et que se développe le message qu’il a prêché.

Ceux qui liront le Coran trouveront des termes qu’ ils connaissent, et
parfois des réminiscences de noms connus : Marie, Jésus, Adam, Moise, Abraham, Jean-Baptiste ...Ce n’est pas un hasard. Par ces quelques
exemples, nous voyons qu’au niveau culturel, la séparation n’est pas aussi forte
(il n’en est pas de même au niveau religieux !) Par ces indications d’une
lecture sommaire du texte, on peut, culturellement, constater qu’au début du
VIIème siècle, une tradition biblique est connue en Arabie 

à La Mekke (au centre ouest, cote littoral occidental de l’Arabie)
à médine et surtout dans le sud-ouest de la péninsule, dans la partie
appelée le Yémen, appelée par la tradition romaine et latine ’l’Arabie
heureuse’ (felix Arabica).

Il est important d’insister sur cette toile de fond. Ayons à l’esprit
une histoire de 15 siècles, durant laquelle l’islam, vu par la civilisation
occidentale, a été vécu comme différent, étranger, et
politiquement, parfois, rival ou ennemi. Notre approche, aujourd’hui, tient compte de
cela, mais ne veut pas s’enfermer dans cette structure de rapports marqués
par une histoire conflictuelle jusqu’a aujourd’hui.

Que ce soit dans le Coran, que ce soit un peu plus tard dans l’image du
prophète qui va se dessiner lentement et très fortement (les paroles
qui sont mises dans sa bouche et qui sont retenues et mémorisées), que ce
soit surtout dans cette société nouvelle qui se crée, une ré
appropriation de tout ce patrimoine allant de l’Inde a la Grèce et a l’Égypte va avoir
lieu, non seulement une transmission, un passage par la culture, par la société
arabo musulmane, mais surtout une marque imprimée sur cette histoire dans
laquelle cette société nouvelle s’ inscrit.

C’est à cet effort qu’il nous est demandé de participer, de regarder
le moins passionnément possible cette histoire, surtout a ses débuts considérant davantage les rapports communs, la différenciation aussi,
entre une tradition islamique semblable et différente. Au point de vue culturel,
entre les deux bords de la Méditerranée, Nord et Sud, il y a vraiment
un patrimoine commun qui est peut-être la raison de la rivalité (plus,
sans doute que le patrimoine différent). Au niveau religieux, il y a une
revendication du même patrimoine. Cette idée sera développée un peu
plus tard.

Qu’en est-il de la société arabe au début du VIIème siècle ?

Situation culturelle.

A part La Mekke et Médine, il n’y a pas beaucoup de villes dabs cette immense péninsule (8 fois la France), au début du VII ème siècle. La
plus grande partie de la population est une population nomade, organisée en
tribus, plus ou moins fortes, plus ou moins dominantes, en associations de
tribus ayant une forme de vie culturelle qu’ il nous est difficile de saisir, nous, les sédentaires de longue date. C’est une civilisation
nomade à tradition orale. L’ écrit ne se développe qu’ après la naissance
de l’ Islam. Il existe une forme d’écriture utilitaire : un alphabet très
peu développé, servant pour les facturations, pour les mémoires de
rapports commerciaux et de lettres d’échange, mais pas pour écrire des œuvres
littéraires, ni même pour rédiger des livres. Il n’ y a pas de
livres, au sens moderne du terme, avant l’islam.

C’est une civilisation à mémoire orale : dans chaque tribu, il y a un
poke et un mémorialiste, un homme qui met à la disposition du groupe sa
mémoire, qui doit enregistrer les faits et surtout, être le réceptacle de
l’histoire du groupe, aussi bien les grands jours ou la tribu a été victorieuse,
que les jours moins glorieux, qu’on risque d’oublier un peu, où elle a subi
des échecs. Ce qui nous est parvenu de cette période, au niveau
littéraire, ce sont des corpus de poésies qui n’ont été mises par écrit qu’aux VIIIème et
IX ème siècles. Avant cela, c’est la tradition orale qui s’est
chargée de les conserver.

Situation politique.

Le pouvoir a une structure diffuse. Il n’y a pas de pouvoir central. Les
alliances se font et se défont. Il n’y a ni cours, ni roi, sauf dans le
Yémen, qui avait un dialecte différent et une écriture ancienne, spéciale,
qui remonte au VIII ème siècle avant J.C. Dans cette région, dont le climat
est différent du reste de l’Arabie, car le Yémen est traversé par les
vents des moussons qui sont fertiles, les gens y sont un peu plus heureux (Felix
Arabica). Les cités ont développé des systèmes dynastiques : aujourd’hui, on
commence à les mettre en rapport avec les structures des villes grecques de

la même période, VIIIème siècle avant J.C et même plus récemment.
On a trouvé des inscriptions sud-arabiques dans des temples grecs. Il y a
des rapports d’ échange de divinités, rapports diplomatiques. Il y a des
divinités yéménites en Grèce et des divinités grecques au Yémen,
signes de rapports.

L’Arabie du VIIème siècle est entourée, encadrée par deux empires
que nous connaissons bien, l’empire perse, sassanide, et l’empire romain
d’Orient, dans la tradition arabe, c’est à dire Byzance. Au début du VIIème
siècle, des guerres coûteuses ont eu lieu entre Perses et Byzantins dans cet
espace de Syrie et d’Égypte (voir sur la carte). Les Perses ont pris Jérusalem, ont
dominé l’Égypte ; au niveau mythique, ils ont déplacé la croix,
l’ont prise en otage chez eux, et Héraclius, l’empereur byzantin, va reprendre ce
territoire et reprendre la croix. La Perse est aussi présente en Arabie, au
Yémen. Elle a des princes qui lui sont vassaux. Globalement, Byzance et
la Perse sassanide sont en état d’épuisement militaire et surtout économique.
La population, de part et d’autre, est épuisée par les impôts et ne supporte
plus les régimes de chacun des pays. Cette situation d’épuisement militaire
et économique de la Grèce de Byzance et de la Perse va expliquer partiellement l’ expansion plutôt facile de l’islam hors de l’Arabie.
Mais ce n’est pas la seule raison.

Situation religieuse.

Dans la péninsule, la majorité de la population a une forme de
croyance ’polythéiste ’. Il y a des vénérations de divinités astrales, ou
de lieux sacrés, La Mekke, par exemple, de pierres sacrées. Il y a un panthéon
arabe.Quand on dit panthéon, il y a pyramide. Mettons donc entre guillemets
’polythéisme ’. On peut dire : ’ paganisme ’ . C’est
moins direct. Il n’y a pas que cela.

Le christianisme est présent en Arabie, du vivant du Prophète Muhammad
et avant lui. Le judaïsme est présent de longue date : il y a des Juifs
qui ont quitté la Palestine après les désastres de 70 et de 135, et qui, entre
autres, ont fui en Arable et au Yémen. Il y a aussi des tribus arabes

judaïsées, que nous allons rencontrer en présentant la vie de
Muhammad.

Dans la région du golfe, il y a aussi une influence du zoroastrisme.
Certaines populations arabes connaissent le zoroastrisme et parfois y adhèrent. Elles le connaissent, car on peut avoir des reflets de cela
dans la langue, le fait de référer à la dignité, a des traditions, a des
pratiques zoroastriennes. Dans le nord de l’Arabie, les tribus du nord, qui
sont à l’est de la péninsule (c’est une chose admise par tous) en contact
avec l’Irak, sont christianisées par les Chrétiens nestoriens. Ces tribus
constituent une alliance de tribus vassale de la Perse. Ils ont un roi soutenu - presque institué - par la Perse et qui rend service a la
Perse en arrêtant les éventuelles attaques rapides des tribus venant vers les
populations sédentaires. Un petit roi de la région qui reçoit de l’
aide pour augmenter la sécurité de la capitale de l’ empire.

Vers l’ ouest, une autre alliance de tribus, christianisées aussi,
forment un petit état vassal des Byzantins, jouant le même rôle d’état-tampon,
servant à arrêter d’éventuelles razzias (razzia : attaque surprise en
temps de besoin pour prendre du butin).

Le christianisme et le judaïsme sont très bien implantés au Yémen,
à côté d’une majorité de cette population que nous allons appeler païenne.
D’ailleurs, au VI ème siècle, le royaume de Saba a été dirigé par
un roi juif. Il y a donc une présence suffisante du judaïsme pour qu’un
pouvoir à tendance juive et - certains disent - prosélyte (voulant judaïser le
Yémen) ait vu le jour et devant lequel, en 525, dans une ville appelée
Nadjran, au Nord du Yémen, il y a eu persécution, par ce roi juif, de chrétiens,
jusqu’à la mort. C’est un évènement important dont on cherche aujourd’hui les
raisons, et des documents.

Le Yémen est très proche de l’Éthiopie, qui est chrétienne depuis
peu. L’Éthiopie est un royaume chrétien, en relation avec l’Égypte chrétienne, en
relation aussi, politiquement, avec Byzance. Pas au niveau doctrinal. Les
Byzantins sont ce que nous appelons aujourd’hui des orthodoxes alors que les
chrétiens d’Éthiopie sont minoritairement orthodoxes et ont d’autres convictions, d’autres façons de dire leur christianisme. Politiquement,
il y a alliance entre Byzance et l’Éthiopie pour chasser du Yémen les
Perses d’abord, puis le royaume naissant de cette volonté politique de la
communauté juive.

Un mot rapide sur ces confessions chrétiennes.

Les nestoriens.

C’est au V ème siècle que la doctrine concernant le Christ, dans l’empire
romain, prend toute sa maturité. En 451, le Concile de Chalcédoine recueille
un accord assez vaste en Orient et en Occident pour exprimer par des mots le
mystère du Christ, l’Incarnation. Mais il ne faut jamais oublier que l’Église s’inscrit dans l’histoire, dans la société au sens civil. C’est la
foi de l’ empereur de la seconde Rome. L’ espace chrétien sémitique et
égyptien, pour des raisons doctrinales mais aussi culturelles, n’adhère pas
entièrement a la doctrine de Chalcédoine. C’est pour cela que, dans la
Syrie et l’Irak (actuels), on voit se développer la communauté ’
nestorienne’, prenant son nom du Patriarche de Constantinople, Nestorius, qui a été
évêque d’Antioche auparavant, qui par souci de préserver la doctrine chrétienne,
avait rejeté le titre de Mère de Dieu a Marie. Marie est Mère de
Jésus et pas Mère de Dieu, disait-il. C’est un peu cela qui est contenu dans le
terme ’ nestorien ’, très schématiquement.

Les ’ monophysites ’

Les monophysites d’Alexandrie et d’une partie de la Syrie, des
chrétiens d’Arabie, du Yémen : aujourd’hui, on ne les appelle plus ’
monophysites ’ .

Pour sauvegarder l’unicité divine, ils considèrent que l’Incarnation
du Verbe est un fait, mais qu’est-ce que l’humanité dans la gloire divine
 ? Ils vont donner une importance considérable a la divinité au détriment de
l’ humanité. (Monophysite : une seine nature du Verbe, la nature divine).
En faisant des schémas, on fait forcement des réductions.

Au VII ème siècle, plusieurs façons de vivre le christianisme
existent. Mais sociologiquement parlant, il y a une rupture qui se fait : Byzance
domine la Syrie, La Mésopotamie, la Palestine et l’Égypte. C’est l’empire romain
chrétien, mais l’empire. Et l’empire veut la paix. Il lui faut donc une
armée et une foi.

Du V ème au VIIème siècle, avec des hauts et des bas, cette volonté
d’unifier l’empire a fait que les chrétiens qui vivent autrement leur rapport et
leur fidélité a Jésus sont, d’une manière ou d’une autre, invités à
suivre la foi de l’empereur : pressions et autres manières bonnes et moins bonnes.
Tout le monde doit être orthodoxe, doit adhérer à l’orthodoxie, et quitter
monophysisme et nestorianisme.

L’espace est donc majoritairement chrétien au VIIeme siècle, mais les
chrétiens ne sont pas en bons termes avec le pouvoir central, ni byzantin,
ni romain. Ce sont les chrétientés d’Orient. Par souci de globalité, dans
cet espace, il existe aussi des communautés fidèles au roi, qui ont la
même foi que lui. Nestoriens, appelés aujourd’hui
 Monophysites non-chalcédoniens
Cette appellation de ’ non-chalcédoniens ’ n’est pas
doctrinale, mais de position. C’est une prise de position négative par rapport au Concile
de Chalcédoine (451). Cette situation de chrétiens qui ne sont pas en
bons termes avec leur roi sera aussi un facteur favorisant l’expansion de
l’islam, ou plutôt du pouvoir politique musulman

Le zoroastrisme.

C’est une croyance, assez développée au niveau philosophique, du
principe dualiste de l’univers. Le principe du bien et le principe du mal, dans
leur confrontation, déterminent la destinée du monde.

Le manichéisme.

C’est un essai de conciliation de la tradition biblique sémitique et de
la tradition zoroastrienne. Mani est originaire de Mésopotamie, d’Irak. Il
est un peu aux frontières de cette culture d’Asie et de cette culture, pas
nécessairement biblique, sémitique (pour prendre un terme linguistique).

Chacune de ces communautés (nous n’emploierons pas le mot
’hérésie’ )
 vit, et se conçoit comme fidèle au message de l’Évangile. Elle ne se met
pas en dehors, elle est mise en dehors, comme elle aussi, met en dehors ceux
qui n’ont pas la même attitude qu’elle.

En Arabie, nous rencontrons des Juifs, non pas des individus, mais des
communautés, qu’on trouve à Médine du vivant du prophète. Ils sont enracines
la bas, toujours minoritaires, et ils se sont facilement implantes dans cette société, qui a beaucoup de points communs avec eux. La tradition
juive, la Bible (avant la tradition talmudique), a connu un peu ce processus, de la sortie d’Égypte jusqu’a la fondation du royaume de
David, et même après. C’est une structure de société tribale, nomade ; ils
sont nomadise dans le désert, en Palestine et autour de la Palestine. Ils

retrouvent une tradition qui ne leur est pas tout à fait étrangère,
en Arabie.

Linguistiquement aussi, que ce soit l’hébreu, la langue du texte sacré
de la Bible, que ce soit l’araméen, la langue des Juifs après l’Exil, que ce
soit l’arabe, ce sont trois langues sœurs. On peut, jusqu’à aujourd’hui en
Orient, parler ces trois langues sans trop de peine (comme chez nous parler
français et italien sans trop d’efforts).

Les Juifs sont une communauté organisée qui dispense un enseignement,
qui a ses rabbins, ’ses seigneurs’ dira le terme arabe ’ abr
’, des responsables, qui ont un livre (Le Talmud), qui ont leur droit (pour les individus, la
succession), et qui sont en discussion, d’ abord, du temps du prophète,
avec lui, et ensuite, dans la société arabe nouvelle qui se crée, ils sont
présents, dynamiquement, dans l’histoire de la culture arabe.

C’est dans ce milieu riche sociologiquement, religieusement,
culturellement, en rapport, quoi qu’on dise, avec ce patrimoine ancien de Babylone , de
l’Égypte, de la Méditerranée, que naît le futur prophète, l’enfant Muhammad,
à La Mekke, en 570.

Questions - Réponses.

1) A-t-on des notions de démographie a cette époque ? Quel était le
nombre d’habitants dans toutes ces régions ?

Il est impossible de répondre avec précision. Globalement, nous avons
des chiffres pour certaines batailles qui ont eu lieu du vivant du prophète
ou après lui (30 000 hommes à cheval ou à dos de chameau), mais ce sont
des approximations, car il n’y a pas d’archives. Le savoir était vivant et
transmis de mémorialiste à mémorialiste. C’est plus tard, durant les trois
premiers siècles de l’ Islam. que l’ on pourra discerner à travers toutes
les traditions multiples le fondement réel, que ce soit au niveau des chiffres ou des évènements eux-mêmes. On peut trouver une information
à ce sujet.

2) On a parlé d’ ’ Arabie heureuse ’. On entend aussi parler
d’ ’ Arabie fertile en hérésies ’.

L’hérésie implique quelqu’un qui a raison et quelqu’un qui a tort.
C’est donc une attitude dogmatique de ne pas employer le terme d’ ’
hérésie ’. Nous suivons un cours d’histoire ’ positif ’ : que s’est-il
passe quant à l’évaluation ? Il y a parmi nous des chrétiens, des musulmans, des
athées,...Il ne nous appartient pas de donner des appréciations personnelles
sur le vrai et le faux, car le discours peut facilement basculer.

L’Arabie n’est-elle pas un terreau fertile à la naissance d’autres
religions, voire d’une autre religion ?
 Ce ne peut être que plus tard, car il faut que la religion naisse pour
que l’on puisse dire cela. L’Arabie est attachée géographiquement et culturellement à ce cercle où sont nées les religions abrahamiques.
Le texte biblique dit qu’Abraham est parti du Nord et qu’il a fait tout ce chemin
(voir carte), jusqu’en Égypte et qu’il est revenu en Palestine. La tradition
islamique dit qu’Abraham est descendu jusqu’à La Mekke avec son fils Ismael
et que c’est lui qui a fondé ce sanctuaire. Ce sont des traditions qui structurent le mental et qui n’ont rien à voir avec l’histoire
historienne.

Nous avons fait la description de l’Arabie. Si nous décrivions la Syrie
ou la Mésopotamie au début du VII ème siècle, nous donnerions presque
les mêmes informations d’une pluralité d’appartenances culturelles et religieuses
et d’une forme très paradoxale de vie commune de ces croyances : parfois
on coupe des têtes, parfois on vit ensemble. C’est le sort de toutes les
histoires de l’homme.

3) On a l’ impression que les tribus arabes du VII ème siècle vivent
comme les Hébreux entre le XIII ème et le X ème, siècle avant J. C, c’est
à dire entre l’Exode et David... (organisation tribale, tradition orale, pas de
cour, pas de justice...)

Il y a une justice : le chef de la tribu dirige. Nous avons peine à
voir comment cela fonctionne. Il y a des lois coutumières, un droit social,
un statut des individus (des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, de
la propriété, de la succession, du pouvoir - ce n’est pas dynastique,
dans les tribus, ce n’est pas le fils du chef qui devient chef, c’est le plus
sage, celui qui entretiendra des rapports, qui va organiser le groupe, le
structurer dans la souplesse). Le prophète va changer cette structure par
décret. Sociologiquement parlant, ce sera un changement très
important.

Il est vrai, au niveau formel, que la population arabe, au VII ème
siècle, est nomade et sans écriture (sans littérature écrite). Cette
société tribale, a tradition orale, nomade, est en rapport avec ce qui se passe
dans le monde au VII ème siècle. Elle est en rapport avec les Perses, par
les Lakhmides, tribu formant un petit royaume arabe vassal des Perses, et
les Ghassanides. (Ghassan est le nom d’une tribu ; Lakhm aussi. En fait,
c’est une association de tribus qui vit le VII ème siècle, et non pas le XIIème
siècle avant Jésus). On peut dire que structurellement, ils ressemblent à la situation des
tribus d’Israël, mais il ne faut pas passer trop vite au niveau culturel et
aux jugements de valeur. Ne pas dire qu’ils sont arriérés. Ils ont vécu
l’histoire sous cette forme.

4) C’est curieux qu’ étant entourés par des royaumes à tradition
écrite, entretenant des relations avec d’ autres, ils n’ aient pas aussi
profité de l’ écriture ?

Il faut insister sur le cadre géographique. Pourquoi est-on nomade ?
Pourquoi l’Arabie est-elle heureuse ? Parce qu’elle a de l’eau ! Les moussons passent par là, et on irrigue.
Malgré cela, jusqu’à aujourd’hui, le Yémen a une structure tribale, bien qu’ils aient des
cités royaumes. Alors que le reste de l’Arabie connaît des structures citadines sédentaires,
qui en réalité sont au service de la population nomade et pas le contraire
 ! Pourquoi ? Parce que c’est un désert et pour que vive le troupeau, dans
une société pastorale, il faut bouger. La raison du non-écrit, c’est le
nomadisme. Il n’y a pas de pouvoir central, il n’y a pas la nécessité d’écrire. Jusqu’au VIIIeme siècle, un âge ou l’empire musulman est
très bien structuré, les Sages musulmans s’opposaient à l’écrit. tant ils
étaient marqués par cette civilisation orale. L’ argument est celui-ci : un
livre peut se perdre. Mais une personne peut transmettre à chaque moment.
Elle peut avoir autour d ’elle des élèves, des successeurs, et un savoir
vivant. Il y a une limite à ce raisonnement, bien sûr ! Mais c’est la force
d’une tradition que nous ne connaissons plus.

5) Les tribus d’Arabie et les différentes Églises chrétiennes
vivaient-elles en bonne entente ? Étaient-ils belliqueux les uns par rapport aux
autres ou plutôt tolérants ?

Nous avons référé à l’histoire du Yémen ou le religieux et le
politique se mêlent. Dès qu’il y a communauté d’hommes ensemble, il y a du
politique et du religieux. S’il y a affrontement, c’est au niveau du politique, du
pouvoir. Au niveau de la société, c’est la prise du pouvoir par un Juif, ou
par un chrétien d’allégeance éthiopienne, ou d’allégeance perse.
C’est le prince. Hier comme aujourd’hui, il veut régner par tous les moyens qui
peuvent être l’unification de la cohérence. Au niveau social, au
niveau du quotidien, il y avait la paix. Les persécutions sont l’ accident. Dans
le même espace, cohabitent des Églises, des païens, des Juifs. Il y a
même du prosélytisme. Il y a aussi un attentisme : la population païenne,
polythéiste, arabe, vivait dans son temps, c’est à dire à côté de
ces religions qui se trouvent autour d’elle. L’Éthiopie et le Yémen, du
V ème au VIIeme siècle, avaient pris, à des moments différents, des positions
attentistes : irons-nous vers les Juifs ? Irons-nous vers les chrétiens
 ? Cela, au niveau de l’adhésion. Sociologiquement, parlant. Il n’y a pas
d’exclusion. Les chrétiens sont présents dans un mouvement
missionnaire. Jusqu’au IXeme siècle, la communauté nestorienne a une activité
missionnaire qui va jusqu’ au milieu de l’ Asie, après l’ islam. Les communautés
chrétiennes sont donc dynamiques, mais pas nécessairement en guerre.

Voici un autre exemple, mêlé de politique et de religieux. L’empire
perse, en conflit avec l’empire byzantin, profite de ses dissensions doctrinales
entre chalcedoniens et nonchalcedoniens pour recevoir chez lui les nestoriens fuyant l’empereur qui leur disait de suivre sa foi ; ceux-ci
reçoivent l’hospitalité chez les Perses zoroastriens tolérant les chrétiens.
Il est vrai que les zoroastriens, à certains moments, ont connu des radicalisations, et ont rejeté les chrétiens. Mais plus globalement,
il y a une tradition chrétienne en Perse. On a des manuscrits chrétiens en
Perse. Actuellement, il y a des communautés chrétiennes datant de cette
période, en Perse.

6) Les tribus étaient-elles exclusivement familiales ou y avait-il des

regroupements de familles ?

La tribu est nécessairement plus grande que la famille. C’est un

organisme très structuré : il y a des catégories. Il y a des familles de chefs, etc
...La tribu prend le nom de la famille qui en est à la tête. C’est une
association de familles, qui ont des rapports au niveau mythique (de généalogie),
comme dans la Bible. ou, a plusieurs endroits, on trouve des tables généalogiques,
qui sont, a la fois, histoire et revendication d’appartenance. Pour les tribus hebraiques et les tribus arabes, c’est la même tradition : les
unes ne copient pas les autres, mais c’est la même structure, le même système de
fonctionnement. Dans la tradition orale, il y a un mémorialiste pour
les faits et un généalogiste (untel, fils d’untel, fils d’untel, etc .... ;
Ben Ben). Les noms propres d’aujourd’hui peuvent être d’origine juive ou
arabe.

7) Quelle est la superficie de l’Arabie ? Comment se déplaçait - on en
ce temps-la ?

L’Arabie est vaste comme 8 fois la France. On se déplace à cheval et
à

dos de chameau, avec les troupeaux d’ovins surtout. (Pas de bovins). Ce sont des
nomades pasteurs.

8) Comment se fait la liaison entre Ismaël et Israël ?

Dans le Coran, Abraham est invité a faire le sacrifice de son fils. Le
passage du Coran ne nomme pas le fils. Il dit qu’Abraham prend son fils pour
le sacrifier à La Mekke, mais sans le nommer. Ailleurs, on parle d’Isaac et
d’Ismaël. Le récit du sacrifice ne nomme pas le fils, mais dans le reste du
Coran, il est question, dans l’histoire d’Abraham, d’Isaac et d’Ismaël.
Dans le Coran, c’est donc une autre revendication de l’histoire que celle de
la Bible.

La question qu’on pose concernant les généalogies bibliques devrait
être la même que celle qu’on peut poser dans la tradition arabe. Or la
recherche est très avancée pour la tradition biblique. On distingue entre
l’historique et le fondateur. Abraham est une figure fondatrice, mais pas
nécessairement historique. Dans cette mesure, il n’est pas interdit que la figure
d’Abraham soit fondatrice, appartenant de longue date à cet espace commun, (ce
n’est pas Muhammad qui vient et choisit de prendre Ismaël, c’est une
tradition vivante en Arabie, qu’il s’agit de se réapproprier). Ce n’est pas une
usurpation. Dans la Bible, Agar et Ismaël vont en Arabie. Ismaël est
le père des Arabes, dans la Bible. Ce que dit le Coran n’est pas si loin que
cela de cette lecture non historique, mais culturelle, c’est à dire autrement
vraie, d’une autre vérité, de ce patrimoine commun revendique autrement.
C’est une idée centrale qu’on retrouve parfois dans le Coran ; car le Coran a une
attitude qui change un peu concernant les traditions bibliques. Appartenance, demande de réunion, ’ mettons-nous ensemble ’ :
devant le refus, distinction. Qui dit distinction dit frontière. Il faut un
’ dehors ’ et un ’ dedans ’ . Les Juifs et les chrétiens sont dehors, au
niveau religieux.

 

Comment l’Église Catholique Romaine a inventé l’Islam et Pourquoi !

Alors que le Pape François et ses amis satanistes font désormais un pas en avant pour unir le Christianisme avec l’Islam et de créer la religion « d’un seul monde » sous l’Antéchrist, il est extrêmement important à tout un chacun de comprendre comment l’islam a été créé en premier lieu. Plusieurs croyants pensent que le Pape est le « faux prophète » désormais, ce qui correspond précisément à la révélation contenue dans Apocalypse 13, dans la Bible.

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Le logo « Un seul monde » est inscrit sur l’avion papal.

 

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Le Pape embrasse le Coran.

[Une vidéo du Culte Luciférien au Vatican se trouve au bas de cet article.]

L’histoire incroyable de comment les Catholiques ont créé l’islam nous vient d’un ancien prêtre Jésuite du nom de Alberto Rivera. L’histoire lui a été racontée par le Cardinal Bea alors qu’il siégeait au Vatican.

Pour plus d’informations sur l’empoisonnement d’Alberto Rivera pour avoir osé dire la vérité, voir l’article de Greg Syzmanski plus bas dans cet article.

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« La destruction du Temple de Jérusalem » par Nicolas Poussin (1637)

« Ce que je vais vous raconter provient de ce que j’ai appris lors de réunions très brèves au Vatican alors que j’étais un prêtre Jésuite sous serment. Un cardinal Jésuite du nom d’Augustin Bea m’a montré comment les catholiques voulaient posséder Jérusalem vers la fin du troisième siècle. En raison de son histoire religieuse et de son positionnement stratégique, la ville sainte était considérée comme un trésor inestimable. Un stratagème devait donc être développé pour faire de Jérusalem une cité de l’Église Catholique Romaine. »

La grande réserve de main-d’œuvre inexploitée qui pouvait accomplir ce travail s’appelait les enfants d’Ismaël. Les pauvres Arabes ont été les victimes de l’un des plans les plus intelligents jamais conçus par des puissances maléfiques. Les premiers chrétiens sont allés dans toutes les directions, Évangiles sous la main, afin de créer des petites églises, mais ils rencontrèrent une forte opposition. Les Juifs et le gouvernement romain persécutaient les fidèles du Christ pour stopper la propagation de leur doctrine. Mais les Juifs se rebellèrent contre Rome, et en 70 après JC, les armées romaines sous les ordres du général Titus détruisirent Jérusalem ainsi que le grand temple juif qui était au cœur de leur culte … Accomplissant ainsi la prophétie du Christ dans Matthieu 24:2.

De nos jours, sur ce lieu sacré où se tenait autrefois le temple, la mosquée du Dôme du Roche se dresse en tant que deuxième lieu le plus saint de l’Islam. Il y avait comme une odeur de changements radicaux dans l’air. La corruption, l’apathie, la gourmandise, la cruauté et la rébellion dévoraient l’Empire Romain, qui était prêt à s’effondrer. La persécution des chrétiens était inutile car ils continuèrent d’adapter leur vie à la doctrine du Christ.

La seule et unique façon dont Satan pouvait empêcher cette poussée était de créer une contrefaçon de la religion « Chrétienne » pour détruire les travaux divins. La solution se trouvait à Rome. Leur religion provenait de l’ancienne Babylone et tout ce dont elle avait besoin était un ravalement de façade. Cela ne s’est pas fait en une seule nuit évidemment, mais ce fût le début des écrits des jeunes pères de l’Église.

C’est par leurs écrits que la nouvelle religion prendrait forme. La statue de Jupiter a Rome a été renommée en Saint Pierre, et la statue de Vénus a été changée en Vierge Marie. Le site qui a été choisi pour héberger ses quartiers généraux se trouvait sur une des sur sept collines appelée ‘Vaticanus’, le lieu du serpent où le temple Satanique de Janus se tint autrefois.

La grande contrefaçon religieuse portait un nom : le Catholicisme Romain, aussi appelé ‘mystère: Babylone la grande, la mère des impudiques et des abominations de la terre.’ (Apocalypse 17:5). Elle fût inventée pour pervertir les évangiles, massacrer ceux qui croyaient au Christ, établir des religions, créer des guerres et abreuver toutes les nations du vin de la fureur de son impudicité.

Ces trois religions majeures ont une chose en commun. Chacune possède son propre lieu saint où les fidèles sont à la recherche d’une forme de rédemption. Le Catholicisme Romain se tourne vers le Vatican en tant que sa cité sainte. Les Juifs se tournent vers le mur des lamentations à Jérusalem. Et les musulmans se tournent vers la Mecque en tant que leur lieu saint. Chacun de ces groupes obtiennent une forme de bénéfice pour le restant de leurs jours en visitant ces lieux saints. Au commencement, les visiteurs Arabes apportaient des présents à la ‘Maison de Dieu’, et les gardiens de la Kaaba étaient gracieux envers quiconque s’aventurait en ce lieu. Certains apportèrent leurs idoles et afin de ne pas choquer ces gens leurs idoles furent placées au sein du sanctuaire. Il est dit que les Juifs percevaient la Kaaba comme un tabernacle divin avant qu’elle ne soit polluée par 360 statues d’idoles Arabes.

kaaba
La Kaaba, située à la Mecque

Lors d’une querelle tribale concernant un puits (Zamzam), le trésor de la Kaaba et ses offrandes que les pèlerins avaient déposées furent déversées dans le puits et il fut rempli de sable. Ce puits disparut. Quelques années plus tard Adb Al-Muttalib eut des visions lui indiquant où trouver le puits et son trésor. Il est devenu le héros de La Mecque et il était destiné à devenir le grand-père de Muhammad. Avant cette époque, Augustin était devenu l’évêque d’Afrique du Nord et fut très efficace dans la conversion des Arabes au catholicisme romain, dont des tribus entières furent converties. C’est parmi ces Arabes convertis au catholicisme que le concept d’un prophète de sang Arabe se développa.

Le père de Muhammad mourut d’une maladie et ses fils nés dans d’importantes familles Arabes (à la Mecque) furent envoyés dans le désert pour être allaités et sevrés et passer un petit peu leur enfance parmi les tribus bédouines pour parfaire leur éducation et afin d’éviter les fléaux des villes.

Après la mort de sa mère et de son grand-père, Muhammad se trouvait avec son oncle quand un moine catholique découvrit son identité et dit, « Retourne vite dans ton pays avec ton neveu et prends soin de lui, car si les juifs le voient et savent ce que je sais à son sujet, ils lui voudront du mal. Ce neveu qui t’es confié accomplira de grandes choses. »

Le moine catholique attisa les flammes des futures persécutions juives aux mains des disciples de Muhammad. Le Vatican voulait désespérément Jérusalem à cause de sa signification religieuse, mais les Juifs l’en empêchaient.

Un autre problème était celui des véritables chrétiens situés en Afrique du Nord qui enseignaient les évangiles. Le Catholicisme Romain devenait puissant, et ne tolérait pas la compétition. D’une certaine façon le Vatican inventa une arme afin d’éradiquer les Juifs et les vrais Chrétiens qui refusaient l’Église Catholique Romaine. Les yeux rivés sur l’Afrique du Nord, ils percevaient les multitudes d’Arabes comme source de main-d’œuvre pour faire leur sale boulot. Certains Arabes devinrent Catholiques et d’autres furent utilisés pour faire des rapports aux dirigeants de Rome. D’autres étaient utilisés comme espions pour accomplir l’agenda de Rome quant aux multitudes d’Arabes qui rejetèrent le Catholicisme. Quand ‘Saint Augustin’ apparut sur scène, il savait ce qu’il se passait. Ses monastères servaient de base pour trouver et détruire les manuscrits Chrétiens possédés par de vrais Chrétiens.

Le Vatican voulait créer un messie pour les Arabes, quelqu’un qu’ils accepteraient comme leur grand chef, un homme charismatique qu’ils pourraient éduquer, entrainer et éventuellement grâce à lui, le Vatican pourrait unir tous les Arabes, créer une armée divine qui capturerait inévitablement Jérusalem au nom du Pape. Lors d’un briefing au Vatican, le Cardinal Bea nous raconta cette histoire-là:

Une femme Arabe fortunée et qui était une croyante fidèle du Pape joua un rôle très important dans ce drame. Elle était une veuve qui s’appelait Khadijah. Elle fit don de sa fortune à l’église et se retira dans un couvent, mais elle reçut l’ordre d’accomplir un objectif. Elle devait trouver un jeune homme brillant qui pourrait être utilisé par le Vatican pour inventer une nouvelle religion et devenir le messie des enfants d’Ismaël. Khadijah avait un cousin du nom de Waraquah, qui avait aussi la foi envers l’Église Catholique Romaine et le Vatican lui confia le rôle critique d’être le conseiller de Muhammad. Il eut une influence colossale sur Muhammad.

Les professeurs furent envoyés au jeune Muhammad et il reçut un entrainement intensif. Muhammad étudia les travaux de Saint Augustin qui le préparèrent pour sa « grande mission ». Le Vatican avait des catholiques arabes actifs en Afrique du Nord pour répandre l’histoire d’un grand homme sur le point de se dissocier de son peuple et qui sera l’élu de leur Dieu.

Alors que Muhammad se préparait, on lui expliqua que ses ennemis étaient les Juifs et que les vrais Chrétiens étaient les Catholiques. Il apprit que les autres qui disaient être des Chrétiens n’étaient que des imposteurs et qu’ils devaient être exterminés. Plusieurs musulmans croient cela.

Muhammad reçut les « révélations divines » et le cousin catholique de sa femme, Waraquah, l’aida à les interpréter. Nous obtînmes le Coran de cette façon. Suivant la cinquième année de la mission divine de Muhammad, ses disciples musulmans furent persécutés car ils refusèrent d’adorer les idoles qui encerclaient la Kaaba.

Muhammad dit à certains d’entre eux de fuir en Abyssinia où Negus, le roi catholique les accepta car la vision de la vierge Marie selon Muhammad se rapprochait fortement de la doctrine catholique romaine. Ces musulmans furent ainsi protégés par des rois catholiques grâce aux révélations de Muhammad.

Muhammad conquit la Mecque et la Kaaba fut débarrassée de ses idoles. L’histoire prouve qu’avant la naissance de l’Islam, les Sabéens adoraient la déesse lunaire qui était mariée au dieu solaire, en Arabie. Ils mirent au monde trois déesses qui étaient adorées partout dans le monde Arabe en tant que « Filles de Allah ». Une fouille archéologique conduite à Hazor en Palestine, en 1950, présente Allah sur un trône avec un croissant lunaire sur sa poitrine.

Muhammad déclara avoir eu une vision de Allah dans laquelle il apprit ceci : « Tu es le messager de Allah. » Sa carrière en tant que prophète débuta et il reçut plein de messages divins. Au moment où Muhammad mourut, la religion de l’Islam étaient en pleine expansion. Les tribus arabes nomades combinaient leurs forces au nom de Allah et de son prophète, Muhammad.

Certains écrits de Muhammad furent placés dans le Coran, d’autres ne furent jamais publiés. Ils sont aux mains de « personnages sacrés » de haut niveau (les Ayatollah) de la foi Islamique.

Quand le Cardinal Bea partagea sa connaissance avec nous au Vatican, il dit que, ces écrits furent protégés car ils contenaient des informations qui font un lien direct entre le Vatican et la création de l’Islam. Les deux partis ont tellement d’informations à la fois sur le Christianisme et l’Islam, que s’ils venaient à être exposés, le scandale serait si fulgurant que ce serait un désastre pour les deux religions.

Dans leur livre « sacré », le Coran, le Christ est uniquement perçu en tant que prophète. Si le Pape était son représentant sur Terre, alors il doit lui aussi être un prophète de Dieu. Cette idée là incita les fidèles de Muhammad à craindre et à respecter le pape en tant « qu’homme sacré. »

Le pape se dépêcha donc de produire des bulles pontificales autorisant les arabes à envahir et à conquérir les nations en Afrique du Nord. Le Vatican participa au financement de la construction des armées islamiques en échange de trois faveurs :

1. Éliminer les Juifs et les ‘faux’ Chrétiens (les fameux infidèles)
2. Protéger les moines Augustiniens et les Catholiques
3. Conquérir Jérusalem pour « sa sainteté » au Vatican

Au fil des années, le pouvoir de l’Islam devint ultime. Les Juifs et les vrais chrétiens furent massacrés et Jérusalem tomba aux mains des musulmans. Les catholiques n’ont jamais été attaqués, tout comme leurs sanctuaires, à cette période. Mais quand le pape demanda Jérusalem, il fut très surpris que les musulmans le lui refusèrent! Les généraux Arabes avaient tellement de succès militairement parlant qu’ils ne pouvaient pas être intimidés par le pape. Rien ne pouvait contrecarrer leur propre objectif, l’islamisation du monde.

Sous la direction de Waraquah, Muhammad écrit que Abraham offrit Ismaël en tant que sacrifice. La Bible dit que Isaac était le sacrifice, mais Muhammad rejeta le nom de Isaac et inséra celui de Ismaël. En conséquence de la vision de Muhammad, les fidèles musulmans construisirent une mosquée, le Dôme du Rocher, en honneur à Ismaël sur le site du temple juif qui a été détruit en 70 après JC. Ce qui fit de Jérusalem la 2ème destination la plus sainte de la foi musulmane. Comment pouvaient-ils donner Jérusalem au Pape sans provoquer une révolte?

dome-du-rocher

Le Pape réalisa que ce qu’il avait créé était désormais hors de contrôle quand il eut des échos que « Sa Sainteté » était un infidèle. Les généraux musulmans étaient déterminés à conquérir le monde pour Allah et tournèrent leur attention vers l’Europe. Les ambassadeurs musulmans demandèrent au Pape d’émettre une bulle pontificale pour leur donner la permission d’envahir les pays Européens.

Ce qui provoqua la Fureur du Vatican; la guerre était inévitable. Les pouvoirs et le contrôle temporels du monde étaient considérés comme étant les droits basiques du Pape. Il ne songeait pas un seul instant à considérer le partage de ces derniers avec des païens.

Le Pape leva ses armées et fit appel aux croisades pour contenir les fils d’Ismaël de s’emparer de l’Europe catholicisée. Les croisades durèrent des siècles et Jérusalem glissa des mains du Pape.

La Turquie tomba, l’Espagne et le Portugal furent envahis par des forces islamiques. Au Portugal, ils appelèrent un village montagnard « Fatima » en honneur à la fille de Muhammad, sans jamais songer un seul instant que ce lieu deviendrait mondialement célèbre.

Des années plus tard, quand les armées musulmanes furent positionnées en Sardaigne et en Corse, pour envahir l’Italie, il y avait un sérieux problème. Les musulmans islamiques réalisèrent qu’ils s’étaient étendus de trop. Il était alors l’heure de faire la paix. L’un des négociateurs s’appelait François d’Assise.

En tant que résultant, les musulmans obtinrent le droit d’occuper la Turquie dans un « monde Chrétien », et les catholiques furent autorisés à occuper le Liban dans le monde Arabe. Il fut également convenu que les musulmans pouvaient construire des mosquées dans les pays catholiques, sans ingérences, aussi longtemps que le catholicisme romain pouvait s’épanouir dans les pays arabes.

Le Cardinal Bea nous raconta lors de briefings au Vatican que les musulmans et catholiques s’étaient mis d’accord pour détruire les efforts de leur ennemi commun, les missionnaires chrétiens dont leur seule et unique foi était la Bible. Grâce à ces concordats, Satan empêcha les enfants d’Ismaël d’obtenir une compréhension limpide des écrits et de la vérité.

Un léger contrôle fut maintenu sur les musulmans de l’Ayatollah jusqu’aux prêtres musulmans, moines et nonnes. Le Vatican encouragea aussi une campagne de haine entre les Arabo-musulmans et les Juifs. Avant cela, ils coexistaient en paix.

La communauté musulmane perçoit les missionnaires chrétiens comme des démons qui apportent leur poison aux fils de Allah. Ceci explique pourquoi le ministère de l’évangélisation n’a obtenu que très peu de résultats positifs dans ces pays-là.

Le prochain objectif était de contrôler l’Islam. En 1910, le Portugal s’est socialisé. Les drapeaux rouges furent déployés et l’Église Catholique Romaine faisait face à un problème majeur. De plus en plus de gens étaient contre l’Église.

Les Jésuites voulaient que la Russie s’implique et le lieu de la vision de Fatima pourrait jouer un rôle critique afin de ramener l’Islam à l’Église.

En 1917, la Vierge apparue à Fatima. « La Mère de Dieu » fut un succès grandissant, jouant ainsi avec les émotions des foules désorientées. En tant que résultat, les socialistes au Portugal essuyèrent une défaite majeure.

Les Catholiques commencèrent à se répandre mondialement et prièrent pour la conversion de la Russie, et les Jésuites inventèrent les Novenas de Fatima qu’ils pouvaient utiliser partout en Afrique du Nord, afin de répandre de bonnes relations publiques avec le monde Musulman. Les Arabes pensaient qu’ils adoraient la fille de Muhammad, c’est ce que les Jésuites voulaient qu’ils croient.

Suite à la vision de Fatima, le Pape Pie XII donna l’ordre à son armée Nazie d’envahir la Russie, la religion Orthodoxe et de faire de la Russie un pays Catholique. » Quelques années plus tard Hitler perdit la Seconde Guerre Mondiale, le Pape Pie XII garda le monde occupé avec sa fausse vision d’un soleil dansant pour que Fatima continue de passer aux infos. C’était du grand show biz religieux et à cette période, le monde goba ce mensonge.

(…)

Source: Before It’s News

Pour lire l’article de Greg Szymanski (qui sera certainement traduit en Français prochainement),suivez l’article de Before It’s News à partir de la deuxième page.

Pour approfondir votre connaissance vous pouvez lire cet article : Manly P Hall : Le Cycle du Phénix de 600 AD à l’Ere Musulmane

Bombe au Vatican: Une Bible de 1500 ans confirme que Jésus Christ n’a pas été Crucifié, et est un simple prophète (non le fils unique avec la sainte trinité) comme l'Islam le considère également prophète ????, mais lui est nous, nous sommes tous des fils de Dieu, ce qui donne un lien paternel à la création.

 

Nous remettons l'article, les photos ayant été hackées.

 

 

bible-1500 

 


Au grand dam du Vatican, une bible vieille de 1500 à 2000 ans a été trouvée en Turquie, dans le Musée d’Ethnographie d’Ankara. Découverte et tenue secret en l’an 2000, le livre contient l’Évangile de Barnabé, un disciple du Christ, qui démontre que Jésus n’a pas été crucifié, et il n’était pas le fils de Dieu, mais un prophète. Le livre appelle également l’apôtre Paul « L’Imposteur ». Le livre affirme également que Jésus est monté vivant au ciel, et que Judas Iscariote a été crucifié à sa place.

Un rapport publié par Le National Turk affirme que la Bible a été saisi par un gang de trafiquants lors d’une opération dans la région méditerranéenne. Le rapport indique que le gang a été accusé de contrebande d’antiquités, de fouilles illégales, et de possession d’explosifs. Les livres eux-mêmes sont évalués à plus de 40 millions de livres turques (environ 28 millions. Dollars). Où est la Guilde des voleurs, quand vous en avez besoin?

 

Authenticité

Selon les rapports, les experts et les autorités religieuses de Tehram insistent que le livre est original. Le livre lui-même est écrit avec des lettres d’or, sur cuir faiblement liées en araméen, la langue de Jésus-Christ. Le texte maintient une vision similaire à l’islam, ce qui contredit les enseignements du Nouveau Testament du christianisme. Jésus prévoit également la venue du Prophète Mahomet, qui a fondé l’islam 700 ans plus tard.

On croit que, pendant le Concile de Nicée, l’Église catholique a choisi de conserver les évangiles qui forment la Bible que nous connaissons aujourd’hui; omettant l’Evangile de Barnabé (parmi beaucoup d’autres) en faveur des quatre évangiles canoniques de Matthieu, Marc, Luc et Jean. Beaucoup de textes bibliques ont commencé à faire surface au fil du temps, y compris ceux de la Mer Morte et les évangiles gnostiques; mais ce livre en particulier, semble inquiéter le Vatican. 

 

L’Eglise Romaine Catholique le veut

Qu’est-ce que cela signifie pour les religions dérivées du christianisme et leurs partisans? Plutôt serré comme endroit. Le Vatican a demandé aux autorités turques de faire examiner le contenu du livre au sein de l’Eglise. Maintenant que le livre a été trouvé, viendront-ils à accepter sa preuve? Vont-ils nier tout cela ? Vous allez appeler cela un « mensonge musulman », comme l’a fait le magazine «Vérité», en 2000? Pour beaucoup, ce livre est une lueur d’espoir, que les croyants se rendent vite compte que l’objet de leur adoration est arbitraire; et que tout le texte, en particulier des textes religieux, est sujette à l’interprétation.

Qu’est-ce que cela signifie pour les athées / agnostiques / penseurs laïques? Le texte est réel? Faux? Est-ce important? Espérons que ces nouvelles inspirent le religieux à poser des questions, au lieu de pointer du doigt ou de croire quoi que ce soit à l’aveuglette. S’il vous plaît, ne vous moquez pas et ne lancez pas des « Je vous l’avais dit! » S. Le plus grand danger de la foi, c’est quand les gens croient ce qu’ils veulent croire, et se défendent contre toutes preuves; surtout quand cette preuve révolutionne leur fondation à partir de sa base. Et le plus grand coupable de ce danger est le piège de l’ego: rejeter / critiquer les autres Pendant des siècles, la «défense» de la foi aveugle a conduit les nations à la guerre, la violence, la discrimination, l’esclavage et de devenir la société d’automates que nous sommes aujourd’hui; et depuis tout aussi longtemps, elle a été justifié par des mensonges. Si vous savez mieux, agissez en tant que tel.

 

http://sonsonthepyre.com/1500-year-old-bible-confirms-that-jesus-christ-was-not-crucified-vatican-in-awe/

 

via Before It’s News,

Un manuscrit biblique trouvé à Ankara met le Web musulman en émoi. Et pour cause : cette Bible, qui a 1500 ans d'âge, renfermerait l'évangile de Barnabé, qui annoncerait la venue du prophète Mahomet.

 

L'affaire est partie de la presse turque, le 23 février dernier. Le journal Bugün, un quotidien marqué à droite, propriété d'une ancienne députée du Parti de la vertu (islamiste), révèle que le ministère de la culture turc va annoncer la découverte, lors d'une descente chez des receleurs d'art, d'une Bible de plus de 1500 ans écrite en syriaque. Et laisse entendre que si le texte est écrit en syriaque, c'est qu'il s'agit peut-être du fameux évangile de Barnabé.

L'évangile de Barnabé, c'est deux textes distincts. Le premier, qui a été totalement perdu, serait un évangile écrit par l'apôtre du même nom, dans une langue araméenne (comme le syriaque). On en trouve mention à partir du haut Moyen-Âge dans un certain nombre de listes d'ouvrages condamnés, comme le décret du pseudo-Gélase. On ignore absolument ce qu'il contenait. Le second apparut près de 1000 ans plus tard, au XVIIe siècle, mentionné dans un texte en espagnol écrit par un morisque, ces musulmans espagnols qui s'étaient faussement convertis au catholicisme pour ne pas périr sur le bûcher. En 1709, le manuscrit complet fait son entrée dans l'Histoire via la bibliothèque d'un érudit hollandais, Cramer.

Ce second manuscrit se présente comme une vie de Jésusislamiquement correcte: Jésus prie aux heures de prière musulmanes, interdit la consommation du porc, prône la circoncision, réfute absolument l'idée qu'il puisse être Dieu et annonce la venue après lui du prophète Mahomet. Pour les chercheurs occidentaux, chrétiens ou non, qui ont travaillé sur ce texte depuis son apparition, il est clair qu'il s'agit d'un apocryphe tardif, qui ne peut avoir été écrit avant le XIIe siècle: en effet, l'évangile de Barnabé dit ceci: "Et l'année du jubilé qui revient aujourd'hui tous les cent ans, reviendra chaque année et en tout lieu, à cause du Messie". Or, dans la loi juive, le jubilé est célébré tous les 50 ans: ce n'est qu'en 1300 que l'année jubilaire sera fêtée tous les cent ans.

Un certain nombre d'autres indices permettent de dater le manuscrit encore plus tardivement, au XVIe siècle. Les spécialistes de la littérature morisque reconnaîssent dans cet évangile un certain nombre de thèmes en vogue dans cette communauté. Et il est manifeste que l'auteur n'a jamais mis les pieds en Terre Sainte, tant les erreurs géographiques et topographiques sont légion. Pour les chercheurs, la cause est absolument entendue: l'évangile de Barnabé est un faux assez grossier.

Mais dans le monde musulman, on ne voit pas les choses ainsi. Et cela tient à la théologie musulmane. L'islam ne se considère pas comme une nouvelle religion, mais comme le rétablissement de la foi d'Abraham falsifiée successivement par les juifs et les chrétiens. Les premiers, pour accaparer l'élection divine qui, selon le Coran aurait été donnée à Ismaël et non à Isaac, et les seconds pour diviniser un Jésus venu précisément rectifier une Torah prétendument réécrite par les juifs. Le Coran en parle à plusieurs reprises: la sourate de la Vache dit par exemple: "Espérez-vous que ces gens [du Livre] croient avec vous? Alors qu'une partie d'entre eux, qui entendaient la parole de Dieu, la falsifiait ensuite sciemment, après l'avoir comprise". L'idée d'un évangile originel, datant d'avant la falsification et interdit par l'Eglise, est bien ancrée dans les croyances musulmanes. Et beaucoup de propagandistes utilisent l'évangile de Barnabé comme un outil de conversion des chrétiens.

La rumeur lancée par Bugün peut donc paraître folle pour un chrétien, mais pas pour un musulman. C'est ainsi qu'à la suite de l'article, de nombreux titres de la presse turque ont repris comme une certitude le fait que la bible retrouvée à Ankara contenait l'évangile de Barnabé, ajoutant même un certain nombre d'éléments, selon lesquels par exemple le Vatican aurait demandé à pouvoir lire de toute urgence le manuscrit et aurait fait une demande officielle à la Turquie dans ce sens. Les autorités turques et vaticanes ont eu beau démentir la rumeur, rien n'y a fait: sur la toile musulmane mondiale, on peut lire un peu partout que l'évangile de Barnabé a été retrouvé, et qu'il va confondre définitivement la fausse religion chrétienne. L'information a même été reprise sur le site Internet du très sérieux Monde des religions de façon péremptoire: "Une bible annonçant la venue du prophète Mohammed découverte en Turquie".

Ce n'est de plus pas la première fois que dans le monde islamique, on annonce la découverte de l'évangile de Barnabé. L'armée turque avait déjà fait cette annonce en 1986 à propos d'une bible dont il s'était avéré qu'elle était finalement parfaitement canonique, avant de se rétracter en catimini.

Turquie, Réligion : La Bible millénaire n’est ni une Bible, ni millénaire ! – 30/10/2014

 
Photo d'illustration.

Photo d’illustration.

De nombreux sites islamiques ont cherché à semer la confusion chez les chrétiens en instrumentallisant «la Bible millénaire» découverte à Ankara, en Turquie, car ce document nierait la divinité de Jésus et annoncerait la venue du prophète Mohammed. Du pain béni… d’autant que plus le mensonge est gros, plus il est séduisant.

> Lire aussi :  Bombe au Vatican: Une Bible de 1500 ans confirme que Jésus Christ n’a pas été Crucifié

Cependant, Musa Yaramis, un assyro-chaldéen né en Turquie et résidant aujourd’hui à Bruxelles, en Belgique, démasque pour nous cette supercherie et le scandaleux buzz médiatique perpétré par les médias à la solde de l’Islam. «Nous ne pouvons pas dire grande chose, car nous n’avons que cette image que les médias ont fait tourné partout. Mais heureusement pour nous, ils ont photographié la bonne page et leur mensonge figure devant nos yeux», dénonce-t-il.

Licencié en théologie orientale, Musa Yaramis est professeur de religion catholique. Interrogé à ce sujet, il nous explique que le manuscrit est écrit en syriaque oriental (chaldéen) et que le texte en bas de la page se traduit ainsi : «Au nom de Notre Seigneur, ce livre a été écrit à l’usage des moines du haut monastère de Ninive, en l’an 1500 de notre Seigneur».

Ce manuscrit ne serait donc ni une Bible millénaire, ni un Evangile digne de foi, mais simplement un livre écrit pour des moines, et postérieur à l’émergence de l’Islam. La «prophétie» concernant Mahomet n’est donc en rien une prophétie, et les propos accordés à Jésus n’ont aucune crédibilité.

«Les médias turcs pensaient créer un scandale à l’encontre du Christianisme et les titres des journaux turcs s’enflammaient en affirmant qu’il pourrait s’agir du véritable Evangile que le Vatican avait caché…!», réagit encore M. Yaramis, tout en précisant qu’il regrette que des médias comme Euro News, mais aussi Le Monde des Religions, aient relayé l’information sans vérifier la véracité de l’information. D’ailleurs, ce professeur de religion a écrit à la rédaction d’Euro News pour les informer de leur erreur, mais il n’a obtenu aucune réponse. «Pourtant», s’amuse-t-il, «il suffisait d’avoir une personne qui savait lire» le syriaque oriental.

Source: DieuTv.com par Paul OHLOTT

Prologue de l'évangile de barnabé: 
Barnabé, apôtre de Jésus Nazaréen appelé Christ, à tous ceux qui habitent sur la terre, souhaite paix et consolation. 
Très chers, le grand et admirable Dieu nous a visités, ces jours passés, par son Prophète Jésus Christ, en grande miséricorde de doctrine de doctrine et de miracles. C'est pourquoi beaucoup, trompés par Satan, sous couvert de pitié, prêchent une doctrine fort impie: ils appellent Jésus fils de Dieu, rejettent la circoncision, alliance de Dieu à jamais, et autorisent toute sorte d'aliments impurs. Parmis eux, Paul lui-même est dans l'erreur, et je n'en parle pas sans douleurs. 
En conséquence, je vous écris cette vérité que j'ai vue et entendue en fréquentant Jésus, afin que vous soyez sauvés, que vous vous ne soyez pas trompés par Satan et que vous ne périssiez pas dans le jugement de Dieu. Gardez-vous donc de quiconque vous prêche une doctrine nouvelle opposée à ce que je vous écris, pour que vous soyez sauvés à jamais. Que le grand Dieu soit avec vous et vous garde de Satan et de tout mal! Amen.

Chapitre de l'évangile de barnabé 1 
Ce premier chapitre contient l'annonce de l'ange Gabriel à la vierge Marie au sujet de la naissance de Jésus. 
Ces années passées, une vierge appelée Marie, de la race de David, de la tribu de Juda, reçut la visite de l'ange Gabriel envoyé par Dieu. Cette vierge vivait en toute sainteté, sans aucun scandale, sans reproche, dans la prière et les jeûnes. Un jour qu'elle était seule, l'ange Gabriel entra dans sa chambre et la salua en ces termes: "Que Dieu soit avec toi, Marie!" A la vue de l'ange, la vierge prit peur. Celui-ci la réconforta en disant: "Ne crains pas, Marie, car tu es agréable à Dieu. Il t'a choisie pour être la mère d'un Prophète qu'il enverra au peuple d'Israël pour qu'ils marchent dans sa loi d'un cœur sincère". La vierge répondit: "Comment mettrais-je au monde des enfants puisque je ne connais pas d'homme?". L'ange reprit: "Marie, Dieu qui a fait l'homme sans homme est capable d'engendrer en toi l'homme sans homme car pour lui rien n'est impossible". Marie répondit: "Je sais que Dieu est tout puissant; aussi que sa volonté soit faite!". L'ange reprit: "Maintenant, en toi a été conçu le Prophète, tu l'appelleras Jésus. Tu le préserveras du vin, de la boisson fermentée et de tout aliment impur, car l'enfant est de Dieu". Marie s'inclina humblement et dit: " Voici la servante de Dieu. Qu'il advienne selon ta parole!". 
L'ange s'en alla et la vierge glorifia Dieu en disant: "Ô mon âme. reconnais la grandeur de Dieu! Et toi mon esprit, exulte en Dieu mon sauveur qui a si bien regardé l'humilité de sa servante que je serais appelée bienheureuse par toutes les nations! En effet, il m'a faite grande celui qui est puissant. Que son saint nom soit béni, car sa miséricorde s'étend a travers toutes les générations qui le craignent! Il a rendu puissante sa main. Il a dispersé le superbe dans ses desseins. Il a déposé les puissants de leurs trônes. Il a exalté les humbles. Il a comblé de biens ceux qui avaient faim, et les riches ils les a renvoyés vides, car il se souvient des promesses faites à Abraham et à son fils à jamais.

Chapitre 2 l'évangile de barnabé
Avertissement de l'ange Gabriel à Joseph sur la conception de la vierge Marie. 
Une fois connue la volonté de Dieu, Marie craignant que le peuple ne se scandalise de ce qu'elle était enceinte et ne la lapide comme coupable de fornication, élut un compagnon de sa race, un homme appelé Joseph, de vie irréprochable. En effet, en juste qu'il était, il craignait Dieu et le servant dans les jeûnes et la prière, vivant de l'œuvre de ses mains, car il était charpentier. 
Connaissant un tel homme, la vierge le choisit pour compagnon et lui révéla le dessein divin. 
Quand Joseph s'aperçut que Marie était enceinte, il voulait l'abandonner en juste qu'il était, car il craignait Dieu. 
Or, tandis qu'il dormait il fut réprimandé par l'ange en ces termes: “Joseph, pourquoi veux-tu abandonner Marie, ton épouse? Sache que tout ce qui s'est fait en elle est arrivé par la volonté de Dieu! La vierge enfantera un fils. Tu l'appelleras Jésus. Tu le préserveras du vin, de la boisson fermentée et de tout aliment impur, car il est saint de Dieu dans le ventre de sa mère. Il est Prophète de Dieu, envoyé  au peuple d'Israël pour convertir Juda dans son cœur et pour qu'Israël marche dans la loi du seigneur, comme il est écrit dans la loi de Moïse. Il viendra avec une grande puissance que Dieu lui donnera et il fera de grands miracles, c'est pourquoi beaucoup se sauveront”. 
En s'éveillant, Joseph remercia Dieu et demeura avec Marie toutes les années de sa vie, servant Dieu en toute sincérité.

Chapitre 3 l'évangile de barnabé
Admirable naissance de Jésus et apparition d'anges qui louaient Dieu. 
En ce temps-là, Hérode régnait en Judée par décret de César Auguste; Pilate était gouverneur, étant pontifes Anne et caïphe. C'est alors que par décret d'Auguste, tout le monde se fit recenser. A cet effet chacun se rendait a sa patrie et se présentait a sa tribu pour se faire recenser. 
Joseph, originaire de Nazareth, ville de Galilée, partit donc pour Bethléem avec Marie, son épouse, qui était enceinte, afin d'y être recensé selon le décret de César. C'était en effet sa ville puisqu'il était de la race de David. 
Parvenu a Bethléem, comme la ville était petite et que la foule des pèlerins était grande, il ne trouva pas de place. Aussi se logea-t-il hors de la ville, dans un endroit fait pour abriter les bergers. Tandis que Joseph y demeurait, le temps arriva où Marie devait enfanter. 
La vierge fut environnée d'une immense splendeur et elle enfante son fils sans douleur. Elle le prit dans ses bras, l'enveloppa de langes et le posa dans l'étable, car il n'y avait pas de place à l'auberge. Une multitude d'anges vint à l'auberge avec allégresse, bénissant Dieu et annonçant la paix a ceux qui craignent Dieu. Marie et Joseph louaient le Seigneur pour la naissance de Jésus et le nourrissaient avec une joie extrême.

Chapitre 4 l'évangile de barnabé
Des anges annoncent la naissance de Jésus aux bergers. Ceux-ci après l'avoir trouvé, l'annoncent (à leur tour). 
En ce temps-là les bergers étaient en train de veiller sur leur troupe au selon leur habitude. Et voici qu'ils furent environnés d'une immense splendeur. C'est alors que leur apparut un ange qui glorifiait Dieu. Les bergers furent remplis de frayeur à cause de la lumière soudaine et de l'apparition de l'ange. Aussi l'ange du Seigneur les réconforta-t-il en disant: “Voici que je vous annonce une grande joie: il est né dans la ville de David un enfant, Prophête du Seigneur. Il apporte grand salut à la maison d'Israël. Ce petit enfant vous le trouverez dans l'étable, ainsi que sa mère qui glorifie Dieu”. A ces mots, survint une multitude d'anges qui glorifiaient Dieu et annonçait la paix à ceux qui sont de la bonne volonté. 
Les anges partis, les bergers parlaient ainsi entre eux: “Allons jusqu'à Bethléem et voyons la parole que Dieu nous a annoncée par son ange!” Beaucoup de bergers vinrent à Bethléem à la recherche du nouveau né. Hors de la ville, ils trouvèrent le nouveau-né, couché dans l'étable comme l'ange l'avait dit. Ils se révérèrent donc et donnèrent à la mère ce qu'ils avaient tout en lui en racontant ce qu'ils avaient entendu et vu. Cependant Marie conservait tout cela dans son coeur, de même que Joseph, et ils remercièrent Dieu. Les bergers retournèrent à leur troupeau en racontant à chacun ce qu'ils avaient vu. 
 Aussi toute la montagne de Judée fut-elle remplie de crainte et tout homme se demanda dans son coeur: “Que deviendra cet enfant ?”.

Chapitre 5 l'évangile de barnabé
Circoncision de Jésus. 
 Quand furent accomplis les huits jours, selon la loi de Seigneur, comme il est écris au livre de Moïse, ils prirent l'enfant et le portèrent au temple pour le circoncir. Ils le circoncirent donc et l'appelèrent “Jésus” comme l'avait dit l'ange du Seigneur avant qu'il fut conçu. Marie et Joseph surent que cet enfant devait être pour le salut et la ruine de beaucoup. Aussi craignirent-ils Dieu, et ils servaient l'enfant avec crainte de Dieu.

Chapitre 6 l'évangile de barnabé
D'Orient en Judée, trois mages sont guidés par une étoile. Ayant trouvé Jésus, ils le révèrent et lui offrent des présents. 
Dans les régions orientales, sous le règne d'Hérode, roi de Judée, après la naissance de Jésus, trois mages scrutaient les étoiles du ciel. Or une étoile d'une grande splendeur leur apparut. En ayant délibéré entre eux, d'un commun accord ils se rendirent en Judée. L'étoile les guidait en les précédant. 
Parvenus à Jérusalem, ils demandèrent où était né le roi des Juifs. En l'entendant, Hérode eut peur et toute la ville fut troublée. Hérode convoqua donc les prêtres et les scribes et leur demanda où devait naître le Christ. Ils répondirent qu'il devait naître à Bethléem, comme il est écrit par le Prophète: “ Et toi Bethléem, tu n'es pas petite parmis les princes de Juda, car c'est de toi que sortira un chef qui conduira mon peuple Israël!”. 
Hérode convoqua donc les mages et les interrogea sur la raison de leur venue. Ils leur répondirent qu'ils avaient vu une étoile en Orient, qu'elle les avait guidés jusqu'en ce lieu, qu'ils voulaient adorer ce nouveau roi que montrait son étoile et lui offrir des présents. Hérode dit alors: “Allez à Bethléem! Avec grand soin enquérez-vous de l'enfant. Et quand vous l'aurez trouvé, venez me le dire, car moi aussi je veux aller l'adorer”. Il disait cela pour les tromper.

Chapitre 7 l'évangile de barnabé
La visite des mages à Jésus; leur retour chez eux et l'avertissement que Jésus leur donna en songe. 
Les mages sortirent donc de Jérusalem. Et voici que l'étoile qui leur était apparue en Orient les précédait. A sa vue, ils furent remplis de joie. Parvenus à Bethléem, à l'écart de la ville, ils virent l'étoile arrêtée au-dessus de l'auberge où était né Jésus. Les mages s'y rendirent donc. Entrés dans la pièce, ils trouvèrent l'enfant et sa mère et se prosternant, ils le révérèrent. Tout en racontant à la vierge tout ce qu'ils avaient vu, les mages offrirent à l'enfant des aromates, de l'argent et de l'or. 
Puis, pendant leur sommeil, ils furent exhortés par l'enfant à ne pas se rendre chez Hérode. Ils partirent donc par une autre route et s'en retournèrent chez eux en racontant tout ce qu'ils avaient vu en Judée.

Chapitre 8 de l'évangile de barnabé
Fuite en Egypte où l'on emporte Jésus: Hérode massacre les enfants innocents. 
Voyant que les mages ne revenaient pas, Hérode s'estima joué par eux. Il se décida donc à faire mourir l'enfant ou nouveau-né. 
Mais voici que pendant le sommeil de joseph, l'ange du Seigneur lui apparut et lui dit: “Vite! Lève-toi! Prends l'enfant et la mère et va-t'en en Egypte. Ils y demeurèrent jusqu'à la mort d'Hérode. 
Celui-ci, s'estimant bafoué par les mages, envoya ses soldats massacrer tous les enfants nouveau-nés à Bethléem. Les soldats vinrent donc et tuèrent tous les enfants qui s'y trouvaient comme le leur avait commandé Hérode. Alors s'accomplirent les paroles du Prophète: “Lamentation et larmes sont abondantes en Rama: Rachel pleur ses fils, mais il n'y a pas de consolation, car ils ne son plus!”.

Chapitre 9 l'évangile de barnabé
Rentré en Judée, Jésus a une merveilleuse discussion avec les docteurs, il est alors âgé de douze ans. 
A la mort de Hérode, voici que l'ange du Seigneur apparut en songe a Joseph et lui dit: Rentre en Judée, car ils sont morts ceux qui voulaient la mort de l'enfant!” Joseph prit donc l'enfant alors âgé de sept ans, ainsi que Marie, et il vint en Judée. Là, il apprit qu'Archelaüs, fils d'Hérode, régnait en Judée; craignant d'y demeurer, il s'en alla en Galilée. Ils vinrent habiter Nazareth. L'enfant grandissait en grâce et en sagesse devant Dieu et devant les hommes. 
A douze ans, avec Marie et Joseph, Jésus monta a Jérusalem pour y adorer selon la loi du Seigneur écrite au livre de Moïse. La prière faite, ils s'en allèrent en ayant perdu Jésus, ils croyaient en effet qu'il était retourné à la maison avec des membres de leur famille. Marie et Joseph revinrent donc à Jérusalem, en cherchant Jésus parmis les membres de leur famille et leurs voisins. 
Le troisième jour, ils retrouvèrent l'enfant dans le temple parmi les docteurs, discutant avec eux de la loi. Chacun s'étonnait de ses demandes et de ses réponses et disait: “Comment peut-il y avoir en lui une belle doctrine, puisqu'il n'a pas appris à lire!” 
Marie le réprimanda: “Fils, que nous as-tu fait? Voici que moi et ton père nous t'avons cherché trois jours dans la douleur!” Jésus répondit: “ne savez-vous pas que le service de Dieu doit passer avant père et mère?”. Jésus descendit à Nazareth avec sa mère et Joseph. Il leur était soumis avec humilité et révérence.

Chapitre 10 l'évangile de barnabé
A trente ans, sur le mont des Oliviers, Jésus reçoit de l'ange Gabriel l'évangile d'une façon merveilleuse. 
A trente ans, comme il me l'a dit, Jésus était allé ramasser des olives avec sa mère sur le mont des oliviers. A l'heure de midi, tandis qu'il priait, parvenu aux mots: “Seigneur, avec miséricorde …”, il fut environné d'une immense splendeur et d'une multitude infinie d'anges qui disaient: “Dieu soit béni!” 
L'ange Gabriel lui présenta un livre comme un brillant miroir. Ce livre descendit dans le cœur de Jésus' il y apparût ce que Dieu a fait, ce que Dieu a dit, ce que Dieu veut, si bien que toute chose fut pour lui nue et ouverte, ainsi qu'il me l'a dit: “crois-le, Barnabé, je connus chaque Prophète, si bien que tout ce que je dis sort de ce livre”. 
Après cette vision, se sachant Prophète envoyé à la maison d'Israël, Jésus révéla tout à Marie, sa mère, en lui disant qu'il devait souffrir grande persécution pour l'honneur de Dieu et qu'il ne pouvait plus être continûment avec elle pour la servir. A ces paroles, Marie répondit: “Avant ta naissance, fils, tout me fut annoncé. Aussi que le saint nom de Dieu soit béni!” Ce jour-là, Jésus quitta donc sa mère pour s'adonner à sa mission prophétique.

Chapitre 11 l'évangile de barnabé
Jésus guérit merveilleusement un lépreux, et se rend à Jérusalem. 
En descendant de la montagne pour se rendre à Jérusalem, Jésus rencontra un lépreux. Par inspiration divine, celui-ci sut que Jésus était Prophète. Aussi le priait-il en pleurant: “Jésus, fils de David, aie pitié de moi!” 
Jésus répondit: “que veux-tu que je fasse pour toi, frère?” Le lépreux reprit: “Seigneur, rends-moi la santé!” Jésus le réprimanda: “Es-tu fou? Prie Dieu qui t'a créé et il te rendra la santé, car moi je suis un homme comme toi!” Le lépreux dit: “Seigneur, je sais que tu es un homme, mais saint du Seigneur! C'est pourquoi prie Dieu toi-même et il me rendra la santé”. 
Jésus dit alors en soupirant: “Seigneur Dieu tout-puissant, pour l'amour des saints Prophètes, rends la santé à cet infirme!” Après ces paroles, touchant l'infirme de ses mains: “Au nom de Dieu, frère, dit-il, recouvre la santé!” A peine avait-il prononcé ces mots que la lèpre fut purifiée, si bien que la chair du lépreux devient comme celle d'un enfant. 
Dès qu'il se vit guéri, le lépreux se mit à crier à haute voix: “Israël, viens accueillir le Prophète que Dieu t'envoie!” Jésus le pria: “Frère, tais-toi, ne dis rien!” Mais plus il le priait, plus l'autre criait: “Voici le Prophète! Voici le saint de Dieu!” 
A ces paroles, beaucoup de ceux qui quittaient Jérusalem revinrent sur leurs pas et y entrèrent avec Jésus en disant ce que Dieu avait fait au lépreux par Jésus.

Chapitre 12 l'évangile de barnabé
Premier sermon, d'une doctrine admirable, que Jésus fit au peuple à propos du nom de Dieu. 
Ces paroles émurent toute la ville de Jérusalem, et comme Jésus était entré dans le temple pour y prier, ils accoururent tous au point qu'ils pouvaient à peine s'y tenir. Les prêtres prièrent donc Jésus : «Ce peuple désir te voir et t'entendre; monte donc dans la pinacle et parle au nom du Seigneur si Dieu te donne de parler !». 
Jésus monta à l'endroit d'où parlaient les scribes et d'un signe de la main, ayant demandé le silence, il ouvrit la bouche et dit : «Que soit béni le saint nom de Dieu qui, dans sa bonté et sa miséricorde, voulut créer ses créatures pour qu'elles le glorifient! Que soit béni le saint nom de Dieu qui créa la splendeur de tous les saints et Prophètes avant toute chose pour l'envoyer pour le salut du monde comme il l'a dit par David, son serviteur :«Avant Lucifer, en splendeur des saints, je t'ai créé!» Que soit béni le saint nom de Dieu qui créa les anges pour qu'ils le servent! Que Dieu soit béni qui puni et réprouva Satan et ceux qui le suivirent parce qu'ils n'ont pas voulu vénérer celui que Dieu voulait qu'ils vénèrent! Que soit béni le saint nom de Dieu qui créa l'homme de la boue de la terre et qui l'établit sur ses œuvres! Que soit béni le saint nom de Dieu qui chassa l'homme du paradis parce qu'il avait transgressé son saint précepte! Que soit béni le saint nom de Dieu qui regarda avec miséricorde les larmes d'Adam et d'Eve, premiers parents du genre humain! Que soit béni le saint nom de Dieu qui punit justement Caïn, le fratricide, qui envoya le déluge sur la terre, qui brûla trois villes scélérat, flagella l'Égypte, engloutit Pharaon dans la Mer Rouge , dispersa les ennemis de son peuple, châtia les incrédules et punit les impénitents! Que soit béni le saint nom de Dieu qui prit misèricordieusement soin de ses créatures et leur envoya en conséquence ses saints Prophètes pour qu'elles marchent devant lui avec vérité et justice! Qui délivra ses serviteurs de tout mal et leur donna ce pays comme il l'avait promis à notre père Abraham et à son fils, pour toujours! Puis, par son serviteur Moïse il nous donna la sainte loi pour que Satan ne nous trompe pas, et nous éleva au-dessus des autres peuples. Mais nous, frères, que faisons-nous aujourd'hui pour éviter d'être punis à cause de nos péchés?» 
Alors, avec une très grande force, Jésus fait reproche à la foule d'avoir oublié la parole de Dieu et de ne s'occuper que de vanité. Il fit reproche aux prêtres de leur négligence dans le service de Dieu doctrine vaine et d'amoindrir la loi de Dieu. Il fit reproche aux docteurs de d'anéantir la loi de Dieu avec leurs traditions. 
Et Jésus admonesta tant le peuple que tous pleuraient, du plus  et de leur cupidité. Il fit reproche aux scribes de prêcher une était au plus grand; ils demandaient pardon et priaient Jésus de prier pour eux, sauf les prêtres et leur chef qui prirent Jésus en haine ce jour là parce qu'il avait ainsi parlé contre prêtres, scribes et docteurs. Ils se mirent à envisager sa mort, mais ils n'en soufflèrent mot par crainte du peuple qui l'avait reçu en Prophète de Dieu. 
Ayant levé les mains vers le Seigneur Dieu, Jésus priait. Et le peuple disait en pleurant: «Qu'il en soit ainsi, Seigneur, qu'il en soit ainsi!» Après la prière, Jésus descendit du temple. Il quitta Jérusalem ce jour-là ainsi que beaucoup de gens qui le suivaient. Et les prêtres entre eux disaient du mal de Jésus.

Chapitre 13 l'évangile de barnabé
Notable crainte de Jésus; son oraison; et le réconfort merveilleux de l'ange Gabriel. 
Quelques jours plus tard, ayant su en esprit la résolution des prêtres, Jésus gravit le mont des Oliviers pour prier. 
Au matin, après avoir prié toute la nuit, Jésus dit dans sa prière : «Seigneur, je sais que les scribes me haïssent et que les prêtres envisagent de me faire mourir, moi, ton serviteur, Aussi, Seigneur tout-puissant et miséricordieux, écoute dans ta miséricorde les prières de ton serviteur et sauve-moi de leurs pièges, car tu es mon salut. Tu sais, Seigneur, que moi, ton serviteur, je ne cherche que toi et que je parle ta parole, parce que ta parole est vérité qui dure toujours!» 
Jésus ayant prononcé ces mots, voici que l'ange Gabriel vint à lui en disant :«Ne crains pas, Jésus, car des milliers et des milliers de ceux qui habitent au-dessus du ciel conservent tes vêtements. Tu ne mourras pas avant que s'accomplisse toute chose et que le monde soit proche de sa fin». Jésus tomba la face contre terre en disant :« Seigneur, Grand Dieu, qu'elle est grande ta miséricorde à mon égard! Que te donnerais-je, Seigneur, pour tout ce que tu m'as donné?» L'ange Gabriel répondit  :«Lève-toi, Jésus, et souviens-toi d'Abraham! Pour accomplir la parole de Dieu, il voulait sacrifier Ismaël, son fils unique. Or, comme son couteau ne pouvait trancher son fils, il offrit, sur ma parole, un mouton à sacrifier. Tu feras donc de même, toi aussi, Jésus, serviteur de Dieu!» Jésus répondit :«Volontiers, mais où trouverais-je l'agneau, car je n'ai pas d'argent, et il n'est pas permis de le voler ». Alors l'ange Gabriel lui présenta un bélier et Jésus l'offrit en sacrifice en louant et bénissant Dieu qui est glorieux à jamais.

Chapitre 14 l'évangile de barnabé
Après le jeûne de quarante jours, Jésus choisit douze apôtres. 
Jésus descendit de la montagne, et, seul, durant la nuit, il passa de l'autre côté du Jourdain. Il jeûna quarante jours et quarante nuits, sans rien manger, ni de jour ni de nuit, priant continuellement le Seigneur pour le salut de son peuple auquel Dieu l'avait envoyé. 
Les quarante jours passés, il eut faim. Satan se présenta à lui et le tenta par beaucoup de paroles, mais Jésus le chassa, en vertu de paroles de Dieu. Satan parti, les anges vinrent et servirent à Jésus ce qui lui était nécessaire. 
Revenu dans la région de Jérusalem, Jésus fut retrouvé par la foule avec une joie extrême. Ils le prièrent de rester parmi eux, car ses paroles n'étaient pas comme celles des scribes : prononcées avec autorité, elles touchaient le cœur. Jésus, voyant que grande était la multitude de ceux qui revenaient à leur cœur pour marcher dans la loi de Dieu, gravit la montagne. Toute la nuit, il se tint en prière. Le jour venu, il descendit de la montagne et choisit les douze apôtres, et parmi eux, Judas, celui qui fut mis à mort sur la croix. Leurs noms sont : André et Pierre son frère, pêcheurs, Barnabé qui écrivit ceci, ainsi que Mathieu le publicain qui s'asseyait au comptoir, Jean et Jacques fils de Zébédée, Thaddée et Jude, Barthélémy et Philippe, Jacques et Judas Iscariote, le traître. Il leur communiqua toujours les secrets divins, mais il fit de Judas l'Iscariote l'intendant de ce qu'on lui donnait en aumône. Mais lui, voulait la dîme de tout.

Chapitre 15 l'évangile de barnabé
Miracle accompli par Jésus aux noces, en changeant l'eau en vin. 
A l'approche de la fête des tabernacles, un homme riche invita Jésus aux noces avec ses apôtres et sa mère. Jésus y alla donc. Tandis qu'ils mangeaient, le vin leur manqua. Sa mère s'approcha de Jésus et dit :«Ils n'ont pas de vin ». Jésus répondit :«Et qu'importe, ma mère! » Sa mère commanda aux serviteurs d'obéir à tout ce que Jésus demanderait. Il y avait là six jarres destinées à la purification avant la prière, selon la coutume d'Israël. Jésus dit :«Remplissez d'eau ces jarres!» Les serviteurs le firent . Jésus leur dit :«Au nom de Dieu. Donnez à boire à ceux qui mangent ». Les serviteurs portèrent donc à boire au majordome qui réprimanda les servants :«Mauvais serviteurs, pourquoi avez-vous gardé le meilleur vin jusqu'à maintenant? » En effet, il ne savait rien de ce que Jésus avait fait. Les serviteurs répondirent :«Maître, il y a ici un homme saint de Dieu; car il a fait du vin avec de l'eau ». Le majordome pensait que les serviteurs étaient ivres, mais ceux qui étaient assis à côté de Jésus et qui avaient tout vu, se levèrent de table et le révérèrent en disant :«Vraiment, tu es saint de Dieu, vrai Prophète qui nous a été envoyé par Dieu. » 
Alors ses disciples crurent en lui; beaucoup rentrèrent en eux-mêmes et dirent :«Loué soit Dieu qui a pitié d'Israël et qui visite avec amour la maison de Juda! Béni soit son saint nom! ».

Chapitre 16 l'évangile de barnabé
Merveilleux enseignement que Jésus adressa aux apôtres au sujet du changement de vie. 
Un jour, Jésus convoqua ses disciples et gravit la montagne. Quand il fut assis, ses disciples s'approchèrent de lui. Ayant ouvert la bouche, il les enseignait en disant : «Grands sont les bienfaits de Dieu envers nous! Il nous faut donc le servir dans la vérité du cœur, car le vin nouveau se met dans des outres neuves. Ainsi, vous aussi, vous devez devenir des hommes nouveaux si vous voulez comprendre la doctrine nouvelle qui sortira de ma bouche. 
Je vous le dis, en vérité même que l'homme ne peut voir de ses yeux, en même temps, le ciel et la terre, de même il est impossible d'aimer en même temps Dieu et le monde. On ne peut en aucune façon servir deux maîtres ennemis l'un de l'autre, car si l'un vous aime, l'autre vous aura en haine. Je vous le dis en vérité : vous ne pouvez pas servir Dieu et le monde, car le monde est établi dans le mensonge, la cupidité et la méchanceté. Il est donc impossible que vous y trouviez le repos, mais bien plutôt persécution et dommage. Servez donc Dieu et méprisez le monde, car vous trouverez par moi le repos de vos âmes. Ecoutez mes paroles, car je vous parle en vérité : ils sont vraiment heureux ceux qui déplorent cette vie du monde, parce qu'ils seront consolés! Bienheureux les pauvres qui haïssent vraiment les délices du monde, parce qu'ils seront comblés des délices du royaume de Dieu! Oh, vraiment bienheureux ceux qui mangent à la table de Dieu, parce que le anges les serviront! Vous êtes en voyage comme des pèlerins : est-ce que le voyageur se charge sur son chemin de maisons, de champs et d'autres choses terrestres? Bien sûr que non! Mais il porte des choses légères, appréciées pour leur utilité et leur peu d'embarras. Eh bien, voilà votre exemple! 
Et si vous voulez un autre exemple, je vous le donnerai pour que vous fassiez ce que je vous dis. N'alourdissez pas votre cœur de désirs terrestres en disant :«Qui nous vêtira? qui nous donnera à manger?» Mais regardez les fleurs, les arbres et les oiseaux. Dieu, notre Seigneur, les habille et les nourrit plus magnifiquement que toutes les magnificences de Salomon! 
Dieu qui vous a créé et appelé à son service est capable de vous nourrir, lui qui pendant quarante ans au désert fit pleuvoir la manne du ciel pour son peuple Israël et qui ne laissa pas leurs vêtements s'user ni tomber en lambeaux! Et ils étaient six cent quarante mille hommes sans compter les femmes et les enfants. je vous le dis en vérité : le ciel et la terre viendront à manquer, mais sa miséricorde envers ceux qui le craignent ne manquera pas. 
Par contre les riches du monde, dans leur prospérité, sont affamés et périssent. Il y avait un homme riche dont les revenus venaient d'augmenter. Il disait :«Que vais-je faire, ô mon âme? je démolirai les greniers, car ils sont petits, et j'en ferai d'autres plus grands. Alors, tu triompheras, ô mon âme!» Malheureux! il mourut cette même nuit. Il aurait du penser aux pauvres et s'en faire des amis en leur faisant l'aumône des richesses injustes de ce monde, car ce sont eux qui emportent les trésors dans le royaume du ciel. Dites-moi, s'il vous plaît, si vous donniez en banque à un publicain et qu'il vous rendît dix ou vingt pour un, ne donneriez-vous à cet homme tout ce que vous auriez? mais je vous le dis en vérité : de tout ce que vous donnerez ou laisserez pour l'amour de Dieu, vous recevrez cent pour un et la vie éternelle. Voyez donc comme vous devez être contents de servir Dieu!

Chapitre 17 de l'évangile de barnabé
Dans ce chapitre, on apprend clairement l'infidélité des chrétiens et la vraie foi du croyant. 
A ces paroles de Jésus, Philippe répondit :«nous sommes contents de servir Dieu, mais nous désirons connaître Dieu, car le Prophète Isaïe a dit :«Vraiment, tu es un Dieu caché!». Et Dieu dit à Moïse son serviteur :«Je suis celui qui suis». Jésus reprit :« Philippe, Dieu est un bien sans lequel il n'y a pas de bien. Dieu est un être sans qui rien n'existe. Dieu est une vie, sans qui rien ne vit. Il est si grand qu'il remplit tout et qu'il est partout. Il est le seul qui soit sans égal. Il n'a pas eu de commencement et il n'aura jamais de fin, mais il a donné commencement à tout et à tout il donnera fin. Il n'a ni père, ni mère, il n'a pas d'enfants, ni de frères, ni de compagnons. Et comme il n'a pas de corps, il ne mange pas, il ne dort pas, il ne meurt pas, il ne marche pas, il ne se meut pas, mais il demeure éternellement, sans ressemblance humaine, car il est incorporel, sans composition, immatériel, d'une substance parfaitement simple. Il est si bon qu'il aime seulement la bonté. Il est si juste que lorsqu'il punit ou pardonne, on ne peut pas le reprendre. Bref, je te le dis, Philippe, ici-bas tu ne peux ni le voir, ni le connaître parfaitement, mais dans son royaume, tu le verras pour toujours. En lui consiste toute notre félicité et notre gloire!» 
Philippe répondit :«Que dis-tu, Maître? Il est écrit aussi en Isaïe que Dieu est notre Père; comment donc n'a-t-il pas d'enfants?» Jésus dit :«Beaucoup de paraboles sont écrites dans tous les Prophètes; pourtant tu ne dois pas les comprendre selon la lettre mais selon le sens. En effet les cent quarante quatre mille Prophètes que Dieu envoya au monde, ont parlé obscurément, mais après moi viendra la splendeur de tous les Prophètes et saints; il éclairera les ténèbres de tout ce qu'ont dit les Prophètes, car il est le Messager de Dieu » 
Cela dit, Jésus soupira et ajouta :« Aie pitié d'Israël, Seigneur Dieu! avec bonté veille sur Abraham et sur sa descendance pour qu'ils te servent en vérité de cœur.» Ses disciples répondirent :«Qu'il en soit ainsi, Seigneur notre Dieu!» Jésus dit :«Je vous le dis en vérité : les scribes et les docteurs ont rendu vaine la loi de Dieu avec leurs fausses prophéties contraires aux prophéties des vrais Prophètes de Dieu. Aussi Dieu est-il irrité contre la maison d'Israël et contre cette génération incrédule!» A ces paroles, les disciples pleuraient et disaient : «Dieu, aie pitié du temple de la cité sainte! Ne la donne pas en opprobre aux nations pour qu'elles ne méprisent pas ton alliance sainte !» Jésus répondit :«Qu'il en soit ainsi. Seigneur. Dieu de nos pères!»

Chapitre 18 de l'évangile de barnabé
On montre dans ce chapitre la persécution des serviteurs de Dieu par le monde et la protection de Dieu qui le sauve. 
Jésus ajouta :«ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisi pour que vous soyez mes disciples. Si le monde vous hait, vous serez vraiment mes disciples, car le monde a toujours été ennemi des serviteurs de Dieu. Souvenez-vous des saints Prophètes tués par le monde! Au temps d'Elie, dix mille Prophètes ont été tués par Jézabel; le pauvre Elie ne s'en tira qu'avec peine, ainsi que sept mille fils de Prophètes que cacha le capitaine de l'armée d'Achad. O monde inique, toi ne connaît pas Dieu! 
Mais vous, ne craignez pas, car les cheveux de votre tête sont si bien comptés qu'ils ne seront pas détruits. Regardez les moineaux et autres oiseaux : il ne leur tombe pas une seule plume sans la volonté de Dieu. Dieu prendrait-il donc plus de soin des oiseaux que de l'homme pour lequel il a tout créé? Se trouverait-il par hasard un homme qui prendrait plus de soin de ses souliers que de son propre fils? Bien sûr que non! Eh bien, encore moins devez-vous penser que Dieu vous abandonnerait alors qu'il prend soin des oiseaux! et que dis-je, des oiseaux? Une feuille d'arbre ne tombe pas sans la volonté de Dieu! 
croyez-moi, je vous le dis en vérité, le monde vous craindra beaucoup si vous observez mes paroles. En effet, il ne vous hait que parce qu'il craint de voir sa malice découverte. Il craint d'être découvert, il vous haïra donc et il vous persécutera . Si vous voyez que vos paroles sont méprisées par le monde, ne vous contrastez pas; considérez que Dieu est plus grand que vous et qu'il  est tellement méprisé par le monde que sa sagesse passe pour de la folie. Si Dieu supporte le monde avec patience, pourquoi voudriez-vous vous attrister, poussière et boue de la terre? Dans votre patience, vous possèderez votre âme. C'est pourquoi, si quelqu'un vous donne un soufflet sur une joue, présentez-lui l'autre pour qu'il la frappe! 
Ne rendez pas le mal pour le mal, car c'est ainsi que font les pires animaux! Mais rendez le bien pour le mal et priez pour ceux qui vous haïssent! Ce n'est pas par le feu qu'on éteint le feu, mais par l'eau. Aussi je vous le dis, vous ne vaincrez pas le mal, mais au contraire par le bien. Voyez Dieu : il fait venir le soleil sur les bons et sur les méchants, ainsi que la pluie! C'est pourquoi vous aussi, vous devez faire du bien à tous, car il est écrit dans la loi :«Soyez saints parce que moi, votre Dieu, je suis saint! Soyez purs parce que je suis pur, et soyez parfait parce que je suis parfait». Je vous le dis en vérité : le serviteur s'efforce de plaire à son maître et par conséquent il ne s'habille pas de ce qui lui déplaît. Vos habits, ce sont votre volonté et votre amour. Gardez-vous de vouloir et d'aimer rien qui déplaise à Dieu notre Seigneur! soyez sûrs que Dieu a en haine le luxe et la concupiscence du monde. Donc, pour vous, haïssez le monde!»

Chapitre 19 de l'évangile de barnabé
Jésus prédit qu'il sera trahi, et en descendant de la montagne, il guérit dix lépreux. 
A ces paroles de Jésus, Pierre répondit :«Maître voici que nous avons tout quitté pour te suivre. Qu'adviendra-t-il de nous? » Jésus répondit :«en vérité, au jour du jugement, vous serez assis à mes côtés et vous témoignerez contre les douze tribus d'Israël.» 
Cela dit, Jésus soupira et ajouta :«Seigneur, comment cela se fait-il : j'en ai choisi douze et l'un d'eux est un démon? » A cette parole les disciples s'attristèrent. Alors celui qui écrivit ceci, interrogea secrètement Jésus en pleurant :«Maître, Satan ne me trompera-t-il? Serai-je donc réprouvé? » Jésus répondit :«Ne t'attriste pas, Barnabé, car ceux que Dieu a choisis avant la création du monde, ne périront pas! Réjouis-toi parce que ton nom est inscrit au livre de la vie.» Jésus consola les disciples en disant :«Ne craignez pas, celui qui me haïra ne s'attriste pas de mes paroles, car il n'y a pas en lui de sentiment divin.» A ces paroles, les élus se consolèrent. Jésus fit les prières et ses disciples disaient :«Amen ! Qu'il en soit ainsi, Seigneur Dieu, tout-puissant et miséricordieux! » 
Après la prière, Jésus descendit de la montagne avec ses disciples. Il rencontra dix lépreux qui crièrent de loin :«Jésus, fils de David, aie pitié de nous! » Jésus les appela près de lui et leur dit :«Que voulez-vous de moi frères? » ils crièrent tous :«Donne-nous la santé» Jésus répondit :«Hélas, pauvres que vous êtes! Avez-vous donc perdu la raison pour dire : donne-nous la santé? Ne voyez-vous pas que je suis un homme comme vous? Appelez notre Dieu qui vous a créés et lui, qui est tout-puissant et miséricordieux, vous guérira! » Les lépreux répondirent en larmes :«Nous savons que tu es un homme comme nous, mais saint de Dieu et Prophète du Seigneur. C'est pourquoi, prie Dieu toi-même et lui nous guérira! » 
Là-dessus, les disciples supplièrent Jésus en disant «Seigneur, aie pitié d'eux! » Alors Jésus gémit et pria Dieu en disant :«Seigneur Dieu, tout-puissant et miséricordieux, aie pitié et écoute les paroles de ton serviteur. Pour l'amour d'Abraham notre père et par ton alliance sainte, aie pitié de leur demande et rend leur la santé! » Puis Jésus se tourna vers les lépreux et leur dit :«Allez vous présenter aux prêtres, selon la loi de Dieu! » Les lépreux s'en allèrent et, en chemin, ils furent guéris. 
Alors l'un d'eux, se voyant guéri, revint trouver Jésus; c'était un Ismaélite. Ayant retrouvé Jésus, se prosternant, il le révéra en disant :«Vraiment tu es saint de Dieu!» Avec remerciements, il le priait de l'accepter pour serviteur. Jésus répondit :«Dix ont été guéris, où sont les neuf autres? » Et à celui qui avait été guéri :«Je ne suis pas venu, dit-il, pour être servi, mais pour servir. Va donc chez toi et raconte ce que Dieu a fait pour toi, afin qu'ils sachent que s'approchent les promesses faites à Abraham et à son fils, ainsi que le royaume de Dieu. » Le lépreux guéri le quitta et, arrivé dans son pays, il raconta tout ce que Dieu avait opéré en lui par Jésus

Chapitre 20 de l'évangile de barnabé
Miracle opéré en mer par Jésus : Jésus indique où est reçu le Prophète. 
Jésus se rendit à la mer de Galilée; il monta dans une barque et navigua vers Nazareth, sa ville. Alors s'éleva une grande tempête, de sorte que le bateau était près de couler. Jésus dormait à la proue du bateau. Ses disciples s'approchèrent donc de lui et le réveillèrent en disant :«sauve-nous, Maître. car nous périssons! » Ils étaient en proie à une grande épouvante en raison du grand vent contraire et du fracas de la mer. Jésus se leva, et les yeux levés au ciel, il dit :«O Elohim Sabaot, aie pitié de tes serviteurs »! A peine Jésus avait-il prononcé ces paroles que le vent tomba et que la mer se calma. 
Alors les maris furent saisis de frayeur et dirent :«Quel est celui auquel obéissent la mer et le vent? » 
Arrivés à Nazareth, les marins remplirent la ville du récit de ce que Jésus avait fait. Alors la maison où ils se trouvaient fut envahie par les habitants de la ville. Les scribes et les docteurs se présentèrent à lui :«Nous avons entendu dire tout ce que tu as fait en mer et en Judée, dirent-ils. Donne-nous donc un signe ici, dans ta patrie!» Jésus répondit :«Cette génération incrédule cherche un signe, mais il ne lui sera pas accordé, parce qu'aucun Prophète n'est reçu dans sa patrie. Du temps d'Elie, il y avait beaucoup de veuves en Judée, mais il ne fut envoyé qu'à une veuve de Sidon pour qu'elle lui donne à manger. Il y avait beaucoup de lépreux en Judée au temps d'Elisée, et pourtant seul Aman le syrien fut guéri! » alors les habitants de la ville se mirent en colère; ils se saisirent de lui et le conduisirent au bord d'un précipice pour le jeter en bas, mais Jésus, marchant au milieu d'eux, s'en alla. 
 

Chapitre 21 
Jésus guérit un possédé; les porcs sont jetés à la mer; puis il guérit la fille de la Cananéenne. 
Jésus monta à Capharnaüm. Comme il approchait de la ville, un possédé sortit des tombes. Aucune chaîne ne pouvait le retenir et il faisait beaucoup de mal aux hommes. Les démons criaient par sa bouche: «Saint de Dieu, pourquoi es-tu venu nous molester avant le temps?» Et ils le priaient de ne pas les chasser, Jésus leur demanda combien ils étaient. Ils répondirent : «Six mille six cent soixante six!» En entendant cela, les disciples furent saisis de frayeur et ils priaient Jésus de s'en aller. 

Jésus dit alors :«Où est votre foi? C'est le démon qui doit s'en aller et non pas moi!» Les démons crièrent donc :«Nous sortirons! Mais permets-nous d'entrer dans ces porcs!» Il y avait là, passant près de la mer, à peu près dix mille porcs à des Cananéens. «Allez-vous-en, dit alors Jésus, et entrez dans les porcs!» Avec fracas, les démons entrèrent dans les porcs et les précipitèrent à la mer. Ceux qui gardaient les porcs s'enfuirent en ville et racontèrent tout ce qui était arrivé par Jésus. Les hommes sortirent donc de la ville et trouvèrent Jésus et l'homme guéri. Les hommes furent remplis de crainte et prièrent Jésus de quitter leur territoire. 
Jésus s'en alla donc de chez eux et monta du côté de Tyr et Sidon, Et voici qu'une femme de Canaan, sortie de son patrie à la recherche de Jésus avec deux de ces fils, lui cria en le voyant venir avec ses disciples :«Jésus, fils de David, aie pitié de ma petite fille qui est tourmentée par le diable.» Jésus ne lui répondit même pas un mot, parce qu'ils faisaient partie du peuple incirconcis. Les disciples furent pris de  pitié et dirent :«Maître, aie pitié d'eux! voie comme ils crient et comme ils pleurent!» Jésus répondit :«Je ne suis envoyé qu'au peuple d'Israël». Alors la femme vint devant lui avec ses fils, pleurant et disant :«Fils de David, aie pitié de moi!» Jésus répondit :«Il n'est pas bon d'enlever le pain des mains des fils et de le donner aux chiens!» Jésus dit cela à cause de leur impureté, car ils faisaient partie du peuple incirconcis. La femme répondit :«Seigneur, les chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres!» Alors Jésus admira les paroles de la femme et dit :«Femme grande est ta foi!» Et, les mains levées au ciel, il pria Dieu. Puis il dit :«Femme, ta fille est libérée. Va en paix!» la femme s'en alla et en rentrant chez elle, elle retrouva la petite fille qui bénissait Dieu. C'est pourquoi la femme dit :«Vraiment il n'y a pas d'autre Dieu que le Dieu d'Israël!» Et toute sa parenté s'agrégea à la loi de Dieu, selon la loi écrite au livre de Moïse.

Chapitre 22 
Misérable condition des incirconcis, puisqu'un chien est meilleur qu'eux. 
Ce jour là, les disciples interrogèrent Jésus :«Maître, pourquoi as-tu répondu à cette femme qu'ils étaient des chiens?» Jésus répondit :«Je vous le dit en vérité, un chien est meilleur que l'homme incirconcis!» Les disciples s'attristèrent alors et dirent :«Ces paroles sont dures. Qui pourra les comprendre?» 
Jésus répondit :«O insensés! Si vous considérez ce que fait le chien, pour servir son maître, alors qu'il est sans intelligence, vous trouverez que j'ai parlé juste. Dites-moi : le chien, ne garde-t-il pas la maison de son maître? n'expose-t-il pas sa vie contre le voleur? Certes oui! Mais que reçoit-il? Beaucoup de coup d'injures et un peu de pain; et toujours et présente à son maître une mine joyeuse, n'est-ce pas?» -«Oui, c'est vrai, Maître!» répondirent les disciples, Jésus dit alors :«Considérez maintenant tout ce que Dieu a donné à l'homme et vous verrez combien il est injuste de ne pas observer l'alliance que Dieu a conclue avec Abraham  son serviteur. 
Souvenez-vous de ce que David dit à Saül, roi d'Israël, contre Goliath, le Philistin :«Seigneur, dit David, quand ton serviteur gardait les troupeaux de ton serviteur, le loup, l'ours et le lion survenaient  et prenaient les brebis de ton serviteur. Alors ton serviteur partait les tuer et leur reprendre les brebis. Eh bien, quel est donc cet incirconcis, sinon quelqu'un qui leur ressemble? ton serviteur partira donc, au nom du seigneur Dieu d'Israël, et tuera cet impur qui blasphème le peuple saint de Dieu!» 
Alors les disciples dirent :«Maître, dis-nous pour qu'elle raison l'homme doit se circoncire!» Jésus répondit :«Qu'il vous suffise que Dieu l'a commandé à Abraham en ces termes : Abraham, circoncis ton prépuce et celui de toute ta maison, car c'est une alliance entre toi et moi pour toujours!»

Chapitre 23 
Origine de la circoncision; alliance de Dieu avec Abraham; damnation des incirconcis. 
Cela dit, Jésus s'assit près de la montagne qui fait face à Tyr et ses disciples s'approchèrent de lui pour entendre ses paroles. Jésus dit alors :«Au paradis, après qu'Adam, premier homme trompé par Satan, eut mangé la nourriture défendue par Dieu, sa chair se rebella contre l'esprit. Alors il fit serment en ces termes :«Par Dieu, je veux te couper!» Et après avoir cassé une pierre, il prit sa chair pour la couper avec le tranchant. Aussi fut-il réprimandé par l'ange Gabriel. Il répondit :«J'ai juré par Dieu de la couper et je ne serai jamais monteur!» L'ange lui montra alors l'excroissance de sa chair et il la coupa. C'est pourquoi, de même que tout homme prend chair de la chair d'Adam, ainsi est-il est obligé d'observer tout ce qu'Adam promit par serment. Adam appliqua cela à ses fils et l'obligation de la circoncision se transmit de génération en génération. 
Or, au temps d'Abraham, l'idolâtrie s'étant multipliée sur la terre, peu nombreux étaient ceux qui se trouvaient circoncis. Dieu révéla donc à Abraham ce en disant :«Celui qui n'aura pas circoncis sa chair, je le rejetterais de mon peuple à jamais!». A ces paroles des Jésus, les disciples tremblèrent de crainte, parce qu'il avait parlé dans la véhémence de l'esprit. Jésus dit alors :«Laissez sa crainte à celui qui n'a pas circoncis son prépuce, parce qu'il est privé du paradis!» 
Puis Jésus ajouta :«Chez beaucoup, l'esprit est prompt dans le service de Dieu, mais la chair est faible. C'est pourquoi l'homme qui craint Dieu doit considérer ce qu'est la chair, d'où elle a pris origine et ce à quoi elle sera réduite. Dieu créa la chair de la boue de la terre. En elle, il insuffla le souffle vital en soufflant dedans. Quand donc la chair fait obstacle au service de Dieu, elle doit donc être méprisée comme de la boue et foulée aux pieds, car celui qui hait son âme en ce monde, la garde pour la vie éternelle. Ce qu'est la chair actuellement, ses désirent le manifestent : elle est un cruel ennemi de tout bien, car elle seule désire le péché. L'homme doit-il donc, pour complaire à son ennemi, cessez de plaire à Dieu, son créateur? Jugez-en vous-mêmes! Tous les saints et Prophètes ont été ennemis de leur chair pour le service de Dieu. C'est pourquoi spontanément et avec allégresse, ils allaient à la mort pour ne pas offenser la loi de Dieu, donné à Moïse, son serviteur, en allant servir les dieux faux et menteurs. Souvenez-vous d'Elie qui fuyait par des lieux déserts de montagne, ne mangeant que de l'herbe et vêtu de peaux de chèvre. Combien de jours ne jeûna-t-il pas! Quel froid ne supporta-t-il pas! combien de pluies le trempèrent! Et tout cela pendant les sept ans que dura l'âpre persécution de l'impure Jézabel! Rappelez-vous Elisée qui mangeait du pain d'orge et s'habillait de vêtements des plus grossiers! Je vous le dit en vérité, ceux-là, qui n'ont pas craint de mépriser leur chair, étaient terriblement redoutés des rois et des princes. Cela suffirait pour mépriser la chair, ô hommes! mais si vous regardez les tombeaux, vous saurez ce qu'est la chair!»

Chapitre 24 
Exemple remarquable de la façon dont on doit fuir les festins et les orgies. 
Jésus ajouta en pleurant: «Malheur à ceux qui sont les serviteurs de leur chair, parce qu'ils sont assurés de n'avoir aucun bien dans l'autre vie, mais seulement des tourments pour leurs péchés! Je vous le dis, il était une fois un riche bon vivant qui ne s'occupait que d'orgies. Tous les jours donc, il faisait un festin splendide. A sa porte, se tenait un pauvre couvert de plaies, nommé Lazare. ce dernier désirait avoir les miettes qui tombaient sous la table du bon vivant, mais personne ne les lui donnait. Au contraire, tous se moquaient de lui. Les chiens seuls le prenaient en pitié et léchaient ses plaies. Il arriva que le pauvre mourut et que les anges le portèrent dans les bras d'Abraham, notre père. Le riche mourut aussi et les diables le portèrent dans les bras de Satan. 
Alors tourmenté à l'extrême, il leva les yeux et il vit au loin Lazare dans les bras d'Abraham. Le riche cria : «Père Abraham, aie pitié de moi! Envoie Lazare pour qu'il m'apporte une goutte d'eau sur ses doigts, afin de me rafraîchir la langue, car elle est tourmentée dans cette flamme!» Abraham répondit : «Fils, souviens-toi que tu as reçu ton bien dans l'autre vie et que Lazare a reçu son mal. C'est pourquoi tu seras maintenant dans le tourment et Lazare dans la consolation.» le riche appela de nouveau : «Père Abraham, chez moi j'ai trois frères; envoie donc Lazare leur raconter tout ce que je souffre, pour qu'ils fassent pénitence et ne viennent pas ici!» Abraham répondit : «Ils ont Moïse et les Prophètes, qu'ils les écoutent!» Le riche rétorqua : «Non, Père Abraham! Mais si un mort ressuscite, ils croiront!» Abraham reprit : «Celui qui ne croit pas à Moïse et aux Prophètes, ne croira pas non plus aux morts, s'ils ressuscitent!» 
«Voyez donc s'ils sont bienheureux les pauvres, dit Jésus; ils sont patients, ils ne désirent que le nécessaire en haïssant la chair! Comme ils sont misérables ceux qui mènent les autres au tombeau où ils donneront leur chair en nourriture aux vers. Ils n'apprennent pas la vérité, mais se comportent au contraire ici-bas, comme des immortels! Ils se bâtissent donc de grandes maisons, achètent de grandes rentes et vivent superbement.» 
 

Chapitre 25 
Comment on doit mépriser la chair et vivre dans le monde. 
Celui qui écrit ceci dit alors : «Maître, tes paroles sont vraies et c'est pourquoi nous avons tout abandonné pour te suivre. Dis-nous comment nous devons haïr notre chair, puisqu'il n'est pas permis de tuer, et que, si l'on vit, il faut la nourrir.» 
Jésus répondit : «garde ta chaire comme un cheval et tu vivras en sécurité parce qu'à un cheval on mesure sa nourriture, mais on ne mesure pas sa fatigue; on lui met le mors pour qu'il marche à ta guise; on l'attache pour qu'il ne fasse de mal à personne; on le loge dans un endroit grossier et on le bat quand il n'est pas obéissant. Ainsi feras-tu donc, toi aussi, Barnabé, et tu vivras toujours avec Dieu! Ne scandalisez pas de mes paroles car David, le Prophète, agissait de même, comme il l'avoue en disant : «Je suis comme un cheval près de toi; je suis toujours avec toi.» 
Maintenant, dites-moi quel est le plus pauvre, celui qui se contente de peu, ou bien celui qui désire beaucoup? je vous le dis en vérité, si le monde était sain d'esprit, il n'amasserait rien individuellement, mais tout serait en commun; on reconnaît sa folie en ceci : plus il amasse, plus il désire; et tout ce qu'il amasse, il l'amasse pour le repos corporel des autres. C'est pourquoi il vous suffira d'un seul vêtement. Jetez votre bourse. Ne portez ni sac, ni chaussures aux pieds et ne pensez pas : «Qu'adviendra-t-il de nous? » Pensez à faire la volonté de Dieu et Lui pourvoira si bien à vos besoins que vous ne manquerez de rien. Moi je vous le dis en vérité, amasser beaucoup dans cette vie est une bonne preuve qu'on a rien à recevoir dans l'autre. En effet, celui qui a pour patrie Jérusalem ne bâtit pas de maison en Samarie, puisqu'il y a inimitié entre ces deux villes. Comprenez-vous ?» - «Oui », répondirent les disciples. 
 

Chapitre 26 
Comment on doit aimer Dieu. Ce chapitre contient aussi l'admirable querelle d'Abraham et de son père. 
Jésus dit alors :«Un homme est en voyage. En chemin, il découvre un trésor dans un champ qui est en vente pour cinq deniers. A cette nouvelle, l'homme vend aussitôt son manteau pour acheter ce champ. Est-ce que c'est croyable?». -«Celui qui le croirait pas serait pour un fou», répondirent les disciples. «Vous serez donc fous, dit Jésus, si vous ne donnez pas vos sens à Dieu pour acheter votre âme dans laquelle se trouve le trésor inégalable, puisque pour celui qui aime Dieu, Dieu est à lui, et celui qui a Dieu a tout!» 
Pierre intervint : «Maître, comment doit-on aimer Dieu de véritable amour? Dis-le nous!» - En vérité, je vous le dis, répondit Jésus, celui qui ne haïra pas son père, sa mère, ainsi que sa propre vie, ses enfants et sa femme pour l'amour de Dieu, celui-là ne mérite pas d'être aimé par Dieu». 
Pierre reprit : «Maître, il est écrit dans la loi de Dieu, au livre de Moïse : «Honore ton père pour vivre longuement sur terre». Et il est dit aussi : «Qu'il soit maudit le fils qui n'obéira pas à son père et à sa mère!» C'est pourquoi Dieu ordonna qu'un tel fils désobéissant fût lapidé par la colère du peuple, devant la porte de la ville. Alors comment dis-tu qu'il faut haïr père et mère ?». 
Jésus répondit : «Chacune de mes paroles est vraie parce qu'elle n'est pas de moi mais de Dieu qui m'a envoyé à la maison d'Israël. Aussi je vous le dis que tout ce que vous avez, c'est Dieu qui vous l'a donné. Qu'y a-t-il donc de plus précieux : le don ou bien le donateur ? Quand ton père, ta mère, toute autre chose sont pour toi un scandale dans le service de Dieu, abandonne-les comme des ennemis!» 
«Dieu n'a-t-il pas dit à Abraham : «Sors de la maison de ton père et de ta parenté et viens habiter le pays que je te donnerai ainsi qu'à ta descendance». Pourquoi donc Dieu dit-il cela ? Mais parce que le père d'Abraham était sculpteur et qu'il façonnait et adorait les dieux menteurs. Aussi y avait-il inimitié entre eux à tel point que le père voulut faire brûler son fils» 
Pierre reprit : «Tes paroles sont vraies. Dis-nous donc comment Abraham raillait son père!» 
Jésus répondit : «Abraham avait sept ans quand il commença à chercher Dieu. Un jour donc, il dit à son père : 
- «Qu'est ce qui a fait l'homme ? » 
- «C'est l'homme, répondit sottement le père. Parce que moi je t'ai fait et mon père m'a fait ». 
- «Père, reprit Abraham, ce n'est pas cela. Car j'ai entendu un vieillard dire en pleurant : «Mon Dieu, pourquoi ne m'as tu pas donné d'enfants ?» 
- «C'est vrai, fils, répondit le père, Dieu aide l'homme à faire l'homme, mais il n'y met pas la main. Il faut seulement que l'homme aille prier son Dieu et qu'il lui donne des agneaux et des brebis et son Dieu l'aidera». 
- «Combien y a-t-il de dieux, père ?» reprit Abraham. 
- «Il y en a une infinité, fils» répondit le vieillard. 
- «Père, dit Abraham, que ferai-je si je sers un Dieu et qu'un autre veuille me faire du mal parce que je ne le sers pas? Une discorde s'élèvera certainement entre eux et il y aura la guerre parmi les dieux. Mais si par hasard le Dieu qui me veut du mal tue mon Dieu, que ferai-je? Il me tuera certainement moi aussi!» 
- Fils, répondit en riant le vieillard, n'aie pas peur, car aucun Dieu ne fera la guerre à un autre Dieu. En effet, dans le grand temple, il y a mille dieux avec le grand Baal. Eh bien, j'ai bientôt soixante-dix ans et je n'ai jamais vu un Dieu en souffleter un autre. Et pourtant, tous ne servent pas le même Dieu, mais celui-ci sert l'un et celui-là un autre». 
- «Ils sont donc en paix entre eux.» 
- «Oui, dit le père, ils sont en paix.» 
Abraham dit alors : «Père, comment sont les dieux ? » 
- «Insensé, répondit le vieillard, chaque jour je façonne un Dieu que je vend pour acheter du pain, et toi tu ne sais pas comment sont les dieux!» Juste à ce moment, il fabriquait une idole. «Celui-là, dit-il, est en bois de palmier. Celui-ci en olivier. ce petit-là est en ivoire, regarde comme il est beau! Ne dirait-on pas qu'il est vivant? Pour sûr, il ne lui manque que le souffle!» 
- «Père, répondit Abraham, ils n'ont donc pas de souffle les dieux? Comment alors donnent-ils le souffle? S'ils sont sans vie, comment donnent-ils la vie? Père, ils ne sont certainement pas Dieu!» 
A ces paroles, le vieillard se mit en colère : 
- «Si tu étais en âge de raisonner, dit-il, je te romprais la tête avec cette hache. Mais tais-toi car tu n'as pas encore de raison!» 
- «Père, répondit Abraham, si les dieux aident à faire l'homme, comment se fait-il que l'homme fassent les dieux? Et si les dieux se fabriquent avec du bois, c'est un grand péché que de brûler le bois! Mais dis-moi, père, pourquoi, alors que tu as façonné tant de dieux, ne t'ont-ils pas aidé a faire tant d'enfants? Tu serais ainsi le plus puissant du monde!» 
Le vieillard était hors de lui d'entendre son fils parler ainsi. Celui-ci ajouta : 
- «Père, pendant un certain temps le monde a été vide d'hommes, n'est ce pas?» 
- «Oui, répondit le vieillard, et pourquoi ?» 
- «Parce que, dit Abraham, je voudrai savoir qui a fait le premier Dieu ». 
- «Sors d'ici tout de suite, dit le vieillard! Laisse-moi fabriquer rapidement ce Dieu et ne m'adresse pas la parole, car quand tu as faim tu veux du pain et pas des paroles». 
- «Un beau Dieu, certainement, dit Abraham, que vous taillez comme vous voulez et qui ne se défend pas!» 
Le vieillard se mit alors en colère et dit : 
- «Tout le monde dit que c'est un Dieu, et toi, fou, tu dis qu'il ne l'est pas? Par mes dieux, si tu étais un homme, je te tuerais!» Et cela dit, il donna des coups de poing et de pied à Abraham, et il le chassa de la maison.

Chapitre 27 
Dans ce chapitre, on voit clairement combien le rire est impropre aux hommes. On voit aussi la prudence d'Abraham. 
Les disciples riaient de la folie du vieillard et admiraient la prudence d'Abraham. Jésus les réprimanda en disant : «Vous avez oublié les paroles du Prophète : Le rire présent est une annonce des larmes à venir. Et encore : Tu n'iras pas où l'ont rit, mais assieds-toi là où l'on pleure, car cette vie traverse des misères». 
Jésus dit alors : «Ne savez-vous pas qu'au temps de Moïse, Dieu changea en animaux stupides beaucoup d'hommes qui se trouvaient en Egypte parce qu'ils avaient ri et qu'ils s'étaient moqués des autres? Prenez garde! Ne riez de rien parce que vous pleurerez». Les disciples dirent : «Nous rions de la folie du vieillard». Jésus reprit alors : «En vérité, je vous le dis, chacun aime ce qui lui ressemble et s'y complaît. Si donc vous n'étiez pas fous, vous ne ririez pas de la folie». Ils répondirent «Que Dieu aie pitié de nous ». Jésus dit : «Qu'il en soit ainsi». Philippe intervint alors : «Maître, comment arriva-t-il que le père d'Abraham voulût faire brûler son fils?» Jésus répondit : «Abraham parvenu à l'âge de douze ans, son père lui dit un jour : «Demain, c'est la fête de tous les dieux. Nous irons donc dans le grand temple et nous porterons un présent à Baal, mon grand Dieu. Et toi, tu te choisiras un Dieu, parce que tu es en âge d'avoir un Dieu. » Abraham, en rusant répondit : «Volontiers, mon père ». Ils allèrent donc au temple le matin de bonne heure, avant personne d'autre. Mais Abraham portait une hache cachée sous son vêtement. Une fois dans le temple, tandis que la foule grossissait, Abraham se cacha derrière une idole dans un endroit sombre du temple. Son père crut en s'en allant qu'Abraham était parti à la maison avant lui; il ne se mit donc pas à sa recherche. 
 

Chapitre 28 
Lorsque tous eurent quitté le temple, les prêtres fermèrent et s'en allèrent. Abraham prit alors la hache et coupa les pieds de toutes les idoles, sauf ceux du grand Dieu Baal auprès duquel il déposa la hache. Comme les statues étaient vieilles et faites de plusieurs morceaux, en morceaux elles s'écroulèrent. Ensuite, comme Abraham sortait du temple, il fut aperçu par certains qui soupçonnèrent d'y être allé voler quelque chose. Ils le retinrent donc, et arrivés au temple, en voyant leurs dieux brisés de cette manière, ils crièrent en pleurant : «Venez vite, hommes, et tuons celui qui a tué nos dieux ». Près de dix mille hommes ainsi que les prêtres accoururent et demandèrent à Abraham pour quelle raison il avait détruit leurs dieux. Abraham répondit : «Vous êtes insensés. Est-ce qu'un homme peut tuer Dieu? C'est le grand Dieu qui les a tués. Ne voyez-vous pas la hache qu'il a aux pieds ? Il ne veut certainement pas de compagnons ». 
Le père d'Abraham arriva alors. Se rappelant tous les discours qu'Abraham avait prononcés contre leurs dieux et reconnaissant la hache avec laquelle Abraham avait brisé les idoles, il s'écria : «C'est mon traître de fils qui a tué nos dieux, car cette hache est à moi ». Il leur raconta alors tous ce qui s'était passé entre lui et son fils. Les hommes rassemblèrent donc une grande quantité de branches et, après avoir lié les mains et les pieds d'Abraham, ils le couchèrent sur les branches et ils y mirent le feu. Et voici que Dieu, par son ange commanda au feu de ne pas brûler Abraham, son serviteur. Le feu prit avec grande fureur et brûla près de deux mille hommes qui parmi ceux qui avaient condamné Abraham à mort. Abraham, au contraire, se trouva libre et porté par l'ange de Dieu près de la maison de son père, sans voir qui le portait. C'est ainsi qu'Abraham échappa à la mort. 
 

Chapitre 29 
Philippe dit alors : «Grande est la miséricorde de Dieu envers ceux qu'il aime. Dis-nous, Maître : Comment Abraham parvint-il à la connaissance de Dieu? » Jésus répondit : «Arrivé près de la maison de son père, Abraham craignit d'y entrer. Il s'en éloigna donc un peu et s'assit sous un palmier. Comme il se tenait là, il se dit : «Dieu doit avoir plus de vie et de force que l'homme, puisqu'il fait l'homme ». Alors, en regardant les étoiles, la lune et le soleil, il pensa qu'ils étaient Dieu; mais considérant leur mutabilité et leurs mouvements, il dit : «Dieu ne doit pas bouger et les nuages ne doivent pas l'obscurcir, sans quoi les hommes seraient anéantis ». 
Puis, tandis qu'il hésitait ainsi, il s'entendit appeler par son nom : «Abraham!» mais s'étant retourné et ne voyant personne d'aucun côté, il dit : «J'ai pourtant entendu qu'on m'appelait par mon nom : «Abraham!» Puis deux autres fois, de la même manière, il s'entendit appeler par son nom : «Abraham!» Il répondit : «Qui m'appelle?» Alors il entendit qu'on disait : «je suis Gabriel l'ange de Dieu». Abraham fut rempli de crainte. L'ange le réconforta : «Ne crains rien, Abraham, car tu es ami de Dieu. En effet quand tu as mis en pièces les dieux des hommes, tu as été élu par le Dieu des anges et des Prophètes, et tu es inscrit au livre de la vie.» 
Abraham demanda alors : «Que dois-je faire pour servir le Dieu des anges et des saints Prophètes?» L'ange répondit : «Va à cette source et lave-toi, parce que Dieu veut parler avec toi.» Abraham reprit : «Mais comment dois-je me laver?» Alors l'ange se présenta à lui même en beau jeune homme et se lava dans la source en disant : «Fais ainsi, toi aussi, Abraham!» Après qu'Abraham se fut lavé, l'ange poursuivit : «va sur cette montagne, car c'est là que Dieu veut te parler». Abraham gravit la montagne comme l'ange le lui avait indiqué. 
S'étant assis sur ses jambes, il se disait : «Quand donc le Dieu des anges me parlera-t-il ? » Il entendit des voies suaves qui l'appelaient : «Abraham!» Il répondit : «Abraham! Qui m'appelle ? » La voix reprit : «Je suis ton Dieu, Abraham». Rempli de frayeur Abraham tomba la face contre terre en disant : «Comment ton serviteur pourra-t-il t'écouter, lui qui est poussière et cendre ? » Alors Dieu dit : «Ne crains pas, mais lève toi, car je t'ai choisi pour être mon serviteur, et je veux te bénir et te faire croître en un grand peuple. C'est pourquoi, sors de la maison de ton père et de ta parenté et viens habiter le pays que je te donnerai ainsi qu'à ta descendance ». Abraham répondit : «Seigneur, je ferai tous cela, mais protège-moi pour qu'aucun autre Dieu ne me fasse du mal». Alors Dieu prononça ces paroles : «Je suis seul et il n'y a pas d'autre Dieu que moi. Je frappe et je guéris, je tue et je donne la vie, je conduis en enfer et j'en retire, et personne ne peut se libérer de mes mains». Dieu lui donna alors l'alliance de la circoncision. C'est ainsi que notre père Abraham connut Dieu. Cela dit, Jésus leva les mains en disant : «A toi soient honneur et gloire, ô notre Dieu, Ainsi soit-il »!

Chapitre 30 
A l'approche de la Scénopégie , fête de notre peuple, Jésus se rendit à Jérusalem .  L'ayant appris, les scribes et les prêtres tinrent conseil pour le surprendre dans ses paroles .  Un docteur s'approcha donc de lui et dit : « Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? »  Jésus répondit : « Qu'est-il écrit dans la loi ? »  Le tentateur reprit : « Aime le Seigneur ton Dieu et ton prochain.  Tu aimeras ton Dieu par dessus tout, de tout ton cœur et de toute ton âme, et ton prochain comme toi-même ».  Jésus répondit : « Tu as bien répondu, va donc et fais de même, je te le dis, et tu auras la vie éternelle».  Mais lui dit : « Et qui est mon prochain » ? 
Jésus répondit en levant les yeux : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, ville reconstruite en malédiction .  En chemin  il fut pris par des voleurs, blessé et dépouillé.  Le laissant à moitié mort, ils s'en allèrent.  Il arriva qu'un prêtre passa par là.  Ayant vu le blessé, il passa outre sans le saluer.  De même, un lévite passa sans un mot. Il  arriva qu'un Samaritain passa aussi.  A la vue du blessé, il fut pris de compassion : il descendit de cheval, souleva le blessé, lava ses blessures avec du vin, les oignit avec un onguent et les pansa.  En le réconfortant, il le mit sur son cheval.  Le soir, à l'auberge, il le confia à la garde de l'hôte.  Le lendemain matin, en se levant, il dit : « Prends soin de lui, je te rembourserai tout».  Il donna au blessé quatre deniers d'or pour l'hôte, et il lui dit : « Bon courage.  Je reviendrai bientôt et je te conduirai chez moi» . 
   Dis-moi, dit Jésus, de ceux-ci, qui a été le prochain?  Le docteur répondit : « Celui qui fit miséricorde ».  Alors Jésus dit : « Tu as bien répondu.  Va donc et fais de même ».  Confus, le docteur s'en alla.

Chapitre 31 
Les prêtres s'approchèrent de Jésus1 :  « Maître, dirent-ils, est-il permis de payer l'impôt à César » ?  Jésus se retourna vers Judas et lui dit : « As-tu de l'argent ? »  -  Après  avoir pris un denier en main, Jésus se tourna vers les prêtres et leur dit : « Ce denier porte une effigie, dites-moi donc de qui elle est ? »  Ils répondirent : « De César ».  -  « Donnez donc à César ce qui est de César, dit Jésus, et ce qui est de Dieu, donnez-le à Dieu ».  Alors, confus, ils s'en allèrent. 
   Et  voici qu'un centurion  s'approcha et dit : « Seigneur, mon fils est malade.  Aie pitié de ma vieillesse ».  Jésus répondit : « Que le Seigneur Dieu d'Israël ait pitié de toi » !  L'homme s'en alla et Jésus dit :  « Attends-moi, je vais aller chez toi  prier sur ton fils ».  Le centurion répliqua : « Seigneur, je ne suis pas digne qui toi, Prophète de Dieu, tu viennes chez moi :  la parole que tu as dite pour le salut de mon fils me suffit, car ton Dieu t'a constitué seigneur sur toute maladie et, comme me l'a dit son ange tandis que je dormais.  Alors, Jésus fut saisi d'une grande admiration et, se tournant vers la foule, il dit : «Regardez cet étranger, il a plus de foi que je n'en ai trouvé en Israël ».  Et se retournant vers le centurion, il dit : « va en paix, car Dieu a voulu rendre la santé à ton fils à cause de la grande foi qu'il t'a donnée ».  Le centurion s'en alla et en route il rencontra ses serviteurs  qui lui annoncèrent comment son fils était guéri.  L'homme répondit : « A quelle heure la fièvre l'a-t-elle quitté » ? Ils dirent : « Hier, à la sixième heure, la fièvre  l'a  abandonné ».  L'homme reconnut qu'au moment où Jésus avait dit : « Que le Seigneur Dieu d'Israël ait pitié de toi », son fils avait recouvré la santé.  L'homme crut donc à notre Dieu et, rentré chez lui, il mit en pièces tous ses dieux en disant : « Seul le Dieu d'Israël est le Dieu vrai et vivant » .  C'est pourquoi, dit-il, que personne ne mange mon pain s'il n'adore pas le Dieu d'Israël ».

Chapitre 32 
Un expert de la loi invita Jésus à dîner pour le tenter.  Jésus y alla avec ses disciples. Beaucoup de scribes l'attendaient aussi à la maison pour le tenter . Or les disciples se mirent à table sans se laver les mains. Les scribes interpellèrent Jésus en ces termes : «Pourquoi tes disciples n'observent-ils pas les traditions de nos anciens et ne se lavent-ils pas les mains avant de manger le pain1 » ?
Jésus répondit : « Et moi, je vous demande : Pour quelle raison avez-vous supprimé le précepte de Dieu pour observer vos traditions ?  Vous dites aux enfants dont le père est pauvre : « Offre et fais vœu  au temple ».  Ils font vœu du peu dont ils devraient nourrir leur père.  Quand leurs pères veulent prendre  l'argent, les enfants s'écrient : « Il est consacré à Dieu, cet argent-là ».  Et les pères souffrent.    Oh, faux scribes, hypocrites.  Est-ce que Dieu dépense cet argent ?  Bien sûr que non, car Dieu ne mange pas, comme il le dit par son serviteur le Prophète David : « Est-ce que je mangerai la chair des taureaux et que je boirai le sang des béliers ?  Rends-moi le sacrifice des louanges, et offre-moi tes vœux, car, si j'avais faim, je ne te demanderais rien, puisque tout est entre mes mains et que l'abondance du paradis est avec moi ».  Hypocrites, vous faites cela pour remplir votre bourse et vous prélevez la dîme sur la rue et la menthe ! 
Misérables, pourquoi montrez-vous très clairement aux autres la voie par laquelle vous ne voulez pas passer ?  Vous, scribes et docteurs, vous chargez les épaules des autres de poids intolérables, mais vous-mêmes ne voulez pas les toucher d'un seul doigt . 
   Je vous le dis en vérité, tout mal est entré dans le monde sous le couvert des anciens .  Dites-moi, l'idolâtrie, qui la fit entrer dans le monde sinon l'usage des anciens?  En effet, il y eut un roi qui aimait énormément son père ; ce dernier se nommait Baal.  A la mort de son père, le fils, pour se consoler fit faire une effigie à sa ressemblance et la mit sur la place de la ville.  Il décréta que serait tué celui qui s'approcherait de cette stature dans un rayon de quinze coudées et que, sous aucun prétexte nul ne devrait le molester .  Aussi les malfaiteurs en raison du profit qu'ils en tireraient, commencèrent-ils à offrir à la statue des roses et des fleurs.  En peu de temps, cette offrande se changea en argent et en nourriture, si bien que pour l'honorer ils l'appelèrent Dieu.  Cette habitude se changea en loi, de sorte que l'idole de Baal se répandit dans le monde entier. 
Oh, comme Dieu s'en plaint par le Prophète Isaïe en disant : « Vraiment ce peuple m'adore en vain, car ils ont détruit ma loi que je leur ai donnée par Moïse, mon serviteur, et ils suivent les traditions de leurs anciens ». 
« Je vous le dis en vérité, manger le pain avec les mains sales ne souille pas l'homme ; ce qui le souille, ce n'est pas ce qui entre en lui, mais ce qui en sort ». 
Un scribe dit alors : « Donc, si je mange du porc et d'autres aliments impurs, ils ne souilleront pas ma conscience » ?  Jésus répondit : « La désobéissance ne peut pas entrer dans l'homme, mais elle peut sortir de lui, de son cœur ; il sera donc souillé s'il mange l'aliment défendu. »  Un docteur dit alors : « Maître, tu as beaucoup parlé contre l'idolâtrie, comme si le peuple d'Israël avait des idoles ; tu nous fais injure » !  Jésus répondit : « Je sais bien qu'aujourd'hui, en Israël, il n'y a pas de statues de bois, mais il y a des statues de chair  ».  Tous les scribes, en colère, répliquèrent : « Sommes-nous des idolâtres »?  Jésus répondit : « Je vous le dis en vérité : le précepte ne dit pas : « tu adoreras », mais il dit : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de tout ton cœur et de tout ton esprit. «Est-ce vrai »?  dit Jésus ; « C'est vrai », répondirent-ils tous.

Chapitre 33 
Jésus dit alors : « En vérité, tout ce que l'homme aime, ce pourquoi il laisse tout le reste, c'est cela son Dieu.  Ainsi le fornicateur a-t-il la prostituée pour idole; celui qui mange et qui boit a pour idole sa propre chair ; l'avare a pour idole l'argent et l'or.  Et ainsi de chaque pécheur ». 
Celui qui l'avait invité dit alors : « Maître, quel est le plus grand péché ? »  Jésus répondit : « Quelle est la plus grande ruine pour une maison ? »  Tous se taisaient.  Alors de son doigt,  Jésus montra les fondations et dit : « Dès que les fondations s'écroulent, la maison tombe en ruines et on doit la reconstruire.  Mais lorsque s'écroule n'importe quel autre élément de la maison, on peut réparer.  De même, je vous le dis, l'idolâtrie est pour l'homme le plus grand des péchés ; en effet, elle le prive totalement de foi et, par conséquent, de Dieu ; et il ne peut plus avoir aucun fruit spirituel ; tandis que tout autre péché lui laisse l'espoir d'obtenir miséricorde.  Je dis donc que l'idolâtrie est le plus grand des pêchés ». Tous étaient émerveillés des paroles de Jésus, reconnaissant qu'on ne pouvait rien y reprendre . 
Jésus ajouta : « Rappelez-vous ce que Dieu a dit et ce que Moïse et Josué ont écrit dans la loi, et vous verrez combien ce péché est grave.  S'adressant à Israël Dieu dit : « Tu ne te feras aucune représentation de ce qui se trouve au ciel ou de ce qui se trouve sous le ciel ; tu ne t'en feras pas de ce qui se trouve sur la terre ni de ce qui se trouve sous la terre ; ni de ce qui se trouve sur l'eau ou de ce qui se trouve dans l'eau. parce que je suis ton Dieu, fort et jaloux  qui se vengera de ce péché sur les pères et sur leurs enfants jusqu'à la quatrième génération ».  Rappelez-vous que, lorsque notre peuple eut façonné un veau et qu'il l'eût adoré, Josué et la tribu de Lévi tirèrent l'épée sur l'ordre de Dieu et tuèrent cent vingt mille de ceux qui ne demandèrent pas pardon à Dieu envers les idolâtres! »

Chapitre 34 
Devant la porte se tenait quelqu'un dont la main droite était repliée de sorte qu'il ne pouvait s'en servir.  Alors, élevant son cœur vers Dieu, Jésus pria.  Puis il dit : « Afin que vous sachiez que mes paroles sont vraies, je dis : « Au nom de Dieu, homme, étends ta main malade.»  Il l'étendit, guérie, comme si jamais elle n'avait eu mal . 
Ensuite, ils commencèrent à manger avec crainte de Dieu.  Après avoir un peu mangé, Jésus reprit : « Je vous le dis en vérité, il vaudrait mieux brûler une ville que d'y laisser une mauvaise coutume.  A ce propos, Dieu est irrité contre les princes et les rois de la terre auxquels il a donné l'épée pour détruire les iniquités. » 
Puis Jésus dit : « quand tu es invité, je te rappelle de ne pas te mettre à la première place, de peur que, s'il arrive un ami de l'hôte plus important que toi, celui-ci ne te dise : « Lève-toi et assieds-toi plus bas, » ce qui serait pour toi une honte.  Mais va t'asseoir à la place la plus modeste afin qu'en te voyant, celui qui t'a invité dise : « Lève-toi, ami, et viens t'asseoir ici, plus haut » ; et alors ce sera pour toi un grand honneur.  Car celui qui s'élève sera humilié et celui qui s'humilie sera élevé.  Je vous le dis en vérité, Satan ne devint pas réprouvé pour un autre péché que pour son orgueil, comme le dit le Prophète Isaïe en l'invectivant en ces termes « Comment es-tu tombé du ciel, Lucifer, toi qui étais la beauté des anges et qui brillais comme l'aurore?  Vraiment ton orgueil est tombé par terre. » Je vous le dis en vérité, si l'homme connaissait ses misères, il pleurerait toujours ici-bas et il se considérerait comme plus vil que toute autre chose.  Ce n'est pas pour une autre raison que le premier homme et sa femme pleurèrent cent ans sans s'arrêter en demandant pardon à Dieu. Car ils reconnaissaient vraiment où ils étaient tombés par leur orgueil. » 
Cela dit, Jésus rendit grâces.  Ce jour-là, furent rendus publics à Jérusalem tout ce que Jésus avait dit et le miracle qu'il avait fait.  Aussi le peuple remerciait-il Dieu en bénissant son saint nom.  Mais comme les scribes et les prêtres avaient entendu dire qu'il avait parlé contre les traditions des anciens, ils s'enflammèrent d'une haine plus grande et endurcirent leur cœur comme Pharaon. Ils  cherchaient donc une occasion de le faire mourir, mais ils ne la trouvaient pas.

Chapitre 35 
Jésus quitta Jérusalem et s'en alla au désert de l'autre côté de Jourdain. Quand ils furent assis, ses disciples lui dirent : «Maître, dis-nous comment Satan tomba par orgueil, car nous avons entendu dire qu'il tomba par désobéissance, et dis-nous pourquoi il pousse toujours l'homme à faire le mal.» 
Jésus répondit : «Dieu ayant créé une masse de terre  et l'ayant laissée pendant 25 000 ans sans rien faire d'autre, Satan, qui était en quelque sorte prêtre et chef des anges, sut, grâce à la grande intelligence qu'il avait, que Dieu devait tirer de cette masse de terre cent quarante quatre mille marqués du caractère de la prophétie ainsi que le Messager de Dieu dont il avait créé l'âme soixante mille ans avant quoi que ce fût .  Aussi dans son indignation, il excitait les anges : «Prenez garde, disait-il, un jour Dieu voudra que nous révérions cette terre.  Mais considérez que nous sommes esprit et que par conséquent il ne convient pas de le faire. »  Aussi beaucoup se séparèrent de Dieu. 
Alors, un jour que tous les anges étaient rassemblés, Dieu dit : « Vite, que chacun de ceux qui me considèrent comme leur Seigneur révèrent cette terre. Ceux qui aiment Dieu se prosternèrent, mais Satan et ceux qui pensaient comme lui dirent : «Seigneur, nous sommes esprit, et par conséquent  il n'est pas juste que nous révérions cette boue. »  A peine avait-il dit cela que Satan devint horrible, épouvantable à voir, et que ses partisans devinrent hideux, car, à cause de leur rébellion, Dieu leur reprit cette beauté qu'il leur avait donnée en les créant. Relevant la tête, les saints anges virent le monstre épouvantable qu'était devenu Satan ainsi que ses partisans, et de frayeur, ils tombèrent la face contre terre. 
Satan dit alors : « Seigneur, tu m'as rendu hideux injustement, mais j'en suis content, car je veux détruire tout ce que tu feras.»  Les autres diables dirent : « Ne l'appelle pas Seigneur, Lucifer, parce que c'est toi le Seigneur. »  Dieu dit alors aux partisans de Satan : « Repentez-vous et reconnaissez-moi pour Dieu, votre créateur. » Ils répondirent : « C'est de t'avoir révéré que nous nous repentons parce que tu n'es pas juste, tandis que Satan est juste et innocent.  C'est lui notre Seigneur. »  Dieu dit alors, « Allez-vous en loin de moi, maudits, car je n'ai pas pitié de vous . » 
En s'en allant, Satan cracha sur cette masse de terre ; ce crachat, l'ange Gabriel l'enleva avec un peu de terre.  De là vient le nombril que l'homme a maintenant dans le ventre.

Chapitre 36 
Les disciples restaient très frappés de la rébellion des anges.  Jésus dit alors : « En vérité, je vous le dis : celui qui ne prie pas est plus scélérat que Satan et subira de plus grandes peines.  Car Satan n'eut avant sa chute aucun exemple à craindre, Dieu ne lui envoya non plus aucun Prophète pour l'inviter à faire pénitence, tandis que l'homme, maintenant que tous les Prophètes sont venus, sauf le Messager de Dieu qui viendra après moi, puisque Dieu veut que je prépare sa route, mais l'homme, dis-je, malgré les exemples infinis qu'il a de la justice de Dieu, vit tranquille, sans aucune crainte, comme si Dieu n'existait pas. Comme a dit de tels hommes, le Prophète David : « Le sot a dit dans son cœur : il n'y a pas de Dieu»  Aussi se sont-ils corrompus et sont-ils devenus abominables sans faire aucun bien» 
Priez sans cesse, ô mes disciples, pour recevoir ; car qui cherche, trouve ; à qui frappe, on ouvre et qui demande, reçoit.  Dans la prière, ne vous souciez pas de parler beaucoup, car Dieu fait attention au coeur, comme il le dit par Salomon : « Mon serviteur, donne-moi ton cœur ».  Je vous le dis en vérité, vive Dieu, les hypocrites font grande oraison en tout lieu de la ville pour être vus et considérés comme saints par les gens, mais leur cœur est plein de scélératesse. 
Aussi ne comprennent-ils pas ce qu'ils demandent.  Il faut que tu comprennes ta prière, si tu veux que Dieu la reçoive.  Or, dites-moi, qui irait parler au gouverneur romain, ou à Hérode, sans d'abord comprendre son propre cœur, où il va et ce qu'il va faire ?  Personne, assurément.  Et si l'homme fait ainsi pour parler avec l'homme, que doit faire l'homme pour parler avec Dieu, lui demander pardon de ses péchés et le remercier de tout ce qu'il lui a donné ?  Je vous le dis en vérité, très peu font une véritable prière. 
C'est pourquoi Satan a pouvoir sur eux, car Dieu ne veut pas de ceux qui l'honorent des lèvres ; dans le temple, leurs lèvres demandent miséricorde et leur cœur crie justice.  Comme il dit à Isaïe le Prophète : « Ote-moi ce peuple, il m'incommode, car ils m'honorent des lèvres, mais leur cœur est loin de moi .  Je vous le dis en vérité, celui qui va prier inconsidérément se moque de Dieu.  Qui donc irait parler à Hérode en lui tournant le dos, et dirait en sa présence du bien du gouverneur Pilate qu'il hait à mort ?  Personne assurément.  Néanmoins, l'homme qui va prier et qui ne s'y prépare pas, tourne le dos à Dieu et présente son visage à Satan.  Il dit du bien de ce dernier, car il a dans le cœur l'amour des iniquités dont il ne s'est pas repenti. Si quelqu'un qui t'a injurié te disait avec les lèvres : « Pardonne-moi!» et qu'avec la main, il te donnait un soufflet, comment lui pardonnerais-tu?  Dieu aura-t-il pitié de ceux qui disent avec leurs lèvres : « Seigneur, aie pitié de nous! », tandis que leur cœur aime les iniquités et qu'ils pensent à de nouveaux péchés ? »

Chapitre 37 
Les disciples pleuraient aux paroles de Jésus.  Ils lui demandèrent : « Seigneur, apprends-nous à prier ».  Jésus répondit : « Considérez ce que vous feriez si le gouverneur romain vous arrêtait pour vous mettre à mort.  Eh bien, cela même, faites-le quand vous allez prier.  Que vos paroles soient celles-ci : Seigneur notre Dieu, que ton nom soit sanctifié. Que ton règne vienne en nous.  Que ta volonté soit toujours faite au ciel. Donne-nous le pain de ce jour. Pardonne-nous nos péchés de même que nous pardonnons à ceux qui pèchent contre nous. Ne nous laisse pas tomber dans les tentations. Mais délivre-nous du mal. Car toi seul est notre Dieu à qui appartiennent gloire et honneur à jamais ».

Chapitre 38 
Jean répondit : « Maître, cesserons-nous de nous laver alors que Dieu l'a commandé par Moïse?  Jésus répliqua : « Pensez-vous que je sois venu détruire la loi et les Prophètes?   Je vous le dis en vérité, vive Dieu, je ne suis pas venu la détruire, mais au contraire l'observer.  Tout Prophète en effet a observé la loi de Dieu ainsi que tout ce que Dieu a dit par les autres Prophètes. Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, personne ne peut plaire à Dieu s'il abolit un précepte pour infime qu'il soit.  Il sera lui aussi infime dans le royaume de Dieu, et même il n'y aura plus aucune part.  Bien plus, je vous le dis, une seule syllabe de la loi ne peut être abolie sans péché très grave.  Au contraire, je vous avertis qu'il faut observer ce que Dieu dit par le Prophète Isaïe : « Lavez-vous et soyez purs.  Otez vos pensées de mes yeux»  Je vous le dis en vérité, toute l'eau de la mer ne lavera pas celui qui aime de cœur les iniquités.  Et je vous dis encore que personne ne fera une prière agréable à Dieu s'il n'est pas lavé; au contraire, il chargera son âme d'un péché semblable à l'idolâtrie. 
Croyez-moi, si l'homme priait Dieu comme il convient, il obtiendrait certainement autant qu'il demande. Rappelez-vous Moïse , serviteur de Dieu, qui, par la prière flagella l'Egypte, ouvrit la Mer Rouge et y engloutit Pharaon avec son armée. Rappelez-vous Josué qui fit arrêter le soleil; Samuel qui épouvanta l'innombrable armée des Philistins ; Elie qui fit pleuvoir le feu du ciel ; Elisée qui ressuscita un mort; et tant d'autres Prophètes saints qui obtenaient tout ce qu'ils demandaient par la prière. C'est que ceux-là, à la vérité, ne se recherchaient pas eux-mêmes dans leurs propres affaires; ils ne recherchaient que Dieu et son honneur.

Chapitre 39 
Jean dit alors : «Tu as bien parlé, Maître, mais il nous reste encore à savoir comment l'homme pécha par orgueil.  Jésus répondit : Quand Dieu eut chassé Satan, et que l'ange Gabriel  eut purifié cette masse de terre où Satan avait craché, Dieu créa tout ce qui vit, aussi bien les animaux qui volent que ceux qui marchent et ceux qui nagent, et il orna le monde de tout ce qu'il a. 
Un jour, Satan s'approcha des portes du paradis et, voyant les chevaux manger de l'herbe, il leur annonça que, si cette masse de terre recevait une âme, ils en souffriraient beaucoup et qu'ils feraient bien de piétiner cette terre de façon qu'elle ne soit plus bonne à rien. Les chevaux s'ébrouèrent et se disposèrent avec fougue à ravager cette terre qui gisait parmi les lis et les roses. 
Alors Dieu donna le souffle au morceau de terre impure sur laquelle se trouvait le crachat de Satan que Gabriel avait enlevé de la masse, et il suscita le chien.  Celui-ci en aboyant, remplit de peur les chevaux qui s'enfuirent.  Puis Dieu donna l'âme à l'homme, tandis que tous les saints anges chantaient. :  «Béni soit ton saint nom, ô Dieu notre Seigneur ». 
Se dressant sur ses pieds, Adam vit, en l'air, une inscription brillante comme le soleil.  Elle disait : « Il n'y a qu'un seul Dieu, et Muhammad est le Messager de Dieu »   Alors Adam ouvrit la bouche et dit : « Je te rends grâces, Seigneur mon Dieu, d'avoir daigné me créer, mais dis-moi, je t'en prie, que signifient ces paroles : Muhammad Messager de Dieu ? » Y a-t-il eu d'autres hommes avant moi ? »    Dieu répondit alors : « Sois le bienvenu, ô mon serviteur Adam!  Je te le dis, tu es le premiers homme que j'ai créé.  Celui que tu as vu est ton fils qui se tiendra prêt pendant bien des années à venir au monde.  Il sera mon Messager.  C'est pour lui que j'ai tout créé, Il donnera lumière au monde quand il viendra.  Son âme se trouve dans une splendeur céleste ; elle y fut mise soixante mille ans avant que je fasse quoi que ce soit.  Adam pria Dieu en disant : « Seigneur, inscris cela sur mes ongles » Dieu inscrivit alors cela sur les pouces du premier homme.  Sur l'ongle de la main droite, il y avait : « Il n'y a qu'un seul Dieu»; et sur l'ongle de la main gauche, il y avait : Muhammad est le Messager de Dieu ». Aussi, avec une affection paternelle, le premier homme baisa ces mots.  Il se frotta les yeux et dit : « Béni soit le jour où tu viendras au monde!» 
Voyant que l'homme était seul, Dieu dit : «Il n'est pas bon que l'homme soit seul ».  Il le fit donc dormir. Lui ayant pris une côte du côté du cœur et ayant rempli cet endroit de chair, il fit de cette côte Eve et il la donna à Adam pour épouse. Il les fit tous deux maîtres du paradis et leur dit : «Voici, je vous donne tous les fruits à manger, sauf les pommes et le blé ».  A leur sujet il dit : «Gardez-vous absolument de manger de ces fruits, car vous en deviendriez si impurs que je ne souffrirais pas que vous restiez ici. Je vous chasserais dehors et vous souffririez de grandes misères.

Chapitre 40 
L'ayant appris, Satan fut pris de rage.  Il s'approcha de la porte du paradis que gardait un horrible serpent dont les jambes étaient comme celles d'un chameau et dont les ongles des pieds coupaient de tous côtés comme rasoir.  L'ennemi lui dit : « Laisse-moi entrer dans le paradis. »  Le serpent répondit : « Comment te laisserai-je entrer puisque Dieu m'a commandé de te chasser ? »  Satan reprit : « Voici donc comme Dieu t'aime : il t'a placé hors du paradis à la garde de ce tas de boue qu'est l'homme.  Mais si tu me fais entrer dans le paradis, je te rendrai si épouvantable que chacun te fuira et qu'ainsi tu pourras aller et venir à ton gré.  Le serpent dit alors : « comment te ferai-je entrer ? »  Satan reprit : « Tu es grand ; ouvre donc la bouche; j'entrerai dans ton ventre; ainsi, quand tu entreras dans le paradis, tu me mettras à côté de ces deux tas de boue qui marchent depuis peu sur la terre. » 
Le serpent le fit donc et il mit Satan auprès d'Eve, car Adam, son mari, dormait.  Satan se présenta à la femme comme un bel ange et lui dit : « Pourquoi ne mangez-vous pas de ces belles pommes et aussi du blé ? »  Eve répondit : « Notre Dieu nous a dit que si nous en mangeons, nous deviendrons impurs et il nous chassera du paradis. »  Satan reprit : « Ce n'est pas vrai.  Tu dois savoir que Dieu est méchant et envieux.  C'est pour cela qu'il ne veut pas d'égaux et qu'il considère chacun comme un esclave.  C'est afin que vous ne deveniez pas ses égaux qu'il vous a parlé ainsi, mais si toi et ton compagnon vous suivez mon conseil, vous mangerez de ces fruits comme les autres et vous ne serez pas soumis aux autres.  Au contraire, vous connaîtriez le bien et le mal comme Dieu et vous ferez ce qui vous plaira, car vous serez égaux à Dieu. »  Alors Eve en prit et en mangea.  Son mari une fois réveillé, elle lui rapporta tout ce que Satan lui avait dit.  Il prit ce que son épouse lui présentait et en mangea.  Ensuite, tandis que la nourriture descendait, il se souvint des paroles de Dieu, et voulant arrêter la nourriture, il se mit la main dans la gorge, là où tout homme en a la marque.

Chapitre 41 
Alors ils prirent conscience qu'ils étaient tous deux nus. De honte, ils prirent des feuilles de figuier et se firent un vêtement pour leurs parties secrètes. Dans l'après-midi, voici que Dieu se révéla. Il appela Adam : « Adam où es-tu ? » 
Il répondit : « Seigneur, je me suis soustrait à ta présence, car nous sommes nus, moi et mon épouse, et nous avons honte de nous présenter devant toi. » Dieu dit alors : «Et qui vous a dépouillés de l'innocence, sinon le fruit que vous avez mangé ? C'est à cause de lui que vous êtes impurs et que vous ne pourrez plus rester ici dans le paradis. » 
Adam répondit : « Seigneur, si j'en ai mangé, c'est que l'épouse que tu m'as donnée m'a prié de manger. » Dieu dit alors à la femme : « Pourquoi as-tu donné à ton mari cette nourriture-là? » Eve répondit : « Si j'en ai donné, c'est que Satan m'a trompée.» -« Et comment ce réprouvé est-il entré ici ?» dit Dieu. Eve répondit : « Un serpent qui se tient à la porte de Tramontane l'a porté près de moi. » Dieu dit alors à Adam : « Parce que tu as écouté la voix de ton épouse et que tu as mangé le fruit, que maudite soit la terre dans tes œuvres. Elle produira pour toi ronces et épines et c'est à la sueur de ton front que tu retourneras en terre. » 
Puis il s'adressa à Eve en disant : « Et toi qui as écouté Satan et qui as donné la nourriture à ton mari, tu te tiendras sous l'empire de l'homme, il te prendra pour servante et tu enfanteras dans la douleur.» 
Ayant appelé le serpent, Dieu appela aussi l'ange Michel, celui qui tient l'épée de Dieu. Il dit : « Chasse d'abord du paradis ce serpent scélérat, et une fois dehors, coupe-lui les jambes. S'il veut marcher, il traînera son ventre par terre » . Puis Dieu appela Satan qui vint en riant. Il lui dit : « Pourquoi, réprouvé que tu es, les as-tu trompés et les as-tu fait devenir impurs ? Je veux que chacune de leurs souillures, ainsi que celles de leurs enfants qui feront vraiment pénitence et me serviront, entre, en sortant de leur corps dans ta bouche, ainsi tu seras gavé de souillures ». 
Satan poussa alors un horrible rugissement de dit : « Puisque tu veux me faire toujours plus de mal, moi je ferai encore tout ce que je pourrai. » Dieu dit alors : « Maudit, va-t-en hors de ma présence. » Et Satan s'en alla. 
Puis Dieu dit à Adam et Eve qui pleuraient tous deux : « Sortez du paradis et faites pénitence. Et que votre espérance ne se perde pas, car j'enverrai votre fils, si bien que votre semence enlèvera à Satan l'empire du genre humain. Car je donnerai tout à celui qui viendra comme mon Messager ». Dieu se cacha et l'ange Michel les chassa du paradis. Adam s'étant retourné, vit écrit sur la porte : « Il n'y a qu'un seul Dieu et Muhammad est le Messager de Dieu. » Alors, en pleurant, il dit : « Plaise à Dieu, mon fils, que tu viennes vite nous tirer de misère. » Et c'est ainsi, dit Jésus, que Satan et Adam péchèrent par orgueil, l'un en méprisant l'homme et l'autre en voulant s'égaler à Dieu.

Chapitre 42 
A ce discours, les disciples pleurèrent. Jésus aussi pleurait. Alors ils virent beaucoup de gens qui venaient le trouver parce que les princes des prêtres s'étaient concertés pour le surprendre en paroles. 
Ils envoyèrent donc les lévite et quelques scribes lui demander : « toi, qui es-tu? » Jésus confessa et dit la vérité : « Je ne suis pas le messie. » Ils dirent : « Es-tu Elie, ou Jérémie, ou quelqu'un des anciens Prophètes? » Jésus répondit : « Non.» Ils reprirent alors : « Qui es-tu, dis-le nous, afin que nous en témoignions à ceux qui nous ont envoyés. » Jésus dit alors : « Je suis une voix qui crie par toute la Judée. Elle crie : préparez la voie au Messager de Dieu, comme il est écrit dans Isaïe ». Ils reprirent : « Si tu n'es ni le Messie, ni Elie, ni l'un des Prophètes, pourquoi prêches-tu une nouvelle doctrine et te fais-tu passer pour plus grand que le Messie?» Jésus répondit : « Les miracles que Dieu fait par mes mains montrent que je dis ce que Dieu veut et donc que je ne me fais pas passer pour ce que vous dites. Car je ne suis pas digne de dénouer les courroies de chausses ni les lacets des sandales du Messager de Dieu que vous appelez Messie. Celui-là est fait avant moi et viendra après moi. Il apportera les paroles de vérité et sa foi n'aura pas de fin. 
Les lévites et les scribes s'en allèrent confus, et ils rapportèrent tout cela aux princes des prêtres qui dirent : « Il a le diable sur le dos qui lui raconte tout ». 
Jésus dit alors à ses disciples : « Je vous le dis en vérité, les princes et les anciens de notre peuple cherchent une occasion contre moi » . Pierre dit alors : « Ne va donc pas à Jérusalem ». Mais Jésus lui dit : « Tu es insensé. Tu ne sais pas ce que tu dis. Il faut que je souffre beaucoup de persécutions, car ainsi ont souffert tous les Prophètes et saints de Dieu . Mais je ne crains pas, parce qu'ils sont avec nous plutôt que contre nous .» 
Après ces paroles, Jésus s'éloigna. Il s'en alla au mont Tabor que gravirent avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, ainsi que celui qui écrit ceci. A ce moment, il se fit sur lui une grande lumière. Ses vêtements devinrent blancs comme neige et son visage resplendissait comme le soleil. Et voici que Moïse et Elie vinrent et parlèrent avec Jésus à propos de ce qui devait arriver à notre peuple et à la ville sainte. Pierre parla en ces termes : « Seigneur, il est bon de rester ici : si tu veux, nous ferons ici trois demeures, une pour toi, une pour Moïse et l'autre pour Elie. » Tandis qu'il parlait, ils furent couverts d'une nuée blanche et ils entendirent une voix qui disait : « Voici mon serviteur en qui je me suis complu, écoutez-le. » Les disciples furent remplis de peur et tombèrent le visage contre terre, comme morts . Jésus descendit et releva ses disciples en disant : « Ne craignez pas, car Dieu vous aime il a fait cela pour que vous croyiez à mes paroles.

Chapitre 43 
Jésus redescendit vers les huit disciples qui l'attendaient en bas. Et les quatre racontèrent aux huit tout ce qu'ils avaient vu. Aussi dès ce jour-là, tout doute concernant Jésus quitta leur cœur, sauf pour Judas Iscariote qui ne croyait à rien. Jésus s'assit au pied de la montagnes et ils mangèrent des fruits sauvages, car ils n'avaient pas de pain. André dit alors : « Tu nous as dit beaucoup de choses au sujet du Messie, mais, de grâce, dis-nous tout clairement. » Et les autres disciples le prièrent de la même manière. 
Jésus dit alors : « Quiconque agit, agit pour une fin dans laquelle il se complaît. Mais je vous le dis en vérité, Dieu, parce qu'il est parfait, n'a pas besoin de se complaire en quoi que ce soit, étant donné que c'est en lui qu'il se complaît. C'est pourquoi, voulant agir, il créa avant tout l'âme de son Messager, pour lequel décida de tout créer, afin que les créatures prennent en Dieu joie et béatitude et que son Messager se réjouisse dans toutes les créatures qu'il a mises à son service1 . Et pourquoi cela, sinon parce qu'il l'a voulu ainsi? 
Je vous le dis en vérité, les Prophètes, quand ils sont venus, n'ont apporté l'empreinte de la miséricorde de Dieu qu'à une seule nation : leurs discours ne s'adressaient qu'au peuple auquel ils étaient envoyés. Mais quand le Messager de Dieu viendra, Dieu lui donner une sorte de sceau de sa main, si bien qu'il portera le salut et la miséricorde à toutes les nations du monde qui recevront sa doctrine. Il viendra avec puissance sur les impies et il détruira si bien l'idolâtrie que Satan sera confondu. C'est ce que Dieu promit à Abraham en disant : « Voici que je bénirai dans ta semence toutes les tribus de la terre. Et de même que tu as mis en pièces les idoles, Abraham, ainsi fera ta semence. » 
Jacques reprit : « Maître, dis-nous donc au sujet de qui est faite cette promesse? Car les Juifs disent que c'est au sujet d'Isaac et les Ismaélites au sujet d'Ismaël.» Jésus répondit : «David, de qui est-il le fils et de quelle race ? » Jacques dit : « D'Isaac, parce qu'Isaac fut le père de Jacob et que Jacob fut le père de Judas , de la race de qui est David. » Jésus reprit alors : « Et le Messager de Dieu, quand il viendra, de quelle race descendra-t-il? » Les disciples répondirent : « De David.» Alors Jésus dit : « Vous vous trompez, car David en esprit l'appelle « Seigneur» en disant : « Dieu a dit mon Seigneur : assieds-toi à ma droite jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis l'escabeau de tes pieds. Dieu établira ton sceptre qui dominera au milieu de tes ennemis.» Si le Messager de Dieu, que vous appelez Messie était fils de David, comment David l'appellerait-il Seigneur8 ? » Croyez-moi, c'est en vérité que je vous dis : la promesse fut faite au sujet d'Ismaël, et non pas d'Isaac. »

Chapitre 44 
Les disciples dirent donc : « Maîtres, il est écrit au livre de Moïse, que la promesse fut faite au sujet d'Isaac1 .» Jésus répondit avec un gémissement : « C'est bien ce qui est écrit, mais ce n'est pas Moïse qui l'a écrit, ni Josué, mais nos rabbins qui ne craignent pas Dieu. Moi je vous dis en vérité qui si vous considérez les paroles de l'ange Gabriel, vous découvrirez la malice de nos scribes et docteurs, car l'ange a dit : « Abraham, tout le monde saura/comment Dieu t'aime. Mais comment le monde saura-t-il l'amour que tu portes à Dieu ? Il est tout à fait nécessaire que tu fasses quelque chose pour l'amour de Dieu. » Abraham répondit : « voici le serviteur de Dieu, prêt à faire tout e que Dieu voudra.» Alors Dieu parla : « Abraham, prends ton fils premier né, Ismaël, et viens le sacrifier sur la montagne. » Comment Isaac est-il le premier né, puisque quand Isaac est né, Ismaël avait sept ans? 
Les disciples dirent alors : « Le mensonge de nos docteurs est patent. Dis-nous la vérité, car nous savons que tu as été envoyé par Dieu. » Jésus répondit alors : « Je vous le dis en vérité, Satan cherche toujours à détruire la loi de Dieu. C'est pourquoi avec ses partisans hypocrites et malfaisants, - les uns avec une doctrine fausse et les autres avec une vie très mauvaise, - ils ont aujourd'hui presque tout contaminé si bien qu'on trouve difficilement la vérité. Malheur aux hypocrites! Car les louanges de ce monde se changeront pour eux en injures et en tourments en enfer. 
Je vous le dis donc, le Messager de Dieu est une splendeur qui donnera de la joie à presque tout ce que Dieu a fait, parce qu'il est orné d'esprit d'intelligence et de conseil, d'esprit de sagesse et de force, d'esprit de crainte et d'amour, d'esprit de prudence et de tempérance. Il est orné d'esprit de charité et de miséricorde, d'esprit de justice et de piété, d'esprit de mansuétude et de patience. Dieu lui a donné trois fois plus qu'à toutes ses créatures. Oh, temps bienheureux quand il viendra au monde! Croyez-moi, je l'ai vu et je l'ai révéré, de même que tous les Prophètes l'ont vu puisque c'est de son esprit que Dieu leur a donné la prophétie . 
Quand je l'ai vu, mon âme fut remplie de consolation et a dit : «Muhammad, que Dieu soit avec toi! Qu'il me rende digne de dénouer les lacets de tes chaussures, parce que, quand je l'aurai obtenu, je serai un grand Prophète et saint de Dieu! » Après ces paroles, Jésus rendit grâces à Dieu.

Chapitre 45 
Alors l'ange Gabriel vint à Jésus et lui parla de telle manière que nous aussi nous entendions sa voix. Il dit : « Lève-toi et va à Jérusalem.» Jésus s'en alla donc et monta à Jérusalem. Le jour du sabbat, il entra dans le temple et commença à enseigner les gens. Alors le peuple accourut au temple ainsi que le Pontife et les prêtres. Ceux-ci s'approchèrent de Jésus et dirent : «Maître, on nous a dit que tu dis du mal de nous. Prends garde qu'il ne t'arrive quelque malheur!» Jésus répondit :«Je vous le dis en vérité, je dis du mal des hypocrites. Si donc vous êtes hypocrites, je parle contre vous.» Ils dirent : «Qui est hypocrite? Dis-le nous clairement.» Jésus répondit : «En vérité, je vous le dis, celui qui fait une bonne chose pour que les hommes le voient, c'est un hypocrite. En effet comme son action ne pénètre pas son cœur que les hommes ne peuvent voir, il y laisse toute pensée impure et toute sale concupiscence. Savez-vous qui est hypocrite? C'est celui qui sert Dieu avec sa langue, mais sert les hommes avec son cœur. Oh malheureux! En mourant, il perd toute sa récompense. Le Prophète David dit en effet à ce propos : «Ne mettez pas votre confiance dans les princes, dans les fils des hommes, chez eux il n'y a pas de salut; car à leur mort périssent leurs pensées.» Même avant la mort, ils se trouvent privés de récompense, car l'homme, comme le dit Job, Prophète de Dieu, est si instable qu'il ne demeure jamais dans un même état; s'il te loue aujourd'hui, demain il t'invective; s'il veut te faire un cadeau aujourd'hui, demain il voudra te dépouiller. Malheur donc aux hypocrites! Car leur récompense est vaine. Vive Dieu, en présence de qui je me tiens, l'hypocrite est voleur et sacrilège, car il se sert de la loi pour paraître bon, et il vol l'honneur de Dieu à qui seul appartiennent louange et honneur à jamais! 
En outre, je vous le dis, l'hypocrite n'a pas de foi, car s'il croyait que Dieu voit tout et qu'il punit les méchancetés dans un jugement redoutable, il purifierait son cœur, mais n'ayant pas la foi, il le maintient plein d'iniquités. Je vous le dis en vérité, l'hypocrite est comme un tombeau, blanc au dehors, mais plein de puanteur et de vers au-dedans. Si donc vous les prêtres vous accomplissez le service de Dieu parce que Dieu vous a créés et qu'il vous l'ordonne, je ne parle pas contre vous, parce que vous êtes serviteurs de Dieu. Mais si vous faites tout cela pas intérêt et vous achetez et vendez dans le temple comme sur une place, sans considérer que le temple de Dieu est une maison de prière et non pas d'affaires, et que vous la transformez en caverne de voleurs, si vous faites tout cela pour plaire aux hommes et si vous avez oublié Dieu, je crie contre vous : vous êtes fils du diable et non fils d'Abraham qui quitta la maison de son père pour l'amour de Dieu et qui voulut tuer son propre fils. Malheur à vous, prêtres et docteurs, si vous êtes tels, car Dieu vous enlèvera le sacerdoce!»

Chapitre 46 
Jésus reprit : «Je vous propose un exemple. Il était un père de famille qui planta une vigne et l'entoura d'une haie pour qu'elle ne soit pas piétinée par les animaux. Au milieu, il bâtit un pressoir à vin. Puis il la loua à des agricultures. Le temps de la vendange venu, il y envoya ses serviteurs. Quand les agriculteurs les virent, ils lapidèrent ceux-ci, brûlèrent ceux-là et poignardèrent les autres, et ils le furent de nombreuses fois. Dites-moi, que fera le propriétaire de la vigne à ces agriculteurs? » Tous répondirent : «Il les fera périr de mâle mort et il donnera sa vigne à d'autres agriculteurs.» 
«Eh bien, dit Jésus, ne savez-vous pas que la vigne est la maison d'Israël et que les agriculteurs sont le peuple de Judée et Jérusalem? Malheur à vous, car Dieu est irrité contre vous. Vous avez en effet tué tant de Prophètes de Dieu, qu'il n'y avait pas assez d'hommes au temps d'Achad pour ensevelir les saints de Dieu .» A ces paroles, les pontifes voulurent se saisir de lui, mais ils craignirent la foule qui le glorifiait. 
Voyant alors une femme qui depuis sa naissance avait la tête courbée vers le sol, Jésus dit : «Femme, au nom de Dieu, redresse la tête, afin que ceux-ci sachent que je dis la vérité et que Dieu veut que je l'annonce.» La femme se redressa alors, guérie, glorifiant Dieu. 
Le prince des prêtres cria : «Il n'est pas envoyé de Dieu puisqu'il ne respecte pas le sabbat; il a guérit une infirme aujourd'hui.» Jésus répondit : «Dis-moi, n'est-il pas permis de parler le jour du sabbat et de prier pour le salut des autres? Et qui de vous si son âne ou son bœuf tombe dans la fosse un jour de sabbat, ne l'en retire pas le jour du sabbat? Personne, bien sûr. Et moi j'aurais violé le jour du sabbat pour avoir rendu la santé à une fille d'Israël? On reconnaît bien là ton hypocrisie. Comme ils sont nombreux aujourd'hui ceux qui craignent que la paille que quelqu'un a dans l'œil ne le blesse et qui ont eux-mêmes un poutre qui leur tranche la tête! Comme ils sont nombreux ceux qui craignent une fourmi et qui ne se soucient pas d'un éléphant!» 
Cela dit, il sortit du temple, mais les prêtres se rongeaient de ne pas pouvoir le prendre et le traiter à leur guise, comme firent leurs pères envers les saints de Dieu.

Chapitre 47 
Durant la deuxième année de son ministère prophétique, Jésus descendit de Jérusalem pur aller à Naïn. Comme il approchait de la porte de la ville, voici que les habitants portaient au tombeau le fils unique d'une mère veuve; et chacun pleurait sur elle. A l'arrivée de Jésus, les hommes se rendirent compte que Jésus, le Prophète galiléen arrivait, ils se mirent donc à le prier pour qu'il ressuscite le mort puisqu'il était Prophète, et ses disciples en firent autant. 
Alors Jésus, éprouva une grande crainte et, tourné vers Dieu, il dit : «Ote-moi du monde, Seigneur, car le monde est fou. Bientôt, ils m'appelleront Dieu!» Ayant dit cela, il pleurait, L'ange Gabriel vint alors et lui dit : «Jésus, ne crains pas, car Dieu t'a donné pouvoir sur toute infirmité : tout ce que tu accorderas au nom de Dieu s'accomplira.» A ces mots, Jésus soupira et répondit : «Que ta volonté soit faite, Seigneur Dieu, tout puissant et miséricordieux.» 
Cela dit, il s'approcha de la mère du mort et lui dit avec pitié : «Femme, ne pleure pas!» Il prit la main du mort et dit : «Jeune homme, je te le dis au nom de Dieu, lève-toi guéri.» Alors le jeune garçon ressuscita. Chacun fut rempli de crainte et dit : «Dieu a suscité un grand Prophète parmi mous : il a visité son peuple».

Chapitre 48 
En ce temps-là, l'armée des Romains se trouvait en Judée. Notre région leur était soumise à cause des péchés de nos pères. Or les Romains avaient coutume d'appeler Dieu et d'adorer celui qui faisait quelque chose de nouveau au profit de tout le peuple. Comme certains de ces soldats se trouvaient à Naïn, ils faisaient reproches aux uns et aux autres en disant : «L'un de vos dieux vous a visité et vous n'en tenez aucun compte! Assurément, si nos dieux nous visitaient, nous leurs donnerions tout ce que nous avons de meilleur; vous pouvez voir par là combien nous les craignons». Satan stimula tellement ce langage qu'il suscita dans le peuple de Naïn, un conflit qui ne fut pas de peu d'importance. Mais Jésus ne s'arrêta nullement à Naïn. Il fit au contraire demi-tour pour aller à Capharnaüm.
La discorde des Naïnites consistait en ceci que certains disaient : «C'est notre Dieu qui nous a visité». D'autres disaient : «Dieu est invisible. Personne ne l'a vu, même pas Moïse, son ami et son serviteur. Ce n'est pas Dieu mais son fils». D'autres disaient : «Il n'est pas Dieu, ni fils de Dieu, car Dieu n'a pas de corps pour engendrer. Mais c'est un grand Prophète de Dieu». Satan s'employa tant que la troisième année du ministère prophétique de Jésus, un grand désastre allait en sortir pour notre peuple. 
Comme Jésus se rendait à Capharnaüm, les habitants de la ville l'apprirent et rassemblèrent tous les malades qu'ils avaient. Ils les placèrent devant l'atrium de la maison où Jésus logeait avec ses disciples. Ils l'appelèrent au dehors et le supplièrent de les guérir. Jésus imposa alors les mains à chacun en disant : «Dieu d'Israël, par ton saint nom, rend la santé à ce malade!» Et chacun fut guéri. 
Le jour du sabbat, Jésus entra dans la synagogue et tout le peuple s'y rassembla pour l'entendre parler.

Chapitre 49 
Ce jour-là, le scribe lisait le psaume où David dit : «Quand je prendrai le temps, je jugerai la justice.» Après la lecture des Prophètes, Jésus se leva et fit signe de la main de se taire. Ayant ouvert la bouche, il dit : «Frères, vous avez entendu les paroles que d

Chapitre 101 
Jésus dit alors : «La pénitence est l'inverse de la mauvaise vie, car chaque sens doit se convertir au contraire de ce qu'il fit en péchant : au plaisir, on doit opposer la douleur; au rire les larmes; aux orgies, les jeûnes; aux sommeil, les veilles; à l'oisiveté, l'activité; à la luxure, la chasteté. Que les contes se changent en prière et l'avarice en aumônes!» 
Celui qui écrit demanda : «Mais si on leur demande comment nous devons souffrir, comment nous devons pleurer, comment nous devons jeûner, comment nous devons agir, comment nous devons rester chastes, comment nous devons prier et faire l'aumône, que répondront-ils? ET comment feront-ils une bonne pénitence s'ils ne savent pas se repentir?» 
Jésus répondit : «Voilà une bonne question, Barnabé. Je veux y répondre pleinement, s'il plaît à Dieu. Aussi aujourd'hui, te parlerai-je de la pénitence en général. Et ce que je dis à l'un, je le dis à tous. Sachez donc que la pénitence, plus que toute autre chose, doit être accompli par pur amour de Dieu. Autrement, il serait vain de se repentir. Je vous parlerai donc par comparaison. Toute construction, si on lui enlève ses bases, tombe en ruine, n'est-ce pas vrai ?» -«C'est vrai! », répondirent les disciples, Jésus dit alors : «La base de notre salut, c'est Dieu; sans lui il n'y a pas de salut. Quand un homme a péché, il a perdu la base de son salut. Aussi faut-il qu'il commence par la base. 
Dites-moi, si vos serviteurs avaient offensés et que vous appreniez qu'ils ne souffrent pas de vous avoir offensés, mais seulement d'avoir perdu leur récompense, leur pardonneriez-vous? Bien sûr que non! Ainsi, vous dis-je, Dieu fera-t-il envers ceux qui se repentent d'avoir perdu le paradis. Satan ennemi de tout bien, regrette bien d'avoir perdu le paradis et d'avoir gagné l'enfer. Mais il ne trouvera jamais miséricorde. Savez-vous pourquoi? Parce qu'il n'aime pas du tout Dieu et qu'il hait même son créateur. 
 

Chapitre 102 
Je vous le dis en vérité, tout animal, selon sa propre nature, s'il perd ce qu'il désire, regrette le bien qu'il a perdu. C'est pourquoi le pécheur qui veut vraiment faire pénitence doit avoir grand désir de lui-même ce qui a agi contre son créateur. Ainsi en priant il n'aura pas la hardiesse de demander le paradis, ou que Dieu le libère de l'enfer; mais prosterné avec confusion devant Dieu, il dira en priant : «Seigneur, voici le coupable qui t'a offensé sans aucune raison, dans le moment même où il devait te servir! C'est donc de ta main qu'il vient chercher ici la punition de ce qu'il a fait et non pas de la main de Satan, ton ennemi, pour que l'impie ne se réjouisse pas de tes créatures. Châtie, punis comme il te plaît, Seigneur! Tu ne me donnera jamais autant de tourment que n'en mérite le scélérat que je suis !» S'il se tient dans cette attitude, le pécheur trouvera en Dieu d'autant plus miséricorde qu'il demandera justice. 
C'est vraiment un sacrilège abominable pour le pécheur que de rire, car notre père David appelle justement ce monde "vallée de larmes." Il était une fois un roi qui adopta pour fils un de ses esclaves et qui le fit maître de tout ce qu'il possédait. Il advint que par la tromperie d'un scélérat, le malheureux tomba en disgrâce auprès du roi. Si bien qu'il endura de grandes misères, tant dans son mode d'existence que de la façon dont il était méprisé et dépouillé de ce qu'il gagnait chaque jour par son travail. Croyez-vous qu'un tel homme riait un seul instant?». «Non certainement, répondirent les disciples, car si le roi l'avait su, il l'aurait fait tuer de le voir rire de sa disgrâce! Mais il est vraisemblable qu'il pleurait jour et nuit!» 
Jésus pleura alors et dit : «Malheur au monde, car il est assuré d'un éternel tourment! Oh, homme misérable, notre Dieu t'avait élu quasiment comme fils et t'avait donné le paradis; et toi, misérable, poussé par Satan, tu tomba en disgrâce auprès de Dieu, tu fus chassé du paradis et condamné au monde immonde où tu n'obtiens rien qu'avec peine et où toute bonne action se dérobe à toi puisque tu pèches continuellement. Et pourtant le monde rit, et, ce qui est pire, c'est que le plus grand pécheur rit plus que les autres! Il arrivera donc comme vous l'avez dit : Dieu damnera de mort éternelle le pécheur qui rit et qui ne pleure pas ses péchés. 
 

Chapitre 103 
Les pleurs du pécheur doivent être comme ceux du père qui pleure sur son fils près de mourir. O homme fou, tu pleures sur le corps que l'âme a quitté et tu ne pleures pas l'âme que la miséricorde de Dieu a quittée à cause du péché! 
Dites-moi, si le marin, quand son bateau a fait naufrage, pouvait par ses pleurs récupérer tout ce qu'il a perdu, que ferait-il? Il pleurerait certainement sans arrêt! Pourtant, je vous le dis en vérité, l'homme pèche chaque fois qu'il pleure quelque chose, sauf s'il pleure à cause du péché. En effet, toute misère qui lui arrive vient de Dieu pour son salut, aussi devrait-il se réjouir! Le péché au contraire vient du diable pour la damnation de l'homme et l'homme ne s'en attriste pas! Apprenez par là que l'homme cherche ce qui lui nuit et nom pas ce qui lui est utile!» 
Barthélémy dit : «Seigneur, que fera celui qui ne peut pas pleurer car son cœur est étranger aux pleurs?» Jésus répondit : «Barthélémy, tous ceux qui versent des larmes ne pleurent pas pour autant! Vive Dieu, il y a des hommes dont les yeux n'ont jamais versé une larme et qui ont pleuré plus que mille de ceux qui versèrent des larmes! Les pleurs du pécheur, c'est la consomption des sentiments terrestres par la force de la douleur, de sorte que cette consomption préserve l'âme du péché, comme le sel préserve de la putréfaction ce sur quoi on le met. Si Dieu donnait au véritable pénitent autant de larmes que la mer contient d'eau, il en voudrait beaucoup plus. Aussi ce désir consume-t-il le peu d'humeur qui voudrait sortir, comme une ardente fournaise consume une goutte d'eau. Par contre, ceux qui éclatent facilement en sanglots sont comme le cheval qui marche d'autant plus vite qu'il est moins chargé. 
 

Chapitre 104 
À la vérité, il y a des hommes qui ont à la fois les sentiments intérieurs et les larmes extérieures. Mais qui est ainsi ? Il n'y a qu'un seul Jérémie! En fait de pleurs. Dieu considère plus la douleur que les larmes.» 
Jean dit alors : «Maître, comment l'homme se perd-il en pleurant pour autre chose que pour le péché?» Jésus répondit : «Si Hérode te donnait en garde un manteau et qu'ensuite il te l'enlevait, aurais-tu raison de pleurer?» -«Non!» dit Jean. Jésus dit alors : «Eh bien, l'homme a encore moins raison de pleurer quand il perd quelque chose, ou qu'il n'a pas ce qu'il voudrait, parce que tout vient de la main de Dieu. Est-ce que Dieu ne peut pas disposer à son gré de ses affaires? O homme fou, tu n'as à toi que le péché, c'est pour lui que tu dois pleurer et pas pour autre chose!» 
Matthieu dit : «Maître, tu as proclamé devant toute la Judée que Dieu n'a aucune ressemblance avec l'homme et maintenant tu dis que l'homme reçoit de la main de Dieu. Si Dieu a des mains, il a une ressemblance avec l'homme!» Jésus répondit : «Tu es dans l'erreur, Matthieu! Et beaucoup se sont trompés de cette manière en ignorant le sens de mots, car l'homme doit considérer non pas l'extérieure des mots, mais leur sens. La voix humaine est en effet comme un interprète entre nous et Dieu. Or, ne savez-vous pas que, lorsque Dieu voulut parler a nos pères sur le mont Sinaï, nos pères s'écrièrent : «Parle-nous, toi, Moïse, mais que Dieu ne nous parle pas, de peur que nous ne mourrions!» Et Dieu ne dit-il par le prophète Isaïe : Les voies de Dieu sont aussi éloignées de celles des hommes et les pensées de Dieu des pensées des hommes que le ciel est éloignée de la terre. 
 

Chapitre 105 
Dieu est 'a ce point immense que je tremble à le décrire. Pourtant il faut que je vous en parle. Je vous dirai donc que les cieux sont au nombre de sept, éloignés l'un de l'autre autant que le premier ciel l'est de la terre; or, il en est éloignés de cinq cent années de route. la terre est donc distante du ciel le plus haut de trois mille cinq cents* années de route. Je vous dis donc que le rapport entre une pointe d'aiguille et le premier ciel est égale au rapport entre le premier ciel et le second, et de même pour tous les cieux. Pourtant toute la grandeur de la terre ajoutée a celle de tous les cieux est, par rapport au paradis, comme une pointe d'aiguille et même comme un grain de sable. N'est-elle pas incommensurable cette grandeur?» Les disciples répondirent : «Oui, certes!» 
Jésus dit alors : «Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, toute est petit devant Dieu comme un grain de sable! Dieu est autant de fois plus grand qu'il faudrait de grains de sable pour remplir tous les cieux et le paradis, et davantage encore! Eh bien, voyez donc s'il y a une proportion quelconque entre Dieu et l'homme qui n'est qu'un peu de boue qui se tient sur la terre! «Soyez donc très attentifs à comprendre le sens et non la lettre si vous voulez avoir la vie éternelle.!» 
Les disciples répondirent alors : «Seul Dieu peut se connaître lui-même! C'est vraiment comme a dit le prophète Isaïe : «Il est caché au sens de l'homme.» Jésus dit : «C'est vrai. Et quand nous serons au paradis, nous connaîtrons Dieu comme ici-bas on connaît la mer avec une goutte d'eau salée! 
Pour en revenir à mon propos, je vous dirai qu'il faut pleurer seulement parce qu'en péchant l'homme abandonne Dieu son créateur. Mais comment pleurera-t-il celui qui participe aux orgies et aux festins? Il pleurera comme la glace donne du feu! Si vous voulez dominer vos sens, il faut changer les orgies en jeûnes car c'est ainsi que notre Dieu les domina.» 
Thaddée dit : «Dieu a-t-il donc quelque sens à dominer?» Jésus répondit : «Vous commencez à dire : Dieu a ceci ... Dieu est comme cela ... ! Dites-moi, l'homme a-t-il une sensibilité?» -«Oui!» répondirent les disciples, Jésus dit : «Existe-t-il un seul homme vivant en qui la sensibilité ne soit pas à l'œuvre?» -«Non!» répondirent les disciples. «Vous vous trompez, dit Jésus, car où est la sensibilité de celui qui est aveugle, sourd-muet et estropié? Et quand l'homme est tombé en syncope? » Alors les disciples furent embarrassées. Jésus dit : «Il y a trois choses qui font l'homme : l'âme, la sensibilité et la chair, chacune ayant sa vie propre. Comme vous l'avez appris, notre Dieu créa l'âme et le corps, mais vous n'avez pas encore appris comment il créa la sensibilité. C'est pourquoi demain, s'il plaît à Dieu, je vous dirai tout.» Après ces paroles, Jésus rendit grâces à Dieu et pria pour le salut de notre peuple, chacun de nous disant : «Amen».
 

Chapitre 106 
Après la prière de l'aurore, Jésus s'assit sous un palmier et ses disciples s'approchèrent de lui. Il dit : «Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, beaucoup se trompent sur notre vie! En effet, l'âme, la sensibilité et la chaire sont si unies que la plupart des hommes affirment que l'âme et la sensibilité sont une seule et même chose. En la divisant selon son activité et son selon son essence, ils l'appellent âme sensitive, végétative et intellective. Mais en vérité je vous le dis, c'est la même âme qui comprend et qui vit. Oh, les sots, où trouveront-ils une âme intellective qui soit sans vie? Certainement jamais! Par contre, la vie peut se rencontrer sans la sensibilité, comme chez celui qui est à moitié mort et que la sensibilité abandonne. 
Thaddée dit : «Maître, quand la sensibilité abandonne la vie, l'homme est mort!» Jésus répondit : «Ce n'est pas vrai! C'est quand l'âme s'en va que l'homme est mort, car elle ne reviendra dans le corps que par miracle. Mais la sensibilité s'en va en raison de la peur qu'elle éprouve ou de la grande douleur qu'éprouverait l'âme. La sensibilité, Dieu l'a créée en effet, pour le plaisir et elle ne vit que pour cela, comme le corps vit de nourriture, et l'âme de connaissance et d'amour! Elle se rebelle maintenant contre l'âme à cause de l'indignation qu'elle éprouve d'être privée du plaisir du paradis par le péché. Il est donc de la plus grande importance que celui qui ne veut pas qu'elle vive de plaisir charnel, la nourrisse de plaisir spirituel. Comprenez-vous? Je vous le dis en vérité, Dieu après l'avoir créée la condamna à l'enfer, au neiges et aux glaces intolérables parce qu'elle disait qu'elle était Dieu. Mais quand il la privé de nourriture et lui enleva les aliments, elle reconnut qu'elle était servante de Dieu et œuvre de ses mains. Or, dites-moi, chez les impies, comment la sensibilité agit-elle? Assurément, elle est en eux comme Dieu, puisqu'ils la suivent et qu'ils abandonnent la raison et la loi de Dieu. Aussi deviennent-ils abominables, sans rien faire de bien. 
 

Chapitre 107 
C'est pourquoi la première chose qui suit le regret du péché, c'est le jeûne. En effet, celui qui voit qu'un aliment l'a rendu malade, regrette d'abord de l'avoir mangé et puis l'abandonne pour ne pas tomber malade, car il craint la mort. Ainsi doit faire le pécheur. Sachant que le plaisir, en suivant la sensibilité dans les biens de ce monde, l'a fait pécher contre Dieu son créateur, il regrette d'avoir agi ainsi, parce que cela le prive de Dieu qui est sa vie, et lui donne la mort éternelle de l'enfer. 
Mais étant donné que l'homme doit user des biens de ce monde pour vivre, il lui faut jeûner ici-bas pour parvenir à mortifier sa sensibilité et connaître Dieu son Seigneur. Quand tu vois que la sensibilité déteste les jeûnes, montre-lui l'état de l'enfer où on ne prend nul plaisir, mais où on éprouve une douleur infinie, et montre-lui les délices du paradis qui sont tels qu'un seul grain de raisin du paradis est meilleur que tous les délices du monde. De cette façon elle se tiendra facilement tranquille. Il vaut mieux en effet se contenter de peu pour recevoir beaucoup, que d'être sans retenue dans les petites choses mais privé de tout dans les tourments. 
Pour bien jeûner, vous devez vous rappeler le riche bien vivant; pour avoir voulu tous les jours sur cette terre faire très bonne chère, il fut privé d'une goutte d'eau dans l'éternité. Tandis que Lazare, en se contentant des miettes sur cette terre, se tiendra éternellement dans les délices sans bornes du paradis. 
Mais que le pénitent soit prudent, car Satan cherche à détruire toute œuvre bonne; et plus encore chez un pénitent que chez d'autres, car le pénitent s'en rebellé contre lui et s'est changé de fidèle serviteur en ennemi rebelle. Satan cherchera donc à tout prix à l'empêcher de jeûner sous prétexte de maladie. Et quand cela ne vaudra pas il l'invitera à un jeune extrême pour qu'il tombe malade et qu'il vive ensuite dans les délices. Et s'il n'y réussit pas, il cherchera à ne le faire jeûner que d'aliment corporel, pour qu'il soit pareil à lui qui ne mange jamais et qui pèche toujours. 
Vive Dieu! il est abominable de priver son corps de nourriture et de remplir son âme d'orgueil tout en méprisant ceux qui ne jeûnent pas et en se prétendant meilleur qu'eux! Dites-moi, le malade se glorifiera-t-il de la diète que lui fait suivre le médecin et traitera-t-il de fous ceux qui ne la font pas? Certes non! Il déplorera plutôt la maladie pour laquelle il est à la diète. De même, je vous le dis, le pénitent ne doit pas se glorifier du jeûne, ni mépriser ceux qui ne jeûnent pas, mais il doit déplorer le péché pour lequel il jeûne. 
Que le pénitent qui jeûne ne se procure pas d'aliments recherchés, mais qu'il se contente d'aliments grossiers! Est-ce que l'homme donnera des aliments recherchés au chien qui mord et au cheval qui regimbe? Certainement pas! Mais tout le contraire! Que cela vous suffise à propos du jeûne! 
 

Chapitre 108 
Mais écoutez ce que je vais vous dire des veilles, car de même qu'il y a deux sortes de sommeil, celui du corps et celui de l'âme, de même il faut être prudent dans les veilles pour que l'âme ne dorme pas alors que le corps veille, ce qui serait une très grave erreur! 
Dites-moi, par comparaison : voici un homme qui heurte une pierre en marchant et qui, pour ne plus la heurter du pied, la heurte de la tête. Que dit-on d'un tel homme ?» Les disciples répondirent : «C'est un malheureux, un détraqué!» Jésus dit alors : «Vous avez bien répondu. En vérité je vous le dis, celui qui veille avec son corps et dort avec son âme est détraqué. Il est d'autant difficile à guérir que l'infirmité spirituelle est plus grave que l'infirmité corporelle. Ainsi ce malheureux se glorifiera de ce que son corps qui est le pied de sa vie, ne dort pas, tandis que qu'il ne s'aperçoit pas, dans sa misère, que son âme dort, elle qui est la tête de sa vie! 
Le sommeil de l'âme, c'est l'oubli de Dieu et son terrible jugement. Ainsi l'âme qui veille, c'est celle qui reconnaît Dieu en tout et partout, c'est celle qui remercie sa majesté en tout, pour tout, par-dessus tout, qui reconnaît que toujours et à tout moment elle reçoit grâce et miséricorde de Dieu. Dès lors, dans la crainte de sa majesté, la voix angélique résonne toujours à son oreille : «Créatures, venez au jugement, car votre créateur veut vous juger!» Aussi demeure-t-elle habituellement dans le service de Dieu. 
Dites-moi, que préférez-vous, voir à la lumière d'une étoile ou à la lumière du soleil?» André répondit : «A la lumière du soleil, Maître! Parce qu'à la lumière de l'étoile nous ne pouvons pas voir les montagnes qui sont proches, tandis qu'à la lumière du soleil, nous voyons le plus petit grain de sable. C'est avec crainte que nous marchons à la lumière de l'étoile, tandis qu'à la lumière de soleil nous marchons avec assurance.» 
 

Chapitre 109 
Jésus dit : «Eh bien, je vous le dis, c'est ainsi que vous de veiller avec l'âme sous ce soleil de justice qu'est notre Dieu. Mais ne vous glorifiez pas des veilles du corps! Il est très vrai pourtant qu'il faut fuir le sommeil corporel autant qu'on peut, mais il est impossible de l'éviter tout à fait, puisque la sensibilité et la chair sont alourdies d'aliments et la raison d'affaires. Que celui qui veut dormir peu, évite donc le trop grand nombre d'affaires et qu'il évite de manger beaucoup! Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, il est permis de dormir un peu chaque nuit, mais il n'est jamais permis d'oublier Dieu et son terrible jugement; un tel oubli c'est le sommeil de l'âme!» 
Celui qui écrit demanda : «Maître, comment pourrions-nous toujours nous souvenir de Dieu? Cela nous paraît tout à fait impossible!» Jésus dit avec un soupir : «Voilà la plus grande misère que puisse souffrir l'homme, Barnabé! Sur cette terre. il ne peu pas toujours se souvenir de Dieu son créateur, sauf ceux qui sont saints, car ils le gardent toujours en mémoire : ils ont tellement en eux la lumière de la grâce de Dieu qu'il ne peuvent pas oublier Dieu. 
Pourtant dites-moi, avez-vous vu ceux qui travaillent pour équarrir des pierres brutes? Ils ont tellement appris à frapper par un continuel exercice qu'ils parlent avec d'autres tout en frappant sans regarder le ciseau qui travail la pierre. Et pourtant ils ne se frappent pas sur les mains! Faites donc ainsi vous-mêmes! Ayez le désir d'être des saints si vous voulez surmonter complètement cette misère de l'oubli! Il est certain que l'eau désagrège les pierres les plus dures quand une goutte y tombe pendant longtemps. Savez-vous pourquoi vous n'avez pas surmontée cette misère? Parce que vous ne savez pas que c'est un péché! Je vous dirai donc ceci : quand un prince te fait un cadeau, ô homme, c'est une faute de fermer les yeux et de lui tourner le dos. De même, ceux qui oublient Dieu commettent une faute, car l'homme reçoit à tout instant de Dieu dons et miséricorde. 
 

Chapitre 110 
Maintenant, dites-moi, chaque instant ne vous est-il pas donné par notre Dieu? Oui, certes, car il vous accorde sans cesse le souffle dont vous vivez. En vérité, en vérité, je vous le dis, chaque fois que votre corps reçoit le souffle, votre cœur devrait dire : «Que Dieu soit remercié!» 
Jean dit alors : «Tes paroles sont très vraies, Maître! Enseigne-nous donc le moyen de parvenir à cet état bienheureux!» Jésus répondit : «En vérité, je vous le dis, on n'y parvient pas avec les forces humaines, mais par la miséricorde de Dieu notre Seigneur. Il est bien vrai que l'homme doit désirer le bien pour que Dieu le lui donne. Dites-moi, quand vous êtes à table, pensez-vous de ces aliments que vous ne voulez même pas voir? Bien sûr que non! De même, je vous le dis, vous ne recevrez pas ce que vous ne voulez pas désirer. Si vous désirez la sainteté, Dieu est assez puissant pour vous rendre saints en moins de temps qu'il n'en faut pour cligner de l'œil. Mais notre Dieu veut que nous attendions et que nous demandions, pour que l'homme reconnaisse le don et le donateur. 
Avez-vous vu ceux qui s'exercent à tirer à l'arc sur une cible? Certes, ils tirent souvent en vain. Pourtant jamais ils ne veulent tirer en vain, ils ont toujours l'espoir d'atteindre la cible! Eh bien, vous qui voudriez toujours avoir en mémoire notre Dieu, faites-le vous aussi. Quand vous l'oubliez, déplorez-le, et Dieu vous donnera la grâce de parvenir à tout ce que je vous ai dit. 
Le jeûne et la veille spirituelle sont si unis entre eux que dès qu'on rompt la veille, on rompt aussi le jeûne. En effet, en péchant l'homme rompt le jeûne de l'âme et oublie Dieu. Il faut donc que notre âme et celle de tous veillent et jeûnent sans cesse; car il n'est permis à personne de pécher. 
Quand au jeûne corporel et aux veilles, croyez-moi, on ne peut toujours en faire, et tous ne peuvent pas les faire, par exemple les malades, les vieillards, les femmes enceintes, les voyageurs, les enfants, et ceux qui ont une complexion délicate. Que chacun choisisse donc son jeûne tout comme il s'habille sur mesure! Car, de même que les vêtements d'un enfant ne vont pas à un homme de trente ans. ainsi les veilles et les jeûnes de l'un ne sont-ils pas faits pour l'autre. 
 

Chapitre 111 
Pourtant prenez garde : Satan mettra tous ses efforts à vous amener à veiller la nuit, pour qu'en suite vous dormiez, quand sur l'ordre de Dieu vous devrez prier et écouter sa parole! Dites-moi, vous plairait-il qu'un de vos amis mange de la viande et vous laisse les os?» Pierre répondit : «Non, Maître! Un tel homme, il ne faut pas l'appeler ami, mais insulteur!» Jésus dit en soupirant : «Tu dis vrai, Pierre. En vérité, celui dont le corps veille plus qu'il s'est nécessaire, dormira ou aura la tête lourde de sommeil en priant ou en écoutant la parole de Dieu. Ce malheureux insulte Dieu son créateur et il est coupable de ce péché. C'est même un voleur : il vole le temps qu'il doit donner à Dieu et il le dépense quand il lui plaît et dans le mesure où cela lui plaît. 
Du tonneau d'un excellent vin, un homme donna à boire à ses ennemis tant que le vin fut bon; mais arrivé à la lie, il en donna à boire son seigneur. Que pensez-vous que fera le maître à ce serviteur quand il l'apprendra et que le serviteur sera devant lui? Evidemment, il le fouettera et le tuera dans une juste indignation selon les lois du monde! Et Dieu, que fera-t-il à l'homme qui emploie ses meilleurs moments aux affaires et ses plus mauvais à la prière et à l'étude de la loi? Malheur au monde, car son cœur est lourd de ce péché-là et de plus grave encore! 
Donc, quand je vous ai dit : que le rire se change en pleurs, les orgies en jeûnes et le sommeil en veilles, je vous ai résumé en trois mots ce que vous avez entendu, c'est-à-dire que sur cette terre il faut toujours pleurer, mais que les pleurs doivent venir du cœur parce qu'on a offensé Dieu notre créateur; que vous devez jeûner pour dominer la sensibilité et veiller pour ne pas pécher; et qu'il faut mesurer les larmes, le jeûne et les veilles corporels à la complexion de chacun. 
 

Chapitre 112 
Jésus ajouta : «Il faut que vous cherchiez des fruits et des herbes pour nous sustenter, car voilà huit jours que nous n'avons pas mangé de pain. Je prierai donc notre Dieu et je vous attendrai avec Barnabé.» Tous les apôtres et les disciples s'en allèrent donc par quatre et par six selon la parole de Jésus. Celui qui écrit resta avec Jésus. 
Jésus dit alors en pleurant : «Barnabé, il faut que je te fasse connaître de grands secrets que tu révéleras au monde quand je serai parti.» Celui qui écrit répondit en pleurant : «Maître, les pleurs laisses-les nous, à moi et aux autres hommes, car nous sommes pécheurs, mais toi, saint et prophète de Dieu, il ne convient pas que tu pleures tant!» Jésus répondit : «Crois-moi, Barnabé, je ne peux pas pleurer autant que je ne devrais! Si les hommes ne m'avaient pas appelé Dieu, j'aurais vu Dieu ici-bas comme on le verra au paradis et j'aurais été assuré de ne pas craindre au jour du jugement! Pourtant, Dieu le sait, je suis innocent, jamais je n'ai eu la pensée d'être tenu pour autre chose que pour un vil serviteur. Je te dis même que si je n'avais pas été appelé Dieu, j'aurais été emporté au paradis en quittant le monde, tandis que je ne m'y rendrai pas avant le jugement. Tu vois bien que j'ai raison de pleurer! 
Sache, Barnabé, que je dois être grandement persécuté pour cela et que je serai vendu par un de mes disciples pour trente deniers. Ainsi, même si je suis assuré que celui qui me vendra sera tué sous mon nom car Dieu m'enlèvera du monde et transformera tellement le traître que chacun croira que c'est moi, comme il mourra mal, je resterai néanmoins longtemps avec ce déshonneur dans le monde. 
Mais quand viendra Muhammad, messager sacré de Dieu, cette infamie sera enlevée. Dieu le fera parce que j'ai proclamé la vérité du Messie. C'est celui-ci qui me donnera la récompense : on saura que je suis vivant et étranger à cette mort infâme!» 
Celui qui écrit répondit : «Maître, dis-moi quel est ce coquin que je l'étrangle!» -«Tais-toi, répondit Jésus, car Dieu le veut ainsi et on ne peut pas faire autrement! Pourtant fais ceci : quand ma mère en sera affligée, dis-lui la vérité afin qu'elle soit consolée!» Celui qui écrit répondit : «Je ferai tout cela, Maître, s'il plaît à Dieu!» 
 

Chapitre 113 
Les disciples rapportèrent des pignons et trouvèrent une bonne quantité de dattes par la volonté de Dieu. Après la prière de midi, ils mangèrent donc avec Jésus. Mais les apôtres et les disciples voyant que celui qui écrit était triste, craignirent que Jésus ne dût quitter bientôt le monde, Jésus les rassura en disant : «Ne craignez pas : l'heure n'est pas encore venue où je vous quitterai. Je resterai encore un peu de temps avec vous. Il faut donc que je vous enseigne maintenant, pour que vous alliez prêcher la pénitence partout en Israël comme je vous l'ai dit, afin que Dieu pardonne le péché d'Israël. 
Que chacun se garde donc de l'oisiveté, surtout celui qui fait pénitence, car toute arbre qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. Il était une fois un habitant de la ville qui possédait une vigne. Au milieu, il avait un jardin planté d'un beau figuier. Pendant les trois ans que vint le maître, ce figuier ne produisit pas de fruit. Voyant que les autres arbres de lieu produisaient du fruit, il dit à son vigneron : «Coupe ce mauvais arbre : il occupe inutilement le terrain!» Le vigneron répondit : «N'en fais rien, maître, car c'est un bel arbre!» -«Tais-toi, dit le maître, je ne prends pas soin de beauté inutiles! 
Tu dois savoir que le palmier et le baume sont plus nobles que le figuier. Or, j'avais planté dans la cour de ma maison, un plant de palme et un plant de baume que j'avais entourés de murs coûteux; pourtant comme ils ne produisaient pas de fruit mais des feuilles qui pourrissaient et gâtaient le terrain devant la maison, je les ai fait enlever tous les deux. Et maintenant, je ferais grâce à un figuier éloigné de la maison et qui occupe inutilement mon jardin et ma vigne, là où tout autre arbre produit du fruit? Non, je ne le supporterai plus!» Le vigneron dit alors : «Seigneur, le terrain est trop gras, attends encore un an, j'émonderai la frondaison, je dégraisserai la terre en y mettant de la terre maigre et des cailloux, et il produira du fruit!» Le patron répondit : «Eh bien, fais-le! J'attendrai que le figuier porte du fruit!» 
Comprenez-vous cette parabole?» Les disciples répondirent : «Non, Seigneur! Explique-la nous!»

Chapitre 114 
Jésus répondit : «En vérité je vous le dis, le maître, c'est Dieu; le vigneron, c'est sa loi. C'est donc Dieu qui avait en paradis le palmier et le baume. Le palmier, c'est satan, et le baume, c'est le premier homme. Comme ils ne produisaient pas de bonnes œuvres et qu'ils disaient des paroles impies qui condamnèrent beaucoup d'anges et beaucoup d'hommes, il les chassa. A présent, Dieu a placé l'homme dans le monde, au milieu de ses créatures qui toutes le servent selon son précepte, alors que l'homme ne produit rien, comme je l'ai dit. Volontiers il le retrancherait et l'enverrait en enfer puisqu'il n'a pardonné ni à l'ange ni au premier homme et qu'il a puni l'ange pour l'éternité et l'homme pour un temps; mais la loi de Dieu intervient et dit : «l'homme a trop de bien dans cette vie; il faut qu'il soit affligé et qu'on lui enlève les biens de ce monde pour qu'il fasse le bien. 
Notre Dieu attend donc que l'homme fasse pénitence. Je vous le dis en vérité, notre Dieu condamna l'homme à travailler, de sorte que comme le dit Job, ami et prophète de Dieu : «L'homme naît pour travailler comme l'oiseau pour voler et le poisson pour nager.» Et le prophète de Dieu, David notre père, dit : «Nous serons heureux et nous nous trouverons bien de manger des œuvres de nos mains.» Que chacun travaille donc selon sa condition! Dites-moi : si David, notre père, et Salomon, son fils, travaillaient de leurs mains, que doit faire le pécheur?» 
Jean répondit : «Maître, il est bien de travailler, mais c'est aux pauvres de le faire!» Jésus répondit : «Oui, puisqu'ils ne peuvent pas faire autrement, mais ne sais-tu pas que le bien, pour être bien, doit être libre d'obligation? Le soleil et les autres planètes y sont forcés par ordre de Dieu et ne peuvent pas faire autrement; il n'auront donc pas de mérite! Dites-moi, lorsque Dieu donna l'ordre de travailler, il ne dit pas : «L'homme pauvre vivra à la sueur de son visage!» Et Job ne dit pas : «L'homme pauvre naît pour travailler comme l'oiseau pour voler!» Mais Dieu dit à l'homme : «A la sueur de ton visage, tu mangeras ton pain!» Et Job dit que l'homme naît pour travailler. C'est pourquoi celui qui n'est pas homme est exempt de cet ordre. 
Si tout est cher, c'est bien parce qu'il y a des foules d'oisifs, et pas autre chose. S'ils travaillaient, soit à cultiver la terre, soit à pêcher, le monde serait dans une abondance extrême. Mais il faudra rendre compte de sa pénurie au jour du redoutable jugement. 
 

Chapitre 115 
Que l'homme me dit un peu ce qu'il a apporté dans ce monde pour vouloir vivre sans rien faire! Il est clair qu'il est né nu, incapable de rien faire! Il n'est donc pas le patron de tout ce qu'il a trouvé, mais l'intendant qui devra rendre compte au jour redoutable. 
Tu dois craindre beaucoup l'abominable luxure qui rend l'homme semblable aux animaux sans raison, car ton ennemi est si familier que tu ne peux aller nulle part sans qu'il y vienne aussi. Oh combien ont péri par la luxure! A cause de la luxure, vint le déluge, et le monde péri avant la miséricorde de Dieu; seuls Noé et quatre-vingt-trois personnes se sauvèrent! A cause de la luxure, Dieu ensevelit trois cités malfaisantes et seul Lot s'enfuit avec ses deux filles! A cause de la luxure, la tribu de Benjamin fut quasiment éteinte! Je vous le dis en vérité, si je vous énumérais tous sont qui sont morts à cause de la luxure, cinq jours n'y suffiraient pas!» 
Jacques dit : «Maître, que veut dire luxure?» Jésus répondit : «La luxure est un désir effréné d'amour qui, n'étant pas dirigé par la raison, envahit tellement l'intelligence et les sentiments de l'homme que celui-ci, ne se connaissant plus lui-même, aime ce qu'il devait haïr. Croyez-moi, quand l'homme aime quelque chose, non parce que Dieu la lui a donnée, mais comme son propriétaire, c'est un fornicateur, car il uni à la créature l'âme qui doit être unie à Dieu son Créateur. Aussi Dieu se lamente par Isaïe le prophète en disant : «Tu as forniqué avec de nombreux amants. Pourtant, reviens à moi et je te recevrais!» Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, si l'homme n'avait pas de luxure à l'intérieure, dans son cœur, il n'y tomberait pas à l'extérieur, car l'arbre meurt vite une fois arrachée la racine. 
Que l'homme se contente donc de l'épouse que son créateur lui a donnée et qu'il oublie toute autre!» André demanda : «Comment l'homme oublierait-il les femmes alors qu'il vit en ville où elles se trouvent en grand nombre?» Jésus répondit : «Certes, André, celui qui vit en ville aura du mal, car la ville est un éponge qui absorbe toute iniquité!»

Chapitre 116 
En ville, il faut que l'homme vive exactement comme le soldat dont la forteresse est assiégée d'ennemis : à chaque assaut, il se défend et il craint toujours la trahison des habitants. Qu'il repousse de même, comme je l'ai dit, toute invitation externe au péché et qu'il craigne la sensibilité, car elle désir par-dessus tout les saletés. 
Mais comment se défendra-t-il s'il ne réfrène pas son œil qui est à l'origine de tout péché de la chair? Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, celui qui est privé des yeux du corps est sûr de ne recevoir de peine qu'au troisième degré, tandis que celui qui a des yeux la recevra u septième degré. 
Au temps du prophète Elie, il advint ceci. Voyant pleurer un aveugle qui était homme de bien, Elie l'interrogea : «Pourquoi pleures-tu, frère?» lui dit-il. L'aveugle répondit : «Je pleure parce que je ne peux pas voir Elie, prophète saint de Dieu!» Elie le reprit alors : «Cesse de pleurer homme, dit-il, car tu pèches en pleurant!» L'aveugle répondit : «Dis-moi donc, est-ce un péché de voir un saint prophète de Dieu qui ressuscite les morts et qui fait descendre le feu du ciel?» Elie répondit : «Ce n'est pas vrai : Elie ne peut rien faire de ce que tu dis; c'est un homme comme toi; et tous les hommes ensemble ne peuvent faire naître une seule mouche!» 
L'aveugle reprit : «Tu dis cela, homme, parce qu'Elie t'aura reproché un péché que tu as commis. C'est pour cela que tu le hais!» Elie répondit : «Plaise à Dieu que tu dise vrai, frère, car si je haïssais Elie, j'aimerais Dieu! Et plus je haïrais Elie, plus j'aimerais Dieu!» A ces mots, l'aveugle se mit fort en colère et dit : «Vive Dieu, tu es un impie! On aime donc Dieu en haïssant le prophètes de Dieu? Va-t-en à l'instant, je ne veux plus t'entendre!» Elie répondit : «Eh bien, frère, tu peux voir avec ton intelligence comme il est mauvais de regarder avec les yeux du corps : tu désires la vue pour regarder Elie, mais tu le hais avec ton âme.» L'aveugle : «Va-t-en donc! Tu es le diable et veux me pécher contre le saint de Dieu!» 
Elie soupira alors et dit en pleurant : «Tu dis vrai, frère, car ma chair que tu voudrais voir te sépare de Dieu.» L'aveugle dit : «Je ne veux pas te voir et même si j'avais des yeux, je les fermerais pour ne pas te voir!» Elie dit alors : «Sache, frère, que je suis Elie!» L'aveugle répondit : «Tu ne dis pas la vérité!» Alors les disciples d'Elie dirent : «Frère, en vérité, c'est le prophète de Dieu dit l'aveugle, qu'il me dise de quelle tribu je suis, et comment je suis devenu aveugle!»

Chapitre 117 
Elie répondit : «Tu es de la tribu de Lévi! Notre Dieu te priva de la vue parce qu'au moment d'entrer dans son peuple, alors que tu étais près de sanctuaire, tu regardas de façon mauvaise une femme!» Alors l'aveugle dit en pleurant : «Pardonne-moi, saint prophète de Dieu, car j'ai péché en te parlant. 
Si je t'avais vu je n'aurais pas péché!» Elie répondit : «Que notre Dieu te pardonne, frère! Quant à moi, je sais que tu m'as dit la vérité. En effet, plus je me hais moi-même, plus j'aime Dieu, Si tu me voyais, ton désir s'apaiserait, ce qu'à Dieu ne plaise! Car ce n'est pas Elie ton créateur, mais Dieu. 
Selon toi, je suis le diable, dit Elie en pleurant, puisque je te détourne de ton créateur! Pleure donc, frère, car tu n'as pas cette lumière qui te ferait voir le vrai du faux. Si tu l'avais, tu n'aurais pas méprisé ma doctrine. Aussi je te le dis, beaucoup qui méprisent mes paroles veulent me voir et viennent de loin pour cela. Il vaudrait mieux pour leur salut qu'ils n'aient pas d'yeux, car celui qui se complaît dans la créature quelle qu'elle soit et qui ne s'efforce pas à se complaire à Dieu, s'est fait une idole dans le cœur et a abandonné Dieu.» 
Jésus dit alors en soupirant : «Avez-vous compris tout ce qu'a dit Elie?» Les disciples répondirent : «Certes, nous l'avons compris et nous sommes stupéfaits d'apprendre que sur cette terre bien peu ne sont pas idolâtres.»

Chapitre 118 
Jésus dit alors : «Vous dites la vérité, car récemment Israël voulait, en me prennent pour Dieu, réaliser l'idolâtrie qu'ils ont dans le cœur! Beaucoup d'entre eux ont méprisé ma doctrine sous prétexte que je pouvais me rendre maître de toute la Judée en me reconnaissant Dieu. Ils prétendent que je suis fou de vouloir vivre pauvrement au milieu des déserts au lieu de demeurer continuellement parmi les princes, dans le luxe. Oh, malheureux homme, tu apprécies la lumière que nous avons en commun avec les mouches et fourmis et tu méprises la lumière qui n'est partagée que par les anges, les prophètes et les saints amis de Dieu! 
Si on ne surveille pas son œil, André, je te le dis, il est impossible de ne pas tomber dans la luxure! A ce propos , le prophète Jérémie dit justement et en pleurant : «Mon œil est un voleur qui dérobe mon âme!» Et avec une extrême ferveur, votre père David priait Dieu notre Seigneur de détourner ses yeux pour qu'ils ne voient pas les vanités, car en vérité, tout ce qui a un terme est vain. Dites-moi donc : si quelqu'un avait deux sous pour acheter du pain, les dépenserait-il pour acheter de la fumée? Certes non, car la fumée fait mal aux yeux et n'apporte rien au corps. Que l'homme fasse donc de même : qu'il cherche à l'extérieur par le regard de ses yeux et à l'intérieur par le regard de son intelligence, à connaître Dieu son créateur et le bon plaisir de sa volonté! Que la créature ne soit pas son but et ne l'égare pas loin du créateur!

Chapitre 119 
Car en vérité, chaque fois que l'homme voit quelque chose et qu'il oublie Dieu qui l'a faite à son intention, il y a péché! En effet, si ton ami te donne quelque chose à garder en souvenir de lui, mais qu'en le voyant tu l'oublie lui-même tu l'as offensé. Ainsi fait l'homme. Quand il voit une créature et qu'il ne se souvient pas du créateur qui l'a créée par amour pour lui, il pèche par ingratitude envers Dieu son créateur. 
C'est pourquoi, celui qui voit une femme et qui oublie Dieu qui l'a créa pour le bien de l'homme, il l'aime, la désire et sa luxure déborde tellement qu'il aime tout ce qui ressemble à celle qu'il aime. C'est ainsi que naquit ce péché dont il est honteux de garder en mémoire. 
Mais si l'homme met un frein à ses yeux, il dominera la sensibilité, qui ne peut désirer que ce qui lui est présenté, et la chair sera assujettie à l'esprit. Car de même que sans vent le bateau ne peut avancer, de même la chair pécher sans la sensibilité. 
Qu'ensuite, il soit nécessaire pour le pénitent d'abandonner les contes pour la prière, c'est ce que montre la raison si ce n'était déjà un ordre de Dieu. 
L'homme en effet pèche en toute parole inutile, tandis que notre Dieu efface le péché par la prière. Or la prière est avocate de l'âme; elle est remède de l'âme, elle est défense du cœur, arme de la foi, frein de la sensibilité, sel de la chair qu'elle empêche de pourrir dans le péché. Je vous le dis, la prière, c'est les mains de notre vie! 
Aussi l'homme qui prie se défendra-t-il au jour du jugement, car sur cette terre il aura guéri son âme du péché, il aura préservé son cœur de l'atteinte des mauvais désirs et offensé Satan en maintenant sa sensibilité dans la loi de Dieu. Sa chair marchera dans la justice et recevra de Dieu tout ce qu'il demandera. 
Vive Dieu, en présence de qui nous sommes, sans prière il est aussi impossible à l'homme de faire le bien qu'à un muet de dire son fait à un aveugle; qu'à une plaie de guérir sans onguent; aussi impossible que de se défendre sans bouger, d'attaquer sans armes, de naviger sans gouvernail ou de conserver de la viande sans sel. Car en vérité, celui qui n'a pas de main ne peut pas prendre. 
Si l'homme pouvait changer l'ordure en or et la boue en sucre, que ferait-il?» Comme Jésus se taisait, les disciples répondirent : «Chacun ne s'occuperait qu'à faire de l'or et du sucre!» Jésus dit alors : «Pourquoi donc l'homme ne transforme-t-il pas en prière la sotte habitude de raconter des histoires? Le temps lui est-il donné par Dieu pour qu'il l'offense? Certes non, quel prince donnerait en effet une ville à son sujet pour qu'il lui fasse la guerre? Vive Dieu, si l'homme savait comme l'âme se déforme par les paroles vaines, il se trancherait la langue avec les dents plutôt que de parler! Oh, malheureux monde : aujourd'hui les hommes ne se rassemblent pas pour prier, mais sous les portiques du temple et dans le temple même Satan y reçoit le sacrifice des paroles vaines, et qui pis est, des choses dont on ne peut parler sans honte!

Chapitre 120 
Voici le fruit des paroles vaines : elles affaiblissent tellement l'intelligence qu'elle n'est plus apte à recevoire la vérité. De même qu'un cheval accoutumé de porter une once d'ouate ne peut pas porter cent livres de pierre. 
Mais il y a pire, c'est quand l'homme passe son temps en plaisanteries. Satan lui remet ses plaisanteries-là en mémoire pendant la prière, et au moment ou il devrait pleurer ses péchés pour provoquer la miséricorde de Dieu et en recevoir le pardon, il provoque sa colère en riant. Dieu le châtiera et le réprouvera. Malheur donc à ceux qui racontent des plaisanteries et qui parlent inutilement. 
Pourtant si notre Dieu e en abomination ceux qui plaisantent et ceux qui parlent inutilement, quel cas fera-t-il de ceux qui murmurent et qui diffament le prochain? Et en quel état sont ceux qui traitent du péché comme d'une affaire absolument nécessaire? Oh, monde immonde, je ne peux pas imaginer la punition que tu recevras de Dieu! 
Je vous le dis, celui qui veut faire pénitence doit donner ses paroles à prix d'or!» Ses disciples répondirent : «Qui donc achètera des paroles d'homme à prix d'or? Sûrement personne! Et puis, comment ferait-il pénitence? Il en deviendrait certainement avare!» Jésus répondit : «Votre cœur est si lourd que je ne peux pas le soulever. Faut-il donc que je vous donne le sens de chacune de mes paroles? Pourtant remerciez Dieu qui vous a donné la grâce de connaître ses mystères. Je ne dis pas que le pénitent  doit vendre ses paroles, mais qu'il doit s'imaginer quand il parle qu'il jette de l'or. Comme on ne dépense de l'or que pour les choses nécessaire, il ne parlera que lorsqu'il sera nécessaire de parler. Comme personne ne dépense de l'or pour ce qui nuit au corps, ainsi ne parlera-t-il  pas de ce qui nuit à l'âme!. 
  
  Évangile de Barnabas (2)

 

Chapitre 121 
Tandis que le gouverneur juge le criminel qu'il a fait arrêter et que le chancelier écrit, comment cet homme parle-t-il, dites-moi ? » Les disciples répondirent : « II parle avec crainte et à propos, pour ne pas se trahir; il prend garde de ne pas dire ce qui déplairait au gouverneur, et il cherche au contraire à dire ce qui pourrait le faire libérer. » Jésus répondit alors : «C'est cela que le pénitent devrait faire pour ne pas perdre son âme, car Dieu a donné à chaque homme deux anges comme chanceliers, pour inscrire l'un le bien, l'autre le mal que fait l'homme. Si donc l'homme veut recevoir miséricorde, qu'il surveille son langage encore mieux qu'on ne surveille l'or.

Chapitre 122 
Quant à l'avarice, qu'elle se transforme en aumône! En vérité je vous le dis, l'avare a pour terme l'enfer comme le plomb a pour terme le centre de là terre, car il est impossible que l'avare possède quoi que ce soit au paradis! Savez-vous pourquoi? Je vais vous le dire. Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, bien que l'avare se taise avec sa langue, il proclame par ses ouvres « II n'y a pas d'autre Dieu que moi !.» Tout ce qu'il a, en effet, il entend le dépenser à son gré sans considérer ni d'où il vient, ni où il va, alors qu'il vient au monde nu et qu'il laissera tout en mourant. Dites moi donc, si Hérode t vous donnait un jardin à garder, mais que vous vouliez en disposer en maître, sans envoyer aucun fruit à Hérode, si vous chassiez les envoyés qu'il enverrait pour réclamer des fruits, dites-moi, ne vous constitueriez-vous pas vous-mêmes rois de ce jardin ? Oui, certes! Eh bien, je vous le dis, l'homme avare se constitue lui-même Dieu des biens qu'il a et que Dieu lui a donnés! L'avarice est une soif qu'éprouve la sensibilité. Comme elle vit de plaisir et qu'elle ne peut prendre son plaisir en Dieu qui lui est caché puisqu'elle l'a perdu parle péché, elle s'efforce d'amasser' des choses temporelles qu'elle considère comme son bien. Elle est d'autant plus forte qu'elle se voit privée de Dieu, car la conversion du pécheur vient de Dieu qui donne la grâce de se repentir. Comme le dit notre père David : « Ce changement vient de la droite de Dieu » ! 
Il faut que je vous dise ce qu'est l'homme si vous voulez savoir comment il doit faire pénitence. Mais remercions aujourd'hui Dieu qui nous a fait la grâce de communiquer sa volonté par mes paroles. Alors, les mains levées, il pria : « Seigneur, Dieu tout-puissant et miséricordieux, toi qui, en nous créant dans ta miséricorde, nous accordas le rang d'hommes, tes serviteurs, et la foi de ton messager véridique, nous te remercions pour chacun de tes bienfaits et nous voulons t'adorer, toi seul, tout le temps de notre vie, en pleurant nos péchés, en priant, en faisant l'aumône, en jeûnant, en étudiant ta parole, en instruisant ceux qui ignorent ta volonté, en souffrant de la part du monde pour ton amour, et en nous mortifiant pour te servir, Toi, Seigneur, sauve-nous de Satan, de la chair et du monde, comme tu sauves tes élus pour ton amour, pour l'amour de ton messager pour qui tu trous créas, et pour l'amour de tous tes saints et prophètes ! » Les disciples répondaient toujours : «Ainsi soit-il Ainsi soit-il, Seigneur! Ainsi soit-il, notre Dieu miséricordieux ! »

Chapitre 123 
Au lever du jour, le vendredi matin, de bonne heure Jésus convoqua ses disciples après la prière et leur dit : « Asseyons-nous et, s'il plaît à Dieu, je vous dirai ce qu'est l'homme puisque c'est aujourd'hui que Dieu le créa de la boue de la terre. » Chacun s'étant assis, Jésus reprit : « Pour démontrer à ses créatures sa bonté, sa miséricorde, sa toute-puissance, sa libéralité et sa justice, notre Dieu composa en un seul et même être quatre choses opposées l'une à l'autre. Cet être, c'est l'homme. Ces choses sont : la terre, l'eau, l'air et le feu, pour que chacune tempère son excès par l'autre. Il fit de ces quatre choses un réceptacle qui est le corps de l'homme : chair, os, sang, moelle, 'peau, nerfs et veines, et tout ce qu'il y a dedans. 
A l'intérieur il mit l'âme et la sensibilité,' comme les deux mains de cette vie. ü donna pour emplacement à ta sensibilité toutes les parties du corps et celui-ci ta diffusa en lui comme de l'huile. A l'Ame, il donna pour emplacement le cœur. Unie à la sensibilité, elle y dirige toute la vie. 
Ayant ainsi créé l'homme, Dieu mit en lui une lumière qu'on appelle la raison. Celle?ci devrait unir la chair, la sensibilité et l'âme dans le but unique de travailler au service de Dieu. Puis il plaça cette œuvre dans le paradis. Mais la sensibilité ayant séduit la raison à l'instigation de Satan, la chair perdit le repos, la sensibilité perdit le plaisir dont elle vit et l'âme perdit sa beauté. Et l'homme est resté en cet état. La sensibilité qui n'est plus dirigée par la raison, ne s'apaise pas dans le travail; au contraire, elle cherche le plaisir et suit la lumière 
que lui montrent les yeux. Mais comme les yeux ne peuvent voir que la vanité, elle se trompe et en choisissant les choses terrestres, elle pèche. 
Pour que la raison distingue le bien du mal et le vrai plaisir, il faut donc qu'elle soit de nouveau illuminée par la miséricorde de Dieu. Quand elle le distingue, le pécheur se convertit à la pénitence. C'est pourquoi, je vous le dis en vérité, si Dieu notre Seigneur n'illumine pas le cœur de l'homme, les raisonnements des hommes ne serviront à rien! » 
Jean dit : « A quoi servent donc les paroles des hommes » Jésus répondit : « L'homme, en tant qu'homme, ne sert à rien pour convertir quelqu'un à la pénitence, mais en tant que moyen dont Dieu se sert, il convertit. Aussi, comme Dieu agit secrètement dans l'homme pour son salut, il faut écouter chacun et le recevoir comme celui en qui Dieu nous parle. » 
Jacques demanda : « Maître, si par hasard un faux prophète ou un docteur en mensonges se présente et prétend nous enseigner, que devons-nous faire ? »

Chapitre 124 
Jésus répondit par une comparaison : « Un homme s'en va avec son filet pour 'pécher. Ii prend beaucoup de poissons, mais il jette ceux qui sont mauvais. Un homme sort pour semer, mais seul, le grain qui tombe en bonne terre fructifiez. Ainsi devez-vous faire :écoutez chacun, mais ne recevez que la vérité, car la vérité seule fructifie pour la vie éternelle. 
André répondit : «Mais comment reconnaîtra-t-on la vérité ? » Jésus répondit : «Recevez comme vrai tout ce qui est conforme au livre de Moïse. Car Dieu est un, la vérité est une. En conséquence, la doctrine est une, le sens de la doctrine est un et c'est pourquoi est une aussi la foi. Je vous le dis en vérité, si la vérité n'avait pas été effacée du livre de Moïse, Dieu n'aurait pas donné le second livre à David, notre père. Et si le livre de David n'avait pas été contaminé, Dieu ne m'aurait pas envoyé l'évangile, car le Seigneur notre Dieu est immuable et il a tenu un seul langage à tous les hommes. C'est pourquoi, quand le messager de Dieu viendra, il purifiera tout ce que les impies auront contaminé dans mon livre. 
Celui qui écrit répondit : « Maitre, que fera l'homme si la toi est contaminée et que parle un faux prophète? » Jésus répondit : Grande est ta demande Barnabé! Eh bien, je te le dis, en ce cas-là, peu se sauvent! Car alors les hommes ne font plus attention à Dieu qui est leur but. Vive Dieu Il en présence de qui se tient mon âme, toute doctrine qui détourne l'homme de son but, c'est-à-dire de Dieu, est une doctrine exécrable. Toi qui as offensé Dieu et qui l'offenses chaque jour, tu considéreras trois choses dans la doctrine : l'amour envers Dieu, l'affection envers le prochain et la haine envers soi-même. Toute doctrine contraire à ces trois points, fuis?la, elle est exécrable! » 
 

Chapitre 125 
l'en reviens à l'avarice, et je vous dis ceci : quand la sensibilité veut s'emparer d'une chose ou la conserver avec ténacité, que la raison dise : « Cette chose aura un terme.» II est évident que si elle a un terme, c'est folie de l'aimer et qu'il faut aimer et conserver ce qui n'aura pas de terme. 
Que l'avarice se transforme donc en aumône! Que l'avare' donne bien ce qu'il a amassé pour le mal et qu'il prenne garde que sa main gauche ignore ce que donne sa main droite! Ce sont les hypocrites qui veulent être vus et loués par le monde quand ils font l'aumône. En vérité, ils sont stupides, car c'est de celui pour lequel il travaille que l'homme reçoit son salaire. Si c'est de Dieu que l'homme veut recevoir quelque chose, c'est Dieu qu'il doit servir! 
Soyez attentifs en faisant l'aumône : considérez que tout ce que vous donnez pour l'amour de Dieu, vous le donnez à Dieu. Ne rechignez pas à donner! Donnez pour l'amour de Dieu ce que vous avez de meilleur! Dites-moi, voudriez-vous recevoir de Dieu quelque chose de mauvais? Certes non, poussière et cendre! Alors, comment avez-vous la foi en vous si vous donnez quelque chose de mauvais pour l'amour de Dieu? II vaudrait mieux ne rien donner que de donner quelque chose de mauvais. 
En effet, si vous ne donniez rien, vous auriez quelque excuse selon le monde, mais si vous donnez quelque chose de mauvais en conservant pour vous le meilleur, quelle« sera votre excuse! Voilà tout ce que j'ai à vous dire au sujet de la pénitence. » Barthélémy répondit : « Combien de temps doit durer la pénitence? » Jésus répondit : « L'homme doit se repentir et faire pénitence aussi longtemps qu'il est en état de péché. Or, l'être humain pèche toujours. Aussi doit-il toujours faire pénitence! à moins que vous ne vouliez faire plus grand cas de vos chaussures que de votre âme, puisque vous les réparez chaque fois qu'elles s'abîment! »

Chapitre 126 
Ayant convoqué ses disciples, Jésus les envoya deux à deux dans tout Israël en disant : «Allez et prêchez comme vous avez entendu ! » ils assirent et il leur posa la main sur la tête en disant « Au nom de Dieu, rendez la santé aux malades, chassez les démons et détrompez Israël à mon sujet en lui disant ce que j'ai dit devant le pontife! » 
Et tous partirent sauf celui qui écrit, ainsi que Jacques et Jean. Ils allèrent par toute la Judée , prêchant la pénitence comme le leur avait dit Jésus et guérissant toute sorte :d'infirmité à tel point que furent confirmées en Israël les paroles de Jésus :  Dieu  est un et Jésus est prophète de Dieu, puisqu'une grande foule les voyait faire ce que Jésus lui-même faisait, c'est-à-dire guérir les malades. Mais les fils du diable, c'est-à-dire les. prêtres et les scribes, trouvèrent un autre moyen de persécuter Jésus. Ils commencèrent à dire que Jésus aspirait à régner sur Israël. Cependant ils craignaient le peuple; aussi c'est en secret qu'ils complotaient contre Jésus. 
Après avoir parcouru la Judée , les disciples retournèrent à Jésus. Il les reçue comme un père reçoit ses enfants, en disant : « Dites-moi ce qu'a fait le Seigneur notre Dieu. Oui j'ai vu Satan tomber sous vos pieds; vous le piétiniez comme le vigneron le raisin. » Ils répondirent : « Maure, nous avons guéri une infinité de malades et chassé beaucoup de démons qui tourmentaient les hommes. » 
Jésus dit : « Dieu vous pardonne, frères, mais vous avez péché en disant : « Nous avons guéri », c'est Dieu qui a tout fait ! » Ils répondirent : « Nous avons parlé comme des sots. Enseigne-nous donc comment nous devons parler! » Jésus répondit: « En toute bonne action, dites : « Dieu a fait », Et en toute mauvaise action, dites : « J'ai péché ». ? « Ainsi ferons-nous! » dirent les disciples. 
Jésus dit alors : « Et qu'a dit Israël après avoir vu Dieu faire par les mains de tant d'hommes ce qu'il a fait par les miennes'' » Les disciples répondirent 
« Ils disent qu'il y a un seul Dieu et que tu es prophète de Dieu. » Jésus répondit, le visage joyeux : Béni soit le saint nom de Dieu qui n'a pas dédaigné le désir de son serviteur.» Cela dit, ils allèrent se reposer. 
 

Chapitre 127 
Jésus quitta le désert et entra à Jérusalem. Tout le peuple courut au temple pour le voir. Aussi, après la lecture des psaumes, Jésus monta sur le pinacle à l'endroit où montait le scribe. Ayant de !a main réclamé le silence, il dit : « Frères, béni soit le saint nom de Dieu qui nous a .créés de la boue de la terre et non d'esprit ardent, car quand nous péchons nous trouvons miséricorde auprès de Dieu, tandis que Satan ne la trouvera jamais puisqu'il est incorrigible dans son orgueil. Il. répète toujours qu'il est noble puisqu'il est esprit ardent. 
Avez-vous entendu, frères, ce que notre père David dit de notre Dieu : qu'il s'est souvenu que nous sommes poussière, que notre esprit va et ne revient pas et que c'est pour cela qu'il nous a fait miséricorde ? Heureux ceux qui connaissent ces paroles car .ils ne pécheront pas à jamais contre leur Seigneur; comme ils se repentent après leur péché, celui-ci ne dure pas. 
Malheur à ceux qui s'exaltent car ils seront humiliés' dans les ardentes braises de l'enfer! Dites-moi, frères, pourquoi s'exalter? En tire-t-on quelque bien ici-bas ? Certes non! comme le dit le prophète de Dieu, Salomon : « Tout ce qui est sous le soleil est vanité! » 
Mais si les choses du monde ne nous fournissent pas'. de raison de nous exalter dans notre coeur, encore beaucoup moins nous en donne notre vie, tourmentée qu'elle est de nombreuses misères. Toutes les créatures inférieures à l'homme luttent en effet contre nous! Oh, combien en a tués l'été brûlant! Combien en a tués l'hiver gelé et froid! Combien ont été tués par la foudre et la grêle ! Combien se sont noyés en mer par l'impétuosité du vent! Combien sont morts de la peste, de la famine, dévorés par des fauves, mordus par des serpents, étouffés par des aliments! Oh, malheureux homme qui s'exalte malgré tant de contrepoids qui l'exposent à être assailli en tout lieu par toutes les créatures!

Chapitre 128 
Mais que dirais?je de la chair et de la sensibilité qui ne désirent que l'iniquité? Que dirai-je du monde qui ne présente que le péché? des réprouvés qui, pour servir Satan, persécutent celui qui veut vivre selon la loi de Dieu? Oui, frères, si l'homme ouvrait les yeux, comme le dit David notre père, il ne pécherait jamais' ! 
S'exalter dans son coeur, ce n'est pas autre chose que fermer la porte à la pitié et à la miséricorde de Dieu pour qu'il ne pardonne pas! Notre père David dit que notre Dieu s'est souvenu que nous sommes poussière ' et que notre esprit va et ne revient pas". Or, celui qui s'exalte nie qu'il est poussière. Comme il ne reconnaît pas le besoin où il se trouve, il n'appelle pas à l'aide, et il irrite Dieu qui pourrait l'aider. Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, Dieu pardonnerait à Satan si Satan reconnaissait sa misère et demandait miséricorde à son créateur, qui est béni à jamais ! 
Or donc, frères, moi, un homme, poussière et boue cheminant sur la terre, je vous dis : faites pénitence et reconnaissez vos péchés! Je sais, frères, que Satan vous a trompés au moyen de l'armée romaine quand vous disiez que j'étais Dieu. 
Gardez-vous donc de les croire : ils sont tombés dans la malédiction de Dieu en servant des dieux faux et menteurs ainsi que notre père David les invectiva : « Les dieux des nations sont d'argent et d'or, couvre de leurs mains : ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n'entendent pas, un nez et ne sentent pas, une bouche et ne mangent pas, une langue et ne parlent pas, des mains et ne touchent pas, des pieds et ne marchent pas ! » C'est pourquoi notre père David dit en priant notre Dieu vivant : « Qu'ils leur soient semblables ceux qui les font et qui se confient en eux ! » ils font toutes sortes de scélératesses. Moi je jeûne deux fois la semaine, et je donne la dîme de tout ce que je possède ! » 
Le publicain se tenait au loin. prosterné à terre. II disait en se frappant la poitrine et la tête inclinée « Seigneur,  je ne suis pas digne de regarder le ciel ni ton sanctuaire car j'ai beaucoup péché. Aie pitié de moi ! » 
En vérité, je vous le dis, le publicain redescendit du temple meilleur que le pharisien, car notre Dieu le rendit juste en lui pardonnant tous ses péchés. Mais le pharisien descendit pire que le publicain car notre Dieu ayant ses actions en abomination, le réprouva. 
 

Chapitre129 
La hache se glorifiera-t-elle d'avoir coupé la forêt où l'homme a fait un jardin? Certainement pas, car c'est l'homme qui a tout fait de ses propres mains. Et il a fait la hache elle-même. Et toi, homme, tu te glorifierais d'avoir fait quelque bien, alors que notre 
Oh, orgueil inouï que celui des hommes créés par Dieu à partir de la terre, ils oublient leur condition et veulent se faire un Dieu à leur gré. Sans rien dire, ils se moquent de Dieu; c'est comme s'ils disaient : « II ne sert à rien de servir Dieu! » car c'est ce que montrent leurs oeuvres. 
C'est à cela que voulait vous réduire Satan, frères, vous faire croire que je suis Dieu, alors que je ne peux vous être d'aucune utilité, moi qui ne peux même pas créer une seule mouche" et qui suis passible et mortel. Si j'ai moi-même besoin de tout, comment vous aiderais-je en tout, comme c'est le propre de Dieu? Mais nous qui avons notre grand Dieu qui a tout créé par sa parole, nous nous moquerons des gentils et de leurs dieux. 
Deux hommes montèrent ici, au temple, pour prier; l'un était pharisien et l'autre publicains. Le pharisien se rendit près du sanctuaire. Priant la tête haute, il dit : «Je te remercie, Seigneur mon Dieu. car je ne suis pas comme les autres hommes pécheurs, et particulièrement comme ce publicain : Dieu t'a créé à partir de la boue et qu'il opère en toi tout le bien qui s'y fait pourquoi méprises-tu ton prochain? Ne sais-tu pas que si Dieu ne te gardait pas de Satan, tu serais pire que Satan? Ne sais-tu pas qu'un seul péché transforma le plus beau des anges en le plus hideux des démons ? Qu'un seul péché transforma Adam t, l'homme le plus parfait qui soit venu au monde en malheureux, le soumettant lui et toute sa descendance à tout ce que nous soutirons? 
Quel décret as-tu qui te permette, de vivre à ton gré sans craindre personne ? Malheur à toi, boue, car pour avoir voulu t'exalter au-dessus de Dieu ton créateur, tu seras prostrée sous les pieds de Satan ton tentateur. » Cela dit, Jésus pria, les mains levées vers le Seigneur. Et tout le peuple disait : «Qu'il en soit ainsi ! Qu'il en soit ainsi ! » 
toucher!» Jésus dit alors : « Simon, je dois te dire quelque chose ». Simon répondit : « Parle, Maître, car je désire ta parole !» 
 

Chapitre 130 
Jésus dit : « II était une fois un homme qui avait deux débiteurs. L'un lui devait cinquante sous et l'autre cinq cents. Comme ils n'avaient pas de quoi payer. pris de pitié, il remit à chacun sa dette. Lequel aima le plus son créditeur?» Simon répondit : « Celui auquel fut remise la plus grande dette! » Jésus dit : « Tu as bien dit ! » 
Aussi je te le dis, considère cette femme ainsi que toi-même. Tous deux vous étiez débiteurs de Dieu. l'un pour la lèpre du corps et l'autre pour la lèpre de l'âme, c'est-à-dire le péché. Pris de pitié par mes prières,  Dieu notre Seigneur. a voulu guérir chez toi le corps, et chez elle l'âme. Mais toi, tu m'aimes 
Quand il eut terminé la prière, il descendit du pinacle. On lui présenta alors de nombreux infirmes auxquels il rendit la santé et il quitta le temple. 
Alors Simon le lépreux, qu'il avait guéri, l'invita à manger le pain. Les prêtres et les scribes qui haïssaient Jésus racontèrent à l'armée romaine ce que Jésus avait dit contre leurs dieux. Aussi cherchaient-ils un moyen de le tuer, mais ils ne le trouvaient pas car ils craignaient le peuple. 
Jésus étant entré dans la maison de Simon, ils se mirent à table. Tandis qu'ils mangeaient, voici qu'une femme du nom de Marie, pécheresse publique, entra dans la maison. Prosternée à terre, derrière les pieds de Jésus; elle les lavait de ses larmes, les oignait d'un onguent précieux et les essuyait de ses cheveux. Simon et tous ceux qui mangeaient se scandalisèrent. Ils disaient en eux-mêmes : «S'il était prophète, il saurait qui et comment est cette femme et il ne se laisserait pas peu car tu as peu reçu : Quand je suis entré dans ta maison, tu ne m'as pas donné un baiser, tu n'as pas oint ma tête. Par contre cette femme, tu as vu qu'aussitôt entrée chez toi elle s'est placée à mes pieds ; elle les a lavés de ses larmes et les a oints d'un onguent précieux. C'est pourquoi je te dis en vérité, beaucoup de péchés lui sont remis parce qu'elle a beaucoup aimé! » 
Et se tournant vers la femme, il dit : « Va en paix car le Seigneur notre Dieu t'a pardonné tes péchés ! Mais prends garde de ne plus pécher! Ta foi t'a sauvée!»

Chapitre 131 
Après la prière de la nuit, les disciples s'approchèrent de Jésus et dirent : « Maître, comment devons-nous faire pour fuir l'orgueil ? » Jésus répondit : « Avez-vous vu un pauvre, invité par un prince à manger le pain? » Jean répondit: « Moi j'ai mangé le pain chez Hérode, car avant de te connaître, j'allais pêcher et je vendais le poisson à ta maison d'Hérode. Un jour que celui?ci donnait un repas, j'avais apporté un beau poisson et il me fit rester pour manger. 
Jésus dit alors : «Comment? Tu as mangé le pain avec des infidèles! Que Dieu te pardonne, Jean! Mais dis-moi, comment t'es-tu componé à table ? As-tu cherché à avoir la place !a plus honorable ? As-tu demandé les aliments les plus recherchés ? As-tu parlé sans être interrogé? As-tu pensé que tu étais plus digne que les autres de t'asseoir à table ? » 
Jean répondit : « Vive Dieu! En me voyant moi, vil pécheur mal vêtu, assis parmi les barons du roi, je n'osais pas lever les yeux! Puis, le roi m'ayant donné un morceau de viande, il me sembla que le monde me tombait sur la tête à cause de la grandeur de cette faveur. Je le dis en vérité, si le roi avait été de notre loi, j'aurais voulu le servir tout le temps de ma vie! » 
Jésus cria : « Tais-toi, Jean. je crains que Dieu ne nous engloutisse comme Abiron à cause de notre orgueil ! » Les disciples tremblèrent d'épouvante aux paroles de Jésus. Puis il ajouta : « Craignons que Dieu ne nous engloutisse à cause de notre orgueil ! » 
« Frères, vous avez entendu Jean et comment on fait chez un prince. Malheur aux hommes qui viennent au monde, car s'ils vivent dans l'orgueil, ils mourront dans l'ignominie et s'en iront dans là confusion. 
Ce monde en effet est une maison où Dieu invite les hommes à manger; tous les saints et prophètes de Dieu y ont mangé. Je vous le dis en vérité, tout ce que reçoit l'homme, il le reçoit de Dieu. Aussi l'homme devrait-il demeurer dans une extrême humilité, en reconnaissant sa bassesse et la grandeur de Dieu, et le grand bienfait qu'il nous accorde en nous nourrissant. II n'est donc pas permis à l'homme de dire : « Pourquoi fait-on ceci et pourquoi dit-on cela dans le monde?» Qu'il se regarde lui-même au contraire et qu'il se reconnaisse indigne ? ce qu'il est en vérité,  de se tenir dans le monde à la table de Dieu. 
Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, en ce monde on ne reçoit de Dieu rien de si petit que l'homme ne doive donner sa vie en retour pour l'amour de Dieu! Vive Dieu, tu n'as pas péché, Jean, en mangeant avec Hérode, car Dieu t'y disposa pour que tu sois notre maître et celui de quiconque craint Dieu. Faites en sorte, dit Jésus à ses disciples, de vivre dans le monde comme vécut Jean chez Hérode quand il margea le pain avec lui. et, en vérité, en toute chose vous serez exempts d'orgueil ! »

Chapitre132 
Tandis qu'il cheminait au bord de la mer de Galilée, Jésus fut entouré d'une grande multitude de gens.  monta alors dans une barque qui d'elle-même s'éloigna un peu de la rive, et s'arrêta assez près de la terre pour qu'on puisse entendre sa voix. Tous s'approchèrent de la mer, s'assirent et attendirent qu'il parle. 
Ayant donc ouvert la bouche, il dit : « Voici que sortit le semeur. En semant, une partie de la semence tomba sur la toute; elle fut piétinée par les hommes et mangée par les oiseaux. Une partie tomba sur les pierres, mais en poussant, comme elle n'avait pas d'humidité, elle sécha au soleil . Une partie tomba dans les haies, et en poussant, les épines étouffèrent la semence. Enfin une partie tomba dans la bonne terre et elle produisit jusqu'à trente, soixante, et même cent. » 
Jésus dit encore : « Voici qu'un père de famille sema du bon blé dans son champs. Puis, tandis que dormaient les serviteurs du brave homme, l'ennemi de leur patron vint et sema l'ivraie par-dessus la bonne semence. Quand le blé leva, on vit qu'une grande quantité d'ivraie avait poussé avec le blé. Les serviteurs s'approchèrent du patron et dirent 
« Seigneur, n'as-tu pas semé de la bonne semence dans ton champ? Pourquoi donc une grande quantité d'ivraie a-t-elle levé ? » Le patron répondit : « Du bon blé, j'en ai semé, mais pendant que les hommes 
Jésus dit encore : « Voici un citadin dont la source fournit de l'eau à tous ses voisins pour laver leurs saletés alors que lui-même laisse détériorer ses propres habits. » 
Jésus dit encore : « Deux hommes sortirent pour vendre des pommes. L'un voulait vendre la peau de la pomme au poids de l'or, sans s'occuper dé la pulpe ; l'autre cherchait seulement à donner les pommes contre un morceau de pain pour le voyage. Mais les hommes achetèrent la peau des pommes au poids de l'or, sans s'occuper de celui qui voulait les leur donner; bien plus, ils le méprisèrent ! » 
Et ainsi, ce jour-là, Jésus parla à la foule en paraboles. Ayant congédié celle-ci, il se rendit avec ses disciples à Naïn où il avait ressuscité" le fils de la veuve. Celui-ci et sa mère le reçurent chez eux et le servirent. 
 

Chapitre 133 
Les disciples s'approchèrent de Jésus et l'interrogèrent : « Maître, donne-nous le sens des paraboles que tu as dites au peuple ! » Jésus répondit : dormaient, l'ennemi de l'homme vint et sema l'ivraie par-dessus le blé! » Les serviteurs dirent: « Veux-tu que nous allions retirer l'ivraie du blé ? » Le patron répondit : « Ne te faites pas, parce que vous arracheriez en même temps le blé; attendez au contraire que vienne le temps de la récolte, alors vous irez retirer l'ivraie du blé et vous la jetterez au feu. Quant au froment, vous le mettrez dans mon grenier! » 
Jésus dit encore : « beaucoup d'hommes sortirent pour vendre des figues. Une fois sur la place, voici que les hommes ne cherchaient pas de bonnes figues, mais de belles feuilles. Pour cette raison, les hommes ne purent pas vendre les figues. Ce qu'ayant vu, un mauvais citadin se dit : « Je peux certainement devenir riche ! » Il appela donc deux de ses fils et ils allèrent cueillir une grande quantité de feuilles avec de mauvaises figues. Ils les vendirent à prix d'or, car les hommes appréciaient beaucoup les feuilles. Par la suite, en mangeant les figues, les hommes tombèrent très gravement malades. » 
« L'heure de prier approche. Mais quand nous aurons fait !a prière des vêpres, je vous dirai le sens des paraboles. » La prière faite, les disciples s'approchèrent de Jésus. I! leur dit : « L'homme qui sème sur la route, sur tes pierres, sur les épines et dans la bonne terre, c'est celui qui enseigne la parole de Dieu. Elle tombe sur un grand nombre d'hommes. Elle tombe sur ?la route quand elle parvient aux oreilles des marins et des marchands, car Satan ôte de leur mémoire la parole de Dieu à cause des longs voyages qu'ils font et de la diversité des. nations qu'ils fréquentent. 
Elle tombe sur les pierres quand elle parvient aux oreilles des courtisans, car elle ne pénètre pas en eux à cause du grand souci qu'ils prennent de servir le corps d'un prince; même s'ils gardent quelque mémoire de la parole de Dieu, ils l'oublient dès qu'ils ont quelque tracas. Ne servant pas Dieu en effet, ils ne peuvent pas espérer son aide. 
Elle tombe dans les épines, quand elle parvient aux oreilles de ceux qui aiment leur propre vie. Même si la parole de Dieu croît en eux, quand les désirs charnels croissent, ils étouffent la bonne semence de la parole de Dieu, cal' les satisfactions charnelles font abandonner. la parole de Dieu. 
La parole de Dieu tombe dans la bonne terre quand elle parvient aux oreilles de celui qui craint Dieu ; elle porte alors du finit de vie éternelle. Je vous le dis donc en vérité, en tout état de vie, si l'homme craint Dieu, la parole de Dieu portera fruit en lui. 
Quant à ce père de famille, en vérité je vous le dis, c'est Dieu, notre Seigneur, père de toute chose puisqu'il a faut créé. Mais il n'est pas père par nature, car il ne comporte pas de mouvement, et sans mouvement on ne peut engendrer. C'est notre Dieu, donc, auquel appartient ce monde. Son champ, c'est les hommes. La semence, c'est la parole de Dieu. Quand les docteurs négligent la prédication de la parole de Dieu pour s'occuper des affaires du monde, Satan sème l'erreur dans le tacot des hommes. C'est ainsi que sont nées une infinité de sectes à la doctrine détestable. 
Les saints et les prophètes crient : « Seigneur, n'as-tu pas donné une bonne doctrine aux hommes? Pourquoi donc y a-t-il tant d'erreurs ?» Dieu répond « J'ai donné une bonne doctrine aux hommes, mais pendant que les hommes se sont adonnés aux vanités, Satan y a semé des erreurs pour détruire ma loi ! » Les saints disent : «Seigneur, nous disperserons ces erreurs en détruisant les hommes! Dieu répond : « Ne le faites pas, car les fidèles sont tellement unis aux infidèles par lien de parenté qu'on perdrait le fidèle avec l'infidèle! Mais attendez jusqu'au jugement! En ce temps?là, les infidèles seront rassemblés par mes anges et seront chassés eu enfer avec Satan. Alors les bons fidèles viendront

Chapitre 134 
Ceux qui portent les bonnes figues. ce sont les vrais docteurs qui prêchent la bonne doctrine, mais le monde qui se complaît dans les mensonges cherche auprès des docteurs les feuilles des belles paroles et de la flatterie. Ce que voyant. Satan se joint à la chair 
dans mon royaume. » Il est certain que beaucoup de pères infidèles engendreront des fils fidèles et à cause d'eux, Dieu attend que le monde fasse pénitence. 
et à la sensibilité et apporte un grand nombre de feuilles, c'est la quantité de choses terrestres dans lesquelles il cache le péché. En recevant celui-ci, l'homme tombe malade et se tourne vers la mort éternelle. 
Le citadin quia de l'eau et qui la donne à d'autres pour que son eau lave leurs impuretés tandis qu'il laisse détériorer ses propres vêtements, c'est le docteur qui prêche la pénitence à d'autres alors que lui-même demeure toujours dans le péché. Oh le malheureux! Ce ne sont pas les anges, mais sa propre langue qui écrit dans l'air la peine qui lui convient! Si quelqu'un avait la langue d'un éléphant et le restant du corps petit comme une fourmi, ne serait-il pas monstrueux ? Oui, bien sûr, eh bien, je vous le dis, en vérité, il est plus monstrueux encore celui qui prêche aux autres la pénitence mais qui ne se repent pas de ses propres péchés. 
Et ces deux hommes qui vendent des pommes? L'un prêche pour l'amour de Dieu et ne flatte personne. Au contraire, il prêche en vérité et ne recherche que la nourriture d'un pauvre. Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, un tel homme n'est pas bien reçu par le monde, mais bien plutôt méprisé ! Par contre, celui qui vend la peau au poids de l'or et qui donne la pomme, c'est celui qui prêche pour plaire aux hommes. En flattant le monde, il perd l'âme qui accepte sa flatterie. Combien ont péri ainsi! » 
Celui qui écrit répondit alors :«Comment faut-il écouter la parole de Dieu et à quoi reconnaît-on celui qui prêche pour l'amour de Dieu?» Jésus répondit : « On doit écouter celui qui prêche, quand il prêche la bonne doctrine, comme si c'était Dieu qui parlait, car Dieu parle par sa bouche. Mais celui qui ne réprouve pas les péchés et qui au contraire, fait acception des personnes en les flattant, il faut le fuir comme un horrible serpent, car en vérité il empoisonne le coeur humain. Comprenez-vous? Je vous le dis en vérité, de même que le blessé n'a pas besoin de beaux bandages pour panser ses plaies, mais bien de bon onguent, de même le pécheur n'a pas besoin de beaux discours, mais plutôt de bons reproches pour qu'il cesse de pécher. »

Chapitre 135 
Pierre dit alors : « Maître, pour que l'homme fuie le péché, dis-nous 'comment seront tourmentés les damnés et combien de temps ils resteront en enfer ! » 
Jésus répondit : « Pierre, grande est ta demande ; pourtant, s'il plaît à Dieu, je te répondrai : Sachez donc que l'enfer est un, même s'il comporte sept cercles superposés : il s'y trouve sept peines tout comme il y a sept sortes de péchés que Satan a engendrés comme les sept portes de l'enfer. 
En effet, l'orgueilleux, c'est-à-dire le plus hautain de coeur, sera précipité dans le cercle le plus bas en passant par tous les cercles intermédiaires et en y souffrant toutes les peines qui s'y trouvent. Comme il s'efforce ici bas d'être supérieur à Dieu en voulant agir à sa guise à l'inverse de ce que Dieu commande et qu'il ne veut connaître aucun supérieur, il sera placé là?bas sous les pieds de Satan et de ses diables qui le piétineront comme du raisin quand on fait le vin. Et il sera pour toujours tourné en dérision et en raillerie par les diables. 
L'envieux qui se ronge ici-bas du bien qui arrive au prochain et qui se réjouit de son malheur, descendra dans le sixième cercle; il y sera rongé par une grande quantité de serpents infernaux ; il lui semblera que tout ce qui se trouve en enfer se réjouit de son tourment et s'afflige de ce qu'il ne soit pas descendu au septième cercle. En effet, bien que les damnés ne soient susceptibles de se réjouir d'aucune manière, la justice de Dieu fera en sorte que le misérable les voie ainsi. Comme celui qui croit voir en songe quelqu'un qui le méprise et qui s'en tourmente, ainsi en sera-t-il pour le misérable envieux; là où il n'y a aucune joie, il lui semblera que chacun se réjouit de son malheur et s'afflige qu'il ne lui soit pas arrivé pire ! 
L'avare descendra au cinquième cercle; il y souffrira une pauvreté extrême, comme la souffrit le riche bon vivant ; pour accroître son tourment, les démons lui présenteront ce qu'il voudra, mais quand il l'aura entre les mains, d'autres diables le lui enlèveront violemment, en disant :« Rappelle-toi que tu n'as pas voulu donner pour l'amour de Dieu Aussi maintenant, Dieu ne veut pas que tu reçoives » Oh, le malheureux homme! qu'éprouvera-t-il et en voyant la pénurie présente et en se rappelant l'abondance passée, et qu'il pouvait, avec les biens qu'il ne peut plus avoir, acquérir les délices éternelles ! 
Au quatrième cercle, s'en ira le luxurieux. Ceux qui auront transformé la voie que Dieu leur avait donnée, seront plongés dans l'excrément brûlant du diable comme du blé que l'on cuit; ils y seront enlacés par d'horribles serpents infernaux. Quant à ceux qui auront péché avec des prostituées, toutes leurs actions impures se changeront en union avec les furies infernales qui sont des démons en forme de femmes; leurs cheveux sont des serpents, leurs yeux du soufre enflammé, leur bouche est vénéneuse, leur langue est du fiel, leur corps est tout frisé d'hameçons recourbés comme ceux avec lesquels on prend l'imprudent poisson, leurs griffes sont comme celles d'un griffon, leurs ongles sont des rasoirs et leur sens génital a pour nature le feu. Chaque luxurieux jouira avec elles des braises infernales qui seront son lit ! 
Au troisième cercle. descendra le paresseux qui ne veut pas travailler maintenant. On y bâtit des villes et des constructions immenses qu'il faut détruire dès qu'elles sont faites sous prétexte qu'une seule pierre n'est pas bien placée. Leurs pierres, très grandes. sont placées sur les épaules du paresseux. Celui?ci n'a pas les mains libres pour se rafraîchir le corps tandis qu'il marche, ni pour soulever la charge car la paresse lui a enlevé la force des bras et que ses pieds sont enchaînés par des serpents infernaux. Ce qui est pire. derrière lui se trouvent des démons qui le poussent et le font souvent tomber à terre sous la charge que personne ne l'aide à soulever; et comme il tarde trop à la soulever, une double charge lui est imposée ! 
Au deuxième cercle, descendra le gourmand. Or, ici, la famine est si grande qu'on n'y mange que 
des scorpions et des serpents vivants : ils procurent un tel tourment qu'il vaudrait mieux n'être jamais né que de manger une telle nourriture. 
Des aliments recherchés lui sont bien présentés, en apparence, par les démons, mais comme il a les mains et les pieds liés par des chaînes de feu, il ne peut prendre en main ce vent qui lui parait être un aliment. Et ce qui est pire, ces scorpions mêmes qu'il mange pour qu'ils lui dévorent le ventre, ne pouvant sortir vite, déchiquettent ses parties secrètes. Quand ils sont sortis, souillés et immondes, le gourmand les remange sales comme ils sont ! 
Le coléreux descend au premier cercle. II y est outragé par tous les diables. Tous ceux qui descendent, damnés inférieurs à lui, se moquent de lui et le frappent. Ils le font coucher sur la route où ils passent et lui mettent les pieds sur la gorge. II ne peut se défendre puisqu'il a les mains et les pieds liés. Ce qui est pire, c'est qu'il ne peut donner cours à sa colère en outrageant les autres, car sa langue est accrochée par un clos semblable à celui dont se sert le bouchers. 
En cet endroit maudit, il y aura une peine générale, commune à tous les cercles, comme on mélange tous les grains pour en faire un pain, car le feu, la glace, la tempête, les éclairs, le soufre, la chaleur, le froid, le vent, la rage, l'épouvante seront tous si bien unis par la justice de Dieu, que le froid ne tempérera pas le chaud, ni le feu la glace, mais que chaque chose apportera un tourment au misérable pécheur!

Chapitre 136 
En ce lieu maudit, les infidèles demeureront toujours en sorte que si le monde était plein de grains de mil et si, pour le vider, un seul oiseau en enlevait un grain tous les cent ans et si les infidèles ne devaient aller au paradis qu'une fois le monde vidé, ils demeureraient là avec joie. Mais cette espérance n'existe pas. Leur tourment ne peut avoir de fin car ils ne voulurent pas mettre fin à leur péché pour l'amour de Dieu. 
Quant aux fidèles, ils seront soulagés et leur tourment prendra fin. » En entendant cela, les disciples furent effrayés et dirent : « Les fidèles doivent-ils donc aller en 
enfer? » Jésus répondit : « Chacun, quel qu'il soit, doit aller en enfer. Il est vrai toutefois que les saints et prophètes de Dieu s'y rendront pour voir, sans souffrir aucune peine et qu'ils n'en retireront que de la crainte. 
Mais que dis?je ? le messager de Dieu lui-même s'y rendra pour voir la justice de Dieu, et l'enfer en tremblera devant lui. Et, comme il sera de chair humaine, tous ceux qui sont de chair humaine et qui se trouveront dans la peine, seront exempts de peine aussi longtemps que le messager de Dieu restera à regarder l'enfer. Mais il y restera le temps qu'il faut pour fermer et ouvrir les yeux. Dieu fera cela pour que toute créature sache qu'elle a tiré profit du messager de Dieu. Quand il s'y rendra, tous les diables chercheront à se cacher sous les braises ardentes, poussant des cris et se disant l'un à l'autre : « Fuis, fuis, car voici qu'arrive Muhammad, notre ennemi ! »  En l'entendant, Satan se frappera la face des deux mains et il dira en poussant des cris : « A ma honte, tu es plus noble que moi et cela n'est pas juste !» 
Quant aux fidèles, répartis en soixante-douze degrés, ceux des deux derniers degrés qui auront eu la foi mais sans faire le bien, ? les uns s'attristant de devoir bien agir et les autres se réjouissant du mal ?, ils resteront en enfer soixante-dix mille ans. Après ces années?là, l'ange Gabriel se rendra en enfer et il entendra dire : « O Muhammad, où sont les promesses qui nous ont été faites selon lesquelles ceux qui auront eu la foi ne resteraient pas en enfer pour toujours? » 
Alors l'ange de Dieu retournera au paradis, et après s'être approché avec révérence du messager de Dieu il lui racontera tout ce qu'il aura entendu. Le messager s'adressera alors à Dieu et dira « Seigneur, mon Dieu, souviens-toi que tu as promis à moi, ton serviteur, que ceux qui ont reçu ma foi ne resteraient pas en enfer pour toujours!» Dieu répondra : « Demande tout ce que tu veux, mon ami, et je te donnerai tout ce que tu demanderas ! » 
 

Chapitre 137 
Le messager de Dieu dira alors : « Seigneur, il y a des fidèles qui sont restés en enfer soixante-dix mille ans! Où est, Seigneur, ta miséricorde ? Je te prie, Seigneur, de les libérer de ces peines amères! » Dieu ordonnera alors à ses quatre anges favoris, d'aller en enfer, d'en retirer tous ceux qui ont la foi de son messager, et de les conduire au paradis. Ce qu'ils feront. Tel sera l'avantage de la foi du
messager de Dieu : ceux qui auront cru en lui, même s'ils n'ont pas bien agi, du moment qu'ils sont morts avec cette fois-là, iront au paradis après  la peine que j'ai dite. 
Le matin venu, de bonne heure, tous les hommes de la ville, ainsi que les femmes et les enfants, vinrent à la maison où Jésus se tenait avec ses disciples et le supplièrent : « Seigneur, aie pitié de nous! Cette année, les vers ont rongé le blé, et il n'y aura pas de pain cette année dans notre région! » Jésus répondit : « Comme vous avez peur! Ne savez-vous pas que pendant les trois années de la persécution d'Achab, Elie, le serviteur de Dieu n'a pas vu de pain, et ne s'est nourri que d'herbes et de fruits sauvages ? David, notre père, prophète de Dieu, persécuté par Saül, demeura deux ans en ne mangeant que des fruits sauvages et des herbes z ; il ne mangea que deux fois du pain. » Les hommes répondirent : « Seigneur, ils étaient prophètes de Dieu, nourris de joie spirituelle; c'est pour cela qu'ils ont survécu ! Mais comment feront ces enfants? » Et ils lui montrèrent la multitude de leurs enfants.

Chapitre 138 
Alors Jésus eut pitié de leur misère et dit « Combien de temps faut-il encore pour la moisson? » Ils répondirent : « Vingt jours! » Jésus dit alors : « Faites en sorte que nous employions ces vingt jours à jeûner et à prier, et Dieu vous fera miséricorde . En vérité, je vous le dis, c'est Dieu qui a causé cette pénurie, car c'est en ce lieu que commença la folie des hommes et le péché d'Israël, quand ils ont dit que j'étais Dieu ou fils de Dieu. 
Après avoir jeûné dix-neuf jours, au matin du vingtième, ils virent les champs et les collines couvertes de blé mûr. Alors ils coururent à Jésus et le lui dirent. L'ayant entendu, Jésus rendit grâces à Dieu. Puis il dit : « Allez, frères, récoltez le pain que Dieu vous a donné! » Les hommes récoltèrent tant de blé qu'ils ne savaient plus où le conserver; cela fut cause d'abondance en Israël. Les habitants de la ville tinrent conseil pour faire de Jésus leur roi . Le sachant, celui-ci s'enfuit de chez eux, et les disciples peinèrent quinze jours à le trouver.

Chapitre 139 
Celui qui écrit, ainsi que Jacques et Jean, retrouvèrent Jésus'. Ils dirent en pleurant : « Pourquoi as-tu fui, Maître ? Pleins de douleur, nous t'avons cherché. Tous tes disciples te cherchent en pleurant ! » Jésus répondit : « J'ai fui parce que j'ai appris qu'une armée de diables me préparait ce que vous verrez bientôt. Les princes des prêtres et tes anciens du peuple se dresseront contre moi et prendront pouvoir du gouverneur romain pour me tuer, de crainte que je ne veuille usurper la royauté en Israël. En outre, je serai vendu et trahi par un de mes disciples comme Joseph fut vendu en Egypte ; pourtant Dieu juste le fera tomber comme dit le prophète David : « II fera tomber dans la fosse celui qui tend le piège à son prochain. » Dieu en effet, me sauvera de leurs mains et me retirera du monde. » Les trois disciples prirent peur et Jésus les réconforta en disant : « Ne craignez pas, aucun de vous ne me trahira!» Et ils en reçurent quelque consolation. 
Le jour suivant, trente?six disciples de Jésus arrivèrent deux par deux. En attendant les autres, ils se rendirent à Damas. Tous étaient affligés, car ils savaient que Jésus devait s'en aller du monde. 
Alors, ayant ouvert la bouche, il dit : « Celui qui marche sans savoir où il doit aller est évidemment malheureux, mais beaucoup plus malheureux encore est celui qui, pouvant et sachant comment arriver à bon port, souhaite s'arrêter, et le veut sur la route boueuse, dans la pluie et au péril des voleurs. Dites-moi, frères, ce monde est-il notre patrie ? Sûrement pas, car le premier homme fut chassé dans le monde comme en exil, afin d'y souffrir la peine de sa faute. Existe-t-il un seul exilé qui, se trouvant dans la pauvreté, n'aspire à retourner dans sa riche patrie? La raison certes le nie, mais l'expérience le prouve, car les amis du monde ne veulent pas penser à la mort, et même quand on en parle, ils ne veulent pas l'entendre.

Chapitre 140 
Croyez-vous, ô hommes, que je sois venu dans le monde avec un privilège qu'aucun homme n'a eu et que n'aura même pas le messager de Dieu? Notre Dieu ne créa pas l'homme pour le mettre dans le monde, mais pour le placer dans le paradis. Certes, celui qui n'attend rien des Romains puisqu'ils sont d'une loi étrangère à la sienne, ne veut pas quitter sa patrie et tous ses biens sans y jamais revenir pour aller habiter Rome. Et beaucoup moins le ferait-il encore s'il se trouvait avoir offensé César! Aussi je vous le dis en vérité, et Salomon, prophète de Dieu le crie avec moi : « Ô mort, comme ta pensée est amère pour ceux qui se sont reposés dans leurs richesses ! » 
Je ne le dis pas comme si je devais mourir maintenant, puisque je suis sûr de vivre jusque vers !a fin du monde, mais je vous en parlerai afin que vous appreniez à mourir. Vive Dieu, tout ce qu'on ne fait qu'une seule fois, on le fait mal. Pour bien faire quelque chose, il faut s'y exercer. Avez-vous vu les soldats qui, en temps de paix, s'exercent entre eux comme s'ils étaient en guerre? Au contraire comment mourra-t-il de bonne mort l'homme qui n'apprend pas à bien mourir? « Elle est chère devant Dieu la mort des saints » dit le prophète David. Savez-vous pourquoi? Je vais vous le dire c'est que toutes les choses rares sont chères et que la mort de ceux qui meurent bien est rare. Leur mort est donc chère devant Dieu notre créateur. Certes, ce que l'homme entreprend, non seulement il veut le finir, mais encore il s'efforce que son intention arrive à bonne fin. O malheureux homme, qui apprécie plus ses chausses que lui-même! En effet, lorsqu'il taille l'étoffe, il mesure soigneusement 
avant de la couper. Une fois coupée, il la coud avec soin. Mais la vie, qui est née pour mourir ? car seul ne meurt pas celui qui ne nait pas, pour quelle raison les hommes ne veulent-ils pas la mesurer à la mort? Avez-vous vu les maçons? A chaque pierre qu'ils posent, ils visent les fondations' en mesurant si elle est en place, pour que le mur ne tombe pas. O homme misérable, la construction de sa vie tombera dans un énorme écroulement parce qu'il ne vise pas aux fondations, c'est-à-dire à la mort. »

Chapitre 141 
Dites-moi, quand l'homme naît, comment naît-il ? II naît évidemment nu. Et quand on le met, mort, en terre, que récolte-t-il ? Un linceul grossier dans lequel on l'enveloppe; voilà la récompense que lui donne le monde! Eh bien, si en toute oeuvre les moyens doivent être proportionnés au commencement et à la fin pour qu'elle arrive à bonne fin, quelle fin aura donc l'homme qui veut des richesses terrestres? II mourra, comme dit David prophète de Dieu : « Le pécheur mourra de mate mort» ! Si un tailleurs mettait des poutres au lieu de fil dans le trou de l'aiguille pour coudre les vêtements, comment 
réussirait-il son ouvrage ? II travaillerait évidemment en vain et il serait raillé par ses voisins. Or, l'homme ne voit-il pas que c'est continuellement ce qu'il fait quand il amasse des biens terrestres, car la mort est le trou de l'aiguille que les poutres des biens terrestres ne peuvent pas traverser! Néanmoins, le fou s'efforce continuellement de faire aboutir son ouvrage, mais en vain ! 
Celui qui ne croit pas à mes paroles, qu'il regarde les tombes et il y trouvera la vérité. Celui qui veut devenir plus sage que les autres, qu'il étudie avec crainte de Dieu le livre des tombes et il y trouvera la vraie doctrine pour son salut, car en voyant que la chair humaine est conservée pour être l'aliment des vers, il saura se garder du monde, de la chair et de la sensibilité. Dites-moi, s'il y avait une route faite de telle sorte qu'en marchant au milieu, l'homme irait en sécurité, tandis qu'en marchant sur les côtés il se casserait la tête, que diriez-vous de voir les hommes s'opposer entre eux et rivaliser à qui irait le plus sur les côtés pour se tuer? Quelle serait votre stupeur! Vous diriez certainement qu'ils sont fous et détraqués, et, s'ils ne sont pas détraqués, qu'ils sont désespérés! » ? « C'est bien cela! » répondirent les disciples. Alors Jésus dit en pleurant : « En vérité, ils sont pourtant comme cela les amis du monde, car s'ils vivaient selon la raison qui se tient au milieu de l'homme, ils suivraient la loi de Dieu et se sauveraient de la mort éternelle. Mais en suivant la chair et le monde, en rivalisant à qui vivra le plus orgueilleusement et le plus lascivement, ils sont détraqués et ennemis cruels d'eux-mêmes. 
 

Chapitre 142 
Voyant que Jésus avait fui, Judas, le traître, perdit l'espoir de devenir puissant dans le monde. II tenait en effet la bourse de Jésus qui contenait ce qui lui avait été donné pour l'amour de Dieu. Il espérait que Jésus deviendrait roi d'Israël et qu'ainsi luimême deviendrait un homme puissant. Ayant perdu cet espoir, il se dit à lui-même : s'il était prophète, il saurait que je lui vole les deniers. Sachant que je ne crois pas en lui, il perdrait patience et me chasserait de son service. S'il' était sage, il ne fuirait pas l'honneur que Dieu veut lui donner. II vaut donc mieux que je me mette d'accord avec les princes des prêtres, avec les scribes et les pharisiens et que je m'arrange pour le livrer entre leurs mains. Ainsi pourrais-je obtenir quelque bien. 
Ayant pris sa décision, il fit savoir aux scribes et aux pharisiens ce qui s'était passé à Nain. Ceux-ci tinrent conseil avec le grand prêtre et dirent : « Que ferons-nous s'il devient roi? Cela ira vraiment mal pour nous, car il ne peut souffrir nos traditions; il voudra réformer le culte de Dieu selon la coutume antique. Et que ferons-nous sous la domination d'un tel homme? Nous périrons certainement tous avec nos enfants, car, chassés de nos fonctions, nous devrons mendier notre pain. Nous avons maintenant, Dieu en soit loué, un roi et un gouverneur étrangers à notre loi. Ils ne s'occupent pas de notre loi, de même que nous ne nous occupons pas de la leur. Ainsi nous pouvons faire ce que nous voulons. Et même si nous péchons, notre Dieu est si miséricordieux qu'il s'apaise par le sacrifice et par le jeûne. Mais si celui-ci devient roi, il ne s'apaisera pas tant qu'il n'aura pas vu le culte de Dieu établi comme l'écrit Moïse. Et ce qui est pire, il dit que le Messie ne viendra pas de la souche de David comme nous l'a dit un de ses principaux disciples, mais il dit qu'il viendra de la souche d'Ismaël et que la promesse fut faite pour Ismaël et non pour Isaac. Qu'arrivera-t-il si nous le laissons vivre ? Les Ismaélites gagneront certainement l'estime des Romains qui leur donneront notre région et Israël sera de nouveau réduit en esclavage comme il l'a été dans le passé. » 
Ayant entendu ce qu'on proposait, le pontife répondit qu'il fallait en traiter avec Hérode et avec le gouverneur, « car la foule est tellement bien disposée à son égard que sans armée nous ne pourrons rien faire. Plaise à Dieu qu'avec l'armée nous puissions conclure cette affaire! » Ayant tenu conseil entre eux, ils décidèrent alors de le prendre de nuit quand le gouverneur et Hérode auraient décidé d'intervenir.

Chapitre 143 
Comme les disciples étaient tous arrivés à Damas par la volonté de Dieu, et que ce jour-là Judas le traître montrait plus que tout autre qu'il avait souffert de l'absence de Jésus. Jésus dit : «Gardez-vous tous de celui qui, sans en avoir occasion, s'évertue à vous démontrer qu'il vous aime! » Dieu nous ôta l'intelligence pour que nous ne puissions pas comprendre dans quel but il le dit. 
Tous les disciples étant arrivés, Jésus dit : « Retournons en Galilée car l'ange de Dieu m'a dit qu'il faut que j'y aille!». Un samedi matin, Jésus parvint à Nazareth Les habitants de la ville l'ayant reconnu chacun désirait le voir. Alors un publicain de petite stature nommé Zachée qui ne pouvait pas voir Jésus à cause de la grande multitude, grimpa dans un sycomore. II attendait que Jésus passe par là pour se rendre à la synagogue?. Parvenu en cet endroit, Jésus leva les yeux et dit : « achée, descends, car aujourd'hui je veux demeurer chez toi! ». L'homme descendit, le reçut avec joie et fit un festin splendide. 
Les pharisiens murmuraient et disaient aux disciples de Jésus : « Pourquoi votre mature est-il entré manger avec des publicains et des pécheurs ? » lésas répondit : « Pour quelle raison le médecin entre-t-il dans une maison? Dites-le moi et je vous dirai pourquoi je suis entré ici!» Ils répondirent : « pour soigner les malades!» ? « Vous dites vrai, dit Jésus, ce ne sont pas ceux qui sont en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les malades. »

Chapitre 144 
Vive Dieu en présence de qui se tient mon âme, Dieu envoie ses prophètes et serviteurs dans le monde pour que les pécheurs fassent pénitence. II ne les envoie pas pour tes justes, car ceux-ci n'ont pas besoin de pénitence; de même que n'a pas besoin de bain celui qui est propre. 
Mais je vous le dis en vérité, si vous étiez vraiment pharisiens, vous vous réjouiriez que je sois entré chez les pécheurs pour leur salut. Dites-moi, savez-vous votre origine et pourquoi le monde commença à recevoir des pharisiens ? Je vais vous le, dire puisque vous ne le savez pas. Ecoutez donc mes paroles. 
Hénoche, ami de Dieu, qui marcha avec Dieu en vérité, sans tenir compte du monde, fut transporté au paradis et y demeure jusqu‘au jugement, car vers la fin du monde, il reviendra dans le monde avec Elie et un autre. L'ayant appris, les hommes commencèrent, par désir du paradis, à chercher Dieu, leur créateur. « Pharisien » en effet, veut justement dire « cherche Dieu » dans la langue de Canaan puisque c'est là qu'on commença à employer ce mot pour railler les bons. Les Cananéens étaient en effet adonnés à l'idolâtrie, c'est-à-dire au culte (d'œuvres) de mains humaines. En voyant ceux de notre peuple qui se tenaient à l'écart du monde pour servir Dieu, les Cananéens, quand ils en voyaient un, disaient par mode de raillerie « pharisien »,  c'est-à-dire : « cherche Dieu». comme pour dire : « fou, tu n'as pas de statues d'idoles et tu adores le vent ! Réfléchis et viens servir nos dieux ! » 
En vérité, dit Jésus, je vous le dis, tous les saints et prophètes de Dieu ont été pharisiens, non pas de nom, comme vous, mais de fait, car en chacune de leurs actions ils cherchèrent Dieu leur créateur. Pour l'amour de Dieu, ils quittèrent les villes et leurs propres biens. Pour l'amour de Dieu, ils les vendirent et les donnèrent aux pauvres.

Chapitre 145 
Vive Dieu, au temps d'Elie, ami et prophète de Dieu, il y avait douze montagnes habitées par dix-sept mille pharisiens, et il n'y avait pas un seul réprouvé sur un si grand nombre de personnes mais tous étaient élus de Dieu. Mais maintenant qu'Israël a plus de cent mille pharisiens, plût à Dieu qu'il y eût un élu sur mille! Indignés, les pharisiens répondirent : « Sommes nous donc tous réprouvés ? Réprouves-tu notre religion ?  Jésus répondit : « Je ne réprouve pas, j'approuve au contraire la religion des vrais pharisiens et pour elle je veux mourir. Mais voyons si vous êtes pharisiens. 
A la prière d'Elisée son disciple, Elie, ami de Dieu, écrivit un petit livre dans lequel il renferma toute la sagesse humaine ainsi que la loi de Dieu notre Seigneur. »  Confus d'entendre nommer le petit livre d'Elie, les pharisiens qui savaient par leurs traditions que personne n'observait cette doctrine, voulaient s'en aller sous prétexte d'avoir à faire. 
Jésus dit alors : « Si vous êtes pharisiens, vous abandonnerez toute autre affaire pour vous occuper de celle?ci, car le pharisien ne cherche que Dieu ! » Confus, ils s'arrêtèrent donc pour écouter Jésus qui reprit : « Elie, serviteur de Dieu – ainsi commence le petit livre ? écrit ceci à tous ceux qui désirent marcher avec Dieu leur créateur. 
Ceux qui désirent apprendre beaucoup, craignent peu Dieu, car pour qui craint Dieu, il suffit de savoir ce que Dieu veut. Ceux qui cherchent de belles paroles, ne cherchent pas Dieu qui ne fait rien d'autre que nous reprendre de nos péchés. 
Ceux qui veulent chercher Dieu, qu'ils ferment les portes et les fenêtres de leur maison, car le maître ne se laisse pas trouver hors de la maison, là où il n'est pas aimé. Fermez donc vos sens et gardez votre coeur, car Dieu ne se trouve pas hors de nous, dans ce monde où il est haï. 
Ceux qui veulent bien agir, qu'ils fassent attention à eux-mêmes, car il ne sert à rien de gagner le monde entier et de perdre son âme. 
Ceux qui veulent enseigner autrui, qu'ils vivent mieux que les autres, car on n'apprend rien de celui qui sait moins que nous. Est-ce que le pécheur amende sa vie quand il entend un plus mauvais que lui l'enseigner? 
Ceux qui cherchent Dieu, qu'ils fuient la fréquentation; des hommes, car Moïse, seul sur le mont Sinaï, trouva Dieu et parla avec lui comme fait  un ami qui parle avec son ami. 
Ceux qui cherchent Dieu sortiront une seule fois par mois dans le monde où sont les hommes, car celui qui cherche Dieu peut en un seul jour agir pour deux ans en ce qui concerne ses affaires. Quand il marche, qu'il ne regarde que ses pieds; quand il parle, qu'il ne dise que le nécessaire; quand il mange, qu'il se lève de table en ayant faim; que chaque jour il pense qu'il ne parviendra pas au suivant : qu'il utilise son temps comme on use son souffle, qu'un habit de peaux de bêtes lui suffise 
qu'il dorme sur la terre nue puisqu'il est tas de terre lui-même ; chaque nuit, deux heures lui suffiront pour dormir; qu'il ne haïsse personne, sinon lui-même : qu'il ne condamne personne, sinon lui-même ; dans la prière, qu'il se tienne dans la crainte comme s'il se trouvait déjà au jugement à venir ! 
« Eh bien, observez cela dans le service de Dieu, ainsi que la loi que Dieu vous a donnée par Moïse, et vous trouverez Dieu. En tous temps et lieux vous trouverez que vous êtes en Dieu et que Dieu est en vous. » 
C'est cela le petit livre d'Elie, pharisiens! C'est pourquoi je vous le dis encore, si vous étiez pharisiens vous seriez heureux que je sois entré ici, car Dieu a pitié des pécheurs.

Chapitre 146 
Zachée dit alors : « Seigneur, voici que je veux donner pour l'amour de Dieu quatre fois plus que ce que j'ai reçu par usure! » Jésus dit alors : « Aujourd'hui le salut est venu à cette maison ! En vérité, en vérité, beaucoup de publicains, de prostituées et de pécheurs entreront dans le royaume de Dieu et ceux qui se croient justes s'en iront aux flammes éternelles!» Ce qu'ayant entendu, les pharisiens partirent, indignés. 
Jésus dit alors à ceux qui s'étaient convertis à l'état de pénitence' et à ses disciples : « Un père de famille avait deux fils. Le plus jeune dit : Père, donne-moi ma part de biens!» Son père la lui donna. Sa part reçue, il s'en alla en pays lointain où il dépensa tout son bien avec des prostituées en vivant dans la luxure. II advint une si grande famine dans ce pays que le malheureux alla servir un habitant de la ville qui le mit à paître les porcs de sa ferme. En les gardant, il trompait sa faim en mangeant avec eux des glands de chêne. Rentré en lui-même, il dit : « Combien abondent en festins dans la maison de mon père, et moi ici je meurs de faim! Je me lèverai donc, j'irai chez mon père et je lui dirai : «Père, j'ai péché contre le ciel (et) contre toi! Fais pour moi comme pour l'un de tes serviteurs!» 
Le pauvre partit et il arriva ceci que le père le vit venir de loin et qu'il fut pris de compassion pour lui. II sortit à sa rencontre. Arrivé à son fils, il le prit dans ses bras et l'embrassa. Le fils se prosterna et dit : « Père, j'ai péché contre le ciel (et) contre toi, fais pour moi comme pour l'un de tes serviteurs, car je ne suis pas digne d'être appelé ton fils ! » Le père répondit : « Ne dis pas cela, fils, tu es mon fils et je ne souffrirai pas que tu sois comme l'un de mes 
serviteurs. » Ayant appelé ses serviteurs, il dit « Apportez ici des vêtements neufs, habillez mon fils que voici, donnez-lui de nouvelles chaussures, mettez-lui l'anneau au doigt, tuez vite le veau gras et faisons fête, car mon fils que voilà était mort et il est ressuscité, il était perdu et il est retrouvé! »

Chapitre 147 
Tandis qu'on faisait fête dans cette maison, le fils aîné revint. En entendant qu'on faisait fête, il s'étonna, appela un serviteur et lui demanda pour quelle raison on faisait une telle fête. « Ton frère est revenu, lui répondit le serviteur, ton père a tué le veau gras et ils font un festin. » En l'entendant, le fils ainé se mit fort en colère et ne voulut pas entrer dans la maison. Alors le père sortit vers lui et lui dit « Fils, ton frère est revenu, viens donc te réjouir avec lui!» Indigné, le fils répondit : « Je t'ai toujours  servi d'un bon service et tu ne m'as jamais donné un agneau pour manger avec mes amis. Et ce méchant qui t'a quitté en gaspillant toute sa part avec des prostituées, maintenant qu'il est revenu, tu as tué le veau gras! » Le père répondit : « Fils, tu es toujours avec moi et tout t'appartient, mais il était mort et il est ressuscité, il était perdu et il est retrouvé ! II faut donc se réjouir!» Le fils aîné s'irrita encore plus et dit : « Vas-y toi-même, réjouis-toi, car moi je ne veux pas manger à la table des fornicateurs ! » Et il quitta son père sans recevoir un seul denier. Vive Dieu, dit Jésus, ainsi fait?on fête chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui fait pénitence.» 
Quand ils eurent mangé, il s'en alla parce qu'il voulait se rendre en Judée. « Maître, dirent alors les disciples, ne va pas en Judée; nous savons que les pharisiens et le souverain pontife ont tenu conseil contre toi!» Jésus répondit : « Avant qu'ils l'aient fait je le savais', mais je ne crains pas car ils ne peuvent rien faire contre la volonté de Dieu. Qu'ils fassent donc ce qu'ils veulent : ce n'est pas eux, mais Dieu que je crains. »

Chapitre 148 
Or dites-moi, les pharisiens aujourd'hui sont-ils pharisiens? Sont-ils serviteurs de Dieu? Sûrement pas ! Aussi je vous le dis en vérité, il n'y a rien de pire sur cette terre qu'un homme qui se couvre de la profession et de l'habit religieux pour couvrir sa propre scélératesse. 
Je veux vous dire un seul exemple des anciens pharisiens pour que vous connaissiez ceux d'aujourd'hui. Après le départ d'Elie, cette sainte congrégation des pharisiens' se dispersa persécutée par les idolâtres;. Du temps même d'Elie, en effet, en une seule année furent tués dix mille prophètes qui étaient de vrais pharisiens. 
Deux pharisiens allèrent habiter sur les montagnes. Ils y restèrent quinze ans sans rien savoir l'un de l'autre bien qu'ils fussent voisins à une heure de route. Voyez comme ils étaient curieux ! Une grande sécheresse advint sur ces montagnes et tous deux se mirent à chercher de l'eau. C'est ainsi qu'ils se rencontrèrent. Le plus âgé dit alors, « car selon l'usage, les plus anciens parlaient avant quiconque et ils tenaient pour grand péché qu'un jeune parlât avant un ancien ?, le plus ancien, dis-je ", dit : « Où habites-tu, frère » L'autre répondit en lui montrant l'endroit du doigt : « J'habite là, » car ils étaient proches de l'endroit où habitait le plus jeune. L'ancien demanda : « Depuis combien de temps habites-tu là frère ? » -« Depuis quinze ans » répondit le jeune. L'ancien reprit : « Peut-être es-tu venu quand Achab tuait les serviteurs de Dieu? » - « C'est cela! » répondit le jeune. Et l'ancien : « Sais-tu, frère, qui est maintenant roi d'Israël » Le jeune répondit : « Frère, c'est Dieu le roi d'Israël, car les idolâtres ne règnent pas sur Israël, ils le persécutent ! » - C'est vrai, dit l'ancien, c'est pourquoi j'ai voulu dire : qui est-ce qui persécute Israël maintenant? » - « Ce sont les péchés d'Israël qui persécutent Israël, répondit le plus jeune, car s'ils n'avaient pas péché, il n'enverrait pas les princes idolâtres contre Israël. » - « Quel est donc, dit l'ancien, ce prince infidèle que Dieu a envoyé pour le châtiment d'Israël?» - «Comment le saurais-je, répondit le jeune, en quinze ans je n'ai vu que toi; et comme je ne sais pas lire, on ne m'enverra pas de lettres.» L'ancien reprit : «Comme tes peaux de brebis sont neuves ! qui te les a données si tu n'as pas vu d'hommes ? »