LES BANQUES EN FAILLITE : Egon von Greyerz & Max Keiser sur la situation des banques et les taux d’intérêts négatifs

Publié le par José Pedroi

Transcription : https://www.goldbroker.fr/actualites/…
Partie 1 : https://www.goldbroker.fr/actualites/…
Traduction française de l’interview de Egon von Greyerz par Max Keiser sur StartJOIN TV. Le fondateur de MAM et membre du board de GoldBroker.com parle du rendement négatif des obligations souveraines, de la confiscation de richesse, des bulles financières, de l’impression monétaire (QE) et de l’or en Suisse.

 

 

Egon Von Greyerz

Egon Von Greyerz  Membre du conseil d'administration de Goldbroker.com - Fondateur MAM

Max Keiser : Bienvenue sur StartJOIN TV avec un invité très spécial, Egon von Greyerz, de Matterhorn Asset Management (MAM)

Vous êtes un vrai pionnier, un des premiers à dire qu'il faut détenir son or dans un coffre, hors des banques, parce que, si les banques font faillite, tout ce qui figure dans leurs bilans peut être confisqué, y compris l’or.

Vous devez donc détenir votre or dans un coffre. Alors, j’ai deux questions pour vous. Tout d’abord, je voudrais que vous nous parliez des taux d’intérêt négatifs… je crois qu’environ 16-17% des obligations souveraines mondiales ont des taux de rendement négatifs… vous payez le gouvernement pour leur prêter de l’argent ! Historiquement, a-t-on déjà vu quelque chose de cette échelle… et qu’est-ce que cela signifie ?

Egon von Greyerz : Cela signifie que le système est totalement en faillite. Vous dites que les banques sont presque en faillite… elles le sont toutes ! En fait, aux États-Unis, ils ont déplacé $300 milliards de titres sécurisés dans la catégorie « à maturité », parce que, sinon, ils devraient les évaluer à la valeur du marché…

Max Keiser : Laissez-moi intervenir, ici… expliquons un peu… En d’autres mots, les banques ont, disons, des obligations dans leurs bilans, et ces obligations devraient normalement valoir ce que les investisseurs sont prêts à payer pour elles… ce serait leur valeur à la fin du trimestre, à la fin de l’année… les banques devraient déclarer qu’elles valent, selon le marché, 15 cents, 20 cents sur le dollar. Mais là, avec ces nouvelles règles, elles peuvent déclarer qu’elles valent 100 cents sur le dollar, parce qu’elles les évaluent à maturité, quoi qu’il en soit. Elles ont créé, à partir de rien, de la valeur… alors qu'il n'y en a pas !

Egon von Greyerz : Absolument. Depuis la crise de 2008, la seule manière de faire « survivre » les banques est de rapporter les actifs de façon erronée, c’est-à-dire en comptabilisant ces obligations à maturité plutôt qu’à la valeur du marché. Si elles les gardent jusqu’à maturité, les banques n’ont pas à déclarer les pertes. Ces actifs ne valent qu’une fraction de leur valeur déclarée. Les banques américaines ont, officiellement, $650 milliards dans cette catégorie. Une grande partie de ce montant est perdu. 

Mais, pour revenir à votre question sur les taux d’intérêt négatifs… Les banques centrales et les gouvernements sont désespérés, car ils savent qu’avec la déflation, le système bancaire ne peut survivre… aucun prêt ne pourrait être remboursé. Nous sommes "officiellement" en déflation aujourd'hui, car les investissements vont dans ces actifs, plutôt que dans le système… Il y a eu 25 baisses de taux d’intérêt en 2015, c’est du jamais vu. Et, comme vous dites, plusieurs banques… vous devez payer la banque centrale suisse 0,75% pour y déposer de l’argent ! Il y a maintenant des compagnies d’assurances qui seraient prêtes à ce qu’on y dépose notre cash… cela coûterait moins cher qu’à la banque centrale… c’est fou !

Les banques tirent sur la corde, elles sont désespérées. Elles ont tout essayé… elles ont imprimé de la monnaie, réduit les taux d’intérêt… le système est en faillite. Je crois qu’il s’agit d’un dernier effort désespéré… les gens devraient aller à la banque et leur dire : "Je souhaite acheter une maison d’un million de dollars, pouvez-vous me payer pour contracter un prêt hypothécaire ?"

Max Keiser : Les prêts hypothècaires à 120% sont de retour, en Espagne, pour les spéculateurs britanniques… vous pouvez acheter une maison en Espagne et ils paient 100% de l’hypothèque et 20% de plus pour la meubler… et c’est exactement ce qui est arrivé avant que Bradford & Bingley et Northern Rockland ne fassent faillite, en 2007, et que cela déclenche un bank run qui s'est transformé en un problème mondial… les taux d’intérêt négatifs sont du vol pur et simple, n’est-ce pas ? Y a-t-il quelque chose qui m’échappe, ici… c’est le gouvernement qui prend de l’argent, n’est-ce pas ?

Egon von Greyerz : Ils prennent l’argent… parce qu’ils ont tout essayé pour sauver un système en faillite en imprimant de la monnaie. Comme vous savez, la Deutsche Bank a encore un effet de levier de 50 pour 1, il y a toujours plus d’un milliard de milliards de dollars de produits dérivés dans le monde, pour la plupart sans valeur, et si les taux d’intérêt grimpent, tout cela explosera, car tous les produits dérivés ont une composante de taux d’intérêt. Alors les gouvernements sont désespérés, ils confisquent ce qu’ils peuvent… pouvez-vous imaginer ce qui arrivera aux fonds de retraite et aux compagnies d’assurances, maintenant ? Il n’y aura pas d'argent pour les retraités…

Max Keiser : Je réfléchis à cela depuis longtemps, et voici ce que j’en pense. Les compagnies d’assurance s’appuient sur les écarts de rendements positifs… c’est la base de leurs affaires. Prenez Berkshire Hathaway, par exemple… c’est une compagnie d’assurance avec un modèle d’affaires basique : Le nombre de réclamations des détenteurs de contrats d'assurance est inférieur aux primes que vous encaissez, et la différence est payée grâce à un écart de taux d’intérêt positif. Mais si les intérêts sont négatifs, le secteur de l’assurance se retrouve en position délicate. Cette industrie ne peut survivre de cette manière… l’arithmétique financière ne fonctionne pas.

Egon von Greyerz : C’est la même chose avec les régimes de retraite, exactement la même chose.

Max Keiser : Mais… si on enlève l’industrie de l’assurance dans le monde, n’est-ce pas équivalent à dire que les seuls éléments de propriété privée que vous pouvez assurer sont ceux que vous pouvez défendre avec votre fusil ? Parce que tout le reste, le bateau à la marina, la seconde maison… sont des choses que l’on assure. Si les gens ne peuvent pas les assurer, ils n’en achèteront pas, n’est-ce pas ?

La propriété privée elle-même est menacée par ces taux d’intérêt négatifs, qui correspondent à de la confiscation de richesse.

Egon von Greyerz : On ne perd rien pour attendre… tous les marchés actions atteignent des sommets, et nous allons assister au début d’un marché baissier séculier majeur… avec ces P/E de 90 sur le Russell 2000

Max Keiser : P/E ajusté…

Egon von Greyerz : Oui… et, à un certain moment, la Bourse ou les marchés d’obligations vont s’effondrer, et l’immobilier… tout ce qui est financé par cette bulle du crédit, tout cela va s’effondrer. Qu’arrivera-t-il aux compagnies d’assurances et aux fonds de retraite qui détiennent ces actifs dans leurs bilans ? Ce sera une catastrophe pour les retraités et, comme vous dites, pour les gens qui détiennent de l’assurance.

C’est pourquoi, selon moi, nous allons assister à de l’assouplissement quantitatif (QE) massif – je n’aime pas cette expression… je préfère impression monétaire – dans le monde entier, y compris aux États-Unis et au FMI, parce qu’ils n’auront pas réussi à stimuler l’économie en réduisant les taux d’intérêt… alors nous assisterons sûrement à un programme d’impression monétaire massive qui, encore une fois, n’aura aucun effet sur l’économie… mais ils le feront quand même.

Max Keiser : Quelle est la différence entre le QE et la monétisation de la dette ? D’après ce que je comprends, avec le QE, c’est qu’après un certain moment, il est réduit progressivement, ce n’est qu’un programme temporaire et donc, ce n’est pas de la monétisation de dette. Mais nous avons vu que, ces cinq dernières années, aucun de ces QE n’a été réduit progressivement… au contraire, ils ont été augmentés. Alors appelons un chat un chat, c’est de la monétisation de dette; et cela n’est-il pas la définition-même de l’hyperinflation… ou des conditions qui y mènent ?

Egon von Greyerz : Absolument. Parce que nous savons que les États-Unis n’ont pas enregistré d'excédent budgétaire depuis 1965, mais leur dette est passée de 1,000 milliards de dollars, en 1980, à 18,000 milliards aujourd’hui… et ils n'enregistrent jamais d'excédent budgétaire, alors ils ne pourront jamais rembourser cette dette…

Max Keiser : Ils impriment toujours plus de monnaie…

Egon von Greyerz : Oui, et les autres banques centrales font la même chose. Toute cette dette ne sera jamais remboursée, que ce soit au Japon, en Europe ou aux États-Unis… elle ne sera jamais remboursée.

Max Keiser : Qu’arrive-t-il alors à tout ce réservoir de monnaie imprimée… cette monnaie ne va pas dans l’économie, elle est « entreposée » sur les bilans des banques pour les garder solvables… Et nous avons ce qui s’appelle la vélocité de la monnaie, qui est à un bas de plusieurs années, alors que l’impression monétaire est au plus haut. Maintenant, on parle de déflation, parce que toute cette monnaie imprimée ne circule pas, et que nous n’obtenons pas les mouvements nécessaires sur le marché du travail, comme une inflation des salaires… cela ne profite qu’à ceux qui investissent dans les actifs, ceux qui sont proches de la blanche à billets… Mais, au final, il y a ce réservoir… d’environ 230,000 milliards de dollars de dette dans le monde… elle a augmenté d’environ 60,000 milliards, lors des sept dernières années. Alors, vu que nous avons un peu de temps ici, expliquez-nous un peu le mécanisme de ce réservoir… ce qu’il se passera lorsque la digue craquera et que la pression sera trop forte – j’ai en tête l’image du petit garçon qui a le doigt dans le trou du réservoir et qui l’enlève, et soudain il y a le déluge –.

Comment voyez-vous cela se passer ? Mes trois scénarios seraient 1) le Japon qui fait finalement faillite, 2) Le mécanisme de manipulation du marché papier de l’or et de l’argent s’effondre ou 3) une bulle immobilière majeure éclate à Londres… ce sont mes trois scénarios… quels sont les vôtres ?

Egon von Greyerz : Vous avez peut-être raison, il y a tellement de catalyseur potentiels, de cygnes noirs dans le monde… cela pourrait être n’importe quoi. Il ne suffit que d’un flocon de neige de trop pour déclencher une avalanche.

Max Keiser : Parlons de la mécanique de la chose. Disons que ce flocon de neige de trop tombe… la BCE vient d’ajouter mille milliards d’euros…

Egon von Greyerz : … cela est destiné aux banques, pas aux gens…

Max Keiser : … la Réserve fédérale a imprimé plusieurs milliers de milliards de dollars jusqu'à maintenant… la Banque d’Angleterre, près de mille milliards de livres… et toute cette monnaie est là, tout simplement, nous savons où elle est… est-ce qu’ils se mettent à paniquer et à vendre ce qu’ils ont sur leurs bilans, est-ce ainsi que cela commence ?

Egon von Greyerz : Oui, oui…

Max Keiser : Afin de se préserver eux-mêmes… ils se mettent tous à vendre simultanément pour « dérouler » des années… En 2007, c’est un gel du crédit qui a mené à l’effondrement de l’économie mondiale… et ils et ils sont arrivés avec un nouveau programme de centaines de milliers de milliards… et ce que vous dites, étant du camp de l’hyperinflation, c’est qu’à un certain point, ces banques paniquent et vendent leurs inventaires d’actifs papier, ce qui déclenche le cycle d’hyperinflation…

Egon von Greyerz : Absolument. Les détenteurs d’obligations à long terme du monde entier, qu’il s’agisse d’investisseurs privés, de gouvernements ou de banques. Le marché des obligations constitue la plus grosse bulle au monde et, vous savez, les taux d’intérêt sont historiquement au plus bas, et ils ne peuvent qu’aller dans une direction… donc, les gens, les investisseurs réaliseront, et cela inclut les banques… les banques centrales ne vendront pas, mais les investisseurs, les banques commerciales, réaliseront qu’ils ne reverront jamais leur argent, parce qu’aucun gouvernement ne sera en mesure de payer, et les détenteurs d’obligations à long terme se mettront à vendre, ce qui créera une panique, et c’est à ce moment-là que les taux vont se mettre à grimper…

Max Keiser : Aidez-moi. Vous dites que les banques centrales ne seront pas les acteurs de ces ventes en panique, mais que les banques commerciales…

Egon von Greyerz : … les grandes banques, les compagnies d’assurances, les fonds de retraite…

Max Keiser : … tous ceux qui ont des positions importantes…

Egon von Greyerz : …absolument. Les fonds de marché monétaire, les fonds d’obligations etc.

Max Keiser : … qui paniqueront… et qui déclencheront une réaction en chaîne…

Egon von Greyerz : Oui. Et il y aura un événement déclencheur qui les poussera à paniquer. Mais pouvez-vous me dire qui veut mettre son argent dans les obligations gouvernementales qui ne rapportent que 1%, entre 0% et 1%, 2% au maximum, selon le pays, et qui ne seront jamais payées avec de la monnaie véritable ?

Max Keiser : Un risque sans retour !

Egon von Greyerz : … (pause et rires) absolument !

Max Keiser : Je vous ai eu, pour un moment, là ! Hé, un ex-banquier suisse, et je l’ai eu !

Egon von Greyerz : Je pensais à Mark Twain, qui disait « je suis plus inquiet du retour de mon argent que du retour sur investissement de mon argent ».

Max Keiser : Et bien, Egon, nous devons nous quitter, mais disons, rapidement, que Matterhorn Asset Management… vous êtes un coffre, vous n’êtes pas une banque, ce qui est une bonne chose, parce que les banques… il peut y avoir des réclamations sur les actifs qu’elles possèdent, incluant l’or… ce qui est la première chose. Deuxièmement, vous êtes en Suisse, qui est un pays assez stable.

Egon von Greyerz : Oui, politiquement, absolument.

Max Keiser : Et les voleurs, ils ont des difficultés à gravir les montagnes… on n’a qu’à tirer dessus !

Et votre société est reconnue… je n’ai eu que de bons échos à votre égard. Alors, si vous êtes à la recherche d’un endroit pour entreposer votre or (en pointant vers Egon), cet homme est celui qu’il vous faut.

Egon, merci beaucoup d’avoir été avec nous sur StartJOIN TV.

Egon von Greyerz : Ce fut mon plaisir…