Un Califat va-t-il jaillir des décombres de l’Irak et de la Syrie?! Changements et Energie Alternatives?

Publié le par José Pedro

Un Califat va-t-il jaillir des décombres de l’Irak et de la Syrie?!

 
Un Califat va-t-il jaillir des décombres de l’Irak et de la Syrie?!
Inexorablement, la carte du Moyen-Orient est en train d’être redessinée par l’Empire, malgré les résistances désespérées des anciens Etats, Irak et Syrie. Pour l’Histoire, avant même que la Première Guerre mondiale ne se termine, la perfide Albion, (Sykes), et son âme damnée, la France, (Picot) avaient commencé à dépecer l’Empire ottoman, avant la fin de la guerre. Rappelons l’histoire. Nous sommes, en 1916, le conflit a deux ans, l’Empire ottoman, «l’homme malade de l’Europe», est du côté allemand. C’est l’occasion, pour les deux acolytes, anglais et français, de donner le coup de grâce à l’Empire vermoulu et qui n’a jamais connu de repos, depuis plus d’un siècle, constamment, attaqué par ces deux puissances, qui, au nom de la protection des minorités, harcelaient, sans répit, l’Empire.
 

Les accords Sykes-Picot sont des accords secrets, signés le 16 mai 1916, entre la France et la Grande-Bretagne, prévoyant le partage du Moyen-Orient, à la fin de la guerre, (espace compris entre la mer Noire, la mer Méditerranée, la mer Rouge, l’océan Indien et la mer Caspienne), en zones d’influence entre ces puissances, dans le but de contrer des revendications ottomanes. Aux États-Unis, le Président Woodrow Wilson, – scandalisé par l’accord -, tenta de mettre en avant l’argument de l’autodétermination des peuples, en vain. Les Français et les Britanniques se mettent d’accord sur les frontières à la Conférence de San-Remo, en avril 1920.

 

La chute de Palmyre: un scénario à la Hollywood

Dans cet ordre, la Syrie, (Bilad Echam), est en train de souffrir le martyre, depuis quatre ans. Dans l’impossibilité de faire partir Al Assad, on crée une entité géographique, dont le territoire se dilate, au gré des victoires. Un scoop, repris en boucle. Palmyre est tombée! En Occident, on se dit intéressé par le côté civilisationnel, «après la destruction des pièces du musée de Ninive, c’est au tour dit-on, dans les médias occidentaux, des pièces archéologiques de Palmyre et du sort des Chrétiens». Parmi ces bonnes âmes, nous citons Jean Bonnevey, qui écrit: «On aurait pu stopper les mahométans fanatiques de l’EI, à Palmyre.

 

On ne l’a pas fait, pour une seule raison. Il était, politiquement, incorrect de venir en aide à Assad. Certains se réjouissent, déjà, d’un signe de l’effondrement du régime de Damas. (…) Nous sommes, Européens, actuellement, aux côtés de ceux qui, de Washington à Riyad, ont créé Daesh, (…). Les Jihadistes sont entrés, le même jour, dans le musée, ont brisé des répliques en plâtre, représentant des personnes vivant il y a 100.000 ans (…) Et que vont dire les Démocrates, défenseurs des civilisations contre toutes les barbaries. Ils préfèrent au tyran qui tolère les églises, les islamistes qui brûlent les Chrétiens. Mauvais choix et forfaiture morale!» (1)

 

La faute morale, parlons-en! Est-ce que la vie de centaines, voire, de milliers d’Irakiens et de Syriens est moins importante que des cailloux, quand bien même on se gargarise des mots crus, comme civilisation, humanité et naissance des civilisations, à Ur, à Ninive, à Sumer? Souvenons-nous des fossoyeurs des civilisations que Victor Hugo avaient traités de voleurs, en l’occurrence le sac du palais impérial chinois, au milieu du XIXe siècle, et bien plus tard, le sac du musée de Bagdad, qui a laissé indifférent les GI’S, qui ont préféré aller sécuriser le ministère du Pétrole et les puits de pétrole.

 

La réalité du terrain, vue du côté du Président Assad

Une interview, qui est passée inaperçue, voire, blacklistée, est celle que le président syrien a accordée à un journaliste de France 2. A une question sur le fait que le Président Al-Assad est responsable du chaos qui règne en Syrie, celui-ci répond:

«Dès les premières semaines du conflit, déclare Al-Assad, les terroristes se sont infiltrés dans la situation, en Syrie, avec l’appui d’États occidentaux et régionaux. Ils ont commencé à attaquer les civils et à détruire des propriétés publiques et privées. (…) Toute personne a, assurément, le droit de réclamer la liberté, mais la liberté signifie-t-elle qu’on tue les civils et les policiers? Qu’on détruise les écoles et les hôpitaux, l’électricité… (…) l’EI a été créé, en Irak, en 2006, sous la supervision des États-uniens. Je ne suis pas, en Irak. Je n’y ai jamais été. Je ne contrôlais pas l’Irak. Ce sont les États-uniens, qui contrôlaient l’Irak. L’EI est venu d’Irak en Syrie, car le chaos est contagieux. Ainsi, lorsqu’il y a eu le chaos en Syrie, l’EI est venu, en Syrie. Avant l’EI, il y avait le Front Al-Nosra, qui fait partie d’Al Qaïda». (2)

«Ceux qui, à l’heure actuelle, reçoivent le soutien et possèdent des armes occidentales, appartiennent à l’EI. Ils ont été armés et équipés par votre État et par d’autres pays occidentaux. Nous n’avons jamais entendu parler, au sein de notre armée, d’armes aveugles. Par ailleurs, lorsque vous parlez de tueries aveugles, qui ne font aucune discrimination entre civils et combattants, la preuve, ce sont les drones utilisés par les États-uniens, au Pakistan et en Afghanistan, qui tuent des civils beaucoup plus que des terroristes. Qu’en est-il des armes chimiques? Non, c’est un autre faux récit, donné par des gouvernements occidentaux».(2)

 

A une question de David Pujadas: «Aujourd’hui, il y a une coalition internationale avec, à sa tête, les Etats-Unis, qui mène des bombardements aériens contre l’OEI. Est-ce que, pour vous, c’est un problème, ou est-ce que c’est une aide? Bachar al-Assad répond: «Ni l’un ni l’autre. Il n’y a, bien entendu, aucun problème à attaquer les terroristes. Mais si la coalition n’est pas sérieuse, cela ne nous aide pas. Si vous comparez le nombre de frappes aériennes effectuées par les forces de la coalition, composée de 60 États, à celles que nous avons effectuées, nous, petit État, vous constaterez que nous bombardons, parfois, 10 fois plus que la coalition, en l’espace d’une journée. Est-ce sérieux? (…) Une autre preuve, c’est que l’EI s’est élargie, en Syrie, en Irak, en Libye et dans la région, en général. Comment pouvez-vous, donc, dire que la coalition a été efficace? Ils ne sont pas sérieux, c’est la raison pour laquelle ils n’aident personne, dans cette région. (…) On ne peut pas former une coalition contre le terrorisme et soutenir, en même temps, les terroristes. Ça nous est, donc, égal qu’ils frappent, en Syrie, en Irak ou dans les deux, à la fois, tant qu’ils continuent à soutenir ces mêmes terroristes, en même temps». (2)

 

La création ex nihilo de l’Etat islamique et coalition arabo-occidentale

Enfin, interrogé sur le fait que le Premier ministre français a dit, que Le président syrien était «un boucher», Bachar al-Assad eut cette réplique qui se passe de commentaire: «Tout d’abord, je vais être franc avec vous. Personne ne prend plus aux sérieux les déclarations des responsables français. Pour une simple raison: c’est que la France est devenue une sorte de satellite de la politique états-unienne. Elle n’est pas indépendante et n’a aucun poids». (2)

 

Ce que dit el Assad est vrai! Un document ahurissant explique comment l’Etat Islamique a été créé pour remplacer la Syrie et l’Irak. Cela fait longtemps que nous savons que l’Etat islamique est cornaqué par la coalition arabo-occidentale, bénéficiant de camps d’entraînement et de formation. (.) un document officiel du Pentagone l’atteste avec un cynisme ahurissant. (…) Judicial Watch, a publié le 18 mai dernier une sélection de documents déclassifiés (…) L’un de ces documents déclassifiés, rédigé en 2012, émis par la Défense Intelligence Agency manifeste clairement le souhait d’un «État islamique» dans l’est de la Syrie pour que l’Occident, les pays du Golfe et la Turquie, unis dans un même complot, puissent arriver à leurs fins dans la région contre le gouvernement légitime syrien:

«L’Occident, les pays du Golfe et la Turquie soutiennent l’opposition» et «la possibilité d’établir un émirat salafiste officiel ou pas, dans l’est de la Syrie et c’est exactement ce que veulent les forces qui soutiennent l’opposition, afin d’isoler le régime syrien». «Les sept pages du document de la DIA indiquent qu’Al Oaîda en Irak (AQI) a été le précurseur de l’«Etat islamique en Irak (ISI)», qui est devenu l’«État islamique en Irak et au Levant qui soutenait l’opposition syrienne dès le commencement, à la fois idéologiquement et à travers les médias». Dans une section intitulée «Les hypothèses futures de la crise», le rapport de la DIA prédit que si le régime d’Assad venait à survivre en conservant le contrôle du territoire syrien, la crise continuerait à monter «en guerre par procuration». (3)

 

«Pour résumer: l’ex-document secret du Pentagone fournit la confirmation que la coalition arabo-occidentale menée par les USA et qui prétend se battre (fort mollement, il est vrai) contre l’État Islamique, avait il y a trois ans salué l’émergence d’un «Califat salafiste» en Irak. suggérant qu’il pourrait s’étendre à la Syrie comme un moyen de faire chuter le pouvoir légitime d’Assad, et de bloquer l’expansion stratégique de l’Iran. (…) Les autorités occidentales et leurs alliés sunnites de Turquie, d’Arabie saoudite et des autres Emirats du Golfe, ont voulu la création d’un califat et en ont suggéré l’extension, pour s’en servir comme de leur outil propre, pour faire sauter les autorités légales de la Syrie.» (3)

 

La nouvelle carte géopolitique au Levant

 «La situation s’est considérablement aggravée au Levant avec la coupure par l’Émirat islamique de l’antique «route de la soie», c’est-à-dire du passage de l’Iran à la Méditerranée. Il n’existe que deux options possibles: soit par Deir ez-Zor et Alep, soit par Palmyre et Damas. (…) On peut s’étonner de l’importance donnée à la chute de Palmyre par la presse occidentale. D’autant que la plus importante progression de Daesh cette semaine n’était pas en Syrie, ni en Irak, mais en Libye avec la chute de Syrte, une ville cinq ou six fois plus peuplée que la syrienne Palmyre. Pour dramatiser un peu plus, les journalistes occidentaux affirment à l’unisson que désormais «Daesh contrôle la moitié du territoire syrien». (4)

 

«Contrairement aux inepties de certains journalistes qui accusent le «régime de Bachar» (sic) d’avoir fabriqué cette organisation pour diviser son opposition et la faire glisser dans le radicalisme, la DIA atteste que l’Émirat islamique est fonctionnel à la stratégie états-unienne. Ce rapport, daté du 12 août 2012 annonçait clairement les plans de Washington. Ainsi que nous l’avons toujours dit, l’Émirat islamique a été développé par une décision du Congrès des États-Unis, réuni en séance secrète en janvier 2014, afin de réaliser le plan Wright. Il s’agissait de créer un «Kurdistan» et un «Sunnistan» à cheval sur la Syrie et l’Irak ayant pour finalité de couper la «route de la soie» après l’achat de Deir ez-Zor (la ville a été achetée à des fonctionnaires corrompus, sans combat). (…) Palmyre, la «cité du désert», n’est donc pas simplement un vestige d’un passé merveilleux, c’est une pièce stratégique dans l’équilibre régional. C’est pourquoi il est grotesque de prétendre que l’Armée arabe syrienne n’a pas cherché à la défendre». (4)

 

Il est connu que les coalisés n’ont pas réellement combattu Daesh. Même le sénateur Cain en a convenu. Pour Thierry Meyssan, «la Coalition internationale anti-Daesh, créée par les États-Unis en août 2014, n’a jamais combattu les djihadistes. Il est au contraire attesté – non pas une seule «par erreur», mais une quarantaine de fois – que les avions occidentaux ont largué des armes et des munitions à l’Émirat islamique. Au demeurant, ladite Coalition de 22 États prétend disposer d’un nombre supérieur d’hommes, qui sont mieux formés et disposent de meilleurs matériels que Daesh. Pourtant, elle n’a pas fait reculer l’Émirat islamique. mais celui-ci ne cesse de conquérir de nouvelles routes. Quoi qu’il en soit, Washington a changé de stratégie.

 

Les États-Unis reviennent à une conception impériale classique, fondée sur des États stables. Et pour signer leur accord avec l’Iran, ils doivent maintenant évacuer l’Émirat islamique du Levant avant le 30 juin. Ce sera le sens de la réunion des 22 membres de la Coalition (et de 2 organisations internationales) à Paris, le 2 juin. D’ici là, le Pentagone devra décider s’il détruit l’Emirat islamique ou s’il le déplace et l’utilise ailleurs à d’autres tâches». Le tout est de savoir si le monstre ne va pas échapper à son concepteur’ et que le Califat islamique arrive à perdurer sans ses parrains.» (5)

 

Les tractations russo-américaines

«Dans le même ordre, suite au voyage du secrétaire d’État John Kerry auprès de son homologue russe, Sergueï Lavrov, à Sotchi le 12 mai 2015, au voyage de l’envoyé spécial états-unien pour la Syrie, le 18 mai à Moscou, et à la conférence téléphonique du 21 mai, les États-Unis et la Russie se sont mis d’accord sur un processus de pacification en Syrie Cet accord intervient sur proposition de Washington (…). Il a été admis que Washington et Moscou poursuivraient leur coopération pour l’éradication des armes chimiques en Syrie. Il semble avoir été convenu que le président Bachar el Assad terminerait son septennat, mais que les négociations porteraient sur la composition de son gouvernement. (…) a été convenu que deux nouvelles instances seraient créées pour rassembler l’ensemble de l’opposition: l’«Opposition syrienne nationale» (indépendante) sera créée les 8 et 9 juin au Caire (Égypte) par des partis politiques de Syrie et des personnalités exilées. Une autre coordination sera formée sous les auspices de l’Arabie saoudite, en juin ou juillet à Riyadh. Les trois groupes et le gouvernement syrien seront invités à une conférence de paix cet été au Kazakhstan (un État musulman allié de la Russie).» (6)

 

On dit que le régime syrien, affaibli par quatre ans de guerre, est en train de se résoudre à une partition de facto du pays en limitant ses ambitions à la «Syrie utile», «II est tout à fait compréhensible que l’armée syrienne se replie pour protéger les grandes agglomérations où se trouve une grande partie de la population, dont une partie a fui les jihadistes de l’EI et du Front Al-Nosra», la branche syrienne d’Al Qaeda, explique à l’AFP Waddah Abed Rabbo, directeur d’El Watan, quotidien proche du pouvoir. Pour lui, «ce n’est plus à l’armée syrienne de lutter seule contre le terrorisme. Il faut que le monde réfléchisse si l’établissement d’un ou deux États terroristes est en sa faveur ou pas», ajoute-t-il, en faisant allusion à la proclamation par l’EI d’un «Califat» à cheval sur la Syrie et l’Irak et au désir du Front Al-Nosra de créer un «Emirat islamique» dans le nord de la Syrie. (7)

 

Nous assistons certainement à une réorganisation du monde. Les deux grands vont s’entendre et vont trouver de nouvelles frontières qui garantissent leurs intérêts. Les Français et les Anglais sont cantonnés dans le rôle de supplétifs. Les Allemands, qui ont toujours deux fers au feu, vont basculer du côté russe (continuation de la politique de Schröder). Les éternels perdants seront une fois de plus les Arabes, en l’occurrence deux civilisations qui ont vu les premiers balbutiements de la civilisation humaine. Un califat sera érigé sur les décombres de Bilad Rafidin et Bilad Eccham.

 

Un seul vainqueur Israël et une cause devenue de plus en plus

On peut se poser la  Question : Pourquoi cette anomie mondiale qui fait son miel de la détresse des faibles. Est-ce  un choc de civilisation comme l’avait appelé de ses vœux Samuel Huntington ? Sont- ce de nouvelles guerres de religion notamment monothéiste qui prônent  pourtant l’amour du prochain ? Est  ce enfin ce que l’on appelle le néo-libéralisme prédateur qui ne peut s’épanouir que sur les décombres des faibles, surtout s’ils possèdent le pétrole  cet excrément du diable comme le nommait justement Hugo Chavez ? C’est un peu tout cela. Les Nations Unies sont plus que jamais désunies et on s’aperçoit avec amertume que toutes les envolées lyriques sur les droits de l’Homme, la liberté la démocratie ne sont que du vent. C’est de fait le combat des puissants partout dans le monde.

 

Le tour des faibles même dans les pays développés est arrivé Nous le voyons avec la détresse des Grecs, des Portugais, des Italiens Espagnols. Le vrai combat de mon point de vue, est celui des Damnés de la Terre quelque soient leurs latitudes  contre une mondialisation –laminoir qui fait fi des espérances et des destins des faibles. Plus que jamais, nous devons prôner l’altérité et montrer que le migrant en détresse, le smicart qui n’arrive pas à joindre ses fins de moi. Le paysan esclave des directives de Bruxelles, les citoyens des pays du Sud gouvernés d’une main de fer par des tyrans  adoubés par justement les dirigeants de l’oligarchie occidentale, mènent le même combat celui de la dignité et d’un retour à l’humanité  en perdition de sens actuellement.

Professeur  Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

1. http://metamag.fr/ùetamag-2938-PALMYRE–HONTE-A-VOUS–Pour-ne-pas-aider-Assad-on-a-sacrifie-Palmyre.htmltml

2. Réseau Voltaire 21 avril 2015, http://www.voltairenet.org/article187385.html

3. Emilie Defresne http://www.medias-presse.info/document-ahurissant-du-renseignement-us-preuve-cynique-de-la-collusion-entre-letat-islamique-et-la-coalition-arabo-occidentale/31944

4. http://reseauinternational.net/la-chute-de-palmyre-renverse-lequilibre-geopolitique-au-levant/

5. Thierry Meyssan http://www.voltairenet.org/article187679.html

6.  http://www.voltaire.net.org/article187699. html

7. http://www.lexpressiondz.com/internationale/216666-le-regime-syrien-se-resout-a-une-partition-de-facto-du-pays.html

8. Chems Eddine Chitour http://www.mondialisation.ca/etats-unis-chine-russie-le-partage-du-monde /29482

 

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/216852-un-califat-jaillit-des-decombres.html

 

Entretien de Bachar el-Assad avec France2

 
 | DAMAS (SYRIE)  
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Voici l’entretien intégral. France2 a choisi d’en diffuser 14 minutes sur 24 lors de son Journal de 20h. La rédaction l’a précédé d’un reportage relatant la version officielle française des événements, très éloignée de la réalité, mais elle n’a pas cherché à manipuler les propos du président el-Assad et s’est contentée de sélectionner les thèmes abordés sans les modifier. Ainsi a-t-elle écarté ses critiques sur la place actuelle de la France dans le monde ou sa mise au point sur la coopération militaire syro-iranienne.

La direction de France2 nous a demandé de retirer les vidéos que nous avions mises en ligne sur cette page

Texte de l’entretien intégral

David Pujadas : Bonsoir Monsieur le président. Je voudrais commencer cette interview sans détour. Pour une grande partie de la France, vous êtes en large partie responsable du chaos qui règne en Syrie à cause de la brutalité de la répression qui a été menée ici depuis 4 ans. Pour vous quelle est votre part de responsabilité ?

Bachar el-Assad : Dès les premières semaines du conflit, les terroristes se sont infiltrés dans la situation en Syrie avec l’appui d’États occidentaux et régionaux. Ils ont commencé à attaquer les civils et à détruire des propriétés publiques et privées. Tout ceci est sur internet, et ce sont eux qui ont mis ces vidéos en ligne, pas nous. Notre rôle en tant que gouvernement est de défendre notre société et nos citoyens. Si ce que vous venez de dire était vrai, comment un gouvernement ou un président qui a agi de façon brutale envers sa population, tué ses concitoyens et affronté les pays et les forces politiques les plus puissants au monde bénéficiant des pétrodollars des pays du Golfe, comment un tel président peut-il bien résister pendant quatre ans ? Est-il possible d’avoir le soutien de son peuple quand on est brutal avec lui ?

David Pujadas : Au départ, il y avait des dizaines de milliers de personnes dans les rues, est-ce qu’ils étaient tous djihadistes ?

Bachar el-Assad : Non, bien sûr que non. Mais l’autre question que l’on doit poser est la suivante : Si le premier policier a été tué au sixième jour du conflit, comment a-t-il été tué ? Par les manifestations pacifiques ? ou par les haut-parleurs des manifestants ? Il a été tué par des terroristes. Quelqu’un a pris une arme à feu et a tiré sur ce policier. Peu importe qu’il soit djihadiste ou pas. C’est un terroriste car il a tué un policier.

David Pujadas : Peut-être il y a eu des djihadistes ou des terroristes, mais nos reporters, à l’époque, étaient sur place et ils ont rencontré beaucoup de gens qui leurs disaient :”Nous voulons plus de liberté et plus de démocratie”. Ce n’était pas des terroristes ou des djihadistes.

Bachar el-Assad : Toute personne a assurément le droit de réclamer la liberté, et tout gouvernement doit appuyer la liberté, conformément à la constitution. Mais la liberté signifie-t-elle qu’on tue les civils et les policiers ? Qu’on détruise les écoles et les hôpitaux, l’électricité… les infrastructures ? Tout cela n’appartient pas au gouvernement, mais au Peuple syrien. Ce n’est pas au gouvernement, ce n’est pas à moi. C’est une propriété publique. C’est ça ce que vous entendez par liberté ?

David Pujadas : Vous savez que beaucoup de journalistes et d’analystes disent que vous avez favorisé l’émergence de l’organisation État islamique parce que c’est une opportunité pour vous d’apparaître comme un bouclier, comme un rempart.

Bachar el-Assad : Mais l’ÉI a été créé en Irak en 2006 sous la supervision des États-uniens. Je ne suis pas en Irak. Je n’y ai jamais été. Je ne contrôlais pas l’Irak. Ce sont les États-uniens qui contrôlaient l’Irak. L’ÉI est venu d’Irak en Syrie, car le chaos est contagieux. (Quand le chaos est à votre porte), vous devez vous attendre à ce qu’il entre chez vous.

David Pujadas : Mais ce n’était pas l’OÉI au départ…

Bachar el-Assad : Laissez-moi continuer. Lorsqu’il y a le chaos dans un pays, il devient un terrain fertile pour y faire venir les terroristes. Ainsi, lorsqu’il y a eu le chaos en Syrie, l’ÉI est venu en Syrie. Avant l’ÉI, il y avait le front Al-Nosra, qui fait partie d’Al-Qaïda. Et auparavant, il y avait les Frères musulmans. Ils constituent tous le socle sur lequel s’est appuyé l’ÉI pour faire son apparition.

David Pujadas : Alors, vous n’assumez aucune responsabilité pour ce qui s’est passé ces dernières années ?

Bachar el-Assad : Normalement les choses ne sont pas absolues. Il n’est pas précis de dire qu’on n’assume pas une responsabilité, car chacun a une part de responsabilité. Nous autres en Syrie, nous avons nos problèmes. Le gouvernement est responsable. Chacun d’entre nous est responsable. Tout citoyen syrien est responsable. Mais là je parle de ce qui a amené l’ÉI en Syrie. Le chaos. Et votre gouvernement, ou si vous préférez qu’on le désigne par le terme “régime” comme ils le font pour nous, le régime français est responsable car il a soutenu ces djihadistes en les considérant comme une opposition modérée.

David Pujadas : La France soutient la coalition nationale syrienne. Sont-ils des terroristes ?

Bachar el-Assad : Ceux qui à l’heure actuelle reçoivent le soutien et possèdent des armes occidentales appartiennent à l’ÉI. Ils ont été armés et équipés par votre État et par d’autres pays occidentaux. Votre ministre de la Défense l’a déclaré publiquement au début de l’année en affirmant avoir envoyé des armes. Par conséquent, ceux que vous qualifiez de modérés ont diffusé en 2012, avant que l’ÉI n’apparaisse et que l’Occident ne reconnaisse l’existence même du Front Al-Nosra, une branche d’Al-Qaida, ils ont diffusé des vidéos dans lesquels ils dévoraient le cœur d’un soldat syrien, mutilaient les corps d’autres victimes, et en décapitaient d’autres. Ce sont eux qui ont diffusé ces images, pas nous. Comment pouvez-vous ignorer cette réalité, puisque ce sont eux qui diffusent de telles images et vous disent que telle est la réalité ?

David Pujadas : Parlons du présent. Il apparaît que l’armée syrienne continue à utiliser des armes aveugles qui ont des effets dévastateurs pour les civils pour la population, notamment les barils explosifs. Pourquoi poursuivez-vous cette stratégie ?

Bachar el-Assad : Nous n’avons jamais entendu parler au sein de notre armée d’armes aveugles. D’ailleurs aucune armée au monde, y compris la nôtre, n’accepterait d’utiliser des armes qui ne peuvent pas cibler avec précision, car elles n’auraient aucun intérêt, elles seraient inutiles d’un point de vue miliaire.

Par ailleurs, lorsque vous parlez de tueries aveugles qui ne font aucune discrimination entre civils et combattants, il ne s’agit pas d’armes mais de la manière dont vous faites usage de ces armes. La preuve, ce sont les drones utilisés par les États-uniens au Pakistan et en Afghanistan, qui tuent des civils beaucoup plus que des terroristes. Ce sont les armes les plus précises au monde. Ce n’est donc pas un problème de type de bombes. Nous avons des bombes conventionnelles et des armements classiques réguliers.

David Pujadas : Vous n’utilisez pas les barils explosifs ?

Bachar el-Assad : C’est quoi les barils explosifs ? Pouvez-vous me dire ce que c’est ?

Bachar el-Assad : Il y a plusieurs documents, plusieurs extraits de vidéos et des photos comme celles-ci où on peut voir un baril explosif largué d’un hélicoptère. C’est à Alep et Hama, il y a quelques mois, il y a un an. Seule l’armée syrienne possède des hélicoptères, quelle est votre réponse ?

Bachar el-Assad : Ce n’est pas une preuve. Ce sont deux images de deux choses différentes. Personne ne peut les relier l’une à l’autre.

David Pujadas : Alep et Hama

Bachar el-Assad : Alep et Hama

Non, non. Cette image que vous montrez, qu’est ce que c’est ? Je n’ai jamais vu une chose ce genre de chose dans notre armée. Je ne parle pas des hélicoptères. Je parle de ces deux photos. Qu’est-ce qui vous permet de les associer l’une à l’autre ?

David Pujadas : Est-ce que vous dites que se sont des photos ou des documents falsifiées ?

Bachar el-Assad : Non, il faut que ce soit vérifié. Mais dans notre armée, nous n’utilisons que des bombes conventionnelles qui nécessitent de viser. Nous n’avons aucun armement qui puisse être utilisé aveuglément. C’est tout.

David Pujadas : Mais se sont bien des hélicoptères, et seule l’armée syrienne en possède.

Bachar el-Assad : Oui, bien sûr. Je n’ai pas dit que nous n’avons pas d’hélicoptères, ni que nous ne les utilisons pas. Je parle des armes avec lesquelles nous visons les terroristes. À quoi bon tuer aveuglément ? Pourquoi tuer les civils ? La guerre en Syrie consiste à gagner le cœur des gens, et non à les tuer. Si vous tuer les gens, vous ne pouvez pas rester au gouvernement ou rester président. C’est impossible.

David Pujadas : Qu’en est-il des armes chimiques ? Il y a deux ans vous vous êtes engagé à ne plus utiliser d’armes chimiques. Avez-vous utilisé du gaz du Chlore durant la bataille d’Irbil le mois derniers ?

Bachar el-Assad : Non, c’est un autre faux récit donné par des gouvernements occidentaux. Pourquoi ? Parce que nous possédons deux usines de chlore. L’une a été fermée il y a plusieurs années et n’est plus donc opérationnelle, l’autre se trouve au Nord de la Syrie, et c’est l’usine la plus importante. Elle se situe sur la frontière avec la Turquie et se trouve sous le contrôle des terroristes depuis deux ans. Nous avons envoyé à l’ONU des documents officiels à ce sujet. Ils voulaient venir, et nous ont adressé une réponse officielle disant qu’il leur était impossible d’arriver jusqu’à cette usine. Par conséquent, le chlore en Syrie et sous le contrôle des groupes armés. Par ailleurs, ce ne sont pas des armes de destruction massive. Les armes conventionnelles que nous possédons sont beaucoup plus efficaces que le chlore. Nous n’avons donc pas besoin de l’utiliser de toute manière.

David Pujadas : Mais il y a eu des investigations et je pense que vous avez lu les rapports de Human Rights Watch concernant Idlib le mois dernier. Il y a eu trois attaques dans lesquelles on pouvait distinguer l’odeur du chlore, ainsi que des symptômes semblables à ceux de l’utilisation des gaz toxiques. Cela est cité dans le rapport. Ces attaques ont eu lieu dans des zones sous contrôle de l’opposition armée. Est-ce que Human Rights Watch ment ?

Bachar el-Assad : Nous n’avons pas utilisé le chlore, et nous n’en avons pas besoin. Nous avons nos armements classiques, et nous pouvons atteindre nos objectifs sans y avoir recours. Nous n’en avons pas besoin. Il n’y a aucune preuve

David Pujadas : Il y a des témoins de l’attaque et des témoignages de médecins

Bachar el-Assad : Non, non. En réponse à toutes les allégations concernant l’usage, dans le passé ou le présent, d’armes chimiques, c’est nous qui demandions toujours aux institutions internationales d’envoyer des délégations pour enquêter. C’était nous qui avons formulé cette demande et pas le camp adverse. Il y a deux ans, nos soldats ont été exposés au gaz sarin. Nous avons invité l’Onu à mener une enquête. Comment aurait-on pu le faire si c’était nous qui utilisons ce gaz ? Ce n’est pas vrai.

David Pujadas : Seriez- vous prêt à les inviter à nouveau à venir, concernant Idlib ?

Bachar el-Assad : Nous l’avons déjà fait. Nous le faisons toujours. Nous n’avons aucun problème à cet égard.

David Pujadas : Aujourd’hui il y a une coalition internationale avec à sa tête les États-Unis qui mène des bombardements aériens contre l’OÉI. Est-ce que pour vous c’est un problème, ou est-ce que c’est une aide ?

Bachar el-Assad : Ni l’un ni l’autre. Il n’y a bien entendu aucun problème à attaquer les terroristes. Mais si la coalition n’est pas sérieuse, cela ne nous aide pas.

David Pujadas : Pourquoi, elle n’est pas sérieuse ?

Bachar el-Assad : Si vous comparez le nombre de frappes aériennes effectuées par les forces de la Coalition composée de 60 États à celles que nous avons effectuées, nous petit État, vous constaterez que nous bombardons parfois 10 fois plus que la Coalition en l’espace d’une journée. Est-ce sérieux ? Ça leur a pris quatre mois pour libérer ce que leurs médias appellent la ville de Kobani, sur les frontières turques, malgré la présence de combattants syriens sur le terrain. Ils ne sont donc pas sérieux jusqu’à présent. Une autre preuve, c’est que l’ÉI s’est élargie en Syrie, en Irak, en Libye et dans la région en générale.

Comment pouvez donc dire que la coalition a été efficace ? Ils ne sont pas sérieux, c’est la raison pour laquelle ils n’aident personne dans cette région.

David Pujadas : La Coalition a effectué des milliers de frappes aériennes depuis le début de l’intervention. Mais la France fait des frappes uniquement en Irak. Voudriez-vous que la France rejoigne la Coalition pour frapper en Syrie ?

Bachar el-Assad : J’ai dit qu’ils ne sont pas sérieux de toute manière. On ne peut pas former une coalition contre le terrorisme et soutenir en même temps les terroristes. Ça nous est donc égal qu’ils frappent en Syrie, en Irak ou dans les deux à la fois, tant qu’ils continuent à soutenir ces mêmes terroristes en même temps. Ils envoient des armes à ces mêmes terroristes sous prétexte de soutenir l’opposition modérée. Au moment même où Obama a qualifié cette opposition d’illusoire. À qui donc vont ces armes réellement ? Aux terroristes. C’est contradictoire. C’est voué à l’échec.

David Pujadas : Vous avez un ennemi commun avec la France, l’OÉI. Est-ce que depuis les attentats du mois de janvier à Paris il y a des contacts entre vos services de renseignement et les services de renseignement français ?

Bachar el-Assad : Il y a des contacts, mais il n’y pas de… coopération.

David Pujadas : Que voulez-vous dire par contacts ?

Bachar el-Assad : Nous avons rencontré certains responsables de vos services de Renseignement, mais il n’y a point de coopération.

David Pujadas : Il n’y a pas d’échange d’informations ?

Bachar el-Assad : Non. Rien du tout.

David Pujadas : Alors, vous vous êtes réunis ?

Bachar el-Assad : Ce sont eux qui sont venus en Syrie, et pas nous qui sommes allés en France. Ils sont venus peut-être pour un échange d’informations. Mais lorsque vous souhaitez établir ce genre de coopération, ça doit être dans les deux sens : Nous les aidons, et ils nous aident en retour. Mais d’après vos politiques et celle du gouvernement français, il faudrait les aider alors qu’ils soutiennent les terroristes et tuent nos citoyens. Ça ne marche pas comme ça.

David Pujadas : Est-ce la France qui a demandé ces contacts avec vos services de Renseignement ?

Bachar el-Assad : Oui, nous les avons rencontrés. Il y a eu une réunion avec eux.

David Pujadas : Est –ce que c’était suite à une demande de la France ?

Bachar el-Assad : Oui. Nous, nous n’avons rien à demander aux services de Renseignement français. Nous disposons de tous les renseignements sur les terroristes.

David Pujadas : Il y a des centaines de Français qui sont venus se battre aux côtés du groupe État islamique. Est-ce que vous avez arrêté des Français ? Et est-ce qu’il y a des Français du groupe de l’État islamique qui sont détenus aujourd’hui dans vos prisons ?

Bachar el-Assad : Non, nous n’en avons aucun dans les prisons. Nous n’avons que des informations. La plupart de ces djihadistes viennent ici pour combattre, mourir et aller au paradis. Telle est leur idéologie. Ils ne sont donc pas prêts à aller dans les prisons, quelles qu’elles soient.

David Pujadas : Alors, il n’y en a aucun dans les prisons.

Bachar el-Assad : Non, nous n’en avons aucun dans nos prisons.

David Pujadas : Il y a aujourd’hui des gens en France et parmi eux des hommes politiques, des parlementaires notamment, vous en avez reçu quelques-uns ici… Ils disent qu’il faut renouer le dialogue avec vous. Quelle initiative seriez-vous prêt à prendre pour convaincre l’autre partie de la France et des français, que vous pouvez être un partenaire ?

Bachar el-Assad : Avec eux ?

David Pujadas : Avec la France ?

Bachar el-Assad : Ils doivent d’abord me convaincre qu’ils ne soutiennent pas les terroristes, et qu’ils ne sont pas impliqués dans l’effusion de sang en Syrie. Ce sont eux qui se sont trompés à l’égard de la Syrie. Nous n’avons tué aucun Français ni aucun Européen. Nous n’avons pas aidé les terroristes dans votre pays. Nous n’avons pas aidé ceux qui ont attaqué Charlie Hebdo. C’est vous qui avez aidé les terroristes. Par conséquent, votre pays, les responsables occidentaux doivent nous convaincre qu’ils ne soutiennent pas les terroristes. Mais nous sommes prêts à tout dialogue, prenant en considération le fait que ceci sera dans l’intérêt des citoyens syriens.

David Pujadas : Alors, actuellement vous n’êtes pas intéressé au dialogue avec les France ?

Bachar el-Assad : Non, nous sommes toujours intéressés au dialogue avec quiconque. Mais comment peut-on établir un dialogue avec un régime qui soutient le terrorisme dans notre pays. Et pour quelle raison ? Telle est la question. Lorsqu’ils changeront de politique, nous serons prêts pour le dialogue. Sans ça, le dialogue n’aura aucun but. Il n’y a pas de dialogue pour le dialogue. L’objectif est d’aboutir à certains résultats. Pour moi, le résultat serait que le gouvernement français cesse son appui aux terroristes dans mon pays.

David Pujadas : Alors, vous n’avez pas de message à adresser à Hollande en vue d’un dialogue ?

Bachar el-Assad : Je crois que le principal message qui doit lui être adressé doit l’être par le Peuple français. Les sondages en France montrent bien le message que Hollande devrait écouter davantage. À savoir, qu’il est le président le plus impopulaire depuis les années cinquante. Il devrait s’occuper de ses citoyens et les protéger des terroristes qui viennent en France. En ce qui me concerne, en tant que président qui souffre en Syrie avec ses citoyens de ce terrorisme, je pense que le message le plus important est que ce que vous avez vécu en France n’est que la partie émergée de l’iceberg.

Quand on parle de terrorisme, sachez qu’il y a toute une montagne sous la mer. Soyez conscients que cette montagne s’en prendra à votre société.

David Pujadas : Le secrétaire d’État américain a dit que peut être il y aura un dialogue avec le président Bachar el-Assad, avant de revenir sur cette position. Vous aviez dit ce ne sont que des mots, et moi je voudrais entamer le dialogue, vous y êtes donc prêt ?

Bachar el-Assad : Bien sûr que nous sommes prêts. J’ai dit que nous sommes disposés à mener un dialogue avec tout pays dans le monde, y compris avec les grandes puissances… y compris avec la France. Mais j’ai dit que le dialogue doit s’appuyer sur une politique précise. Les fers de lance contre la Syrie ont été : un, la France, deux, le Royaume-Uni. Ce n’était pas les États-Unis cette fois au soutien des terroristes en Syrie. Obama a reconnu que l’opposition modérée en Syrie est une illusion.

David Pujadas : Il a dit que c’est illusoire de croire que nous pouvons les armer et qu’ils peuvent gagner la guerre, mais il n’a pas dit qu’il n’y a pas d’opposition modérée ?

Bachar el-Assad : Exactement. Que veut-il dire par “nous pouvons leur fournir des armes, et ils pourront gagner la guerre” ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Que signifie ce fantasme ? Ils ont dit qu’ils allaient armer l’opposition modérée. Pouvez vous me dire ce que c’est que cette opposition modérée ? Où est-elle ? Nous, nous ne la voyons pas. Nous vivons en Syrie et vous, vous vivez en France. Moi je vis ici et je ne vois pas cette opposition modérée pour la combattre, si nous devons la combattre. Elle n’existe pas.

David Pujadas : Vous dites qu’il y a un grand nombre de pays étrangers impliqués dans le conflit en Syrie. Mais est-ce que vous auriez pu, sans le soutien de l’Iran et de Hezbollah, combattre le terrorisme en ce moment ? C’est-à-dire vous avez condamnez les pays étrangers impliqués dans le conflit en Syrie, qu’en est-il du soutien iranien et de celui de Hezbollah ?

Bachar el-Assad : Il y a une grande différence entre l’intervention et l’invitation. Tout pays, tout gouvernement dans le monde, tout État a le droit d’inviter n’importe quel pays ou n’importe quel parti ou organisation à l’aider dans n’importe quel domaine. Mais nul pays n’a le droit d’intervenir sans y être invité. Nous avons invité Hezbollah, mais pas les Iraniens. Ils n’y a pas de troupes iraniennes en Syrie, et ils n’ont envoyé aucune force.

David Pujadas : Il n’y a pas d’Iraniens qui combattent à vos cotés ?

Bachar el-Assad : Non, non. Ils ne combattent pas. Nous avons avec l’Iran des relations régulières, et ce depuis plus de trente ans. Des commandants et des officiers vont et viennent entre les deux pays conformément à la coopération existant entre nous depuis bien longtemps. C’est différent que de participer aux combats. Ils ne combattent pas. En tant que gouvernement, nous avons droit à ce genre de collaboration. En revanche, la France et d’autre pays n’ont pas le droit de soutenir qui que ce soit dans notre pays. C’est une violation du droit international, de notre souveraineté et des valeurs dont ils se vantent, ou dont certains prétendent être fiers depuis des décennies, voire peut-être depuis des siècles ; et parmi lesquelles celle de la démocratie. Est-ce de la démocratie que d’envoyer des armes aux terroristes et de les appuyer ? Ai-je le droit de soutenir les terroristes qui ont attaqué Charlie Hebdo par exemple ?

David Pujadas : Vous savez ce que le Premier ministre français a dit, récemment, de vous ? Il a dit que vous êtes “un boucher” que répondriez-vous ?

Bachar el-Assad : Tout d’abord, je vais être franc avec vous. Personne ne prend plus aux sérieux les déclarations des responsables français. Pour une simple raison : c’est que la France est devenue en quelque sorte un satellite de la politique états-unienne dans la région. Elle n’est pas indépendante, et n’a aucun poids. Elle n’a plus aucune crédibilité.

Par ailleurs, En tant que responsable, je m’occupe toujours de l’opinion du peuple et des citoyens syriens. ce n’est pas la France ou un autre pays qui a fait de moi ce que je suis. Je suis là par la volonté des citoyens syriens, et c’est ça ce qui m’importe.

David Pujadas : Est-ce que vous pensez qu’un jour, réellement, vous gagnerez cette guerre et que tout redeviendra comme avant en Syrie ?

Bachar el-Assad : Non. Rien ne sera plus comme avant. Revenir au point de départ signifie que nous n’évoluons pas, et que nous n’avons pas tiré les bonnes leçons du conflit. Plusieurs leçons se dégagent de ce conflit. Nous devons les assimiler et faire en sorte que les choses s’améliorent, et non qu’elles reviennent comme avant. Il y a là une grande différence.

David Pujadas : Avec Bachar el-Assad à la tête du pays ?

Bachar el-Assad : Peu m’importe. Ce qui m’intéresse c’est ce que souhaite le peuple syrien. S’ils veulent Bachar el-Assad, il restera. S’ils ne veulent pas de lui, il quittera sur le champ. Je veux dire comment sera-t-il en mesure de gouverner sans l’appui de son peuple ? Il ne le pourra pas.

David Pujadas : Comment saviez-vous que vous jouissez d’un soutien populaire ?

Bachar el-Assad : D’abord, si je ne jouissais pas du soutien, le Peuple n’aurait pas soutenu l’Armée et on n’aurait pas pu résister pendant quatre ans. Comment pouvez-vous résister sans l’appui du Peuple ?

David Pujadas : Peut être, ils ont peur

Bachar el-Assad : Il y a 23 millions de Syriens. Comment peuvent-ils avoir peur d’une seule personne, ou d’un seul service de Renseignement, ou d’un seul gouvernement ? Ce n’est pas réaliste, et c’est insensé.

David Pujadas : Croyez-vous que la Syrie est une démocratie ? Croyez-vous vraiment que les gens peuvent dire ce qu’il veulent ?

Bachar el-Assad : Non. Nous étions sur la voie de la démocratie. C’est un long processus. Il n’y a pas un point que vous atteignez et vous dites “c’est ça la démocratie”. Si vous voulez nous comparer à l’Occident, à la France et à d’autres pays, je dirai “non”. Vous êtes certainement bien plus avancés que nous en raison de votre histoire et de plusieurs circonstances et facteurs. Mais si vous voulez nous comparer à votre ami le plus proche, l’Arabie saoudite, je dirai bien sûre que nous avons la démocratie. Ça dépend donc avec qui vous me comparez.

David Pujadas : Si vous aviez la certitude que votre départ signifierait la paix en Syrie, partiriez-vous ?

Bachar el-Assad : Sans hésitation. Si c’est le cas, je le ferai sans hésitation. Je quitterai le pouvoir. Si je suis la cause du conflit dans mon pays, je ne dois pas être là où je suis. C’est évident.

David Pujadas : Je voudrais vous montrer une autre photo. C’est Gilles Jacquier. Un journaliste dans notre chaîne France 2. Il a été tué en Syrie il y a 3 ans. Vous aviez promis de faire une enquête pour savoir qui l’a tué. Que pourriez-vous nous dire concernant cette investigation ?

Bachar el-Assad : Indépendamment des accusations qui nous ont été adressées à l’époque de l’avoir tué, il était dans un quartier résidentiel sous contrôle du gouvernement. Il a été tué par un obus mortier et non par balle. Il est évident que le gouvernement ne se serait pas bombardé, ni n’aurait bombardé les quartiers de ses propres partisans. Il est donc très clair, et tout le monde le sait, plusieurs médias français l’ont reconnu : il a été tué par un obus mortier tiré par ce que vous appelez l’opposition, alors qu’il s’agit en fait de terroristes. Il a sans aucun doute été tué par eux. Mais votre question était sur l’enquête ?

David Pujadas : Est-ce que seriez prêt à communiquer les résultats de ses investigations à la Justice française, peut-être même les preuves ?

Bachar el-Assad : Nous n’avons rien à prouver. Nous avons nos propres procédures légales ; et lorsqu’un crime est commis en Syrie, nous suivons ces procédures comme n’importe quel autre pays. En Syrie, nous avons un système judiciaire et ds procédures habituelles. Si vous voulez en savoir plus après cette interview, on peut vous renvoyer vers les autorités compétentes.

David Pujadas : Est-ce que seriez prêt à communiquer les résultats de ses investigations à la Justice française ?

Bachar el-Assad : Bien sûr, aucun problème.

David Pujadas : Est-ce que seriez prêt à laisser venir des enquêteurs français, des policiers ou des juges pour mener leur propre investigation ici en Syrie ?

Bachar el-Assad : Ça dépend de l’existence ou non d’un accord entre les deux gouvernements. S’il y a un accord, une convention ou un traité relatif au système judiciaire entre les deux pays et la coopération bilatérale dans ce domaine, il n’y a pas de problème. Ce n’est pas une décision politique.

David Pujadas : Merci Monsieur le président

Bachar el-Assad : C’est moi qui vous remercie.