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Les Palestiniens dégoûtés des négociations diplomatiques

Publié le par José Pedro

Israël et les Républicains US poussent les Palestiniens dans leurs derniers retranchements


Par Akiva Eldar – le 3 juin 2015 – Source: Al Monitor

Si la violence éclate à nouveau, les politiciens israéliens et américains devront s’en prendre à eux-mêmes car ils ont dégoûté les Palestiniens des négociations diplomatiques.

 

US Sen. Lindsey Graham, R-S.C. (L), parle à côté du Sen. John McCain, R-Ariz.,pendant une conférence  à Jerusalem le 3 janvier 2014. (photo by REUTERS/Brendan Smialowski) 

Le sort des Palestiniens ressemble à celui d’un chat acculé dans une impasse. Il cherche un moyen de sortir, miaule plaintivement, tente de faire ami-ami, mais quand il voit que la résistance non violente ne sert à rien, il ne se rend pas. Dans cette situation désespérée, le chat sort ses griffes, se jette sur la cible et plonge ses dents dans l’ennemi mille fois plus gros que lui. Au début de l’occupation en 1967, les Palestiniens ont essayé d’être gentils avec les Israéliens qui avaient pris le contrôle de leur terre. Ils ont essayé de se lier d’amitié avec le nouveau propriétaire, ils ont aidé à construire les colonies et ont entretenu les jardins de leurs voisins juifs privilégiés.

Après avoir montré leurs griffes pendant la première Intifada qui a éclaté à la fin de 1987, les Palestiniens ont reconnu l’État d’Israël dans les frontières de 1967 et se sont engagés à mettre fin à leur lutte armée. En septembre 1993, ils ont signé un accord à la Maison Blanche qui devait à leur sens entériner leur libération. Au lieu de cela, l’accord les a poussés dans les cages des zones A et B, et a augmenté l’emprise d’Israël sur 60% de la Cisjordanie.

Pendant la deuxième Intifada, qui a éclaté après l’échec des négociations de Camp David à l’été 2000, les Palestiniens ont commencé à mordre, mais les Israéliens leur ont cassé les dents. Depuis que le président Mahmoud Abbas a remplacé le défunt leader de l’Organisation de libération de la Palestine, Yasser Arafat, il y a plus de dix ans, l’Autorité palestinienne a cherché à échanger la violence contre la diplomatie. Et donc, nous avons eu la Feuille de route de 2003, les pourparlers d’Annapolis de 2007, les négociations d’Amman et finalementl’initiative de Kerry en 2014. Avec comme résultat commun, aucune avancée vers la fin de l’occupation et la construction de centaines de nouveaux logements de colons en Cisjordanie et à Jérusalem.

L’échec de la diplomatie classique – je parle des négociations interminables sous l’égide des États-Unis – a obligé les Palestiniens à internationaliser leur lutte. Ils ont trouvé des moyens de contourner Washington comme le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, la FIFA qui régit le football international, la Cour pénale internationale de La Haye et bientôt le Comité olympique. Ce sont des arènes légitimes pour une nation qui lutte pour sa liberté contre un État qui installe ses citoyens dans des zones considérées par le monde entier comme des territoires occupés par la force des armes. C’est une lutte non-violente, ce qui est préférable à une lutte violente. En partant, bien sûr, du principe qu’il n’est pas question de se soumettre.

Mais il y a des officiels américains qui ne laissent pas d’autre choix aux Palestiniens. Jusqu’à présent, ceux que se font appeler à tort les amis d’Israël alors qu’ils devraient s’appeler les amis de ceux qui s’opposent à un État palestinien se sont contentés de réduire l’aide versée à l’Autorité palestinienne. Les déclarations de milliardaires comme Sheldon Adelson contre l’établissement d’un État palestinien les ont poussés à s’aligner sur tous les conservateurs du Congrès US. Ces officiels ont rivalisé de déclarations anti-palestiniennes et ont prôné la punition économique collective de la population des territoires. Aujourd’hui ils se mettent aussi à poursuivre les Palestiniens et leurs partisans devant des tribunaux étrangers.

On en a eu un exemple frappant avec le sénateur Lindsey Graham [Sénateur républicain de Caroline du sud, NdT], lors de sa visite en Israël la semaine dernière. Avant d’annoncer officiellement sa candidature à l’investiture présidentielle républicaine, le sénateur a menacé de mener une violente contre-offensive contre l’ONU si cet organisme initiait un processus pour trouver un arrangement entre Israël et les Palestiniens. Lors d’une conférence de presse à Jérusalem le 27 mai, Graham a annoncé qu’il ne se contenterait pas de supprimer la contribution étasunienne au budget de l’ONU (environ un quart du budget de l’organisation).

«Nous allons prendre des mesures contre les pays qui poursuivront des soldats israéliens devant la Cour pénale internationale à La Haye, a menacé Graham. Je ne vais pas demander au contribuable américain de financer une organisation qui va être utilisée pour marginaliser notre meilleur ami.»

Graham n’est pas le premier à se servir du mot amitié pour justifier le soutien automatique et inconditionnel à une politique qui met en danger l’avenir d’Israël en tant qu’État juif et démocratique, et qui sape également les intérêts stratégiques des États-Unis. Trois jours après que Graham ait menacé de réagir violemment à la résistance non-violente des Palestiniens, un autre quasi-candidat aux primaires républicaines a déclaré son amitié à Israël. Parlant aux journalistes à Nashville le 30 mai, l’ancien gouverneur de Floride Jeb Bush a dit qu’il soutenait le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem.

«De toute évidence, notre allié numéro un au Moyen-Orient est Israël, a ajouté le fils du président George HW Bush et le frère du président George W. Bush. Et nous devons le soutenir sans faillir.»

La plupart des présidents républicains, de Gerald Ford à George W. Bush, se sont engagés à transférer l’ambassade à Jérusalem – une mesure qui reviendrait à reconnaître l’ensemble de la ville comme la capitale d’Israël. Les républicains ont même réussi à faire voter, il y a 20 ans, l’obligation de transférer l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem. En avril 2004, Jeb Bush a déclaré que Jérusalem était la capitale éternelle d’Israël. Son frère, lorsqu’il était président a signé des dérogations (tous les six mois au cours de ses deux mandats) contre la promulgation de la loi à cause des dommages que son application pourrait causer aux intérêts stratégiques américains.

La droite israélienne n’a donné aucun signe qu’une inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem se préparait. Les politiciens savent qu’il y a rarement un lien entre les promesses flatteuses des candidats à la présidentielle et leurs actes, une fois à la Maison Blanche. Mais ces déclarations d’amitié sortant des bouches de Graham et de Bush, ajoutées aux sanctions économiques contre ceux qui ne suivent pas la ligne du Premier ministre Benjamin Netanyahou, sont reprises en boucle par ceux qui sont opposés à un compromis avec les Palestiniens.

La droite israélienne les brandit comme la preuve indiscutable que la gauche a tort de dire que l’occupation de la Palestine nuit aux relations avec les États-Unis et isole Israël. Selon le Hamas, ces mêmes déclarations prouvent qu’il est inutile de perdre son temps en pourparlers de paix stériles, en particulier lorsque le médiateur a clairement choisi son camp. L’idée qui a conduit le Hamas à sa victoire électorale de 2006, peu après le retrait unilatéral d’Israël de la bande de Gaza – à savoir que cinq ans de résistance ont réussi là où dix ans de diplomatie avait échoué – fait son retour dans nos esprits.

Ceux qui poussent une nation entière dans ses derniers retranchements doivent savoir qu’ils portent la responsabilité de l’effusion de sang qui se produira le jour où ce peuple désespéré sortira ses griffes et ses crocs.

La "reconnaissance" de la Palestine : une arnaque de l’Occident

 

Tout le monde ou presque, surtout ceux qui se sentent proches du combat palestinien, se sont réjoui de la "reconnaissance" de l’État de Palestinepar le parlement français.

Cette "reconnaissance" me paraît être une immense arnaque.

1er point. Qu’ont fait les gouvernements occidentaux depuis 1967 alors que l’armée sioniste venait de s’emparer de ce qui restait de la Palestine et avait commencé immédiatement à "nettoyerlesenvirons de Jérusalem de leurs occupants arabes pour y installer les 1ers colons sionistes ? Qu’ont fait ces gouvernements lorsque le régime sioniste a annexé juridiquement la partiepalestinienne de Jérusalem en violation de toutes les résolutions internationales ? Qu’ont fait ces gouvernements lorsque les hordes sionistes, 650 000 depuis 67, se sont répandues sur la Cisjordanie, détruisant des milliers de maisons et de villages pour s’y installer en conquérants, et réduisant à néant toute possibilité de solution pacifique à 2 États qu’ils appellent hypocritement de leurs vœux ?

Il serait inutile de refaire l’historique de ces dernières décennies en détaillant les appuis inconditionnels que l’Occident a offert au régime sioniste, sur les plans militaire, économique, financier, diplomatique. Israël est l’allié rêvé, le chien de garde idéal, et l’Occident ne lui fera de la peine que s’il est véritablement acculé. Ce n’est pas pour demain.

2e point. La stratégie de l’Occident, et donc de la France, colle à celle de l’État sioniste. Du moment qu’on n’a pas pu éliminer d’une façon ou d’une autre le nationalisme palestinien, qui gêne tout le monde et en particulier les dirigeants arabes, on allait l’apprivoiser, le corrompre, le vider de son sens. D’où la création de l’Autorité palestinienne qui a cédé en 1993, à Oslo, pour prix de sa soumission préalable, la souveraineté de 60% de la Cisjordanie à l’occupant sioniste et renoncé à exiger la création d’un État indépendant et la récupération de Jérusalem. Les « négociations » pouvaient commencer. Elles durent depuis 21 ans. 21 ans. Et ce n’est pas fini. Entre-temps lesalliés d’Israël déversent près de 1 milliard de dollars par pour engraisser la nomenklaturapalestinienne et lui faire oublier le rêve d’indépendance auquel elle n’a jamais cru.

Mais il importe d’entretenir la comédie. Car la population palestinienne de temps en temps s’énerve et le Hamas gagne du terrain.

3e point. Il est nécessaire de choyer l’Autorité palestinienne, de lui donner l’illusion de quelques « victoires » toutes symboliques. Par exemple faire admettre la Palestine à l’UNESCO ou lui accorder un strapontin à l’ONU. Mais le temps presse et le ton monte. Alors l’Europe, pour se dédouaner, pour faire durer la pièce, pour se donner des airs, et surtout pour donner encore un peu de temps à son allié sioniste de terminer le travail, c’est-à-dire avaler la Cisjordanie, a inventé un nouveau jeu, une manière de renvoyer aux calendes la création d’un vrai État palestinien. Elle va le reconnaître du bout des lèvres. Ça ne coûte rien, ça donne une fausse victoire à l’Autoritépalestinienne et ça renvoie la solution à plus tard, beaucoup plus tard. La « reconnaissance » de l’État de Palestine par le parlement français n’est qu’une diversion sans aucune portée. Et pour lessocialistes, ça permet de soigner leur image auprès de la population musulmane.

Une illustration ? Quand on reconnaît un État, la moindre des choses est d’y établir une ambassade. Or aucun pays qui a reconnu l’État de Palestine n’a osé franchir ce pas et subir lesfoudres de l’État sioniste.

Mais alors, me direz-vous, pourquoi cette mobilisation hystérique d’Israël et du lobby judéo-sioniste ? Ça fait partie de la comédie. Il faut donner l’illusion aux Palestiniens qu’ils ont remporté une victoire considérable malgré l’opposition farouche du camp sioniste. Cela va les calmer pendant quelque temps. Le temps que les sionistes y installent d’autres colons. Et d’ici-là on trouvera bien une autre arnaque.

N’oubliez pas ! L’Etat sioniste est le meilleur allié dont l’Occident dispose dans cette région. Il mérite bien les 3 à 4 milliards de dollars que l’Empire lui verse chaque année.

 

 

Traduit de l’arabe en anglais par Ruti Sinai et de l’anglais au français par Dominique Muselet