WWIII: MOSCOU - POUTINE SE JUSTIFIE ET MET EN GARDE L'OCCIDENT !

Publié le par José Pedro


 LA RUSSIE EST LE SEUL PAYS CAPABLE
DE FAIRE ECHOUER L'EXPANSIONNISME US avec les BRICS! B.R.I.C.S. (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), ex-B.R.I.C.
 CONFERENCE DE PRESSE DE V. POUTINE
 

Timofeï Sergueïtsev, méthodologue, philosophe, membre du Club Zinoviev de Rossiya Segodnya

Un monde multipolaire est-il vraiment possible?

© Sputnik. Vladimir Trefilov
CLUB ZINOVIEV
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Tant que les États-Unis détiendront la superpuissance, ils poursuivront leur but: détruire la Russie, mais aussi l’Europe et la Chine, pense Timofeï Sergueïtsev, membre du Club Zinoviev.
 
Club Zinoviev
 
Club Zinoviev

Nous plaçons dans le terme "monde multipolaire", qui serait destiné à devenir réalité, des espoirs vraiment idéalistes. Le monde global unipolaire appartiendrait au passé, les États-Unis s'en iraient, nous formerions "notre équipe" (les BRICS, l'Organisation de coopération de Shanghai, etc.), puis, dans son cadre, nous harmoniserions nos intérêts et exercerions une influence globale, définirions "les règles du jeu" régional, et ainsi, toucherions notre part de la répartition globale des biens de l'économie mondiale.

Ces attentes optimistes soulèvent beaucoup de questions.

Si c'est la structure même du monde, toute son organisation d'après-guerre qui est appelée à changer, comment espère-t-on que ce changement soit possible ou encore qu'il puisse se passer sans une autre guerre mondiale? Sinon, comment pourrait-on s'en passer?

 

Qu'entendons-nous au fait par monde "multipolaire"? D'ailleurs, combien de pôles faut-il? Deux? Trois? Quatre? Qu'est-ce que notre monde encore unipolaire d'aujourd'hui? Qu'est-ce que menace sa destruction? Deux (trois, quatre) pôles, devront-ils faire la même chose que le seul pôle d'aujourd'hui — les États-Unis? Et alors, à quoi cette transition servirait-elle? Et si son intérêt réside en quelque chose de qualitativement différent, alors ce n'est pas peut-être une question de "polarité" ou de "multiplicité", mais de cette nouvelle activité elle-même? Alors il faut parler de son contenu, et pas de sa forme.

 

Nous avons déjà vécu dans un monde bipolaire. Il y avait le camp des États-Unis, et celui de l'URSS. Les mécanismes de tous les processus mondiaux étaient assurés par leur confrontation. Les nouveaux "pôles" qu'on attend signifient-ils la même chose? Probablement oui, voire encore plus. Ou bien espérons- nous, sans aucun fondement, une certaine "harmonie" des centres "d'influence" qui seraient immanquablement des centres de pouvoir? Serons-nous le noyau d'un tel centre ou son satellite?

Le monde unipolaire dirigé par les États-Unis cause notre perte, présentée comme la sécurité, le bien-être et l'état souhaitable. Il ne s'agit pas de dissuader les États-Unis — c'est impossible, ils vont pousser et pousser jusqu'à tomber. Avec une catastrophe ou sans. Donc, c'est ce monde lui-même qui doit être réorganisé, et nous sommes en mesure de le faire. C'est la politique de notre survie. Mais quels doivent être les objectifs de cette réorganisation: possibles, nécessaires et suffisants? La rhétorique générale de l'aspiration à un "monde multipolaire" (ou de son "avènement naturel") ne répond pas à ces questions.

 

Lénine avait tort. L'impérialisme n'était pas le stade suprême du développement du capitalisme. Plus précisément, il ne l'était qu'à cette étape historique en tant que le point culminant du XXe siècle, et c'est tout. Les empires étaient encore des États — malgré toute la crise de la structure étatique qui se manifestait dans les révolutions bourgeoises, causée par la science et l'essor industriel basé sur les avancées scientifiques. Les empires incluaient des colonies dans leur composition étatique et cherchaient à y étendre leur pouvoir (d'où le terme de "colonie" — l'endroit qui sera peuplé), en portant la responsabilité politique réelle de ce qui se passait là-bas. Le monde était divisé entre les empires. L'équilibre entre eux posait des limites à la guerre, ce qui était le droit international de l'époque et représentait le "concert européen".

 

Or, tout cet ordre s'est effondré au XXe siècle. Les deux guerres mondiales étaient, en fait, une seule guerre en deux parties avec entracte. L'Allemagne en était le détonateur. Si au début, elle n'exigeait que les droits de son empire, la deuxième fois, à part "l'espace vital", les Allemands aspiraient à devenir les maîtres de l'Europe entière, ce qu'ils ont accompli. Cependant, l'Allemagne était en retard. Les Allemands pensaient encore à la façon de Lénine, en considérant l'empire, le Reich, comme la forme suprême de l'État et de la civilisation. Ils n'ont pas compris qu'une nouvelle réalité s'était formée, dans laquelle l'État, en tant qu'institution fondamentale de la civilisation, était passé de l'étape interne et latente de sa crise — c'est-à-dire de la révolution bourgeoise (la bourgeoisie s'empare du pouvoir, mais n'assume pas la responsabilité de l'État) — à l'étape extérieure et apparente — c'est-à-dire à l'apparition d'un pouvoir extérieur sur les États les plus puissants du monde — la superpuissance. Par principe, la superpuissance n'est pas de nature étatique. Ce n'est pas seulement une influence politique externe — c'est l'utilisation de tous les facteurs d'instabilité des États, y compris les facteurs internes: les classes, les partis politiques, les idéologies, les religions laïques, la conscience relique (primitive) ethnique, le terrorisme. Le terme et l'analyse sociologique de ce phénomène au sein de l'école russe de la pensée appartient à Alexandre Zinoviev en tant que premier postmarxiste russe.

 

L'Allemagne était en retard pour un monde de superpuissance. Le nazisme était une imitation impuissante de la pratique historique réelle du racisme colonial de la Grande Bretagne. Mais les Allemands ont confondu la cause et l'effet: la supériorité superpuissante, c'est-à-dire invincible, y compris la supériorité technique, sert de base à la déclaration de la "supériorité" génétique et culturelle, et pas l'inverse. Le racisme n'est qu'une idéologie, et pas une connaissance secrète sur le pouvoir. Le prix que les Juifs ont payé pour l'ascension d'Hitler, a été vain: la haine des Juifs n'est qu'un instrument politique pour accélérer la mobilisation militaire et politique. Elle ne produit aucun effet historiquement durable de solidarité. Dans ce sens, la haine des Russes n'apportera rien au quasi-État ukrainien non plus.

 

En outre, le "Drang nach Osten" allemand s'est avéré contrôlable, dirigé contre les Russes, aux mains de la Grande Bretagne qui a ensuite glorieusement lutté contre son propre instrument déjà affaibli et presque détruit, en brouillant les pistes. Les États-Unis ont bénéficié et hérité de cette politique. Ils sont devenus les maîtres de l'Europe à la place de l'Allemagne, et le modèle de la guerre contre son propre instrument est fermement entré dans l'arsenal de l'approche américaine. Il est évident que nos camarades ukrainiens ne le comprennent pas, tout comme ne le comprenaient pas Saddam Hussein, Oussama Ben Laden et bien d'autres personnages dont, à l'étape initiale, le protecteur américain disait: "C'est un fils de pute, mais notre fils de pute".

Bien évidemment, tout cela est "pour la paix". Carl Schmitt prévoyait que "la guerre pour la paix" (et pas pour les objectifs précis des parties belligérantes) serait la plus cruelle, inhumaine et immorale que l'histoire ait jamais connue. Cependant, en 1945 la superpuissance était représentée par deux acteurs: les États-Unis et l'URSS. La gestion du monde était répartie entre deux pôles qui, cependant, n'étaient plus des empires. L'empire s'arrête à sa frontière, lutte pour établir cette frontière. Par contre, la superpuissance ne fait que commencer à cette étape-là. Elle ne veut rien conquérir, rien créer. La guerre froide est techniquement apparue comme une confrontation militaire dans le contexte de la dissuasion nucléaire (de la destruction mutuelle multiple garantie) et s'est transformée en recherche d'autres moyens possibles de confrontation — des conflits locaux et de l'usage clandestin de la force jusqu'à l'intrusion massive dans les affaires intérieures, avec le recours aux services secrets traditionnels et nouveaux, préoccupés par l'idée des classes. Mais c'est la superpuissance elle-même qui a confié à la guerre froide le rôle de la renforcer. La guerre froide n'a jamais pris fin car ses deux facteurs — la dissuasion nucléaire et l'appartenance à la superpuissance — sont toujours présents. Personne ne l'a gagnée ou perdue. Cette deuxième option signifierait la destruction totale, la disparition de l'ennemi. Or, nous n'avons pas encore disparu. Pas encore.

 

Bien évidemment, l'élimination des États ne conduit pas à la paix. C'est justement l'ascension de la superpuissance et le rabaissement des États qui a conduit à deux guerres mondiales. La superpuissance est politiquement irresponsable. L'ordre global qu'elle crée est en fait un chaos total. Son plus grand problème est la nécessité de maintenir son propre État-porteur, ce qui est difficile car la superpuissance considère même "son propre" État comme un moyen, l'exploite et le réexploite. Telle est la nature de la crise de l'économie de dettes aux États-Unis. La destruction ostentatoire des États historiques comme la Yougoslavie, l'Afghanistan, l'Irak, la Libye, la Syrie, l'Égypte et l'Ukraine devrait inspirer de la crainte à l'Europe et à la Russie, mais elle n'enlève pas ses propres problèmes. Bien évidemment, les peuples de ces pays ont "mérité" le chaos, la mort et le sang, car ils n'"étaient pas assez matures pour la démocratie". Mais ce n'est qu'une formule idéologique de la superpuissance, du racisme, une simple explication et une indulgence, mais pas le fondement même de la superpuissance.

 

Nous avons renoncé à la superpuissance nous-mêmes — afin de préserver notre État-porteur, c'est-à-dire la Russie, le Pays natal, la Patrie. La Russie avait été surexploitée par la superpuissance de l'URSS. Je crois qu'il n'y a pas besoin de prouver que c'est bien la Russie historique qui était le noyau de cette composition superpuissante; sans elle, aucune URSS n'aurait jamais existé en tant que projet politique. Mais cela signifie que nous avons emprunté la voie de la réhabilitation historique de l'État dans le monde après la superpuissance. Nous devons reconstruire et développer un État européen dans un sens tout à fait différent de celui que nous proposent les idéologues de sa dégradation — dans notre propre sens, et surmonter sa crise prolongée qui coïncide avec les temps modernes.

Nous devons promouvoir l'effondrement de la superpuissance des États-Unis et leur retour au statut d'État assumant la responsabilité dans les limites de ses frontières (qui peuvent bien changer, comme les nôtres). Ceci dit, nous devons tenir compte du fait que le sujet de la superpuissance agonisante est mortellement dangereux et, par sa nature, ne peut être considéré comme partie à des accords quelconques — il croit qu'en principe, il est le seul à exister. Tant que les États-Unis resteront le porteur de superpuissance, ils poursuivront leur but: la destruction de la Russie, mais aussi de l'Europe et de la Chine, sans parler du monde arabe — sans égard à des restrictions quelconques. Nos exhortations adressées aux États-Unis n'ont aucun sens pour eux.

Nous devons ressusciter le droit international décrivant et interdisant la superpuissance, la reconnaissance des États en tant que forme principale de l'auto-organisation des communautés humaines qui assurent la meilleure et la plus efficace protection possible de chaque personne en particulier, de la reconnaissance de la nature historique des États précis sur le plan juridique au lieu de la domination légale de tous les "standards" et normes universelles en tant qu'instruments de la superpuissance. Un nouveau "concert" international doit être créé, pas européen, mais bien plus large.

Avons-nous des chances de réaliser tout cela, ou bien la superpuissance suppose que tout le monde lui obéit? La dernière option est le choix des peuples qui n'ont pas leur propre philosophie, leur histoire politique réelle (et pas inventée par les idéologues), de mentalité étatique (qui est caractéristique non seulement de l'élite, mais du peuple dans son ensemble). Ce n'est pas nous. Notre force réside dans nos différences, et pas dans la capacité de nous ajuster aux "standards" de la superpuissance. Nos différences ne sont pas la morphologie "des Russes", ni "le caractère" mythique, mais le mode historiquement établi de reproduction et de développement. Son essence est la capacité à résister à la crise, à survivre et à se transformer. Nous avons tous ces programmes variés d'autodétermination. Les États-Unis en ont beaucoup moins — il suffit de comparer ce que eux et nous avons vécu.

Nous avons résolu le problème du XXe siècle — nous sommes passés de l'autocratie à la monarchie constitutionnelle élective. C'est par cette construction étatique qu'a débuté pour nous le siècle passé. La Russie a changé constamment au fil de son histoire — de manière différente, plus fréquente et plus radicale que les États-Unis. Nous ne devons pas tomber dans l'erreur principale des sciences sociales: c'est-à-dire considérer les systèmes sociaux hors temps, hors évolution, comme s'ils existaient depuis toujours et seront toujours là. Nous devons réfléchir à la façon dont tout va changer.

Or, l'idéologie, quelle qu'elle soit — communiste, néolibérale ou pseudo-démocratique — nous éloigne toujours du moment réel. Pas toujours dans un futur lointain. Mais toujours au-delà de la réalité.

Les ressources soviétologiques des États-Unis sont épuisées. Les kremlinologues américains ne comprennent plus le Kremlin, et les soviétologues américains la population russe.

 

Les Russes ne sont pas des Slaves. Les Russes ne sont pas une ethnie. Ils sont une communauté historique, politique et multiethnique, comme les Suisses, mais beaucoup plus large. La perception slave des Russes est la voie vers la régression historique, la transformation volontaire en relique. Les Ukrainiens veulent peut-être rester Slaves, mais cela ne les conduirait que vers le chaos et l'esclavage. Donc pas besoin de parler de fraternité, de sang commun et même de culture commune. Tout cela n'a pas beaucoup servi à Caïn et Abel. Il faut les aider à se débrouiller dans les questions politiques.

 

Nous ne sommes pas contre la démocratie en tant que forme de gouvernement, mais contre la pseudo-démocratie en tant que moyen de destruction de l'État.

Et ainsi de suite.

C'est notre nouveau monde. Il est dangereux, peu confortable, mais réel et prometteur. L'appeler "multipolaire" ne me semble pas juste.

Timofeï Sergueïtsev, philosophe, méthodologue, membre du Club Zinoviev de Rossiya Segodnya

 
 
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Washington

Etats-Unis: menaces et recours à la force masquent une diplomatie en ruines

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INTERNATIONAL
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La démonstration de force de Washington nuit à d'autres peuples et attise leur haine des Etats-Unis, constate un ancien ambassadeur américain de l’administration Bush père.
 

Les Etats-Unis ignorent les principes essentiels de la diplomatie et ne misent en géopolitique que sur la force militaire, écrit dans son article pour The American Conservative Chas Freeman, par le passé assistant du secrétaire à la Défense et ambassadeur américain en Arabie saoudite.

"Pour Washington, la menace de recours à la force n'est plus le dernier, mais le premier instrument en politique étrangère. Nous, Américains, n'hésitons pas à recourir à des mesures de contrainte, en exerçant des pressions sur d'autres pays, que ce soient nos alliés, nos amis, nos adversaires ou nos ennemis", constate l'ancien diplomate.

Et de rappeler que depuis l'éclatement de l'URSS, les choix des Etats-Unis en politique extérieure se limitaient exclusivement aux sanctions économiques, à l'intimidation militaire et à l'usage de la force.

M.Freeman suppose que la puissance militaire et politique des Etats-Unis sert de justification à l'élite américaine pour "renoncer à la persuasion en faveur de pressions militaires sur des étrangers récalcitrants". 

"Ces dernières années, les Etats-Unis ont tué une quantité innombrable de personnes dans des guerres et des opérations antiterroristes avec l'usage de drones dans l'ouest de l'Asie et le nord de l'Afrique. Lors de nos campagnes militaires, nous avons fait couler le sang, mutilé bon nombre de nos militaires et brisé leurs vies. Nous avons affaibli notre économie, en la privant d'investissements au profit des dépenses militaires", indique l'auteur.

Critiquant la politique belliciste de l’administration, l'ex-ambassadeur dénonce également la politique des sanctions pratiquée par les Etats-Unis à l'égard d'autres pays. Selon M.Freeman, cette politique nuit aux milieux d'affaires américains et renforce le protectionnisme dans le pays visé par les sanctions. 

A la différence de l'armée américaine, la diplomatie aux Etats-Unis manque de professionnalisme, conclut l'auteur, qui regrette que la politique extérieure soit confiée à des dilettantes.

 
Lire aussi:
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USA: Romney admet un recours à la force contre l'Iran
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Le gel des actifs russes n’existe que dans les médias

Publié par wikistrike.com sur 20 Juin 2015, 11:19am

Catégories : #Economie

Le gel des actifs russes n’existe que dans les médias

 

Quand la Propagande utilise de grands mots, ne faites pas attention aux mots eux-mêmes, mais cherchez ce qu’il y a derrière eux. Il y a toujours autre chose qui se déroule pendant que les journaux font du tintamarre. Dans le cas présent, le gel des avoirs russes, à défaut de pouvoir se concrétiser dans un avenir proche, pourrait avoir un triple objectif.

D’ores et déjà, un de ses premiers effets concrets, en Belgique et en France, est que les bureaux des organes d’info russes dans ces pays sont réduits à l’inactivité, sinon au silence. Les médias locaux, grands défenseurs de la liberté de la presse, ont opté pour le silence, silence qui leur est sans doute nécessaire pour parler plus librement de la Russie sans être contredits. Faire taire un contradicteur, ce n’est pas une atteinte aux libertés, c’est se défendre contre la « propagande ».

D’autre part, l’annonce du « gel d’avoirs russes » se voulait agressive, humiliante, de manière à présenter la Russie comme un petit pays avec lequel il était possible d’agir comme avec n’importe lequel de ces petits pays qu’on peut punir à volonté. Plus c’est brutal, plus c’est rapetissant, plus il y avait de chances que la Russie réagisse. Et si le Kremlin ne réagit pas, la population russe pourrait blâmer la docilité de ses dirigeants pour l’humiliation qu’ils pourraient ressentir.

La date de l’annonce du gel n’est pas un hasard. Le fait que ce soit à la veille du début du sommet économique de Saint-Pétersbourg est un moyen très habile de riposte contre le forum pour tenter d’en limiter les résultats. C’est aussi une manière comme une autre de rappeler aux investisseurs présents à Saint-Pétersbourg que le processus des rétorsions contre la Russie est loin d’être terminé, et qu’il est bien possible que les fonds qu’ils engageront soient un jour mis en danger, ou même gelés.

Avic – RI

***

Mettons les points sur les «i» en ce qui concerne la «saisie d’actifs russes» dans l’affaire Youkos

Disons-le tout net, il n’y a pas de « gel » ni de « saisie » en tant que tels, et il n’y en aura sans doute pas. Je peux l’expliquer sans la moindre difficulté mais, le problème, c’est que nos journalistes sont plus intéressés par les grands titres que par les faits et l’interprétation correcte de ce qui se passe.

Définissons les termes: une saisie implique une situation dans laquelle, par une décision du tribunal (ou d’une autre autorité compétente), une personne morale ou physique perd la capacité de contrôler ses actifs. Qu’est-ce que nous avons dans le cas de la Belgique ? Nous avons des lettres envoyées par des huissiers à des dizaines d’organismes dont beaucoup sont européens (par exemple Eurocontrol), pour leur demander deux choses:

  1. Gérez-vous des actifs qui appartiennent à l’Etat russe?
  1. Avez-vous des dettes envers l’Etat russe?

Si la réponse à ces questions est positive, il leur sera ensuite demandé de transférer ces actifs aux huissiers de justice et/ou de rembourser leur dette non pas au gouvernement russe, mais à Youkos.

Les organisations et les entreprises à qui sont envoyées ces lettres, sont sélectionnées d’une manière très simple ; un clerc regarde la liste des toutes les entités juridiques du pays en se posant cette question : «Cette entreprise pourrait-elle avoir un lien avec la Russie ?», et s’il pense que c’est possible, il envoie une lettre.

Cela signifie également que les enquêteurs n’ont pas été en mesure de trouver ni de saisir quoi que ce soit par eux-mêmes et qu’il est donc nécessaire de recourir à cette humiliante « quête d’information » : S’il vous plaît, aidez-nous, c’est nous les bons, aidez-nous à tout saisir!

Une simple comparaison suffit à expliquer la situation. La banque X croit qu’Ivanov lui doit de l’argent et elle transfère sa dette à des collecteurs. Les collecteurs s’aperçoivent qu’ils n’ont pas de prise sur Ivanov lui-même, alors ils demandent à des membres de sa famille et des voisins: «Avez-vous quelque chose qui appartienne à Ivanov? Ivanov vous a-t-il prêté de l’argent ? Si oui, rendez cet argent à nous ! Et si par hasard il a laissé son vieux vélo sur votre balcon, donnez-le-nous aussi!  »

Soit dit en passant, la CEDH [Cour européenne des droits de l’homme], a presque immédiatement pris ses distances avec cette opération douteuse: http://regnum.ru/news/1934559.htmlhttp://regnum.ru/news/1934559.html

Très probablement, l’affaire fera des bulles dans les médias pendant encore une paire de semaines et puis tout cela retombera quand les huissiers recevront des lettres qui diront toutes: nous n’avons aucun actif de la Fédération de Russie ni de dettes envers elle.

Compte tenu du fait que nous vivons à une époque d’une absurdité fascinante, il y a un risque (minime) que la justice bruxelloise ne s’arrête pas là et tente de saisir, par exemple, les actifs d’une paroisse de l’Église orthodoxe russe en Belgique. Selon le principe de réciprocité, la saisie et la nationalisation de quelque bien belge en Russie s’ensuivra, et on peut penser avec raison qu’il y a beaucoup plus «d’actifs belges» en Russie que de «russes» en Belgique. Pensez une minute à la réputation que se forgent ceux qui font des choses pareilles ! Il ne faut pas sous-estimer les Chinois, les Brésiliens, les Arabes ni les Indiens – ils ont tous compris que demain, ils peuvent se retrouver dans la même situation que la Russie, sous un prétexte ou un autre, par exemple, le même conflit territorial en mer de Chine du Sud dans le cas de la Chine.

Conclusion : On peut estimer que l’incident se résoudra à 99%, sans conséquences à long terme. Et tout le monde en parlera, de Yakounine et Leontiev jusqu’aux blogueurs d’UKRO et aux patriotes cinglés. Cela fait plaisir à tout le monde, sauf à moi qui suis obligé d’aborder ce sujet au lieu de quelque chose de bien plus intéressant :)

KR: On peut se demander s’il ne s’agit simplement pas d’un coup de pub de plus dans la guerre de l’information contre la Russie.

Fort Russ, 18 juin 2015

Article original: http://fortruss.blogspot.fr/2015/06/the-arrest-of-russian-assets-exists.html

Traduction : Dominique Muselet

http://arretsurinfo.ch/le-gel-des-actifs-russes-nexiste-que-dans-les-medias/