Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Thanasis Laskaratos : « Tsipras dirige le pays vers le Grexit »

Publié le par José Pedro

Thanasis Laskaratos : « Tsipras dirige le pays vers le Grexit »

 

Suite à la victoire du « non » au référendum grec, nous avons posé nos questions à Thanasis Laskaratos, chargé des relations internationales du parti grec EPAM, afin d’essayer de comprendre de l’intérieur les enjeux réels du scrutin et le comportement ambivalent d’Alexis Tsipras vis-à-vis des créanciers du pays.

Nous lui avons demandé sur quels points précis étaient engagé Alexis Tsipras, le Premier ministre grec, vis-à-vis de son peuple après la victoire du « non » au référendum de ce dimanche 5 juillet 2015, comment interpréter la reprise très rapide par Alexis Tsipras des négociations avec les créanciers de la Grèce directement après le « non », comment interpréter le haut score de l’abstention au référendum (41%) étant donnée l’importance de la situation pour le peuple grec, et s’il lui paraissait possible que la Grèce soit déjà en train d’imprimer ses propres billets au cas où la BCE refuserait d’accorder les liquidités nécessaires à la réouverture des banques grecques.

 

Pour Yanis Varoufakis, seulement 10% de l’aide internationale a profité aux citoyens. Les suspects habituels, les hedge funds, ont joué un faible rôle, et généralement haussier, sur la Grèce

A qui les 325 milliards d’euros d’aide à la Grèce ont-ils le plus profité? «Seuls 10% sont allés jusqu’aux citoyens, mais 90% sont restés aux mains des intermédiaires financiers», affirme Yanis Varoufakis. Nombreux sont ceux qui contredisent le ministre grec des Finances sortant. C’est le cas de Hans-Werner Sinn, président de l’institut IFO, à Munich. Celui-ci propose de considérer l’augmentation de la consommation grecque par rapport au revenu national net. Elle est passée de 95% aux débuts de l’euro à 110% avant la crise financière et 113,7% aujourd’hui. «C’est le plus haut niveau de la zone euro, explique-t-il dans une étude. Les citoyens grecs ont financé l’augmentation de la consommation par la dette.»

Ceux qui ont sorti leur argent de Grèce s’inscrivent aussi au rang des gagnants de la crise, selon l’économiste allemand. Il s’agit d’une part de banques, françaises et allemandes, d’autre part de Grecs eux-mêmes. L’essayiste affirme qu’«un tiers de l’aide a servi au financement du déficit de la balance courante, un tiers au service de la dette grecque et un tiers au transfert de fortunes grecques hors du pays rendu possible par les crédits d’urgence de la BCE». Les anecdotes faisant état d’investissements grecs sur les marchés immobiliers de Londres et de Berlin abondent.

«Les bénéficiaires de la crise sont nombreux», confirme Karsten Junius, chef économiste de J. Safra Sarasin. Il s’agit de «ceux qui ont sorti leur argent du pays ainsi que des Grecs qui profitent de marchés protégés ou de rentes de situation (fonctionnaires, agriculteurs, personnes très tôt retraitées), donc aussi bien des entrepreneurs que de petites gens».

Les grandes banques commerciales sont également sur la liste des gagnants dans le sens où leurs engagements ont été transférés aux organismes supranationaux et aux Etats, donc vers les contribuables, explique le site Zerohedge. Selon Barclays, le risque grec des banques allemandes est tombé de 45 à 13,51 milliards de dollars depuis 2009. Celui des banques françaises de 78,8 à 1,8 milliard (voir le graphe).

L’Allemagne n’a-t-elle pas profité du manque de compétitivité des pays périphériques? Elle a connu, selon Zerohedge, un «âge d’or de son industrie d’exportation, grâce à une monnaie unique plus faible que le mark».

Les hedge funds sont des candidats tout désignés au rôle de proie. En l’occurrence, leur rôle a été, contrairement à la crise de 2012, dérisoire ces derniers temps, selon nos sources dans les milieux des fonds alternatifs. George Soros et une vingtaine de hedge funds auraient été sanctionnés pour avoir vendu les banques grecques à découvert.

A l’inverse, plusieurs hedge funds ont parié sur un sauvetage de la Grèce, à l’image d’Emerging Sovereign (Carlysle Group), devenu le deuxième actionnaire de la National Bank of Greece, à fin mars. Ou de Third Point, l’un des plus grands hedge funds, qui a lancé un Hellenic Recovery Fund en 2013. Lansdowne Partners enfin est devenu le deuxième actionnaire de l’opérateur du port du Pirée, mais il aurait réduit sa participation de moitié, selon Bloomberg.

Les banques grecques préparent une expropriation massive des petits épargnants. Ainsi doivent être rasés de 30% les dépôts d’épargne contenant plus de 8 000 euros. Il s’agit ici de la saisie arbitraire la plus violenta dans l’histoire de l’euro. La situation est apparemment si dramatique que l’alternative pourrait être la perte totale de tout les dépôts.
En Grèce, la plus massive ponction de dépôts dans l’histoire de l’euro est apparemment imminente pour les petits épargnants. Comme le rapporte le Financial Times, les banques dans une situation dramatique veulent exécuter une saisie massive sur tous les dépôts d’épargne. Jusqu’à présent, on avait toujours supposé que les dépôts d’épargne de moins de 100 000 euros étaient protégés. C’était le cas à Chypre lors de la dernière saisie. A l’époque, tous les petits épargnants étaient protégés. Seuls les dépôt de plus de 100 000 euros étaient ponctionnés de 40%.

En Grèce, la situation est beaucoup plus dramatique. C’est pourquoi, les banques projettent de saisir 30% sur tout les dépôts supérieurs à 8 000 euros

Le Financial Times rapporte que cette mesure ne doit pas être immédiatement exécutée. Mais une ponction sur les dépôts d’épargne dans ces dimensions dramatiques semble être retenue comme plan pour la recapitalisation des banques. Au moins une banque a confirmé cet ordre de grandeur.

Le détail le plus intéressant de l’information du Financial Times est le fait que la saisie se fera apparemment pour les petits épargnants, même s’ils votent «oui» au référendum.

Les sources on dit au journal qu’une recapitalisation des banques serait nécessaire dans le cadre d’un nouveau programme de sauvetage de la Grèce.
Cependant, on peut aussi en déduire que sans nouveau programme de sauvetage, une faillite massive des banques menace la Grèce. Avec cela, il existe un danger sérieux de voir les épargnants perdre la totalité de leurs avoirs. Étant donné qu’aucune protection européenne des dépôts n’existe actuellement, l’État ne serait pas non plus en mesure de garantir les dépôts des petits épargnants. Même le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, n’exclut pas l’effondrement d’une banque grecque. Il a déclaré au journal Bild : «Même si on assistait à l’effondrement d’une banque le risque de contagion est relativement faible.» Le lobby bancaire grec nie l’existence de tels plans. Mais les experts bancaires n’ont aucun doute sur le fait que toutes les banques en Grèce se battent pour leur survie. Les institutions bancaires ont, selon la Banque de Grèce, 50% de prêts douteux proches du défaut (Non Performing Loan) dans leur portefeuille. Les prix des garanties collatérales les plus importantes – l’immobilier et les navires – sont en chute libre. La fermeture des banques depuis lundi a bloqué l’activité commerciale.

Vu ainsi, l’expropriation brutale serait encore le moindre mal pour les épargnants grecs.

Ils décideront dimanche s’ils perdent tout, ou si 30% pour cent de leurs économies seront confisquées.

 

 

L'euphorie qui entoure, voire enflamme, la Grèce et l'Europe depuis dimanche 5 juillet au soir à l'annonce du non massif (plus de 61%) à l'accord préparé et négocié par les créanciers de la Grèce, les institutions européennes et internationales, enfin les principaux dirigeants européens, n'est pas de nature à changer fondamentalement la donne à court terme en ce qui concerne la question de la dette grecque.

La politique de la terre brûlée

Pendant toute cette journée du lundi, le gouvernement grec et l'Europe vont en effet reprendre les négociations. Mais sur quelles bases ? Il est évident que les créanciers vont remettre dès aujourd'hui sur la table le "paquet" déjà négocié et sur lequel s'étaient d'ailleurs entendus les dirigeants européens et Tsipras lui-même avant que, dans une chambre d'hôtel à Bruxelles, Tsipras et ses proches collaborateurs, décident de faire monter la pression en renonçant à cet accord et en annonçant de façon abrupte la tenue d'un référendum sur cette question.

Tsipras et son très dogmatique ministre des finances Yanis Varoufakis, qui a qualifié les créanciers de son pays de "terroristes", ont ainsi montré qu'ils pratiquaient la politique de la terre brûlée en instrumentalisant le peuple grec pour mieux servir leur cause politique.

En réalité, il ne pouvait en être autrement dès le début. Après être arrivé au pouvoir au mois de janvier dans un vent de révolte contre les mesures d'austérité déjà proposées par la fameuse et honnie "troïka" ( qui existe pourtant toujours évidemment même sous un autre nom), le gouvernement de la gauche radicale allié pour la circonstance avec un parti de la droite dite "souverainiste", savait qu'il risquait gros en négociant un accord qui aurait pu le conduire à sa mise en minorité, tant au sein de son parti où des factions encore plus extrêmes existent, qu'au Parlement où il aurait pu lui être reproché d'avoir mal négocié.

Ce faisant, Tsipras n'a pas eu le courage d'assumer pleinement l'accord pourtant équilibré et raisonnable proposé par les institutions financières et les dirigeants européens. Il a préféré faire de la politique et se camoufler derrière un vote du peuple grec dont on ne sait pas quelles conséquences il va falloir en tirer...

La position difficile des dirigeants européens

Les dirigeants européens dont Angela Merkel et François Hollande, n'ont jamais dit à la Grèce que l'accord était à prendre ou à laisser. Ils ont constamment réitéré leur volonté de négocier jusqu'au bout en faisant des efforts. Mais qu'on y prenne garde : le Bundestag, qui devra se prononcer, ne votera pas un accord qui serait par trop déséquilibré. En clair, le gouvernement grec n'aura d'autre solution que d'accepter un plan de mesures d'économies drastiques, quitte à ce que celui-ci soit plus étalé dans le temps et peut-être un peu plus indolore.

Le gouvernement grec se fera fort d'obtenir un accord en 24 ou 48 heures ; c'est qu'il dispose forcément d'une marge de manœuvre politique qui aurait pu le conduire à éviter les frais d'un référendum et le chaos dont ils sont directement responsables. Mais attention, après avoir fait campagne pour le non à la "dictature" de la troïka-qui n'est tout de même pas ce que fut la dictature des colonels que connut ce pays de 1967 à 1974- Tsipras et Varoufakis pourraient se retrouver vite désavoués et accusés de s'être réfugiés derrière le peuple grec pour mieux le tromper.

La force du référendum

Il est vrai, toutefois, qu'un référendum a une force considérable. Il est évident qu'après la mise en garde de Barack Obama et l'appel de Christine Lagarde à négocier rapidement un accord, l'Europe risque de se retrouver isolée. Elle se retrouve ainsi dans l'obligation de consentir un geste supplémentaire.

Mais le risque est lourd : la cohésion de l'Europe a volé en éclats sur cette question ainsi et surtout que la solidarité franco-allemande. La différence de culture économico-financière des deux pays est tellement importante qu'on ne voit pas ce qui aurait pu conduire à une réelle convergence de vue sur cette question. Pourtant, dans l'adversité, les deux pays sont condamnés à s'entendre dès aujourd'hui.

Surtout, cette crise majeure montre que désormais, sans une vraie ambition de gouvernance politique de l'Union économique et monétaire, l'Europe est menacée d'implosion. Il est donc grand temps de prendre le temps de réfléchir à ce que signifie le fait de vivre ensemble dans une même union... Les Anglais pourraient eux aussi nous le rappeler en 2017 en votant "non" au référendum décidé par David Cameron.

Un cheval de Troie dans la forteresse de l’austérité


La Grèce a inventé la démocratie. La mythologie grecque a poli le miroir dans lequel l’Occident se regarde. La Grèce a même inventé la dénomination de la péninsule asiatique : Europe


 

«De nos jours, seuls les criminels ont l’audace de porter dommage à autrui sans l’aide de la philosophie»

Robert Musil, L’Homme sans qualités.

 

L’Odyssée raconte qu’il a fallu dix ans à Ulysse pour rentrer chez lui après la fin de la guerre de Troie. Ses descendants font aujourd’hui l’histoire dans le foyer d’origine de la démocratie. Et ils ne vont nulle part. Ils ont déjà placé leur cheval de Troie dans la forteresse de l’intolérance et de l’austérité. Il n’y a pas de retour en arrière après la restauration de la dignité. Et si les Muses s’en chargent, la drachme reviendra.

Les soi-disant institutions de l'UE – pilotées par les politiciens des pays riches de l'Union européenne, d'une médiocrité cosmique – se sont comportées comme des barbares tout au long du voyage, ce qui montre comment l'ensemble du tableau de la construction kafkaïenne de l'UE vengeresse hait la démocratie.

Bruxelles et Berlin ont prouvé qu’ils sont dans la continuité du business des changements de régime. Parodiant les exploits des exceptionnalistes en Irak en 2003, ils prônaient la destruction d’un gouvernement démocratiquement élu en Europe par un Shock and Awe économique. Leur rêve glauque était d’imposer une austérité renouvelée à un gouvernement technocratique intérimaire non élu [sorte de proconsulat style Mac Arthur au Japon en 1945, NdT].

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras vote à Athènes, le 5 Juillet, 2015 © REUTERS/Christian Hartmann

La Commission européenne (CE) veut que la Grèce reste dans la zone euro bien que l’écart se creuse entre les négociateurs.

La semaine dernière, des tactiques alarmistes implacables – déployées par Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, et le président de la Commission européenne et opportuniste certifié Jean-Claude Juncker – ont affirmé que le vote non signifierait un Grexit [sortie de la Grèce hors de l’Europe, NdT]. Maintenant, la possibilité réelle d’un Grexit menace de détruire l’euro.

La plus grande peur de ces politiciens d’une médiocrité cosmique est que d’autres démocraties européennes – à commencer par l’Espagne à l’automne – emboîtent résolument le pas à la Grèce en disant non à l’obsession de l’austérité.

Le simple fait que cela se produise, déjà, est l’acte d’accusation ultime contre la troïka, dont les costards à taille unique enfilés aux économies des pays membres on toujours conduit à la récession, au chômage et à la pauvreté généralisée. Leur notion de l’Europe est morte et enterré.

Tout est insoutenable

Maintenant, c'est l'heure des Thermopyles. Bats-toi ou meurs. Il n'y a pas de feuille de route, encore, sur la façon dont la Grèce peut survivre dans la zone euro sans faire éclater sa société déjà meurtrie et malade. Cela impliquerait la fin des politiques profondément anti-européennes.

Le sommet de ce mardi impliquant la chancelière Merkel et le président français Hollande révèle le désespoir de dernière minute des politicards à la médiocrité cosmique. Merkel court maintenant un risque réel de passer dans l’histoire comme celle qui a provoqué le Grexit. Et un Grexit – aussi douloureux que cela puisse être – reste une solution.

 

La Grèce est incapable de restructurer les prêts de la  BCE. © REUTERS / Wolfgang Rattay

La dette de la Grèce est absolument insoutenable – comme on dit en novlangue. Une certaine forme de restructuration est inévitable. Cela signifie qu’un nouveau plan de sauvetage doit être élaboré par les ministres des Finances de la zone euro. Cela peut prendre des semaines pour forger une nouvelle entente. À court terme, la Banque centrale européenne (BCE) est sur une corde raide, ayant à décider quoi faire du système bancaire grec.

Le peuple grec a bénéficié de moins de 10% des plans de sauvetage précédents d’un montant de €240 Mds. Quatre-vingt-dix pourcents de cet argent a servi essentiellement à renflouer les banques commerciales allemandes et françaises – la Grèce ayant du souscrire des prêts d’urgence pour les payer. Et pour obtenir ces prêts, Athènes s’est vue imposer l’austérité et un néolibéralisme déchaîné.

Tout porte à croire que la zone euro va continuer à jouer dur. Même si le FMI lui-même admet qu’un certain soulagement de la dette est inévitable, et même si Mme Merkel elle-même, avec un peu d’espionnage de la NSA publié par Wikileaks, a admis (en octobre 2011, déjà) que la dette de la Grèce était insoutenable.

La dette du gouvernement grec est encore un énorme €320 Mds [dont $150 Mds imposés pour acheter des armes aux USA, en France et en Allemagne, NdT] , 78% étant dû à la troïka. Et malgré ça, la troïka est tentée de serrer la vis encore plus – utilisant maintenant la tactique des distributeurs automatiques de billets vides pour provoquer un changement de régime. Pourtant, cela peut provoquer un retour de flamme et précipiter – quoi d’autre? – le Grexit.

Et le Grexit ne sera que le début d’une nouvelle tragédie inspirée par Sophocle. Dés lors qu’une nation rompt avec la monnaie unique, l’union monétaire elle-même est totalement exposée. Le Déesse du Marché, néolibérale, sera ardemment à la recherche de sa prochaine victime – Espagne, Italie, Irlande.

Le cheval de Troie de la démocratie se trouve maintenant, en silence, dans la forteresse de l’austérité. La bataille est sur le point de commencer.