Grèce : découverte d’une cité engloutie vieille de 5 000 ans.

Publié le par José Pedro

Baie

L’expédition Terra Submersa, dirigée par des archéologues de l’Université de Genève, tente de retrouver, sous les eaux claires d’une petite baie grecque, des vestiges datant du néolithique (il y a 9000 ans) qui pourraient bouleverser l’histoire du Vieux Continent.

 

Le soleil cogne sur la baie de Kiladha, non loin de Nauplie, dans le Péloponnèse. Depuis le pont du PlanetSolar , les flots calmes incitent plus à la baignade qu’à fixer un écran d’ordinateur. Pourtant, Julien Beck,archéologue de l’Université de Genève, n’en décolle pas, ébahi. «Vous voyez ce trait noir, c’est peut-être ce que nous cherchons!» «Je n’ose pas encore appeler cela une «couche culturelle», dit en souriant Dimitris Sakellariou, géologue au Centre hellénique de recherche maritime. Les deux scientifiques, piaffant devant les données fournies par leur «torpille» d’échosondage baladée en mer, font partie de l’expédition Terra Submersa . Et l’objet de leur quête, dont ils estiment entrapercevoir des signes, là, sous quelques mètres d’une eau claire et une couche de vase, n’est rien de moins que le plus ancien village d’Europe, vieux de plus de 8000 ans au moins. «C’est très excitant», dit Julien Beck.

Cette aventure archéologique démarre en 1955, par une partie de pêche. Des adolescents du coin débarquent sur une plage voisine de Kiladha, au pied d’une grotte utilisée comme abri par les bergers, pour y griller leurs poissons. «En creusant pour faire notre foyer, nous sommes tombés sur des fragments de poteries», raconte l’un d’eux, Adonis Kyrou, âgé aujour­d’hui de 76 ans, et toujours aussi fier de sa découverte. «Nous les avons montrés au Service archéologique grec, qui nous a dit de ne plus toucher à rien.» Quelques années plus tard, des archéologues des Universités américaines de Pennsylvanie et d’Indiana font un sondage dans la grotte, nommée Franchthi. Vite, il apparaît qu’elle regorge de vestiges préhistoriques. Pour avoir retrouvé à 10 mètres sous terre les cendres d’une ancienne éruption volcanique bien identifiée, la couche en question a pu être datée à 37 500 ans av. J.-C. «De ce point de départ, les fouilles, telle une capsule temporelle, ont permis de reconstituer l’utilisation du site avec des détails inouïs», dit Julien Beck.

Au paléolithique supérieur, qui s’étend en Grèce entre –40 000 et –10 000, la grotte était un lieu de résidence passagère pour les chasseurs-cueilleurs. Les objets retrouvés correspondant à cette époque incluent des ossements (ânes sauvages, perdrix, cerfs), des restes de poissons ou des graines carbonisées (poiriers, lentilles, etc.). Parfois, il est même possible de préciser à quelle saison la caverne a été occupée, en observant les cercles de croissance des escargots consommés alors.

Durant le mésolithique grec (–10 000 à –7000), après deux gros millénaires durant lesquels la grotte est abandonnée à cause du froid, elle est à nouveau utilisée, mais sporadiquement et comme lieu de sépulture ou de fête. «La grande rupture survient au néolithique (–7000 à –3000) avec l’apparition de la sédentarité, reprend Julien Beck. C’est un changement spectaculaire dans la destinée humaine: en créant des villages, en cultivant des champs, en élevant des bêtes, en générant des surplus et en planifiant, se fonde un type d’économie qui a perduré jusqu’au XVIIIe siècle et la révolution industrielle.» Les archéologues savent que la grotte ne servait alors pas de lieu d’habitation, quand bien même ils y ont trouvé des vestiges du néolithique, dont moult éléments de parure. «Dès lors, il y a tout lieu de penser que les Homo sapiens ont pu installer, il y a 9000 ans, leur village entre la caverne et la rivière en contrebas, tant cet endroit était un coin de paradis.»

De cette rivière, il ne reste aucune trace visible, la mer recouvrant aujourd’hui la zone car étant 120 m plus haut qu’il y a 20 000 ans, lors de la dernière glaciation. «Mais c’est là que le projet devient passionnant, car il mêle géologues et archéologues», dit Julien Beck. Alors que les seconds s’attachent aux signes laissés par les hommes du passé, les premiers reconstruisent ce qu’ils appellent des «paysages préhistoriques submergés»: «Nous tentons de décrire l’environnement dans lesquels les hommes évoluaient.»

Pour y parvenir, les géophysiciens procèdent notamment par carottage, afin de «lire» dans les couches sédimentaires. Une autre méthode consiste à utiliser des échosondeurs: «Ces instruments envoient des ondes vers le fond de la mer, et mesurent leur réflexion dans les strates géologiques successives, explique Dimitris Sakellariou. Or cette réflexion est différente selon la composition de chaque couche.» Pour opérer, l’équipe dispose d’appareils émettant ces ondes, en forme de tubes, qu’ils ont pu traîner derrière deux navires, le grec Alkyon ainsi que le suissePlanetSolar. «L’avantage de ce navire solaire est qu’il est facilement dirigeable, et permet un quadrillage de la baie avec une précision fine», dit son capitaine, Gérard d’Aboville.

Et déjà, les premiers résultats parlent. Les scientifiques ont pu reconstituer diverses «paléo-plages», témoins du niveau des océans qui a varié en fonction des glaciations. «Il y a 140 000 ans, l’île d’Ipsilis, à l’entrée de la baie, était reliée au continent par un isthme couvert de dunes de sable, dont l’orientation indique l’origine géographique des vents dominants de l’époque», s’enthousiasme Julien Beck. C’est aussi grâce à ces échosondages que les géophysiciens ont pu repérer, dans les couches sédimentaires, la forme de gouttière en U caractéristique du lit d’un fleuve qui formait un coude devant la grotte. Et c’est, surtout, dans ces données qu’ils ont débusqué une couche s’arrêtant brusquement – ce qui est très inhabituel. «De cette zone vaste de 500 m2, on pense qu’il peut s’agir des restes d’un village», dit Dimitris Sakellariou.

Cette découverte conforterait une hypothèse susceptible de chambouler l’histoire. «Les archéologues ont toujours admis que le mode de vie sédentaire du néolithique est né au Proche-Orient, puis s’est répandu par voie terrestre en Europe, par l’Anatolie, décrit Julien Beck. Or une étude publiée en décembre 2013 dans la revue Antiquity et utilisant la méthode de datation au carbone 14, a conclu que les vestiges néolithiques mis au jour à Franchthi étaient plus anciens que ceux découverts au nord-est de la Grèce, où l’on s’attendait à retrouver les traces les plus préhistoriques de cette époque, puisque les peuples auraient dû transiter par là avant de venir dans le Péloponnèse.»

Comment expliquer cette contradiction? «Peut-être a-t-on négligé l’aventure maritime. Peut-être que la navigation existait bel et bien depuis très longtemps»; les hommes auraient pu naviguer il y a plus de 100 000 ans déjà, selon d’autres études. Si donc ceux du néolithique sont arrivés à Franchthi par la mer, ce village pourrait être le plus vieux du pays, et donc de toute l’Europe!

Sur la base de ces théories, des trouvailles archéologiques, et surtout des mesures géophysiques, l’équipe de Julien Beck a lancé, la semaine passée, des fouilles sous-marines, qui vont durer plusieurs années. Et s’annoncent ardues, dit Despina Koutsoumba, du Service grec des antiquités sous-marines, qui participe au projet: «La couche de vase de plusieurs mètres a l’avantage de bien conserver les vestiges. Mais creuser dans la boue représente toujours un défi.» L’archéologue se réjouit de la collaboration avec l’équipe suisse, car «vous les Suisses avez une grande expérience des fouilles dans ce type d’environnement, qui ressemble à un lac». La Suisse jouit en effet d’un savoir-faire hors pair, résultant de plus de cent cinquante ans d’études des sites palafittiques.

Du côté de l’Ecole suisse d’archéologie en Grèce, aussi partie prenante de l’aventure, au même titre que le Laténium de Neuchâtel, on se «réjouit d’ouvrir un nouveau pan de recherches», dit Karl Reber, son directeur. Depuis cinquante ans en effet, les fouilles suisses visant la période classique se sont concentrées à Erétrie, avec d’immenses succès à la clé. «De plus, ce projet servira de vitrine pour populariser l’archéologie et attirer de nouveaux sponsors.»

A l’heure où les plongeurs suisses et grecs s’impatientent de faire vrombir leur aspirateur subaquatique, Despina Koutsoumba tempère l’enthousiasme: «En archéologie, on apprend tôt que toute hypothèse semblant logique ne reflète pas forcément la réalité. Par ailleurs, au fil des siècles, si la mer a grignoté la côte petit à petit, le village néolithique potentiel délaissé par ses habitants peut avoir été fortement endommagé par cette lente montée des eaux. Pour avoir un site bien riche et bien préservé, il faudrait idéalement qu’un événement cataclysmique, tel un tremblement de terre, l’ait englouti brusquement. Je ne doute donc pas qu’on trouve des vestiges. Les fondations indiscutables d’un village? J’en doute un peu. Mais Julien, lui, y croit fort.»

Tout en ne niant pas l’argument de sa collègue grecque, l’intéressé ne dit pas le contraire: «Selon Dimitris Sakellariou, la structure que l’on voit dans les échosondages ne s’explique pas par quelque chose de naturel. C’est la plus belle découverte de l’expédition jusque-là. Et celle-ci ne fait que commencer!»

Grèce : découverte d’une cité engloutie vieille de 5 000 ans

Le Paléolithique

Les traces les plus anciennes d’occupation humaine en Grèce remontent au Paléolithique inférieur, entre 700.000 et 200.000 ans avant l’ère chrétienne. Il s’agit principalement de différents outils en pierre taillée trouvés les îles ioniennes, en Macédoine occidentale et en Thessalie… Les premiers habitats en grottes, abris sous roche ou en plein air remontent au Paléolithique moyen (200.000 à 35.000 ans) et au Paléolithique supérieur (35.000 à 10.000 ans) et marquent l'apparition de l'Homo sapiens. On les trouve principalement au nord de la Grèce, en Macédoine, en Thessalie et en Épire, et plus rarement en Béotie, Attique et dans le Péloponnèse. Aucune trace d'occupation paléolithique n'est connue dans les îles égéennes, ni en Crète.

Différents vestiges indiquent une sédentarisation progressive au Mésolithique, entre 10.000 et 7.000 ans avant JC. C’est une période de transition entre le chasseur-cueilleur et l’agriculteur - éleveur, comment l’attestent les fouilles de la grotte de Franchthi en Argolide et de la grotte de Théopétra en Thessalie…

 

Une équipe de chercheurs a récemment découvert une ville datant d’environ 3 000 ans avant Jésus Christ dans un golfe du Péloponnèse.

Une incroyable trouvaille. Une équipe de chercheurs a récemment découvert une ville fortifiée engloutie dans un golfe du Péloponnèse (Grèce). Cette cité daterait d’environ 3 000 ans avant Jésus Christ, selon les scientifiques. "Nous avons mis au jour une ville entière d'au moins 1,2 hectare dotée d'un important système de fortification qui date de l'âge du bronze, du troisième millénaire avant l'ère chrétienne", a expliqué au Figaro Julien Beck, le chef de l’équipe internationale d’archéologie.

 

Une découverte de taille puisqu’elle pourrait apporter de nombreux détails concernant l’histoire de la Grèce. "Il semblerait que nous ayons identifié des rues parallèles, comme s'il y avait une planification urbaine des ruelles, comme si quelqu'un avait organisé la ville, ce qui serait exceptionnel pour cette époque",et  certaines fortifications ont un "caractère massif (…) d'un genre encore inconnu en Grèce pour la période".

 

Un mouvement de plaques techtoniques à l'origine de l'immersion ?

Mais comment une si grande cité antique aurait pu être engloutie ? "A priori, il s'agit d'une ville côtière qui a été immergée après un mouvement de plaques tectoniques mais nous devons poursuivre nos recherches pour confirmer cette hypothèse", a dévoilé l’homme à la tête de l’équipe internationale. De plus, près de 6 000 objets ont pu être récupérés lors des fouilles, laissant présager que la ville avait dû être quittée précipitamment.

Description du projet

les premiers agriculteurs d'Europe

Projet : Julien Beck, Fabien Langenegger en collaboration avec l'Ephorie grecque des antiquités sous-marines.

 En Grèce, le Néolithique, dès le septième millénaire avant l'ère chrétienne, est une période charnière, qui voit l'émergence d'un mode de vie nouveau, avec le passage de la chasse et de la cueillette à la sédentarisation, à l'agriculture et à l'élevage. Ces bouleversements profonds dans la vie des populations d'alors trouvent leur origine au Proche-Orient et dans le sud-est de l'Anatolie. La question de leur diffusion se pose : par quel biais les pratiques néolithiques atteignent-elles la Grèce ? Est-ce par voie terrestre, via les Balkans ? Ou par voie maritime, depuis les rivages de l'Anatolie, de Chypre ou du Levant ? Pour répondre, il faut se pencher sur le début de la période, le Néolithique Ancien, phase encore mal connue pendant laquelle le Néolithique grec tout entier se met en place.

 

Premières investigations sous-marines

Dans les années 1980, la topographie sous-marine de la baie de Kiladha fait l'objet de premières investigations. Elles révèlent l'existence, au large de la grotte, d'une sorte de replat bordé d'une ravine, à une dizaine de mètres de profondeur-endroit propice à un établissement. Des carottages, de même, livrent leur moisson de vestiges préhistoriques, dont on ne sait s'ils proviennent, par érosion, de la grotte, ou s'ils appartiennent à un site se trouvant désormais sous les eaux.

La montée des eaux

Durant l'Holocène, qui fait suite à la dernière grande période glaciaire, le réchauffement climatique provoque la fonte des calottes polaires. Il en résulte une montée lente mais régulière du niveau des mers. Ainsi, le paysage, à Franchthi, n'est-il pas le même au Néolithique qu'aujourd'hui : la grotte était alors plus éloignée du rivage, et la baie présentait une morphologie différente dans son ensemble. Se pourrait-il que l'établissement extérieur se soit trouvé en contrebas de la grotte, en direction de la mer, et qu'il ait été englouti depuis ?

La grotte de Franchthi

Cas rare en archéologie, la grotte de Franchthi, en Argolide, est occupée durant plus de 35'000 ans, du Paléolithique supérieur au Néolithique, en passant par le Mésolithique. Cette longue séquence permet de suivre l'évolution de ses habitants lors des phases les plus déterminantes de la préhistoire récente, et fait donc de Franchthi un site à portée universelle dans l'étude de cette dernière. Vaste formation karstique de 150 m de long sur 45 m de large, la grotte se situe sur la rive nord de la baie de Kiladha. Les deux tiers de sa superficie sont inaccessibles, suite à un effondrement ancien de la voûte. Les fouilles, menées dans les années 1960 et 1970 par l'Ecole américaine d'archéologie en Grèce, sous la direction de Th. Jacobsen, ont donc eu lieu au niveau du porche, et à une petite plage directement adjacente. La présence de vestiges sur cette dernière suggère l'existence, dès le Néolithique Ancien, d'un établissement en dehors de la grotte, dont elle ne serait qu'une dépendance. Un tel établissement serait-il à même, selon son état de conservation, de fournir de nouveaux renseignements quant au Néolithique Ancien grec ?

 

Un projet conjoint

Une nouvelle campagne de mesures a été effectuée pendant l'été 2012, en collaboration avec l'Éphorie grecque des antiquités sous-marines. Il s'agissait, à l'aide de techniques de pointe (sonar), d'effectuer un relevé précis des fonds marins directement au large de la grotte, mais aussi d'analyser les dépôts de sédiments amenés par les courants. En effet, une approche topographique serait inutile sans l'apport de la sédimentologie. L'étude des données, une fois réalisée, a permis de vérifier l'opportunité d'une fouille sous-marine à cet endroit et de definer l'emplacement des sondages.

Des sondages subaquatiques

Les archéologues ont longtemps pensé que la diffusion du mode de vie néolithique en Grèce, et les profonds changements qu’il entraîne (comme la sédentarisation et la domestication, entre autres), s’était faite depuis le Proche-Orient par voie terrestre, à travers l’Anatolie et les Balkans. Or de récentes découvertes, portant d’une part sur des ressemblances directes entre le début du Néolithique en Grèce et celui du Proche-Orient, et d’autre part sur la maîtrise de la navigation au cours de la préhistoire (Chypre aurait été visitée dès l’Epipaléolithique, la Crète dès le Paléolithique), laissent à penser qu’il y aurait aussi eu une diffusion par voie maritime, directe, du mode de vie néolithique en Grèce. Cette hypothèse, qui ferait de la Grèce le point de départ de l’agriculture et de l’élevage en Europe, nécessiterait pour être vérifiée, une prospection sous-marine à large échelle afin de mettre en évidence les sites côtiers des débuts du Néolithique, les plus à même à fournir les indices souhaités.  La baie de Kiladha nous donne un point de départ remarquable pour rechercher un tel site et pour entreprendre  les premiers sondages subaquatiques.

Nouvelle campagne de bathymétrie et premiers sondages subaquatiques

 

 

Grèce : découverte d’une cité engloutie datant du IIIe millénaire avant J.-C.

Les vestiges d'un site fortifié datant de l'âge de Bronze ont été mis au jour dans une baie du Péloponnèse. Une découverte exceptionnelle à plus d'un titre.

Des archéologues suisses et grecs ont découvert les vestiges d'un village fortifié datant du IIIe millénaire avant J.-C. dans une baie du Péloponnèse. ©Achraf El Kashef
Des archéologues suisses et grecs ont découvert les vestiges d'un village fortifié datant du IIIe millénaire avant J.-C. dans une baie du Péloponnèse. ©Achraf El Kashef
 

Localisation de la baie de Kiladha, en Argolide - ©Google Maps

"L'importance de notre découverte tient d'une part à la grande taille de l'établissement : au moins 1,2 hectare conservé, explique Julien Beck, chargé de cours à l’université de Genève et directeur des travaux de terrain,et, d'autre part, à la quantité et la qualité des vestiges qui y ont été recueillis". Mais surtout, les archéologues ont découvert des structures défensives en pierres, dont "le caractère massif est d'un genre encore inconnu en Grèce pour la période". Ces fouilles ont été réalisée dans le cadre d’un vaste projet d’archéologie sous-marine lancé en 2014 par les chercheurs de l'université de Genève, sous l’égide de l’Ecole suisse d’archéologie en Grèce et en collaboration avec l'Ephorie (le service des antiquités sous-marines du ministère grec de la culture).

Ces fondations en pierre sont celles du mur de fortification d'un village préhistorique découvert dans la baie de Kiladha, en Grèce - ©Projet Baie de Kiladha

Une ville fortifiée vieille de 4.500 ans

À quoi ressemble cette structure défensive inédite ? Selon le Ministère grec de la culture, "des tronçons d’un mur de fortification extérieur, relié aux fondations d’au moins trois grandes structures en pierres (18 mètres sur 10) en forme de fer à cheval, ont pu être identifiés". Ces trois bâtiments étaient peut-être des bastions ou des tours, d'après Julien Beck. À l'intérieur de cette enceinte, se trouvent des surfaces dallées, probablement des rues, ainsi que les ruines d'autres bâtiments, plus classiques cette fois : rectangulaires, circulaires ou à abside. "Leur fonction paraît avant tout domestique : il devrait s'agir d'habitat, de lieu de stockage ou de production", explique le directeur des fouilles. "Leur forme est caractéristique de l'Âge de Bronze grec", précise le Ministère grec de la culture dans un communiqué.

Vue en 3D du mur de fortification (1), menant à des structures en fer à cheval - ©Achraf el Kashef

Grèce archaïque

Cette datation d'après les indices architecturaux est corroborée par les objets du quotidien retrouvés, par prospection, sur le fond marin : "d'un point de vue stylistique, la céramique - nous avons remonté plus de 5.000 tessons ! - est caractéristique de l'Helladique Ancien II, c'est-à-dire de la moitié du IIIe millénaire environ, dans ce que nous appelons la période du Bronze Ancien", ajoute Julien Beck. Pour comparaison, ces vestiges seraient donc contemporains des pyramides d'Égypte (celles du plateau de Gizeh ont été construites vers 2.600 - 2.500 avant J.-C), mais également de la civilisation des Cyclades (3.200 à 2.000 avant J.-C), voire des premiers Minoens, en Crète (2.700 à 1.200 avant J.-C). Mais ils précèdent de près de mille ans la première grande civilisation du continent grec, celle des Mycéniens (1.650 à 1.100 avant J.-C). D'ailleurs, l'obsidienne (une roche volcanique), utilisée à Lambayanna pour la fabrication de lames, "vient de Mélos" selon Julien Beck, une île de l'archipel des Cyclades peuplée dès le IIIe millénaire.

Plage de Lambayanna où ont eu lieu les fouilles - ©Projet Baie de Kiladha

 

Commencées en juillet 2015, dans le cadre du projet "baie de Kiladha", dont l'objectif est d'étudier toute trace d'activité humaine préhistorique dans cette baie, les fouilles ont pris fin le 14 août. Et si elles ont déjà permis de révéler l'importance du site submergé, manquent quelques éléments. "Il devait y avoir des superstructures en briques au-dessus des fondations en pierre,détaille Julien Beck, mais les chances de retrouver de tels murs sous l'eau sont extrêmement faibles." Par ailleurs,"la taille complète de l'établissement n'est pas encore connue. Nous ne savons pas à quel point il est entouré de fortifications", regrette-t-il. "La recherche future à Lambayanna permettra d’apporter un éclairage nouveau sur un réseau dense d’établissements côtiers de la même époque dans le golfe Argolique (Lerne, Tirynthe, Asiné) et servira à mieux comprendre le mode d’occupation, les échanges et les activités maritimes dans la préhistoire", conclut le Ministère grec de la culture
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