WWIII : Poésies de SAPPHO, pour la Paix et la Sécurité.

Publié le par José Pedro

ODE A APHRODITE POUR LA PAIX ET LA SECURITE

TÊTE ORIGINALE DE L'APHRODITE DE PRAXITELE

 

APHRODITE DE CNIDE DE PARAXIELE du 4ème siècle Av.JC

Dans la littérature grecque, une ode, du grec ὠδή (chant), est un poème lyrique en strophes, accompagné de musique. Par extension, une ode est un poème célébrant un personnage ou un événement : un vainqueur des Jeux olympiques, par exemple.

Une ode peut aussi être triste, relatant un amour perdu ou un simple désespoir face à un monde en détresse. C’est un genre élevé, l’équivalent poétique de l’épopée.

Image from Pompeii, about 60 C.E., assumed to depict Sappho - From a public domain image.  Modifications © 2006 Jone Johnson Lewis

 

ODE A APHRODITE POUR LA PAIX ET LA SECURITE, quand elle officiait au culte d'Aphrodite entourée de vierges, à Erésos, sur l'île de Mytilène.

 

Déesse au trône éclatant, Immortelle Aphrodite,_

fille de Zeus, ourdisseuse d'intrigues, _

Je t'en supplie, d'angoisses et d'amertumes, _

Vénérée, n'accable plus mon coeur.

Pistoxenas-Aphrodite-chevauchant-son-cygne.JPG

Mais viens ici, si jamais dans un autre temps, _

écoutant mes appels, tu les entendis de loin, _

et, délaissant le palais de ton père, _

tu vins, après avoir 

 

attelé ton char d'or ! De beaux passereaux agiles _

te conduiront aux noirs alentours de la terre, _

en faisant tournoyer leurs ailes précipitées, _

du haut du ciel au milieu du néant.

Aphrodite de Cnide de Praxitèle profil droit

 

Bien vite ils arriveront. Et toi, Bienheureuse, _

ayant souri de ton visage immortel, _

tu m'informeras de ce qu'alors je souffrais, _

de la raison pour laquelle alors je t'appelais, _

 

et de ce que je voulait obtenir entre tout _

mon coeur en délire. "Quelle est celle encore _

qu'il faut que je fléchisse, et que je ramène _

à ton amour? Qui donc Ô Sappho, _

te traite injustement ? "

 

"Car si elle te fuit, bientôt elle te recherchera; _

si elle n'accepte pas tes présents, elle-même t'en offrira;

si elle ne t'aime point, bien vite elle t'aimera, _

et cela, malgré elle."

Aphrodite de Cnide de Praxitèle profil gauche

 

Accours encore en ce moment vers moi; _

de ma poignante anxiété, délivre-moi; _

accomplis tout ce que mon coeur désire voir accompli, _

et sois toi-même mon alliée!

 

 

(εἰς Ἀφροδίτην)

Ποικιλόθρον᾽ ἀθανάτ᾽ Ἀφρόδιτα,
παῖ Δίος δολόπλοκε, λίσσομαί σε,
μή μ᾽ ἄσαισι μηδ᾽ ὀνίαισι δάμνα,
πότνια θῦμον·

5

ἀλλὰ τύιδ᾽ ἔλθ᾽, αἴ ποτα κἀτέρωτα
τὰς ἔμας αὔδας ἀίοισα πήλοι
ἔκλυες, πάτρος δὲ δόμον λίποισα
χρύσιον ἦλθες
ἄρμ᾽ ὐπασδεύξαισα· κάλοι δέ σ᾽ ἆγον

10

ὤκεες στροῦθοι περὶ γᾶς μελαίνας
πύκνα δίννεντες πτέρ᾽ ἀπ᾽ ὠράνω αἴθε-
ρος διὰ μέσσω.
αἶψα δ᾽ ἐξίκοντο, σύ δ᾽, ὦ μάκαιρα,
μειδιαίσαισ᾽ ἀθανάτωι προσώπωι

15

ἤρε᾽, ὄττι δηὖτε πέπονθα κὤττι
δηὖτε κάλημμι
κὤττι μοι μάλιστα θέλω γένεσθαι
μαινόλαι θύμωι. «τίνα δηὖτε Πείθω
μαῖσ᾽ ἄγην ἐς σὰν φιλότατα, τίς σ᾽, ὦ

20

Ψάπφ᾽, ἀδίκησι;
καὶ γὰρ αἰ φεύγει, ταχέως διώξει, αἰ δὲ δῶρα μὴ δέκετ᾽,
ἀλλὰ δώσει, αἰ δὲ μὴ φίλει, ταχέως φιλήσει
κωὐκ ἐθέλοισα.»

25

ἔλθε μοι καὶ νῦν, χαλέπαν δὲ λῦσον
ἐκ μερίμναν, ὄσσα δέ μοι τέλεσσαι
θῦμος ἰμέρρει, τέλεσον, σὺ δ᾽ αὔτα
σύμμαχος ἔσσο. 

 

 

OEUVRES DE SAPPHO

TRADUITES PAR M. ERNEST FALCONNET

vie      oeuvres

FRAGMENTS DE SAPPHO

HYMNE A VÉNUS

Ποικιλόθρον᾽ ὰθάνατ᾽ ᾽Αφροδιτα,
παῖ Δίος, δολόπλοκε, λίσσομαί σε
μή μ᾽ ἄσαισι μήτ᾽ ὀνίαισι δάμνα,
πότνια, θῦμον.

ἀλλά τυίδ᾽ ἔλθ᾽, αἴποτα κἀτέρωτα
τᾶς ἔμας αύδως αἴοισα πήλυι
ἔκλυες πάτρος δὲ δόμον λίποισα
χρύσιον ἦλθες

ἄρμ᾽ ὐποζεύξαια, κάλοι δέ σ᾽ ἆγον
ὤκεες στροῦθοι περὶ γᾶς μελαίνας
πύκνα δινεῦντες πτέῤ ἀπ᾽ ὠράνω
αἴθερος διὰ μέσσω.

αῖψα δ᾽ ἐχίκοντο, σὺ δ᾽, ὦ μάσαιρα
μειδιάσαις᾽ ἀθάνατῳ προσώπῳ,
ἤρἐ ὄττι δηὖτε πέπονθα κὤττι
δἦγτε κάλημι

κὤττι μοι μάλιστα θέλω γένεσθαι
μαινόλᾳ θύμῳ, τίνα δηὖτε πείθω
μαῖς ἄγην ἐς σὰν φιλότατα τίς τ, ὦ
Πσάπφ᾽, ἀδίκηει;

καὶ γάρ αἰ φεύγει, ταχέωσ διώξει,
αἰ δὲ δῶρα μὴ δέκετ ἀλλά δώσει,
αἰ δὲ μὴ φίλει ταχέως φιλήσει,
κωὐκ ἐθέλοισα.

ἔλθε μοι καὶ νῦν, χαλεπᾶν δὲ λῦσον
ἐκ μερίμναν ὄσσα δέ μοι τέλεσσαι
θῦμος ἰμμέρρει τέλεσον, σὐ δ᾽ αὔτα
σύμμαχοσ ἔσσο.

Immortelle Vénus, fille de Jupiter, toi qui sièges sur un trône brillant et qui sais habilement disposer les ruses de l'amour, je t'en conjure, n'accable point mon âme sous le poids des chagrins et de la douleur. Mais plutôt viens à ma prière comme tu vins autrefois, quittant le palais de ton père et descendant sur ton char doré. Tes charmants passereaux t'amenaient de l'Olympe à travers les airs qu'ils agitaient de leurs ailes rapides. Dès qu'ils furent arrivés, ô déesse ! tu me souris de ta bouche divine ; tu me demandas pourquoi je t'appelais ; quels tourments ressentait mon cœur, en quels nouveaux désirs il s'égarait ; qui je voulais enchaîner dans les liens d'un nouvel amour : "Qui oserait te faire injure, ô Sappho ! S'il te fuit aujourd'hui, bientôt il te recherchera ; s'il refuse aujourd'hui tes dons, bientôt il t'en offrira lui-même s'il ne t'aime pas aujourd'hui, il t'aimera bientôt lors même que tu ne le voudrais plus."
O viens, viens donc aujourd'hui, déesse, me délivrer de mes cruels tourments ! Rends-toi aux désirs de mon cœur ! Ne me refuse pas ton secours tout-puissant !

À UNE FEMME AIMÉE

φάινεταί μοι κῆνος ἴσοσ τηέοισιν
ἔμμεν ὤνερ ὄστις ἐναντίος τοι
ἰζάνει καὶ πλασίον ἀδυ
φωνεύσασ ὐπακούει

καὶ γαλαίσας ἰμμερόεν τὸ δὴ ᾽μάν
καρδίαν ἐν στήθεσιν ἐπτόασεν,
ὠσ γὰρ εὔιδον βροχέως σε, φώνας
οὐδὲν ἔτ᾽ ἔικει,

ἀλλὰ κάμ μὲν γλῳσσα έαγε, λέπτον
δ᾽ αὔτικα χρῷ πῦρ ὐπαδεδρόμακεν,
ὀππάτεσσι δ᾽ οὐδὲν ορημ᾽,
ἐπιρρόμβεισι δ᾽ ἄκουαι.

ἀ δέ μ᾽ ί᾽δρως κακχέεται, τρόμος δὲ
παῖσαν ἄγρει χλωροτέρα δὲ ποίας
ἔμμι, τεθνάκην δ᾽ ὀλιγω ᾽πιδεύην
φαίνομαι [ἄλλα].

πᾶν τόλματον [......]

Il me paraît égal aux dieux celui qui, assis près de toi, doucement, écoute tes ravissantes paroles et te voit lui sourire ; voilà ce qui me bouleverse jusqu'au fond de l'âme.
Sitôt que je te vois, la voix manque à mes lèvres, ma langue est enchaînée, une flamme subtile court dans toutes mes veines, les oreilles me tintent, une sueur froide m'inonde, tout mon corps frissonne, je deviens plus pâle que l'herbe flétrie, je demeure sans haleine, il semble que je suis près d'expirer.
Mais il faut tout oser puisque dans la nécessité...

ÉPITAPHE DU PÊCHEUR PÉLAGON

Ménisque, père du pêcheur Pélagon, a fait placer sur le tombeau de son fils une nasse et une rame, monuments de sa vie dure et pénible.

ÉPITAPHE DE LA JEUNE TIMAS

Τιμάδος ἄδε κόνισ, τὰν δὴ ρπὸ γάμοιο θανοῦσαν
δέξατο φερσεφόνας κύανεοσ θάλαμο,
ας καὶ ἐποφθιμένας πᾶσαι νεοθᾶγι σιδάρῳ
ἄλικες ιμμερτὰν κρᾶτος ἔθεντο κόμαν.

Les cendres de la charmante Timas reposent dans ce tombeau. Les Parques cruelles tranchèrent le fil de ses beaux jours avant que l'Hyménée eût allumé pour elle ses flambeaux. Toutes ses compagnes ont coupé courageusement sur sa tombe leur belle chevelure.

FRAGMENTS

I

SUR LA ROSE

Si Jupiter voulait donner une reine aux fleurs, la rose serait la reine de toutes les fleurs. Elle est l'ornement de la terre, la plus belle des plantes, l'œil des fleurs, l'émail des prairies, une beauté toujours suave et éclatante ; elle exhale l'amour, attire et fixe Vénus : toutes ses feuilles sont charmantes ; son bouton vermeil s'entrouvre avec une grâce infinie et sourit délicieusement aux zéphyrs amoureux.

II

Κατθάνοισα δὲ κείσεαι πότα, κωὐ μναμοσύνα σέθεν
ἔσσετ᾽ οὔτε τότ᾽ οὔτ᾽ στερον. οὐ γὰρ πεδέχεις βρόδων
τῶν ἐκ Πιερίας ἀλλ᾽ ἀφάνης κἠν᾽ ᾽Αῖδα δόμοις
φοιτάσεις πεδ᾽ ἀμαύρων νέκυων ἐκπεποταμένα. 

Lorsque vous serez dans le tombeau, votre nom ne vous suivra point, il ne parviendra jamais à la postérité. Vous n'avez point cueilli des roses sur le mont Piérius : vous descendrez donc obscure, ignorée dans le sombre palais de Pluton ; on vous oubliera entièrement quand vous serez allée rejoindre les ombres. 

III

... Ἕλθε, Κύπρι,
Χρυσίασιν ἐν κυλίκεσσιν ἄβραις
συμμεμιγμένον θαλίαισι νέκταρ
οἰνοχόεισα.

Viens dans nos repas délicieux, mère de l'Amour, viens remplir d'un nectar agréable nos coupes d'or ; que ta présence fasse naître la joie au milieu de tes convives et des miens. L'amour vainqueur de tous les obstacles me trouble et m'agite. C'est un oiseau doux et cruel ; on ne peut lui résister. Athis, je vous suis maintenant odieuse, tandis que toutes vos pensées sont pour la belle Andromède.  

IV

Δέδυκε μεν ἀ σελάννα
καὶ Πληΐαδες, μέσαι δὲ
νύκτες πάρα δ᾽ ἔρχετ᾽ ὤρα,
ἔγω δὲ μόνα κατεύδω.

La lune et les Pléiades sont déjà couchées : la nuit a fourni la moitié de sa carrière, et moi, malheureuse, je suis seule dans mon lit, accablée sous le chagrin. 

V

Γλύκεια μᾶτερ, οὔ τοι δύναμαι κρέκην τὸν ἴστον,
πόθῳ δάμεισα παῖδο
ς βραδίναν δἰ Ἀφρόδιταν.
O ma tendre mère, je ne puis, hélas ! manier la navette ni l'aiguille : la redoutable Vénus m'a soumise à son joug impérieux, et mon violent amour pour ce jeune homme m'occupe tout entière.

FRAGMENTS DIVERS

Τίς δ᾽ ἀγροιῶτίς τοι θέλγει νόον,
οὐκ ἐπισταμένα τὰ βράκἐ ἔλκην
ἐπί τῶν σφύρων;

Comment cette femme grossière et sans art peut-elle charmer ton esprit et enchaîner ton cœur ? Elle ne sait pas même laisser flotter avec grâce les plis de sa robe.

Le deuil et les larmes ne doivent point régner dans la maison d'un poète : c'est une faiblesse indigne d'un fils d'Apollon.

Ὀ μὲν γὰρ κάλος, ὄσσον ἴδην, πέλεται [ἄγαθος]
ὀ δὲ κἄγαθο
ς αὔτικα καὶ κάλος ἔσσεται.
L'homme qui n'est que beau, l'est seulement pendant qu'on le regarde, mais l'homme sage et bon est toujours beau.

Pour moi, j'aime une vie molle et voluptueuse ; mais cet amour pour les plaisirs présents ne m'empêche pas de faire des actions brillantes et honnêtes.

Ἄλλά τις οὐκ ἔμμι παλιγκότων
ὄργαν, ἀλλ᾽ ἀβάκην τὰν φρέν᾽ ἔχω

Je ne suis point d'un caractère bouillant et emporté, mon esprit au contraire est tranquille et calme.

Les richesses sans la vertu ne sont jamais à l'abri du reproche ; mais renier la vertu et les richesses, voilà le comble du bonheur.

L'or est le fils de Jupiter ; ni la rouille ni les vers ne rongent ce métal, qui agite si merveilleusement l'intelligence des mortels.

Ὄλβιε γάμβρε, σοὶ μὲν δὴ γάμοσ, ὠς ἄραο
ἐκτετέλεστ᾽ ἔχεις δὲ πάρθενον, ἄν ἄραο

Heureux époux : tes noces sont terminées au gré de tes désirs ; tu possèdes la jeune beauté que tu souhaitais.

Architectes, donnez plus d'élévation à ces portes, car l'époux qui s'avance est semblable au dieu Mars : il est beaucoup plus haut qu'un homme d'une grande taille.

Ils tenaient tous ensemble des vases, offraient des libations et faisaient des vœux pour le bonheur du nouvel époux.

Jamais une fille ne fut égale en beauté à celle-ci, ô mon gendre !

έσπερε, πάντα φέρων, ὄσα φαίνολις ἐσκέδασ᾽ αγως,
φέρεις οἴν, φέρεις αἶγα, φέρεις ἄπυ ματέρι παῖδα.

Hespérus, tu apportes avec toi tous les bonheurs : tu nous annonces l'heure de vider les coupes ; tu ramènes les troupeaux à la bergerie et la jeune bergère auprès de sa mère. Hespérus, tu rassembles tous les êtres que l'Aurore avait dispersés par le retour de sa lumière.

A. Παρθενία, παρθενία, ποῖ με λίποισ᾽ ἀποίχῃ;
B. Οὐκέτι ἤξω πρὸ
ς σέ, οὐκέτι ἤξω.
Virginité, virginité, où t'envoles-tu après m'avoir abandonnée ? ... Je ne reviendrai plus vers toi, je ne reviendrai plus.

Venez ici, Muses, abandonnez votre brillant séjour ! ... Venez maintenant, Grâces délicates, et vous Muses à la belle chevelure ; ... Venez chastes Grâces aux bras de rose, venez, filles de Jupiter ! ...

Luth divin, réponds à mes désirs, deviens harmonieux ! ... C'est toi-même, Calliope ...

Les dédains de la tendre et de la délicate Gyrine ont enfin déterminé mon cœur pour la belle Mnaîs... L'amour agite mon cœur comme le vent agita les feuilles des chênes sur les montagnes... Je volerais sur le sommet élevé de vos montagnes et je m'élancerais entre tes bras, toi pour qui je soupire... Tu m'enflammes... tu m'oublies entièrement ou tu en aimes un autre plus que moi... Mets des couronnes de roses sur tes beaux cheveux ; cueille avec tes doigts délicats les branches de l'aneth... La jeune beauté qui cueille des fleurs en paraît encore plus charmante et plus belle... Les victimes ornées de fleurs sont agréables aux dieux, ils dédaignent toutes celles qui ne sont point parées de guirlandes... Je vais chanter maintenant des airs mélodieux qui feront les délices de mes amantes... Le rossignol annonce le printemps par ses doux sons... Plusieurs guirlandes et plusieurs couronnes de fleurs environnaient son cou... L'Amour est fils de la terre et du ciel... La Persuasion est fille de Vénus... Réjouissez-vous, jeune épouse ; réjouissez-vous, époux respectable !... Ami, tenez-vous vis-à-vis de moi ; que vos yeux brillent de tout leur feu et de toute leur grâce... L'eau fraîche d'un ruisseau murmure doucement dans ces vergers sous les branches des pommiers... J'ai dormi délicieusement pendant mon songe dans les bras de la charmante Cythérée...

Le bruit des feuilles agitées a dissipé mon sommeil...

Πόλυ πάκιδος δυμελεστέρα, χρύσω χρυσοτέρα.
Ses chants étaient beaucoup plus doux que le son de la lyre, et elle était bien plus précieuse que l'or le plus pur...

Amour, ministre charmant de Vénus...

Ces colombes timides sentaient leur courage se refroidir ; elles laissaient tomber languissamment leurs ailes fatiguées...

Saluez de ma part la fille de Polyanacte...

ρτίως μ᾽ ἀ χρυσοπέδιλλος Ἀύως
L'Aurore à la chaussure d'or paraît déjà à l'horizon...

Toutes les couleurs se confondaient sur son visage...

La lune dans son plein éclairait les cieux...

στερες μέν ἀμφ κάλαν σελάνναν
ἆιψ ἀπυκρύπτοισι φάεννον εἶδος,
ὄπποτα πλήθοισα μάλιστα λάμπης

ἀργυρια γᾶν.
Les étoiles cachent leurs feux brillants dans le voisinage de la lune, surtout lorsque parfaitement arrondi, ce bel astre éclaire la terre...

Le sommeil était étendu sur ses paupières...

Que les vents emportent ceux qui frappent les autres...

Ceux à qui je rends des services importants me font les plus profondes blessures...

Charmante Vénus, je vous ai envoyé des ornements de couleur de pourpre ; ils sont très précieux : c'est votre Sappho qui vous offre ces agréables présents...

Je ne vous estime pas autant que vous le voudriez...

Vos présents m'ont rendue respectable...

Ne vous occupez pas à des choses aussi minutieuses...

Oui c'est un mal de mourir, car si ce n'eût pas été un malheur, les dieux seraient morts eux-mêmes...

Dans la colère, rien ne convient mieux que le silence ; lorsque ses transports sont calmés, il faut encore enchaîner sa langue et ne point se livrer à des discours futiles et emportés...

Les parents de cette jeune beauté gardée avec tant de soin prétendaient qu'elle détestait plus que la mort les discours sur l'hymen...

Muse, dis-moi les travaux d'Aphrodite d'or, de Kypris, qui donna aux Dieux le doux désir, et qui dompta les races des hommes mortels, et les oiseaux aériens, et la multitude des bêtes sauvages que nourrit la terre ferme, et celles que nourrit la mer. Tous ont le souci de Kythéréiè à la belle couronne.

Mais il y a trois Déesses dont elle n'a pu fléchir l'âme et qu'elle n'a pu tromper. D'abord, la Vierge Athènè aux yeux clairs, fille de Zeus tempétueux. En effet, les travaux d'Aphroditè d'or ne lui plaisent point ; mais ce sont les guerres qui lui plaisent, et le travail d'Arès, et les combats et les mêlées, et aussi les illustres ouvrages. La première, elle enseigna aux hommes terrestres ouvriers à faire des chars de combat et des chariots ornés d'airain ; et elle enseigna aux jeunes vierges, dans leurs demeures, à faire d'illustres ouvrages, et elle inspira leur esprit.

Jamais, non plus, Aphrodite qui aime les sourires ne dompta la bruyante Artémis au fuseau d'or. En effet, les arcs lui plaisent, et le meurtre des bêtes sauvages sur les montagnes, et les Lyres, et les danses, et les hurlements sonores, et les bois sombres, et une ville d'hommes justes.

Jamais, non plus, les travaux d'Aphrodite ne plurent à la vénérable Vierge Histiè, qu'engendra la première le subtil Kronos, et qui fut ensuite vénérée par la volonté de Zeus tempétueux, et que recherchèrent Poseidaôn et Apollon. Mais elle ne voulut pas, et elle refusa fermement, et elle jura un grand serment qui s'est accompli, ayant touché la tête du Père Zeus tempétueux, de rester toujours vierge et la plus noble des Déesses. Et le Père Zeus lui fit un beau don, au lieu des noces : elle possède la graisse des victimes offertes, assise au milieu de la demeure. Dans tous les temples des Dieux elle a d'abord droit aux honneurs, et de tous les Dieux elle est la plus honorée parmi les hommes mortels.

Aphrodite n'a pu fléchir l'âme de ces trois Déesses, ni les tromper ; mais aucun des autres Dieux heureux et des hommes mortels ne lui échappa. Elle dompta l'esprit de Zeus qui se réjouit de la foudre, lui qui est le plus grand et qui a reçu les plusgrands honneurs. Autant de fois qu'elle le voulut, elle trompa cet esprit sage, et elle l'unit aisément à des femmes mortelles, à l'insu de Hèrè, sa soeur et sa femme, qui est d'une grande beauté, la plus belle entre les Déesses Immortelles. Le subtil Kronos et Rhéiè enfantèrent cette très illustre Déesse, et Zeus aux pensées éternelles en fit sa femme vénérable et sage.

Mais Zeus inspira à l'âme d'Aphrodite elle-même le doux désir de s'unir à un homme mortel, afin qu'elle éprouvât le lit d'un homme, et qu'Aphrodite qui aime les sourires ne dît pas en se glorifiant et en riant, parmi les Immortels, qu'elle avait uni les Dieux aux femmes mortelles qui enfantaient des fils mortels avec les 
Dieux, ni qu'elle avait uni des Déesses aux hommes mortels.

Aphrodite de Cnide de Praxitèle profil gauche

C'est pourquoi il lui inspira le doux désir d'Ankhisès qui, alors, errait sur les sommets de l'Ida aux sources sans nombre, paissant ses boeufs, et semblable par la beauté aux Immortels.

Et dès qu'Aphrodite, qui aime les sourires, l'eut vu, elle l'aima, et le désir saisit violemment son âme. Et s'étant rendue à Kypros, elle entra dans le temple odorant de Paphos, où sont le bois sacré et l'autel divin. Après être entrée, elle ferma les portes brillantes. Là, les Kharites la baignèrent et la parfumèrent d'huile ambroisienne qui sert aux Dieux éternels, ambroisienne, divine, et qui lui avait été offerte en sacrifice.

 

Puis, ayant mis de beaux vêtements autour de son corps et s'étant parée avec de l'or, Aphrodite qui aime les sourires partit de l'odorante Kypros pour Troie ; et faisant rapidement son chemin par les hautes nuées, elle parvint à l'Ida, où abondent les sources et les bêtes fauves.

Et elle marcha droit à l'étable, à travers la montagne, et, autour d'elle, les loups gris, les lions terribles, les ours, et les léopards légers insatiables de cerfs, allaient en remuant la queue. Et, en les voyant, elle était charmée dans son esprit, et elle mit le désir dans leurs poitrines, et tous, à la fois, s'accouplèrent dans les vallons ombragés.

Et elle s'arrêta elle-même aux solides cabanes de bergers, et elle trouva dans les étables, seul, loin des autres, le héros Ankhisès qui avait reçu des Dieux la beauté. Tous les bergers avaient suivi les boeufs dans les gras pâturages, et il était resté seul à l'étable, marchant çà et là et faisant sonner sa kithare avec force. Et la fille de Zeus, Aphrodite, s'arrêta devant lui, semblable par la stature et la beauté à une vierge indomptée, afin qu'il ne fût point saisi de terreur en la voyant.

Et Ankhisès, l'ayant vue, la contempla, admirant sa beauté et sa stature et ses riches vêtements. En effet, elle était enveloppée d'un péplos plus splendide que l'éclat du feu, et elle avait des bracelets flexibles, et des épingles brillantes, et, autour de son cou délicat, de très belles chaînes d'or qui étincelaient comme Sélènè sur son beau sein et qui étaient admirables à voir. Et le désir saisit Ankhisès, et il lui dit :

- Salut, Reine, une des Bienheureuses, qui viens ici ! Artémis, ou Lètô, ou Aphrodite d'or, ou la noble Thémis, ou Athènè aux yeux clairs, ou quelqu'une des Kharites qui accompagnent tous les Dieux et sont appelées Immortelles ; ou quelqu'une des Nymphes qui habitent les belles forêts, ou de celles qui habitent cette belle montagne, ou les sources des fleuves, ou les grasses vallées ! Pour moi, sur les hauteurs, en un lieu découvert, je t'élèverai un autel et je t'y sacrifierai abondamment et à toute heure ; et toi, dans un esprit bienveillant, accorde-moi d'être illustre parmi les Troiens, fais-moi une postérité florissante, que je vive bien et longtemps, que je voie la lumière de Hèlios, et que, riche parmi les peuples, je parvienne au seuil de la vieillesse !

Et Aphrodite, la fille de Zeus, lui répondit :

- Ankhisès, le plus illustre des hommes nés sur la terre, je ne suis pas une Déesse : pourquoi me compares-tu aux Immortelles ? Je suis mortelle, et une femme m'a enfantée. Mon père se nomme Otreus, si toutefois tu as entendu ce nom, et il commande sur toute la Phrygiè aux solides murailles. Je sais votre langue aussi bien que la nôtre, car une nourrice Troienne m'a nourrie dans nos demeures et m'a élevée toute petite, m'ayant reçue de ma chère mère. C'est pour cela que je sais notre langue et la vôtre. Et, maintenant, le Tueur d'Argos à la baguette d'or m'a enlevée du milieu d'un choeur de la bruyante Artémis au fuseau d'or. Nous jouions là, un grand nombre de nymphes et de vierges valant beaucoup de boeufs, et une multitude nous entourait. C'est de là que m'a enlevée le Tueur d'Argos à la baguette d'or. Et il m'a emmenée à travers de nombreux travaux d'hommes mortels et de lieux ni cultivés, ni bâtis, que hantent seules les bêtes fauves mangeuses de chairs crues, dans les sombres gorges. Et il ne m'a point laissée toucher de mes pieds la terre qui donne la vie ; et il me disait que j'étais appelée, épouse vierge, au lit d'Ankhisès, et que de beaux enfants devaient te naître de moi. Puis, ayant ainsi parlé, le puissant Tueur d'Argos retourna parmi la Race immortelle. C'est pourquoi je suis venue vers toi, car la nécessité m'a contrainte. Mais je te supplie par Zeus et par tes parents illustres, car des parents indignes n'eussent point engendré un tel fils, conduis-moi, indomptée et vierge encore, à ton père, à ton illustre et sage mère, à tes frères de même sang que toi. Je ne leur serai point une belle-soeur indigne, mais digne d'eux ; et ils sauront si je serai une femme digne de toi, ou non. Envoie promptement un messager chez les Phrygiens qui ont des chevaux de poil varié, afin qu'il parle à mon père et à ma mère inquiète. Et ils t'enverront beaucoup d'or et de vêtements tissés, et tu recevras de nombreux et beaux présents. Et, toutes ces choses une fois accomplies, célèbre nos noces heureuses et honorables aux yeux des hommes et des Dieux immortels.

La Déesse, ayant parlé ainsi, mit dans son coeur le doux désir, et le désir saisit Ankhisès, et il lui dit :

- Si vraiment tu es mortelle, si une femme t'a enfantée, si ton père illustre est Otreus, comme tu le dis, et si tu es venue ici par l'ordre du Messager des Dieux, de Hermès, tu seras toujours appelée ma femme. Aucun des Dieux ni des hommes mortels ne m'empêchera de m'unir à toi d'amour, maintenant et aussitôt, même quand l'Archer Apollon me lancerait, de son arc d'argent, ses traits amers ! Je consentirais même, ô femme semblable aux Déesses, à descendre aux demeures d'Aidés, après être entré dans ton lit !

Ayant ainsi parlé, il lui prit la main, et Aphrodite qui aime les sourires le suivit, détournant la tête et baissant ses beaux yeux, vers le lit bien dressé où se couchait le Roi, et qui était fait de tapis laineux et recouvert de peaux d'ours et de lions rugissants qu'il avait tués lui-même sur les hautes montagnes.

Etant montés tous deux sur le lit bien construit, Ankhisès enleva d'abord du corps d'Aphrodite sa parure éclatante, les agrafes et les flexibles bracelets, et les épingles, et les colliers. Il détacha la ceinture et ôta les vêtements merveilleux, et il les déposa sur un thrône aux clous d'argent. Et c'est ainsi que, par la volonté des Dieux et par la destinée, un mortel coucha avec une Déesse immortelle, mais ne le sachant pas.

A l'heure où les bergers ramènent à l'étable, des pâturages fleuris, les boeufs et les grasses brebis, alors Aphrodite versa le doux sommeil à Ankhisès, et la noble Déesse, reprenant ses beaux vêtements, et s'en étant revêtue entièrement, se tint auprès du lit, touchant de sa tête le haut de la demeure bien construite. Et la beauté immortelle de ses joues resplendissait, et c'était bien Kythéréiè à la belle couronne. Et, l'éveillant, elle lui dit :

- Lève-toi, Dardanide ! Pourquoi dors-tu d'un sommeil aussi profond ? Dis-moi si je te semble telle que tu m'as vue d'abord.

Elle parla ainsi, et, se réveillant, il l'entendit aussitôt. Et voyant le cou et les beaux yeux d'Aphrodite, il trembla, et, détournant les yeux, il couvrit son beau visage d'une couverture, et il la supplia, et il lui dit ces paroles ailées :

- Aussitôt, Déesse, que je te vis de mes yeux, j'ai reconnu que tu étais Déesse ; mais tu ne m'as point dit la vérité. Je te supplie par Zeus, ne permets pas que je vive plein de faiblesse parmi les hommes ; aie pitié de moi, car celui qui a couché avec les Déesses immortelles ne garde pas longtemps la vigueur de la jeunesse.

Et la fille de Zeus, Aphrodite, lui répondit :

- Ankhisès, le plus illustre des hommes mortels, rassure-toi, et ne crains rien dans ton esprit. Ne redoute aucun mal de moi, ni des Dieux heureux, car tu es cher aux Dieux. Tu auras un fils qui régnera parmi les Troiens, et toujours des fils naîtront de ses fils. Et son nom sera Ainéias, car j'ai ressenti une douleur terrible d'être entrée dans le lit d'un homme mortel. Et les hommes mortels de votre race seront, toujours et surtout, proches des Dieux par la beauté et par la stature. Le très sage Zeus a enlevé, à cause de sa beauté, le blond Ganymèdès, afin que, se mêlant aux Dieux, il leur versât le vin dans la demeure de Zeus. Et il est admirable à voir, honoré de tous les Immortels et puisant d'un kratère d'or le nektar rouge. Mais Trôs avait une grande douleur dans sa poitrine, et il ne savait pas où la divine tempête avait emporté son cher fils. Et il le pleurait tous les jours, et Zeus eut pitié de lui, et il lui donna, pour prix de son fils, des chevaux aux pieds rapides, de ceux qui portent les Immortels. Il les lui donna, et le Messager tueur d'Argos lui apprit, selon la volonté de Zeus, que son fils était immortel et ne devait plus vieillir. Et, après avoir écouté le message de Zeus, il ne gémit pas davantage, et, joyeux dans son esprit, il se fit porter par les chevaux rapides. De même, Eôs au thrône d'or enleva Tithôn, homme de votre race, semblable aux Immortels. Elle alla demander au Kroniôn qui amasse les nuées qu'il fût immortel et qu'il vécût toujours, et Zeus consentit par un signe de tête, et il accomplit son désir ; mais la vénérable Eôs, l'insensée ! ne songea pas dans son esprit à demander pour lui la jeunesse et à le soustraire à la cruelle vieillesse. Aussi longtemps qu'il posséda la jeunesse chère à tous, charmé par Eôs au thrône d'or, née au matin, il habita, aux limites de la terre, sur les bords de l'Okéanos ; mais, dès que les premiers cheveux blancs se répandirent de sa belle tête, et que sa barbe fut blanche, la vénérable Eôs s'éloigna de son lit. Et elle le nourrit cependant, dans sa demeure, de froment et d'ambroisie, et elle lui donna de beaux vêtements. Mais quand il eut atteint l'odieuse vieillesse, sans pouvoir remuer ses membres ni se lever, Eôs pensa que le mieux était de le déposer dans la chambre nuptiale dont elle ferma les portes brillantes. Là, sa voix coule, inentendue, et la force n'est plus qui était autrefois dans ses membres flexibles. Je ne te désirerais point tel parmi les Immortels et devant vivre toujours ; mais si tu devais vivre toujours beau comme te voilà, et si tu étais appelé mon époux, jamais la lourde douleur n'envelopperait mon esprit. Cependant la vieillesse impitoyable t'ensevelira promptement, elle qui assiège tous les hommes, cruelle et lourde, et que les Dieux ont en haine. A la vérité, une grande injure me sera faite désormais, à cause de toi, parmi les Dieux immortels qui craignaient auparavant mes paroles et mes desseins, parce que je les avais tous unis à des femmes mortelles, et que ma volonté les avait tous domptés. Maintenant, il ne me sera plus permis de leur rappeler cela, puisque moi-même j'ai commis une grande faute, une action mauvaise et intolérable, et que j'ai erré dans mon esprit. Voici que je porte un enfant sous ma ceinture, m'étant unie à un homme mortel. Dès qu'il aura vu la lumière de Hèlios, les Nymphes montagnardes aux larges seins le nourriront, elles qui habitent cette montagne grande et divine et qui n'obéissent, ni aux mortels ni aux Immortels, mais qui vivent longtemps, mangent l'ambroisie et dansent en choeur avec les Immortels. Les Silènes et le vigilant Tueur d'Argos s'unissent à elles, d'amour, au fond des fraîches cavernes. Les sapins et les chênes élevés, nés en même temps qu'elles sur la terre qui nourrit les hommes, croissent, grands, beaux et florissants, sur les hautes montagnes, et les Nymphes les nomment les bois sacrés des Immortels, et jamais les hommes ne les coupent avec le fer. Mais quand la Moire de la mort s'approche d'eux, les beaux arbres se dessèchent d'abord, leur écorce se corrompt et leurs rameaux tombent, et, en même temps, l'âme des Nymphes abandonne la lumière de Hèlios. Elles garderont et nourriront mon fils, et, quand il sera pris par la jeunesse chère à tous, les Déesses te l'amèneront et te montreront ton enfant. Mais, moi-même, afin de me souvenir de tout, je viendrai t'amenant ton fils dans sa cinquième année. Et dès que tu auras vu cette fleur de tes yeux, tu te réjouiras, car il sera semblable aux Dieux. Et tu le conduiras aussitôt à Ilios battue des vents ; et si quelqu'un d'entre les hommes mortels te demandait quelle mère a porté ton cher fils sous sa ceinture, souviens-toi de répondre comme je te l'ordonne. Dis-leur que c'est le fruit d'une Nymphe à la peau fraîche comme la rose, qui habite la montagne couverte de bois. Car, si tu dis la vérité, si tu te vantes comme un insensé de t'être uni d'amour à Kythéréiè à la belle couronne, Zeus irrité te frappera de la blanche foudre. Tout est dit, garde mes paroles dans ton esprit, contiens-toi, ne me nomme pas, et crains la colère des Dieux.

Ayant ainsi parlé, elle retourna dans l'Ouranos battu des vents.

Salut, Déesse qui commandes à Kypros bien bâtie ! Ayant commencé par toi, je passerai à d'autres hymmes.

Ποικιλόθρον', ἀθάνατ' Ἀφρόδιτα,
παῖ Δίος, δολόπλοκε, λίσσομαί σε
μή μ' ἄσαισι μήτ' ὀνίαισι δάμνα,
        πότνια, θῦμον·

ἀλλὰ τυῖδ' ἔλθ', αἴποτα κἀτέρωτα
τᾶς ἔμας αὔδως ἀΐοισα πήλυι
ἒκλυες, πάτρος δὲ δόμον λίποισα
        χρύσιον ἦλθες

ἄρμ' ὐποζεύξαισα· κάλοι δέ σ' ἆγον
ὤκεες στροῦθοι περὶ γᾶς μελαίνας
πύκνα δινεῦντες πτέρ' ἀπ' ὠράνω αἴθε-
        ρας διὰ μέσσω.

αἶψα δ' ἐξίκοντο· τὺ δ', ὦ μάκαιρα,
μειδιάσαισ' ἀθανάτῳ προσώπῳ,
ἤρε', ὄττι δηὖτε πέπονθα κὤττι
        δηὖτε κάλημι,

κὤττι μοι μάλιστα θέλω γένεσθαι
μαινόλᾳ θύμῳ· τίνα δηὖτε Πείθω
μαῖς ἄγην ἐς σὰν φιλότατα, τίς σ', ὦ
        Ψάπφ', ἀδικήει;

καὶ γὰρ αἰ φεύγει, ταχέως διώξει,
αἰ δὲ δῶρα μὴ δέκετ' ἀλλὰ δώσει,
αἰ δὲ μὴ φίλει, ταχέως φιλήσει
        κωὐκ ἐθέλοισα.

ἔλθε μοι καὶ νῦν, χαλεπᾶν δὲ λῦσον
ἐκ μεριμνᾶν, ὄσσα δέ μοι τελέσσαι
θῦμος ἰμέρρει, τέλεσον· σὺ δ' αὔτα
        σύμμαχος ἔσσο.

Immortal Aphrodite of the broidered throne, daughter of Zeus, weaver of wiles, I pray thee break not my spirit with anguish and distress, O Queen. But come hither, if ever before thou didst hear my voice afar, and listen, and leaving thy father's golden house camest with chariot yoked, and fair fleet sparrows drew thee, flapping fast their wings around the dark earth, from heaven through mid sky. Quickly arrived they; and thou, blessed one, smiling with immortal countenance, didst ask What now is befallen me, and Why now I call, and What I in my mad heart most desire to see. 'What Beauty now wouldst thou draw to love thee? Who wrongs thee, Sappho? For even if she flies she shall soon follow, and if she rejects gifts shall yet give, and if she loves not shall soon love, however loth.' Come, I pray thee, now too, and release me from cruel cares; and all that my heart desires to accomplish, accomplish thou, and be thyself my ally.
Wharton's literal translation
 
O Venus, beauty of the skies,
To whom a thousand temples rise,
Gaily false in gentle smiles,
Full of love-perplexing wiles;
O goddess, from my heart remove
The wasting cares and pains of love.

If ever thou hast kindly heard
A song in soft distress preferred,
Propitious to my tuneful vow,
O gentle goddess, hear me now.
Descend, thou bright immortal guest,

In all thy radiant charms confessed.
Thou once didst leave almighty Jove
And all the golden roofs above;
The car thy wanton sparrows drew,
Hovering in air they lightly flew;
As to my bower they winged their way
I saw their quivering pinions play.

The birds dismissed (while you remain)
Bore back their empty car again:
Then you, with looks divinely mild,
In every heavenly feature smiled,
And asked what new complaints I made,
And why I called you to my aid?

What frenzy in my bosom raged,
And by what cure to be assuaged?
What gentle youth I would allure,
Whom in my artful toils secure?
Who does thy tender heart subdue,
Tell me, my Sappho, tell me who?

Though now he shuns thy longing arms,
He soon shall court thy slighted charms;
Though now thy offerings he despise,
He soon to thee shall sacrifice;
Though now he freeze, he soon shall burn,
And be thy victim in his turn.

Celestial visitant, once more
Thy needful presence I implore.
In pity come, and ease my grief,
Bring my distempered soul relief,
Favour thy suppliant's hidden fires,
And give me all my heart desires.
Ambrose Philips
A Hymn to Venus, 1711
 
O Venus, daughter of the mighty Jove,
Most knowing in the mystery of love,
Help me, oh help me, quickly send relief,
And suffer not my heart to break with grief.

If ever thou didst hear me when I prayed,
Come now, my goddess, to thy Sappho's aid.
Orisons used, such favour hast thou shewn,
From heaven's golden mansions called thee down.

See, see, she comes in her cerulean car,
Passing the middle regions of the air.
Mark how her nimble sparrows stretch the wing,
And with uncommon speed their Mistress bring.

Arrived, and sparrows loosed, hastens to me;
Then smiling asks, What is it troubles thee?
Why am I called? Tell me what Sappho wants.
Oh, know you not the cause of all my plaints?

I love, I burn, and only love require,
And nothing less can quench the raging fire.
What youth, what raving lover shall I gain?
Where is the captive that should wear my chain?

Alas, poor Sappho, who is this ingrate
Provokes thee so, for love returning hate?
Does he now fly thee? He shall soon return;
Pursue thee, and with equal ardour burn.

Would he no presents at thy hands receive?
He will repent it, and more largely give.
The force of love no longer withstand;
He must be fond, wholly at thy command.

When wilt thou work this change? Now, Venus free,
Now ease my mind of so much misery;
In this amour my powerful aider be;
Make Phaon love, but let him love like me.
Herbert
To the Goddess of Love, 1713.
 
Immortal Venus, throned above
In radiant beauty, child of Jove,
O skilled in every art of love
          And artful snare;
Dread power, to whom I bend the knee,
Release my soul and set it free
From bonds of piercing agony
          And gloomy care.
Yet come thyself, if, e'er, benign,
Thy listening ears thou didst incline
To my rude lay, the starry shine
          Of Jove's court leaving,
In chariot yoked with coursers fair,
Thine own immortal birds that bear
Thee swift to earth, the middle air
          With bright wings cleaving.
Soon they were sped--and thou, most blest,
In thine own smiles ambrosial dressed,
Didst ask what my mind oppressed--
          What meant my song--
What end my frenzied thoughts pursue--
For what loved youth I spread anew
My amorous nets--'Who, Sappho, who
          'Hath done thee wrong?
'What though he fly, he'll soon return--
'Still press thy gifts, though now he spurn;
' Heed not his coldness--soon he'll burn,
          'E'en though thou chide.'
--And saidst thou thus, dread goddess? Oh,
          Come then once more to ease my woe:
Grant all, and thy great self bestow,
          My shield and guide!
John Herman Merivale
Hymn to Venus, 1833
 
Golden-throned beyond the sky,
Jove-born immortality:
Hear and heal a suppliant's pain:
Let not love be love in vain!

Come, as once to Love's imploring
Accents of a maid's adoring,
Wafted 'neath the golden dome
Bore thee from thy father's home;

When far off thy coming glowed,
Whirling down th' aethereal road,
On thy dove-drawn progress glancing,
'Mid the light of wings advancing;

And at once the radiant hue
Of immortal smiles I knew;
Heard the voice of reassurance
Ask the tale of love's endurance:--

'Why such prayer? And who for thee,
Sappho, should be touch'd by me;
Passion-charmed in frenzy strong--
Who hath wrought my Sappho wrong?

'--Soon for flight pursuit wilt find,
Proffer'd gifts for gifts declined;
Soon, thro' long reluctance earn'd,
Love refused be Love return'd.'

--To thy suppliant so returning,
Consummate a maiden's yearning:
Love, from deep despair set free,
Championing to victory!
F. T. Palgrave
Hymn to Aphrodite, 1854
 
Splendour-throned Queen, immortal Aphrodite,
Daughter of Jove, Enchantress, I implore thee
Vex not my soul with agonies and anguish;
          Slay me not, Goddess!
Come in thy pity--come, if I have prayed thee;
Come at the cry of my sorrow; in the old times
Oft thou hast heard, and left thy father's heaven,
          Left the gold houses,
Yoking thy chariot. Swiftly did the doves fly,
Swiftly they brought thee, waving plumes of wonder--
Waving their dark plumes all across the aether,
          All down the azure.
Very soon they lighted. Then didst thou, Divine one,
Laugh a bright laugh from lips and eyes immortal,
Ask me, 'What ailed me--wherefore out of heaven
          'Thus I had called thee?
'What it was made me madden in my heart so?'
Question me, smiling--say to me, 'My Sappho,
'Who is it wrongs thee? Tell me who refuses
          'Thee, vainly sighing.'
'Be it who it may be, he that flies shall follow;
'He that rejects gifts, he shall bring thee many;
'He that hates now shall love thee dearly, madly--
          'Aye, though thou wouldst not.'
So once again come, Mistress; and, releasing
Me from my sadness, give me what I sue for,
Grant me my prayer, and be as heretofore now
          Friend and protectress.
Edwin Arnold, 1869
 
Beautiful-throned, immortal Aphrodite,
Daughter of Zeus, beguiler, I implore thee,
Weigh me not down with weariness and anguish
          O thou most holy!

Come to me now, if ever thou in kindness
Hearkenedst my words,--and often hast thou hearkened--
Heeding, and coming from the mansions golden
          Of thy great Father,

Yoking thy chariot, borne by the most lovely
Consecrated birds, with dusky-tinted pinions,
Waving swift wings from utmost heights of heaven
          Through the mid-ether;

Swiftly they vanished, leaving thee, O goddess,
Smiling, with face immortal in its beauty,
Asking why I grieved, and why in utter longing
          I had dared call thee;

Asking what I sought, thus hopeless in desiring,
Wildered in brain, and spreading nets of passion--
Alas, for whom? and saidst thou, 'Who has harmed thee?
          'O my poor Sappho!

'Though now he flies, ere long he shall pursue thee;
'Fearing thy gifts, he too in turn shall bring them;
'Loveless to-day, to-morrow he shall woo thee,
          'Though thou shouldst spurn him.'

Thus seek me now, O holy Aphrodite!
Save me from anguish; give me all I ask for,
Gifts at thy hand; and thine shall be the glory,
          Sacred protector!
T. W. Higgenson, 1871
 
O fickle-souled, deathless one, Aphrodite,
   Daughter of Zeus, weaver of wiles, I pray thee,
Lady august, never with pangs and bitter
      Anguish affray me!

But hither come often, as erst with favour
    My invocations pitifully heeding,
Leaving thy sire's golden abode, thou camest
      Down to me speeding.

Yoked to thy car, delicate sparrows drew thee
    Fleetly to earth, fluttering fast their pinions,
From heaven's height through middle ether's liquid
      Sunny dominions.

Soon they arrived; thou, O divine one, smiling
      Sweetly from that countenance all immortal,
Askedst my grief, wherefore I so had called thee
      From the bright portal?

What my wild soul languished for, frenzy-stricken?
    'Who thy love now is it that ill requiteth,
Sappho? and who thee and thy tender yearning
      Wrongfully slighteth?

Though he now fly, quickly he shall pursue thee--
    Scorns he thy gifts? Soon he shall freely offer--
Loves he not? Soon, even wert thou unwilling,
      Love shall he proffer.'

Come to me then, loosen me from my torment,
    All my heart's wish unto fulfilment guide thou,
Grant and fulfil! And an ally most trusty
      Ever abide thou.
Moreton John Walhouse
In the Gentleman's Magazine, 1877.
 
Glittering-throned, undying Aphrodite,
Wile-weaving daughter of high Zeus, I pray thee,
Tame not my soul with heavy woe, dread mistress,
      Nay, nor with anguish !

But hither come, if ever erst of old time
Thou didst incline, and listenedst to my crying,
And from thy father's palace down descending,
      Camest with golden

Chariot yoked: thee fair swift-flying sparrows
Over dark earth with multitudinous fluttering,
Pinion on pinion, through middle ether
      Down from heaven hurried.

Quickly they came like light, and thou, blest lady,
Smiling with clear undying eyes didst ask me
What was the woe that troubled me, and wherefore
      I had cried to thee:

What thing I longed for to appease my frantic
Soul: and Whom now must I persuade, thou askedst,
Whom must entangle to thy love, and who now,
      Sappho, hath wronged thee?

Yea, for if now he shun, he soon shall chase thee;
Yea, if he take not gifts, he soon shall give them;
Yea, if he love not, soon shall he begin to
      Love thee, unwilling.

Come to me now too, and from tyrannous sorrow
Free me, and all things that my soul desires to
Have done, do for me, queen, and let thyself too
      Be my great ally!
J. Addington Symonds, 1893
 

Besides these complete versions--many others there are, but these are by far the best--compare the following stanza out of Akenside's Ode on Lyric Poetry (about 1745):

But lo, to Sappho's melting airs
   Descends the radiant queen of Love:
She smiles, and asks what fonder cares
   Her suppliant's plaintive measures move:
Why is my faithful maid distressed?
Who, Sappho, wounds thy tender breast?
Say, flies he?--Soon he shall pursue.
   Shuns he thy gifts?--He soon shall give.
   Slights he thy sorrows?--He shall grieve,
And soon to all thy wishes bow.
 

And Swinburne's paraphrase--

For I beheld in sleep the light that is
In her high place in Paphos, heard the kiss
Of body and soul that mix with eager tears
And laughter stinging through the eyes and ears:
Saw Love, as burning flame from crown to feet,
Imperishable, upon her storied seat;
Clear eyelids lifted toward the north and south,
A mind of many colours, and a mouth
Of many tunes and kisses; and she bowed,
With all her subtle face laughing aloud,
Bowed down upon me, saying, 'Who doth thee wrong,
Sappho?' but thou--thy body is the song,
Thy mouth the music; thou art more than I,
Though my voice die not till the whole world die;
Though men that hear it madden; though love weep,
Though nature change, though shame be charmed to sleep.
Ay, wilt thou slay me lest I kiss thee dead?
Yet the queen laughed from her sweet heart and said:
'Even she that flies shall follow for thy sake,
And she shall give thee gifts that would not take,
Shall kiss that would not kiss thee' (yea, kiss me)
'When thou wouldst not'--when I would not kiss thee!
Swinburne's Anactoria, p. 67 f.

And his--

 
O thou of divers-coloured mind,* O thou
Deathless, God's daughter subtle-souled--lo now,
Now to the song above all songs, in flight
Higher than the day-star's height,
And sweet as sound the moving wings of night!
Thou of the divers-coloured seat--behold
Her very song of old!--
O deathless, O God's daughter subtle-souled!
* * * * *
Child of God, close craftswoman, I beseech thee;
Bid not ache nor agony break nor master,
      Lady, my spirit.


   Songs of the Spring-tides: On the Cliffs.
 

As well as Frederick Tennyson's--

   Come to me; what I seek in vain
   Bring thou; into my spirit send
   Peace after care, balm after pain;
      And be my friend.
 

Sappho

le recueil de citations libre
 
 
Sapho à Leucade de Gustave Moreau
 
Sapho à Leucade de Gustave Moreau

Sappho est une poétesse grecque de l'Antiquité qui a vécu aux VIIe siècle et VIe siècle av. J.-C. à Mytilène, sur l'île de Lesbos. De nombreux fragments de ses poèmes nous sont parvenus.

L'égal des dieux

Il m'éblouit, il goûte le bonheur des dieux cet homme qui devant toi prend place et près de toi écoute, captivé, la douceur de ta voix.


Ah ! ce désir d'aimer qui passe dans ton rire. Et c'est bien pour cela qu'un spasme étreint mon cœur dans ma poitrine. Car si je te regarde, même un instant, je ne puis plus parler.

Mais d'abord ma langue est brisée, un feu subtil soudain a couru en frisson sous ma peau, mes yeux ne me laissent plus voir, un sifflement tournoie dans mes oreilles.

Une sueur glacée couvre mon corps, et je tremble, tout entière possédée, et je suis plus verte que l'herbe. Me voici presque morte, je crois.

Mais il faut tout risquer... puisque...

  • (grc)
     
  • Fragment 31, l'un des poèmes les plus connus de Sappho. La fin est perdue.
  • (grc) Odes et fragments, Sappho (trad. Yves Battistini), éd. Gallimard, coll. Poésie, 2005, p. 38-39

 

Autres fragments

Une troupe de cavaliers, disent-ils, ou de soldats à pied,
une escadre, rien n'est plus beau
sur la terre bleu et sombre. Mais, moi, je dis :
c'est celui-là ou celle que l'on aime d'amour.

  • (grc)
     
  • Fragment 16 (extrait).
  • (grc) Odes et fragments, Sappho (trad. Yves Battistini), éd. Gallimard, coll. Poésie, 2005, 16, p. 30-31, vers 1-4

 

Quand nous restons face à face et que je te regarde
dans cette lumière où tu apparais, pas même Hermione
n'est aussi belle, Hélène aux cheveux d'or c'est toi,
elle est ta ressemblance, il n'y a rien d'étrange à le dire ...

  • (grc)
     
  • Fragment 23 (extrait).
  • (grc) Odes et fragments, Sappho (trad. Yves Battistini), éd. Gallimard, coll. Poésie, 2005, 23, p. 36-37

 

Filles splendides, ma pensée envers vous
ne peut pas changer.

  • (grc)
     
  • Fragment 41.
  • (grc) Odes et fragments, Sappho (trad. Yves Battistini), éd. Gallimard, coll. Poésie, 2005, 41, p. 40-41

 

                     Éros a ébranlé mon
âme comme le vent dans la montagne quand il s'abat sur les chênes.

  • (grc)
     
  • Fragment 47.
  • (grc) Odes et fragments, Sappho (trad. Yves Battistini), éd. Gallimard, coll. Poésie, 2005, 47, p. 42-43

 

Beauté ne demeure que le temps d'un regard.
Mais vertu aussitôt sera beauté demain.

  • (grc)
     
  • Fragment 50.
  • (grc) Odes et fragments, Sappho (trad. Yves Battistini), éd. Gallimard, coll. Poésie, 2005, 50, p. 100-101

 

Je ne sais vers quoi courir : doubles sont mes projets.

  • (grc)
     
  • Fragment 51.
  • (grc) Odes et fragments, Sappho (trad. Yves Battistini), éd. Gallimard, coll. Poésie, 2005, 51, p. 100-101

 

Douce mère, ah ! je ne puis plus tisser ma trame.
Le désir d'un garçon m'a domptée, par le vouloir de la svelte Aphrodite.

  • (grc)
     
  • Fragment 102.
  • (grc) Odes et fragments, Sappho (trad. Yves Battistini), éd. Gallimard, coll. Poésie, 2005, 102, p. 112-113

 

Puisses-tu dormir sur le sein de la douce amie qui te ressemble ! ...

  • (grc)
     
  • Fragment 126.
  • (grc) Odes et fragments, Sappho (trad. Yves Battistini), éd. Gallimard, coll. Poésie, 2005, 126, p. 66-67

 

Oui, quelqu'un plus tard se souviendra de nous.

Portrait of Sappho by unknown artist in Campania, Italy C First century

Deux nouveaux poèmes de la poétesse antique complètement inédits viennent d’apparaître, grâce à un collectionneur anonyme. Le «poème des frères» et le «poème de Cypris» sont susceptibles de faire évoluer son image vers de nouvelles métamorphoses

La nouvelle est en train de faire le tour du monde. Deux nouveaux poèmes de Sappho ont été découverts! Pas complets certes, mais très bien conservés et complètement inédits. La scène est à Oxford. Un collectionneur anonyme soumet au professeur Dirk Obbink un papyrus, très bien conservé, de 20 centimètres sur 10, du début du IIIe siècle après J.-C.

La disposition en strophes, le dialecte, la forme métrique, tout renvoie à la poésie de Sappho. Mieux encore, deux noms propres lèvent le doute: ceux de Charaxos et de Larichos connus comme les frères de la poétesse. Dirk Obbink, c’est son privilège, peut donner des titres aux deux poèmes: le «poème des frères» et le «poème de Cypris», une prière à la divinité de l’amour, hélas plus fragmentaire.

«Plus excitant qu’un nouvel album de David Bowie», titrait, l’autre jour, The Telegraph. Bien plus que cela, même si les découvertes papyrologiques se sont multipliées depuis 2001, avec déjà pour Sappho, en 2004, la découverte de nouveaux vers du poème de Tithon.

On possède si peu de l’œuvre de Sappho. Des centaines de poèmes qui constituaient son œuvre à la bibliothèque d’Alexandrie, une seule ode nous est parvenue intégralement. Sappho est cette poétesse que l’on fantasme bien plus qu’on ne la connaît. Deux nouveaux poèmes, ce n’est pas seulement 29 lignes de grec en plus, c’est un débat relancé sur l’aventure de notre mémoire, une pièce nouvelle pour le procès de l’imaginaire occidental.

Car Sappho est cette exception qui révèle à quel point l’Occident a eu du mal à reconnaître qu’une femme pouvait être, au même titre qu’un homme, une grande poétesse.

Née dans l’île de Lesbos, il y a 2600 ans, d’une famille aristocratique, Sappho a été un personnage important, dérangeant. Dans les extraits conservés de sa poésie, elle évoque des jeunes femmes qui l’entouraient. Avait-elle avec ces compagnes des relations amoureuses, initiatiques ou non? Sans doute, mais tout le problème est ici de comprendre le vrai statut, à cette époque, des relations homoérotiques féminines. Sa poésie avait-elle une dimension politique, susceptible de justifier son exil en Sicile? Probable aussi. A-t-elle blâmé son frère dans sa poésie, comme le prétend Hérodote? Beaucoup en doutaient. Le nouveau papyrus donne la réponse: oui, Hérodote avait raison.

Entre histoire et légende, Sappho a excité l’imaginaire de l’Occident. Dans l’Athènes classique, les poètes comiques font d’elle une courtisane libertine; elle devient ensuite un Socrate au féminin; les médecins recourent à sa poésie pour leur diagnostic; à Rome, Horace l’imite pour s’approprier une sensibilité féminine, tandis qu’Ovide invente une lettre d’amour désespéré qu’elle aurait pu écrire à un amant. Au IIe siècle de notre ère, elle est traitée de débauchée par un Père de l’Eglise; à la Renaissance, les humanistes font croire que les chrétiens avaient brûlé ses œuvres à l’instigation du pape Grégoire VII. Au XVIIe, pour sauver Sappho, il faut nier son homosexualité, idem dans l’Allemagne nazie. Au XXe siècle, elle devient l’emblème des mouvements lesbiens qui oublient qu’en grec ancien, le lesbianisme désignait non pas l’homosexualité, mais la technique des femmes de Lesbos expertes en fellation.

Educatrice, dixième Muse, prostituée dévergondée, épouse malheureuse, émigrée, lesbienne? Au tout début de notre ère, c’est le géographe Strabon qui a donné la meilleure définition: «Sappho, une chose extraordinaire, unthaumaston!» Il faut dire le mot en grec, car il désigne un objet qui suscite un émerveillement divin, presque incroyable. Sappho, difficile à penser, est de l’ordre du merveilleux. Et la découverte du nouveau fragment est un thaumaston qui vient confirmer que tout n’était pas faux dans l’histoire incroyable de cette courtisane Rhodopis, dont Hérodote disait qu’elle avait ruiné le frère de Sappho qui s’en plaignait dans un poème.

Quelle est alors la nouvelle Sappho que l’on vient de découvrir? Car déjà le débat n’est plus que philologique. Officiellement, la découverte d’Obbink devait attendre sa publication dans le prochain numéro de la revueZeit­schrift für Papyrologie und Epigraphik, mais le secret était impossible à garder et la copie de l’article «à paraître» a déjà fait le tour du Web. Il contient une première transcription du poème des frères et un premier commentaire. Les premières traductions circulent sur le Web, elles vont se multiplier. Faut-il donner au lecteur du Temps une première traduction française? C’est trop tôt. Et Sappho vit moins dans une traduction que dans tout ce que sa poésie suggère.

Ce qui m’intéresse ici, c’est la nouvelle Sappho que le XXIe siècle est déjà en train d’inventer. Dans ce poème, la poétesse s’adresse à un interlocuteur qui critique son frère Charaxos, parti en mer. Il faut plutôt prier les dieux de lui accorder le retour et de faire du plus jeune frère un homme. Déjà, dans un texte à peine publié dans le Times Literary Supplement , Obbink va plus loin et compare Sappho à une Pénélope attendant son frère aîné qui serait comme Ulysse, le plus jeune comme Télémaque. C’est la nouvelle métamorphose de Sappho, désormais comparée à Pénélope, dans l’histoire admirable d’un imaginaire nourri par la philologie.

David Bouvier est professeur 
de grec ancien à l’Université 
de Lausanne.

Deux nouveaux poèmes de la poétesse antique complètement inédits

Pourtant, vous continuez à gazouiller quand Charaxos
devrait arriver, son bateau plein. Par ce genre d'attente je reconnais
Zeus et ses autres dieux; et vous devriez me croire;
assez!, commander moi, d'être un Messager
priant intensément au trône d'Héra
sinon qui pourrait le conduire, lui et son bateau pour arriver
enfin ici, mon Charaxos,
me retrouver en toute sécurité; Renvoyons toutes les
autres préoccupations pour les esprits inférieurs;
après tout, après les ouragans les cieux clairs
suivre rapidement;


et ceux dont le destin de souverain Olympien
souhaitent transformer des angoisses en Paix -
Ils sont alors plus énis, ils s'en vont se réjouissant
de leur bonne fortune.
Quant à moi, si Larichos atteint l'âge adulte,
[s' il pouvait arriver  à être riche et oisif,]
il me donnerait, à mon cœur oppressé, un tel
soulagement.

Sappho (Σαπφώ, elle-même s’appelle Ψάπφω, Ψάπφα

Larichos semble avoir occupé dans sa jeunesse une place en vue parmi les Mytiléniens, car Sappho vante la grâce avec laquelle il servait le vin dans le prytanée, un office réservé aux jeunes gens d’origine noble et de belle prestance. Il semble avoir été très cher à Sappho (T.5a).
Quant à Charaxos, il s’attira les foudres de sa sœur pour sa vie dissipée. Il entreprit un voyage en Égypte avec un navire chargé de vin ; arrivé à Naucratis et ayant liquidé ses affaires, il tomba follement amoureux de la courtisane Rhodopis, dont il acheta la liberté pour une somme très importante. À son retour à Mytilène, il fut violemment tancé par Sappho (Hdt. 2.135 ;Strab. xvii. 808 Ath. xiii. 596b). Selon la Souda (s.vv. Αἴσωπος, Ἰάδμων), Charaxos épousa par la suite Rhodopis, dont il eut des enfants ; mais Hérodote nous dit qu’elle était restée en Égypte. Selon Athénée (T.5b), comme pour Sappho, le nom de cette courtisane était Doricha (v. fr 15b ; cf. Strab.; Suidll. cc. ; Phot. s.v. Ῥωδώπιδος ἀνάθημα).