WWIII : Nicolas Sarkozy à Moscou, sous mandat US

Publié le par José Pedro

Nicolas Sarkozy

N’est pas de Gaulle qui veut

© AFP 2015. Jean-Sebastien Evrard
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Le moins que l’on puisse dire est que Nicolas Sarkozy ne laisse pas indifférent.

 

L'ancien président de la république s'est rendu en Russie la semaine dernière pour y rencontrer son "ami" Vladimir Poutine et au passage rappeler aux Français de Russie, dont une très grande majorité l'a soutenu à l'élection présidentielle de 2012, que 2017 ne sera pas une élection comme les autres.

Reçu par Vladimir Poutine, Nicolas Sarkozy s'est présenté lors de sa tournée russecomme un "ami de la Russie (…) Ce pays ni européen, ni asiatique (…) devenu une puissance mondiale".

Diantre! Il faut vraiment que Vladimir Poutine ait de la patience, car il fut un temps ou Sarkozy était vraisemblablement moins bien disposé à son égard, envisageant l'avenir de notre pays au sein de la trajectoire transatlantique et dans le giron américain. Et, bien entendu, sans Vladimir Poutine à l'horizon.

 

Nicolas Sarkozy avait, il est vrai, lancé sa carrière politique française à Washington, annonçant sa candidature aux Américains le 1er août 2005, soit plus d'un an avant qu'il ne l'annonce au peuple français durant l'automne 2006. A Washington, à cette époque, on s'est amusé de la candidature de Nicolas Sarkozy: c'estWikileaks qui nous a permis de savoir ce que nos partenaires américains appréciaient chez cet Américain synthétique: L'homme est acquis au"libéralisme, à l'atlantisme et au communautarisme (…) Il est pro-américain et acquis aux principes du libre-marché. (…) Il est aussi l'homme politique français qui soutient le plus le rôle des Etats-Unis dans le monde".

 

De son côté, Nicolas Sarkozy confirmait, lui, sa grande admiration pour Georges Bush (sic) et affirmait clairement: "Certains en France m'appellent Sarkozy l'Américain. J'en suis fier"!

Où encore, s'en prenant à Jacques Chirac qui lui reprochait ses positions trop pro-américaines: "Quand je pense que ceux qui me reprochent de rencontrer Bush sont ceux qui serrent la poigne de Poutine, ça me fait doucement rigoler".

 

Elu président en suscitant une certaine vague d'enthousiasme à droite et à l'extrême-droite, Nicolas Sarkozy n'allait pas tarder à faire déchanter une grande partie de ses électeurs qui avaient naïvement cru l'homme capable d'initier une politique nouvelle en France et de réveiller le cadavre de la droite française authentique, souverainiste et patriotique.

 

La réintégration au sein du commandement de l'Otan puis la guerre en Libye, dont nous constatons ces dernières semaines à quel point elle était inutile et combien elle sera coûteuse à l'Europe sur le plan migratoire, ont poursuivi mais aussi accentué la transformation de la France en province de Washington. Sur le plan intérieur, alors qu'était attendu un Nicolas Sarkotoritaire tendant vers l'union des droites, ce sont des ministres de gauche qui feront leur entrée au gouvernement, notamment le très atlantiste Kouchner au ministère des Affaires étrangères, tandis que Nicolas l'Américain ne soutiendra pas l'incroyable mouvement populaire et national du Mariage pour tous, traduisant ainsi parfaitement ses aspirations libertaires pour la société française du futur.

En 2009 c'est la France, via Nicolas Sarkozy qui opère son retour dans le commandement intégré de l'OTAN, fermant ainsi la fenêtre historique qui avait été ouverte en 1966 par le Général de Gaulle et achevant ainsi la mainmise de l'OTAN sur l'Europe.

L'emprise de l'OTAN s'est en effet fortement accentuée sur l'Europe, il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas en être conscient. L'Amérique est plus unilatéraliste que jamais, les décisions de l'Union Européenne sont de plus en plus alignées sur les décisions de Washington, c'est ce que constatent et ressentent les élites russes, qui voient que la Russie est progressivement cernée par des pays qui abritent des bases de l'OTAN. références Russes http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150202/1014247283.html



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Presque dans le même temps, la CIA mettait cependant et par prudence le président français sur écoute, démontrant ainsi la forme que prend la relation de confiance entre l'administration américaine et ses soi-disant "alliés" européens, mêmes ceux supposés les plus fidèles.

"Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis" dit le proverbe, et en ce mois d'octobre 2015, en visite à Moscou, Nicolas Sarkozy est donc allé finalement "serrer la poigne" de Poutine en tentant de valoriser son statut de chef du principal parti d'opposition, mais aussi de candidat présidentiable.

 

La visite de Sarkozy l'américain nous renvoie, nous Français, face à la réalité du vide sidéral qui est celui de la scène politique nationale et face à l'absence d'Elite politique digne de ce nom. Un vide permettant aux hommes politiques de n'exister que par des gesticulations. Nicolas Sarkozy, qui vient de rebaptiser son parti en "Les républicains", a sans doute tenté de faire illusion en faisant croire qu'il était prêt à s'engager vers une voie russe et continentale, visant à rééquilibrer la politique internationale de la France, écrasée entre Washington et Berlin. Mais n'est-ce pas précisément lui qui nous a enfermés dans ce carcan, après avoir activement joué la carte américaine, puis la carte euro-allemande?

 

Le russisme supposé de Nicolas Sarkozy l'est vraisemblablement pour de mauvaises raisons, c'est-à-dire pour des raisons d'opportunisme électoral, sans que cela ne traduise la moindre conviction politique, ni la moindre amorce de stratégie sur la durée. Pourtant les Français et particulièrement les Français de Russie savent, comme le prouve l'expérience de la Russie ces 15 dernières années, que c'est précisément d'une stratégie sur la longue durée dont le pays a besoin pour lui éviter de sortir de l'histoire au cours des prochaines décennies.

Mais il est vrai que n'est pas de Gaulle qui veut.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.



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Le secret américain de Nicolas Sarkozy

 

 

Dans les coulisses du pouvoir, il y a ceux mis au devant de la scène, ceux qui restent dans l’ombre et, surtout, ceux des tréfonds que nul n’entrevoit jamais. Qui connaît Frank George Wisner ? Ce senior américain, diplomate et homme de réseaux, pourrait bien être la clé pour expliquer l’ascension fulgurante de Nicolas Sarkozy. Le chef de l’Etat français bénéficie là du meilleur conseiller occulte pour jouer un rôle dans la marche du monde. A condition que le Président continue de servir avant tout les intérêts de l’Empire américain, que celui-ci soit dirigé par Bush ou Obama.

« Un néo conservateur américain à passeport français » : la formule cinglante d’Eric Besson au sujet de Nicolas Sarkozy, formulée en vue de la campagne électorale de 2007, demeure d’une lucidité implacable. Le nouveau ministre chargé de l’immigration n’ira sans doute plus remettre en question le patriotisme de son mentor. Il n’en demeure pas moins que le mystère du succès rapide dans la conquête du pouvoir suprême par Nicolas Sarkozy passe par l’analyse de son rapport personnel aux Etats-Unis.

 
 

A cet égard, le destin peut s’avérer facétieux lorsqu’il veut avantager un jeune ambitieux désireux d’atteindre les sommets. C’est vers la fin des années 70 que le jeune loup du RPR saura tirer profit d’une fortune incomparable : le remariage de sa belle-mère, Christine de Ganay, avec un personnage prometteur de la vie politique américaine, Frank George Wisner.

Celui-ci avait déjà hérité d’une charge lourde : le patronyme et la carrière sulfureuse d’un homme exceptionnel, dans ses coups d’éclat comme dans sa folie, Frank Gardiner Wisner (1909-1965), cofondateur de la CIA. Le père Wisner, impliqué dans les renversements du pouvoir au Guatamala et en Iran, restera célèbre pour l’opération Mockingbird (un noyautage réussi des médias américains par des agents de la CIA), avant de se suicider en 1965, victime de démence. Né en 1938 à New York, diplômé de Princeton, le jeune Frank George ne marchera pas exactement dans les pas de son père mais suivra plus habilement un tracé parallèle : la diplomatie, dont on connaît les passerelles avec le monde de l’espionnage. Il apprendra ainsi l’arabe au Maroc dans son détachement effectué pour le compte du Département d’Etat avant un bref passage par Alger après l’indépendance et un long séjour au Vietnam. De retour à Washington en 1968, il sera chargé des affaires tunisiennes. Plus tard, après la spécialisation dans les questions asiatiques et arabes, Frank George Wisner exerça le poste d’ambassadeur en Zambie, en Egypte, aux Philippines et en Inde.
 


Derrière ces honorables activités, qui ont culminé par un poste de sous-secrétaire d’Etat sous Clinton et , plus récemment, dans sa médiation pour la Troika dans le règlement de la crise au Kosovo, Frank G. Wisner demeure, selon ses détracteurs, la clé de voûte dans l’exécution de l’espionnage économique pour le compte de la CIA. Mieux encore, l’homme est la caricature du personnage multicartes et influent, présent dans tous les centres réels ou fantasmés du pouvoir parmi lesquels les fameux Council on Foreign Relations ou le groupe Bilderberg. Mais c’est en 1997 qu’un tournant s’opère : après avoir longtemps manœuvré dans le monde feutré de la diplomatie et des renseignements, Wisner se risque à mélanger encore plus à mélanger les genres en rejoignant, au sein de son conseil d’administration, l’entreprise Enron ,la célèbre compagnie énergétique qui fera scandale quatre ans plus tard et dont la gigantesque fraude en Californie, portant sur des milliards de dollars, ne sera jamais exactement détaillée, « grâce » à la disparition des milliers de pages caractérisant la fraude fiscale dans la destruction des bureaux de la SEC, gendarme américain des opérations boursières , lors de la chute de la Tour 7 du World Trade Center.


Ironie du sort, ou étrange coïncidence, la sécurité de ce gratte-ciel (effondré alors qu’il ne fut pas percuté par un avion en ce jour du 11 Septembre 2001) relevait de la compagnie Kroll Associates, qui appartenait alors à l’AIG, assureur dont Wisner est le vice-président . S’il est vrai que les entreprises prestigieuses sont souvent interconnectées de par leurs administrateurs, il est notable de constater la récurrence curieuse de Wisner dans les anomalies du 11 Septembre. Ainsi, pour résumer, l’homme, spécialiste du monde musulman et de l’espionnage économique, responsable haut placé de Enron et de l’AIG, échappe à toute poursuite judiciaire lors du scandale Enron, jamais complètement décrypté de par la destruction des détails compromettants lors de la chute controversée d’un immeuble du World Trade Center qui abritait également, autre heureuse coïncidence, les bureaux de la CIA dédiés précisément à l’espionnage économique…

Quel rapport dès lors entre ce personnage sulfureux et Nicolas Sarkozy, mis à part le lien familial d’antan ?

A priori, il serait logique de présumer que le temps et la distance géographique auront naturellement creusé le fossé entre le chef de l’Etat et la famille de l’ancienne belle-mère. Il n’en est rien. Pour preuve, la campagne électorale de l’UMP qui a porté triomphalement au pouvoir, et dès la première tentative, Nicolas Sarkozy, disposait dans ses rangs d’un acteur discret, responsable de la section anglophone, mais dont le nom est suffisamment éloquent : David Wisner. Celui-ci semble également reprendre le flambeau de la lignée Wisner puisqu’il a intégré le Département d’Etat en septembre dernier, après des études d’arabe.

Et au-delà du légitime renvoi d’ascenseur du chef de l’Etat envers le fils de son parrain d’outre-atlantique, une autre fait passé inaperçu mérite d’être évoqué, non comme la preuve mais plutôt comme l’indice de la volonté présidentielle d’occulter l’existence et les agissements troubles de Wisner. S’il s’avère à l’avenir que les fameux délits d’initiés opérés à la veille du 11-Septembre ont été le fait de citoyens américains avertis, dont le point commun serait d’être à la jonction du renseignement et de la finance, alors il ne serait guère étonnant de voir figurer sur la liste de ces personnes au vent d’un « attentat terroriste imminent » un certain Frank George Wisner. Outre qu’il ait bénéficié de la destruction du dossier fiscal Enron tout en étant dans le même temps responsable de la sécurité du World Trade Center via Kroll Associates ( détenue par AIG), une réçente réaction de Nicolas Sarkozy pourrait laisser penser que le silence en la matière doit s’imposer.

En effet, selon le Canard Enchaîné du 24 septembre 2008, le Président avait vivement critiqué le Pdg de la chaîne info internationale, France 24, pour avoir organisé un débat sur la « théorie du complot » autour du 11-Septembre. Cette réaction de Nicolas Sarkozy pourrait prêter à sourire si elle venait simplement confirmer sa propension légendaire à tout régenter, y compris la programmation audiovisuelle. Mais compte tenu de l’implication éventuelle d’un de ses proches dans les coulisses logistiques et financières de l’attentat du World Trade Center, la colère présidentielle prend une toute autre tournure. De par le signal qu’il envoie ainsi aux journalistes mainstream tentés d’évoquer à l’antenne la question des zones d’ombre du 11-Septembre, le message relève plus de la censure tacite d’un sujet grave que de l’irritation d’un téléspectateur capricieux. Sans aller jusqu’à faire de Wisner un des instigateurs du 11-Septembre, il est plus vraisemblable de supposer que sa position et ses relations l’ont idéalement avantagé pour faire partie de ceux à avoir, « au mieux » anticipé l’événement, au pire participé par une quelconque assistance matérielle, en l’occurrence la mise à disposition de la gestion de la sécurité électronique des 3 tours effondrées, de par l’implosion de bombes pré-installées selon certains scientifiques spécialistes de la démolition contrôlée.

Au-delà des inévitables spéculations sur le rôle exact de Wisner dans l’opération à multiples facettes du 11-Septembre, force est de constater que l’homme dispose des diverses relations accumulées depuis près de 50 ans dans les élites dirigeantes des Etats-Unis et les cercles internationaux pour pouvoir, si besoin est, favoriser le jeune politicien impétueux que son épouse française affectionne. Nicolas Sarkozy doit beaucoup à Jacques Chirac pour son maillage lent et progressif du corps électoral français. Il doit sans doute davantage encore à Frank George Wisner pour avoir obtenu l’assentiment et la faveur de l’hyper-puissance occidentale.

Les parrains occultes du Président et méconnus du citoyen sont souvent les plus redoutables.
 

Documents joints à cet article

Le secret américain de Nicolas Sarkozy

 

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WikiLeaks : Nicolas Sarkozy, "l'Américain"

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MM. Bush et Sarkozy à Kennebunkport (Maine), le 11 août 2007.

L'homme fascine les Américains autant qu'il leur raconte être fasciné par l'Amérique. Il est le "président le plus pro-américain depuis la seconde guerre mondiale". Depuis longtemps, les diplomates de Washington ont suivi pas à pas, élogieux et enthousiastes, l'ascension de Nicolas Sarkozy "l'iconoclaste", dont ils adorent, selon un télégramme, "le libéralisme, l'atlantisme et le communautarisme".

Les câbles diplomatiques du département d'Etat obtenus par WikiLeaks et révélés par Le Monde (voir les liens en pied d'article) témoignent d'une longue fascination américaine pour le successeur de Jacques Chirac. Un homme que Washington connaît bien. On découvre dans ces mémos que Nicolas Sarkozy et ses conseillers fréquentent assidument l'ambassade américaine de Paris, ainsi que les dignitaires américains de passage en France.

Signe de cette proximité, Nicolas Sarkozy, qui n'avait certes pas fait mystère qu'il pensait à la présidentielle "pas seulement en se rasant" et qui ne masquait pas ses ambitions, annonce sa candidature aux Américains le 1er août 2005, soit seize mois avant qu'il ne l'annonce, le 29 novembre 2006, au peuple français. "Je vais être candidat en 2007", confirme M. Sarkozy à l'ambassadeur Craig Stapleton et au conseiller économique du président Bush, Allan Hubbard. Pour la France, c'est déjà à l'époque une évidence, mais encore non déclarée. Pour les Américains, cette confirmation avant l'heure est une marque de confiance.

L'"ADMIRATION POUR BUSH"

Nicolas Sarkozy fait, lors de ce rendez-vous, une véritable déclaration d'amour aux Américains. "Sarkozy a exprimé son admiration pour le président Bush, écrit l'ambassadeur. Sarkozy a dit que, comme le président [Bush], lui aussi mettait un point d'honneur à tenir sa parole et à affronter honnêtement les problèmes réels de son pays."

 

Le ministre de l'intérieur n'hésite pas à critiquer la position diplomatique française devant des officiels étrangers. "Sarkozy s'est lamenté de l'état troublé des relations entre les Etats-Unis et la France au cours des dernières années, écrit le diplomate. Affirmant que c'est quelque chose que lui 'ne ferait jamais', il a évoqué l'utilisation, par Chirac et Villepin, du veto de la France au Conseil de sécurité [de l'ONU] contre les Etats-Unis en février 2002 [sur l'invasion de l'Irak] comme étant une réaction injustifiable et excessive."

Ajoutant qu'il aurait "conseillé aux Etats-Unis de ne pas se lancer dans l'invasion et l'occupation de l'Irak", il déclare, selon l'ambassadeur, que cela ne l'empêche pas de "ressentir personnellement la mort de soldats américains au combat".

Nicolas Sarkozy, toujours à l'occasion du passage d'Allan Hubbard, devient plus personnel. "'Ils m'appellent 'Sarkozy l'Américain', a-t-il dit. 'Eux considèrent que c'est une insulte, mais je le prends comme un compliment'. Sarkozy a souligné à quel point il 'se reconnaît' dans les valeurs américaines", écrit le diplomate. "Il a raconté que, lorsqu'il était enfant, il a dit à son père qu'il souhaitaitdevenir président. Son père d'origine hongroise a rétorqué 'dans ce cas, va en Amérique, parce qu'avec un nom comme Sarkozy, tu n'y parviendras jamais ici'. Prouver que c'était faux, a dit Sarkozy, est la pierre angulaire de ses efforts à la fois pour réussir [à devenir président] et à transformer la France."

L'ambassadeur en conclut que "Sarkozy est viscéralement pro-américain" et qu'"il voit sa propre ascension comme étant le reflet d'une saga à l'américaine".

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Nicolas Sarkozy et son prédécesseur Jacques Chirac lors des obsèques de Lazare Ponticelli aux Invalides, à Paris, le 17 mars 2008.

Nicolas Sarkozy et son prédécesseur Jacques Chirac lors des obsèques de Lazare Ponticelli aux Invalides, à Paris, le 17 mars 2008. REUTERS/CHARLES PLATIAU

L'IRAK, " PEUT-ÊTRE "

Nicolas Sarkozy, opposé donc à la fois à la guerre américaine en Irak et au veto de la France, va plus loin l'année suivante, en 2006, lors d'un passage à Paris du ministre de la justice du président Bush, Alberto Gonzales. Il sous-entend qu'une fois élu, il pourrait envoyer l'armée française en Irak. "Sarkozy a déclaré que la France et la communauté internationale allaient devoir aider les Etats-Unis à résoudre la situation en Irak. Peut-être en remplaçant l'armée américaine par une force internationale", écrit l'ambassadeur.

A cette époque, les conseillers du ministre de l'intérieur et chef de l'UMP fréquentent beaucoup l'ambassade américaine, n'hésitant pas à critiquer vivement le président, Jacques Chirac, et le premier ministre, Dominique de Villepin, pour le plus vif plaisir de leurs interlocuteurs.

Si François Fillon indique plutôt sobrement qu'à son avis, "un gouvernement Sarkozy serait plus apte à travailler avec les Etats-Unis", d'autres promettent des changements radicaux.

Patrick Devedjian évoque ainsi "une nouvelle volonté française, sous une administration Sarkozy, de soutenir plus activement les objectifs américains en Irak", et se plaint que "les Français ne s'intéressent pas à l'OTAN", écrit l'ambassade. Lors des manifestations de rues contre le gouvernement Villepin, M. Devedjian revient à l'ambassade, triomphal, annoncer "la mort des ambitions présidentielles de Villepin". Brice Hortefeux est également souvent cité.

Quand à Hervé de Charrette, alors chargé des relations internationales à l'UMP, il prend, deux ans avant la présidentielle, "l'initiative remarquable", précise le télégramme, d'appeler l'ambassadeur Howard Leach pour parler d'"amitié" et de "coopération"dénoncer "l'embarras" causé aux relations franco-américaines par M. Chirac, et promettre que l'UMP veut que "la relation avec les Etats-Unis soit la base de la diplomatie de la France""Le geste sans précédent de Charrette est à notre connaissance effectué au nom du président de l'UMP, Nicolas Sarkozy. Les opinions qu'il exprime sont clairement, s'enthousiasme le diplomate, celles de l'homme politique le mieux placé pour mettre un terme à la présidence Chirac."

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Le président français Nicolas Sarkozy.

Le président français Nicolas Sarkozy considère que s'il l faut "garder beaucoup de sang-froid devant les conséquences d'une crise financière qui a lieu aux Etats-unis", il y a lieu de mettre "davantage de transparence dans le système financier". AFP/ERIC FEFERBERG

"UNE PRÉSIDENCE DE DIX ANS"

Ces contacts multiples permettent à l'ambassade américaine d'écrire, peu avant la déclaration de candidature de M. Sarkozy, un long portrait dithyrambique intitulé "L'homme qui pourrait changer la France". "Il est pro-américain et acquis aux principes du libre-marché. (…) Il est associé à des mesures dures de lutte contre le crime et le terrorisme. (…) Il est vigoureux sur le besoin pour la France de dépasser ses réflexes anti-américains. (…) Sarkozy est l'homme politique français qui soutient le plus le rôle des Etats-Unis dans le monde(…) Son sobriquet est 'Sarkozy l'Américain', et son affinité avec l'Amérique est authentique et vient du fond du cœur." L'ambassadeur se laisse alors emporter par son enthousiasme et imagine déjà "un double mandat, une présidence de dix ans".

C'est aussi le moment où Nicolas Sarkozy va, pour la première fois, brièvement rencontrer George Bush. Tout est soigneusement préparé par l'ambassade : lors d'un entretien à la Maison Blanche avec le conseiller à la sécurité nationale, Stephen Hadley, il est prévu que M. Bush "fasse un saut" dans le bureau afin de saluer M. Sarkozy. "Sarkozy a témoigné de sa gratitude envers le président pour trouver un moment dans son agenda. Sarkozy a dit qu'il se sent 'fier et honoré de rencontrer le président Bush'. Sarkozy a confié que le président Chirac a fait pression sur lui pour 'ne pas alleraux Etats-Unis', mais que lui croit qu'une rencontre avec le président est appropriée et importante. Sarkozy a expliqué qu'il estime que c'est une opportunité d''affirmer [sa] loyale amitié envers les Etats-Unis'", indique le télégramme.

" PRENDRE SARKOZY AU MOT "

Le 6 mai 2007, "à 20h05, heure de Paris, précise l'ambassade, le président Bush a appelé le président élu Sarkozy pour le féliciter" de son élection à la présidence de la France. Une nouvelle ère dans les relations franco-américaines, espère Washington, peut commencer.

Le premier télégramme émanant de l'ambassade américaine de Paris après l'élection de Nicolas Sarkozy propose à Washington d'examiner "cinq enjeux immédiats de politique étrangère" dès l'entrée en fonction du nouveau gouvernement français : l'Iran ("Sarkozy perçoit l'Iran comme la plus sérieuse menace internationale") ; l'Afghanistan (pour combattre "l'impression, partagée par Chirac, que l'Afghanistan est une cause perdue") ; l'Irak ("Il faut prendre Sarkozy au mot lorsqu'il dit 'souhaiter aider les Etats-Unis à sortir d'Irak'", écrit l'ambassade, mais "sans nourrir l'accusation d'être ‘un caniche du président Bush', qui pourrait inciter le gouvernement français à ne pas changer de politique") ; l'Union européenne et la Turquie (" Si un changement apparaît peu probable, vue l'identification politique de Sarkozy à son opposition à une adhésion de la Turquie, nous devrions le persuader de tempérer sa rhétorique, de ne pas fermer complètement la porte") ; le Kosovo et laRussie ("L'importance d'un front commun au Conseil de sécurité de l'ONU sur l'indépendance du Kosovo").

Les Américains n'ont que deux problèmes avec le programme du président élu : "Sarkozy a fait glisser les désaccords franco-américains de l'Irak et d'Israël-Palestine au changement climatique et à l'adhésion de la Turquie à l'UE", écrit l'ambassadeur.

Une troisième inquiétude est une déclaration du candidat indiquant que "le rôle de la France en Afghanistan n'est plus 'décisif' et que les forces françaises, s'inquiète l'ambassade, ne resteraient pas là-bas pour toujours".

"UN NOVICE"

L'ambassade américaine ne se cantonne toutefois pas à l'enthousiasme débridé avec lequel elle a accompagné l'ascension de Nicolas Sarkozy. Certes, "Sarkozy est instinctivement pro-américain et pro-israélien" et souhaite "renouer une relation de confiance avec les Etats-Unis", mais un portrait, intitulé "Un novice", précise que "Sarkozy a très peu d'expérience en politique étrangère et parle un anglais très limité".

Les Américains suivent les premiers pas du président français au jour le jour. Et, le 6 juin à Heiligendamm, c'est la première réunion au sommet, entre George Bush et Nicolas Sarkozy. "Il est essentiel que le président [Bush] soulève deux questions pendant cette première rencontre, l'Afghanistan et l'Irak", écrivent les diplomates américains. "Le directeur politique du Quai-d'Orsay,[Gérard] Araud, nous a conseillé d'essayer d'éloigner au plus tôt Sarkozy de la vue pessimiste de Chirac sur l'Afghanistan."

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Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner, le 1er juin 2009.

Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner, le 1er juin 2009. AFP/GUILLAUME BAPTISTE

L'"AFFINITÉ POUR ISRAËL"

L'autre question essentielle pour les Américains est le Proche-Orient. Après une analyse sur "le traditionnel centre de gravité pro-arabe" de la France et une critique acérée de "l'inertie bureaucratique" du ministère des affaires étrangères ("Un vétéran arabisant du Quai nous a dit que 'la France a une certaine politique arabe qui est beaucoup plus importante que M. Sarkozy et son gouvernement'"), l'ambassade, évoquant LibanSyrie et Palestine, transmet ses recommandations à l'équipe Bush à Washington : "Notre objectif est que ce type d'arguments ne prenne pas racine dans l'équipe Sarkozy. Ce n'est pas inévitable."

Elle note que "l'héritage juif de Sarkozy et son affinité pour Israël sont célèbres", et que de surcroît il vient de nommer à la tête du Quai d'Orsay Bernard Kouchner, "le premier ministre des affaires étrangères juif de la Ve République". Sur le conflit israélo-palestinien, espère l'ambassade, "même un léger glissement dans le fondement intellectuel aura des conséquences sismiques".

L'ambassade américaine est très satisfaite du premier gouvernement Sarkozy. Celui qui bénéficie du portrait le plus flatteur est Bernard Kouchner : "L'humanitaire de renommée mondiale""l'un des rares politiques (de gauche ou de droite) à avoir soutenu ouvertement l'invasion américaine de l'Irak", voit sa vie passée au crible : le télégramme retrace pays par pays les voyages du "champion des causes humanitaires", puis sa carrière politique, sous François Mitterrand. Elle loue sa "compétence" et son "dévouement" comme chef de l'ONU au Kosovo. L'ambassade estime que " la nomination de Kouchner pour diriger le Quai d'Orsay représente l'accomplissement du rêve d'une vie"

Les diplomates américains se félicitent aussi de la nomination de "l'ambassadeur aux Etats-Unis" Jean-David Lévitte comme conseiller diplomatique à l'Elysée, d'Hervé Morin au ministère de ladéfense ("Proche de l'ambassade, amical et direct, il assume son affection pour les Etats-Unis et est parmi les plus atlantistes des députés"), ainsi que de l'entrée au gouvernement de " l'un des plus vieux amis et alliés politiques de Sarkozy ", Brice Hortefeux ("Il a maintenu des liens très étroits avec l'ambassade depuis des années, même s'il est en privé un critique sévère de la politique du président Bush en Irak").

"MAGNIFIÉ PAR KOUCHNER"

L'ambassade note très vite que celui qu'elle considérait comme "un novice" quelques semaines auparavant "a fermement placé la politique étrangère sous son contrôle personnel à l'Elysée". Si"l'engagement international de la France" est "magnifié par Kouchner", il devient clair que le président Sarkozy et ses conseillers décident de tout.

Les télégrammes diplomatiques louent "l'énergie et la détermination" du président. Au-delà de leur enthousiasme général et de leurs deux réserves sur le climat et la Turquie, les Américains notent deux variations rapides par rapport à ce qu'ils attendaient de M.Sarkozy.

Premièrement, ils sont vite rassurés sur "le maintien de l'engagement français en Afghanistan". Deuxièmement, ils constatent, un brin dépités, que même si "Sarkozy propose un impressionnant programme de réformes économiques en France, il n'est pas un libre-échangiste". Ils ont enfin une inquiétude, qui pointe en ce début de mandat présidentiel : la Syrie.

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Nicolas Sarkozy et le roi Abdallah, à Riyad, en Arabie saoudite, en janvier 2008 .

Nicolas Sarkozy et le roi Abdallah, à Riyad, en Arabie saoudite, en janvier 2008 . AFP/ERIC FEFERBERG

"UN DÉSIR DE PROVOQUER"

Au-delà des relations franco-américaines et des dossiers prioritaires, Washington suit de près les premières aventures de Nicolas Sarkozy à l'étranger. Son discours de Dakar sur l'Afrique est perçu comme "un désir de provoquer". La libération des infirmières bulgares de Libye donne lieu à des télégrammes où l'on croit percevoir un brin de moquerie : "L'Elysée considère cela comme un triomphe diplomatique, et Sarkozy est très heureux du 'succès colossal' de son initiative libyenne."

Plus tard, les Américains se délecteront des "faux pas" de M. Sarkozy en visite chez leur allié saoudien. "Le président Sarkozy a été perçu comme inélégant par les Saoudiens en affichant son ennui lors de la cérémonie d'arrivée ou en refusant de goûter un repas traditionnel arabe."

La première visite de Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis, en novembre 2007, donne lieu à de longs télégrammes préparatoires. Les diplomates préviennent qu'en France, "l'image de machine bien huilée [du gouvernement] a souffert, depuis que Sarkozy a réprimandé à répétition les membres de son équipe, y compris son propre premier ministre".

Ce sont les premiers commentaires sur un Sarkozy "susceptible et autoritaire". Ils notent aussi que "l'équilibre" personnel du président pourrait être atteint par son "récent divorce" : "Sarkozy lui-même a parlé de sa dépendance envers Cécilia, 'ma force et mon talon d'Achille', comme il dit." Ils préviennent Washington que M. Sarkozy est "très irritable", mais parient sur "sa capacité à rebondir".

Plus tard, après sa rencontre avec "le supermodel" Carla Bruni, les diplomates américains noteront son style "non présidentiel" et "ses inclinations pour les paillettes".

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 Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner, en septembre 2008 à Damas.

Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner, en septembre 2008 à Damas. AFP/GERARD CERLES

"UNE ALLIANCE, PAS UN ALIGNEMENT"

Pour les Américains, l'essentiel est que la lune de miel diplomatique continue. S'ils notent que Paris définit les relations avec Washington comme "une alliance, pas un alignement", ils n'ont quasiment que des motifs de satisfaction : "une approche durcie envers la Russie et l'Iran""un possible retour dans l'OTAN", et, concernant les deux guerres américaines, "un inversement du soutien auparavant déclinant sur l'Afghanistan" et "un changement spectaculaire de politique sur l'Irak".

Car entretemps, il y a eu, pendant que les présidents Sarkozy et Bush se retrouvaient dans le Maine, le voyage de Bernard Kouchner à Bagdad. Le ministre français avait certes " emporté avec lui une copie d'une tribune écrite avant l'invasion et titrée "Ni Saddam ni la guerre", pour corriger la fausse impression qu'il avait soutenu l'invasion militaire américaine", mais pour Washington, cette visite est historique.

Elle symbolise, au même titre que "la possible réintégration complète dans l'OTAN", la "rupture" sur le plan international. Le seul interlocuteur irakien qui, devant M. Kouchner, appelle à la fin de l'occupation militaire américaine, se voit répondre par le ministre que " les Américains sont là, et devront à l'évidence faire partie de la solution " en Irak. Les diplomates de Washington exultent.

Après ce voyage à Bagdad, et même s'ils évoquent encore son activisme sur le Liban ou le Darfour, les Américains notent la fin des espoirs de Bernard Kouchner de jouer un rôle majeur. "Sarkozy a concentré à un degré sans précédent tous les pouvoirs à l'Elysée, écrit un diplomate. Le secrétaire général Claude Guéant et le conseiller diplomatique Jean-David Levitte ont acquis plus d'influence que Kouchner." L'une des preuves en est, selon un télégramme, la politique de la main tendue à Damas : pour Washington, M.Kouchner a perdu le bras de fer avec l'Elysée sur le Liban.

De même qu'ils constatent cette centralisation des décisions de politique étrangère à l'Elysée, les Américains sont impressionnés par "les pouvoirs sans partage" du président français.

" SPECTACULAIREMENT IMPOPULAIRE "

Après avoir longuement analysé le premier discours du président à la conférence des ambassadeurs en 2007, dans lequel elle avait évidemment relevé avec satisfaction la phrase sur "l'alternative catastrophique : la bombe iranienne ou le bombardement de l'Iran", l'ambassade de Paris examine à la loupe ses vœux du Nouvel An 2008 au corps diplomatique, et se réjouit de la référence au"retour de la France au cœur de la famille occidentale". La relation franco-américaine est au beau fixe. Nicolas Sarkozy a "repositionné la France aux côtés des Etats-Unis, et non plus en alternative du leadership américain".

Même si les diplomates américains semblent abasourdis qu'en si peu de temps, en France, "une candidature si spectaculairement réussie à la présidentielle" se soit transformée en "une présidence spectaculairement impopulaire", ils insistent sur le fait que M.Sarkozy, au-delà de "son identification personnelle avec les valeurs américaines ", reste ferme, au risque de l'impopularité, sur les principaux dossiers de la coopération franco-américaine : "la ligne dure sur l'Iran""l'intention répétée de rénover la relation de la France avec l'OTAN" et "l'engagement militaire croissant en Afghanistan".

Sur l'OTAN, les diplomates américains en savent à l'époque déjà plus que les citoyens français : "Les plus proches conseillers de Sarkozy ont été clairs sur le fait qu'il a déjà pris la décision deréintégrer la France dans le commandement militaire intégré." Ils constatent en revanche définitivement que Paris n'enverra pas de troupes en Irak.

"PERSONNE POUR LUI DIRE 'NON'"

La relation franco-américaine étant rétablie, l'ambassade constate, lorsque le président français préside l'UE, que "la priorité de Sarkozy est l'Europe". Les affaires européennes, de même que les relations avec la Russie et l'intervention diplomatique lors de la guerre en Géorgie, sont commentées au jour le jour. Washington suit également de près l'attitude de la France sur le dossier libano-syrien. Les diplomates américains pensent que "la présidence française de l'UE a été acclamée" et sont rassurés par le fait que "même opposé verbalement à une adhésion turque, Sarkozy a fait preuve de pragmatisme".

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Nicolas Sarkozy et le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, le 7 avril 2010.

Nicolas Sarkozy et le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, le 7 avril 2010.REUTERS/PHILIPPE WOJAZER

A propos de la Turquie, les diplomates américains rapportent un épisode étonnant, dans un télégramme intitulé "Personne pour lui dire 'non'", consacré à des conseillers de l'Elysée "qui évitent decontredire le président ou de provoquer son mécontentement" : "Ils ont détourné l'avion du président pour éviter qu'il voit la tour Eiffel éclairée aux couleurs de la Turquie à l'occasion de la visite du premier ministre Erdogan (une décision prise par la mairie de Paris)." Le "mauvais caractère" de Nicolas Sarkozy est évoqué. D'autres télégrammes le décrivent comme "frénétique" ou "impulsif".

"LE PARTENAIRE"

Barack Obama est entré à la Maison Blanche, et doit rencontrer Nicolas Sarkozy à l'occasion du sommet de l'OTAN. "Votre visite intervient à un moment historique, écrit l'ambassadeur au président des Etats-Unis. Nicolas Sarkozy est le président français le plus pro-américain depuis la Seconde guerre mondiale, il est actuellement le dirigeant le plus influent en Europe, et votre prestige nous offre une opportunité sans précédent de cimenter les changements positifs déjà intervenus. "

Il prévient que M. Sarkozy est "un pragmatique brillant, impatient, non diplomate, imprévisible, charmant, innovant" pour lequel "le rapport personnel a un impact" sur la relation politique. Et que M. Sarkozy "espère un contact régulier intense" avec M. Obama.

C'est le contraire qui se produit. Après la relation forte avec George Bush, des "officiels français" évoquent devant les Américains la relation distante entre les présidents Sarkozy et Obama. Toutefois, l'époque demeure "l'une des meilleures périodes dans les relations franco-américaines". Et Nicolas Sarkozy reste "LE partenaire des Etats-Unis en Europe".

Rémy Ourdan

Les télégrammes utilisés pour cet article :


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Pour contrer l'influence soviétique en Europe, les États-Unis ont constitué, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, un réseau d'élites proaméricaines. La CIA a ainsi financé le Congrès pour la liberté de la culture, par lequel sont passés de nombreux intellectuels européens, au premier rang desquels Raymond Aron et Michel Crozier.

Chargés, pendant la Guerre froide, d'élaborer une idéologie anticommuniste acceptable en Europe à la fois par la droite conservatrice et par la gauche socialiste et réformiste, ces réseaux ont été réactivés par l'administration Bush. Ils constituent aujourd'hui les relais européens des néo-conservateurs états-uniens.

Le président français Jacques Chirac fait face à une dissidence conduite par Pierre Lellouche et Alain Madelin au sein de son propre mouvement politique. Les deux députés mènent campagne pour que la France s'aligne sur les États-Unis. Tous deux sont membres de think thanks états-uniens, dans lesquels ils côtoient des faucons de l'administration Bush.

Le président Chirac, dont la politique irakienne avait reçu le soutien solennel de 122 députés de son parti (l'UMP), est contesté dans ses propres rangs. La dissidence est conduite par Pierre Lellouche et Alain Madelin qui, tous deux, tentent de rallier la France aux États-Unis. Ils ont choisi de mettre directement en cause la capacité du président de la République à conduire la politique étrangère du pays au moment où une campagne internationale de dénigrement contre Jacques Chirac est organisée par le département de la Défense.

Dans les années soixante, déjà, le président Charles De Gaulle avait dû identiquement affronter le lobby atlantiste dans son propre parti. Lâché par les États-Unis qui lui reprochaient de laisser le champ libre aux Soviétiques en Algérie, De Gaulle dû faire face au « putsch des généraux », puis à une série de tentatives d'assassinat (voir à ce sujet  : « Quand le stay-behind voulait remplacer De Gaulle »). Lorsqu'il eut repris la situation en main, il expulsa l'OTAN et dénonça l'influence d'hommes politiques financés par Washington. S'en prenant à Jean Lecanuet et Alain Poher, il stigmatisa « le Parti de l'étranger ».

Cette expression fut reprise, en 1978, par Jacques Chirac dans son « Appel de Cochin ». Le jeune Premier ministre s'en prenait directement au président Giscard d'Estaing. Il dénonçait avec violence l'instrumentalisation des institutions européennes par les États-Unis pour faire rentrer la France dans le rang atlantiste : « Il est des heures graves dans l'histoire d'un peuple où sa sauvegarde tient toute dans sa capacité de discerner les menaces qu'on lui cache […]. Tout nous conduit à penser que derrière le masque des mots et le jargon des technocrates, on prépare l'inféodation de la France, on consent à l'idée de son abaissement. En ce qui nous concerne, nous devons dire non […]. Comme toujours lorsqu'il s'agit du rabaissement de la France, le Parti de l'étranger est à l'œuvre avec sa voix paisible et rassurante. Français ne l'écoutez pas. C'est l'engourdissement qui précède la paix et la mort ».

Dans le bras de fer sur l'Irak, Alain Madelin ne s'est pas contenté pas de saper l'autorité du président Chirac dans son parti, il est allé chercher des appuis outre-atlantique pour renforcer son offensive. Ainsi, s'est-il exprimé, le 11 avril 2003, devant un parterre de dirigeants conservateurs à l'Heritage Foundation, le think thank des reaganiens. Il y a présenté Jacques Chirac comme un mégalomane, qu'il a qualifié de « Napoléon Junior », et les dirigeants français comme d'incorrigibles orphelins du marxisme devenus les propagandistes dans le monde de l'anti-globalisation et de l'anti-américanisme. La prestation a été si appréciée que le service d'information du département d'État lui a consacré une dépêche : « Un politicien français regrette que les États-Unis aient essuyé des critiques ».

Nous reproduisons ci-dessous une notice biographique d'Alain Madelin (publiée il y a cinq ans par le Reseau Voltaire), ainsi qu'une notice relative à Pierre Lellouche.

Alain Madelin, de l'extrême droite française aux think thank états-uniens

Après une jeunesse mouvementée à l'extrême droite, Alain Madelin est recruté par l'Institut d'histoire sociale, une officine anticommuniste mise en place par les services états-uniens autour d'anciens dirigeants collaborationnistes. Il y participe à la diffusion en France des idées libérales de l'École de Chicago, puis essaie d'appliquer dans la vie politique française les méthode états-unienne, en s'entourant notamment d'un « think tank » de grands patrons. En 1996, il participe à la création de la New Atlantic Initiative, qui rassemble le gratin du Pentagone et du Département d'État. Il préside l'International Center for Research on Environnemental Issue.

Alain Madelin est né le 26 mars 1946 à Paris. Il est cousin du père Henri Madelin, ancien provincial des jésuites et actuel aumônier national du Mouvement des cadres et dirigeants chrétiens.

À dix-huit ans, en 1964, Alain Madelin fonde le mouvement Occident avec ses camarades Alain Robert, Gérard Longuet, François Duprat, Xavier Raufer et Nicolas Tandler.

Après l'échec de la candidature Tixier-Vignancourt et le départ de Pierre Sidos, fin 1966, Alain Madelin, qui a été remarqué par Georges Albertini, est engagé à l'Institut d'histoire sociale (IHS), une officine anticommuniste mise en place par les services américains autour d'anciens dirigeants collaborationnistes. Tout en y travaillant, il finit ses études de droit et devient avocat au barreau de Paris.

À l'IHS, Georges Albertini s'efforce de « blanchir » le jeune militant d'extrême droite, de lui donner une solide formation anticommuniste, et de lui ouvrir les portes des organisations politiques respectables. Bientôt, ce brillant élève devient l'un des six professeurs permanents de l'IST, l'appendice de l'IHS agréé organisme de formation continue par le ministère de l'Éducation nat ionale. Dans le cadre du 1 % patronal, Alain Madelin y forme les cadres de grandes entreprises à mener bataille contre les syndicats. Il dirige aussi l'un des nombreux bulletins édités en marge de l'IHS, Informations politiques et sociales.

Simultanément, il rejoint les Républicains indépendants (FNRI) et se présente aux élections législatives de 1973 dans les Hauts-de-Seine. En 1974, avec Hubert Bassot, il met en place le service d'ordre de la campagne présidentielle de Valéry Giscard d'Estaing, en recrutant leurs anciens camarades d'Occident, passés entre-temps à Ordre nouveau. Toujours pendant cette campagne, Alain Madelin et les permanents de l'IHS produisent un bulletin anti-Mitterrand, Spécial Banlieue, au titre d'une société, SA Média-Production, dont les principaux actionnaires sont Catherine Barnay et Patricia Sallustri, épouse d'Alain Madelin.

En 1977, il devient membre du secrétariat national des Républicains indépendants et chargé de mission au cabinet de Claude Coulais, secrétaire d'État à l'Industrie. En 1978, il est élu député (UDF-PR) d'Ille-et-Vilaine et devient délégué national du Parti républicain (ex-FNRI) chargé de la formation, fonction qu'il remplit dans le cadre de ses activités à l'IHS. Pendant la législature, il préside à l'Assemblée les groupes d'études sur l'informatique et sur les problèmes de la faim dans le monde. En 1981, il participe à l'équipe de campagne présidentielle de Valéry Giscard d'Estaing. Réélu député, il devient délégué national du PR, chargé de la communication.

Il semble qu'il cesse ses fonctions à l'IHS, mais pas ses contacts, lorsque celui-ci est réorganisé, en 1983, à la mort de Georges Albertini. Il se consacre alors essentiellement au PR, dont il devient délégué général, en 1985. En 1986, il est élu conseiller régional de Bretagne et nommé ministre de l'Industrie des P&T et du Tourisme dans le gouvernement Chirac. Il s'entoure alors d'un « think tank » de grands patrons, le Grenelle Consulting Group. Ce noyau donne naissance à l'Institut Euro 92 d'Henri Lepage, dont il est président. C'est à cette époque que, fidèle à ses contacts américains, il devient membre de la très fermée Société du Mont Pèlerin, le club international des économistes libertariens.

En 1988, il est réélu député d'Ille-et-Vilaine et devient secrétaire général du PR. En 1989, il dirige la campagne de la liste UDF aux élections au Parlement européen, dont la tête de liste est Valéry Giscard d'Estaing. Élu lui-même au Parlement européen, il abandonne ce mandat, préférant siéger à l'Assemblée nationale. Simultanément, il devient, en 1992 membre du bureau politique de l'UDF et vice-président du Conseil régional de Bretagne.

En 1993, il est nommé ministre des Entreprises et du Développement économique dans le gouvernement Balladur. C'est à cette époque qu'il crée le mouvement Idées-Action, s'assurant ainsi une autonomie au sein du PR dont il devient le premier vice-président.

En 1995, il s'engage dans la campagne présidentielle de Jacques Chirac pour qui il rédige un programme stigmatisant la fracture sociale et assurant qu'elle peut être résolue par une politique ultra-libérale. Après la victoire de Jacques Chirac, il est nommé ministre de l'Économie et des Finances du 1er gouvernement Juppé. Il en est débarqué, trois mois plus tard, après qu'Alain Juppé eut pris connaissance de la littérature interne de son cabinet. Celui-ci, composé de quarante-neuf membres (quatorze officiels et trente-cinq officieux), préparait en secret une série de décrets en vue de la « révolution libérale » qui devait intervenir dans une situation de crise majeure qu'Alain Madelin appelait de ses vœux.

En 1996, il se rapproche des lobbies religieux et introduit des références aux valeurs chrétiennes dans ses discours publics. À la même époque, il participe à la création de la New Atlantic Initiative, une émanation de l'American Entreprise Institute chargée de promouvoir l'extension de l'OTAN et l'établissement d'une zone de libre-échange américano-européenne.

En 1997, il participe à diverses tentatives de constitution d'un pôle « national, libéral et moral » avec le CNI d'Olivier d'Ormesson, le MPF de Philippe de Villiers, Demain la France de Charles Pasqua, et même le MDC de Jean-Pierre Chevènement. En définitive, aux élections législatives seuls le CNI et le MPF firent accord. Au lendemain de la consultation, Alain Madelin aida François Léotard à arracher la présidence de l'UDF à Valéry Giscard d'Estaing à la condition de lui laisser la présidence du PR qu'il rebaptisa en Démocratie libérale. Ce jeu de chaises musicales rencontra la vaine opposition de Gilles de Robien.

Par ailleurs, Alain Madelin est toujours avocat à la Cour de Paris, associé au cabinet Peisse-Dupichot-Zirah. Il s'y est spécialisé dans le droit de la concurrence, le droit de l'environnement et les arbitrages internationaux, notamment concernant les pays de l'Est. C'est dans ce cadre professionnel qu'il préside l'International Center for Research on Environnemental Issue.

 

Pierre Lellouche, l'OTAN à l'UMP

Spécialiste des questions de défense, Pierre Lellouche enseigne dans diverses écoles de guerre. En 1992, il devient membre de l'International Institute of Strategic Studies de Londres. En 1993, il est élu vice-président de l'OSCE. En 1994, il est coopté à la Commission trilatérale. Il est, depuis 2002, vice-président de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN. Administrateur de l'Atlantic Partnership, il y siège aux côtés d'Henry Kissinger, de Micheal Howard (qui a publié le célèbre rapport accusant l'Irak de détenir des armes de destruction massive) et d'Henry Hyde (le président de la Commission des relations internationales de la Chambre des représentants qui vient de faire augmenter les budgets officiels de propagande du département d'État).

Né le 3 mai 1951 à Tunis, Pierre Lellouche est diplômé de l'Institut d'Études Politiques de Paris et docteur en droit de l'université d'Harvard. De 1974 à 1978, il travaille aux côtés de Raymond Aron au Groupe d'études et de recherches des problèmes internationaux (GERPI). Ce dernier était un intellectuel anti-communiste dont les travaux étaient subventionnés par la CIA (Cf. The CIA and the World of Arts and Letters, The Cultural Cold War par Frances Stonor Saunders, The New Press, 1996). Aron travaillait en étroite collaboration avec Irving Kristol, père de Bill Kristol (actuel directeur de l'hebdomadaire néo-conservateur, The Weekly Standard, qui fit campagne pour la guerre contre l'Irak). Dans cette période, il milite en faveur du développement d'Israël et effectue divers stages en kibboutz.

En 1979, Pierre Lellouche est chercheur, puis directeur adjoint, de l'Institut français des relations internationales (IFRI) et rédacteur en chef de la revue de l'Institut, Politique étrangère. Il enseigne à l'ENA, à l'IHEDN et dans diverses écoles de guerre. Il collabore à de nombreuses publications, Newsweek, The International Herald Tribune, Le Figaro etc. En 1989, il devient conseiller diplomatique du maire de Paris, Jacques Chirac. En 1992, il entre au comité éditorial de Survival, la revue de l'International Institute of Strategic Studies de Londres. Élu député, en 1993, il devient le spécialiste des questions de défense au RPR. Représentant de l'Assemblée nationale à l'Assemblée parlementaire de l'OSCE, il est élu vice-président de cette organisation. En 1994, il est coopté à l a Commission trilatérale. Lorsque Jacques Chirac est élu président de la République, il devient l'un de ses conseillers diplomatiques.

Pierre Lellouche est aujourd'hui vice-président de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN. À ce titre, il siège au Comité exécutif de l'European Strategy Group on Common Defence and Common Defence Policy. Il a créé avec Olivier Dassault le Cercle international, une association de chefs d'entreprises et d'hommes politiques atlantistes. Il est éditorialiste de Valeurs actuelles, l'hebdomadaire d'Olivier Dassault dirigé par Michel Gurkinkel, un expert du cabinet états-unien Benador Associates et ami de Richard Perle.

Administrateur de l'Atlantic Partnership, il y siège aux côtés de Micheal Howard, président émérite de l'International Institute of Strategic Affairs de Londres - dont Lellouche est par ailleurs membre - et qui a publié, en 2002, le célèbre rapport accusant l'Irak de détenir des armes de destruction massive sur lequel le département d'État s'est appuyé pour justifier de la guerre. À l'Atlantic Partnership, il siège aussi aux côtés d'Henry Kissinger et d'Henry Hyde, le président de la Commission des relations internationales de la Chambre des représentants qui vient de faire augmenter les budgets officiels de propagande du département d'État.