WWIII : Le « plan MERKEL » Européen pour la Syrie et la menace d’une guerre mondiale.

Publié le par José Pedro

15 février 2016

La main russe sur le conflit syrien

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L'état des forces autour d'Alep, dans cette carte publiée par l'Institute of War

Mensonges, bluff, intox. La guerre est toujours sale et trompeuse. On parle de paix à Genève ? Aucun belligérant ne laisse passer le moindre convoi humanitaire. On parle de trêve à Munich ? Le bruit des armes redouble autour d’Alep. Exilés, déplacés, assiégés, torturés, les Syriens n’attendent qu’un signal : le silence des armes. Or, en Syrie, on en est loin.

Depuis vendredi, les Etats-Unis, la Russie et leurs alliés sont convenus d’une cessation des hostilités censée intervenir sous une semaine. On aimerait le croire. Comme toujours en pareil cas, l’hypothèse d’une trêve incite tous les belligérants à gagner le plus de positions possibles sur le terrain avant de s’asseoir à une table de négociation. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que cette annonce de vendredi ait été suivie, depuis, de nombreux bombardements.

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Lire : Logiques de guerre en Syrie

Lire : Le coup de l'inaction - Jean-Pierre Filiu

Lire également : Ce que veulent les Russes - Salam Kawakibi

Mensonges, bluff, intox. La guerre est toujours sale et trompeuse. On parle de paix à Genève ? Aucun belligérant ne laisse passer le moindre convoi humanitaire. On parle de trêve à Munich ? Le bruit des armes redouble autour d’Alep. Exilés, déplacés, assiégés, torturés, les Syriens n’attendent qu’un signal : le silence des armes. Or, en Syrie, on en est loin.

Depuis vendredi, les Etats-Unis, la Russie et leurs alliés sont convenus d’une cessation des hostilités censée intervenir sous une semaine. On aimerait le croire. Comme toujours en pareil cas, l’hypothèse d’une trêve incite tous les belligérants à gagner le plus de positions possibles sur le terrain avant de s’asseoir à une table de négociation. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que cette annonce de vendredi ait été suivie, depuis, de nombreux bombardements.

Les Russes et le régime d’Assad (avec ses soutiens libanais et iraniens) martèlent la région d’Alep pour en prendre le contrôle. La Turquie bombarde les positions kurdes au nord de la Syrie. L’Arabie Saoudite positionne ses avions chez son allié turc et n’exclut pas d’envoyer des troupes au sol. L’Iran menace d’intervenir directement si c’était le cas.

Il faut être bien optimiste pour n’y voir que des avertissements belliqueux avant la trêve. Le risque d’escalade du conflit n’a jamais été aussi proche. En ce mois de février 2016, la Syrie est de nouveau à un tournant, mais le rapport de force entre Russes et Américains n’est plus le même qu’au début de la guerre.

Guerre froide

Le premier tournant, ce fut le déclenchement même de la contestation au printemps 2011. A l’époque, sans doute éberlués par la dynamique du printemps arabe, les Américains (et les Français) prétendirent le départ de Bacha, sans s’en donner les moyens. Ce qui surprit les Russes, qui contestaient le principe même du changement de régime. Ils n’en renforcèrent que davantage leur soutien militaire à Assad.

A l’été 2013, deuxième moment-clef. En bombardant à l’arme chimique sa population, Assad franchissait une ligne rouge, mais Washington renonça à toute intervention. Ce qui offrit une occasion en or à Moscou d’avancer une rocambolesque médiation sur les armes chimiques syriennes. Pour mieux revenir à plein titre sur la scène diplomatique mondiale. Au moment où Daech montait en puissance.

Cette fois, le chaos est à ciel ouvert. Le sol syrien gorgé de sang et truffé de groupes armés. Le conflit régionalisé, puisque tout le monde intervient en Syrie. L’Iran, le Hezbollah libanais, la Turquie, l’Arabie Saoudite. Avec en toile de fond, Moscou et Washington qui se parlent mais ne partagent qu’un seul objectif commun : ne pas répéter les erreurs afghane et irakienne. Ne pas s’embourber.

Cela ne suffit pas à tisser un accord. La certitude que l’Occident n’interviendra pas a donné à la Russie l’occasion de prendre la main sur le conflit syrien, et de se sentir autorisée à parler ouvertement de nouvelle guerre froide. Son intervention depuis septembre a bouleversé les rapports de force et redonné de l’oxygène à Assad. Poutine fait-il le sale boulot que les Occidentaux n’ont pas fait contre les groupes islamistes liés à Al-Qaïda et Daech ? En partie, oui. Mais en bombardant massivement Alep, il cible surtout les opposants fréquentables, et tout espoir de l’opposition de peser réellement dans les négociations. Sans parler des civils.

Le tsar contre le sultan : le choc Russie-Turquie en Syrie est-il en train de nous faire plonger vers la 3ème Guerre mondiale

 

Ce vendredi, le Premier ministre russe, Dimitri Medvedev, a considéré que l’envoi « des troupes au sol en Syrie pourrait entraîner une autre guerre mondiale » dans une interview au journal allemand Handelsblatt. Poutine mais aussi Erdogan pourrait, de par leur très forte personnalité, pourraient en être à l’origine. Même si d’autres acteurs sont plus à craindre dans un risque d’escalade.

Atlantico : En quoi les volontés et actions hégémoniques de Poutine et d’Erdogan sont-ils une menace pour l' »ordre » du monde ?

Roland Lombardi : Même si la plupart des médias occidentaux et certains idéologues « droit-de-l’hommistes », totalement déconnectés des réalités, accusent régulièrement la Russie de Vladimir Poutine d’être un danger pour la sécurité mondiale, je crois qu’il faut ici rétablir certaines vérités. Dans la crise syrienne justement, le jeu de Moscou est tout aussi limpide que cohérent. Rappelons encore, pour la énième fois, que l’intervention russe en Syrie répond à trois objectifs : d’abord redevenir une puissance régionale voire même mondiale tout en se rendant incontournable aux règlements des conflits (et tout en démontrant au passage les incohérences occidentales au Moyen-Orient), soutien au régime d’Assad afin que ce dernier finisse par devenir de fait le seul rempart face à Al-Qaïda et Daech et enfin, lutte acharnée et partout contre l’islamisme politique et radical qui menace aussi le territoire russe (20 millions de musulmans en Russie).

En quoi ces objectifs sont un danger pour l’Occident ? Au contraire, il faut être vraiment idiot ou aveugle pour ne pas réaliser que lorsque la Russie défend ses intérêts au Moyen-Orient, elle défend aussi ceux de l’Europe et particulièrement ceux de la France.

Est-il besoin de souligner que les terroristes qui ont frappé la France en 2015 n’obéissaient pas aux ordres de Moscou ? Faut-il aussi rappeler que ce n’est pas la Russie qui finance ou soutient certains imams salafistes ou issus des Frères musulmans (deux mouvements d’ailleurs interdits en Russie) qui prêchent la violence et la haine de notre nation dans certaines mosquées françaises ? Du point de vue français, notre diplomatie, notamment avec les dernières déclarations de Fabius avant son départ, oublie trop vite que les premiers à avoir soutenu notre intervention au Mali en 2013 furent les Russes ! Plus récemment, qui nous a proposé leur collaboration lorsque nous avons envoyé notre flotte et nos avions en Méditerranée orientale en représailles aux attentats de novembre dernier ? Encore les Russes ! La Russie est une puissance européenne, elle ne menace en rien nos intérêts. Les Russes sont nos alliés et d’ailleurs, ils ne demandent que ça. Nous sommes confrontés aux mêmes dangers et nous avons les mêmes défis à surmonter. Ensemble, nous pourrions faire de grandes choses.

Enfin, ne nous trompons pas. Actuellement, les seules menaces pour l’ordre du monde sont nos « alliés » turcs et saoudiens. Ceux-là même dont le double jeu, avec certains groupes terroristes et djihadistes, apparaît aujourd’hui au grand jour. Ceux-là même encore qui voulaient installer les salafistes ou les Frères musulmans à Damas et dans toutes les capitales arabes touchées par les fameux printemps arabes…

Cyrille Bret : Je ne crois pas qu’on puisse parler de volonté hégémonique, ni pour l’un ni pour l’autre. En dépit de la posture stratégique qu’elle prend, la Fédération de Russie actuelle est plutôt sur une position défensive. Elle essaie de défendre ce qu’il reste de son pré carré, notamment en Syrie avec les bases de Tartous, l’alliance avec le régime d’el-Assad et la résurrection de l’axe chiite, qui englobe des marchés d’armements classiques depuis 1970 (Syrie) et 1979 (Iran). Plutôt qu’une volonté hégémonique commune, je parlerais de crispation commune actuelle des deux grands leaders sur ce qu’il reste du rayonnement politique des deux grandes puissances non-arabes du Moyen-Orient. Donc s’il y a effectivement une ressemblance à mon sens, c’est sur l’aspect de défense crispée.

Pour ce qui est des menaces ou des risques que cela fait peser sur le monde, je dirais que ces risques sont assez symétriques.

En ce qui concerne la Turquie, le risque est de s’ingérer dans la confessionnalisation des rapports et des relations internationales au Moyen-Orient, puisque l’AKP développe depuis son arrivée au pouvoir un réseau sunnite très puissant (on l’a vu en Syrie).

Du côté de la Russie, le risque des interventions en Syrie réside plutôt dans le fait de rendre impossible un règlement politique, en bombardant de façon indiscriminée les forces d’opposition djihadistes et celles qui ne le sont pas.

On prête à Poutine une volonté de retrouver les frontières de l’URSS…

Cyrille Bret : C’est un motif de rhétorique et d’idéologie qui a été très fortement pointé, notamment par les discours de Vladimir Poutine lui-même, par le livre de Michel Eltchaninoff, etc. Mais c’est un discours idéologique qui est en décalage avec la réalité. La réalité, c’est que la Russie n’est pas en position de retrouver une destinée impériale à court terme. Son économie est très lourdement handicapée par plusieurs facteurs externes et internes.

Erdogan et Poutine sont-ils les sultan et tsar d’aujourd’hui ? Qu’est-ce qui fait dire qu’il s’agit de deux chef d’Etat à l’ego surdimensionné (et donc dangereux ?) ?

Roland Lombardi : Comme l’a très bien démontré l’historien Jean-Baptiste Duroselle, il est vrai que les profils psychologiques des chefs d’Etat ont toute leur importance dans les relations internationales. D’ailleurs, les hommes politiques ou les hommes d’Etat qui n’ont pas un ego surdimensionné sont assez rares…

Concernant Poutine et Erdogan, il est vrai que ce sont deux personnalités charismatiques et fortes. De véritables hommes à poigne et sûrs d’eux-mêmes. Pour autant, ils sont tous deux de grands réalistes et des pragmatiques. Le problème est que si le président russe peut être considéré comme un nouveau tsar grâce à ses succès diplomatiques et surtout au retour de son pays sur le devant de la scène internationale, il n’en est pas de même pour Erdogan. Si ce dernier se rêvait en nouveau sultan, eh bien c’est raté ! En effet, tous les projets hégémoniques ou du moins d’influence du président turc dans la région sont en train de tomber à l’eau. Isolé, il n’est plus soutenu que par l’Arabie saoudite dans sa politique régionale notamment en Syrie. D’où alors une certaine frustration et donc peut-être, il est vrai, un potentiel danger dans ses prises de décision…

Cyrille Bret : Il y a une simplification qui est faite ici, notamment depuis un an et demi parThe Economist qui fait des Unes avec le sultan et le tsar pour ces deux personnages. Encore une fois, les positions sont très différentes pour les raisons que je vous ai indiquées.

Pour ce qui est de la personnalité et de l’ego surdimensionné, c’est tout à fait avéré pour Erdogan depuis une quinzaine d’années, exactement dans le même tempo que pour Vladimir Poutine. Ce sont deux hommes qui s’identifient à un État et qui coïncident, pour une grande partie de l’opinion publique, avec un retour à une politique de puissance de leur pays. L’extrême personnalisation de leur projet politique fait qu’effectivement, ils reprennent (surtout chez Erdogan) beaucoup des oripeaux, des apparences et des caractères de la destinée impériale.

C’est à la fois une force, car ils galvanisent autour de leur personnalité et suscitent beaucoup d’enthousiasme, mais c’est aussi une faiblesse. Par exemple, lors de l’incident qui a eu lieu dans l’espace aérien turc il y a un peu plus d’un mois, c’est ce qui a rendu leur dialogue impossible. C’est donc une force et une faiblesse pour un pays d’avoir des leaders qui aspirent à une telle personnalisation du pouvoir et de la stratégie internationale.

En quoi la Turquie se sert-elle des migrants pour mettre l’Europe et le monde sous pression, et donc reprendre à son avantage le rapport de force ?

Roland Lombardi : Pour faire simple, la Turquie, qui accueille actuellement deux millions de réfugiés, principalement des Syriens, menace l’Europe de ne plus les retenir si elle n’obtient pas de Bruxelles une aide financière (une promesse de trois milliards d’euros a déjà été signée) mais aussi et surtout un soutien diplomatique dans l’affaire syrienne.

L’internationalisation du conflit ne rappelle-t-il pas la guerre civile espagnole des années 1930 ? Et par son instabilité, la Syrie na rappelle-t-elle pas la poudrière des Balkans du début du XXème siècle ?

Cyrille Bret : Le livre de Christopher Clark, Les somnambules, a mis sur le devant de la scène les caractéristiques des projets hégémoniques concurrents dans les Balkans, qui ont précédé le déclenchement de la Première Guerre Mondiale. L’analyse a d’ailleurs considérablement renouvelé la façon dont on envisageait le conflit. C’est l’irresponsabilité du projet impérial russe qui serait, selon Clark, à l’origine du premier conflit mondial.

Ici, la donne est assez différente, puisque les deux protagonistes dont vous parlez, mais aussi l’Arabie Saoudite et l’Iran, ne sont pas engagés dans une dynamique d’opposition idéologique entre deux grands types de pouvoirs : la démocratie républicaine anticléricale espagnole d’un côté, les puissances totalitaires expansionnistes de l’autre. Donc je ne pense pas du tout que la comparaison avec les Balkans et la guerre civile espagnole rende bien compte de la caractéristique du conflit en Syrie.

Je pense qu’il faut plutôt analyser le conflit syrien comme un problème causé par un État failli, un État qui n’existe plus. C’est ce qui donne libre cours à des stratégies de défense et de promotion d’intérêts sectoriels, d’intérêts limités géographiquement et économiquement autour du pouvoir d’el-Assad. C’est pour cela qu’on évoque la perspective à brève échéance d’une partition de la Syrie, alors que cela n’a été la solution ni en Espagne ni dans les Balkans.

En quoi peut-on parler d’une militarisation à marche forcée de la Russie ? Peut-on dire que la Russie et la Turquie sont en pôle position pour provoquer une 3ème Guerre mondiale ?

Cyrille Bret : En 2008, Vladimir Poutine a fait un discours à la Douma sur la nécessité de voter l’augmentation des crédits militaires. Depuis 2009, il est engagé dans une dynamique qui a porté l’effort de défense (rapport entre le budget de la Défense et le PIB russe) quasiment en pole position puisque c’est plus de 4% du PIB qui est consacré à la Défense. Il a porté les effectifs en uniforme vers le chiffre de 800 000 – 850 000. Il y a donc un nouvel effort de modernisation des forces armées russes, qui n’est en soi qu’un rattrapage après la déliquescence de cette armée suite à la chute de l’URSS.

Pour ce qui est du conflit mondial, j’en reviens là encore à la comparaison avec Clark. Il me semble que les données d’un conflit mondial résident dans le choc de deux ou trois expansionnismes impériaux dans une région stratégique. Ce n’est pas comparable avec ce qu’il se passe aujourd’hui en Syrie. Les deux puissances en « pole position » sont plutôt l’Arabie Saoudite et l’Iran. Ces deux puissances donnent le la et ont un agenda régional précis et déterminé.

Encore une fois, la Russie et la Turquie défendent des intérêts sectoriels et limités géographiquement et politiquement. Du côté de la Russie, c’est très simple : le maintien d’un client, le clan el-Assad qui a pour fief la région de Lattaquié (nord-est). Pour la Turquie, nous avons affaire à une stratégie de puissance visant à contrer le retour de l’axe chiite. Ce ne sont donc pas ces puissances qui mènent la danse, même si ce sont peut-être les plus visibles ! En effet, ces deux pays ont les leaders les plus vocaux et les plus facilement identifiables. En effet, on imagine mal Hassan Rohani et même Mohamed ben Salmane, le sulfureux prince héritier saoudien (deuxième dans l’ordre de succession), dans la peau de chefs de guerre menant une offensive à la fois médiatique et politique.

Roland Lombardi : Il est stupide de croire que la Russie souhaite déclancher une 3e Guerre mondiale. Depuis des décennies, si Poutine s’est révélé être très ambitieux pour sa nation, il a aussi démontré qu’il était un excellent tacticien et un fin stratège, profitant souvent des hésitations ou de la faiblesse de ses adversaires. Un véritable homme d’Etat, calme, imperturbable et gardant son sang-froid en toute circonstance notamment durant les nombreuses crises que son pays a traversées. En Syrie, que cela nous plaise ou non, la solution proposée par la Russie est la plus sérieuse et la plus raisonnable et ce, pour l’intérêt de tous.

Appuyé militairement par l’Iran, mais aussi diplomatiquement par la Chine, le président russe a même obtenu le soutien de l’Egypte, de la Jordanie, des Emirats arabes unis et même d’Israël. Même les Kurdes se tournent de plus en plus vers Moscou. Quant à la position américaine, malgré certaines déclarations de façade, elle a aussi évolué…

Certes, Washington a longtemps cherché à renverser Assad. Ainsi, les Américains apportaient leur soutien aux rebelles ou augmentaient graduellement leurs pressions lors des négociations à l’Onu. Mais ce projet est actuellement grandement remis en question : l’offensive spectaculaire effectuée la semaine dernière sur Alep (mais aussi dans tout le pays) par les troupes légalistes syriennes, le Hezbollah et les forces spéciales iraniennes, avec l’appui de l’aviation russe, a forcé les Etats-Unis à revoir leur perception à l’égard de la crise syrienne (cette inflexion est d’ailleurs notable notamment dans l’opinion publique américaine mais aussi et surtout chez les stratèges et les généraux du Pentagone).

De plus, à moins d’un an de la fin de son mandat, je vois mal le président Obama déclencher un conflit ouvert avec la Russie pour les beaux yeux des Saoudiens ou des Turcs.

 

Le dirigeant syrien a été interviewé par l’Agence France Presse pour la seconde fois en deux ans. Il continue de nier les crimes de guerre dont il est accusé.

Villes assiégées, politique d' »extermination » de détenus dans les prisons syriennes et près d’un demi-million de morts: rien ne trouble le dirigeant syrien. Encore moins depuis que Russes et Iraniens lui sont venus massivement en aide. Interviewé par l’AFP pour la seconde fois en deux ans, Bachar al-Assad prétend, avec un aplomb toujours renouvelé, vouloir mener des négociations avec l’opposition.

 

« Depuis le début de la crise, nous croyons totalement aux négociations et à l’action politique. Cependant, négocier ne signifie pas qu’on arrête de combattre le terrorisme. Les deux volets sont indispensables en Syrie (…). Le premier volet est indépendant du second », assure-t-il. 

 

Bachar Al-Assad 003

« Reconquérir la Syrie »

Le dirigeant, qui avouait l’été dernier que l’armée syrienne était confrontée à « un manque de ressources humaines », se dit désormais déterminé à reconquérir le pays. Depuis lors, le régime a reçu le soutien de l’intervention russo-iranienne et bénéficié de l’arrivée en nombre de combattants du Hezbollah libanais et des centaines de combattants irakiens et afghans, recrutés et dirigés par des militaires iraniens.

« Il n’est pas logique de dire qu’il y a une partie de notre territoire à laquelle nous renoncerons », a-t-il ajouté. « Que nous soyons capables de le faire ou non, c’est un but que nous chercherons à atteindre sans hésitation », a-t-il répondu lorsqu’on lui a demandé s’il s’estimait capable de reprendre le contrôle de tout le pays. 

La « bataille principale » d’Alep dans le nord de la Syrie a pour but de « couper la route » entre cette province et la Turquie, et non pas de prendre la deuxième ville du pays, ajoute le dirigeant syrien. L’importance de couper cette route tient au fait qu’elle constitue « la voie principale de ravitaillement des terroristes ».

« L’Europe doit créer les conditions pour le retour des réfugiés »

Concernant les milliers de réfugiés syriens qui préfèrent affronter le risque de la noyade plutôt que de retourner en Syrie, Assad estime que l’Europe devait créer les conditions pour aider à leur retour: « Je vais appeler les gouvernements européens qui ont contribué directement à l’exode (des réfugiés syriens) en fournissant une couverture aux terroristes et en imposant un embargo à la Syrie à aider au retour des Syriens chez eux. »

Le dictateur rejette par ailleurs les accusations de l’ONU sur les crimes de guerre qui lui sont reprochés: « Les institutions onusiennes (…) sont essentiellement dominées par les puissances occidentales et la plupart de leurs rapports sont politisés » et « n’avancent pas de preuves », a-t-il ajouté. « C’est pourquoi je ne crains ni ces menaces ni ces allégations », a-t-il répondu lorsque les journalistes ont évoqué la possibilité qu’il ait à rendre des comptes un jour devant un tribunal international.

« Possibilité d’une intervention militaire turque et saoudienne »

Interrogé sur le rôle de la France, il a estimé que Paris doit « changer de politique » en Syrie afin de « combattre le terrorisme ». Assad a par ailleurs dit craindre une intervention militaire turque et saoudienne en Syrie, mais que ses forces allaient « y faire face ».

« C’est une possibilité que je ne peux pas exclure pour la simple raison que (le président turc Recep Tayyip) Erdogan est quelqu’un d’intolérant, de radical, un pro-Frères musulmans et qui vit le rêve ottoman (…). Il en est de même pour l’Arabie saoudite. De toute manière une telle action ne sera pas facile pour eux et nous allons très certainement y faire face », a-t-il poursuivi.

Sources:AFP

 

Merkel Advocates Introduction of No-Fly Zone in Syria

© REUTERS/ Khalil Ashawi
POLITICS
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German Chancellor Angela Merkel expressed Monday her support for the no-fly zone over Syria.

BERLIN (Sputnik) — Turkey has actively advocated for establishing a no-fly zonein northern Syria to US and NATO opposition.

"In the current situation, introduction of an area where no side could carry out airstrikes, a kind of no-fly zone, could be helpful. We cannot negotiate with terrorists. But if it were possible to achieve such an agreement between the anti-Assad coalition and those supporting Assad, it would really help," she said in an interview with the local Stuttgarter Zeutung newspaper.

In November, US President Barack Obama said imposing a no-fly zone in Syria to improve the humanitarian situation in the region was counterproductive.

 

Since 2011, Syria has been mired in a civil war with forces loyal to Syrian President Bashar Assad fighting a number of opposition factions and extremist groups, including Daesh and al-Nusra Front.

 

Russia has been conducting precision airstrikes against terrorists in Syriaat the request of Assad since September 30, 2015. A US-led international coalition has been bombing Daesh targets since 2014, without Damascus' approval.

 
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Tags:
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Read more: http://sputniknews.com/politics/20160215/1034806109/chancellor-no-fly-merkel.html#ixzz40Gf8za5k

"Maintenant, en ligne avec l'accord des ministres de la Défense de l'OTAN et à la demande de l'Allemagne, de la Grèce et de la Turquie, une activité par des éléments de la marine sera menée sous le commandement de l'Allemagne dans la mer Egée. De même, les avions de l'OTAN effectueront une opération de reconnaissance, de contrôle et d'observation des zones frontalières proches de la Syrie" a déclaré le
porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères Tanju Bilgic cité par le journal Hurriyet, rapporte Sputnik international.



Cette déclaration confirme donc que Merkel a autorisé Ankara à employer ses avions sous le couvert de l'Otan pour bombarder la zone kurde de Syrie et c'est finalement la Turquie, et non les Américains, qui pourraient avoir bombardé l'hôpital MSF en Syrie pour appuyer sa demande de création d'une "no fly zone" dans la zone kurde syrienne.

Erdogan a réussi à obtenir de Merkel deux choses:
 

  • la liberté pour sa chasse de survoler la Grèce pour sécuriser le trafic de migrants de ses passeurs contre la marine grecque et Frontex.
  • la liberté pour sa chasse de survoler la zone nord de Syrie via la création d'une "no fly zone" pour mieux bombarder les Kurdes à l'abri de la chasse russe.

 La création de cette "no fly zone" pourrait se décider lors du prochain Conseil européen du 18-19 Février car on voit mal qui, parmi les Etats membre de l'Union, pourrait actuellement s'opposer à Merkel autrement qu'en gesticulations et autres déclamations médiatiques pour la galerie, tant la chancelière semble avancer comme un tank ne s'occupant plus ni des uns ni des autres mais seulement de ses propres intérêts, profitant de ce que Washington est paralysée jusqu'à l'année prochaine pour cause d'élection.  

Allant jusqu'au bout de la logique de ses intérêts, Merkel pourrait avoir décidé de tirer un trait sur l'UE pour construire à la place un axe Berlin-Ankara suite à la rupture consommée des relations entre Ankara et Moscou d'une part, au risque élevé de Brexit d'autre part. http://sptnkne.ws/aDnG

 

Grèce: sacrifiée par Merkel, Erdogan la considère déjà comme sienne

 
I150216

00:10 - 
"Plus de 20 violations de l'espace aérien grec ont été réalisés par six avions de guerre au-dessus des îles de l'est et du centre de la mer Egée. Deux des avions turcs étaient armés et ont été pris en chasse à deux reprises par des avions de combat grecs.rapporte l'AFP citant l'agence publique grecque ANA.

Ces violations répétées de la chasse turque sur le territoire grec ne provoque aucune réaction européenne, comme si la Grèce était déjà sacrifiée, c'est à dire livrée - au moins en partie - à la Turquie, selon un accord conclu entre Merkel et Erdogan.

La Grèce est en train de devenir un immense camp de concentration de réfugiés puisqu'Erdogan, s'aidant des navires de l'Otan, va pouvoir y débarquer autant de réfugiés qu'il le souhaite (cela dépendra aussi du chèque de Merkel) et que, par ailleurs, ces réfugiés ne pourront pas atteindre l'Europe puisque la frontière avec la Macédoine est en cours de bétonnage, coupant ainsi la route des Balkans. 

Passer par la côte Adriatique est quasiment impossible étant donné le relief extrêmement montagneux. Il reste une possibilité par l'Italie, via la région des Pouilles, au sujet de laquelle Renzi s'est déjà alarmé sans pour autant obtenir une quelconque assurance de qui que ce soit. 
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Des avions de combat turcs violent l'espace aérien grec

Le Figaro avec AFP, le 15 Février 2016

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 15 Février 2016

 
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Des avions de combat turcs sont entrés à plusieurs reprises dans l'espace aérien grec, a annoncé l'agence publique grecque ANA, avant une opération de l'Otan contre les passeurs de migrants en mer Egée.
  20 violations de l'espace aérien grec ont été réalisés par six avions de guerre
Selon l'agence, plus de 20 violations de l'espace aérien grec ont été réalisés par six avions de guerre au-dessus des îles de l'est et du centre de la mer Egée. Deux des avions turcs étaient armés et ont été pris en chasse à deux reprises par des avions de combat grecs.
 un groupe naval de l'Otan est sur le point de lancer des patrouilles
Ces incidents interviennent au moment où un groupe naval de l'Otan est sur le point de lancer des patrouilles dans les eaux séparant la Turquie de la Grèce afin de dissuader les passeurs de faire traverser des milliers de migrants fuyant les conflits principalement en Syrie et en Irak pour rejoindre l'Europe, parfois au péril de leur vie.
 Ankara n'utilise la crise des migrants pour renforcer sa présence en mer Egée
La Grèce craint qu'Ankara n'utilise la crise des migrants pour renforcer sa présence en mer Egée où les deux pays membres de l'Alliance se disputent la souveraineté de certaines îles.

En 1996, un incident sur l'îlot de Kardak (Imia en grec), proche des côtes occidentales turques, disputé depuis plusieurs années par Ankara et Athènes, avait failli dégénérer en conflit armé. 
La Grèce réclame qu'Ankara applique un accord bilatéral de retour des migrants arrivants sur le sol grec
La Grèce s'est dite disposée à travailler avec la Turquie contre les réseaux de passeurs, mais réclame qu'Ankara applique un accord bilatéral de retour des migrants arrivants sur le sol grec. Des milliers de migrants continuent de traverser quotidiennement la mer Egée en provenance de Turquie, certains y perdant la vie.
 

Syrie: pourquoi les Américains ont-ils bombardé (par erreur?) l'hôpital MSF à Marat Al-Nouman?

 
G150216

22:15 - 
"Un hôpital soutenu par Médecins sans frontières bombardé en Syrie, à qui la faute? La plupart des médias s'acharnent à blâmer la Russie, mais de quelles preuves disposent-ils?" s'interroge Sputnik.


En ce qui concerne le journal Le Monde, dans un article écrit pas l'un de ses correspondants et qui n'est donc pas la reprise "obligée" d'une dépêche d'agence mais bien une décision éditoriale du journal, voici la preuve avancée
".../...Ce sont des zones contrôlées par l’opposition. Ce serait illogique qu’ils bombardent un hôpital qui est censé soigner leur population (...) Ils mènent la même politique de destruction qu’à Grozny, en Tchétchénie : une politique de bombardements massifs sans discrimination. C’est une politique de terre brûlée.../...", écrit Le Monde citant le docteur Mego Terzian, président de MSF France
Est-ce une preuve? Non, c'est un raisonnement digne du café du commerce en fin de journée. MSF cite les bombardements à Grozny, où il n'était pas mais s'abstient de citer un autre bombardement, fin 2015, en Afghanistan, où un autre hôpital soutenu par MSF a été bombardé exactement de la même façon:"deux séries de deux attaques, menées à quelques minutes d'intervalles l'une de l'autre", un bombardement dont les Américains ont reconnu, finalement, être responsables.

Pour expliquer cette propagande occidentale anti-russe, il faut prendre en compte le contexte général et actuel de la situation, c'est à dire les démarches de Merkel pour élargir le mandat de l'Otan sur le nord de la Syrie afin d'y créer, à la demande d'Ankara, une "no fly zone" sur la partie occupée par les Kurdes qu'Erdogan ne peut pas bombarder comme il le souhaiterait à cause de la présence de l'aviation russe. 
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MSF: qui a donc bombardé l'hôpital en Syrie?

Sputnik, le 15 Février 2016

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 15 Février 2016

 
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Un hôpital soutenu par Médecins sans frontières bombardé en Syrie, à qui la faute? La plupart des médias s'acharnent à blâmer la Russie, mais de quelles preuves disposent-ils?
La certitude, c'est qu'il y avait des témoins et qu'ils ont vu des avions
La certitude, c'est qu'il y avait des témoins et qu'ils ont vu des avions, confie Françoise Bouchet-Saulnier, directrice juridique de MSF, dans un entretien accordé à Sputnik.
On travaille sur une présomption d'attaque aérienne
"On travaille sur une présomption d'attaque aérienne, et pour renverser cette présomption, il faut que ceux qui étaient en l'air, c'est-à-dire l'armée syrienne et l'armée russe, soient elles-mêmes volontaires pour dire concrètement quels étaient leurs avions et qu'est-ce qu'ils ont fait", explique Mme Bouchet-Saulnier.
c'est bien une frappe ciblée
"Quatre frappes successives sur une structure, ce n'est pas une erreur ou un dommage collatéral, c'est bien une frappe ciblée", poursuit-elle.
cette frappe ressemble bien à un crime de guerre
Dans l'attaque d'aujourd'hui, il ne s'agit pas d'une petite clinique, mais d'un vrai hôpital censé assurer les soins à la population lors des combats. Vu qu'il était connu et portait même le drapeau MSF, cette frappe ressemble bien à un crime de guerre, rajoute la directrice juridique de MSF.
L'ambassadeur de Syrie à Moscou  accuse fermement l'aviation américaine 
L'ambassadeur de Syrie à Moscou Riad Haddad est plus catégorique en ce sens, accusant fermement l'aviation américained'avoir détruit l'hôpital dans la province syrienne d'Idlib. 
"C'étaient les forces aériennes américaines qui ont détruit l'hôpital. L'aviation russe n'a rien à voir avec cela, ce qui est confirmé par des renseignements reçus", a déclaré M. Haddad.
quatre missiles au cours de deux séries d'attaques. Aucune mention de la Russie
Plus tôt dans la journée, l'organisation internationale Médecins sans frontières avait annoncé qu'un hôpital soutenu par l'organisation avait été détruit suite à des bombardements dans le nord de la Syrie. L'hôpital a été touché par quatre missiles au cours de deux séries d'attaques faisant au moins sept morts, huit autres personnes sont portées disparues, lit-on dans un communiqué de MSFAucune mention de la Russie.
Davoutoglu a affirmé sans hésiter qu'un missile russe avait frappé l'hôpital 
Mais les réactions ne se sont pas fait attendre. Le premier ministre turc Ahmet Davoutoglu a affirmé sans hésiter qu'un missile russe avait frappé l'hôpital en lui infligeant d'énormes dégâts.
Reuters: la Russie ou le gouvernement syrien coupable
Reuters a publié l'article intitulé "MSF annonce sept morts dans une frappe aérienne contre un hôpital en Syrie, la Russie ou le gouvernement syrien coupable". Et plusieurs médias y ont fait aussitôt écho, sans consulter le communiqué de MSF bien sûr. 

Depuis le début de la campagne russe en Syrie, la Russie subit toutes sortes de foudres de la part de l'Occident, ces déclarations n'étant que l'un des outils de la guerre médiatique menée dès le premier jour du conflit syrien, précise l'ambassadeur.

Alors qu'en Novembre, le président américain Barack Obama a déclaré que "l'imposition d'une zone d'exclusion aérienne en Syrie pour améliorer la situation humanitaire dans la région serait contre-productif", Merkel vient de déclarer dans une interview avec le journal allemand Stuttgarter Zeitung local que "dans la situation actuelle, l'introduction d'une zone où aucune partie ne pourrait effectuer des frappes aériennes, une sorte de zone d'exclusion aérienne, pourrait être utile. Nous ne pouvons pas négocier avec les terroristes mais s'il était possible de parvenir à un tel accord entre la coalition anti-Assad et ceux qui soutiennent Assad, ce serait vraiment une aide" rapporte Sputnik international.

Cette déclaration intervient dans la foulée du bombardement de plusieurs hôpitaux soutenus par MSF en Syrie "probablement/vraisemblablement" par l'aviation russe, selon l'AFP, mais en fait des bombardements assurément américains, voir turques, qui servent donc de prétexte à Merkel pour obtenir une "zone d'exclusion aérienne" de fait anti-russe afin de protéger les terroristes de l'EI alliés d'Erdogan dans sa lutte anti-Kurde qui combattent, pourtant les terroristes de l'EI avec le soutien des Américains qui se trouvent donc en contradiction avec les intérêts Turques...

Ainsi donc, après avoir obtenu, sans l'avis de ses partenaires européens, que la Turquie agisse au nom de l'Otan pour protéger ses frontières maritimes et terrestres, ce qu'elle fait en bombardant les Kurdes en Syrie, Merkel veut élargir encore davantage le mandat de l'Otan directement en Syrie au nom d'intérêts soit-disant humanitaires de protection des populations civiles "vraisemblablement/probablement" bombardées par l'aviation russe.

Notons qu'à l'autre bout de la Syrie, une coalition saoudienne constituée d'une vingtaine de pays arabes et divers, amasse des troupes à la frontière syrienne pour une éventuelle intervention au sol qui, selon Medvedev, créerait une situation de "guerre permanente" que d'aucuns - le Financial Times - ont cru subtile de traduire par "guerre mondiale" qui serait donc, dans l'esprit du journal, déclenchée par les Russes.

Tout cela reste encore dans le domaine de la guerre de communication entre les parties mais à force de crier au loup...

 


Syrie : les bombardements de trois hôpitaux et d'une école font plusieurs morts

Source : World Socialist Web Site, Bill Van Auken, 13-02-2016

Des négociations sur le conflit armé sanglant de Syrie ont eu lieu jeudi à Munich sur fond d’une offensive gouvernementale syrienne soutenue par des frappes aériennes russes et destinée à briser l’emprise des «rebelles», soutenus par l’Occident, sur la partie orientale largement en ruines d’Alep.

Les pourparlers se sont tenus sous les auspices des 17 membres du Groupe international de soutien à la Syrie qui comprend les États-Unis et leurs alliés régionaux – Arabie Saoudite, Turquie et Qatar – dans la guerre de changement de régime en Syrie, la Russie et l’Iran étant alliés au gouvernement du président Bachar al-Assad, qu’ils aident activement.

Washington a exigé un cessez-le-feu immédiat et un arrêt des frappes aériennes russes en Syrie. Les Etats-Unis, les monarchies réactionnaires arabes et le régime turc craignent que sans arrêt des combats, les milices islamistes qu’ils soutiennent, financent et arment depuis près de cinq ans, ne puissent éviter une défaite irréparable.

La Russie aurait pour sa part proposé un cessez-le-feu qui commencerait le 1er mars, donnant ainsi suffisamment de temps au gouvernement syrien pour rétablir son contrôle sur Alep.

Vendredi dernier, le secrétaire d’Etat américain John Kerry et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov ont annoncé qu’ils étaient parvenus à une entente de principe pour un cessez-le-feu « dans une semaine » et une accélération de l’aide humanitaire. Kerry a reconnu que même si l’accord faisait bien « sur le papier » il devait encore faire ses preuves. Tous les conflits sous-jacents restent sans solution et les opérations militaires américaines, et russes, vont se poursuivre au nom de la lutte contre l’État islamique (EI).

A la veille des pourparlers de Munich, Kerry a fait, dans une interview avec le chroniqueur du Washington Post David Ignatius, une menace sans équivoque relative à la stratégie de négociation des États-Unis à Munich: « Ce que nous faisons est tester le sérieux [russe et iranien], » a-t-il dit. « Et s’ils ne sont pas sérieux, alors il faudra considérer un plan B … On ne peut pas en rester là ».

Un « Plan B » consisterait en une brusque escalade de l’intervention militaire américaine en Syrie, réalisée sous couvert de lutte contre EI, mais axée sur un renversement du gouvernement Assad.

L’Arabie Saoudite et le Qatar auraient également discuté d’un «plan B» ces derniers jours, où ils participeraient à une intervention militaire directe pour sauver les « rebelles » qu’ils soutiennent. L’agence de presse saoudienne Al-Arabiya a cité des responsables de Riyad confirmant la décision de la monarchie des Saoud d’envoyer des troupes en Syrie pour une invasion hostile et provocatrice.

Réagissant aux implications sinistres d’une telle escalade, le premier ministre russe Dmitri Medvedev a dit au quotidien allemand Handelsblatt jeudi: «Les Américains et nos partenaires arabes doivent y réfléchir sérieusement – veulent-ils une guerre permanente? Toutes les parties doivent être forcées à la table de négociation au lieu de déclencher une nouvelle guerre mondiale ».

Les mots choisis par Medvedev n’étaient pas une simple hyperbole. Une intervention militaire pour sauver les «rebelles», qui revient à une guerre pour sauver la filiale syrienne d’Al-Qaïda, le Front al Nosra, principale force au sol dans la province d’Alep, pourrait rapidement mener les États-Unis et leurs alliés dans des combats avec la Russie, un affrontement armé entre les deux principales puissances nucléaires.

Des responsables américains ont évoqué ces derniers jours la création d’un « corridor humanitaire » à Alep et dans d’autres zones rebelles assiégées par les forces gouvernementales. On peut supposer que ce «corridor» est destiné à remplacer la principale voie d’approvisionnement des «rebelles» depuis la Turquie, coupée par l’offensive du gouvernement. Cela perturbe l’armement des «rebelles» orchestré par la CIA avec les stocks venus de Libye, des royaumes pétroliers du golfe et d’au-delà. Un tel corridor nécessiterait une force militaire de protection et l’application d’une «zone d’exclusion aérienne», ce qui signifie une confrontation non seulement avec les forces du gouvernement syrien, mais avec les avions de combat russes.

La Turquie, alliée de Washington dans l’OTAN, est en train de bloquer ses frontières aux réfugiés syriens pour créer un maximum de crise de façon à poursuivre ses propres objectifs stratégiques: non seulement un changement de régime à Damas mais aussi la répression sanglante de la minorité kurde de part et d’autre de la frontière.

Le gouvernement Obama n’a donné aucun avertissement au peuple américain qu’il se lançait en Syrie dans une politique qui pourrait opposer les Etats-Unis à l’armée russe et potentiellement déclencher une catastrophe mondiale.

Il n’y a pas de soutien populaire significatif pour une intervention militaire américaine en Syrie, promue sous le faux prétexte de « l’humanitarisme » et aidée par toute une coterie d’organisations pseudo de gauche dont la spécialité est de représenter la campagne sectaire sanglante des milices islamistes soutenues par la CIA comme la « révolution syrienne ».

L’ampleur de la catastrophe déchaînée en Syrie a été articulée dans une nouvelle étude réalisée par le Centre syrien pour la recherche politique, qui a constaté que 11,5 pour cent de la population syrienne avait été soit tuée soit blessée en raison du conflit. Le bilan des morts de cette guerre, combiné à la destruction systématique de l’infrastructure et du système de santé, et à une baisse spectaculaire du niveau de vie, a fait chuter l’espérance de vie, estimée à 55,4 ans en 2015, alors qu’elle était de 70,5 ans en 2010.

L’étude a aussi révélé que le taux de chômage du pays avait grimpé de 14,9 pour cent en 2011 à 52,9 pour cent à la fin de 2015 et que le taux global de pauvreté était estimé à 85,2 pour cent.

Bref, le gouvernement Obama a infligé à la Syrie une guerre qui est tout aussi criminelle et meurtrière que la guerre menée par le gouvernement Bush contre l’Irak.

Le peuple syrien est la victime d’une guerre orchestrée par les Etats-Unis, motivée par la stratégie mondiale de l’impérialisme américain qui est d’inverser son déclin économique par l’emploi ou la menace de la force militaire. Washington a recherché un changement de régime en Syrie comme moyen de réaliser une fin: l’affaiblissement des deux principaux alliés de Damas, la Russie et l’Iran, et la réaffirmation de la mainmise occidentale sur les vastes ressources énergétiques du Moyen-Orient.

La menace d’une guerre mondiale vient non seulement de la perspective que des avions de combat américains et russes s’affrontent dans le ciel syrien, mais de toute la logique de la guerre de changement de régime et des objectifs stratégiques plus larges qu’elle remplit. Celle-ci se traduit aussi par l’intensification de l’encerclement militaire de la Russie par l’OTAN et par la politique anti-chinoise de plus en plus provocatrice du Pentagone en mer de Chine méridionale.

La campagne des Etats-Unis pour l’hégémonie mondiale a été articulée dans la maxime stratégique énoncée par le Pentagone il y a près d’un quart de siècle: Washington doit empêcher l’émergence d’une puissance capable de contester la domination du capitalisme américain à l’échelle mondiale ou même régionale. Cette «grande stratégie» a mené depuis à des guerres américaines d’agression incessantes et pose maintenant la menace réelle d’une troisième guerre mondiale, nucléaire.

Contre la stratégie barbare de l’élite dirigeante américaine, la classe ouvrière américaine et internationale doit avancer sa propre stratégie indépendante, la lutte pour le retrait des États-Unis et de toutes les forces militaires étrangères de Syrie, d’Irak et du Moyen-Orient, et l’unité de la classe ouvrière à travers toutes les frontières nationales, religieuses et ethniques, dans une lutte commune pour mettre fin au capitalisme, source du militarisme et de la guerre.

(Article paru en anglais le 12 février 2016)

Source : World Socialist Web Site, Bill Van Auken, 13-02-2016