WWIII: La mort et l'Assomption de la Sainte Vierge dans la tradition des cinq premiers siècles.

Publié le par José Pedro

Représentation du concile d'Ephèse de 431 dans la basilique église Notre-Dame de Fourvière à Lyon

concile d'Ephèse de 431 dans la basilique Notre-Dame de Fourvière à Lyon. Au centre Saint Cyrille montre l'enfant et Marie, proclamant la maternité divine de la Vierge.

Les conciles d’Éphèse.

L’importance de la communauté chrétienne d’Éphèse est confirmée par la tenue de deux importants conciles dans la ville,métropole d’Asie, sous le règne de Théodose II, le 3e concile œcuménique (dit d'Éphèse) en 431, et le second concile, plus connu par la tradition catholique sous le nom de Brigandage d'Éphèse en 449. Les actes conciliaires constituent une source importante de l’histoire religieuse et politique de la ville.

Le principal objet du troisième concile œcuménique, qui s'ouvre le 22 juin 431 dans l’église de Marie nouvellement aménagée, est le règlement de la question de la nature de la sainte Trinité. Il réunit environ 150 participants à la première séance, et oppose le patriarche de Constantinople Nestorius, partisan du diophysisme à Cyrille d'Alexandrie et Memnon d'Éphèse, champions de la doctrine monophysite. Memnon mobilise la population pour soutenir Cyrille et tenter d’intimider Nestorius : des émeutiers entourent sa maison, interrompent une réunion qu’il tient avec ses partisans, les églises lui sont fermées. Le représentant impérial, le comte des domestiques Candidianus, plutôt en faveur de Nestorius, fait intervenir la troupe pour le protéger et intimider à leur tour ses adversaires : il interdit aux partisans de Cyrille d’assister aux séances du concile et s’efforce de faire voter la déposition de Memnon. Le début du concile est néanmoins défavorable à la cause nestorienne, puisque Cyrille parvient à faire déposer Nestorius : la foule des Éphésiens raccompagne le vainqueur dans une procession nocturne triomphale jusqu’à sa demeure. C'est le triomphe de la théologie alexandrine, l'interprétation par Cyrille de la doctrine christologique du concile de Nicée : selon lui, l'humanité et la divinité du Christ sont unies dans une union hypostatique. Une conséquence importante à long terme en est la reconnaissance à la Vierge Marie du titre de Théotokos, « Mère de Dieu », c'est-à-dire non seulement de Jésus-homme, mais de Jésus en tant qu'il est reconnu par les chrétiens comme « vrai Dieu et vrai homme ». Le pélagianisme est par ailleurs condamné comme une hérésie.

L’ASSOMPTION,MENSONGE OU VERITE?

Au VIe siècle, l'empereur byzantin Maurice instaure dans son empire, la fête de la dormition de la Vierge Marie, chaque année à la date du 15 août, semble-t-il pour commémorer l'inauguration d’une église dédiée à la Vierge montée au ciel, le Sépulcre de Marie. La fête est introduite en Occident sous l'influence du pape Théodore au VIIe siècle et prend le nom d'Assomption à partir du siècle suivant. Elle est citée sous ce nom en 813 par le Concile de Mayence parmi les fêtes d'obligation.
En 1854, la proclamation du dogme de «l’Immaculée conception» entraîne de nombreuses pétitions à Rome pour que soit officiellement défini le dogme de l’Assomption. « De 1854 à 1945, huit millions de fidèles écriront en ce sens. Il faut y ajouter les pétitions de 1332 évêques, de 83 000 prêtres, religieux et religieuses. Face à ces demandes répétées, Pie XII demande aux évêques du monde de se prononcer. 90 % des évêques y sont favorables. 10 % des évêques s’interrogent sur l’opportunité d’une telle déclaration ».
En 1950, Pie XII institutionnalise la fête mariale qui existe depuis quatorze siècles en proclamant la croyance en l'Assomption, dogme de l'Église Catholique : n'ayant commis aucun péché, Marie est directement montée au Paradis, avec son âme et aussi avec son corps car épargnée par le péché originel (dogme de l'Immaculée Conception), rien n'oblige son enveloppe charnelle à attendre la résurrection des corps à la fin des temps (Constitution Munificientissimus, 1er novembre 1950).
Source: 
www.avemaria-corse.org 


Définie comme la montée de la vierge Marie au ciel, le terme "assomption" provient du verbe latin assumere qui signifie "prendre" ou "enlever". Dans la dépêche ci-dessus, nous pouvons remarquer que l’assomption est d’origine purement païenne, parce qu’instaurée par un empereur nommé Maurice 1er. Elle a été par la suite introduite dans le christianisme par le même esprit inique et est fêtée tous les 15 août. 
Comparativement aux Ecritures, Marie n’est jamais monté au ciel étant vivante. Aucun des 31 000 versets de la Bible ne l’atteste. Le corps de Marie, comme celui de tous les autres croyants, à l’exception d’Elie le Thischbite et d’Enoch, a connu la corruption dans le sein de la terre. Un seul (Jésus-Christ), après avoir été enseveli, ne connut point la corruption puisqu’il revint à la vie le 3ème jour. Après cela, il se présenta pendant 40 jours au terme desquels il monta au ciel vivant. En voici la preuve scripturaire: «Après avoir dit cela, il fut élevé pendant qu’ils le regardaient, et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils avaient les regards fixés vers le ciel pendant qu’il s’en allait, voici, deux hommes vêtus de blanc leur apparurent, et dirent: Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu allant au ciel » (Act.1/9-11). Je souligne au passage qu’après l’ascension de Jésus, aucun apôtre n’a institué cela comme une fête chrétienne à observer chaque année. Jésus non plus ne l’a fait. Si la fête de l’ascension imposée par le calendrier romain à travers plusieurs nations venait de Dieu, on en trouverait quelques traces dans les Ecritures. Jésus en aurait parlé comme ce fut le cas pour la pâque. En effet, après avoir enseigné aux disciples comment prendre le repas du Seigneur, il institua cela comme un rite à observer. «Et après avoir rendu grâces (…) il dit: faites ceci en mémoire de moi» (1Cor.11/24 ; Luc 22/19 etc.). 

Sanctuaire de l'église Saint-Jean

Selon la tradition chrétienne, non seulement c’est à Éphèse que Jean aurait rédigé l'évangile qui lui est attribué, mais encore la Vierge Marie, que le Christ sur la croix avait confiée à la garde du « disciple que Jésus aimait », y aurait résidé. Sur une colline à 7 km au Sud d’Éphèse, une petite église byzantine du xiiie siècle, connue sous le nom de « Maison de la Vierge Marie » (Meryemana Evi), y conserverait le souvenir de ce séjour marial, bien que cette tradition ne puisse être retracée au-delà du xixesiècle. Les traditions de la présence de Marie à Éphèse et de sa « dormition », c'est-à-dire sa mort, dans cette ville remontent aux tout premiers temps du christianisme. S'y ajoute la traditions selon laquelle, après sa « dormition » (c'est-à-dire sa mort), elle aurait été transférée miraculeusement à Jérusalem pour que son corps intact, soit enterré dans le jardin de Gethsémani, pendant que son âme est élevée aux cieux. Selon une autre tradition elle aurait été emporté corps et âme dans son Assomption. La présence conjointe de Jean et Marie à Éphèse est mentionnée par de nombreux auteurs chrétiens dès le iie siècle et par exemple au ve siècle, par les actes du concile de 431 qui précisent que celui-ci se tient dans la ville où ils ont résidé. Des récits sur le séjour de Marie-Madeleine remontent aussi à l’Antiquité tardive : Grégoire de Tours et le patriarche de Jérusalem Modestus (630-634) relaient cette croyance. Celle-ci serait, elle-aussi, morte à Éphèse.
Pour rappel, Marie n’est point montée vivante au ciel avec son corps. Comme tous les croyants qui sont morts, elle attend le grand jour de la résurrection afin que son corps corruptible revête celui qui est incorruptible, faute de quoi elle ne participerait pas à l’enlèvement. Aucun corps corruptible, c'est-à-dire fait de la poussière de la terre, ne peut monter au ciel (1 Cor.15/50). C’est pourquoi, Jésus a dit: «Personne n’est monté au ciel, si ce n’est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel» (Jean.3/13). Il est le seul qui soit capable de monter dans les hauteurs par sa propre volonté, parce qu’il possède un corps incorruptible. Son corps n’a pas été fait de la poussière de la terre, mais par la vertu de l’Esprit Saint (Mt.1/18;Lu.1/34-35), au-delà de toute souillure, loin, et très loin des rapports sexuels. C’est aussi pour cette raison que la terre n’a pu le retenir en son sein. En réalité, toute chair enterrée se voit en putréfaction à partir du 3ème jour. Or Jésus passa seulement deux jours dans le tombeau et dès le 3ème jour, il ressuscita. La terre fut obligée de le vomir parce qu’elle se sait indigne et incapable de le conserver dans ses entrailles. La terre n’a pu le retenir pour la simple raison que son corps n’est pas d’en bas, mais d’en haut. Lui-même s’est accoutumé à le dire: «…Vous êtes d’en bas; moi, je suis d’en haut. Vous êtes de ce monde; moi, je ne suis pas de ce monde» (Jn.8/23). Or Marie, cette femme née à l’issue d’un acte sexuel comme tout être ordinaire ne peut pas monter au ciel sans subir de transformation. Comme je l’avais déjà dit, un homme ne peut monter au ciel et entrer dans la félicité céleste sans l’étape de la translation du corps. L’Ecriture dit que la chair et le sang ne peuvent hériter le Royaume de Dieu (1 Corinthiens.15/50). Il faut nécessairement un autre corps, un corps sur lequel la loi de la pesanteur n’a aucun pouvoir, et qui est capable de défier le temps et l’espace. C’est de ce corps que Paul a parlé dans sa lettre adressée aux chrétiens de Corinthe. L’apôtre dit ceci: «Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres; mais autre est l’éclat des corps célestes, autre celui des corps terrestres» (1Cor.15/40). Certains chrétiens ne mourront point avant la venue du Seigneur conformément à Mt.25/6-10 et seront transmués par la présence du Seigneur pour être transportés dans les cieux. Toutefois, ceux qui seraient déjà morts dans le Seigneur ressusciteront et subiront la même transformation. En d’autres mots, ils passeront d’un corps corruptible à un corps incorruptible pour rejoindre ceux qui sont vivants afin de monter ensemble dans la gloire divine. Marie étant déjà morte, elle attend aussi l’accomplissement de cette glorieuse promesse du Seigneur. Ecoutons le commentaire de Paul à ce sujet: «Voici, en effet, ce que nous vous déclarons d’après la parole du Seigneur: nous les vivants, restés pour l’avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui sont morts. Car le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d’un archange, et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts en Christ ressusciteront premièrement. Ensuite, nous les vivants, qui serons restés, nous serons tous ensemble enlevés avec eux sur des nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur» (1Tess.4/15-17). Ainsi donc, pour que Marie puisse monter au ciel, il faut nécessairement que le corps corruptible et mortel avec lequel elle a été enterrée soit visité par Dieu afin de revêtir ce qui est incorruptible et immortel. Même saint Paul, l’apôtre de Jésus-Christ, en a besoin pour espérer monter au ciel, et cela, à la résurrection des saints (l’ensemble de tous les chrétiens). Ecoutons-le: «Voici, je vous dis un mystère: nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d’œil, à la dernière trompette. La trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés » (1Cor.15/51-53). 
Donner donc à Marie le mérite d’être montée au ciel comme Jésus est un sacrilège qui découle de l’iniquité d’une autre époque, celle des Amoréens.

Extrait de « LA MARIOLOGIE »

 
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Icône Byzantine de l'Église d'Alexandrie, toile sur plâtre et bois, 1-2ème siècle. On y voit des chrétiens apeurés et craintifs, avec sur la gauche ce qui semble un évêque, peut-être Pamphile de Césarée (à confirmer)

VISION DE LA MORT DE LA SAINTE VIERGE

 - Mort de le sainte Vierge. 
- Elle reçoit le saint Viatique et l'extrême Onction. 
- Vision sur l'entrée de son âme dans le ciel.


Le 14 août 182l, dans l'après-midi, la soeur dit à l'écrivain : " Je veux maintenant raconter quelque chose de la mort de la sainte Vierge ; mais il ne faut pas que je sois dérangée. Dites à ma petite nièce de ne pas m'interrompre, et d'attendre un peu dans l'autre pièce ". Quand l'écrivain eut fait ce qu'elle disait et fut revenu près d'elle, il lui dit : " Racontez maintenant " ; mais, regardant fixement devant elle, elle s'écria : " Où suis-je donc, est-ce le matin ou le soir ! -Vous voulez, dit-il, parler de la mort de la sainte Vierge.-Les apôtres sont là, répondit-elle, interrogez-les ; vous êtes plus savant que moi, vous les questionnerez mieux ; ils suivent le Chemin de la Croix et travaillent au tombeau de la Mère de Dieu. Elle les vit se livrer à ce travail aussitôt après la mort de Marie, à ce qu'elle assura. Après une pause, elle continua, en marquant des nombres avec ses doigts : " Voyez ce chiffre, dit-elle, une barre comme un I, puis un V ; cela ne fait-il pas quatre ? puis encore un V et trois I, cela ne fait-il pas huit ? Ce n'est pas écrit correctement en lettres marquant les nombres ; mais je les vois ainsi, parce que je ne sais pas lire les nombres élevés écrits en lettres Cela doit signifier que l'année 48 après Jésus-Christ est celle de la mort de la sainte Vierge. Je vois ensuite un X et trois 1, puis deux fois le signe de la pleine lune, comme il est dans l'almanach : cela veut dire que la sainte Vierge mourut treize ans et deux mois après l'ascension de Notre Seigneur. Ce n'est pas à présent le mois de sa mort. Je crois qu'il est passé depuis deux mois ; car, il y a deux mois, j'ai encore vu cette scène. Ah ! sa mort fut pleine de tristesse et pleine de joie ! s, Toujours dans cet état d'absorption intérieure, elle raconta ce qui suit :


Je vis hier à midi beaucoup de tristesse et d'inquiétude dans la maison de la sainte Vierge. La servante était extrêmement affligée ; elle s'agenouillait sans cesse, tantôt dans divers coins de la maison, tantôt devant la maison, et priait les bras étendus en versant des larmes. La sainte Vierge reposait tranquillement dans sa cellule ; elle semblait au moment de mourir. Elle était enveloppée tout entière, y compris les bras, dans cette espèce de vêtement de nuit que j'ai décrit en racontant sa visite chez Élisabeth. Son voile était relevé carrément sur son front, elle l'abaissait sur son visage quand elle parlait à des hommes. Ses mains elles-mêmes ne restaient découvertes que quand elle était seule. Dans les derniers jours, je ne la vis rien prendre, si ce n'est de temps en temps une cuillerée d'un breuvage que la servante exprimait de certaines baies jaunes, disposées en grappes. Vers le soir, quand la sainte Vierge connut que son heure approchait, elle voulut, conformément à la volonté de Jésus, bénir ceux qui se trouvaient présents et leur faire ses adieux. Sa chambre à coucher était ouverte de tous les côtés. Elle se mit sur son séant ; son visage était d'une blancheur éclatante et comme illuminé. Tous les assistants se tenaient dans la partie antérieure de la maison ; les apôtres entrèrent les premiers dans l'autre pièce, s'approchèrent l'un après l'autre de sa cellule ouverte, et s'agenouillèrent près de sa couche. La sainte Vierge les bénit tour à tour en croisant les mains au-dessus de leur tête et en touchant légèrement leur front. Elle parla à tous, et fit tout ce que Jésus lui avait enjoint à Béthanie.


Quand Pierre vint à elle, je vis qu'il avait à la main un rouleau écrit. Elle parla à Jean des dispositions à prendre pour sa sépulture, et le chargea de donner ses vêtements à sa servante et à une autre vierge pauvre qui venait quelquefois la servir. Elle montra du doigt le réduit qui était en face de sa cellule, et je vis sa servante y aller, l'ouvrir et le refermer. Je vis alors tous les vêtements de la sainte Vierge ; j'en parlerai plus tard. Après les apôtres, les disciples présents s'approchèrent de la couche de la sainte Vierge et furent aussi bénis par elle. Les hommes se rendirent alors de nouveau dans la pièce antérieure de la maison, pendant que les femmes s'approchaient de la couche de Marie, s'agenouillaient et recevaient sa bénédiction. Je vis l'une d'entre elles se pencher sur la sainte Vierge, qui l'embrassa.


Pendant ce temps l'autel fut préparé, et les apôtres se revêtirent, pour le service divin, de leurs longs vêtements blancs, avec des ceintures sur lesquelles étaient des lettres. Cinq d'entre eux figurèrent dans la cérémonie solennelle, qui fut semblable à celle que j'avais vu célébrer pour la première fois par Pierre dans la nouvelle église voisine de la piscine de Bethesda ; ils se revêtirent de leurs beaux ornements sacerdotaux. Le manteau pontifical de Pierre, qui était le célébrant, était très long par derrière ; cependant il n'avait pas de queue.


Ils étaient encore occupés à s'habiller, lorsque Jacques le Majeur arriva avec trois compagnons. Il venait d'Espagne par Rome avec le diacre Timon, et au delà de cette dernière ville il avait rencontré Erémenzéar et un troisième disciple. Les assistants, qui étaient au moment d'aller à l'autel, lui souhaitèrent la bienvenue avec une gravité solennelle, et lui dirent en peu de mots de se rendre près de la sainte Vierge. On leur lava les pieds, ils rangèrent leurs vêtements ; puis, sans quitter leurs habits de voyage, ils allèrent près de Marie et reçurent comme les autres sa bénédiction. Jacques alla seul le premier ; puis ses trois compagnons y allèrent ensemble après quoi ils revinrent pour assister au service divin. Là cérémonie était déjà assez avancée lorsque Philippe arriva d'Égypte avec un compagnon. Il se rendit aussitôt près de la Mère du Seigneur, reçut sa bénédiction et pleura abondamment.


Pierre, pendant ce temps, avait terminé le saint sacrifice, il avait consacré et reçu le corps du Sauveur, puis il l'avait donné aux apôtres et aux disciples présents. La sainte Vierge ne pouvait pas voir l'autel ; mais pendant la sainte cérémonie elle était assise sur sa couche, dans un profond recueillement. Quand Pierre eut communié et donné la communion aux autres apôtres, il porta à la sainte Vierge le saint sacrement et l'extrême onction.


Tous les apôtres l'accompagnèrent en procession solennelle. Thaddée marchait en avant avec un encensoir. Pierre portait la sainte Eucharistie devant lui, dans la pyxide en forme de croix dont j'ai parlé précédemment. Jean le suivait, portant un petit plat, sur lequel était le calice avec le sang précieux et quelques boites. Le calice était petit, massif et de couleur blanche. Le pied en était si court qu'on ne pouvait le prendre qu'avec deux doigts. Il avait du reste la forme de celui de la sainte Cène. Dans l'oratoire, qui était près du lit de la sainte Vierge, un petit autel avait été dressé par les apôtres. La servante avait apporté une table avec une couverture rouge et blanche. Dessus étaient des flambeaux allumés : je crois que c'étaient des cierges et des lampes. La sainte Vierge, pâle et silencieuse, était couchée sur le des. Elle regardait fixement le ciel, ne parlait à personne, et semblait ravie en extase. Elle était comme illuminée par le désir ; je pouvais ressentir ce désir qui l'emportait hors d'elle-même. Ah ! mon coeur voulait aller à Dieu avec le sien.


Pierre s'approcha d'elle et lui administra l'extrême-onction, à peu près de la même manière qu'on le fait aujourd'hui. Il l'oignit avec les saintes huiles prises dans les boites que tenait Jean, sur je visage, sur les mains' sur les pieds et sur le côté, où son vêtement avait une ouverture ; en sorte qu'on ne la découvrit pas le moins du monde. Pendant ce temps les apôtres récitaient des prières, comme on le fait au choeur. Ensuite Pierre lui présenta le saint sacrement. Elle se redressa, sans s'appuyer, pour le recevoir ; puis elle retomba. Les apôtres prièrent pendant quelque temps, et, s'étant un peu soulevée, elle reçut le calice de la main de Jean. Je vis, lors de la réception de la sainte Eucharistie, une lumière éclatante entrer dans Marie ; après elle retomba comme ravie en extase, et ne dit plus rien. Les apôtres portant les vases sacrés retournèrent en procession à l'autel où ils continuèrent le service divin, et alors Philippe reçut aussi la sainte communion. Il n'était resté que deux femmes près de la sainte Vierge.


Plus tard, je vis de nouveau les apôtres et les disciples en prière autour de la couche de la sainte Vierge. Je visage de Marie était épanoui et souriant comme dans sa jeunesse. Ses yeux, pleins d'une sainte joie, étaient tournés vers le ciel. Je vis alors un tableau merveilleusement touchant. Le toit de la cellule de Marie avait disparu ; la lampe était suspendue en plein air ; je vis à travers le ciel ouvert l'intérieur de la Jérusalem céleste. Il en descendit comme deux nuées éclatantes, où se montraient d'innombrables figures d'anges, et entre lesquelles une voie lumineuse se dirigea vers la sainte Vierge. Je vis, à partir de Marie, comme une montagne lumineuse s'élever jusque dans la Jérusalem céleste. Elle étendit les bras de ce côté avec un désir infini, et je vis son corps soulevé en l'air et planant au-dessus de sa couche, de manière qu'on pouvait voir par-dessous. Je vis son âme, comme une petite figure lumineuse infiniment pure, sortir de son corps, les bras étendus, et s'élever sur la voie lumineuse qui montait jusqu'au ciel. Les deux choeurs d'anges qui étaient dans les nuées se réunirent au-dessous de son âme et la séparèrent du corps, qui, au moment de cette séparation, retomba sur la couche, les bras croisés sur la poitrine. Mon regard, suivant l'âme de Marie, la vit entrer dans la Jérusalem céleste, et arriver jusqu'au trône de la très sainte Trinité. Je vis un grand nombre d'âmes, parmi lesquelles je reconnus plusieurs patriarches, ainsi que Joachim, Anne, Joseph, Elisabeth, Zacharie et Jean-Baptiste, aller à sa rencontre avec une joie respectueuse. Elle prit son essor à travers eux tous jusqu'au trône de Dieu et de son Fils, qui, faisant éclater au-dessus de tout le reste la lumière qui sortait de ses blessures, la reçut avec un amour tout divin, lui présenta comme un sceptre et lui montra la terre au-dessous d'elle comme s'il lui conférait un pouvoir particulier. Je la vis ainsi entrer dans la gloire, et j'oubliai tout ce qui se montrait autour d'elle sur la terre. Quelques-uns des apôtres, notamment Jean et Pierre, durent voir tout cela, car ils avaient les yeux levés au ciel. Les autres étaient pour la plupart prosternés vers la terre. Tout était plein de lumière et de splendeur. C'était comme lors de l'ascension de Jésus-Christ.


Je vis, ce qui me réjouit beaucoup, un grand nombre d'âmes délivrées du purgatoire suivre l'âme de Marie quand elle entra dans le ciel. Aujourd'hui aussi, au jour de la commémoration qu'en fait l'Église, je vis entrer au ciel beaucoup de ces pauvres âmes, parmi lesquelles plusieurs que Je connaissais. Je reçus l'assurance consolante que, tous les ans, le jour anniversaire de la mort de Marie, beaucoup d'âmes de ceux qui lui ont rendu un culte particulier participent aux effets de cette grâce.


Quand je regardai de nouveau sur la terre, je vis le corps de la sainte Vierge resplendissant. Il reposait sur sa couche, je visage rayonnant, les yeux fermés, les bras croisés sur la poitrine Les apôtres, les disciples et les saintes femmes étaient agenouillés autour et priaient. Pendant que je regardais tout cela, il y avait dans toute la nature un concert harmonieux et une émotion semblable à celle que j'avais aperçue pendant la nuit de Noël. Je connus que l'heure de sa mort avait été la neuvième heure, comme celle de la mort du Sauveur.


XIII - Préparatifs de la sépulture de Marie. - Ses obsèques.


Les femmes étendirent une couverture sur le saint corps, et les apôtres avec les disciples se retirèrent dans la partie antérieure de la maison. Le feu du foyer fut éteint ; tout le mobilier de la maison fut mis de côté et recouvert. Les femmes s'enveloppèrent dans leurs vêtements et se voilèrent. Elles s'assirent par terre dans la chambre de Marie, et, tantôt assises, tantôt agenouillées, elles chantèrent des lamentations funèbres. Les hommes s'enveloppèrent la tête avec la bande d'étoffe qu'ils portaient autour du cou, et célébrèrent un service funéraire. Il y en avait toujours deux qui priaient alternativement agenouillés près de la tête et des pieds du saint corps. Mathias et André allèrent, par le chemin de la Croix de la sainte Vierge, jusqu'à la dernière station, où était la grotte représentant le tombeau du Sauveur. Ils avaient avec eux des outils pour travailler à mieux disposer ce tombeau, car c'était là que le corps de Marie devait reposer. Le caveau funéraire n'était pas aussi spacieux que le tombeau de Notre Seigneur, et il était à peine assez élevé pour qu'un homme pût y entrer debout. Le terrain s'abaissait à l'entrée, après quoi l'on se trouvait devant le sépulcre comme devant un petit autel, au-dessus duquel la paroi du rocher formait une voûte. Les deux apôtres firent plusieurs arrangements dans l'intérieur, et disposèrent une porte qu'on mit devant le tombeau pour le fermer. On n'y avait pratiqué qu'une excavation capable de recevoir un corps enveloppé. Le sol était un peu exhaussé à l'endroit de la tête. Il y avait devant le caveau, comme devant le Saint Sépulcre, un petit jardin avec une enceinte. Non loin de là était la station du Calvaire, sur un monticule. On n'y avait pas élevé de croix, mais on en avait seulement gravé une sur la pierre. Il pouvait bien avoir une demi lieue de l'habitation de Marie jusque là.


J'ai vu quatre fois les apôtres se relayer pour veiller en priant auprès du corps de la sainte Vierge. Je vis aujourd'hui plusieurs femmes, parmi lesquelles je me rappelle une fille de Véronique et la mère de Jean Marc, venir faire les préparatifs nécessaires pour la sépulture. Elles apportaient du linge et des aromates pour embaumer le corps, suivant la coutume des Juifs. Elles avaient aussi apporté de petits vases où étaient des herbes encore fraîches. La maison était fermée ; elles travaillaient à la lumière des flambeaux. Les apôtres récitaient des prières dans la pièce antérieure, comme des religieux au choeur. Les femmes retirèrent de dessus la couche le saint corps avec tous ses vêtements et le placèrent dans une longue corbeille remplie de grosses couvertures et de nattes, de sorte qu'il était élevé par-dessus cette corbeille. Alors deux femmes tinrent un grand drap étendu au-dessus du corps, et deux autres le déshabillèrent sous ce drap, ne lui laissant que sa longue tunique de laine. Elles coupèrent les belles boucles de cheveux de la sainte Vierge pour les conserver comme souvenir. Je vis ensuite ces deux femmes laver le saint corps : elles avaient dans les mains quelque chose qui ressemblait à des éponges ; la longue tunique qui recouvrait le corps était décousue. Elles s'acquittèrent de ce soin avec une crainte respectueuse ; elles lavèrent le corps sous le drap qui était étendu par-dessus sans le regarder, car la couverture les empêchait de le voir. Toutes les places que l'éponge avait touchées étaient aussitôt recouvertes ; le milieu du corps resta voilé ; on n'en mit rien à nu. Une cinquième femme pressait les éponges au-dessus d'un bassin et les leur rendait de nouveau. Je les vis trois fois vider le bassin dans une fosse voisine de la maison et apporter de l'eau fraîche Le saint corps fut revêtu d'une nouvelle enveloppe ou verte, puis, à l'aide des linges placés dessous, on le déposa respectueusement sur une table où avaient été déjà rangés les draps mortuaires et les bandes dont on devait faire usage. Elles enveloppèrent alors le corps dans les linges, depuis la cheville des pieds jusqu'à la poitrine, et le serrèrent fortement avec des bandelettes. La tête, la poitrine, les mains et les pieds ne furent pas encore enveloppés ainsi.


Pendant ce temps, les apôtres avaient assisté au service solennel célébré par Pierre, et avaient reçu avec lui la sainte communion ; après quoi, je vis Pierre et Jean, encore revêtus de leurs grands manteaux pontificaux, se rendre près du saint corps. Jean portait un vase d'onguent ; Pierre y trempa le doigt de la main droite et oignit, en récitant des prières, le front, le milieu de la poitrine, les mains et les pieds de la sainte Vierge. Ce n'était pas là l'extrême-onction : elle l'avait reçue vivante encore. Je crois que c'était un honneur rendu au saint corps ; pareille chose avait eu lieu lors de la mise au tombeau du Sauveur. Lorsque les apôtres se furent retirés, les femmes continuèrent leurs préparatifs pour la sépulture. Elles placèrent des bouquets de myrrhe sous les bras et sur le creux de l'estomac ; elles en mirent entre les épaules, autour du cou, du menton et des joues ; les pieds aussi furent entourés de semblables paquets d'herbes aromatiques. Alors elles croisèrent les bras sur la poitrine, placèrent le saint corps dans le grand linceul, et l'y emmaillotèrent au moyen d'un bandage roulé tout autour. La tête était couverte d'un suaire transparent relevé sur le front, en sorte qu'on voyait je visage, avec sa blancheur éclatante, rayonner, pour ainsi dire, au milieu des touffes d'herbes qui l'entouraient. Elles déposèrent ensuite le saint corps dans le cercueil qui était à côté, comme un petit lit de repos : c'était comme une planche avec un bord peu élevé ; il y avait un couvercle convexe très léger. On mit sur sa poitrine une couronne de fleurs blanches, rouges et bleu céleste, comme symbole de la virginité. Alors les apôtres, les disciples et tous les assistants, entrèrent pour voir encore une fois ce saint visage, qui leur était si cher, avant qu'il ne fût voilé. Ils s'agenouillèrent en pleurant autour de la sainte Vierge, touchèrent ses mains enveloppées sur sa poitrine, comme pour prendre congé d'elle, et se retirèrent. Les saintes femmes aussi lui firent leurs derniers adieux, lui recouvrirent je visage, et placèrent le couvercle sur le cercueil, autour duquel elles attachèrent des bandes d'étoffe grise au centre et aux deux extrémités. Je vis ensuite placer le cercueil sur une civière ; puis, Pierre et Jean le portèrent hors de la maison sur leurs épaules. Je crois qu'ils se relayèrent successivement, car je vis plus tard le cercueil porté par six apôtres : Jacques le Majeur et Jacques le Mineur étaient devant, André et Barthélémy au milieu, Thaddée et Mathias derrière. Les bâtons devaient être passés dans une natte ou une lanière de cuir, car je vis le cercueil balancé au milieu d'eux comme dans un berceau. Une partie des apôtres et des disciples présents marchaient en avant, d'autres suivaient avec les femmes. Le jour tombait déjà, et on portait autour du cercueil quatre flambeaux sur des bâtons. Le cortège se rendit ainsi, en passant par le chemin de la Croix, à la dernière station, et il arriva à l'entrée du tombeau. Ils déposèrent le saint corps à terre, et quatre d'entre eux le portèrent dans le caveau et le placèrent dans l'excavation qui devait servir de couche sépulcrale. Tous les assistants y entrèrent un à un, jetèrent autour des aromates et des fleurs, et s'agenouillèrent en pleurant et en priant.


Ils étaient nombreux. La douleur et l'affliction les firent rester là longtemps, et il était tout à fait nuit quand les apôtres fermèrent l'entrée du tombeau. Ils creusèrent un fossé devant l'étroite entrée du caveau, et y plantèrent comme une haie formée de divers arbrisseaux, les uns en fleur, les autres couverts de baies ; qu'ils avaient transportés d'ailleurs avec leurs racines. On ne vit plus alors aucune trace de l'entrée. d'autant plus qu'ils détournèrent l'eau d'une source voisine pour la faire passer devant ce massif. Ils s'en retournèrent séparément et s'arrêtèrent encore ça et là, priant sur le chemin de la Croix ; quelques-uns restèrent à prier prés du tombeau. Ceux qui revenaient virent de loin une lumière extraordinaire au-dessus du tombeau de Marie, et ils en furent très émus, sans bien savoir ce que c'était. Je la vis aussi, et voici ce dont je me souviens parmi beaucoup d'autres choses. Il me sembla qu'une voie lumineuse descendait du ciel jusqu'au tombeau, et avec elle une forme brillante semblable à l'âme de Marie, accompagnée de la figure de Notre-seigneur. Le corps de Marie sortit resplendissant du tombeau, s'unit à son âme, et s'éleva vers le ciel avec l'apparition du Sauveur.


Je vis, dans la nuit, plusieurs apôtres et saintes femmes prier et chanter des cantiques dans le petit jardin qui était devant le tombeau. Une large voie lumineuse s'abaissai du ciel vers le rocher, et je vis s'y mouvoir une gloire formée de trois sphères pleines d'anges et d'âmes bienheureuses qui entouraient l'apparition de Notre Seigneur et de l'âme resplendissante de Marie. La figure de Jésus-Christ, avec des rayons partant de ses cicatrices, planait devant elle. Autour de l'âme de Marie, je vis, dans la sphère intérieure, de petites figures d'enfants ; dans la seconde, c'étaient comme des enfants de six ans, et, dans la sphère extérieure, comme des adolescents déjà grands. Je ne vis distinctement que les visages, tout le reste m'apparut comme des formes lumineuses resplendissantes. Quand cette apparition, devenant de plus en plus distincte, fut arrivée au rocher, je vis une voie lumineuse qui s'étendit depuis elle jusqu'à la Jérusalem céleste. Je vis alors l'âme de la sainte Vierge qui suivait la figure de Jésus descendre dans le tombeau à travers le rocher, et, bientôt après, unie à son corps transfiguré, en sortir plus distincte et plus brillante, et s'élever avec le Seigneur et le choeur des esprits bienheureux jusqu'à la Jérusalem céleste. Toute cette lumière s'y perdit, et je ne vis plus nu dessus de la terre que la voûte silencieuse du ciel étoilé.


Je ne sais pas si les apôtres et les saintes femmes qui priaient devant le tombeau virent aussi tout cela ; mais je les vis, frappés d'étonnement, regarder le ciel comme en adoration ou se prosterner je visage contre terre. J'en vis aussi quelques-uns qui revenaient avec la civière, priant et chantant des cantiques, et qui s'arrêtaient aux diverses stations du chemin de la Croix, se tourner avec une pieuse émotion vers la lumière qui brillait sur le tombeau.


XIV - Arrivée de Thomas. 
- Visite au tombeau de la sainte Vierge, qu'on trouve vide. 
- Départ des apôtres.


Les apôtres, étant revenus, prirent un peu de nourriture et allèrent se reposer. Ils dormaient hors de la maison dans des hangars. La servante de Marie, qui était restée à la maison pour faire des arrangements, et d'autres femmes qui l'avaient aidée, dormirent dans la pièce située derrière le foyer d'ou la servante avait tout enlevé pendant la mise au tombeau, de sorte qu'elle ressemblait à une petite chapelle où les apôtres, plus tard, prièrent et offrirent le saint sacrifice.


Ce soir, je vis encore les apôtres prier et pleurer dans la première pièce. Les femmes étaient allées se reposer. Je vis alors l'apôtre Thomas, en habits de voyage, arriver avec deux compagnons devant la porte de la maison et frapper pour se faire ouvrir. Il vint avec lui un disciple, appelé Jonathan, qui était parent de la sainte Famille. Son autre compagnon était un homme très simple, du pays où habitait le plus éloigné des trois rois, et que j'appelle toujours Partherme, parce que je ne sais pas retenir exactement les noms. Thomas l'avait emmené de là avec lui, et il était à son égard comme le plus docile des serviteurs.


Elle reconnut ce disciple par une relique de lui qui se trouvait près d'elle sans désignation de celui auquel elle appartenait. Elle dit de lui, le 26 juillet 1821 : Jonathan ou Jonadab était de la tribu de Benjamin et des environs de Samarie. Il fut tour à tour près de saint Pierre, près de saint Paul, qui le trouvait trop lent, et de saint Jean. Il vint de fort loin avec saint Thomas pour assister à la mort de Marie.


Un disciple ouvrit la porte ; Thomas entra avec Jonathan dans la salle où étaient les apôtres, et dit à son serviteur de rester assis devant la porte. Ce digne homme faisait tout ce qu'on lui ordonnait : il s'assit tranquillement. Combien ils furent affligés en apprenant qu'ils arrivaient trop tard ! Les disciples leur lavèrent les pieds et leur présentèrent quelques rafraîchissements. Pendant ce temps les femmes s'étaient levées, et, quand elles se furent retirées, on conduisit Thomas et Jonathan à la place où la sainte Vierge était morte. Ils se prosternèrent et arrosèrent la terre de leurs larmes. Thomas pria encore longtemps, agenouillé devant le petit autel de Marie. Sa douleur était singulièrement touchante ; je pleure encore lorsque j'y pense. Quand les apôtres eurent terminé leurs prières, qu'ils n'avaient pas interrompues, tous allèrent souhaiter la bienvenue aux nouveaux arrivés. Ils firent relever Thomas et Jonathan qui étaient agenouillés, les embrassèrent et les conduisirent dans la salle antérieure de la maison, où ils leur donnèrent à manger du pain et du miel. Ils prièrent encore ensemble et s'embrassèrent les uns les autres.


Mais Thomas et Jonathan désiraient se rendre au tombeau de la sainte Vierge. Alors les apôtres allumèrent des flambeaux, qu'on assujettit à des perches, et allèrent avec eux au tombeau en passant par le chemin de la Croix. Ils parlaient peu, s'arrêtaient quelques moments aux pierres des stations, et méditaient sur la voie douloureuse du Sauveur et sur la compassion de sa Mère, qui avait élevé ces pierres commémoratives et les avait si souvent arrosées de ses larmes. Arrivés à la grotte du tombeau, ils s'agenouillèrent tous ; mais Thomas et Jonathan se précipitèrent vers l'entrée du caveau, et Jean les suivit. Deux disciples écartèrent les branches des arbrisseaux qui étaient devant la porte : ils entrèrent, et s'agenouillèrent avec une crainte respectueuse devant la couche sépulcrale de la sainte Vierge. Alors Jean s'approcha du cercueil, qui faisait un peu saillie au-dessus de la fosse, détacha les bandes qui l'entouraient, et enleva le couvercle. Puis ils approchèrent la lumière du cercueil, et furent saisis d'un profond étonnement lorsqu'ils ne virent devant eux que les linceuls vides, conservant encore la forme du saint corps. Ils étaient séparés à la place du visage et de la poitrine ; les bandelettes qui avaient entouré les bras étaient déliées, mais le corps glorifié de Marie n'était plus sur la terre. Ils levèrent les yeux et les bras vers le ciel comme s'ils eussent vu le saint corps enlevé à ce moment même, et Jean cria à l'entrée du caveau : " Venez et voyez, elle n'est plus ici ". Alors ils entrèrent deux par deux dans l'étroit caveau, et virent avec étonnement les linges vides étendus sous leurs yeux. Étant sortis, tous s'agenouillèrent à terre, regardèrent le ciel en levant les bras, prièrent, pleurèrent et louèrent le Seigneur et sa mère, leur chère et tendre mère, lui adressant, comme des enfants fidèles, les douces paroles d'amour que l'Esprit saint mettait sur leurs lèvres. Alors ils se souvinrent de cette nuée lumineuse qu'après les funérailles ils avaient vue descendre vers le tombeau et remonter au ciel. Jean retira respectueusement du cercueil les linceuls de la sainte Vierge, les plia, les roula, les prit avec lui ; puis il remit le couvercle et l'assujettit de nouveau avec les bandes d'étoffe. Ils quittèrent ensuite le caveau, dont l'entrée resta masquée par le massif de verdure. Priant et chantant des psaumes, ils revinrent à la maison par le chemin de la Croix ; puis ils se rendirent tous dans la pièce qu'avait habitée Marie. Jean déposa respectueusement les linceuls sur la petite table qui était devant l'oratoire de la sainte Vierge. Thomas et les autres prièrent encore à la place où elle avait rendu le dernier soupir. Pierre se retira à part comme pour méditer ; peut-être faisait-il sa préparation, car je vis ensuite dresser l'autel devant l'oratoire de Marie où était la croix, et Pierre célébrer un service solennel. Les autres, rangés derrière lui, priaient et chantaient alternativement. Les saintes femmes se tenaient plus en arrière prés des portes et de la partie postérieure du foyer.


Le serviteur de Thomas, cet homme si simple qui l'avait accompagné depuis la contrée lointaine où il avait été, avait un extérieur singulier. Il avait de petits yeux, le front comprimé, le nez épaté et les pommettes saillantes. Son teint était plus basané que celui des gens de ce pays. Il avait reçu le baptême ; du reste, il était comme un enfant ignorant et docile. Il faisait tout ce qu'on lui ordonnait, restait où on le plaçait, regardait ce qu'on lui montrait, et souriait à tout le monde. Il restait assis là où Thomas lui avait dit de s'asseoir ; et quand il voyait pleurer Thomas, il pleurait aussi. Cet homme resta toujours avec Thomas ; il pouvait porter de lourds fardeaux, et je l'ai vu soulever des pierres énormes quand Thomas construisit une chapelle.


Après la mort de la sainte Vierge, je vis souvent les apôtres et les disciples se réunir et se raconter mutuellement leurs voyages et ce qui leur était arrivé. J'ai entendu tout ce qu'ils disaient ; cela me reviendra en mémoire, si c'est la volonté de Dieu.


(Le 20 août 1800 et 1821.) Après divers exercices de dévotion, les disciples présents se firent leurs adieux presque tous et retournèrent à leurs travaux. Il n'y avait plus dans la maison que les apôtres, Jonathan et le serviteur de Thomas. Mais ils devaient tous partir quand ils auraient terminé leur travail. Ils travaillaient tous à enlever les mauvaises herbes et les pierres sur le chemin de la Croix de Marie, et à l'orner convenablement avec de beaux arbrisseaux, des plantes et des fleurs de toute espèce. Ils firent tout cela en priant et en chantant des cantiques ; on ne peut exprimer combien cela était touchant à voir. C'était comme un service divin célébré par l'amour en deuil : c'était à la fois imposant et aimable. Ils ornaient, comme des enfants affectueux, la trace des pas de leur mère, qui était aussi la mère de leur Dieu, la trace des pas avec lesquels elle avait mesuré, pleine d'une pieuse compassion, la voie douloureuse qu'avait suivie son divin Fils en allant à la mort pour nous racheter.


Ils fermèrent entièrement l'entrée du tombeau de Marie, en tassant fortement la terre autour des arbrisseaux qu'ils avaient plantés devant. Ils nettoyèrent et ornèrent le jardin qui était en avant du tombeau, creusèrent un chemin sur le derrière du monticule qui le surmontait jusqu'à la paroi postérieure du caveau, et pratiquèrent une ouverture dans le rocher pour qu'on pût voir la couche sépulcrale où avait reposé le corps de la très sainte Mère que le Rédempteur mourant sur la croix avait léguée à eux tous et à l'Église dans la personne de Jean. Ah ! c'étaient des enfants reconnaissants, fidèles au quatrième commandement ; ils vivront longtemps sur la terre, eux et leur amour ! ils érigèrent aussi une espèce de chapelle, en forme de tente, au-dessus du tombeau. Ils y tendirent une tente formée de tapis, qu'ils entourèrent et couvrirent avec des claies en branches tressées. Ils y élevèrent un petit autel, formé d'une large table de pierre supportée par une autre pierre. Derrière cet autel ils suspendirent une tapisserie sur laquelle une image de la sainte Vierge, d'un travail fort simple, était brodée ou tissée. Elle était représentée dans son habit de fête, et l'on avait employé pour cela différentes couleurs, brune, bleue et rouge. Quand tout cela fut fini, il y eut là un service où tous prièrent agenouillés et les mains levées vers le ciel. La pièce qu'avait habitée Marie dans la maison fut érigée en église. La servante de Marie et quelques autres femmes continuèrent à y résider, et on laissa deux disciples, dont l'un avait été berger au delà du Jourdain, pour donner les secours spirituels aux fidèles qui habitaient alentour. Bientôt après, les apôtres se séparèrent. Barthélémy, Simon, Thaddée, Philippe et Matthieu partirent les premiers pour se rendre aux lieux où ils avaient à exercer leur ministère, après avoir fait à leurs frères de touchants adieux. Les autres, à l'exception de Jean qui resta encore quelque temps, partirent ensemble pour la Palestine, où ils se séparèrent de nouveau. Il y avait là plusieurs disciples ; quelques femmes partirent aussi en même temps d'Éphèse pour Jérusalem. Marie, mère de Marc, fit beaucoup pour les fidèles qui se trouvaient dans ce pays. Elle avait fondé une communauté d'environ vingt femmes, qui menaient à quelques égards la vie religieuse : cinq d'entre elles habitaient près d'elle dans sa maison. Les disciples s'y rassemblaient habituellement. La communauté chrétienne possédait encore l'église voisine de la piscine de Bethesda, etc.


(Le 22 août) Jean seul est encore dans la maison. Tous les autres sont partis. J'ai vu Jean, conformément à la volonté de la sainte Vierge, distribuer ses vêtements à sa servante et à une autre femme qui venait souvent l'aider. Il s'y trouvait quelques objets venant des trois rois. Je vis deux longs vêtements blancs, plusieurs voiles, des couvertures et des tapis. Je vis aussi ce vêtement de dessus rave qu'elle avait porté à Cana et sur le chemin de la Croix, et dont je possède une petite parcelle. Il en vint quelque chose à l'Église. Ainsi l'on fit un ornement sacerdotal pour l'Eglise de Bethesda avec la belle robe nuptiale bleu céleste, parfilée d'or et semée de roses. Il y en a encore des reliques à Rome. Je les vois, mais je ne sais pas si on les connaît. Marie a porté cet habit lorsqu'elle était fiancée, mais elle ne le mit jamais depuis.

icône grec  15-16ème

 
 
 
Une liturgie de la Dormition dans l’antique monastère de Panagia SOUMELA
 
Les autorités turques ont donné leur accord formel à la célébration d'une liturgie lors de la prochaine fête de la Dormition au "musée de Sümela Manastiri", la première depuis 88 ans. Ce site, anciennement connu comme le monastère Panagia Soumela, était le centre spirituel de l'Empire de Trébizonde et des chrétiens orthodoxes du Pont-Euxin. Ayant été fondé en 386, le monastère de Soumela rayonnait jusqu'en 1922, lorsque les moines furent forcés de partir en Grèce où ils ont fondé un nouveau monastère du même nom à Kastania, près de Véria (ou Beroia). La liturgie sera célébrée par le Patriarche œcuménique Bartholoméos Ier la veille du 15 août. Cela sera un jour historique pour le Grecs et surtout pour les Pontiques car, la liturgie aura pour la première fois, depuis des siècles dans ce monastère orthodoxe qui, aujourd’hui, est transformé en musée.
 
Une Vierge à part : la Panagia SOUMELA
(la Toute Sainte Mère de Dieu des Grecs Pontiques)
 
La Toute Sainte Vierge Marie célébrée là où se trouve l'Hellénisme
 
Partout où vit l'hellénisme de la diaspora, jusqu'au bout du monde, il existe une église consacrée à la Toute Sainte Théotokos et des milliers de croyants affluent, notamment le 15 août, jour de la Dormition pour lui adresser leurs prières.
On ne compte plus le nombre d'églises dédiées à la Toute Sainte en Grèce, mais il en est une qui tient une place à part, et qui est à l'honneur en ce jour de la Dormition, c'est la Panagia Soumela, à Vermio, préfecture de Veroia en Macédoine, symbole du martyr et du déracinement des Pontiques, les Grecs du Pont-Euxin, partis de la côte sud, aujourd'hui turque, de la mer Noire.
La Très Sainte Vierge de Soumela est aujourd'hui un des importants lieux de pèlerinage du 15 août, avec celle de l'île de Tinos dans les Cyclades.
Construite en 1951 sur les pentes du mont Vermio près de la localité de Kastania, à Veroia en Macédoine, l'église se veut un rappel du monastère homonyme de Trapezounta (Trabzon) datant du 4ème siècle, sur les montagnes qui dominent de la côte sud de la mer Noire.
Selon la tradition, les moines Varnavas et son neveu Sophronios, partis d'Athènes, y ont été conduits par une vision de la Mère de Dieu pour construire la maison de son icône peinte de la main de l'Evangéliste Lucas. L'icône avait été trouvée à Athènes après la mort de Luc, puis perdue. Toujours selon la tradition, elle avait été transportée par des anges sur le lieu indiqué dans la vision des deux moines.
Arrivés sur place, les deux moines s'installent à côté de la grotte où a été trouvée l'icône, sur une pente raide à 1 000 mètres d'altitude au mont Melas, d’où le nom Soumela (eis tou Mela / au Melas). Avec l'aide d'un monastère voisin, ils construisent une petite église à l'intérieur de la grotte. Avec le temps, le soutien des empereurs de Byzance et la réputation acquise d'une source d'eau miraculeuse, le lieu se développe en un important centre de l'hellénisme du Pont et de la chrétienté. Même sous l'empire ottoman, les musulmans y recourent pour les guérisons et les sultans maintiennent les privilèges acquis sous Byzance. A la fin du 19ème siècle, le lieu compte plusieurs monastères, une auberge de quatre étages, une bibliothèque et plusieurs autres églises et dévotions construites aux alentours.
Mais, l'histoire s'arrête en 1922, avec la catastrophe de Smyrne en Asie Mineure, marquant la fin du soulèvement grec contre le joug turc-ottoman. Avec les échanges de population, les Grecs doivent quitter les terres antiques de l'Anatolie et les Pontiques affluent par centaines de milliers en Grèce continentale, notamment en Macédoine. En 1931, un accord entre les gouvernements grec et turc permet de rapatrier un certain nombre de reliques du monastère parmi lesquelles l'icône de la Vierge. Pendant 20 ans, l'icône est hébergée au musée Byzantin d'Athènes, jusqu'en 1952 où la construction de la nouvelle église est terminée.
Depuis, la Panayia Soumela est devenue un symbole pour les Grecs Pontiques de partout dans le monde. Ceux d'Amérique et du Canada ont créé en 1982 à New York la Fondation de la Toute Sainte  Soumela des Pontiques d'Amérique qui vise à faire revivre le pèlerinage du 15 août dans la "terre Pontique du Nouveau Monde".
Par la suite, en 2005, a été créée la "Holy Institution Panayia Soumela, Inc" qui a procédé à l'achat d'un terrain de 1,5 hectare à West Milford dans le New Jersey et où ont été construits une église, un centre culturel et un bâtiment.

 

L'Assomption de Marie, une fête avant d'être un dogme

Publié le 3 Août 2011

Avant de partir, je vous propose cet article car je ne pourrai pas le faire le 15 août, car je pars en vacances.
 
Il faut savoir d'abord que la fête de l'Assomption de Marie célèbre un dogme propre à l'Eglise catholique, et qui concerne la Marie, la mère de Jésus. Selon laquelle le corps de Marie, après sa mort, fut emportée au Ciel et ne connut donc pas la corruption, comme pour Jésus, son fils. Ce qui explique l'utilisation du terme « assomption » qui provient du verbe latin assumere, qui signifie « prendre », « enlever ». Son équivalent orthodoxe, s'appelle la Dormition de Marie, qui n'est pas un Dogme. Cette fête est célébrée dans les deux confessions le 15 août.
 
Ses origines sont très obscures car on n'en a aucune mention dans les textes du Nouveau Testament et encore moins dans les écrits chrétiens du IIe au Ve siècle, Marie disparaissant de l'histoire de l'Église après sa mention dans Actes 1, 14, au point qu'en 378, Epiphane de Salamine dans son ouvrage Panarion (notice 78 contre les antidicomarianites) dit qu'il ne peut pas affirmer que la vierge est morte ou non mais que si elle est morte sa mort a été heureuse. Tout ce qui suit reste du domaine de la supputation. D'ailleurs, les textes apocryphes duTransitus Mariæ, daté du Ve siècle, Grégoire de Tours, au VIe siècle, et Jean Damascène au VIIIe siècle, ne nous sont pas ici d'une grande utilité, sauf pour nous apprendre que Marie serait morte à Jérusalem, et aurait été enterré dans le Jardin de Gethsémani, au Mont des Oliviers.
L'Assomption de Marie, une fête avant d'être un dogmeMais même pour ces deux informations, elles peuvent être relativisées. Il vaut donc mieux faire preuve de prudence, et essayer de restituer les événements avec le peu que nous apprend le Nouveau Testament et les écrits patristiques. D'abord, Marie a probablement vécut avec les « frères de Jésus », aux côtés desquels elles se trouvent dans le Cénacle après l'Ascension dans Actes 1, 14, et elle était probablement présente lors de la Pentecôte, comme l'indique le « tous ensemble » de Actes 2, 1. Sa demeure possible était probablement la même que celle où demeurait le frère de Jésus, Jacques, qui dirigea l'église de Jérusalem et la première communauté chrétienne de 30 à 62. Sa mort dut se passer avant ou pendant la persécution soit contre les Héllénistes, en 36, soit d'Hérode Agrippa entre 41 et 44 car on ne parle pas d'elle à ce moment là, la tradition situant sa mort entre 40 et 42 serait en faveur de cette théorie. Elle semble avoir été un des membres fondateurs en qualité de témoins de la Résurrection du Christ, et l'une des chefs de cette dernière. Le rôle de prophétesse que lui attribuent certains historiens n'est pas impossible. De plus en tant que Mère du Messie elle était donc très estimée comme le montre sa récurrence dans l'Évangile de Jean, où elle est la plus citée des Quatre évangiles. Elle est probablement morte, entouré de sa famille et de proche, peut-être Thomas, qui pourrait avoir été plus proche que l'on ne pense de la famille de Jésus comme le montre le dit 13 de l'évangile de Thomas. Mais probablement pas tous les Douze. On ne sait pas si cette mort a marqué la communauté naissante. Mais vu le silence, on peut en douter, mais il se peut aussi que les choix de l'auteur des Actes des Apôtres ne se portaient que sur quelques événements significatifs, dont la mort de la mère de Jésus ne faisait pas partie. D'autant que la place qu'elle prend dans l'évangile de Jean est significative de l'importance qu'elle prit dans l'Église chrétienne naissante, peut-être parce que l'auteur avait grandi dans un milieu converti par les missionnaires judéo-chrétiens. Il faut se rappeler qu'il en fut de même pour les Quatre évangiles pour la mort de Joseph, son époux, qui a pourtant dû être significative pour Jésus. Si elle est morte un sabbat, la tradition que rapporte Juvénal prend de la consistance, car Thomas aurait pu être chargé par la famille au moment de la persécution de transférer le corps de Marie du tombeau où elle avait été déposé peut-être sur le Gethsémani, comme le rapporte la tradition, au tombeau familial peut-être à Nazareth, et non parce qu'il aurait été en retard.
Après, c'est la tradition qui prend le relais. D'après moi, au départ, le récit était un récit de tombeau vide, tel que le rapporte Jean Damascène au VIIIe siècle, d'après le récit de Juvénal, patriarche de Jérusalem entre 418 à 458. Thomas entre alors dans le tombeau et découvre qu'elle est vide. Tout ce qu'il reste sont les linges autour de son corps. Et probablement le récit s'arrêtait là tout comme celui de l'évangile de Marc. Il n'y avait aucune allusion au fait que Marie aurait été enlevée au Ciel.
 
On ne sait pas trop quand émerge les premiers récits de la Dormition de Marie, mais il est possible que ce ne soit qu'après le Concile d'Ephèse en 431, où Marie fut reconnu Theotokos, Mère de Dieu. La piété populaire a tout de suite fait sienne cette affirmation des théologiens et ne pouvait concevoir que Marie avait connut après sa mort, la fameuse Dormition, la corruption corporelle, à l'image de son fils. Ce qui peut expliquer l'apparition au milieu du Ve siècle peut-être en Egypte d'un ensemble d'écrits apocryphes, sur le Transitus MariæPassage de Marie, parmi lesquels le transitus Mariae, du pseudo-Méliton et le Livre de la Dormition (Koimesisde la Sainte Mère de Dieu par le pseudo-Jean.
L'Assomption de Marie, une fête avant d'être un dogmeLe récit était le suivant. Divinement averti, sur le mont des Oliviers, par un ange de sa mort prochaine, Marie meurt, entourée des Apôtres de Jésus, revenu miraculeusement de Mission. Jésus vient chercher son âme qui est confiée à l'archange Michel. Ses apôtres enterrent Marie au pied du mont des Oliviers, puis quelques jours plus tard, Jésus vient chercher le corps, corps et âme se trouvant dorénavant au Paradis.
Un bon récit pour la piété populaire, à tel point qu'après le Concile de Chalcédoine en 451, peut-être pour calmer ce mouvement, Marcien et Pulchérie, les co-empereurs de Constantinople, demandèrent le corps de Marie au patriarche de Jérusalem, Juvénal. Celui-ci fit preuve d'intelligence. D'après Jean Damascène qui rapporte le récit, il aurait dit que Marie est morte, entourée des apôtres, sauf Thomas, qui était en retard. Celui-ci demanda à voir sa tombe qu'il trouva inoccupé, d'où que les apôtres conclurent qu'elle était montée au Ciel. Marcien et Pulchérie firent donc élever une première église de la Dormition de Marie sur le site présumée de la tombe de Marie dans le mont des Oliviers, dans le jardin de Gethsémani. Si l'on suit une hagiographie, la Vie de Saint Théodose, la fête de la Dormition pourrait avoir été célébrée en Palestine avant l'an 500, ce que pourrait confirmer la célébration de « La commémoration de la sainte mère de Dieu » qui avait lieu, semble-t-il, dans l'église de la Dormition de Marie de Jérusalem suite à sa fondation tous les 15 Août. Celle-ci était précédée d'un jeûne.
Inquiet de la place prise par cette fête qui n'était fondé sur aucune source biblique et pastorale, le pape Gélase Ier condamne les Transitus Mariae en même temps que d'autres écrits apocryphes en 495-496, mais il est bien trop tard, car ces récits continuent à circuler et à alimenter la piété populaire au point que cette tradition orientale franchit bientôt l'Orient. La fête de la Dormition de Marie est ainsi connue en Gaule et en Égypte dès le VIe siècle où elle est célébrée le 18 janvier. La date proche de l'épiphanie avait été vraisemblablement choisie en ne gardant que le sens strict de maternité divine. On trouve aussi des martyrologes dans lesquels la fête est marquée pour le 23 Septembre.
La fête fut fixée définitivement le 15 août en Orient par l'empereur byzantin Maurice (588-602), suite à la consécration d'une autre Église à Gethsémani, qui venait remplacée la précédente, et qui l'étendit à tout son empire.
 
La fête, qui était cantonnée à quelques îlots en Occident, se développa progressivement, mais avec beaucoup de lenteur, car la Dormition de Marie s'appuyait sur des récits apocryphes dont on se méfiait avec raison. D'ailleurs, c'est Grégoire de Tours, vers 594, qui est le premier à en faire une mention et à en donner la première formulation théologique en Occident, en s'appuyant justement sur les Transitus Mariae. En Orient, ce sera Méthode, patriarche de Jérusalem de 632 à 634, l'église qui fut à l'origine de la fête de la Dormition de Marie, qui va promouvoir ce concept à l'ensemble de l'église : « À titre de très glorieuse mère du Christ, l'auteur de la Vie et de l'Immortalité, Marie est vivifiée dans l'incorruptibilité éternelle de son corps, par celui-là même qui l'a ressuscitée du tombeau et l'a élevée jusqu'à lui de la manière que lui seul connaît »(Dormition de la bienheureuse Vierge Marie n°14). Au même moment, Timothée, un prêtre de Jérusalem (VIe - VIIe siècle) présumait que « la Vierge est jusqu'à présent immortelle (c'est-à-dire n'est pas morte) ». Une théorie que ne fera pas l'unanimité. Mais le concept d'Assomptionaprès la Dormition ne semble pas prendre avant le VIIIe siècle en Orient et le XIIe siècle en Occident, sa mort était alors semble-t-il universellement reconnut par les savants chrétiens, la liturgie et la tradition
Le pape Théodore (642-649), originaire de Constantinople, est le premier à célébrer cette fête à Rome le 15 août sous le nom de « Dormition de Marie » et le pape Serge Ier l'établit parmi les quatre fêtes mariales que doit célébrer tout chrétien avec l'Annonciation, la Nativité et laPurification. Elle prend le nom de Pausatio (Repos) dans un évangéliaire, datant de 740, puisd'Assumptio Sanctae Mariae, Assomption de Sainte Marie dans un missel ou sacramentaire de 770, nom sous lequel la connaisse les catholiques actuellement, qui affirme : « Elle a subi la mort temporelle, mais n'a pas été soumise à ses liens ». Cette dénomination se retrouve dans le sacramentaire envoyé par le pape Adrien Ier à Charlemagne entre 784 et 791. Cette fête était rendue solennelle par une procession nocturne qui allait de Saint-Adrien-au-Forum à Sainte Marie-Majeure, et par une vigile et un jeûne. A Rome aussi se trouvait une fresque (encore visible) représentant l'Assomption dans la basilique souterraine de Saint-Clément.
C'est au même moment qu'en Orient, des savants chrétiens prennent pour la première fois parti sur la question. Le premier est semble-t-il Jean Damascène (676-749) qui défend nettement ce concept : « Il fallait que celle qui avait conservé sans tache sa virginité pendant l'enfantement, conservât son corps sans corruption même après la mort... Celle qui avait hébergé le Verbe de Dieu en son sein, ne pouvait qu'être logée dans la demeure de son Fils » (Homélie pour la Dormition II, 3, 14, PG 96, 723-726). Il faut dire que l'environnement où il avait été élevé le prêtait à cette croyance, lui et son père avant lui, occupait le poste de chancelier impérial de l'empire islamique des Omeyyades, et que pour celui-ci une ascension corporelle de Muhammad dans le ciel était la politique officielle, puisque une sourate du Coran, le Voyage Nocturne, rapporte une montée au ciel de Muhammad après sa mort. Une position qui prend presque un caractère officiel quand Germain, patriarche de Constantinople de 715 à 730, la défend : « La mère de la Vie devait elle-même demeurer avec la Vie ; la mort ne pouvait être pour elle qu'un sommeil, et l'Assomption comme un réveil pour la mère de la Vie » (Homélie pour la Dormition, PG 98, 346-347). Toutefois, elle ne prit jamais le caractère d'un dogme comme il en sera plus tard dans l'Église catholique.
En 813, le Concile de Mayence rend la fête obligatoire à tout l'empire franc. En 847 une octave est jointe à cette solennité par le pape Léon IV, et en 863, le pape Nicolas Ier plaça la fête de l'Assomption au même plan que les fêtes de Noël et de Pâques.
Toutefois, l'Assomption en tant que doctrine ne semble pas prendre alors en Occident, où les textes sur lesquels ils reposaient étaient alors vu avec méfiance. D'ailleurs, le martyrologue du moine Usuard, datant de 875, en reprenant le pseudo-Jérôme, prend partie en faveur de laDormition contre l'Assomption. Il sera d'ailleurs repris par Rome, ce qui peut expliquer la difficulté qu'a eut une doctrine de l'Assomption à émerger. On a donc juste alors officialisé la culture populaire qui en avait émergé.
Au même moment apparaît une nouvelle tradition sur la Dormition de Marie, dont la première allusion se situerait à la fin du IXe siècle dans un manuscrit syriaque dans lequel Marie aurait suivit l'apôtre Jean, auquel le Christ, sur la croix, l'avait confié, et y serait morte. Les seules autres sources pré-modernes sont trois auteurs syriaques des XIIe et XIIIe siècles. On situait sa Dormition dans le lieu qu'on appelle aujourd'hui la « Maison de Marie ».
 
Ce n'est qu'au XIIe siècle que les choses évolueront. Bernard de Fontaine, abbé de Clairvaux de 1115 à 1153, directeur de conscience de l'ordre cistercien, portait une dévotion particulière à la Vierge, qu'il nommait Notre Dame, et dont il chercha à développer le culte dans toute la Chrétienté. Cette dernière devient alors la figure de la Chrétienté franque.
On peut alors comprendre alors le réveil du débat sur l'Assomption de Marie. Bernard de Clairvaux sera le premier à discourir à ce sujet dans ses Sermons sur l'Assomption : « S'il est pour toute chair un temps pour parler, s'écrie-t-il, c'est bien aujourd'hui où la Mère du Verbe fait chair est enlevée aux cieux... La piété ne souffre pas que nous taisions aujourd'hui la gloire de Marie » (4e Sermon sur l'Assomption, Seuil, 1953, p. 1003). Un argument de poids vient alors soutenir cette doctrine, le traité Liber de assumptione, attribué à Augustin d'Hippone, qui acceptait l'Assomption corporelle de Marie et fut probablement écrit en réaction au Pseudo-Jérôme.
L'Assomption de Marie, une fête avant d'être un dogmeMais c'est surtout à partir du XIIIe siècle que cette doctrine prend forme, lorsque les théologiens se déclarèrent en sa faveur. Le franciscain portugais, Antoine de Padoue, custode de Limoges en 1226 et provincial d'Italie du Nord de 1227 à 1231, prend position en ces termes : « Vous savez clairement que la Vierge Marie a été élevée au ciel dans son corps. De la même façon que Jésus Christ est ressuscité en triomphant de la mort et est monté à la droite du Père, ainsi pareillement est ressuscitée aussi l'Arche de sa sainteté, lorsque la Vierge Marie a été élevée dans la demeure céleste » (Serm. In Assump. B.V.M). Le Dominicain, Albert le Grand, maître de théologie à l'Université de Paris de 1245 à 1248, maître régent de l'École supérieure de théologie (Studium generale) de 1248 à 1254, et évêque de Ratisbonne de 1260 à 1263, prend également position sur le sujet : « Il est clair que la bienheureuse Mère de Dieu a été élevée en son âme et en son corps au-dessus du chœur des anges » (Mariale, q. 132). Son disciple, Thomas d'Aquin, maître régent à Rome de 1265 à 1268 et du studium generale de Naples de 1272 à 1273, fera de même en ces termes : « le corps de Marie a été élevé au ciel avec son âme » (MD n°511). Et de même son contemporain, le franciscain Bonaventure de Bagnoregio, ministre-général des franciscains de 1257 à 1273 et cardinal-évêque d'Albano de 1273 à 1274 : « Dieu n'a permis en aucune façon que le corps de Marie fut réduit à la corruption ou tombé en cendres. Il est donc évident que c'est en son âme et en son corps qu'elle se trouve au ciel : sans quoi elle n'aurait pas la jouissance béatifique achevée » (Sur le Cantique 8, 5).
La culture populaire put donc, sous la caution des théologiens, développer certaine forme plus expressive de foi en l'honneur de l'Assomption de Marie, mais il faudra attendre le XVe siècle avec l'apparition en France de la première procession de l'Assomption. A l'occasion d'une victoire remportée sur les Anglais qui furent obligés de lever le siège de la ville en 1443, la procession de l'Assomption fut instituée à Dieppe. Par la suite, peut-être en réaction à la Réforme protestante qui ne reconnait pas l'Assomption de Marie car elle n'est fondée sur aucune source biblique ou patristique (tel que le démontre le fait que l'archevêque de Cantorbéry, Thomas Cramner n'hésita pas à l'enlever du Book of Common Prayer de l'Église établie d'Angleterre de 1552), se développe à la fin du XVIe siècle en Italie une procession pour le 15 août, qui existe toujours comme nous le verrons plus bas.
C'est donc dans le même esprit que le pape Pie V, lors de la réforme du Bréviaire (1570), enleva les citations du « pseudo-Jérôme », qui ne prenaient partie contre l'Assomption corporelle et remplacés par d'autres qui défendaient ce point de doctrine.
Cette fête prendra de l'importance en France surtout à partir de 1638, le roi Louis XIII, lors ce qu'il eu la certitude d'avoir un enfant (Louis XIV né en 1638) après 22 ans de mariage, à la suite d'un vœu fait à Toulouse, en reconnaissance consacre sa personne et son royaume à le Vierge Marie par une déclaration donnée à Saint Germain en Laye le 10 février 1638. Il demande également que des processions aient lieu en son honneur le 15 Août dans chaque paroisse. L'Assomption devient une fête nationale, d'autant que la consécration du royaume de France à Marie fut confirmée par Louis XIV en 1650 et par Louis XV en 1738.
Mais celui que l'on surnomma le pape des Lumières, Benoit XIV (1740-1758) prend alors fermement position contre l'Assomption dans De festis Domini Nostri Jesus Christi et Beatae Virginis Mariae avec de très bons arguments : « L'assomption de la bienheureuse Vierge n'est pas un article de foi... les textes de l'Ecriture que l'on a l'habitude de citer en sa faveur peuvent être interprétés autrement et la tradition ne suffit pas pour élever cette doctrine au rang des articles de foi... ». Ce qui explique certainement pourquoi on en entendit plus parler avant 1849.
L'Assomption de Marie, une fête avant d'être un dogmeEn 1801, après le Concordat, L'Assomption devient une des quatre fêtes d'obligation, c'est-à-dire chômées pour célébrer Dieu, Jésus, la Vierge et les Saints avec Noël,l'Ascension et la ToussaintNapoléon Ier naît le 15 août 1769, en fit, par le décret du 19 février 1806, sa fête officielle, la « Saint-Napoléon ». Selon l'hispaniste français Damas-Hinard (1805-1870), « le pape Pie VII proposait à l'empereur de canoniser un Bonaventure Bonaparte, mort obscurément dans un cloître. » Mais Napoléon préféra s'inspirer d'un personnage historique à l'existence contestée (Saint Neopolis aurait été un martyr vivant au IV° siècle avant Jésus Christ.), l'objectif de l'Empereur était, en effet, d'opérer une sorte de syncrétisme entre une fête religieuse, l'Assomption, et une célébration étatique, la Saint Napoléon. C'est ainsi que la fête nationale, du moins jusqu'en 1815, continua à être célébrée le 15 août.
Evidemment abandonnée lors de la Restauration, la Saint Napoléon ne fut célébrée que par les milieux bonapartistes, nostalgiques de l'Empire, la fête de l'Assomption retrouvant son rôle religieux. En 1852, devenu Empereur suite à un coup d'Etat, Napoléon III décida d'instituer cette fête par décret. Festivité aussi bien laïque que chrétienne, le 15 août resta la fête nationale jusqu'en 1870, date de l'entrée en guerre contre la Prusse. Suite à ce conflit désastreux pour la France, la république fut proclamée, et la Saint Napoléon disparut pour de bon.
Les nouveaux dirigeants, aussi hostiles à l'Empire qu'à l'Eglise, décidèrent en mai 1880 que la fête nationale serait désormais fêtée le 14 juillet, ce qui donna naissance à notre fête nationale actuelle, alors qu'étrangement au Canada d'anciens colons français, les Acadiens choisirent le 15 août 1881 Notre Dame de l'Assomption pour sainte patronne. Le 15 août est depuis pour eux un jour férié, équivalent de notre fête nationale.
Le 15 août est resté également un jour férié en France après la séparation de l'Église et de l'état en 1905, mais aussi en Italie, en Espagne, au Portugal, en Belgique, au Luxembourg, en Pologne, en Autriche, en Bavière et en Grèce, mais elle ne l'est pas dans les autres pays d'Europe et particulièrement dans les pays protestants. En effet, refusant toute exégèse sur la question car ne prenant en compte que ce qui est relaté dans les livres seuls considérés comme inspirés de Dieu, le protestantisme refuse cette doctrine, ou croyance dans laquelle il voit une nouvelle tendance de l'Église catholique à la « mariolâtrie » (adoration idolâtre de la mère de Jésus Christ plutôt que de Dieu). Toutefois, dans l'anglicanisme et le luthérianisme, la fête s'est maintenue comme une célébration en l'honneur de Marie, mais sans usage officiel du mot « Assomption », a part pour les anglo-catholiques.
 
L'Assomption de Marie, une fête avant d'être un dogmeC'est aussi XIXème siècle, après la proclamation du dogme de l'Immaculée conception par Pie IX en 1854 que se développe dans un courant de piété marial, avec envoi de nombreuses pétitions à Rome pour que soit officiellement défini le dogme de l'Assomption, même si il y avait déjà eut un précédent. Les archevêques de Malines (Belgique) et d'Osma (Espagne) avaient, en effet, demandé au Pape, dès l'année 1849, une définition du dogme de l'Assomption. De 1854 à 1945, ce seront huit millions de fidèles qui écriront en ce sens, auxquels il faut y ajouter les pétitions de 1332 évêques, de 83 000 prêtres, religieuses et religieux. Pendant près d'un siècle la foi populaire se passionne littéralement pour cette cause, tel que le montre peut-être le fait que le 21 mars 1922, le pape Pie XI proclama dans la Lettre apostolique, « Galliam, Ecclesiae filiam primogenitam »Notre-Dame de l'Assomptionpatronne principale de la France, suite à une réclamation de l'évêque d'Orléans.
Face à ces demandes répétées, par la lettre Deiparae Virginis Mariae du 1er mai 1946, le papePie XII demande à l'épiscopat du monde entier s'il était souhaitable de procéder à la définition de ce dogme. 90% des évêques y furent favorables. 10% des évêques s'interrogèrent sur l'opportunité d'une telle déclaration. Quelques-uns émirent des doutes sur le « caractère révélé » (ce qui est tout à fait compréhensible si l'on tient compte de ce que j'ai rapporté plus haut) de l'Assomption de Marie. La réponse, ayant été donné à la quasi-unanimité, le pape avait annoncé qu'il confirmait « l'enseignement unanime du magistère ordinaire de l'Église et la croyance unanime du peuple chrétien ». Mais ce ne fut que le 1er novembre 1950 que l'Assomption de Marie fut établie sous forme de dogme par la constitution apostolique Munificentissimus Deus de Pie XII, en ces termes :
« En l'autorité de notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et par notre propre autorité, nous prononçons, déclarons, et définissons comme un dogme divinement révélé que l'Immaculée Mère de Dieu, la Vierge Marie, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire céleste » (§ 44).
Depuis la déclaration d'infaillibilité pontificale par Vatican I, en 1870, cette déclaration de Pie XII constitue la seule utilisation de l'infaillibilité papale ex cathedra. Et Pie XII, en choisissant le terme d'Assomption, qui est un terme passif, voulait ainsi signifier que selon lui que Marie ne s'est élève pas élevé au ciel d'elle-même. Mais que ce ne fut qu'après sa mort qu'elle fut prise, corps et âme, et élevée au Ciel.
Des célébrations mémorables accompagnèrent la proclamation du dogme, qui clôturait une année jubilaire, à l'occasion desquelles Pie XII couronna une statue de la Vierge, dans la crypte de saint Pierre à Rome.
Le 21 novembre 1964, le pape Paul VI promulgua la Constitution dogmatique Lumen gentiumsur l'Eglise qui énonça : « Enfin, la Vierge Immaculée, préservée de toute tache de la faute originelle, au terme de sa vie terrestre, fut élevée à la gloire du ciel en son âme et en son corps et elle fut exaltée par le Seigneur comme Reine de l'univers afin de ressembler plus parfaitement à son Fils, Seigneur des seigneurs (cf. Apocalypse 19, 16) et vainqueur du péché et de la mort. » (Chapitre VIII, & II.)
 
Les célébrations divergent selon les confessions mais nous allons tenter de faire des comparaisons.
Cette fête, que les deux confessions fêtent le 15 août, est aussi importante pour les catholiques que les orthodoxes. Pour les premiers, c'est une fête d'obligation, donc ils doivent assister à la messe du jour, et pour les seconds c'est l'une des Douze grandes fêtes du Calendrier orthodoxe.
La fête est précédée, dans la tradition orthodoxe, d'un jeûne strict de 14 jours du 1 au 14 août (le jour de la fête de la Transfiguration, le 6 août, il est cependant permis de manger du poisson et de boire du vin), le « carême de la mère de Dieu ».
À la veille de la fête (c'est-à-dire au début du jour liturgique de la fête), des vêpres sont célébrées en début de soirée chez les orthodoxes et les catholiques. Le rituel orthodoxe contient trois lectures de l'Ancien Testament, interprétées symboliquement à partir du Nouveau Testament. En Genèse 28:10-17, l'échelle de Jacob qui unit le ciel et la terre désigne l'union de Dieu avec les hommes qui se réalise pleinement et plus parfaitement en Marie portant Dieu en sein. En Ézéchiel 43:27-44:4, la vision du temple dont la porte orientale est perpétuellement fermée et remplie de la gloire du Seigneur, symboliserait la virginité perpétuelle de Marie. Marie est aussi identifiée avec la « maison », en Proverbes 9:1-11, que la Divine Sagesse a construit pour elle-même : « La Sagesse de Dieu a bâti en Toi, Vierge Sainte, sa maison - et s'est incarnée dans sa mystérieuse descente - Entre toutes les générations Tu fus l'Élue pure pour être la demeure du Verbe pur. » Dans le rituel catholique, les trois lectures sont 1 Chroniques 15,3 - 16,2, concernant la procession pour le transport de l'arche au temps de David1 Corinthiens 15, 54-57 : « O mort ou est ta victoire ? », symbolique lors de l'Assomption de Marie et ce qui étrange Luc 11, 27-28, où Jésus sermonne en ces termes une femme qui avait félicité sa mère pour sa naissance : « Heureux ceux qui entendent la Parole de Dieu et qui la gardent ». Mais chez les catholiques, ces vêpres sont peu à peu remplacées par des messes anticipées.
Le rituel catholique de la fête, la messe se déroulant le matin, comme lors des célébrations du dimanche, est également tourné vers Marie, comme le montre les deux principales lectures du jour. D'abord, le récit de l'Apocalypse (11,19-12,10) qui rapporte la vision d'une femme vêtue de soleil, la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles, qui sans doute au sens premier représente l'Église, mais la tradition a eut une tendance à y voir une figure de Marie. Ensuite, Luc 1,39-56 qui rapporte la scène de la Visitation (probablement fictive) de Marie à sa cousine Élisabeth et la prière de Marie : « Mon âme exalte le Seigneur... le puissant fit pour moi des merveilles ». Symbolique à plus d'un titre, car cet épisode constitue un passage de relais entre Jean le Baptiste et Jésus, et l'espoir qu'aurait fait naître cette naissance dans sa mère, celui de la libération des hommes. Chez les orthodoxes, cette dernière figure en première lecture suivit par les récits de Luc 10, 38-42, et de Luc 11, 27-28. Le premier relate l'épisode deMarthe et Marie, où Jésus nous apprend que Marthe aurait dû préférer écouter la Parole de Dieu comme sa soeur plutôt que de travailler à la bonne tenue de la maison en ces termes : « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses. Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée. » Et le second passage est celui lu comme évangile chez les catholiques lors des vêpres. Il y aussi une autre spécificité purement orthodoxe dans le fait que la célébration se déroule avec l'icône de la dormition de Marie qui la représente endormie couchée sur son lit de mort entourée des apôtres et le Christ en gloire recevant dans ses bras l'âme de sa Mère pour l'emmener au ciel.
L'Assomption de Marie, une fête avant d'être un dogmeL'après-midi, se sont mis en place depuis le XVe siècle, un nombre important d'événement en relation avec cette fête. D'abord, des processions, célébrées dans les églises catholiques, avec la statue de la Vierge où la statue est transportée sur les épaules des porteurs la veille ou le soir du 15 août soit autour de l'église, soit de l'église vers une chapelle. Il en existe de nombreux exemples. Ainsi, depuis la décision de Louis XIII en 1638, on fait partout en France une procession solennelle pour la fête de l'Assomption. La procession avec la statue de la Sainte Vierge n'est plus prescrite par le rituel liturgique, mais elle se fait encore dans un certain nombre de paroisse. La statue est transportée sur les épaules des porteurs. C'est une procession aux flambeaux le soir du 15 août ou parfois la veille. La procession a lieu soit autour de l'église, soit de l'église vers une chapelle. Le 15 août est une date très importante pour les Marseillais. Ils sont le 14 au soir à la procession de la statue de Notre Dame de la Garde. A Paris, le 14 août, il y a une procession fluviale sur la Seine. A Lyon : en présence du cardinal Barbarin, procession aux flambeaux à 20h30, le 14 août. Au Puy-en-Velay (Haute-Loire), chaque 15 août, une longue procession derrière la Vierge noire se déroule dans les rues de la vieille ville, en présence de 10 000 pèlerins et touristes. Plus de 10 000 motards à Porcaro (Morbihan) pour la « fête de la Madone » avec bénédiction des motards.
Il en est de même en Italie, où plusieurs processions se déroulent lors de cette fête, qui la plus importante pour les Italiens après Noël. A Sassari en Sardaigne,il existe depuis 1580 uneprocession dite des Candelieri. On offre à la vierge des cierges le jour de l'Assomption. Les « candelieri » (chandeliers) sont de grandes colonnes de bois en forme de cierges, décorées de l'image du saint patron de la corporation ou des outils de travail. A Valentano, la procession du 15 août remonte à l'an1655. Quand il est déjà nuit noire, dans les rues illuminées par de nombreuses lumières à chaque balcon, passe la procession avec la statue de la Sainte Vierge. Dans l'île de Pescatori, une procession de bateaux pour la pêche amène une belle statue de laVierge « Assunta » tout autour de l'île.
Il en est de même en Belgique où après la messe de la fête de l'Assomption le 15 août en Belgique à Marbais, une procession démarre avec le Saint-Sacrement, escorté par les pèlerins de la Confrérie de Saint-Roch.
De nombreuses fêtes ont également lieu, le 15 août, en liaison avec la procession.
D'abord, la fête du pain et de la moisson, au cours de laquelle dans certaines régions françaises, on porte aujourd'hui à l'église les premiers fruits du jardin, joliment arrangés en des bouquets que bénit le prêtre. Cette coutume remonte à l'usage païen de ramasser, vers cette époque de l'année, des plantes odorantes (bienfaisantes et maléfiques) pour les placer dans les maisons, les étables, afin de chasser mauvais esprits et mauvaises bêtes. La liturgie christianisa cette coutume. On relève des formulaires de bénédiction à partir du Xe siècle. L'Assomption se fêtant avec le mûrissement des grains, il était obvie de bénir les premiers fruits de la terre, les fleurs et les plantes médicinales au moment où l'on fêtait Marie, fleur des prés et lys des vallées (Cantique 2,1). Assurément, de tous les fruits de la terre, Marie, en son assomption, est le plus beau.
L'Assomption de Marie, une fête avant d'être un dogmeEnsuite, les fêtes de la mer avec bénédiction de la mer et bénédiction des bateaux pavoisés dans le nord, en Bretagne et en Provence, avant le début de la saison de pêche. Cette tradition a vraisemblablement pour origine les temps reculés où leurs maris passant de longs mois en mer, les femmes s'adressaient à la Vierge Marie pour lui demander de protéger un mari, un frère, un fils. Lors de la bénédiction de la mer et des bateaux, le prêtre, qui est sur une vedette avec les enfants de chœur, bénit chaque bateau par un signe de croix et on jette une gerbe de fleurs au large à la mémoire des marins disparus.
Et pour beaucoup de paroisses de Provence, le 15 août, est également la fête paroissiale, lafête patronale de beaucoup de paroisses en Provence. On y fait souvent, encore actuellement, une procession dans le village.
En Belgique, en Outre-Meuse, le 15 août est une aussi une fête qui se déroule sur 3 jours à Liège. C'est une célébration religieuse (où la messe y est dite en wallon et en français, où une procession y célèbre l'Assomption) mais la particularité la plus caractéristique de cette fête est de boire un alcool de baies de génévrier appelé « peket », une tradition qui remonte au passé wallon. Il y a aussi un défilé folklorique, sans signification religieuse, avec des personnages géants.
Dans la basilique de Santa Maria de Elche en Espagne se tient également chaque année pendant les festivités en l'honneur de l'Assomption de la Vierge Marie une représentation théâtrale lyrique dans les diverses traditions qui sont construit par les apocryphes concernant l'Assomption de Marie. El Misteri d'Elx acquit la reconnaissance à tel point qu'en 1632 le papeUrbain VIII par une bulle dispensa la basilique Santa Maria de l'interdiction de jouer une représentation à l'intérieur des églises qui avait été acceptée par le Concile de Trente.
La fête de la Dormition orthodoxe est suivit 8 jours d'après fête, la célébration de l'octave qui n'existe plus dans le rituel catholique. La fête est aussi encadré et accentuée par trois fêtes en l'honneur de Jésus-Christ, connue sous le nom des «Trois fêtes du Sauveur au mois d'août ». Ce sont la procession de la Croix (1er août), la Transfiguration (6 août), et l'icône du Christ « pas faite  à la main » (16 août).
 
J'espère que cet article vous aura appris des choses utiles sur cette fête. Je consacrerai à mon retour à un article moins festif et plus prosaïque.