WWIII : La Mondialisation des USA qui mène à la Guerre, car le Monde est Multi-Polaire!

Publié le par José Pedro

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«Le système mondial unipolaire actuel doit être remplacé par un système de coopération»

Discours du Premier ministre russe Vladimir Poutine au Forum économique mondial de Davos, le 28 janvier 2009.

Monsieur Schwab, Monsieur le président, Mesdames, Messieurs,

Je remercie infiniment M. Schwab pour ses paroles très aimables à l’égard de la Russie. Lorsque je travaillais à Saint-Pétersbourg, je venais souvent assister au Forum de Davos, mais ces dernières années, je n’en avais malheureusement plus le temps. Je suis heureux que l’on donne à la Russie l’occasion de s’exprimer sur les problèmes de l’économie mondiale en ces temps difficiles. Je voudrais remercier les organisateurs de l’occasion qui m’est donnée d’échanger avec vous mes idées sur l’économie globale et l’économie russe et de vous exposer nos projets et propositions.

Dans son allocution d’ouverture, M. Schwab a déclaré que nous n’allions pas nous attarder sur le passé et accorder trop d’attention au «pourquoi» de la crise. Toutefois, nous ne trouverons pas de solutions sans examiner l’origine de la crise économique actuelle.

Aujourd’hui, le monde se trouve confronté à la première véritable crise écono­mique mondiale qui prend de l’ampleur à une vitesse inouïe. On a souvent comparé la situation actuelle à la grande dépression de la fin des années 1920 et du début des années 30. Elles ont certes quelques points communs.

 

Il y a longtemps que la crise était dans l’air

Cependant, il existe également des différences fondamentales. A notre époque de globalisation, la crise touche tout le monde. Tous les pays, quels que soient leurs systèmes politique et économique, sont dans le même bateau.

Le terme perfect storm désigne une situation dans laquelle les éléments naturels déchaînés convergent vers un point de l’océan et multiplient leur potentiel destructeur. La crise actuelle est tout à fait semblable à ce genre de tempête.

Les économistes et les politiques experts et responsables doivent s’y préparer, mais elles surviennent toujours sans qu’on s’y attende, à l’instar de l’hiver russe. On prend toujours des mesures minutieuses en vue de la saison froide et pourtant elle survient toujours soudainement. La situation actuelle ne constitue pas une exception. Bien que la crise ait été dans l’air, la majorité des gens s’efforçaient d’obtenir leur part du gâteau, qu’il s’agît d’un milliard de dollars ou d’un unique dollar, et ne voulaient pas voir venir le raz-de-marée.

Ces derniers mois, presque tout discours sur le sujet commençait par une critique des Etats-Unis. Or je ne voudrais pas faire pareil ici. Je voudrais simplement vous rappeler qu’il y a une année, nous avons entendu des représentants des Etats-Unis insister ici même sur la stabilité fondamentale de l’économie américaine et son avenir sans nuages. Mais aujourd’hui, les banques d’investissement, orgueil de Wall Street, ont pratiquement cessé d’exister. En 12 mois seulement, elles ont enregistré des pertes qui dépassent leurs profits des 25 dernières années. Cet exemple suffit à refléter la véritable situation mieux que toute critique.

Le système financier actuel a échoué

L’heure des éclaircissements est venue. Nous devons examiner avec pondération et sans méchanceté, sans nous perdre dans les détails, les causes profondes de la situation et essayer d’envisager l’avenir.

A notre avis, la crise est due à la combinaison de différents facteurs. Le système financier actuel a échoué. Le manque de régulations a contribué à la crise, si bien que des risques énormes n’ont pas été pris en compte comme il aurait fallu. Ajoutez à cela les disproportions colossales qui se sont accumulées au cours des dernières années, avant tout entre l’ampleur des opérations financières et la valeur fondamentale des avoirs et entre les charges croissantes pesant sur les prêts internationaux et l’origine de leurs garanties.

Le système entier de croissance écono­mique – dans lequel un centre régional ne cesse d’imprimer de la monnaie et consomme des biens matériels tandis qu’un autre produit des marchandises bon marché et accumule de l’argent imprimé par d’autres gouvernements – a subi un cuisant échec. J’ajouterai que ce système a laissé des régions entières, y compris dans l’Europe prospère, en marge des phénomènes économiques globaux et les a empêchées de prendre d’importantes décisions économiques et financières.

La course entre les indices boursiers et la capitalisation

En outre, la prospérité ainsi générée a été répartie de manière très inégale entre les diverses couches de la population de certains pays, y compris les pays très développés et entre certains pays et régions. Une part importante de la population mondiale n’a pas accès à des logements confortables, à l’école et à des soins médicaux de qualité. Et l’essor économique global de ces dernières années n’a pas modifié radicalement la situation. Finalement, cette crise a également été provoquée par des attentes excessives. On a favorisé de manière injustifiée les appétits des sociétés. La course entre les indices boursiers et la capitalisation a commencé à éclipser la productivité du travail et la véritable efficacité des entreprises.

Malheureusement, les attentes exagérées n’ont pas concerné uniquement les milieux économiques. Elles ont encouragé une consommation individuelle accrue, avant tout dans le monde industrialisé. Il nous faut admettre que cette croissance ne reposait pas sur un potentiel réel. Cela représente une richesse non gagnée par le travail, un emprunt qui devra être remboursé par les générations futures.

Cette pyramide d’attentes devait s’écrouler tôt ou tard. Et c’est ce qui se passe sous nos yeux.

L’accumulation des dettes publiques est destructrice

En période de crise, on est fortement tenté de prendre des décisions simples et populaires. Cependant nous risquons de faire face à des complications beaucoup plus importantes si nous nous contentons de traiter les symp­tômes de la maladie.

Naturellement, tous les gouvernements nationaux et les responsables économiques doivent agir avec détermination; toutefois il importe d’éviter des décisions que, même prises dans cette situation de force majeure, nous regretterons plus tard. C’est pourquoi je voudrais commencer par mentionner des mesures spécifiques qui devraient être évitées et qui ne seront pas prises par la Russie.

Nous ne devons pas revenir à l’isola­tionnisme et à un égoïsme économique effréné. Les responsables des économies les plus importantes du monde sont tombés d’accord, lors du Sommet du G 20 de novembre 2008 pour ne pas créer de barrières empêchant le commerce et les flux financiers mondiaux. La Russie partage ce principe. Même si une augmentation du protectionnisme va se révéler inévitable pendant la crise – nous le voyons aujourd’hui, à notre grand regret – nous devons tous faire preuve de mesure.

Une intervention excessive dans l’activité économique et une foi aveugle dans la toute-puissance de l’Etat constituent une autre erreur possible. Certes une intervention accrue de l’Etat en temps de crise est une réaction naturelle aux échecs de la régulation des marchés. Au lieu de rationaliser les mécanismes du marché, certains sont tentés d’augmenter le plus possible les interventions écono­miques de l’Etat. La concentration d’actifs excédentaires entre les mains de l’Etat constitue une mauvaise mesure anti-crise dans pratiquement tous les pays.

Au XXe siècle, l’Union soviétique a rendu absolu le pouvoir de l’Etat et cela a fini par rendre l’économie non compétitive. Cela nous coûte très cher et je suis sûr que personne ne souhaite réitérer cette erreur.

Nous ne devrions pas non plus ignorer que l’esprit de libre entreprise, avec le principe de responsabilité individuelle des hommes d’affaires, des investisseurs et des actionnaires pour leurs décisions a été sapé au cours des derniers mois. Ce n’est pas une raison de croire que nous pourrons obtenir de meilleurs résultats en rejetant la responsabilité sur l’Etat. De nombreux responsables écono­miques sont présents à cette rencontre. La tentation constante de recourir à l’aide de l’Etat est tout à fait compréhensible mais cette ressource n’est pas inépuisable et ne constitue pas une panacée.

Et j’ajouterai ceci: les mesures anti-crise ne devraient pas dégénérer en populisme financier et dans le refus d’appliquer des politiques macroéconomiques responsables. L’augmentation injustifiée du déficit budgétaire et l’accumulation des dettes publiques sont aussi destructrices que les spéculations boursières aventureuses.

Avenir d’une économie des valeurs réelles

Malheureusement, nous n’avons pas saisi l’ampleur de la crise actuelle. Néanmoins, une chose est évidente: l’ampleur de la récession dépendra largement de mesures spéci­fiques de haute précision qui devront être prises par les gouvernements et les milieux économiques, de même que de nos efforts professionnels coordonnés.

Nous devons pour ainsi dire expier nos fautes passées et jouer cartes sur table. Cela signifie que nous devons évaluer la situation réelle et passer par profits et pertes toutes nos dettes «sans espoir» et nos actifs toxiques.

Certes, ce sera une procédure extrêmement douloureuse et déplaisante. Nombreux seront ceux qui n’accepteront pas ces mesures, craignant pour leur capitalisation, leurs bonus ou leur réputation. Cependant nous prolongerons la crise si nous n’assainissons pas nos bilans. Je crois que les autorités financières doivent mettre au point des mécanismes permettant d’annuler les dettes, mécanisme correspondant aux besoins économiques actuels.

Deuxièmement, en plus de l’assainissement de nos bilans, il est grand temps de nous débarrasser de la monnaie virtuelle, des rapports surfaits et des notations douteuses. Nous ne devons pas entretenir d’illusions sur les évaluations de l’économie globale et des entreprises même si elles sont le fait d’analystes importants.

En fait, notre proposition implique que la réforme du système des audits et des notations doit reposer sur le retour au concept fondamental de valeur d’actif plutôt que sur des notions subjectives. Nous pensons que l’économie du futur doit devenir une économie des valeurs réelles. Mais la manière d’y arriver n’est pas évidente. Je n’ai pas de réponse explicite. Réfléchissons-y ensemble. Après tout, c’est l’objectif de ce genre de forums, grâce à M. Schwab.

Dangers de la dépendance excessive par rapport à une unique monnaie de réserve

Troisièmement, la dépendance excessive par rapport à une unique monnaie de réserve est dangereuse pour l’économie globale. Je pense que c’est clair pour tout le monde maintenant. Aussi serait-il raisonnable d’encourager la création, à l’avenir, de plusieurs monnaies de réserve fortes. Il est urgent de lancer un débat approfondi sur les moyens de faciliter un passage en douceur et irréversible à un nouveau modèle.

Quatrièmement, la plupart des pays convertissent leurs réserves nationales en monnaies étrangères et doivent par conséquent être convaincues que ces dernières sont sûres. Ceux qui émettent ces monnaies de réserve et de paiement ont tout intérêt à ce qu’elles soient utilisées par d’autres Etats.

Cela met l’accent sur les intérêts mutuels et l’interdépendance. En conséquence, il est important que ceux qui émettent une monnaie de réserve pratiquent des politiques monétaires plus transparentes. De plus, ces pays doivent s’engager à se conformer à des règles internationales de discipline macroécono­mique et financière. Nous pensons que cette demande n’est pas excessive.

Instaurer un système économique mondial plus équitable et plus efficace

Cela dit, le système financier global n’est pas la seule chose qui doive être réformée. Nous sommes confrontés à toute une série d’autres problèmes, si bien qu’un système fondé sur la coopération entre plusieurs centres importants doit remplacer le concept global unipolaire.

Nous devons renforcer le système de régulateurs mondiaux fondé sur le droit international et les accords multilatéraux afin d’empêcher le chaos et l’imprévisibilité dans ce monde multipolaire. Par conséquent, il est très important que nous réaffirmions le rôle des principales organisations et institutions internationales.

Je suis convaincu que nous pouvons mettre au point un système économique global plus équitable et plus efficace. Mais il est impossible – et actuellement inutile – d’élaborer ici, aujourd’hui, un projet détaillé.

Cependant, il est évident que tous les pays doivent avoir la garantie d’un accès aux ressources vitales, aux nouvelles technologies et au développement. Nous avons besoin de garanties réduisant le risque de crises récurrentes comparables à la crise actuelle. Naturellement, nous devons continuer de débattre de tous ces problèmes, notamment lors du prochain sommet du G 20 à Londres en avril prochain. Nos décisions devraient répondre à la situation actuelle et tenir compte des besoins d’un monde d’après-crise. L’économie globale pourrait, par exemple, affronter le problème de la pénurie de ressources énergétiques et celui du risque de contrecarrer la croissance en essayant de maîtriser la crise.

L’échange d’actifs fait partie de la sécurité énergétique

Il y a trois ans, lors d’un sommet du G 8, nous avons soulevé la question de la sécurité énergétique globale. Nous avons lancé un appel à la responsabilité des fournisseurs, des consommateurs et des pays de transit. Je pense qu’il est temps de créer des mécanismes vraiment efficaces afin de garantir cette responsabilité. Le seul moyen de le faire est de créer l’interdépendance, notamment par l’échange d’actifs sans aucune discrimination ni hypocrisie. C’est cette interdépendance qui entraîne une vraie responsabilité mutuelle.

Malheureusement, la Charte de l’énergie n’est pas devenue un instrument capable de régler les problèmes. Même les pays qui l’ont ratifiée l’ignorent au moment où ils devraient l’appliquer. 
Je propose que nous élaborions un nouveau cadre légal international pour la sécurité énergétique. La réalisation de notre ini­tiative pourrait, je n’en doute pas, jouer un rôle politique comparable au traité établissant la Communauté européenne du charbon et de l’acier. C’est-à-dire que producteurs et consommateurs seraient finalement liés par un unique et véritable partenariat énergétique reposant sur une base légale bien définie.

Chacun d’entre nous comprend que des fluctuations importantes et imprévisibles des prix de l’énergie constituent un facteur colossal de déstabilisation de l’économie globale. La chute considérable des prix aujourd’hui entraînera une augmentation de la consommation des ressources. D’une part, les investissements dans les économies d’énergie et les énergies alternatives seront réduits et d’autre part on investira moins d’argent dans le pétrole, ce qui entraînera une baisse inévitable de la production. En dernier ressort, il en résultera une nouvelle hausse incontrôlée des prix durant un boom économique, préparant le terrain pour une nouvelle crise.

Il est nécessaire de revenir à un prix raisonnable reposant sur un équilibre entre l’offre et la demande afin de débarrasser la fixation du prix de l’élément spéculatif produit par de nombreux instruments financiers à terme.

Contribution de la Russie à la sécurité énergétique globale

Garantir le transport des ressources énergé­tiques reste un défi. Il existe deux moyens d’y faire face et il faut les appliquer tous les deux. Le premier consiste à adopter le principe généralement reconnu des droits de douane sur les services de transit. Il peut être inscrit dans des textes légaux internationaux. Cette pratique devrait concerner le pétrole, le gaz, le combustible nucléaire et, dans une certaine mesure, la production d’électricité.

Le second consiste à développer et à diversifier les routes de transport de l’énergie. Nous avons travaillé dur et longtemps dans ce but. Au cours des seules dernières années, nous avons réalisé des projets de gazoducs tels que le Yamal-Europe et le Blue Stream. L’expérience a prouvé leur urgence et leur utilité. Je suis convaincu que les projets tels que le South Stream (gazoduc qui devrait relier la Russie à l’Italie en passant sous la mer Noire) et le North Stream (destiné à relier la Russie à l’Allemagne à travers la mer Baltique) sont également nécessaires à la sécurité énergé­tique de l’Europe. Leur capacité totale est estimée à 85 milliards de m3 de gaz par année. Certains de nos partenaires et l’Europe ont récemment proposé d’augmenter cette capacité et nous sommes en train d’examiner leur proposition. Je crois en effet qu’il est temps d’envisager ce développement.

Gazprom et ses partenaires – Shell, Mitsui et Mitsubishi – vont bientôt mettre en service des installations de liquéfaction et de transport du gaz naturel produit dans la région de Sakhaline. Il s’agit là également d’une contribution de la Russie à la sécurité énergé­tique globale.

Développer les infrastructures de transport dans toutes les directions

Soit dit en passant, la technologie GNL [gaz naturel liquéfié] et son marché ont de belles perspectives de croissance et sont extrêmement importantes pour la sécurité énergé­tique.

Nous développons l’infrastructure de nos oléoducs. La première section du Baltic Pipeline System (BPS) est déjà achevée. BPS-1 fournit jusqu’à 75 millions de tonnes de pétrole par année. J’ajouterai que le port de mer et les voies d’accès ont été construits en très peu de temps – quelques années – à partir de rien, dans une région sauvage.

Nous travaillons maintenant aux plans et à la construction du BPS-2, le second tronçon qui longe la côte du golfe de Finlande. Il devrait avoir une capacité de 50 millions de tonnes par année. En tout, 140 millions de tonnes de produits bruts et raffinés transiteront par le système.

Nous avons l’intention de construire des infrastructures de transport dans toutes les directions. La première étape de l’Eastern Siberia – Pacific Ocean en est à son stade final. Son terminal sera un nouveau port pétrolier situé dans la baie de Kozmina et une raffinerie de pétrole dans la région de Vladivostok. A l’avenir, un gazoduc sera construit parallèlement à l’oléoduc, en direction du Paci­fique et de la Chine.

Nous commençons un autre projet en collaboration avec le Turkménistan et le Kazakh­stan, le Caspian Pipeline.

J’insiste sur le fait que nous devrions certainement accorder une de nos priorités à l’environnement dans la mise en œuvre de ces projets. Nous avons toujours effectué des études d’impact en amont de chacun de nos projets afin de tenir compte des questions environnementales. Nous procédons également à des investissements importants dans la réhabilitation de l’environnement.

Instaurer un système de crédit stable

Je ne peux pas ne pas mentionner ici les conséquences de la crise globale sur l’économie russe. Nous avons également été gravement affectés. Cependant, contrairement à beaucoup d’autres pays, nous avons accumulé des réserves importantes qui nous permettent de traverser avec assurance la période d’instabilité mondiale.

Cette crise a rendu plus évidents les pro­blèmes que nous avions, c’est-à-dire l’accent excessif mis sur les matières premières dans les exportations et l’économie en général ainsi que la faiblesse de notre marché financier. Le besoin de développer un certain nombre d’institutions financières, surtout dans un contexte compétitif, est devenu plus aigu.

Nous étions conscients de ces problèmes et nous avons cherché à les aborder peu à peu. Cette crise ne fait que nous rendre plus actifs en ce qui concerne les priorités déclarées sans pour autant changer notre stratégie, laquelle consiste à réaliser un renouveau qualitatif de la Russie dans les 10 à 12 pro­chaines années.

Notre politique anti-crise vise à soutenir la demande intérieure, à apporter des garanties sociales à la population et à créer des emplois. Comme de nombreux pays, nous avons réduit les impôts à la production, laissant l’argent à l’économie. Nous avons optimisé les dé­penses de l’Etat. Mais, je le répète, à côté de ces mesures de réponse rapide, nous travaillons à la création d’un programme de développement pour après la crise.

Nous sommes convaincus que ceux qui créent des conditions attractives pour des investissements globaux dès maintenant seront les leaders du rétablissement économique global. Nos priorités comprennent notamment la création d’un contexte favorable au commerce et le développement de la compétitivité, l’établissement d’un système de crédit stable reposant sur des ressources intérieures suffisantes, la mise en œuvre de projets de transports et d’autres infrastructures.

La Russie est déjà un important exportateur de produits alimentaires et notre contribution à la sécurité alimentaire mondiale ne fera qu’augmenter.

Sortir de la crise réformé, plus fort et plus compétitif

Nous avons également l’intention de développer les secteurs novateurs de l’économie, surtout ceux dans lesquels la Russie est compétitive: l’espace au sens large, l’énergie nucléaire et l’aviation. Dans ces domaines, nous avons déjà créé des liens de coopération avec d’autres pays. Un secteur de coopération prometteur pourrait être celui des économies d’énergie. Nous estimons qu’une meilleure efficacité énergétique est un des facteurs clés de sécurité énergétique et de développement. Nous allons continuer de réformer notre industrie énergétique et notamment adopter un nouveau système de fixation des prix fondé sur des tarifs économiquement justifiés. C’est là une de nos premières priorités. C’est important, en particulier dans le contexte de l’encouragement aux économies d’énergie. Nous poursuivrons notre politique d’ouverture aux investissements étrangers.

Je crois que l’économie du XXIe siècle est une économie des gens et non des entreprises. Le facteur intellectuel a gagné en importance dans l’économie. C’est pourquoi nous prévoyons d’offrir davantage d’opportunités aux individus afin qu’ils réalisent leur potentiel.

Nous sommes déjà un pays très développé et très instruit, mais il faut que les citoyens russes bénéficient d’une formation ultramoderne et d’excellente qualité dans les aptitudes professionnelles qui seront généralement exigées dans le monde de demain. Par conséquent, nous allons faire preuve d’initiative dans la promotion des pro­grammes scolaires. Nous allons développer des programmes d’échanges d’étudiants notamment au niveau international. Nous allons également créer des conditions qui feront que les meilleurs chercheurs et professeurs – quelle que soit leur nationalité – aient envie de venir travailler en Russie.

L’histoire a donné à la Russie une chance unique. Les événements récents font que nous devons réorganiser de toute urgence notre économie et actualiser notre sphère sociale. Nous n’avons pas l’intention de laisser passer cette chance. Notre pays doit sortir de la crise réformé, plus fort et plus compétitif.

La militarisation prive l’économie d’énormes ressources financières

Cela dit, je voudrais évoquer des problèmes qui dépassent le domaine purement écono­mique mais sont d’une grande actualité.

On entend malheureusement dire de plus en plus souvent qu’une augmentation des dépenses militaires pourrait résoudre les problèmes économiques et sociaux d’aujourd’hui. Le raisonnement est simple: les dépenses supplémentaires créent de nouveaux emplois dans un premier temps. C’est évident. A première vue, il semble que ce soit un bon moyen de lutter contre la crise et le chômage et cette politique pourrait même être tout à fait efficace à court terme. Mais la militarisation ne résoudra pas le problème à long terme; elle ne fera que le dissimuler pendant un certain temps. Elle retirera aux pays d’importantes ressources financières qui ne pourront pas être utilisées de manière plus judicieuse. Je suis convaincu qu’une réduction raisonnable des dépenses militaires accompagnée d’efforts en vue d’augmenter la sécurité globale rapportera certainement d’importants dividendes économiques.

J’espère que ce point de vue finira par prédominer au niveau mondial. Quant à nous, nous sommes prêts à des discussions approfondies sur la poursuite du désarmement.

Les conflits sont un moyen de détourner l’attention des problèmes sociaux et économiques

Je voudrais attirer votre attention sur le fait que la crise économique pourrait aggraver les tendances négatives de la politique globale. Récemment, le monde a été confronté à une montée inédite de la violence et à d’autres opérations agressives comme les incursions aventureuses de l’actuel gouvernement géorgien dans le Caucase, les attaques terro­ristes en Inde, l’escalade de la violence dans la bande de Gaza. Bien que ces événements ne soient pas directement liés, ils ont des traits communs.

Je pense tout d’abord à l’incapacité des organisations internationales à apporter des solutions constructives aux conflits régionaux ou à faire des propositions efficaces en vue de régler les conflits interethniques ou inter­étatiques. Les mécanismes politiques multilatéraux se sont révélés aussi inefficaces que les régulateurs financiers et économiques globaux.

A vrai dire, nous savons tous que provoquer l’instabilité politique et militaire ainsi que les conflits régionaux ou autres est un moyen de détourner l’attention de l’aggravation des problèmes sociaux et économiques inté­rieurs de certains pays. Malheureusement, on ne peut pas mettre un terme à ces tentatives. Pour empêcher ces scénarios, nous devons améliorer le système de relations internationales en le rendant plus efficace, plus sûr et plus stable.

Il existe une quantité de questions à l’ordre du jour mondial auxquelles la plupart des pays ont un intérêt commun, notamment les politiques anti-crise dont nous discutons, les efforts communs pour réformer les institutions financières internationales, pour améliorer les mécanismes régulateurs, pour assurer la sécurité énergétique – qui exige une collaboration entre nous tous – et pour atténuer la crise alimentaire mondiale, qui est une question urgente.

La Russie est prête à aborder les questions internationales prioritaires. Nous espérons que tous nos partenaires d’Europe, d’Asie et des Etats-Unis, y compris le nouveau gouvernement américain, manifesteront de l’intérêt pour la collaboration dans le traitement de ces questions et d’autres encore. Nous souhaitons du succès à la nouvelle équipe.

Associons nos ressources intellectuelles, morales et matérielles

En conclusion, je dirai que la communauté internationale doit faire face à toute une série de problèmes extrêmement compliqués qui pourraient par moments sembler écrasants. Pourtant, comme dit le proverbe, un voyage d’un millier de kilomètres commence par un seul pas.

Nous devons chercher quelles valeurs de base ont assuré les progrès de notre civilisation. L’intégrité et le rude travail, la responsabilité et la confiance en soi nous conduiront finalement au succès.

Nous ne devons pas désespérer. Nous pouvons et devons combattre cette crise en associant nos ressources intellectuelles, mo­rales et matérielles, mais c’est impossible sans confiance réciproque non seulement entre les acteurs économiques mais avant tout entre les nations. Aussi l’établissement de cette confiance est-il un objectif clé sur lequel nous devrions nous focaliser actuellement. La confiance et la solidarité permettront de surmonter les problèmes actuels et d’éviter de nouveaux chocs, de parvenir à la prospérité et au bien-être dans ce nouveau siècle.

Je vous remercie de votre attention.  

Lire le discours en anglais publié le 29 janvier : The World is Facing the First Truly Global Economic Crisis

Source: Gouvernement de la Fédération de Russie. Pages anglaises du site du Premier ministre russe:
http://premier.gov.ru/eng/visits/world/95/1921.html

Traduction de l’anglais :  Horizons et débats.

Augmentation des dépenses militaires dans le monde

• USA: 529 milliards de dollars en 2006, 555 milliards en 2007, 583 en 2008. Pour 2009, les spécialistes s’attendent à 606 milliards.
• Grande-Bretagne: 2006: 27 milliards de livres; 2007: 31 milliards; 2008: 34 milliards et pour 2009, on prévoit 35 milliards
• Allemagne: 2006: 23 milliards d’euros; 2007: 24 milliards; 2008: 25 milliards
• Chine: 2006: 38 milliards de dollars; 2007: 44 milliards; 2008: 58 milliards; 2009: 66 milliards (augmentation de 17%)
• Géorgie: (selon le SIPRI) 2002: 49 millions de dollars; 2004: 80 millions; 2006: 362 millions; 2007: 592 millions; 2008: 1,04 milliard

« Mondialisation », quésaco?

Le terme « mondialisation » est devenu très populaire pendant les années 1990 à la suite de l’effondrement de l’Union Soviétique et de la fin de la Guerre Froide. Le démantèlement de l’Union Soviétique, dont le nom officiel était Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), a commencé par un soulèvement populaire qui visait la destruction du Mur de Berlin. Cette fissure dans la séparation existant alors entre l’Ouest et l’Est se répandit vite jusqu’à la perte du pouvoir soviétique en Europe de l’Est, puis à la chute de l’Union Soviétique elle-même. Dotée d’à peu près la moitié du poids économique de l’URSS et de sa superficie, la Fédération de Russie a émergé de cet effondrement pour conserver le siège permanent de l’Union Soviétique au Conseil de Sécurité de l’ONU.

La chute de la superpuissance soviétique a semblé ouvrir la voie vers un régime universel de capitalisme mondial. La compétition entre le communisme emmené par les Soviétiques et le capitalisme emmené par les USA avait constitué le cœur des antagonismes planétaires pendant la Guerre Froide, à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale. Entre 1917 et 1991, la durée de vie de l’URSS, le Marxisme soviétique s’était présenté comme l’antidote communiste aux inégalités les plus criantes du capitalisme.

L’effondrement de l’Empire Soviétique se déroulant alors sous nos propres yeux, Francis Fukuyama proclama triomphalement la Fin de l’Histoire en 1992. Avec la chute de l’état soviétique, un énorme obstacle avait apparemment été éliminé sur la route du capitalisme vers l’hégémonie mondiale. Fukuyama anticipa les changements à venir par l’institution d’un système cordonné de gouvernance mondiale. L’avenir idéalisé de Fukuyama dans ce qu’il appelait la destination finale de l’histoire devait, en réalité, impliquer le règne de banques usurières, d’entreprises multinationales et de forces de police, de marionnettes médiatiques, de profiteurs de guerre, de dealers de drogue et de sbires technocratiques.

À l’époque, en fonction de son impact et du sens qu’il voulait revêtir, le concept de Fin de l’Histoire devint étroitement associé aux idées populaires concernant la « mondialisation ». Le terme « mondialisation » est devenu un nom de code constamment répété par des think-tanks de premier plan, de puissantes associations d’entrepreneurs et leurs médias clients. La « mondialisation » était le terme primaire employé pour promouvoir l’objectif d’universalisation du capitalisme et de fortification du système dominant de relations de pouvoir que le capitalisme anime et édifie. À l’ère de la mondialisation, ces structures naguère décrites comme des entreprises multinationales ou transnationales pouvaient grandir et devenir véritablement des corporations planétaires.

Aucun état communiste, se disait-on, n’allait plus se dresser sur le chemin de la mondialisation d’un système unique de relations matérielles. Pour la première fois dans l’histoire, tous les peuples du monde, tous les produits et toutes les ressources pouvaient concrètement être considérées comme les composantes d’une matrice universelle de valeur monétaire interchangeable.

La destruction du Mur de Berlin et le morcellement de l’Union Soviétique semblaient signifier que le règne du capital allait indéfiniment devenir le facteur déterminant prévalant dans les interactions humaines. Des entités supérieures aux états jadis souverains allaient prendre le contrôle de la gouvernance de la propriété privée, de la banque, de l’établissement des entreprises, du règlement des crédits et des dettes ainsi que de la création monétaire. Les nouvelles agences supranationales seraient dotées de pouvoirs en abondance afin de créer, de faire appliquer et d’arbitrer un cadre universalisé pour le mouvement et la protection du capital à l’échelle mondiale.

L’Organisation Mondiale du Commerce fut créée en 1995 afin d’aider à gouverner et à superviser l’extension du capitalisme à des proportions planétaires. En 1999 lors d’une réunion de l’OMC à Seattle, de nombreux activistes se rassemblèrent pour protester contre l’élitisme et le secret qu’incarnaient cette nouvelle organisation. Réunissant un vaste éventail de revendications, depuis des ouvriers syndicalistes à des écologistes, les manifestants condamnèrent la nature non-démocratique du projet d’universalisation du capitalisme – de mondialisation du capitalisme.

Leur reproche essentiel était que l’approche de l’OMC vis-à-vis de la mondialisation allait dispenser davantage de privilèges aux fractions les plus riches et les plus puissantes de la société, tout en suscitant des désavantages pour ceux qui vivent dans les strates moyennes et basses du bien-être, de la sécurité et du pouvoir économique. Le niveau actuel d’inégalité économique dans le monde continue d’être obscènement injuste. Une récente étude de l’organisation Oxfam a démontré que les 62 individus les plus matériellement riches du monde possédaient davantage de moyens financiers que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, c’est-à-dire 3,6 milliards de personnes.

La répartition des biens et des devoirs au sein de la communauté planétaire se projette dans les formes contemporaines d’asservissement par la dette, dérivées de l’injustice vieille de plusieurs générations de domination impériale et d’assujettissement colonial. Les vols des terres de peuples indigènes et le vol inhérent à l’esclavagisme ne forment qu’une partie de la kleptocratie qui imbibe les processus d’accumulation de capital toujours d’actualité. Dans un système où la finance autorise des banques centrales privées à créer la monnaie par l’émission de crédit, l’accumulation perpétuelle de dettes condamne l’écrasante majorité de l’humanité à l’austérité. La plupart des contribuables doivent supporter le poids d’une dette qui n’en finit pas d’enfler, encourue à la fois personnellement et en tant que citoyens de nationalités endettées.

Au fil de la controverse entourant la « mondialisation », des nuances descriptives ont commencé à émerger si bien que l’on voyait des adjectifs être attachés au mot contesté. De plus en plus, des phrases comme « mondialisation impériale », « mondialisation anti-impériale » ou « mondialisation écologique » étaient employées pour décrire des visions différentes de l’économie politique à l’intérieur d’un cadre qui recouvrait toute la planète.

Cette évolution dans les nuances pour identifier des types de mondialisation différente aide à clarifier le fait qu’il n’y a aucun usage universellement accepté du terme « mondialisation ». La mondialisation doit-elle être programmée et régulée? Quelles sortes de nouvelles confédérations de peuples variés est-il possible d’envisager? Quelles espèces de corps représentatifs peuvent être créés? Quelles nouvelles sortes de nouvelles institutions faut-il établir pour que prévale la règle du droit, plutôt que le règne de la violence débridée telle qu’elle est mise en évidence par le militarisme sans retenue des guerres d’agression? De quelles sortes d’agences d’application de la loi y a-t-il besoin, afin que les droits humains des peuples bénéficient de garanties au moins équivalentes aux protections présentement fournies par les forces de police à la propriété et au mouvement des biens et du capital?

Les possibilités sont inépuisables. La mondialisation n’est pas une chose cohérente dont les gens peuvent dire qu’ils sont pour, ou contre. Il existe de nombreuses versions différentes de la mondialisation. La mondialisation est un processus de transformation historique. Il a revêtu de multiples formes dans le passé, tout comme la poursuite de ce même processus prendra de nombreuses formes à l’avenir. La mondialisation implique des transformations dans les relations entre les êtres humains et le reste de la nature qui se déploient au niveau local, régional et mondial.

La manifestation populaire contre l’OMC eut lieu en 1999. Ce pugilat public à propos du futur de la mondialisation a reçu le nom de Bataille de Seattle. La couverture médiatique mondiale, étant donné le spectacle en direct dans les rues d’un conflit global, aida à rendre le mot « mondialisation » politique. Les conflits autour de l’avenir mondial ont reflété les antagonismes concernant le sens donné au mot « mondialisation ». Le débat sur la sémantique du mot « mondialisation » est doté de répercussions importantes, pour notre époque et notre situation présente. Au départ, ceux qui critiquaient l’agenda de transformation de la gouvernance mondiale au service des branches les plus riches et puissantes de la société ont été étiquetés comme les défenseurs de « l’anti-mondialisation ».

 

 

 

 

Cette définition d’activiste « anti-mondialisation » n’a aucun sens. La désignation de ceux qui critiquaient l’OMC et les agences assimilées comme des défenseurs d’une « anti-mondialisation » échoue à rendre compte du fait que les manifestants aspiraient dans leur ensemble à des formes plus démocratiques et écologiques de la mondialisation. Ses membres n’ont pas proposé une quelconque forme de rejet de la mondialisation. Quel sens y aurait-il à s’opposer à la mondialisation tandis que l’humanité toute entière, ainsi que nos cousins des règnes végétaux et animaux partageons tous avec une évidence si flagrante une sphère dans les cieux, à laquelle nous faisons parfois référence sous le nom de Terre? Nous partageons tous la même planète. Donc nous sommes tous, d’une certaine manière, des mondialistes.

Il existe de nombreuses manières d’envisager l’avenir de notre globe, et beaucoup de façons de négocier et de prioriser les objectifs désirés du changement mondial. Une fois que les objectifs primaires ont été établis, il y a de nombreuses routes pour avancer vers des objectifs et des idéaux partagés. Où que nous allions, le terme « mondialisation » a pénétré dans le langage pour devenir le centre d’une discussion politique, de débats et de contestations considérables. Les enjeux sont élevés dans ce débat. Ils concernent beaucoup plus qu’une simple discussion sur l’usage du langage ou l’abus de celui-ci. Ce qui se joue, c’est le genre de monde que nous allons léguer à notre postérité, et même à sept générations d’ici dans le temps.

D’Al-Andalus au Quart Monde

Bien que le terme « mondialisation » soit récent, les processus d’interaction humaine qu’il décrit sont très anciens. La connaissance de la sphéricité de notre foyer partagé était largement répandue parmi les classes éduquées, longtemps avant que Christophe Colomb se soit engagé à prouver que la Terre est ronde en 1492. En Grèce pendant l’Antiquité, Pythagore avait avancé le postulat de la sphéricité de la Terre aussi tôt qu’au sixième siècle avant l’ère chrétienne.

Au neuvième siècle de notre ère l’érudit perse musulman, al-Biruni, se servit d’une combinaison de géométrie, d’algèbre et de trigonométrie pour calculer avec une grande précision la taille réelle de la Terre sphérique. Les nombreux accomplissements scientifiques et littéraires d’al-Biruni faisaient partie de l’essor majeur d’accomplissements intellectuels ayant accompagné l’expansion rapide de l’Islam, en particulier pendant le 8ème et le 9ème siècle.

 

 

 

 

Cette transformation géopolitique couvrait un vaste territoire s’étendant de l’Espagne actuelle à l’Afrique du Nord et jusqu’en Arabie, au Levant ainsi qu’en Perse et au Pakistan. Accompagnant cet essor de l’empire islamique, une révolution scientifique et intellectuelle mena à d’importantes percées en mathématiques, en astronomie, en architecture et en médecine notamment, ainsi que dans tous les domaines d’expression artistique.

Cette ère est parfois remémorée comme l’Âge d’Or de la quête islamique de la connaissance. Dans cette quête de la compréhension, l’identification de principes universels inscrits dans les lois de la nature était particulièrement révérée. Sous la supervision des dirigeants des Omeyyades et ensuite des califats des Abbassides, ce phénomène d’intégration impériale de grands pans de la famille humaine donna lieu à un interlude important dans l’histoire de la mondialisation. Avec un accent mis sur la promotion de la collégialité, de la traduction ainsi que sur l’accumulation et l’étude systémique de textes érudits réunis depuis toutes les parties du monde connu, les sages et les savants travaillèrent en collaboration pour repousser les frontières de la connaissance dans de grands centres d’apprentissage lourdement subventionnés comme Bagdad et Cordoue.

Le califat islamique d’Al-Andalus, dans la Péninsule Ibérique, est devenu un site majeur de collaboration entre intellectuels juifs, chrétiens et musulmans. Leurs percées sur de nombreux fronts scientifiques, technologiques et artistiques, y compris en ramenant à la connaissance de l’époque beaucoup de travaux érudits de l’Antiquité, en particulier de la Grèce et de la Rome antiques, ont aidé à poser les fondations de la Renaissance en Europe.

Cette période d’interaction éclairée s’avéra toutefois de courte durée. L’essor du Vatican lié aux Croisades de la Chrétienté, orientées contre le contrôle musulman sur Jérusalem et la Terre Sainte environnante, a contribué à la « Reconquista » au nord du Détroit de Gibraltar. Le dernier califat hispanique de Grenade est tombé aux mains des soldats de la Chrétienté en 1492, la même année où Christophe Colomb accomplissait son voyage transformateur du monde vers l’Hémisphère Occidental.

La Reconquista de la Péninsule Ibérique, où sont aujourd’hui situés l’Espagne et le Portugal, a inclus dans sa réalité la sévérité croissante de l’Inquisition et de ses persécutions sanglantes « d’hérétiques » présumés. Galilée fut l’un de ceux à se voir condamnés par les Inquisiteurs chargés de préserver l’orthodoxie Catholique Romaine. Le crime qui lui était reproché était d’avoir publié ses découvertes, réalisées à partir de recherches effectuées avec un télescope en 1633. Il croyait que son examen attentif des corps célestes en mouvement démontrait que Copernic avait raison dans sa thèse antérieure selon laquelle le Soleil, et non la Terre, est le centre fixe de notre système planétaire en révolution. La Terre n’est pas le centre de l’Univers.

 

 

Le caractère de violence intolérante qui infusait l’Inquisition prévalait aussi dans la Reconquista lourdement militarisée au nord de la Mer Méditerranée. Cette éthique d’expansion violente s’étendit aux exploits transatlantiques des conquistadors espagnols précoces, comme Hernan Cortès et Francisco Pizarro. La conquête de l’Empire Aztèque par Cortès à Mexico et le pillage de l’Empire Inca par Pizarro dans les Andes péruviennes ont mis en branle des incursions génocidaires parmi les populations indigènes des Amériques, qui n’a toujours pas réellement pris fin.

Avec l’assentiment du Vatican, la transformation de la majeure partie de l’Amérique Centrale et « Latine » en Nouvelle-Espagne et en Nouveau-Portugal a initié la phase la plus agressive de mondialisation impériale de toute l’histoire. D’abord les puissances Catholiques Romaines d’Europe puis ensuite les puissances Protestantes, mais prioritairement l’Angleterre et les Pays-Bas, ont commencé à étendre leur influence par l’élaboration de marines dévouées à la création de colonies outre-mer. Ce processus de colonisation impliquait l’établissement de réseaux étendus de commerce, de cadres juridiques et d’agendas bellicistes, ainsi que le mélange de peuples, de cultures et de connaissances à une échelle jusque-là sans précédent.

Le mélange qui s’accélère encore de peuples, de cultures et d’idées forme l’essence primordiale de la mondialisation depuis 1942. Bien entendu de nombreux peuples indigènes ont résisté à ce processus de mondialisation impériale. De plus en plus, la pulsion naturelle contre cette mondialisation impériale a nécessité la création de confédérations de résistance pour s’opposer aux agences, aux armées et aux ploutocrates dominateurs qui faisaient progresser les incursions expansionnistes de la colonisation agressive. L’effort des peuples indigènes pour se rassembler en soutien aux initiatives de défense légitime des uns et des autres, constitue la base de la mondialisation anti-impériale. L’un des exemples les plus saisissants de la mondialisation anti-impériale prit place à Bandung en Indonésie, en 1955.

Les dirigeants de plusieurs nations colonisées d’Afrique et d’Asie se sont rencontrés pour projeter l’indépendance de leurs pays, à un moment où ils allaient être libérés de l’ancien pouvoir impérial de leurs gouverneurs européens. Les deux guerres mondiales du vingtième siècle avaient ruiné et décimé les puissances européennes. Épuisées, elles ont rétréci en taille, en richesse et en assurance. Les puissances européennes ne pouvaient plus entretenir leurs empires coloniaux qui avaient inclus la majeure partie de l’humanité sur la planète au dix-neuvième siècle.

Les délégués qui se sont réunis à Bandung ont résolu de s’allier ensemble dans l’adhésion commune aux principes de paix, de justice et de règle du droit. En 1961 ils poursuivirent ce qu’ils avaient commencé à Bandung en fondant le Mouvement des Non-Alignés, composé d’anciennes colonies. Cette entité internationale existe encore à ce jour.

George Manuel

George Manuel

Un Amérindien du Canada nommé George Manuel donna une voix à la philosophie du Mouvement des Non-Alignés composé de peuples indigènes colonisés du monde entier. Dans le contexte de la Guerre Froide, Manuel parlait du refus des peuples indigènes de se désolidariser de leur héritage aborigène afin d’embrasser sans réserves des modèles imposés de développement, qu’ils fussent capitalistes ou communistes.

Le chef Shuswap, de l’intérieur des terres en Colombie Britannique allait pour sa part fonder le Conseil Mondial des Peuples Indigènes. George Manuel s’est servi des Nations Unies et d’autres fora des relations internationales pour rejeter le paradigme du « Tiers-Monde » et du « sous-développement ». À la place, Manuel imaginait le Quart Monde, un domaine où les peuples indigènes se serviraient de la science et de la technologie pour progresser vers des avenirs reposant sur des projections de leurs propres systèmes de connaissance, de spiritualité et de philosophie. Manuel décrivit sa vision dans un livre écrit en collaboration intitulé « The Fourth World » [« Le quart monde« , NdT].

the_4th_world_2b61fCertaines des idées professées par George Manuel ont trouvé une expression dans la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Indigènes. Cet instrument international a été ratifié par l’Assemblée Générale de l’ONU en 2007. Quatre délégations nationales ont tout d’abord voté contre la résolution. De façon révélatrice, ceux qui s’opposaient à la Déclaration de l’ONU sur les Droits Aborigènes étaient les gouvernements des USA, du Canada, d’Australie et de Nouvelle-Zélande.

La propagande et la psychologie du colonialisme

Un aspect vital de la colonisation inclut le façonnement des croyances et des attitudes, afin de donner à des systèmes violents de contrôle hiérarchisé une semblance de normalité acceptable. Cette colonisation des esprits pour rendre la guerre, l’injustice et l’inégalité apparemment naturelles et anodines constitue un énorme facteur de l’établissement des environnements psychologiques artificiels où nous vivons. L’exploration du facteur psychologique dans les habitats artificiels de l’humanité est un travail d’une grande importance dans l’étude de la mondialisation.

Franz Fanon, un psychiatre noir de la colonie française de la Martinique, donna un tournant psychologique important à son agenda pour le changement révolutionnaire. Son analyse donnait une cohérence pondérée à la lutte des peuples colonisés pour se libérer des conditions externes du colonialisme, ainsi que du traumatisme interne issu d’une haine de soi conditionnée. Trop souvent, les gouverneurs blancs ont poussé les populations d’une complexion plus foncée à prendre à cœur les perceptions impériales d’une infériorité des « Indigènes ».

« Les Damnés de la Terre » de Fanon est arrivé en première ligne des luttes de décolonisation pendant les années 1960. Écrit dans le contexte de la lutte contre le colonialisme français en Algérie, le livre de Fanon a surtout eu de l’influence à travers l’Afrique et au sein du mouvement du Black Power aux États-Unis.

Fanon avait anticipé que les luttes révolutionnaires des peuples colonisés seraient sabotées par une caste ambitieuse de la bourgeoisie noire, qui remplacerait les gouverneurs blancs qui régnaient pendant les jours fastes du colonialisme européen désormais révolu. Cette prophétie allait être vérifiée par les dictatures fantoches soutenues par l’Occident installées pour superviser l’exploitation corporatiste du Congo de Mobutu ou de l’Indonésie de Suharto, par exemple.

 

 

Les écueils formels du colonialisme ont diminué alors qu’augmentait le nombre de nations reconnues par les Nations Unies, techniquement parlant. Ce nombre a augmenté de 50 pays adhérant à la Charte des Nations Unies à San Francisco en 1945 à quelques 200 pays, qui bénéficient aujourd’hui d’une reconnaissance internationale à l’Assemblée Générale de l’ONU. Cependant, ce processus universellement salué de décolonisation ne sert qu’à camoufler de nombreuses forces qui continuent de cliver le monde entre de minuscules concentrations d’élites ultra-privilégiées et l’immense masse des gens, qui sont déshérités et asservis et que Fanon décrivait comme Les Damnés de la Terre. Cet asservissement stéréotypé peut parfois transcender les configurations de race et de couleur de peau. Les divisions de classe et de caste peuvent prévaloir à l’intérieur des pays, comme entre les pays.

La perpétuation de la colonisation d’oppression, parfois dénommée néo-colonialisme et néo-impérialisme, dépend de structures injustes pour la répartition du crédit et de la dette, ainsi que de l’application permanente d’instruments hautement puissants de propagande et de guerre psychologique.

Le terme « propagande » trouve son origine dans la pulsion évangélique à propager l’Évangile du Christianisme par le travail du missionnaire. L’une des organisations missionnaires les plus efficaces de tous les temps a été la Compagnie de Jésus, dont les membres sacerdotaux sont parfois décrits comme les « Jésuites ».

Fondé en 1540 par Ignace de Loyola, l’Ordre Jésuite est parfois décrit comme l’avant-garde de la Contre-Réforme, la réaction Catholique à la Réforme Protestante. Les missionnaires jésuites faisaient un usage très efficace de techniques psychologiques sophistiquées pour gagner des conversions par la propagation de l’Évangile. Des Amériques au Japon et à la Chine, les Jésuites étaient des intermédiaires dans les échanges de savoir entre l’Europe et de nombreuses sociétés non-occidentales. Leurs activités présentent un cas d’étude important dans les points communs entre la propagande, la colonisation et la mondialisation.

Les missionnaires chrétiens ont souvent sapé l’intégrité interne des sociétés aborigènes, alors qu’ils n’ont que parfois défendu les droits aborigènes des groupes autochtones au sein desquels ils travaillaient. Le Frère Dominicain Bartolome de las Casas fut l’un des premiers missionnaires de Nouvelle-Espagne à se présenter comme un défenseur des Indiens. Pendant les années 1500, il occupa entre autres la fonction d’Évêque du Chiapas et de Protecteur des Indiens pour le compte de la Couronne Espagnole. Las Casas se distingua comme juriste qui prit la défense des Premières Nations des Amériques au cours de procès majeurs de l’Espagne du seizième siècle.

De la propagande aux relations publiques: la carrière d’Edward Bernays comme psychologue maître du contrôle social

Le vingtième siècle a été une période où de vastes ressources ont été consacrées à la manipulation et au contrôle des attitudes et des opinions de grands groupes de gens par le biais de la propagande. À cette époque Edward Bernays, un neveu du célèbre psychologue Sigmund Freud, est devenu le père du mensonge médiatique. Ainsi qu’illustré par le texte de « Propaganda« , le livre qu’il publia en 1928, Bernays s’appuya sur les recherches pionnières des missionnaires en psychologie pour développer la science du contrôle mental dans le domaine laïque.

Bernays a écrit, « la propagande est le bras exécutif du gouvernement invisible« . Il a ajouté,

La lecture et l’écriture universelles devaient éduquer l’homme ordinaire à contrôler son environnement. Une fois qu’il pourrait lire et écrire, il serait pourvu d’un esprit apte à régner. Ainsi dictait la doctrine démocratique. Mais à la place d’un esprit, la lecture et l’écriture universelles lui ont donné des tampons en caoutchouc, des tampons en caoutchouc encrés avec des slogans publicitaires, avec des éditoriaux, avec des données scientifiques fraîchement publiées, avec les banalités des tabloïdes et les platitudes de l’histoire, mais somme toute bel et bien exempts de pensée originale.

L’un des admirateurs du texte de Bernays « Propaganda » était Joseph Goebbels, le Ministre de la Propagande allemand du gouvernement national-socialiste d’Adolf Hitler. Dans les années 1930 Bernays chercha à prendre ses distances vis-à-vis de ses liens professionnels avec Goebbels et des techniques de propagande alors employées en Allemagne. Cet alignement des tactiques pour influencer l’opinion publique en Allemagne et aux USA forma la toile de fond de la décision de Bernays pour inventer un nouveau nom à donner à son travail. Bernays décida que « relations publiques » serait un terme plus bénin pour des activités précédemment identifiées avec celles de la « propagande ».

À ce jour, le terme « relations publiques » couvre un vaste éventail d’activités de contrôle mental dans la sphère publique. Par exemple, beaucoup des reportages d’informations à grande diffusion qui nous arrivent proviennent en réalité de grandes firmes de relations publiques. Les agences de relations publiques prennent de plus en plus d’importance au sein des organisations de collecte d’informations. Ces entités corporatistes de relations publiques font leur beurre en s’adressant à nos attitudes, nos impressions, nos préoccupations, nos compréhensions et, en fin de compte, à nos comportements.

Les plus gros et les plus lucratifs contrats de relations publiques concernent la vente des guerres à l’acceptation du grand public. Il nous est demandé de payer, avec notre argent de contribuables, les coûts astronomiques de la guerre de haute technologie. Il est également attendu de notre part de servir la logistique de la machine de guerre y compris par le biais de la fourniture, par nos familles, de soldats et d’autres personnels. D’usage, il est nécessaire de diaboliser et de déshumaniser l’image de l’ennemi en prélude à une guerre effective.

Bernays s’est fait un nom en réalisant un marketing de masse en faveur des cigarettes à destination des femmes pour le compte de son client, l’American Tobacco Company. Afin de réaliser cet objectif, Bernays créa une « opportunité photographique » pendant le Défilé de Pâques de New York. Il embaucha des suffragettes pour allumer des cigarettes devant les caméras. Les cigarettes allumées par les suffragettes ont été décrites dans la narration médiatique comme des « torches de la liberté ». L’histoire fut ainsi placée dans de nombreux rapports d’informations, indiquant que des femmes fumant des cigarettes équivalait à l’adoption d’une attitude plus éclairée sur l’égalité des sexes. Cet épisode aida à rendre indistincte la frontière entre la publicité, le reportage d’information et les « relations publiques ». Le mélange d’informations, de divertissement et de marketing allait s’intensifier avec l’introduction et le développement de la télévision.

Depuis ses bureaux d’entreprise sur Madison Avenue à New York, Bernays a ouvert la voie du développement des méthodes de communication de masse, afin d’envahir et d’influencer les niveaux subconscients des fonctions cérébrales humaines. Le but de cette infiltration des fonctions mentales était d’imposer diverses formes de contrôle social.

Les techniques de gestion de l’opinion publique de Bernays ont attiré l’attention des forces armées US, et surtout de la CIA. Au début des années 1950, la CIA confia à Bernays la tâche de faire en sorte que le renversement, provoqué par les USA, du gouvernement élu du Guatemala passe pour être une révolte populaire locale dirigée contre le communisme soutenu par les Soviétiques. La volonté d’extraire de sa fonction Jacobo Arbenz, le président élu du Guatemala, provenait à l’origine de la United Fruit Company. Les bénéfices de l’entreprise se réduisaient à cause du type de réformes agraires appliquées par le gouvernement Arbenz.

La réussite de Bernays dans la production d’un faux récit sur le Guatemala, semblant réel et authentique dans les médias grand public, a établi un prototype pour de nombreux cycles de tromperie encore à venir. La stratégie de la tension – la stratégie de création de clivages entre les peuples et en leur sein, pour les empêcher de développer la force collective de la solidarité politique – a dominé la guerre psychologique du côté US de la Guerre Froide. Cette Guerre Froide allait connaître une fin abrupte avec la chute de l’Union Soviétique en 1991.

La révolution cubaine, l’Opération Mockingbird, MK-Ultra et la stratégie du choc

Le médecin argentin Che Guevarra et l’avocat, soldat et politicien cubain Fidel Castro ont été intensément affectés par la démonstration de cruauté US au Guatemala, de pair avec le mépris total de la CIA pour la vérité. Ayant été témoins du déploiement des tactiques US pour prendre le contrôle du Guatemala, Che et Castro se sont radicalisés. Che et Castro firent équipe avec pour objectif le renversement du gouvernement mafieux qui dominait Cuba. Leur tactique pour accomplir le changement sociétal allait être la guérilla classique, combinée avec l’infiltration révolutionnaire de la paysannerie rurale. Le contrôle mafieux US sur Cuba avant 1959 est mis à l’image avec luxe et paillettes dans la deuxième partie de la saga cinématographique de Francis Ford Coppola, Le Parrain.

 

 

La Révolution Cubaine devint l’un des points culminants de la lutte de la Guerre Froide, dépeinte dans les médias populaires comme un duel planétaire entre le capitalisme emmené par les USA et le communisme emmené par les Soviétiques. Cuba consacra énormément d’énergie révolutionnaire au développement d’un système de santé sociale, qui a envoyé de nombreux milliers de médecins formés à Cuba parmi les peuples dépourvus et opprimés d’Afrique et d’Amérique Latine. Le gouvernement cubain fut accessoire dans l’aide fournie à l’effort, surtout en Angola, d’écraser militairement et psychologiquement les bastions de soutien au notoire régime d’apartheid d’Afrique du Sud.

Le leader de la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud, Nelson Mandela, rendit hommage à l’aide fournie par le gouvernement de Castro peu de temps après qu’il ait été libéré de prison pour diriger son pays, dans sa route vers un affranchissement politique ignorant les couleurs. L’un des facteurs dans la chute du régime d’apartheid en Afrique du Sud fut la chute de l’Union Soviétique. La disparition de l’URSS sapa l’allégation de propagande du gouvernement d’apartheid, selon laquelle il avait criminalisé le Congrès National Africain de Mandela pour empêcher l’arrivée au pouvoir d’un dangereux agent de subversion communiste.

 

 

L’un des aspects de l’assaut datant de l’époque de la Guerre Froide contre les médias libres, équilibrés et honnêtes a été mis en lumière à la fin des années 1970. Une enquête parlementaire révéla que la Central Intelligence Agency US, la CIA, avait assumé le contrôle de maintes officines de communication de masse dans le cadre de l’Opération « Mockingbird ». Essentiellement, l’Opération Mockingbird impliquait la cooptation financière de milliers de journalistes, de rédacteurs, de directeurs et de propriétaires de médias par la CIA. La stratégie de Mockingbird était de censurer et de distordre les dépêches d’informations, ou d’implanter de la désinformation pure et simple afin de promouvoir l’agenda anti-communiste de la partie emmenée par les USA dans la Guerre Froide.

L’opération Mockingbird était étroitement apparentée aux expériences de contrôle mental de la CIA connues sous l’acronyme MK-Ultra. Une partie des recherches réalisées par les scientifiques de l’Opération MK-Ultra concernait l’expérimentation sur l’usage possible de la drogue psychédélique LSD comme « sérum de vérité ». Un centre majeur des activités de MK-Ultra se situait à l’Allan Memorial Institute de l’Université McGill à Montréal. Là-bas, le Dr. Ewen Cameron mena de nombreuses expériences durant les années 1950 sur diverses formes d’altération mentale.

Naomi Klein a discuté des applications sur le long terme des expériences du Dr. Cameron sur le contrôle du comportement dans l’introduction de son livre et de son documentaire éponyme essentiel, « La Stratégie du Choc« .

 

 

L’existence de l’Opération Mockingbird fut exposée dans une enquête parlementaire suite à la démission du Président US Richard Nixon en 1974 sous une pluie d’opprobre. Nixon fut poussé à la démission à cause des conséquences des révélations qui accompagnèrent le scandale du Watergate. Carl Bernstein a été l’un des deux journalistes, depuis tellement encensés, qui dévoilèrent les informations initiales qui ont mené à la chute de Nixon. Bernstein rapporta de façon célèbre dans Rolling Stone Magazine en 1977 la ribambelle de liens rattachant les médias, dont beaucoup des plus célèbres journalistes des USA, aux stratégies de contrôle mental de la CIA.

Les BRICS et le business de la guerre

L’ère de la bipolarité de la Guerre Froide céda la route à ce qui a semblé être à un moment d’uni-polarité, entre 1991 et le début du vingt-et-unième siècle. En 2008, la déliquescence de certaines institutions financières dérégulées de Wall Street provoqua une contagion commerciale internationale qui a démontré la fragilité de l’Occident. Alors que s’ouvrait le vingt-et-unième siècle, l’apparente omnipotence unipolaire des États-Unis céda la route à un monde multipolaire plus complexe.

La Chine a émergé en tant que moteur commercial et industriel de l’entreprise capitaliste. La Chine a parfois été adjointe à l’Inde, à la Russie, au Brésil et à l’Afrique du Sud dans un nouveau conglomérat économique intitulé, les « BRICS ». L’Union Européenne a continué de s’étendre, alternant entre des périodes de croissance et de récession. Travaillant étroitement avec l’OTAN, l’UE a intégré les anciens pays satellites de l’Union Soviétique. Cette trajectoire d’expansion a été limitée par un problème de surexposition financière. Cette crise fut reflétée dans l’énorme endettement de nombreux pays européens, tel que mis en évidence par l’épopée entourant l’économie assiégée de la Grèce.

La Guerre Mondiale contre la Terreur fut initiée dans le sillage des événements du 11 septembre 2001. Le complexe militaro-industriel qui avait crû pendant la Seconde Guerre Mondiale puis durant la Guerre froide s’est maintenu, tandis que l’outillage anti-communiste fut recalibré et augmenté pour satisfaire l’anti-terrorisme. Effectivement, les budgets militaires de nombreux pays, mais tout particulièrement du gouvernement US, ont gonflé à des niveaux sans précédent suite au 11 septembre (2001). L’une des continuités qui ressort du rôle des USA dans la transition de la Guerre Froide à la Guerre Mondiale contre la Terreur, c’est que le déploiement de ressources militaires, policières, diplomatiques et de propagande orientées vers les ennemis désignés a entretenu la structure de classes dominée par les bénéficiaires, propriétaires et directeurs principaux du complexe militaro-industriel, qui devient outre mesure de plus en plus élaboré.

Les profiteurs de guerre en ont énormément bénéficié tandis que les dirigeants corporatistes et les clients de