WWIII : UKRAINE : Désintégration du Pays et création d'une nouvelle entité : La MALORUSSIE. La Russie et son Président ont conforté les voeux de la Population du Donbass.

Publié le par José Pedro, collectif des rédacteurs dans LAOSOPHIE sur Overblog

Alexandre Zakhartchenko annonce la création d'un nouvel état - la Malorussie - pour remplacer l'Ukraine

Aujourd'hui, 18 juillet, la capitale de la République Populaire de Donetsk a accueilli un événement historique - la signature d'une déclaration politique sur la création d'un nouvel état, qui deviendra le successeur légal de l'« Ukraine ». Le nouvel état sera constitué de 19 régions de l'ancienne Ukraine et sera appelée Malorussie, avec la capitale du nouvel état à Donetsk. Kiev restera un centre historique et culturel sans statut de capitale.

« Ici, nous allons tous discuter du futur. Nous proposons un plan pour la réintégration du pays grâce à la loi et à la constitution. Nous devons construire un nouveau pays dans lequel les concepts de conscience et d'honneur ne sont pas oubliés. Nous offrons aux citoyens de l'Ukraine une manière pacifique de sortir de cette situation difficile, sans guerre. Ceci est notre dernière offre non seulement pour les Ukrainiens, mais aussi pour tous les pays qui soutiennent la guerre civile dans le Donbass. Je suis convaincu que nous ferons tout ce qui est possible et impossible, » a déclaré le chef de la RPD, Alexandre Zakhartchenko.

Ont participé à l'événement : le chef de la RPD Alexandre Zakhartchenko, le conseiller du chef de l'état Zakhar Prilepine, le vice président du conseil des ministre et ministre des revenus et des taxes, Alexandre Timofeyev, ainsi que des représentants de la plupart des régions qui faisaient auparavant partie de l'Ukraine.

Tous les délégués présent ont voté unanimement à vote ouvert pour signer la déclaration politique sur la création de la Malorussie avec Donetsk pour capitale.

« La Malorussie est un état fédéral avec une large autonomie des régions. La préservation du droit des langues régionales sera garantie, le drapeau de Bogdan Khmelnitsky est reconnu comme étant le drapeau national, » a déclaré Alexandre Timofeyev en citant l'acte constitutionnel.

« L'état « Ukraine » s'est révélé comme étant un état failli et a démontré son incapacité à garantir à ses habitants un présent et un avenir pacifiques et prospères, » souligne l'un des points de la déclaration politique.

Les deux documents ont été unanimement approuvés par les délégués. En plus des représentants du Donbass, la création du nouvel état a été soutenue par des représentants des régions de Kharkov, Dnipropetrovsk, Zaporojié, Kherson, Nikolayev, Odessa, Soumy, Poltava, Chernigov, Kirovograd, Kiev (délégués de la région et de la ville), Cherkassy, Rovno, Volyn, Ternopol, Ivano-Frankovsk, et Lvov.

Déclaration politique

Le projet de l'état « Ukraine », formulé il y a 150 ans et mis en œuvre de différentes façons pendant le 20e siècle, a atteint sa conclusion logique et a mené à la désintégration du pays, à la guerre civile et à la mort de dizaines de milliers de personnes, y compris des enfants, des femmes et des personnes âgées. Et ce processus est irréversible. Toute tentative d'inverser l'histoire conduira à la « balkanisation » du conflit, à l'extension du chaos, l'escalade de la guerre civile et un nombre encore plus grand de victimes.

Pour arrêter la guerre civile, et éviter de nouvelles victimes, nous, représentants de la majorité des régions de l'ancienne « Ukraine » rassemblés à Donetsk le 18 juillet 2017, avons discuté de la situation actuelle et en sommes venus aux conclusions suivantes :
- l'état « Ukraine » s'est révélé comme étant un état failli et a démontré son incapacité à garantir à ses habitants un présent et un avenir pacifiques et prospères ;
- les autorités actuelles - le « président » Porochenko et la Rada suprême - élus à Kiev après le coup d'état sur fond de terreur politique et en l'absence d'élections en Crimée et dans le Donbass, sont illégitimes ;
- l'état « Ukraine » est au bord de la catastrophe économique et du dépeuplement ;
- un coup d'état ultranationaliste se prépare à Kiev, à la suite duquel des personnes ouvertement néo-nazies prendront le pouvoir à la place des « Bandéristes à visage européen » ;
- suite au coup d'état néo-nazi, débutera dans le pays une guerre civile de tous contre tous qui provoquera sa désintégration ultérieure ;
- le projet nationaliste ukrainien (le projet galicien) s'est discrédité lui-même en versant le sang des civils dans le pays ;
- l'idéologie « ukrainiste » a prouvé qu'elle est misanthropique, et mélangée avec de la xénophobie (russophobie, antisémitisme, polonophobie) et du néo-nazisme (l'idéologie d'exclusivité nationale et de supériorité) ;
- suite à l'évolution historique et à cause du Maïdan, le mot « Ukraine » est associé à tout jamais aux noms des complices des nazis Bandera et Choukhevytch, avec les tragédies de Baby Yar, les massacres en Volhynie et Khatyn, et aujourd'hui, avec les assassinats de masse de gens sur le Maïdan, dans la maison des syndicats à Odessa, et le génocide du peuple du Donbass.

Sur la base de ce qui précède, nous croyons que l'état « Ukraine » tel qu'il a été établi après la chute de l'URSS ne peut pas être restauré.

Nous, représentants des régions de l'ancienne « Ukraine », proposons de recréer l'état et à la place de l'ancienne « Ukraine », en se basant sur le fond historique, de proclamer l'état de Malorussie. Dans cette affaire, il est d'une importance primordiale de renommer le pays, puisque l'« Ukraine » en tant qu'état est coupable de crimes de guerre, de terreur de masse et de génocide de son propre peuple.

À son tour, le nouveau nom du pays basé sur les traditions historiques, nous permettra de réunifier ces pièces de l'ancienne « Ukraine » qui semblaient se séparer à jamais, y compris en raison de la participation à la guerre civile des deux côtés de la ligne de front.

Nous devons tourner la page de l'histoire de notre peuple qui est remplie du sang de nos frères et de nos sœurs.

La Malorussie est un état INDÉPENDANT, SOUVERAIN avec un nouveau nom, un nouveau drapeau, une nouvelle constitution, une nouvelle structure d'état, de nouveaux principes de développement social et économique, et de nouvelles perspectives historiques. Mais ce N'EST PAS UNE RÉVOLUTION ! C'est un retour à l'histoire. C'est une nouveauté qui restaure, mais ne détruit pas.

Au vu de la situation économique critique du pays, de la possibilité d'apparition du chaos et de la désintégration, en raison du risque de commencement d'une « guerre de tous conte tous », nous considérons nécessaire de déclarer un état d'urgence pour la période de transition pouvant aller jusqu'à trois ans. Durant cette période, le processus d'adoption de la nouvelle constitution et l'établissement de l'état de droit devront avoir été parachevés.

Pendant cet état d'urgence, une interdiction des activités des partis politiques et des fonds étrangers sera décrétée, et les peines pour les infractions pénales, particulièrement contre les personnes, seront plus sévères. La lutte contre la corruption sera renforcée, ainsi que les peines pour ce délit. Le marché noir des armes devra être éliminé, y compris par l'enregistrement des armes en accord avec la nouvelle loi.

Durant la même période, une enquête devra être menée avec l'implication de spécialistes étrangers - de Russie, Biélorussie, Union Européenne - sur les crimes commis par le régime de Kiev issu du Maïdan : les meurtres sur le Maïdan, les meurtres de citoyens d'Odessa à la maison des syndicats le 2 mai 2014, les crimes de guerre dans la soi-disant OAT.

Durant la même période, un tribunal populaire devra être préparé pour juger les criminels d'état qui ont mené le pays à la désintégration et à la guerre civile : V.F. Ianoukovitch (avec une requête à la Russie demandant son extradition), P.A. Porochenko et sa clique: Tourtchinov, Iatseniouk, Kolomoïsky, Parouby, Nalyvaichenko et les autres.

Nous sommes sûrs que, purifiée de l'idéologie néo-nazie criminelle « Ukrainiste », nous serons capables de construire une nouvelle société basée sur l'amitié et l'assistance mutuelle, et non sur la haine et l'envie. Le génie créatif de notre peuple sera en mesure d'amener la Malorussie à l'avant-garde de la civilisation mondiale et de jouer un rôle dans l'histoire. La parole du Bien et de la Vérité.

Acte constitutionnel

Nous, représentants des régions de l'ancienne « Ukraine » (à l'exception de la Crimée), déclarons la création d'un nouvel état, qui est le successeur légal de l'« Ukraine ». Nous sommes d'accord sur le fait que le nouvel état s'appellera la Malorussie, puisque le nom même d'« Ukraine » s'est totalement discrédité.

La ville de Donetsk devient la capitale de la Malorussie. La ville de Kiev reste un centre historique et culturel sans le statut de capitale.

Le drapeau de Bogdan Khmelnitsky (exemple) est reconnu comme le drapeau national de la Malorussie.

La Malorussie est un état multiethnique, dont les langues d'état sont le malorusse et le russe, tout en préservant les droits des langues régionales.

La Malorussie est un état fédéral avec une large autonomie des régions. Le gouvernement central doit gérer les questions de budget fédéral (formé par l'attribution d'un pourcentage établi pour chaque région), l'armée et les services secrets, les douanes et la banque centrale, la politique fiscale et écologique. Les questions essentielles en matière d'éducation (normes) et de médecine doivent aussi rester sous la supervision des autorités centrales, mais avec une composante régionale significative.

Nous nous basons sur le fait que la République Populaire de Donetsk (avec la République Populaire de Lougansk) restent les seuls territoires de l'ancienne « Ukraine » (sans compter la Crimée), où l'autorité légitime est préservée.

Fondements :
- À Kiev, en février 2014, un coup d'état armé anticonstitutionnel a eu lieu ;
- Donetsk n'a pas reconnu ce coup d'état et ses conséquences « légales » ;
- Dans des conditions d'anarchie virtuelle, un référendum a eu lieu sur le territoire de la région de Donetsk - la forme la plus démocratique d'expression de la volonté des citoyens, sur la base duquel des autorités législatives et exécutives légitimes ont été élues lors d'un vote populaire ;
- Le président par intérim Tourtchinov a été désigné par la Rada suprême en violation de la constitution. Les élections de Porochenko et de la Rada suprême de 2014 sont illégitimes, puisque, en plus des violations massives et de la terreur politique (agressions physiques de candidats, intimidation des électeurs), plusieurs millions d'électeurs n'ont pas participé à ces élections (Crimée, Donbass), dont la participation a été déclarée par la commission électorale centrale à Kiev.

Sur base des éléments ci-dessus, la République Populaire de Donetsk se considère habilitée à initier le rétablissement de l'état qui était auparavant appelé « Ukraine ».

La République Populaire de Donetsk appelle les représentants des élites régionales et de la société civile des régions de l'ancienne « Ukraine » à s'unir pour arrêter le chaos dans le pays et la « guerre civile de tous contre tous », ainsi que le processus de désintégration du pays qui en découle. La RPD est prête à assumer le rôle de coordination et à assurer la sécurité de tous les participants du nouveau processus constitutionnel avec l'aide de son armée et de ses forces de maintien de l'ordre.

À cette fin, nous proposons de sélectionner de manière individuelle des représentants de chaque région à l'Assemblée Constituante (sur les principes des assemblées du Zemstvo), où ils créeront le pays - la Malorussie, et adopteront une nouvelle constitution.

Lors de la préparation de la nouvelle constitution, nous considérons nécessaire de se reposer sur les principes de base suivants :
- Un état souverain indépendant ;
- L'intégrité territoriale, avec la reconnaissance de la légitimité du choix du peuple criméen (référendum);
- Statut militaire neutre (non-aligné) ;
- Basé sur les valeurs traditionnelles de notre peuple, qui sont basées sur la vision Orthodoxe du monde ;
- Égalité de toutes les religions et confessions traditionnelles et, dans le même temps, opposition au schisme et aux sectes totalitaires ;
- Une économie multi-vectorielle, un « pont » entre l'Est et l'Ouest, le Nord et le Sud ;
- Reprise de la participation aux activités de la CEI, ratification de la loi sur l'appartenance de la Malorussie à la CEI ;
- Parcours d'adhésion à l'Union de la Russie et de la Biélorussie tout en préservant l'indépendance et la souveraineté ;
- Restauration des liens de coopération avec la Russie et renouvellement de la coopération avec l'Union Économique Eurasiatique ; négociations au format trilatéral Malorussie-Russie-UE pour harmoniser les relations dans le système global ;
- Préservation du régime sans visa (en cas de consentement de l'UE) ;
- Restauration du potentiel industriel du pays ; création de compagnies d'état dans les industries clés ;
- Interdiction de la vente de terres agricoles ; rejet des OGM ;
- Développement du système de contrôle populaire (public) de l'économie et de la politique, y compris comme moyen de combattre la corruption ;
- La lutte contre la corruption comme point clef ; responsabilité accrue (y compris responsabilité pénale) pour les délits de corruption ; loi de contrôle pour éliminer les pratiques de corruption ;
- Renversement du pouvoir des oligarques, y compris au niveau législatif ;
- Renonciation aux partis politiques en tant que sujet de politique, transition vers le principe de représentation personnelle ;
- Introduction d'éléments de démocratie directe ;
- Succession légale à l'Ukraine « d'avant le Maïdan » ;
- Répudiation des dettes des autorités issues du Maïdan ;
- Renonciation à l'augmentation de l'âge de départ à la retraite ;
- Gel des tarifs communaux et prise en compte de la possibilité de leur réduction ultérieure ;
- Garanties de premier emploi pour les diplômés des universités ;
- Permission de détenir et de porter des armes ;
- Dénazification systématique ;
- Responsabilité administrative et pénale pour la propagande des idées néo-nazies et la glorification des Nazis et de leurs complices (Bandera, Choukhevytch, OUN-UPA, etc.) ;
- Responsabilité administrative et pénale pour les tentatives de révision de l'issue de la Seconde Guerre Mondiale ;
- Réhabilitation de l'héritage soviétique ;
- Restauration des célébrations nationales du Jour de la Victoire le 9 mai ;
- Régionalisation de la politique mémorielle.

La constitution de la Malorussie doit être développée et adoptée dans sa version originelle par l'Assemblée Constitutionnelle, puis soumise à un référendum national. Cela sera précédé d'une grande discussion publique à la fois aux niveaux régional et fédéral.

Agence DONi News / Traduction officielle par Christelle Néant

Les millions d’ « âmes mortes » du gouvernement ukrainien : démonstration, estimations, raisons possibles

Réfugiés ukrainiens

Le plus ukrainien des écrivains russes est Nicolas Gogol : il n’écrivait qu’en russe mais se sentait autant russe que « khokhol »1. Il a noté dans un cahier « Embrasser les deux moitiés du peuple russe, celle du nord et celle du sud, le trésor de leur esprit et de leur caractère ».

Il est notamment connu pour la nouvelle Les âmes mortes. C'est l'histoire d'une escroquerie basée sur la dissimulation de la baisse, entre deux recensements, du nombre de serfs sur une propriété.

Les propriétaires terriens devaient alors payer des impôts fonciers en fonction du nombres de serfs (« âmes ») qu’ils possédaient. Entre 2 recensements, ils payaient donc souvent des impôts sur des serfs décédés depuis le recensement précédent, les « âmes mortes ».

L'escroc achète sur le papier ces « âmes mortes », sans que les propriétaires comprennent ce qu'il veut en faire. Il a l'intention de prendre un crédit, en donnant ses serfs comme garantie, sans aucune intention de rembourser le crédit.

Un escroc qui manipule les chiffres de la population entre deux recensements trop espacés, afin de contracter un prêt qu’il ne pourra pas rembourser… Comme on le verra ici, la similarité avec la situation de l'Ukraine actuelle est stupéfiante !

Les Âmes Mortes par Vladimir Groïsman (nouvelle version). Illustration par l’équipe d’Oleksandr Klymenko. Je remercie O. Klymenko ainsi que R. Ichtchenko pour leurs aimables réponses à mes questions, lors de la préparation du présent dossier.

I. Une certitude : l’Ukraine « oublie » de compter son émigration

L’Ukraine n’a pas effectué de recensement depuis 2001. Certains Ukrainiens s'imaginent que le recensement de 2020 sera une victoire de l'Ukraine : en avant vers l'avenir européen radieux ! Le plus dur n'est pas la chute, c'est l'atterrissage, qui pour certains esprits complètement bandérisés attendra les résultats du recensement de 2020, s’il a lieu.

Commençons par regarder les chiffres officiels de la démographie de l’Ukraine :

Chiffres officiels de la démographie ukrainienne

Principaux chiffres de la démographie ukrainienne. population 1991-2016 tirée d'Ukrstat, le reste de Wikipédia.

On constate déjà un désastre démographique sans précédent en temps de paix : 9,6 millions d’habitants perdus en 23 ans. Cela inclut la perte des 2,4 millions de Criméens, mais même 7,1 millions serait un record ! Et pourtant, s’il l’on est attentif aux chiffres depuis 2005, on remarque une bizarrerie : la baisse de la population de chaque année correspond à peu près au solde naturel, comme si le solde migratoire était très faible. C’est ce qui m’a mis la puce à l’oreille, et j’ai vérifié en allant chercher les chiffres officiels de l’immigration et émigration.

Chiffres de l'immigration et émigration

Population, immigration et émigration selon les chiffres officiels ukrainiens (Ukrstat). À partir de 2015, la Crimée n'est plus comptée, mais les chiffre incluent théoriquement les républiques du Donbass. Notez pour la suite le mieux temporaire du solde naturel de 2011 à 2013, correspondant à un rebond des naissances au-dessus de 500 000 par an, contre déjà 397 039 en 2016, proche du minimum des 2 derniers siècles (376 479, en 2001) sur le territoire concerné.

De 1991 à 1993, on a un retour massif des Ukrainiens qui vivaient dans d’autres républiques d’URSS. Puis la situation économique a déclenché une émigration massive. Puis, miracle, après le premier Maïdan (Révolution Orange), le solde migratoire devient faiblement positif. Le solde migratoire reste positif même dans les années 2014-2016, alors que la situation de l’Ukraine est catastrophique. Ce « miracle » tient à une chose simple.

Les chiffres de l’immigration et plus encore de l’émigration sont toujours des estimations, puisque lorsqu’on émigre on ne déclare pas son émigration au passage de la frontière. Les statisticiens doivent regarder les entrées et les sorties du territoire, et décider d’un seuil à partir duquel la personne non revenue est décrétée “émigrée” : 12 mois, en général2. Au final le calcul de l’émigration n’a rien d’évident, surtout si l’on prend en compte la question des migrations en aller-retours (les migrants qui vont récolter des fruits et légumes dans d’autres pays, par exemple). Les méthodes de l’institut russe de statistiques sont détaillées dans cette encyclopédie en 8 volumes. L’institut ukrainien de statistiques utilisait vraisemblablement la même méthode jusqu’en 2004. Le « miracle » tient simplement au fait que les chiffres officiels ukrainiens se basent désormais sur le lieu de résidence officielle. Lorsque l’on déménage à l’intérieur du pays, on doit indiquer à l’administration son nouveau lieu de résidence. Mais ceux qui émigrent n’ont normalement aucune raison de venir faire cette déclaration. La falsification démographique ukrainienne tient donc à un simple changement de méthode de calcul, un peu comme cela a pu être le cas en France pour les chiffres du chômage. Une note de bas de page des derniers chiffres migratoires (pour l’année 2016) indique d’ailleurs très clairement :

Інформація сформована на основі наявних адміністративних даних щодо зміни реєстрації місця проживання.

En français :

Information compilée sur la base des données administratives disponibles sur le changement de lieu de résidence.

Ou encore plus clairement, sur la page des explications méthodologiques concernant la démographie :

Кількість вибулих визначають за талонами зняття з реєстрації місця проживання в Україні.

En français :

Nombre de départs : déterminés par les tickets de désinscriptions des registres de résidence en Ukraine.

Cette falsification n’est donc en rien un secret : L’écrasante majorité des émigrés ne se désinscrivent pas des registres de résidences en Ukraine, donc il ne sont pas comptés comme ayant émigré. Nous avons maintenant compris que les chiffres de la population ukrainienne sont falsifiés par une méthode de calcul ouvertement biaisée afin de dissimuler l’émigration. Les statisticiens se dédouanent d’ailleurs de la surprise du prochain recensement en ajoutant que ces données sont susceptibles d’être révisées. Ce qui n’est pas clair pour l’instant, c’est l’ampleur de cette falsification. Et surtout, comme dans le livre de Gogol, on ne comprend pas encore ce que le gouvernement gagne à ce trafic d'âmes mortes. Commençons par essayer d’estimer l’ampleur de la falsification, d’abord en présentant quelques unes des analyses les plus intéressantes que j’ai trouvé lors de mes recherches, puis en vous présentant mon analyse, utilisant une méthode que je suis le premier à utiliser et qui me semblent donner les résultats les plus solides.

II. Estimations de la population réelle de l’Ukraine

II.1 Calcul par la consommation d’électricité ?

On peut trouver les chiffres officiels de la consommation d’électricité sur le site du ministère de l’Énergie (exemple : chiffres de 2015). C’est une méthode intéressante qui mérite d’être signalée, et un calcul a utilisé ces données pour aboutir à une population (en 2016) de 35 millions d’habitants. Malheureusement les articles qui ont signalé ce résultat l’ont fait sans expliquer la méthode, ni même ce qu’ils représentaient exactement (avec ou sans les républiques du Donbass) donc il est impossible d’en tirer des conséquences solides. Si vous trouvez cette analyse, ou si vous arrivez à proposer une analyse basée sur la consommation électrique, merci de le signaler en commentaire.

II.2 Premier calcul : consommation de pain

Le “Club de Discussions Économiques” (ukrainien) a publié une analyse montrant des chiffres très intéressants de la production de pain, qui a baissé de 55% entre 2000 et 2016. Mais leur analyse de ces chiffres s’apparente à un exercice orwellien de double-pensée, pour ne pas contredire les chiffres officiels de la population : ils rappelle que l’arrêté ministériel 780 du 11 octobre 2016 indique le minimum de pain consommé par personne3, utilisent ce chiffre, et calculent que la population (hors Crimée) a baissé de 14% ! Et ils concluent en disant que ça ne veut pas dire que 70% du pain est cuit de façon non déclarée, mais juste qu'il faut se poser des question. Ouf, fin de l'exercice de double-pensée.

Consommation de pain en Ukraine

Effondrement de la production de pain en Ukraine de 2000 à 2016 : à première vue cela pourrait indiquer une population d’environ 25 millions d’habitants dans le territoire sous contrôle de Kiev. J’explique ici pourquoi c’est faux.

Une économiste russe (Larissa Chesler) a fait un calcul de la population ukrainienne en se basant sur les même chiffres de production de pain, elle trouve 24,5 millions d'habitants dans la zone contrôlée par Kiev. Ce calcul a été repris sur de nombreux sites connus de tous bords, russes et ukrainiens (dont strana.ua et Snob.ru), il semble correct, et colle avec la consommation de farine. Une raison assez simple rendent cependant ses conclusions incorrectes : La consommation de pommes de terre en Ukraine a très fortement augmenté. On peut raisonnablement penser que la consommation de pain a baissé de 15 kg par an par personne environ et a été compensée par l’augmentation d’environ 45 kg de la consommation de pommes de terre : les deux font environ 40 000 kCalories. Il peut en outre y avoir une production non officielle de l’ordre de 5% à 10%4. Il faut signaler que la situation des usines de pain en Ukraine est catastrophique depuis 2011 et même 2008. Cela a probablement joué un rôle dans cette forte baisse de la consommation de pain. Au final, les chiffres officiels de la production de pain sont compatibles avec une population de 30 à 40 millions d’habitants. Nous avons donc très légèrement progressé dans ce mystère, en évitant un premier écueil sur lequel se sont précipités plusieurs médias importants.

II.3 Deuxième estimation : chiffres officiels des organisations internationales et pays étrangers

De nombreux médias se basent pour estimer la population réelles de l’Ukraine, sur certains chiffres officiels ukrainiens, mais leurs analyses sont finalement confuses et je vous en épargne le détail. Je reproduis simplement ce résumé fait par l’Institut Ukrainien pour le Futur. Pour arriver à un compte vraisemblable en utilisant les chiffres officiels, ils semblent oublier les étudiants qui n’ont pas d’emploi (il y a 1,4 million d’étudiants au total) et les femmes au foyer. En réalité l’objectif essentiel de leur étude semble être de convaincre qu’il faut augmenter l’âge de la retraite à 65 ans. Son intérêt pour nous est de rappeler cette statistique officielle : il n’y a que 12,3 millions d’emplois déclarés en Ukraine.

Emplois en Ukraine

Selon l’Institut Ukrainien pour le Futur il y a 36 millions d'habitants en 2017 dont moitié actifs et moitié inactifs : 11,9 M de retraités (officiel) ; 5,8 M de moins de 16 ans (officiel = 6,8 M); 16,3 M de travaillent (officiel) dont 4 non officiellement (ou à l'étranger ! ) ; 1,7 M de chômeurs (officiel).

II.3.a Émigration depuis 2014

Le service russe des statistiques (GKS) indique le solde migratoire de la Russie : +280 328 en 2014 (dont +94 370 avec l'Ukraine) et +245 398 (+146 131) en 2015. Soit en 2 ans un solde de +240 501 Ukrainiens qui se sont installé en Russie de façon légale. Manquent à ces chiffres l’immigration illégale et le nombre d’Ukrainiens ayant pris la nationalité russe.

Le Ministère de l'Intérieur de Russie apporte des réponses : En 2016 194 385 Ukrainiens ont obtenu un permis de séjour ou permis de résident, et 100 696 Ukrainiens ont obtenu la nationalité russe (sur un total de 265 319 naturalisations). Notons que ces personnes sont toujours comptées par l’Ukraine comme des Ukrainiens habitant en Ukraine alors qu’elles ont signalé leur volonté de renoncer à la nationalité ukrainienne. Entre les immigrés légaux et les immigrés illégaux (presque aussi nombreux, en Russie) qui se sont installés de façon durable ou font des aller-retours, l'Ukraine a pu perdre un total de près d’environ 1,5 million d'habitants vers la Russie depuis 2014.

Immigration ukrainienne en Pologne

La Pologne cherche à attirer les Ukrainiens pour compenser l'émigration des Polonais vers l'ouest, et les Ukrainiens se précipitent massivement en Pologne depuis 2015.

Pour l'émigration vers le reste du monde, Pologne en tête, le gouvernement polonais indique que 1,3 millions d'Ukrainiens travaillaient en Pologne en 2016. En y ajoutant les travailleurs non déclarés, il pouvait y avoir 1,5 million de travailleurs ukrainiens en Pologne en 2016, vraisemblablement près de 2 millions cette année. L’émigration vers les autres pays (Allemagne, République Tchèque…) est souvent plus difficile à évaluer, mais un exode total de 4 voire 4,5 millions de personnes depuis 2014 semble raisonnable. Attention toutefois : il s’agit pour l’essentiel d’Ukrainiens ayant toujours leur résidence principale en Ukraine, et qui font des aller-retours entre leur famille et un travail à l’étranger, qui dans la moitié des cas est un travail saisonnier.

II.3.b Émigration de 2004 à 2013

À cette estimation, il faut ajouter la falsification qui a eu lieu entre 2004 et 2013. L’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) indiquait dans un rapport de 2008, que selon les chiffres de l’Organisation Internationale du Travail de 2007, 780 000 Ukrainiens travaillaient à l’étranger, alors qu’ils n’étaient que 62 000 selon les chiffres officiels ukrainiens.

L’OIM indiquait ensuite en 2011 que 6,5 millions d’Ukrainiens vivaient à l’étranger selon les recensements des autres pays. Il est impossible de savoir quelle proportion a émigré à l’époque où les statistiques officielles ukrainiennes comptabilisaient encore correctement les émigrés, mais cela donne une idée de l’ampleur de l’exode avant le début de la vague actuelle d’émigration.

Les chiffres russes nous indiquent que le solde migratoire légal de la période 2005 – 2013 a été d’environ 292 000 de l’Ukraine vers la Russie. Nous avons aussi les chiffres italiens (+206 320 citoyens ukrainiens de plus résidents légalement en Italie de 2003 à 2014) et le nombre d’Ukrainiens recevant des visas de longue durée vers toute l’UE depuis 2008 (892 908 entre 2008 et 2013 dont 286 865 pour travail, famille ou études). Ainsi on peut envisager une falsification de l’ordre d’un million d’émigrés sur cette période. Si enfin on estime la perte de population du Donbass à 3,5 millions, on arrive à obtenir une estimation de la population actuelle de l’Ukraine (sous contrôle de Kiev) par la soustraction 42,5-4-3,5-1=34.

La population permanente de l’Ukraine serait ainsi actuellement d’environ 34 voire 33,5 millions d’habitants. On peut y ajouter 3 millions de personnes (pour un total de 37 millions) qui font des aller-retours entre l’Ukraine et un emploi à l’étranger, mais l’objectif principal de ces travailleurs émigrés est très souvent de s’installer pour de bon, avec leur famille, dans le pays où ils travaillent. Cette estimation de 34 millions de résidents permanents et 37 millions de population totale (en simplifiant : population estivale et hivernale, puisqu’il y a une part importante de travaux de récoltes) est une estimation certainement plus précise que les chiffres officiels mais reste imprécise, il faut donc trouver mieux.

II.4 Mon calcul : Chiffres officiels du Ministère de l’Éducation

En 1995/1996, il y avait 7,1 millions d’écoliers. Lors de l’année scolaire 2015/2016, il n’y avait plus que 3 783 1505 enfants scolarisés dans les écoles de l’Ukraine désormais privée de la Crimée, de la RPD et de la RPL. Puis 3 845 517 écoliers inscrits en 2016/2017, soit une baisse de 46% en 21 ans. Cela ne veut pas dire que la population totale a déjà baissé d’autant, mais qu’elle en prend le chemin. Et surtout, on constate que ce chiffre officiel est nettement inférieur au total de la population ayant l’âge de la scolarité obligatoire. Ceci sert de base à mon calcul de la population permanente de l’Ukraine.

En outre, en utilisant ces chiffres du ministère de l’Éducation et les chiffres officiels de la mortalité par sexe et par âge, j’ai trouvé qu’en un an 0,6% des enfants de 5 à 15 ans ont émigré.

Cette proportion de 0,6% d’émigration des enfants en un an donne une base de départ pour établir des taux d’émigration par classe d’âge de ces enfants et de leurs parents. Cette proportion ne prend en compte que l’émigration durable, par opposition aux migrants qui par exemple vont chaque année récolter les fruits et légumes en Europe.

Pour l’estimation de l’émigration réelle je prends ensuite en compte 3 autres phénomènes non négligeables :
- L’émigration étudiante. Il y avait au moins 68 000 étudiants ukrainiens à l’étranger en 2016-2017 soit une augmentation d’environ 10 000 en un an. La plupart de ces étudiants ont l’intention de revenir mais étant donné l’écart colossal de niveau de salaire qu’ils pourront obtenir à l’étranger par rapport à l’Ukraine, bien peu de diplômés viendront travailler en Ukraine.
- Ensuite il faut malheureusement prendre en compte le dramatique phénomène du trafic de femmes vers des ateliers clandestins et pour la prostitution. J’ai ajouté un taux correspondant à environ 3000 jeunes femmes en 2016. C’est malheureusement une hypothèse optimiste : C’est la moitié de la moyenne 1991 – 2010, or le récent effondrement économique est un terreau idéal pour les réseaux criminels qui viennent chercher leurs victimes en leur promettant un avenir meilleur à l’étranger, comme l’était la misère des années 1990.
-Enfin, les Ukrainiens qui réussissent bien leur émigration tentent souvent de faire venir leurs parents, voire leurs grands-parents. J’ai donc ajouté un petit taux d’émigration annuel correspondant à environ 4000 personnes de 60 à 80 ans. La réalité est peut-être plus proche du triple, mais il n’y a pas de données précises à ce sujet.

J’arrive à un total de près de 190 000 Ukrainiens qui ont durablement émigré en 2016, ce qui semble très optimiste au vu de l’émigration durable et même pratiquement irréversible vers la seule Russie. En outre, les Ukrainiens qui travaillent en Pologne depuis peu chercheront pour beaucoup à s’y installer, et le régime sans visa avec l’UE facilitera l’émigration vers l’UE. Ainsi, les taux d’émigrations que j’ai déterminés représentent une modélisation optimiste, il n’est pas à exclure que cette émigration durable double dans les prochaines années si le régime politique en place continue de mener sa politique suicidaire, d’autant les pays frontaliers de l’Ukraine font des efforts pour gonfler leur propre démographie en attirant les Ukrainiens, notamment en leur simplifiant l’accession à la nationalité. Cependant je conserve dans mon modèle ces paramètres pour la simulation de toutes les années suivantes.

2volution démographique ukrainienne

 

 

Prévision de l'évolution de la population ukrainienne dans le territoire actuellement contrôlé par Kiev : les principaux paramètres choisis (fécondité, émigration et mortalité infantile) sont choisis fixes ce qui est optimiste car si la politique suicidaire de l’Ukraine continue, l’émigration accélérera et la fertilité chutera, et on pourrait voir moins de 20 millions d’habitants dès 2040.

J’applique un taux de fécondité fixe de 1,5 enfant par femme, qui correspond quasiment au meilleur niveau des 20 dernières années, bien que le faible nombre de naissances en 2015 laisse présager une baisse. Le faible nombre de naissance en 2015 est d’ailleurs nettement discernable sur la pyramide des âges que je propose ci-dessous. J’utilise pour mon modèle les dernières statistiques officielles des âges des mères. J’ai utilisé des taux de mortalité légèrement améliorés par rapport aux taux actuellement observés, avec une espérance de vie prévue pour 2017 de 3 ans meilleure à l’espérance de vie officielle en 2015. Étant donné l’état effroyable des services de santé, une telle hausse de l’espérance de vie ne va pas de soi, mais du moins la mortalité infantile baisse rapidement et on peut espérer que cette baisse continue un peu.

Le premier résultat de mon calcul est qu’il y avait début 2017 36,9 millions d’habitants en Ukraine en comptant ceux qui font des aller-retours vers un travail à l’étranger. Cela colle bien avec l’estimation de la partie II.3. La méthode que j’ai utilisée utilise un critère qui distingue l’émigration en aller-retours et l’émigration durable : ceux qui sont durablement installés à l’étranger y inscrivent leurs enfants à l’école. Le pendant de ceci est qu’elle ne permet pas d’estimer la population réellement présente de façon permanente. Sur le graphique ci-dessus j’ai choisi une estimation de 3,5 millions d’émigrés “en aller-retours”.

Parmi les 40,1 millions d’habitants vivant officiellement sur le territoire sous contrôle de Kiev début 2017, environ 3,2 millions sont complètement fictifs : un tiers d’entre eux résident en RPD / RPL, et deux tiers sont installés avec leur famille en Russie, en Europe ou ailleurs.

Et après avoir fait tous ces calculs, il ne reste plus pour obtenir une prévision qu’à faire tourner tous les paramètres mentionnés ci-dessus pour les prochaines années, j’arrive à une population de 22,3 millions d’habitant en 2050 en comptant les travailleurs qui font des aller-retours. C’est à dire que l’Ukraine se retrouvera avec moins de 20 millions d’habitants permanents en 2050, avec les taux d’émigrations actuels.

Concernant la répartition par classes d’âge : Selon la population officielle au 1/1/2016, il y aurait 23,4 personnes âgées de 65 ans et plus pour 100 personnes âgées de 16 à 64 ans. Selon mon calcul, il y aura au début de 2050 46,7 personnes âgées de 65 ans et plus pour 100 personnes de 16 à 64 ans, c’est à dire deux fois plus qu’en 2016. Le niveau des retraites en Ukraine est déjà catastrophique en Ukraine (avec un départ à la retraite officiellement à 60 ans mais souvent avant), l’évolution démographique pèsera vers une dégradation de la situation des retraités, quand bien même l’âge de la retraite passera à 65 ans. Ceci est le résultat de l’émigration massive des jeunes ukrainiens.

Pyramide des âges en Ukraine en 2050

La rentrée scolaire 2017/2018 nous en dira plus (les chiffres doivent être publiés le 21 novembre). Une génération légèrement plus nombreuse arrive, c’est un petit mieux très temporaire, comme signalé dans le deuxième tableau de la partie I. Le gouvernement ukrainien ne s’y trompe pas et ferme plusieurs centaines d’écoles chaque année. Les presque 17 mille écoles actuelles seraient trop nombreuses pour les 2,6 millions d’écoliers prévus pour la rentrée 2039-2040. À noter que si la grande majorité des écoles se vident et ont généralement moins de 22 élèves par classe, les dernières écoles russophones (un peu plus de 1000 contre 5 fois plus il y a 25 ans) sont contraintes de refuser plus de 80% des élèves demandeurs, faute de places.

III. Pourquoi cette falsification ?

Oleksandr Klymenko (sa biographie) propose quatre explications intéressantes à cette manipulation :

Klymenko

Oleksandr Klymenko, en 2013, gérait le processus devant mener à l’accord d’association avec l’UE en tant que ministre des impôts et des revenus.

III.1 Embobiner le FMI et l’UE

C'est sur le chiffre faussé de 42,6 millions d'habitants que l'UE et le FMI basent leurs projections de croissance économique qui permettront ou non à l’Ukraine de rembourser. « Oublier » de signaler que des centaines de milliers d’habitants émigrent chaque année permet au gouvernement de Groïsman de demander des crédits bien plus importants, en sachant parfaitement qu’il sera impossible de les rembourser puisqu’il n’y aura simplement pas assez d’Ukrainiens pour payer. Le FMI et l'UE ne devraient pas être naïfs au point de croire les chiffres officiels ukrainiens indiquant un solde migratoire positif, mais les fonctionnaires de l'UE sont souvent aveuglés par un fanatisme idéologique incompatibles avec la faculté d’analyser rationnellement.

III.2 Voler l’argent des Ukrainiens

Oleksandr Klymenko suggère que ce serait pour certains un moyen d’enrichissement personnel via l’énergie nécessaire aux âmes mortes. Effectivement, si l'Ukraine sous contrôle de Kiev consomme officiellement autant de gaz et de charbon que s'il y avait 40 millions d'habitants, on peut imaginer des moyens de détourner des milliards de hryvnias. Par exemple : le charbon (ou diesel ou gaz) est « brûlé » (selon la comptabilité) pour produire l'électricité que « consomment » les 6 millions d'âmes mortes, avec la complicité de la direction d'une centrale thermique, puis réapparaît comme acheté par la société chypriote « Jtembrouille Ltd. » à « Nivuniconnu Ltd. » basée au Belize, un tour de passe-passe comptable et hop ! Il est revendu, cette fois pour être brûlé pour de vrai dans une centrale, et il y a un très joli pactole à partager entre les complices.

J’ai posé la question à Oleksandr Klymenko, qui estime que, selon certaines données, la machination que je suggère pourrait avoir lieu. Cependant il envisage plutôt une corruption à l’autre bout de la chaîne : la plupart des appartements ukrainiens n’étant pas équipés de compteurs électriques, les factures se basent sur la consommation totale de l’immeuble au pro-rata du nombre de personnes enregistrées dans chaque appartement. Or les émigrés sont toujours enregistrés comme résidents en Ukraine, ce qui permet de facturer pour une population totale de 40 millions (population officielle hors RPD – RPL qui ne reçoivent plus d’électricité de l’Ukraine6), la consommation fictive de millions d’âmes mortes tombant dans les poches de fonctionnaires.

III.3 Manipulation électorales

Rostislav Ichtchenko (politologue ukrainien qui habite désormais à Moscou et a abondamment écrit sur l’effondrement démographique de l’Ukraine) m’a expliqué que bien avant le coup d’État de 2014, le Parti des Régions estimait que 2 millions d’Ukrainiens travaillant à l’étranger faisaient voter leur famille. Or il s’agissait essentiellement d’Ukrainiens de l’ouest, pro-OTAN et russophobes. Bien sûr il est possible pour les Français de continuer à voter dans leur commune d’origine lorsqu’ils émigrent, notamment en faisant des procurations. On peut donc estimer que ce n’est pas totalement anormal, même si le principe est très discutable.

III.4 Minimiser les pertes de la guerre

Oleksandr Klymenko ne précise pas dans son article le mécanisme envisagé, mais on peut imaginer par exemple que les morts non officiels de la guerre soient portés justement dans la colonne "émigrés". Cela rejoint les affirmations selon lesquelles les soldats ukrainiens tués sont souvent signalés comme ayant fui vers la Russie. En réponse à mes question, O. Klymenko précise que selon lui le seul chaudron d’Ilovaïsk a tué bien plus de 2700 soldats ukrainiens (total officiel sur toute la guerre). Dissimuler les pertes dues à la guerres permet au pouvoir de se maintenir en place : ils dissimulent leur incompétence, réduisent le mécontentement et enfin font porter à la guerre tous les problèmes de l’Ukraine. Si la paix arrive dans le Donbass il deviendra évident à tous qu’ils sont les seuls responsables de l’effondrement de l’Ukraine.

J’envisage encore deux raisons pour la falsification des données démographiques.

III.5 Dissimuler la faiblesse de l’Ukraine par rapport aux pays voisins

La falsification dissimule aux pays voisins à quel point le rapport de force entre l’Ukraine et ses voisins s’est déséquilibré. Sans entrer dans le détail des relations bilatérales, ce qui mériterait un article à part, l’Ukraine est devenue nettement moins peuplée que la Pologne qui distribue à tour de bras des « cartes de Polonais » aux citoyens ukrainiens qui parlent polonais : déjà plus de 100 000, avec un rythme en accélération qui dépasse vraisemblablement déjà les 3 000 par mois. Et déjà certains en Pologne rappellent que l’Ukraine a annexé l’est de la Pologne lors de la Seconde Guerre Mondiale. Or l’Ukraine a tenu à signer avec la Pologne un document affirment que l’URSS est responsable du déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale. La question démographique pourrait à l’avenir devenir cruciale dans les relations polono-ukrainiennes, qui ont déjà commencer à se compliquer du fait de l’acharnement de Kiev à glorifier les nationalistes ukrainiens et les volontaires ukrainiens de la Waffen-SS, qui en Pologne sont surtout connus pour leurs massacres de Polonais (et en Israël pour leurs massacres de Juifs).

Évolution territoriale de l'Ukraine

À l'ouest de l'Ukraine, la partie du pays la plus frappée par l’émigration de masse, de grands territoires étaient jusqu'en 1939 polonais, slovaques ou roumains, et gardent une forte identité que la crise actuelle a réveillée. Un raïon (arrondissement) de la Transcarpatie (la région en rose) est majoritairement peuplée de Hongrois. Le pointillé rose ne correspond qu’à des revendications maximales lors de la Guerre Civile. Le territoire marqué 1 est incorrect : Rostov n’a jamais fait partie de l’Ukraine. Source : Wikipédia.

La falsification démographique participe aussi à la guerre psychologique contre les RPD/RPL. En effet l'Ukraine hors RPD/RPL n'a que 9 fois plus d'habitants qu'elles, mais se targue d'en avoir 16 fois plus (en minimisant la population RPD/RPL à 2,5 millions), ce qui est très différent. En outre, Donetsk et Lougansk construisent leur avenir en intégrant leur économie à l’économie russe, alors que l’Ukraine ne propose actuellement que la vassalisation à l’Occident et la haine de la Russie pour tout horizon économique et civilisationnel.

III.6 Minimisation de l’importance des émigrés pour l’économie

Nier l’émigration de masse revient à nier l'importance de l'argent apporté (par transfert ou en liquide) à l'économie par les travailleurs migrants. Or :
- Ces envois sont le fruit de l'activité économique d'autres pays mais apportent une part non négligeable du PIB de l'Ukraine (puisqu'ils servent à acheter en Ukraine des bien et des services). Ainsi, minimiser ces envois permet d'exagérer les prouesses de l'économie ukrainienne. Les chiffres officiels de la Banque Centrale ukrainienne font état de 5,425 milliards de dollars transférés vers l’Ukraine, tout compris (transferts bancaire, système du style Western Union, et liquide) dont 18% venant de Russie. Cela représente 6% du PIB. Une estimation ukrainienne (de l’Académie des Sciences d’Ukraine) citée par l’OIM en 2008 estimait que les transferts des travailleurs émigrés généraient déjà 8,5% du PIB ukrainien. En 2007, Delo (quotidien d’affaires qui appartenait alors au groupe allemand Handelsblatt) faisait déjà une estimation stupéfiante : 21 milliards de dollars, soit un quart du PIB.
- Ces envois sont la raison essentielle pour laquelle la hryvnia ne s'est pas complètement effondrée (sa valeur n’a été divisée que par 3,1 depuis début 2014 face au dollar). En effet les sommes envoyées par les travailleurs émigrés sont largement supérieures aux investissements étrangers. Nier que des millions d'Ukrainiens travaillent à l'étranger permet d'oublier que la force relative de la hryvnia ne doit rien à la force de l'économie ukrainienne ou à son attractivité, ce qui encore une fois influe sur les prévisions utilisées par le FMI ou l'UE. En 2012 ces envois représentaient 7,5 milliards de dollars contre 6 pour les investissements étrangers direct selon la Banque Nationale ukrainienne qui sous-estime les envois en liquide des émigrés.

Investissements étrangers en Ukraine

Baisse des investissements étrangers directs en Ukraine (Cf. surtout “FDI net inflows”), dont la balance commerciale est négative. Ce sont les envois d’argents par les travailleurs émigrés qui empêchent la gryvna de s’effondrer totalement. La guerre permet à Porochenko de se maintenir au pouvoir mais n’attire pas les investisseurs. Les IÉD nets sont restés à moins de 3,5 milliards de dollars en 2015 et 2016, nettement inférieurs aux envois par les travailleurs émigrés.

Sommes envoyées en Ukraine par les Ukrainiens travaillant à l'étranger

Les sommes envoyés en Ukraine par les travailleurs émigrés (ici en millions de dollars) sont depuis quelques années plus importantes que les investissements étrangers directs. Source : Banque Mondiale.

Rostislav Ichtchenko suggère encore deux raisons de dissimuler l’effondrement démographique réel de l’Ukraine :

III.7 Dissimuler le risque de la disparition pure et simple de l’Ukraine

Rostislav Ichtchenko estime qu’un effondrement de plus de 50% de la population causera l’effondrement total de toutes les structures gouvernementales, remplacées par des groupes criminels armés incontrôlables (Cf. bataillon nationalistes) comme cela a été à l’époque de l’histoire ukrainienne connu sous le nom de Ruine (seconde moitié du XVIIè siècle) dont l’issue fut la partition du Hetmanat cosaque entre la Russie et la Pologne selon la frontière du Dniepr. Or il est bien possible que ce seuil de 50% (à territoire égal) arrive vers 2040, voire avant si la situation empire.

Hetmanat cosaque

En 1667, la trêve d'Androussovo partagea selon la frontière du Dniepr le Hetmanat cosaque (indiqué en clair). La Russie obtint la rive gauche et Kiev ; l'Union de Pologne-Lituanie (qui contrôlait déjà la majorité de l’ouest de l’actuelle Ukraine) obtint la rive droite. L’Empire Ottaman contrôlait le sud-ouest, les Tatars de Crimée contrôlaient le sud. Source : Wikipedia.

III.8 Dissimuler le projet de réduction drastique de la population

Après le sabordage de son héritage industriel soviétique, l’économie ukrainienne est dans un état tellement catastrophique qu’elle ne peut faire vivre 40 millions d’habitants, mais à peine 15 millions. Les autorités ukrainiennes font donc tout ce qu’elles peuvent pour se débarrasser de millions d’habitants. Cela rejoint d’ailleurs l’intérêt à court terme de la survie économique de l’Ukraine : plus il y a d’émigrés, plus il y a d’envois d’argent aux familles. D’un côté le régime sans visa encourage les Ukrainiens à partir travailler en Europe, d’autre part les menaces de fin de la libre circulation entre la Russie et l’Ukraine encourage les Ukrainiens qui travaillent en Russie à s’y installer pour de bon en demandant un permis de résident voire la nationalité russe.

Alekseï Anpilogov (responsable du Centre de coordination Novaya Rus) rejoint Rostislav Ichtchenko dans une interview : Après l’anéantissement presque achevé de ses énormes capacités industrielles héritées de l’URSS, l’Ukraine se positionne comme une « superpuissance agricole », or même une population de 10 millions d’habitants seraient suffisante pour ce projet. Oleksandr Klymenko les rejoint également et a publié un article expliquant que le plan du pouvoir est de réduire la population à 20 millions le plus vite possible : les retraités qui ne seront pas tués par la réforme des retraites seront tués par la réforme de la médecine. Et de l’autre côté la natalité souffrira des réformes, entre la disparition de la prise en charge gratuite des frais médicaux pour les femmes enceintes et la fin des allocations attribués aux parents. Dans ce cadre, falsifier les chiffres de la démographie permet de dissimuler le fait que l’ « opération 20 millions » est en très bonne voie.

IV. Conclusion : à première vue c’est très grave, en réalité c’est bien pire

Bien que la falsification des chiffres démographiques ne soit pas à proprement parler un secret, puisqu’elle est clairement indiquée sur la notice méthodologique d’Ukrstat, la validité des chiffres démographiques officiels est très rarement discutée. Nous avons montré ici, selon une méthode inédite vraisemblablement plus précise que les méthodes antérieures, que la population de l’Ukraine subit un effondrement bien plus sévère qu’officiellement reconnu. Le trafic d’âmes mortes peut servir comme chez Gogol à l’enrichissement personnel de quelques-uns, mais au-delà, cette dissimulation de l’émigration de masse dissimule l’incompétence criminelle du gouvernement et l’ampleur de la crise humanitaire qu’ils ont déclenché.

De nombreux éléments tendent vers une dégradation de la situation, et l’existence même de l’Ukraine sera menacée dans les prochaines décennies par les conséquences de la politique suicidaire actuellement menée par le gouvernement ukrainien, si celui-ci n’est pas prochainement remplacé par des hommes politiques déterminés à tirer l’Ukraine du désastre actuel en mettant fin à la guerre, à l’opposition constante à la Russie, et à l’asservissement de la population ukrainienne aux intérêts financiers et stratégiques de l’élite atlantiste.

PS : Cette étude est le fruit d’un long travail étalé sur plusieurs mois. Vous pouvez la reproduire sur votre site en indiquant clairement la source exacte. Si vous souhaitez traduire cet article, merci de prendre contact pour relecture préalable de la traduction. L’auteur n’est pas affilié à DONi. Merci à leur équipe pour la publication.

1. Terme non méprisant sous la plume de Gogol, Cf. http://gogol-lit.ru/gogol/bio/ukrainskij-vopros.htm
2. 12 mois est la recommandation de l’ONU. Dans les années 1990 la Russie (et vraisemblablement l’Ukraine aussi) utilisait le seuil de 6 mois. Pour les pays semi-souverains, qui ne contrôlent pas leurs propres frontières, il y a une difficulté supplémentaire. Bravo aux statisticiens de l’INSEE qui arrivent à obtenir un chiffre correct.
3. Cet arrêté décrète toute une liste de besoins essentiels, de 6 livres à 6 m³ de gaz par an. Bien sûr le but de la l’arrêté, au moins dans sa version originale de 2000, était de déterminer le seuil de pauvreté, pas de décréter la quantité de pain que doit manger chaque citoyen.
4. Cette production de pain non officielle peut concerner à la fois les usines de pain dans les villes, et des paysans produisant leur propre pain à partir de leur propre blé. Le niveau de vie dans les campagnes est absolument misérable, avec des revenus très souvent inférieurs à 100 dollars par mois, et la moindre économie même au prix d’effort importants peut être raisonnable pour beaucoup.
5. Le calcul exige d’examiner attentivement les publications du Ministère de l’Éducation Nationale (qui contredisent ouvertement les chiffres démographiques officiels), et de tenir compte notamment des élèves des cours du soir, qui sont majoritairement des adultes. En outre à partir de 2016/2017 il faut aussi retrancher les élèves de Crimée, RPD et RPL qui sont inscrits à distance dans des écoles ukrainiennes (~0,6% des écoliers de ces territoires).
6. Kiev estime la population de la RPD + RPL à 2,5 millions d’habitants. C’est une sous-estimation pour motif de propagande. La RPD et RPL donnent un total de 3,8 millions. J’ai choisi 3,4 millions pour mon modèle. Choisir 3,4 ou 3,8 millions comme population totale RPD + RPL change assez peu l’estimation de la population de l’Ukraine (environ 130 000) dans mon calcul.

Propagande massive sur la présence troupes russes « invisibles » dans le Donbass et nouvelles sanctions contre la Russie - L'OTAN veut sa guerre en Europe.

Alors que le G20, et que la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine ont eu lieu, le calme relatif qui continue de régner dans le Donbass est trompeur. Si la discussion entre les deux présidents semble avoir été cordiale, il est prématuré de s'en réjouir. Car dans le Donbass, l'artillerie ukrainienne continue doucement mais sûrement d'augmenter jour après jour le nombre de ses tirs sur les territoires des Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk (RPD et RPL). Ici, la résolution pacifique du conflit ne semble toujours pas être à l'ordre du jour.

Alors qu'au début de la trêve instaurée le 24 juin, les tirs étaient redescendus en dessous des 20 violations par jour, celles-ci sont remontées aux niveaux antérieurs à la trêve depuis la semaine passée, et rien que durant les dernières 24 heures, l'armée ukrainienne a tiré à 39 reprises sur la RPD, blessant deux civils hier soir à 23 h dans le quartier de Troudovskyi à Donetsk, lorsqu'un obus a frappé l'appartement où ils vivent.

Hier après-midi, c'est sur deux villages proches de Yassinovataya (Yakolevka et Mineralnoye) que l'armée ukrainienne s'est déchaînée, tirant à l'artillerie lourde (122 mm et 152 mm) puis au mortier lourd (120 mm) pendant plusieurs heures.

Comme l'a bien analysé Sébastien Hairon, derrière les discours de façade des États-Unis sur la volonté d'appliquer les accords de Minsk, il suffit de regarder qui a été nommé comme représentant américain en Ukraine sur ce sujet, et d'écouter ce que Rex Tillerson a déclaré lors de sa visite à Kiev pour comprendre que ce que veut le complexe militaro-industriel américain c'est tout sauf la paix dans le Donbass.

La crainte exprimée lors de l'élection de Trump s'avère juste : le président américain ne contrôle rien, il ne gouverne rien, il est juste là pour la décoration. C'est l'état profond qui dirige réellement le pays et ses vassaux. Et c'est vers le gouffre de la guerre qu'il veut diriger l'Europe.

Car de Tillerson à Stoltenberg, lui aussi en visite à Kiev ce week-end, ou même l'assemblée parlementaire de l'OSCE, tous nous ressortent encore et toujours l'antienne des troupes russes présentes dans le Donbass, afin de présenter la Russie comme l'agresseur dans ce conflit.

S'asseyant joyeusement sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (et sur les faits historiques concernant le fait que la Crimée ait été maintenue dans le giron ukrainien après la chute de l'URSS par la force), sur la réalité du terrain, et sur le risque de génocide que l'application d'une telle mesure ferait courir aux Criméens comme à la population du Donbass, cette assemblée a voté une résolution qui ressemble à une mauvaise blague.

Celle-ci appelle en effet la Russie à révoquer la décision de réintégrer la Crimée à la fédération de Russie, à retirer ses « troupes d'occupation » de la péninsule (je rappelle aux députés de cette assemblée que ces troupes n'occupent rien, elles étaient là de manière légale même avant le Maïdan puis le référendum de Crimée), et à cesser sa guerre hybride contre l'Ukraine dans le Donbass.

La résolution appelle aussi la Russie à garantir un accès total et sans délai à la Crimée aux organisations internationales, aux experts de l'OSCE, à l'ONU, au conseil de l'Europe, aux ONG de défense des droit de l'homme et aux médias. Ce qui prête à sourire quand on voit l'hystérie de Kiev et de ses soutiens occidentaux à chaque fois qu'un député comme Thierry Mariani vient en Crimée. Quand lui vient, il est sanctionné, et maintenant l'OSCE appelle la Russie à ouvrir grand les portes à tout le monde. Je rappelle aussi que lors du référendum de Crimée, l'OSCE a refusé de venir surveiller le référendum, pour pouvoir ensuite le déclarer illégitime. Il serait temps que tout ce petit monde accorde ses violons, parce que pour le moment niveau cohérence c'est du grand n'importe quoi.

Et puis surtout, depuis la réintégration de la Crimée au sein de la fédération de Russie, un certain nombre de journalistes et blogueurs indépendants sont venus sur la péninsule et ont fait quantité de reportages sur la situation réelle là-bas. Ce que l'OSCE essaye de faire avec cette partie de la résolution c'est d'enfoncer des portes ouvertes...

La résolution exige aussi de la Russie qu'elle révoque la décision de reconnaître les passeports de la RPD et de la RPL, d'arrêter l'agression dans le Donbass, et d'arrêter toute forme de soutien aux groupes armés des deux républiques. En clair l'assemblée parlementaire de l'OSCE prend les désirs de Kiev pour la réalité et appelle la Russie à laisser faire un génocide à ses portes sans rien faire, même dans le cadre légal du droit humanitaire (qui est celui de la reconnaissance des passeports). Je laisse chacun de mes lecteurs apprécier ce que vaut une telle assemblée parlementaire, et ses décisions qui vont à l'encontre du droit international et du droit humanitaire.

Revenons maintenant sur cette accusation farfelue et mainte fois assénée concernant la soi-disant guerre de la Russie contre l'Ukraine et la soi-disant présence de troupes russes dans le Donbass. Car il ne suffit pas de répéter 500 fois la même bêtise pour qu'elle devienne une vérité. Dans une interview publiée hier par le journal Apostophe, le ministre adjoint des Territoires occupées et des déplacés internes en Ukraine, Guéorgui Touka finit par lâcher la vérité, rejoignant une déclaration similaire faite l'an passé par les autorités militaires ukrainiennes : l'Ukraine n'a aucune preuve de la présence de l'armée russe dans le Donbass.

« Malgré tous nos efforts, nous ne pouvons pas prouver pour l’instant de manière juridiquement claire la présence de l’armée régulière russe dans le Donbass », a-t-il déclaré.

Pour appuyer ses dires il rappelle que la cour de la Haye a confirmé cette incapacité de l'Ukraine à prouver légalement la présence de soldats russes sur son territoire. Il a aussi contesté sur le plan juridique le fait de déclarer que la Russie occupe une partie du Donbass, car il n'y a pas d'organes de pouvoir russe au sein de la RPD et de la RPL.

Cette interview ne fait que confirmer ce que Dmitri Peskov, le porte parole du Kremlin a répondu à Jens Stoltenberg, à savoir que la Russie ne peut pas retirer du Donbass des troupes qui n'y sont pas…

Avec tous ses satellites, et ses services secrets, si les États-Unis et l'OTAN avaient la moindre preuve de la présence de l'armée russe dans le Donbass, celles-ci auraient fait les gros titres des journaux depuis longtemps. Alors pourquoi continuer ainsi d'accuser sans preuve la Russie ? C'est que les autorités ukrainiennes veulent que leur pays intègre l'OTAN, et cette organisation rêve de cela pour continuer d'encercler la Russie.

Bases de l'OTAN autour de la Russie

Et pour justifier cette décision, contraire à l'engagement qui avait donné par les États-Unis de ne pas étendre l'OTAN à l'Est, et aux belles paroles disant que l'OTAN n'a soit-disant pas de velléités belliqueuses contre la Russie, il faut présenter cette dernière comme étant un danger pour l'Ukraine, et pour l'Europe. Et quoi de mieux que de lui faire endosser le rôle de l'agresseur/envahisseur ?

Cette volonté d'intégrer l'Ukraine au sein de l'OTAN, préoccupe d'ailleurs grandement la Russie, qui voit bien à quel jeu stupide et dangereux l'alliance atlantique veut jouer. Les autorités russes, ont averti une fois de plus, que l'extension de l'alliance à l'Est n'allait avoir pour conséquence que de rendre la situation sur le continuent européen de plus en plus instable. Les États-Unis veulent pousser l'Europe à la guerre contre la Russie (s'évitant ainsi une guerre sur son propre territoire), et pour cela il faut que l'OTAN soit au plus prêt de ses frontières.

Résultat, l'OTAN est prêt à continuer à jeter de l'argent dans le puits sans fonds qu'est l'Ukraine, afin de maintenir cette dernière plus ou moins à flot malgré le désastre économique post-Maïdan. Même en ajoutant les 40 millions de livres sterling promises par le Royaume-Uni à ces 40 millions de dollars, cela ne ne suffira pas à couvrir les 115 millions de dollars que Porochenko envisage d'investir en terme d'armement, alors que l'armée ukrainienne manque de tout, même de l'essentiel, et que le FMI a postposé la prochaine tranche d'aide à l'Ukraine.

Il faut y rajouter que les soutiens européens de l'Ukraine commencent de plus en plus à faire la grimace. Entre la Pologne qui refuse que l'Ukraine rentre dans l'UE tant qu'elle glorifie Stepan Bandera, et qui a vu son consulat à Lvov mis en état de siège, et l'Allemagne, qui digère mal les nouvelles sanctions américaines contre la Russie car celles-ci impacteront le projet Nord Stream 2 (dont l'Allemagne a un besoin vital pour continuer de recevoir du gaz russe par un circuit plus fiable que l'Ukraine), l'OTAN va avoir du mal à imposer à tous les pays de l'alliance de faire bloc derrière l'Ukraine pour aller faire la guerre à la Russie.

Surtout quand la Pologne s'oppose à l'Allemagne sur le dossier du Nord Stream 2, on voit bien que chacun essaye de tirer la couverture à soi, que l'Union Européenne n'a d'union que le nom, et que seuls les intérêts de chacun sous-tendent les décisions géopolitiques qui sont prises, donnant lieu à une cacophonie en terme de politique de l'UE. Une cacophonie qui reflète celle qui règne à Washington, entre les discours de Trump et ce que fait réellement son administration.

Les États-Unis s'effondrent comme l'empire romain avant eux, et pour les mêmes raisons, comme l'a bien analysé Chris Hedges. Et suivant la même course folle que la Rome antique vers la guerre sans fin, plus rien ni personne ne pourra les empêcher de s’autodétruire. Dans un parallèle historique frappant, les dissensions actuelles au sein de ce nouvel empire ne sont que les symptômes de son effondrement en cours. La seule question qui reste est : combien de pays et combien de morts cet effondrement va-t-il coûter ?

Christelle Néant