WWIII: LA FRANCE EN GUERRE CONTRE LA RUSSIE : L'ONU est à la solde de ceux qui la finance: les Etats-Unis violent de nouveau l'accord de siège de l'ONU, ainsi que les DROITS ASSOCIES.

Publié le par José Pedro, collectif des rédacteurs dans LAOSOPHIE sur Overblog

WWIII: LA FRANCE EN GUERRE CONTRE LA RUSSIE : L'ONU est à la solde de ceux qui la finance: les Etats-Unis violent de nouveau l'accord de siège de l'ONU, ainsi que les  DROITS ASSOCIES. 

NOS REPRESENTANTS SONT DES TRAÎTRES QUI TRICHENT DANS LES ELECTIONS : MACRON DEMISSION, QUE LE PEUPLE SOIT DANS LA RUE. «Guerre froide et bouillante avec la Russie»: Mélenchon et Le Pen opposés à la confrontation entre Paris et Moscou

 

La Guerre est déclarée, bien que plus aucunes guerres de le soient, elles se forment, on ne sait plus bien qui fait quoi, les règles n'existent plus, et on vous dit l'inverse de ce qui se passe. Jusqu'à présent l'ONU vous disait ce qu'il en était, et les USA corroboraient, maintenant la Russie, compte tenu du contexte grave, ne veut plus se taire.

Plusieurs destroyers américains et le porte-avions USS Harry S.Truman sont sur le point de partir pour une mission en Europe et au Proche-Orient, d'après le journal Stars And Stripes.

Faut-il quitté l'ONU pour les Pays qui se voient bafouer leurs droits? la Question reste posée. Une dérive inquiétante se fait jour, de plus en plus de Pays Occidentaux, n'appliquent plus ni les recommandations de l'ONU, ni ses résolutions du Conseil de Sécurité ou de l'Assemblée Générale, ni les traités internationaux, de la même façon, que nos avocats Francs-Maçons ne respectent plus les citoyens, les accords de convention, et se retournent vers les plaignants, avec l'accord de la magistrature et du Ministère pour les plumer et les poursuivre devant les Tribunaux pour doubler leurs honoraires, mais ce n'est pas l'objet de cet article.

Ce qui est plus grave, c'est que nous sommes sous la coupe de ceux qui veulent faire la Guerre en inventant les motifs pour la faire. La FRANCE est aux Ordres d'Israël et de la couronne d'Angleterre, avec les ROTHSCHILD. Nous n'avons jamais défendu nos intérêts depuis le départ de De GAULLE.

Au cours des dernières années, Washington a promu le concept d’« unilatéralisme ». Le Droit international et les Nations unies devaient s’effacer devant la force des États-Unis.

Cette conception de la vie politique est issue de l’histoire US : les colons qui venaient aux Amériques entendaient y vivre comme ils l’entendaient et y faire fortune. Chaque communauté élaborait ses propres lois et refusait l’intervention du gouvernement central dans ses affaires locales. Le président et le Congrès fédéral sont en charge de la Défense et des Affaires étrangères, mais, pas plus que les citoyens, ils n’acceptent une autorité au-dessus de la leur.

Bill Clinton a attaqué la Yougoslavie en violant allégrement le Droit international. George Bush Jr. a fait de même contre l’Iraq et Barack Obama contre la Libye et la Syrie. Donald Trump, quant à lui, n’a jamais caché sa méfiance vis-à-vis de règles supra-nationales.

Faisant allusion à la doctrine Cebrowski-Barnett [2], Sergueï Lavrov a déclaré : « On a clairement l’impression que les États-uniens cherchent à maintenir un état de chaos contrôlé dans cet immense espace géopolitique [le Proche-Orient], espérant l’utiliser pour justifier la présence militaire des USA dans la région sans limite de temps pour promouvoir leur propre ordre du jour ».

Le Royaume-Uni a pris, lui aussi, ses aises avec le Droit. Le mois dernier, il a accusé Moscou dans l’« affaire Skripal », sans la moindre preuve, et a tenté de réunir une majorité à l’Assemblée générale de l’Onu pour exclure la Russie du Conseil de Sécurité. Il serait évidemment plus facile pour les Anglo-Saxons d’écrire unilatéralement le Droit sans avoir à tenir compte de l’avis de leurs contradicteurs.

Moscou ne croit pas que Londres ait pris une telle initiative. Il considère que c’est toujours Washington qui mène la danse.

La « globalisation », c’est-à-dire la « mondialisation des valeurs anglo-saxonnes », a créé une société de classe entre États. Mais il ne faut pas confondre ce nouveau problème avec l’existence du droit de veto. Certes, l’Onu, tout en affirmant l’égalité entre États quelle que soit leur taille, distingue au sein du Conseil de sécurité, cinq membres permanents qui disposent du veto. Ce directoire des principaux vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale est une nécessité pour qu’ils acceptent le principe d’un Droit supra-national. Cependant lorsque ce directoire échoue à dire le Droit, l’Assemblée générale peut s’y substituer. Du moins en théorie, car les petits États qui votent contre un grand doivent endurer des mesures de rétorsion.

La « mondialisation des valeurs anglo-saxonnes » oublie l’honneur et valorise le profit, de sorte que le poids des propositions d’un État se mesure désormais au seul niveau de développement économique de son pays. Toutefois, trois États sont parvenus au cours des dernières années à être entendus sur le fonds de leur propositions et non pas en fonction de leur économie : l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad (aujourd’hui assigné à résidence dans son propre pays), le Venezuela d’Hugo Chávez et le Saint-Siège.

La confusion engendrée par les valeurs anglo-saxonnes a conduit à financer des organisations intergouvernementales avec de l’argent privé. Une chose en entrainant une autre, les États membres de l’Union internationale des télécommunications (UIT) par exemple ont progressivement abandonné leur pouvoir de proposition au profit des opérateurs privés de télécoms, réunis au sein d’un Comité « consultatif ».

La « communication », nouveau nom de la « propagande », s’impose dans les relations internationales. Du secrétaire d’État US brandissant une fiole de pseudo-antrax au ministre britannique des Affaires étrangères mentant sur l’origine du Novitchok de Salisbury, le mensonge a été substitué au respect, laissant place à la méfiance.

Lors des premières années de sa création, l’Onu tentait d’interdire la « propagande de guerre », mais aujourd’hui ce sont des membres permanents du Conseil de sécurité qui s’y livrent.

Le pire est advenu en 2012, lorsque Washington est parvenu à faire nommer un de ses pires faucons, Jeffrey Feltman, numéro 2 de l’Onu [3]. Depuis cette date, les guerres sont orchestrées à New York dans l’institution censée les prévenir.

La Russie s’interroge aujourd’hui sur la possible volonté des Occidentaux de bloquer les Nations unies. Dans ce cas, elle créerait une institution alternative, mais il n’y aurait plus de forum pour permettre aux deux blocs de discuter.

De même qu’une société se transforme en un chaos où l’homme redevient un loup pour l’homme lorsqu’elle est privée de Droit, de même le monde redeviendra un champ de bataille s’il abandonne le Droit international.

les Etats-Unis violent de nouveau l'accord de siège de l'ONU

Faut-il encore faire partie de l'ONU quand on n'a pas dans le conseil de sécurité, le droit de véto sur toutes les questions posées?
Le monde entier vient de voir dans quelle précipitation, improvisée et infondée, les pays de la coalition antirusse ont, sur invitation britannique et pressions étatsuniennes, expulsé cent cinquante diplomates russes le 26 mars et jours suivants. Il est effectivement facile de remarquer qu'aucune opération coordonnée de cette ampleur n'a jamais été effectuée, par exemple, contre l'URSS, même après les révélations de Vladimir Vetrov qui ont motivé l'expulsion de quarante-sept diplomates et fonctionnaires soviétiques par la France, un nombre que les Etats-Unis viennent de dépasser sur préavis inférieur.

Quelques journalistes ont certes relevé que parmi les soixante diplomates russes expulsés par le gouvernement étatsunien, quarante-huit étaient en poste aux Etats-Unis d'Amérique et douze au siège de l'Organisation des Nations Unies. Mais aucun gouvernement ne semble avoir remarqué la gravité de l'arrogante violation de l'accord de siège de l'ONU que vient de commettre le pays hôte, à son habitude.

L'ONU a établi son siège à New-York au moyen d'un traité, l'Accord de Siège du 26 juin 1947, rédigé non seulement dans la langue de la diplomatie mais également dans la langue vernaculaire locale, négocié, signé et ratifié par le pays hôte, comme dans le cas des autres accords de siège (Suisse par exemple). Sans aller jusqu'à l'extraterritorialité, ce traité accorde au district administratif de l'ONU un statut supérieur au statut accordé aux ambassades, et le pays hôte s'est fermement engagé à apporter des garanties assurant l'indépendance et le bon fonctionnement du siège. Sans accorder à l'ONU de droit d'asile, l'article III (section 9) établit par exemple l'inviolabilité absolue de son district administratif. Plus détaillé, l'article IV, traitant des communications et du transit, établit expressément que les autorités des Etats-Unis "ne mettront aucun obstacle au transit à destination ou en provenance du district administratif" (section 11), tant des représentants des pays membres, que des fonctionnaires de l'ONU et de ses invités temporaires. Pour évacuer toute ambiguïté, il est même précisé que ces dispositions "s'appliqueront quelles que soient les relations" entre les gouvernements concernés et celui des Etats-Unis (section 12). Les dispositions législatives et règlementaires sur l'entrée des étrangers aux Etats-Unis ne peuvent pas porter atteinte à ce privilège d'accès, et "les visas nécessaires [...] seront accordés sans frais et aussi rapidement que possible" (section 13). Il est certes prévu des procédures d'exception, en cas d'écarts de conduite de personnes abusant de l'immunité pour se livrer à des activités sans rapport avec leur qualité officielle, mais très encadrées et impliquant l'employeur, Etat membre ou Secrétaire Général notamment. Les représentants envoyés par les Etats membres auprès de l'ONU, qui sont accrédités par l'Etat membre sans nécessité d'approbation par le pays hôte, "jouiront, sur le territoire des Etats-Unis [...] des mêmes privilèges et immunités qui sont accordés par les Etats-Unis aux envoyés diplomatiques accrédités auprès d'eux". Le même statut est accordé aux représentants permanents (rang d'ambassadeur ou de ministre plénipotentiaire) des Etats membres auprès des institutions spécialisées de l'ONU, mais aussi aux simples employés, qui eux sont nommés par accord entre l'institution concernée, l'Etat membre et le pays hôte. Bref, les Etats-Unis n'ont aucun droit d'expulser des diplomates ou fonctionnaires détachés ou en poste à l'ONU.

Le procédé n'est pourtant pas nouveau, puisque déjà en octobre 1987 les Etats-Unis avaient forcé des diplomates soviétiques à quitter le district administratif de l'ONU et le territoire étatsunien.

Très récemment aussi, il y a à peine six mois, le gouvernement étatsunien a refusé d'accorder son visa à une délégation du gouvernement russe, invitée par l'ONU à venir faire une présentation en commun avec une délégation chinoise, le 12 octobre 2017. La demande de visa (simple formalité puisque ne pouvant théoriquement être refusée), effectuée selon les modalités et délais habituels, a été totalement rejetée, et aucun membre de la délégation ne put se rendre au siège de l'ONU. Il s'agissait en l'occurrence d'une conférence sur le déploiement du bouclier antimissile global étatsunien, à laquelle devaient prendre part des membres de l'état-major général des forces armées russes.

Ces pratiques généralisées sont régulièrement dénoncées par la sixième commission de l'Assemblée Générale, celle chargée des questions juridiques. Le 2 novembre dernier cette sixième commission a encore été obligée de demander au pays hôte de respecter les privilèges et immunités diplomatiques et d'appliquer l'Accord de Siège, la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques et la Convention de 1946 sur les privilèges et immunités des Nations Unies. Evidemment la perquisition illégale du consulat de Russie à San Francisco le 2 septembre 2017 était une violation spectaculaire et médiatisée, mais il y en a d'autres que les Etats membres de l'ONU cachent très diplomatiquement. Le Comité des Relations avec le Pays Hôte a en tout cas présenté le 3 novembre un rapport accablant, en déplorant de devoir se pencher à chaque session, chaque année, sur le même type de violations. Certains membres estiment même que l'Assemblée Générale devrait demander au Secrétaire Général de lui rendre compte de l'état d'application de l'Accord de Siège.

C'est ignorer que, depuis plus de vingt ans, les Etats-Unis font et défont les secrétaires généraux, usant de leur veto pour accepter ou refuser le résultat des élections. En s'opposant fin 1996 à la réélection de Boutros Boutros-Ghali (seul Secrétaire Général à n'avoir ainsi servi qu'un seul mandat) qui avait présidé à l'élaboration d'une certaine pertinence politique et d'une certaine capacité militaire de l'ONU après la fin de sa paralysie pour cause de guerre froide entre deux détenteurs de droit de veto, les Etats-Unis ont affirmé leur intention de choisir un titulaire dévoué à leur service, comme l'ont indéfectiblement montré Kofi Annan puis Ban Ki-Moon.

Il n'est pas inutile de rappeler que, dimanche 8 décembre 2002, les Etats-Unis ont dérobé dans le district administratif de l'ONU la déclaration sur l'état du désarmement de l'Irak (douze mille pages). Le Secrétaire Général Kofi Annan s'est alors ostensiblement abstenu de protester contre ce vol, puis a tenté de le justifier le lendemain devant les quatorze autres membres du Conseil de Sécurité. Enfin, lorsque les Etats-Unis ont finalement restitué (ou substitué par une version altérée) ce rapport, le Secrétaire Général a obéi à leur ordre exprès, en refusant de le distribuer aux dix membres non permanents du Conseil de Sécurité, auquel ce rapport était destiné, divisant ainsi de facto le Conseil de Sécurité entre un comité de décision informé et une chambre d'enregistrement non informée. Une violation aussi flagrante aurait dû suffire.

En comparaison, aucun incident mineur, aucune violation majeure de ce type n'a eu lieu au siège de l'ONU en Suisse, pays neutre, démocratique, civilisé, respectueux des instruments de droit international et de sa propre signature.

Il est extrêmement grave pour l'humanité de laisser la grande institution internationale chargée de prévenir les conflits et de maintenir la paix à la merci d'une puissance qui, non contente de refuser de signer des traités majeurs, n'honore même pas sa signature sur les rares traités qu'elle a signés. C'est d'autant plus grave qu'il s'agit d'une puissance alignée, agressive, militairement présente dans trois-quarts des pays du monde, dont le budget militaire équivaut à celui de tous les autres pays réunis, dont les dirigeants mentent effrontément devant les instances de l'ONU (dont sa plus haute autorité l'Assemblée Générale), et qui viole régulièrement les résolutions du Conseil de Sécurité. L'Assemblée Générale doit agir, et transférer son siège sur le territoire d'un pays neutre qui la laisse travailler librement.

Ce qui est déjà inadmissible en temps de paix doit absolument être corrigé avant la fin de l'actuelle avant-guerre mondiale.

Delenda Carthago.

L’OTAN et l’UE entretiennent la diabolisation de la Russie Par Karl Müller

Dans le contexte des élections réussies du président russe et de la future Coupe du monde de football en Russie, les reproches contre le pays et son président ont pris des proportions dépassant largement ce que nous connaissions pendant la première guerre froide. Que veulent-elles, les élites politiques de l’OTAN et de l’UE? Pourquoi continuent-elles à alimenter l’escalade? Que doit-on préciser concernant la genèse de ce conflit? Il est grand temps de revenir à la raison!

Bien qu’au cours des dernières années, plusieurs auteurs étrangers et suisses ont fourni d’autres informations,1 la plupart des élites politiques des Etats membres de l’OTAN et de l’UE s’obstinent à prétendre que la Russie doit être présentée comme un agresseur malveillant, auquel le «monde libre» doit s’opposer avec force. Si ces «élites» rencontrent des objections, à l’instar du politicien de la CDU et parlementaire européen Elmar Brok dans une émission radiophonique au Deutschlandfunk du 19 mars 2018, elles retombent toujours dans des grossièretés, des injures et des comportements autoritaires. Leurs messages sont primitifs et ils savent qu’ils disent des contrevérités, mais leur grossier slogan «Ça suffit!» sert à intimider et réduire au silence d’autres opinions. Ils sont secondés par la plupart des «grands» médias et par des «experts» complaisants. La propagande permanente contre la Russie et notamment contre son président Poutine venant d’être réélu a pris des traits paranoïaques. Toutefois, cette paranoïa poursuit un but.

Que s’est-il réellement passé?

C’est pourquoi il faut toujours rappeler le développement des faits, même si ceci ressemble à une répétition permanente. Les efforts entrepris par les ennemis de la Russie pour taire et dissimuler les réelles causes du conflit sont énormes. Toute pensée historique est évincée, des flashes chargés d’émotions ont pour objectif de faire taire la raison.

En réalité, il faudrait remonter dans l’histoire – ce que fait une partie des auteurs – et éclairer la stratégie des puissances mondiales britannique et américaine au cours des 150 dernières années. Ici, nous pouvons uniquement rappeler certains développements ayant suivi la dissolution du Pacte de Varsovie et de l’Union soviétique – et ceci uniquement de manière rudimentaire.

Après la fin présumée de la guerre froide est née parmi un grand nombre de personnes, l’espérance d’une vie commune en paix, en liberté et en égalité. La Déclaration de Paris de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europa (CSCE, aujourd’hui OSCE) adoptée en novembre 1990 l’a très bien exprimé, en ce temps-là avec la participation de l’Union soviétique.

Depuis 1991, les Etats-Unis aspirent à être la seule grande puissance au monde

Avec la deuxième guerre du Golfe de 1991 déjà, la direction politique et militaire des Etats-Unis a démontré à quoi elle aspirait véritablement: un «nouvel ordre mondial» selon les idées américaines et l’accès du pays aux principales réserves de matières premières de notre planète. Depuis 1991, les Etats-Unis poursuivent l’idée fixe de devenir une hégémonie et donc la seule grande puissance au monde. Ce n’est donc pas un hasard que le livre de l’ancien conseiller en matière de sécurité nationale, Zbigniev Brzezinski, paru en 1999 soit intitulé «Le Grand Echiquier – L’Amérique et le reste du monde». Le titre allemand «Die einzige Weltmacht» [La seule grande puissance au monde] n’exprime aucune critique, mais décrit très exactement les ambitions américaines bien acceptées en Occident. Les autres pays n’avaient qu’à se soumettre. Le fait que le projet des néoconservateurs américains proposé à la fin des années 1990 fut intitulé «Project for a New American Century» (PNAC) s’inscrit parfaitement dans ce concept.

La Russie a vécu la pire phase de son histoire

Cela concerna également les Etats successeurs de l’Union soviétique, dont la Russie. Les Etats-Unis revendiquèrent les énormes quantités de matières premières russes, le pays fut soumis à une «stratégie du choc» (selon Naomi Klein2) définie par la politique radicale de marché. Les ONG et les médias américains et occidentaux tentèrent par tous les moyens d’influencer l’opinion publique du pays, on soutint des séparatistes islamistes violents et développa des projets pour la division du pays. Ce qu’il fallait à tout prix éviter, en correspondance avec les plans géopolitiques des Anglo-Saxons du début du XXe siècle, était la constitution – sur le continent eurasiatique (Europe et Asie) – d’un contre-pouvoir indépendant des Etats-Unis (et de leurs «alliés» anglo-saxons), par exemple sous forme d’une étroite collaboration des autres Etats européens – notamment de l’Allemagne et de la France – avec la Russie. Sous le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, la partie russe avait déjà parlé d’une «maison européenne commune». Cela dut être empêché par tous les moyens.

La première présidence de Poutine marque un tournant

La décennie entre 1990 et 2000 fut l’une des pires de l’histoire du pays et la Russie dut elle-même payer un prix très élevé. Au début du nouveau millénaire, la politique du nouveau président Vladimir Poutine changea la donne. La partie américaine réalisa cela très rapidement. Déjà au début de ce nouveau siècle, Zbigniev Brzezinski pesta dans ses articles et interviews contre le nouveau président russe et sa politique, «rappelant» à la Russie de ne pas quitter le rôle qui lui était assigné et d’abandonner toute velléité d’être acceptée en tant que puissance se trouvant sur un même pied d’égalité. Dans les Etats baltes, des hommes politiques néoconservateurs du gouvernement de Bush junior vinrent pour dénigrer la Russie. Auparavant déjà, les pays baltes et d’autres anciens membres du Pacte de Varsovie étaient prévus comme membres de l’OTAN et de l’UE et on commença rapidement à les «intégrer» pas à pas. La frontière de l’OTAN se rapprocha de la Russie, et même dans les anciennes républiques constitutives européennes et asiatiques de l’Union soviétique, les Etats-Unis promurent des «révolutions colorées» pour faciliter l’accès au pouvoir de régimes antirusses.

Discours de Vladimir Poutine à Munich en 2007

Le discours du président russe tenu dans le cadre du «Forum de Munich sur les politiques de défense» en février 2007 marqua un tournant manifeste dans les rapports entre l’Est et l’Ouest3. Vladimir Poutine déclara sans la moindre ambigüité que la Russie exigeait d’être placée sur un même pied d’égalité que tous les autres Etats de la communauté internationale, qu’elle exigeait le respect de la Charte des Nations Unies et du droit international public et qu’elle n’était plus disposée à accepter la politique des Etats-Unis et de l’OTAN ne respectant plus aucun principe juridique. Pro memoria: après une décennie de déstabilisation de la Yougoslavie, l’OTAN a mené en 1999, en violation du droit international, une guerre contre la République fédérale de Yougoslavie, liée à la Russie, et les Etats-Unis ont construit au Kosovo l’immense base militaire Camp Bondsteel, dirigée contre la Russie.

En 2001, après le début de la guerre de l’OTAN contre l’Afghanistan, dans laquelle la Russie a au début offert son assistance, la Russie a été inondée de stupéfiants afghans. Cette même année, les Etats-Unis se sont retirés du traité ABM [Anti-Balistic Missile], parce qu’ils voulaient absolument installer leur système anti-missiles, dirigé dès le début contre la Russie, en Europe orientale. La même année, le gouvernement américain a déclaré la guerre illimitée «contre le terrorisme» et contre le présumé «axe du mal». En 2003, sous la direction des Etats-Unis une «coalition des bonnes volontés» a lancé une guerre illégale au regard du droit international contre l’Irak. En 2004, il y eut la première tentative d’un coup d’Etat en Ukraine («révolution orange») … et ainsi de suite.

Le chaos au Proche-Orient fait partie du plan de déploiement

La situation délétère au Proche-Orient a également à faire avec la relation entre l’Occident et la Russie. Aktham Suliman, dont le livre «Krieg und Chaos in Nahost» [Guerre et chaos au Proche-Orient] a été présenté dans Horizons et débats no 6 du 19/3/18, analyse dans son dernier chapitre la finalité du chaos créé par les Etats-Unis et ses alliés: pour lui, toutes ces activités décrites ne poursuivent qu’un seul but: préparer une «troisième Guerre mondiale» – contre la Russie.

Les Etats-Unis, l’OTAN et l’UE n’ont pas pris au sérieux les avertissements du président russe de 2007. Tout au contraire: Les Etats-Unis, l’OTAN et à leur suite l’UE ont maintenu leur objectif d’affaiblir et d’exclure la Russie4 – malgré toutes les bonnes affaires qu’on a bien sûr conclu sans sourciller. Longtemps avant 2014, certaines personnes exposées, tel Brzezinski, ont comparé le président russe à Hitler et Staline.5 D’autres foyers d’incendie et de terres brûlées ont suivi, provoqués en grande partie par des Etats membres de l’OTAN et de l’UE: Géorgie, Libye, Syrie, Yémen, Ukraine … Peu de choses de ce que nos «élites» politiques et leurs médias alignés nous expliquent concernant ces pays correspondent à la vérité. Il s’agit toujours de toute autre chose – et malheureusement, il ne se manifeste toujours et encore aucune tendance contraire.

Ne serait-il pas mieux de résoudre ses propres problèmes plutôt que de jouer avec le feu?

Il est intéressant de constater qu’au cours des 25 dernières années, les ennemis de la Fédération de Russie ont agi d’une position militaire dominante, tout en étant eux-mêmes confrontés à de gros problèmes sociaux et économiques et à une décomposition socio-culturelle massive. La liste qu’on pourrait dresser serait longue. Ne serait-il pas mieux de déployer toutes nos forces pour résoudre les problèmes de nos propres pays – de manière solide, sincère et non pas au détriment des autres –, au lieu de jouer avec le feu?

Karl Müller

Notes

1.Un choix en français: Mettan, Guy. Russie-Occident. Une guerre de mille ans. 2015; Kassis,Randa. La Syrie et le retour de la Russie. 2017; Stone, Oliver. Conversations avec Poutine. 2018.
Un choix en allemand: Bröckers, Mathias; Schreyer, Paul. Wir sind die Guten. Ansichten eines Putinverstehers oder wie uns die Medien manipulieren. 2014; Thoden, Ronald; Schiffer, Sabine (Hg.). Ukraine im Visier. Russlands Nachbar als Zielscheibe geostrategischer Interessen. 2014; Krone-Schmalz, Gabriele. Russland verstehen. Der Kampf um die Ukraine und die Arroganz des Westens. 2015; Hofbauer, Hannes. Feindbild Russland, Geschichte einer Dämonisierung. 2016; Wimmer, Willy. Die Akte Moskau. 2016; Krone-Schmalz, Gabriele. Eiszeit. Wie Russland dämonisiert wird und warum das so gefährlich ist. 2017; Kronauer, Jörg. Meinst Du, die Russen wollen Krieg? Russland, der Westen und der zweite Kalte Krieg. 2018.
2.Klein, Naomi. La Stratégie du choc: la montée d’un capitalisme du désastre. 2008; un chapitre entier y est consacré à la situation de la Russie.
3.Avant l’entrée en fonction de Vladimir Poutine, la Russie n’était déjà plus d’accord avec la politique des Etats-Unis et de l’OTAN. Ceci fut illustré dès le début de la guerre d’agression, illégale au regard du droit international, de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie en mars 1999. Au début de la guerre, Evguéni Primakov, alors président du gouvernement de la Fédération de Russie, était en route pour les Etats-Unis. Lorsqu’il eut connaissance de cette violation flagrante du droit international par l’OTAN, il a toute suite interrompu son voyage.
4.C’est exactement ce que le secrétaire d’Etat au Ministère allemand de la Défense et ancien vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE Willy Wimmer a dû constater avec effroi déjà en avril 2000 en tant que participant à une conférence dans la capitale slovaque de Bratislava. Sa lettre de l’époque, adressée au Chancelier fédéral allemand Gerhard Schröder, est une source fondamentale de l’histoire contemporaine. On la trouve à l’adresse Internet: https://www.nachdenkseiten.de/?p=22855
5.Par exemple lors d’une interview publiée dans le quotidien allemand «Die Welt» du 11/8/08: «Zbigniew Brzezinski: ‹Le procédé russe ressemble à celui de Hitler.›»

La politique étrangère du président Macron

Selon le président Macron, « France is back » (en anglais dans le texte). Elle entendrait jouer à nouveau un rôle international, après dix années de déshérence. Cependant Emmanuel Macron n’a jamais expliqué quelle politique il entend mener. Reprenant des éléments qu’il a déjà développés dans ces colonnes et les resituant à la fois dans le contexte européen et dans l’Histoire de ce pays, Thierry Meyssan analyse le virage qui vient d’être amorcé.

Lorsqu’Emmanuel Macron s’est présenté à la présidence de la République française, il ignorait tout des Relations internationales. Son mentor, le chef de l’Inspection générale des Finances (un corps de 300 hauts-fonctionnaires), Jean-Pierre Jouyet, lui fit dispenser une formation accélérée.

Le prestige de la France avait été considérablement affaibli par les deux précédents présidents, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Du fait de son absence de priorité et de ses innombrables retournements, la position française était désormais perçue comme « inconsistante ». Aussi débuta-t-il son mandat en rencontrant le plus grand nombre de chefs d’État et de gouvernement, montrant que la France se repositionnait comme une puissance médiatrice, capable de parler avec tous.

Après avoir serré des mains et invité à dîner, il lui fallu donner un contenu à sa politique. Jean-Pierre Jouyet [1] proposa de rester dans le camp atlantique, tout en misant sur les Démocrates états-uniens qui, selon lui, devraient revenir à la Maison-Blanche peut-être même avant les élections de 2020. Alors que les Britanniques quittent l’Union européenne, la France resserrerait étroitement son alliance avec Londres tout en conservant des rapports avec Berlin. L’Union devrait être recentrée sur la gouvernance de l’euro. Elle mettrait un terme au libre-échange avec les partenaires qui ne le respectent pas et créerait de grandes entreprises sur Internet capables de rivaliser avec celles du GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Elle devrait également se doter d’une défense commune contre le terrorisme. Avec ses alliés, elle s’engagerait dans la lutte contre l’influence russe. Enfin, la France poursuivrait son action militaire au Sahel et au Levant.

En septembre 2017, Jean-Pierre Jouyet fut nommé ambassadeur de France à Londres. En janvier 2018, la France et le Royaume-Uni relançaient leur coopération diplomatique et militaire [2]. Toujours en janvier, les deux États formaient une instance secrète, le « Petit Groupe », pour relancer la colonisation franco-britannique du Levant [3].

Cette politique, qui n’a jamais été discutée en public, ignore à la fois l’Histoire de France et la demande allemande de jouer un rôle politique international plus important. La quatrième économie du monde est en effet, soixante dix ans après sa défaite, toujours maintenue dans un rôle secondaire [4].

Concernant le monde arabe, le président Macron —énarque et ancien de Rothschild & Cie— a adopté le point de vue de ses deux consultants en la matière : le franco-tunisien Hakim El Karoui —un autre ancien de Rothschild & Cie— pour le Maghreb et l’ancien ambassadeur à Damas Michel Duclos —un énarque— pour le Levant. El Karoui n’est pas un produit de l’intégration républicaine, mais de la haute bourgeoisie transnationale. Il alterne un discours républicain au plan international et un autre communautaire au plan intérieur. Duclos est un authentique néoconservateur, formé aux États-Unis sous George W. Bush par Jean-David Levitte [5]

Or, El Karoui n’a toujours pas compris que les Frères musulmans sont un instrument du MI6 britannique, et Duclos que Londres n’a pas digéré les accords Sykes-Picot-Sazonov qui lui ont fait perdre la moitié de son empire au Moyen-Orient [6]. Les deux hommes ne voient donc pas de problème dans la nouvelle « entente cordiale » avec Theresa May.

On peut d’ores et déjà mesurer certaines incohérences de cette politique. En application des décisions du « Petit Groupe », la France a repris l’habitude de l’équipe du président Hollande de relayer à l’Onu les positions de ses employés de l’opposition syrienne (ceux qui se réclament du drapeau du mandat français sur la Syrie [7]). Mais les temps ont changé. La lettre de l’actuel président de la « Commission syrienne de négociation », Nasr al-Hariri, transmise au nom de la France au Conseil de sécurité injurie non seulement la Syrie, mais aussi la Russie [8]. Elle accuse l’une des deux principales puissances militaires au monde [9] de perpétrer des crimes contre l’Humanité ce qui contrevient à la position « médiatrice » d’un membre permanent du Conseil. Si Moscou a préféré ignorer cet écart de langage, Damas y a sèchement répondu [10].

En définitive, la politique d’Emmanuel Macron ne diffère guère de celles de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, même si, du fait de la présence de Donald Trump à la Maison-Blanche, elle s’appuie plus sur le Royaume-Uni que sur les États-Unis. L’Élysée poursuit l’idée d’un relèvement économique pour ses multinationales non pas en France, mais dans son ancien Empire colonial. Il s’agit des mêmes choix que ceux du socialiste Guy Mollet, un des fondateurs du Groupe de Bilderberg [11]. En 1956, le président du Conseil français fit alliance avec Londres et Tel-Aviv pour conserver ses parts dans le Canal de Suez nationalisé par le président Gamal Abdel Nasser. Il proposa à son homologue britannique, Anthony Eden, que la France intègre le Commonwealth, qu’elle fasse allégeance à la Couronne, et que les Français adoptent le même statut de citoyenneté que les Irlandais du Nord [12]. Ce projet d’abandon de la République et d’intégration de la France au sein du Royaume-Uni sous l’autorité de la reine Élisabeth II ne fut jamais discuté publiquement.

Peu importent l’idéal d’égalité en Droit exposé en 1789 et le rejet du colonialisme exprimé par le Peuple français face au coup d’État avorté de 1961 [13], aux yeux du Pouvoir, la politique étrangère ne ressort pas de la démocratie.

[1] « De la Fondation Saint-Simon à Emmanuel Macron », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 16 avril 2017.
[2] « L’"Entente cordiale" franco-britannique », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 30 janvier 2018.
[3] « Syrieleaks : un câble diplomatique britannique dévoile la "stratégie occidentale" », par Richard Labévière, Observatoire géostratégique, Proche&Moyen-Orient.ch, 17 février 2018.
[4] C’est également le cas du Japon.
[5] Jean-David Levitte, alias « Diplomator », fut représentant permanent de la France aux Nations unies à New York (2000-02), puis ambassadeur à Washington (2002-07).
[6] D’un point de vue britannique, les accords Sykes-Picot-Sazonov de 1916 ne sont pas un partage équitable du monde entre les trois empires, mais une concession du Royaume-Uni pour s’assurer le soutien de la France et de la Russie (Triple Entente) contre le Reich allemand, l’Autriche-Hongrie et l’Italie (Triplice).
[7] « La France à la recherche de son ancien mandat en Syrie », par Sarkis Tsaturyan, Traduction Avic, Oriental Review (Russie), Réseau Voltaire, 6 octobre 2015. En 1932, la France octroie à la Syrie mandataire un nouveau drapeau. Il est composé de trois bandes horizontales représentant les dynasties Fatimides (vert), Omeyyades (blanc) et Abbasides (noir), symboles des musulmans chiites pour la première et sunnites pour les deux suivantes. Les trois étoiles rouges représentent les trois minorités chrétienne, druze et alaouite. Ce drapeau restera en vigueur au début de la République arabe syrienne et reviendra, en 2011, avec l’Armée syrienne libre.
[8] « Accusation de la Syrie et de la Russie par la France », par François Delattre, Réseau Voltaire, 9 février 2018.
[9] « Le nouvel arsenal nucléaire russe rétablit la bipolarité du monde », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 mars 2018.
[10] « Réponse de la Syrie à la France », par Bachar Ja’afari, Réseau Voltaire, 28 février 2018.
[11] « Ce que vous ignorez sur le Groupe de Bilderberg », par Thierry Meyssan, Komsomolskaïa Pravda (Russie) , Réseau Voltaire, 9 avril 2011.
[12] “When Britain and France nearly married”, Mike Thomson, BBC, January 15, 2007. « Frangland ? UK documents say France proposed a union with Britain in 1950s : LONDON : Would France have been better off under Queen Elizabeth II ? », Associated Press, January 15, 2007. Guy Mollet ne reprenait pas là la proposition d’Union franco-britannique, formulée par Winston Churchill et Anthony Eden en 1940, de fusion provisoire des deux nations après la défaite française pour lutter face au Reich nazi. Il s’inspirait en fait, dans le contexte de la crise de Suez et l’espoir de sauver l’Empire français, de la proposition d’Ernest Bevin onze ans plus tôt de créer un troisième bloc face aux USA et à l’URSS, en joignant les empires britannique, français et néerlandais au sein d’une Union occidentale. Ce projet fut abandonné par Londres au profit de la CECA (ancêtre de l’Union européenne) au plan économique et de l’Otan au plan militaire.
[13] En 1961, un coup d’État militaire, organisé en sous-main par l’Otan, tenta de renverser le général-président Charles De Gaulle et de maintenir la politique coloniale française. Massivement, les Français refusèrent de s’y rallier. « Quand le stay-behind voulait remplacer De Gaulle », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 septembre 2001.
La politique étrangère de Theresa May

Thierry Meyssan poursuit son étude des politiques étrangères nationales. Après avoir analysé celle de la France, il en vient à celle du Royaume-Uni. Si la première est considérée comme le « domaine réservé » du président de la République et, à ce titre, échappe au débat démocratique, la seconde plus encore est élaborée par une élite autour du monarque, en dehors de toute forme de contrôle populaire. Le Premier ministre élu ne peut que mettre en œuvre les choix de la Couronne héréditaire. Face à l’échec du projet états-unien de monde unipolaire, Londres tente de restaurer son ancien pouvoir impérial. Le 13 novembre dernier, Theresa May profitait du discours annuel du Premier ministre à la mairie de Londres pour donner un aperçu de la nouvelle stratégie britannique, après le Brexit [1]. Le Royaume-Uni entend rétablir son Empire (Global Britain) en promouvant le libre-échange mondial avec l’aide de la Chine [2] et en écartant la Russie des instances internationales avec l’aide de ses alliés militaires : les États-Unis, la France, l’Allemagne, la Jordanie et l’Arabie saoudite.

Rétrospectivement, tous les éléments de ce que nous voyons aujourd’hui furent abordés dans ce discours, même si nous ne l’avons pas immédiatement compris.

Revenons un instant en arrière. En 2007, le président russe, Vladimir Poutine, intervenait à la Conférence sur la sécurité de Munich. Il observait que le projet de monde unipolaire porté par l’Otan était par essence anti-démocratique et il appelait les États européens à se désolidariser de ce fantasme états-unien [3]. Sans répondre à cette remarque de fond sur l’absence de démocratie dans les relations internationales, l’Otan dénonçait alors la volonté de la Russie d’affaiblir la cohésion de l’Alliance afin de mieux la menacer.
Cependant, un expert britannique, Chris Donnelly, a depuis affiné cette rhétorique. Pour affaiblir l’Occident, la Russie tenterait de délégitimiser son système économique et social sur lequel est fondé sa puissance militaire. Ce serait le mobile caché des critiques russes, notamment à travers ses médias. Observons que Donnelly ne répond pas plus que l’Otan à la remarque de fond de Vladimir Poutine, mais pourquoi débattre de démocratie avec un individu que l’on suspecte a priori d’autoritarisme ?

Je pense tout à la fois que Donnelly a raison dans son analyse, et la Russie dans son objectif. En effet, le Royaume-Uni et la Russie sont deux cultures diamétralement opposées.
Le premier est une société de classe avec trois niveaux de nationalité fixés par la loi et figurant sur les papiers d’identité de chacun, tandis que la seconde —comme la France— est une Nation créée par la loi, où tous les citoyens sont « égaux en Droit » et où la distinction britannique entre droits civiques et droits politiques est impensable [4].
Le but de l’organisation sociale au Royaume-Uni est l’accumulation de biens, tandis qu’en Russie il est de construire sa personnalité individuelle. Ainsi, au Royaume-Uni la propriété foncière est massivement concentrée entre quelques mains, au contraire de la Russie et surtout de la France. Il est quasi-impossible d’acheter un appartement à Londres. Tout au plus peut-on —comme à Dubaï— souscrire un bail de 99 ans. Depuis des siècles, la ville, dans sa presque totalité, n’appartient qu’à quatre personnes. Lorsqu’un Britannique décède, il décide librement à qui ira son héritage, et pas nécessairement à ses enfants. Au contraire, lorsque un Russe meurt, l’Histoire recommence à zéro : ses biens sont répartis à égalité entre tous ses enfants quelle que soit la volonté du défunt.
Oui, la Russie tente de délégitimiser le modèle anglo-saxon, ce qui est d’autant plus facile que c’est une exception qui horrifie le reste du monde lorsqu’il le comprend.

Revenons à la politique de Theresa May. Deux mois après son intervention au banquet du Lord Mayor, le chef d’état-major de Sa Majesté, le général Sir Nick Carter, prononçait le 22 janvier 2018 un très important discours, entièrement consacré à la guerre à venir contre la Russie, où il se fondait sur la théorie de Donnelly [5]. Tirant les leçons de l’expérience syrienne, il décrivait un ennemi doté d’un nouvel arsenal, extrêmement puissant (c’était deux mois avant que le président Poutine ne révèle la modernisation de ses armes nucléaires [6]). Il affirmait la nécessité de disposer de troupes terrestres plus nombreuses, de développer l’arsenal britannique, et de se préparer à une guerre où l’image qu’en donneraient les médias serait plus importante que les victoires sur le terrain.

Le lendemain de cette conférence choc au Royal United Services Institute (le think tank de la Défense), le Conseil de sécurité nationale annonçait la création d’une unité militaire de lutte contre la « propagande russe » [7].

Où en est le projet britannique ?

Bien que la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des Communes ait mis en doute la réalité du projet de Global Britain [8], plusieurs points ont avancé, malgré un gros écueil.

Il importe de comprendre que Madame May ne tente pas de changer de politique, mais de réordonner la politique de son pays. Au cours du dernier demi-siècle, le Royaume-Uni a tenté de s’intégrer à la construction européenne, perdant progressivement les avantages hérités de son ancien Empire. Il s’agit désormais, non pas d’abandonner ce qui a été fait durant cette période, mais de rétablir l’ancienne hiérarchie du monde, lorsque les fonctionnaires de Sa Majesté et la gentry vivaient dans des clubs, aux quatre coins du monde, servis par les peuples locaux.

- En voyage en Chine la semaine suivant le discours de Sir Nick Carter, Theresa May y négocia de nombreux contrats commerciaux, mais entra en conflit politique avec ses hôtes. Beijing refusa de se distancier de Moscou, et Londres refusa de soutenir le projet de route de la soie. Le libre échange, oui, mais pas à travers des voies de communication contrôlées par la Chine. Depuis 1941 et la Charte de l’Atlantique, le Royaume-Uni partage la charge des « espaces communs » (maritimes et aériens) avec les États-Unis. leurs deux flottes sont conçues pour être complémentaires, même si celle de l’US Navy est beaucoup plus puissante que celle de l’Amirauté.
Par la suite, la Couronne a activé le gouvernement de son dominion australien pour reconstituer les Quads, le groupe anti-chinois qui se réunissait sous le mandat de Bush Jr. [9]. Il est constitué, outre de l’Australie, du Japon, de l’Inde et des États-Unis.
D’ores et déjà, le Pentagone planche sur les possibilités de créer des troubles à la fois sur la route de la soie maritime dans le Pacifique et sur la route terrestre.

- L’Alliance militaire annoncée a été constituée sous la forme du très secret « Petit Groupe » [10]. L’Allemagne qui traversait une crise gouvernementale n’y a pas participé au début, mais il semble que ce retard ait été réparé début mars. Tous les membres de cette conjuration ont coordonné leur action en Syrie. Malgré leurs efforts, ils ont échoué par trois fois à organiser une attaque chimique sous faux drapeau dans la Ghouta occidentale, les armées syrienne et russe ayant saisi leurs laboratoires d’Aftris et de Chifonya [11]. Toutefois, ils sont parvenus à publier un communiqué commun anti-Russe sur l’affaire Skripal [12] et ont mobilisé à la fois l’Otan [13] et l’Union européenne contre la Russie [14].

Comment cela peut-il évoluer ?

Il est évidemment étrange de voir la France et l’Allemagne soutenir un projet qui a explicitement été énoncé contre eux : Global Britain, dans la mesure où le Brexit n’est pas tant un retrait de la bureaucratie fédérale de l’Union européenne, qu’une mise en rivalité.

Quoi qu’il en soit, Global Britain se résume aujourd’hui à :
- la promotion du libre-échange mondial, mais exclusivement dans le cadre thalassocratique, c’est-à-dire avec les États-Unis contre les voies de communication chinoises ;
- et à la tentative d’exclure la Russie du Conseil de sécurité et de couper le monde en deux, ce qui implique les manipulations en cours avec des armes chimiques en Syrie et l’affaire Skripal.

Plusieurs conséquences incidentes de ce programme peuvent être anticipées :

- La crise actuelle reprend des éléments de celle de la fin du mandat Obama, sauf que Londres —et non plus Washington— est désormais au centre du jeu. Le Royaume-Uni qui ne peut plus s’appuyer sur le secrétaire d’État Rex Tillerson, va se tourner vers le nouveau conseiller national de Sécurité US, John Bolton [15]. Contrairement aux allégations de la presse états-unienne, celui-ci n’est pas du tout un néo-conservateur, mais un proche de Steve Bannon. Il refuse que son pays soit soumis au droit international et hurle contre les communistes et les musulmans, mais en réalité il n’a pas l’intention de lancer de nouvelles guerres entre États et souhaite uniquement être tranquille chez lui. Il ne manquera pas de signer toutes les déclarations qu’on lui proposera contre la Russie, l’Iran, le Venezuela, la Corée du Nord, etc. Londres ne pourra pas le manipuler pour exclure Moscou du Conseil de sécurité car son objectif personnel n’est pas de le réformer, mais de se débarrasser de l’Onu. Il sera par contre un fidèle allié pour conserver le contrôle des « espaces communs » et lutter contre la « route de la soie » chinoise, d’autant qu’il fut, en 2003, l’initiateur de l’Initiative de Sécurité contre la prolifération (Proliferation Security Initiative - PSI). On devrait donc voir surgir ici et là, sur le tracé des voies chinoises, de nouvelles pseudo-guerres civiles alimentées par les Anglo-Saxons.

- L’Arabie saoudite prépare la création d’un nouveau paradis fiscal au Sinaï et en mer Rouge, le Neom. Il devrait remplacer Beyrouth et Dubaï, mais pas Tel-Aviv. Londres le connectera avec les différents paradis fiscaux de la Couronne —dont la City de Londres qui n’est pas anglaise, mais dépend directement de la reine Elisabeth— pour garantir l’opacité du commerce international.

- La multitude d’organisations jihadistes, qui reflue du Levant, est toujours contrôlée par le MI6, via les Frères musulmans et l’Ordre des Naqchbandis. Ce dispositif devrait être redéployé principalement contre la Russie —et non contre la Chine ou dans les Caraïbes comme actuellement envisagé—.

Après la Seconde Guerre mondiale, nous avons assisté à la décolonisation des Empires européens, puis après la guerre contre le Vietnam à la financiarisation par les Anglo-Saxons de l’économie mondiale et enfin, après la dissolution de l’Union soviétique à la tentative de domination du monde par les seuls États-Unis. Aujourd’hui, avec la montée en puissance de la Russie moderne et de la Chine, le fantasme d’un monde culturellement globalisé et gouverné de manière unipolaire s’estompe tandis que les puissances occidentales —et particulièrement le Royaume-Uni— reviennent à leur propre rêve impérial. Bien sûr, le haut niveau d’éducation actuel dans leurs anciennes colonies les oblige à repenser leur mode de domination.

[2] Ce faisant Madame May confirmait mon pronostic au lendemain du Brexit, seize mois plus tôt : « La nouvelle politique étrangère britannique », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 juillet 2016. Mais, comme je vais l’expliquer dans la suite de cet article, cette vision s’est heurtée à l’alliance russo-chinoise.

[3] « La gouvernance unipolaire est illégitime et immorale », par Vladimir Poutine, Réseau Voltaire, 11 février 2007.

[4] Cette question est fondamentale. Elle a été largement débattue par Edmund Burke et Thomas Paine. C’est cette différence irréconciliable qui oppose les Droits de l’homme anglo-saxons (définis par la Déclaration de Marie II d’Angleterre en 1689) et le système de monarchie parlementaire qui en découle, d’un côté, et de l’autre les Droits de l’homme français (définis par la Déclaration de l’Assemblée nationale constituante de 1789) qui met fin aux trois ordres de l’Ancien Régime.

[5] “Dynamic Security Threats and the British Army”, by General Sir Nick Carter, Voltaire Network, 22 January 2018.

[6] “Vladimir Putin Address to the Russian Federal Assembly”, by Vladimir Putin, Voltaire Network, 1 March 2018.

[7] « L’armée britannique se dote d’une unité contre la propagande russe », Réseau Voltaire, 24 janvier 2018.

[8] “Global Britain inquiry”, Foreign Affairs Committee, UK House of Commons.

[9] « Les Quads préparent un contre-projet à la route de la soie », Réseau Voltaire, 20 février 2018.

[10] « Syrieleaks : un câble diplomatique britannique dévoile la "stratégie occidentale" », par Richard Labévière, Observatoire géostratégique, Proche&Moyen-Orient.ch, 17 février 2018.

[11] « Deux laboratoires d’armes chimiques découverts chez les "rebelles modérés" syriens », Réseau Voltaire, 13 mars 2018.

[12] « Attentat de Salisbury : Déclaration conjointe chefs d’État et de gouvernement de la France, de l’Allemagne, des États-Unis et du Royaume-Uni », Réseau Voltaire, 15 mars 2018.

[13] « Déclaration du Conseil de l’Atlantique Nord sur l’emploi d’un agent neurotoxique à Salisbury », Réseau Voltaire, 14 mars 2018.

[14] « Conclusions du Conseil européen sur l’attaque de Salisbury », Réseau Voltaire, 22 mars 2018.

[15] « John Bolton et le désarmement par la guerre », Réseau Voltaire, 30 novembre 2004.