La Laosophie selon les poètes SAPPHO et SOLON, la constitution Athénienne
![]()
Le problème avec la Constitution, c'est que personne ne veut se risquer d'y apporter une ligne ou d'en retrancher un paragraphe, et de demander aux autres ce qu'ils en pensent, et de faire circuler l'Information.
La seule constitution qui vaille la peine d'être écrite est une Constitution de Démocratie Directe privilégiant le Libre Arbitre de chacun, et la détermination du Peuple à vouloir écrire ses propres règles et à les faire respecter.
Les élus doivent être tirés au sort, pour ne représenter que ceux qui ont décidé de changer leur façon de vivre et qui désignent un porte-parole pour les représenter. Les fonctions des élus devraient être bénévoles.
Le but de la Constitution est de définir les règles du vivre ensemble. Tous les cas d'espèces qui se présentent au cours d'une période de temps, doivent faire l'objet d'un consensus approuvé par une majorité de citoyens. Les communications électroniques devraient faciliter la rapidité des prises de décision.
La Laosophie qui date du temps de Sappho cette poétesse de l'île de Lesbos face à la Turquie, du VIIème siècle avant notre ère, avait déjà mis en place une démocratie Directe des habitants de la ville d'Erésos. Chacun avait un droit de pouvoir identique aux autres, mais qui ne se traduisait pas dans la seule représentation à nommer un représentant qui avait ses propres vues sur la situation. Dans une petite ville comme Erésos, chaque citoyen comptait et le consensus était obtenu par des magistrats qui débattaient de la chose publique, mais le Peuple avait le dernier mot.
Aux VIIe et VIe siècles av. J.-C., l’aristocratie doit affronter de graves troubles liés à des problèmes économiques et sociaux (augmentation du nombre de paysans sans terre, mécontentement d’une classe marchande née avec la colonisation qui réclame des droits politiques). Certaines cités, comme Athènes avec Solon et Dracon, font alors appel à des législateurs, d’autres ont recours à des aristocrates locaux, souvent chefs de guerre, appelés tyrans.
Bien qu’issus de l’aristocratie, les tyrans gouvernent sans les nobles, et parfois même contre eux. Certains se révèlent des dirigeants avisés et accroissent la puissance de leur cité, à l’instar de Polycrate (qui règne approximativement en 535-522 av. J.-C.), à Samos. Mais les régimes tyranniques ne peuvent résister à la volonté des citoyens d’obtenir de véritables responsabilités politiques.
La période de la tyrannie (v. 650-500 av. J.-C.) correspond à une ère d’essor culturel et économique. Les échanges commerciaux, en particulier par la voie maritime, se multiplient, et l’usage de la monnaie devient essentiel. Le développement d’activités culturelles communes à toutes les cités grecques est l’un des grands facteurs d’union dans la Grèce antique, malgré l’émiettement politique, parallèlement à la langue et à la religion. Dans ce dernier domaine, des pratiques, comme les concours (ou jeux) panhelléniques organisés à Olympie (jeux Olympiques), Delphes (jeux Pythiques), Némée (jeux Néméens) et sur l’isthme de Corinthe (jeux Isthmiques), contribuent à la prise de conscience par les Grecs de leur appartenance à une même civilisation. antiques.
Athènes devenue avec Sparte, entre le VIIIe et le VIe siècle av. J.-C., l’une des cités dominantes de la Grèce, Athènes connaît une évolution politique originale. La monarchie héréditaire y est abolie en 683 av. J.-C. par les nobles, ou eupatrides, issus de la puissante oligarchie terrienne, qui conservent le pouvoir jusqu’au milieu du VIe siècle av. J.-C. Les eupatrides sont les seuls à prononcer le droit et à régler les conflits juridiques, à pouvoir devenir archontes (magistrats nommés par le conseil de l’Aréopage), d’abord au nombre de 6, puis de 9 à partir de 683 av. J.-C., et à détenir les prêtrises. Le peuple est doté d’une Assemblée, l’ecclésia, au rôle très limité puisqu’elle ne peut qu’entériner les décisions des archontes. Vers 621 av. J.-C., après l’échec de la tentative de tyrannie populaire de Cylon (632 av. J.-C.), le législateur Dracon codifie et publie les lois d’Athènes, restées célèbres pour leur grande sévérité (« lois draconiennes »), qui, si elles limitent le pouvoir judiciaire des nobles, ne peuvent résoudre la crise économique et sociale qui agite la cité.
Le second coup majeur porté à la puissance des eupatrides sont les réformes de Solon, qui devient archonte en 594 av. J.-C. L’œuvre constitutionnelle qui lui est attribuée permet de remplacer le privilège de la naissance par celui de la fortune, pour l’accès aux magistratures et aux charges publiques ; la société est alors divisée en quatre classes censitaires, selon le revenu. Le droit de vote et l’égalité de toutes les classes censitaires dans l’ecclésia sont reconnus. La responsabilité politique du citoyen, quel que soit son statut, est affirmée. La création de la boulê, ou Conseil des Quatre-Cents, chargé de préparer le travail de l’Assemblée du peuple, et l’institution d’un tribunal populaire, l’Héliée, introduisent les ferments de la démocratie dans la vie de la cité. Dans le même temps Solon abolit les dettes des paysans, résorbant ainsi en partie la crise agraire.
En 560 av. J.-C., le tyran Pisistrate, soutenu par l’aristocratie, s’empare du pouvoir. Son gouvernement et celui de ses fils, Hipparque et Hippias, coïncident avec une période de grande prospérité pour la cité, qui s’embellit considérablement. Pourtant, l’ère des Pisistratides, considérés comme des despotes, s’achève dans la violence : Hipparque est assassiné et Hippias chassé par une insurrection populaire. Le gouvernement d’Athènes revient alors entre les mains de la noblesse. Mais en 508-509 av. J.-C., Clisthène, membre d’une famille aristocratique, fait adopter une série de mesures fondées sur des principes démocratiques, qui donnent un cadre aux institutions athéniennes des Ve et IVe siècles av. J.-C. et font de lui le véritable « père » de la démocratie. Les quatre tribus initiales sont élargies à dix, constituées sur la base d’une division géographique de l’Attique, ce qui introduit une plus grande égalité entre les citoyens puisque c’est désormais leur lieu de résidence et non plus leur fortune qui leur donne accès à la vie publique, chaque tribu envoyant 50 représentants à la boulê, devenue Conseil des Cinq-Cents. Des garde-fous sont mis en place pour éviter tout retour à la tyrannie, notamment l’ostracisme — mesure juridique prise par un vote à la majorité simple, qui permet d’exiler pour dix ans un citoyen jugé dangereux pour la cité. Un grand épanouissement économique et culturel accompagne cette évolution politique.
Les rois de l'époque, avaient un pouvoir sur les questions de la Guerre, de la Paix, du règlement général des Cités, de la frappe des monnaies, de certains Tribunaux, des taxes et impôts à collecter, des droits de circulation sur les marchandises, de la nomination de Magistrats, de la charge des militaires, cavaliers et fantassins, de la représentativité d'une ville ou d'une île.
Les cités et bourgades pouvaient se révolter, et le Roi assiègeait alors la Cité, pour des questions d'impôts non payés ou de contribution à des efforts de guerre ou de construction. C'est alors que la Cité commencait des pourparlers avec le Roi, afin de redéfinir les conditions des tractations en cours. Des assemblées du Peuple permettaient au Peuple de s'exprimer et de déterminer une voie juste qui convienne à tous. Le Roi n'avait aucun intérêt à passer en force et il préférait trouver une solution intermédiaire pour se garder le soutien du Peuple. Erésos s'est retrouvée à maintes reprises
Étienne de Byzance, lexicographe du 6ème siècle de notre ère, a affirmé que le nom de la ville Erésos vient d'un fils du roi mythique de Lesbos, Macar. l'archéologie suggère que la ville de Eresos a été fondée dans le 8ème ou 7ème siècle AvJc. On a peu d'Informations sur Eresos avant la période classique. La poétesse lyrique Sappho est né à Eresos en 620 AvJc et appartenait à une famille qui étaient socialement importante à Mytilène, ville la plus importante de l'île. En outre, la plus ancienne inscription grecque de l'île, qui date du 6e siècle avant notre ère, a été trouvé dans les collines au-dessus Eresos, et est censée avoir appartenu à un temple. Les restes de tours de défense et de grands enclos censé avoir eu un but religieux sont construit dans le style décoratif et polygonale lesbien situé sur les bords de territoire Eresien, et suggèrent un certain degré de la richesse et la prospérité à l'époque archaïque.
Solon (en grec ancien Σόλων), né à Athènes vers 640 av. J.-C. et mort sur l'île de Chypre vers 558 av. J.-C., est un homme d'État, législateur et poète athénien. En réponse à un poème jeuniste de Ménechme, il écrit : « Je deviens vieux en apprenant toujours ». Souvent considéré comme ayant instauré la démocratie, qu'il avait écrite en vers, il fait partie des Sept Sages de la Grèce. Solon a joué un rôle politique important, étant à l'origine d'une série de réformes qui accroissent considérablement le rôle de la classe populaire dans la politique athénienne. Il est l'homme qui a aboli toutes les dettes privées et publique pour repartir à zéro, sur une base juste.
Sappho et Alcée par Laurence Alma-Tadema ( 1881).
SAPPHO ou SAPHO.
Sappho est une poètesse grecque qui a vécu sur l’île de Lesbos au VII ème siècle avant JC à Eresos, petite ville, puis serait arrivée enfant à Mytilène, la capitale avec sa famille.
Son père se nommait Slamandronyme et sa mère Cléïs. Ils sont issus de l’aristocratie. Elle eut trois frères qui seraient : Erigyios, Larichos et haraxos.
La terre de Lesbos était volcanique et fertile. Elle produisait des fruits, de quoi faire de l’huile, du vin. Ce vin était d’ailleurs très renommé en Grèce et aux alentours.
Sappho était petite de taille. Elle avait les cheveux et les yeux noirs. Elle était très brillante et d’une nature passionnée ce qui la rendait attirante. Son affection prenait les tons les plus chauds. Plutarque dira d’elle : » Ses paroles étaient de feu. »
Le poète Alcée, son concitoyen, en était amoureux. Elle dut comme lui s’exiler en Sicile pour avoir soutenu le parti aristocratique contre le tyran Pittacos. En effet, Sappho eut des périodes d’exil liées à des engagements politiques.
Elle fut mariée peu de temps, son mari étant mort, lui laissant une grande fortune après trois ans de mariage. Elle eut avec lui une fille, Cléïs qui portait le même nom que sa propre mère. Néanmoins son amour pour les femmes apparaît très vite dans ses poèsies. Elle était une très grande poètesse. Platon la qualifie de « dixième muse. »Elle diversifia les rythmes lyriques.
Sappho fonde une institution lors de son retour à Mytilène qui rassemblait une communauté ayant les mêmes aspirations. On y enseignait l’écriture, la lecture, le théâtre, la poèsie, la musique et la danse. Aphrodite déesse de l’Amour est choisie comme protectrice de cette institution qui étaient prénommées des Thiases : soit, » la maison des servantes des muses. » Sappho tomba amoureuse de certaines des jeunes filles de cette institution, comme Atthis, dont les hymnes sont cités ci-dessous. Sappho était follement amoureuse de sa belle disciple comme le prouve aussi un fragment de lettre.
Sappho serait morte à l’âge de 30 ans. Certains disent qu’elle se serait tuée en se jetant du rocher de Leucate par chagrin d’Amour pour Phaon qui l’aurait éconduite. En effet, on disait, que ce rocher situé à 200 mètres au-dessus du niveau de la mer, guérissait du mal d’amour. Mais ce n’est peut-être qu’une légende.
Sappho fut la première femme dans le monde à chanter les joies et les souffrances que causent l’amour.
Des neufs livres qu’elle composa ne subsistent aujourd’hui, comme étant connu, que six cents cinquantes vers consacrés à la passion amoureuse, à la beauté, à la nature, à Aphrodite…
Au 11ème siècle de notre ère des poèmes de Sappho furent brûlés à Rome sur la place Saint Pierre. Néanmoins elle écrivit des vers qui restèrent immortels.
Un seul poème nous est parvenu en entier.
Royale et immortelle Aphrodite,
fille de Zeus, pleine de ruses, je t’en supplie,
ne soumets pas mon âme aux dédains
ni aux chagrins.
Viens ! Jadis, entendant ma voix au loin,
tu m’avais écoutée
et laissant là le palais doré de ton père,
tu étais venue.
Battant des ailes et fendant le ciel,
les rapides colombes attelées à ton char
te menaient autour
de la sombre terre.
Et déjà tu étais là, ma déesse, le visage
souriant, soucieuse de la pensée et du désir
de l’âme insensée
qui t ‘avait appelée.
Qui dois-je persuader de t’aimer encore,
ma Sappho? Qui t’a blessée?
Si elle te fuit, elle courra bientôt toi.
Si elle refuse tes cadeaux, elle t’en offrira bientôt.
Si elle ne t’aime pas; elle t’aimera bientôt,
même sans l’avoir voulu.
Cette fois encore, viens à moi, délivre-moi de mes peines,
exauce les souhaits de mon cœur.
Sois mon alliée.
A partir de fragments retrouvés :
Heureux! qui près de toi, pour toi seule soupire,
Qui jouit du plaisir de t’entendre parler,
Qui te voit quelquefois doucement lui sourire.
Les Dieux dans son bonheur peuvent-ils l’égaler ?
Je sens de veine en veine une subtile flamme
Courir par tout mon corps, sitôt que je te vois :
Et dans les doux transports où s’égare mon âme.
Je ne saurais trouver de langue ni de voix.
Un nuage confus se répand sur ma vue.
Je n’entends plus : je tombe en de douces langueurs;
Et pâle, sans haleine, interdite, éperdue,
Un frisson me saisit, je tremble, je me meurs.
On a tout lieu de penser que ce poème fut écrit lorsque Atthis, une jeune élève de la « thiase » en fut retirée par ses parents pour la marier à un jeune homme de Mytilène. Sappho était follement amoureuse de sa belle disciple comme le prouve ce fragment de lettre :
« Je ne reverrai plus jamais Atthis ; autant vaudrait être morte ! «
« Envers vous, belles, ma pensée n’est point changeante.
Je ne change point, ô vierges de Lesbos !
Lorsque je poursuis la Beauté fugitive,
Tel le Dieu chassant une vierge au peplos
Très blanc sur la rive.
Je n’ai point trahi l’invariable amour.
Mon coeur identique et mon âme pareille
Savent retrouver, dans le baiser d’un jour,
Celui de la veille.
Et j’étreins Atthis sur les seins de Dika.
J’appelle en pleurant, sur le seuil de sa porte,
L’ombre, que longtemps ma douleur invoque,
De Timas la morte.
Pour l’Aphrodite j’ai dédaigné l’Eros,
Et je n’ai de joie et d’angoisse qu’en elle :
Je ne change point, ô vierges de Lesbos,
Je suis éternelle. »
» Je t’aimais, Atthis, depuis longtemps…
Tu semblais une enfant petite et non formée… »
Atthis, je te suis maintenant odieuse,
Tandis que toutes tes pensées volent vers Andromène.
Comment cette femme grossière et sans art
Peut-elle enchaîner ton esprit
Et captiver ton coeur ?
Elle ne sait même pas relever avec grâce
Sa robe sur ses chevilles…

Solon naquit l'an 592 avant J.-C., dans le bourg de Salamine. Il descendait de Codrus ; sa mère était aïeule de Pluton, et des relations de famille existaient entre Pisistrate et elle. Son père avait perdu sa fortune dans des actes de bienfaisance ; Solon voulant la rétablir, embrassa la carrière du commerce. Il entreprit de longs voyages, et à l'aide d'une observation attentive, éclairée par une grande instruction, il acquit des connaissances variées et certaines. Il étudia surtout la science des gouvernements ; il se fit ainsi philosophe et homme politique. II établit des relations intimes avec des hommes sages et vertueux, dépouillés d'ambition personnelle et animés de l'amour du bien public, de l'intention d'améliorer les formes du gouvernement et de diriger les passions humaines à un but honorable. Cette assemblée grave, aréopage intelligent d'une civilisation laborieusement acquise, était composée de Thalès, Pittacus de Mitylène, Bias de Pryène, Cléobule de Lindus, Myson de Chio, Chiton de Lacédémone et le Scythe Anacharsis.
Le caractère de Solon était tout entier dominé par l'utilité: en toutes choses il voulait l'utile. C'est ainsi que le passé nous le montra toujours préoccupé du bien-être physique et moral de ceux qui l'environnent. Poète, il ne se laissa pas emporter aux rêveries idéales, aux sentiments passionnés, aux exaltations ardentes de la pensée ; il ne se sert des formes attrayantes de la poésie que pour présenter les maximes les plus morales et les plus instructives. Philosophe, il ne s'égarait point dans les vaines spéculations de la métaphysique; il cherchait surtout à saisir les devoirs de l'homme, à les comprendre, à les résumer en un code. A l'aide de la science des faits et de la science des hommes, il comprit et exprima en vers une partie des lois naturelles. Il les renferma dans le cadre étroit des vers, parce qu'il était plus facile de les graver ainsi dans la mémoire du peuple. Il fit comme Théognis de Mégare, Phocylide de Milet et Pythagore. Non content de travailler au bien public par des théories sages et vertueuses; il entra dans la vie réelle; il accepta des fonctions publiques et s'en acquitta avec une grande conscience, avec l'amour de ses devoirs. Quelque facilité que pût lui fournir sa position supérieure pour aspirer au pouvoir suprême, il dédaigna toutes les suggestions qui lui furent faites dans ce sens. Nommé archonte, l'an 569 avant notre ère, il refusa le pouvoir souverain qui lui fut offert, comme seul moyen de terminer les discussions sans nombre qui partageaient les Athéniens: "Non, dit-il, je ne me ferai jamais le tyran de mes égaux. - Devenez, lui disait-on, devenez leur maître pour leur propre bien. Pittacus et Timondas sont devenus rois, l'un à Mitylène, l'autre en Eubée, et les deux îles sont florissantes sous le sceptre paternel de ces deux princes. - Je souhaite que cela dure, reprit Solon, la royauté est comme une route d'un abord facile, d'un trajet pénible et d'une issue dangereuse." Il ne voulut pas sauver sa patrie par ce moyen extrême; il comprit que la royauté énerverait le caractère national des Athéniens, tandis qu'il faudrait au contraire le retremper par des institutions fortes et modérées.
II commença par abroger les lois de Dracon, cet impitoyable législateur qui avait méconnu le cœur de l'homme. Il n'en conserva qu'une seule, relative aux meurtriers. Il promulgua ensuite un code de lois douces et justes, et qui se trouvaient plus en harmonie avec le caractère des Athéniens. Il établit d'abord la sainteté de la famille en consacrant le mariage; mais il ne lui fut pas possible de décréter son inviolabilité. Le christianisme seul pouvait arriver à ce résultat en relevant les femmes de leur assujettissement, en sanctifiant l'union qui commence ici-bas et se termine là-haut. Solon voulant mettre une digue aux mauvaises mœurs fut cependant forcé de subir les habitudes de son époque : il permit le divorce, mais sous des conditions rigoureuses.
Il environna les juges et les prêtres d'une plus haute considération, en leur imposant des devoirs plus sévères.
"Qu'il soit chassé des tribunaux, de l'assemblée générale, du sacerdoce, dit-il; qu'il soit puni des peines les plus rigoureuses celui qui, noté d'infamie pour la dépravation de ses mœurs, ose remplir les saintes fonctions de législateur ou de juge; que le magistrat qui se montre ivre aux yeux du peuple soit au même instant mis à mort." Son oeuvre étant accomplie, une forme de gouvernement démocratique, tempérée par l'intervention de l'aristocratie, ayant été constituée, une nouvelle administration étant réglée avec sagesse, l'égalité et la liberté étant réparties à tous les citoyens, l'harmonie étant constituée par la roi entre tous les pouvoirs, Solon put espérer que sa patrie serait heureuse. Non pas qu'il crût à la perfection de ses lois, lui-même l'avait dit: "Je n'ai pas fait les meilleures lois qu'il eût été possible de faire, mais je les ai faites aussi bonnes que les Athéniens peuvent les supporter," mais parce qu'il espérait qu'Athènes, enfin remise de tant de dissensions intérieures, chercherait à jouir tranquillement durant plusieurs années, de cette législation nouvelle et agréable par conséquent à un peuple spirituel et mobile. Lui-même, pour ne pas être tenté de porter trop promptement la main à son édifice à peine terminé, s'exila volontairement ; il s'arracha pour dix ans au sol de la patrie, après avoir fait jurer à ses concitoyens qu'ils vivraient en paix jusqu'à son retour. Mais s'il avait prévu les instabilités de l'esprit populaire, il ignorait encore les habiles manœuvres des hommes ambitieux.
Pendant son absence, Pisistrate travailla. à se faire des partisans. Braves éloquent, généreux, d'une figure aimable et d'un esprit cultivé, il réunit autour de lui toutes les factions; il écouta leurs plaintes, il suscita leurs regrets et entretint leurs espérances. Il fit entrevoir à tous ceux qui étaient mécontents de l'organisation tempérée de Solon, la fondation d'une république dans laquelle l'égalité serait parfaitement répartie entre tous les citoyens. Enfin quand Solon revint à Athènes, il était à la tête d'un parti puissant et actif.
C'est en vain que Solon essaya de lutter contre lui. Pisistrate, fort de l'amour du peuple, et voulant arriver à la tyrannie qui était son but, se fit donner une garde. Dès lors Athènes ne fut plus libre. Pisistrate sut dorer ses chaînes et les lui rendre légères, il encouragea les arts, la littérature et les sciences. Il respecta les jours de Solon, quoiqu'il eût toujours trouvé en lui un adversaire ardent ; il essaya même de se l'attacher par des témoignages d'estime; mais Solon ne put voir asservis ces citoyens ingrats qu'il avait inutilement rappelés à la liberté; il s'exila et se retira à la cour du roi Amasis. Il était encore éloigné de son pays quand Il mourut, l'an 559 avant notre ère ; il était âgé de quatre-vingts ans.
Solon avait écrit un grand nombre de lettres, un poème sur l'Atlantide, grande île qu'on avait découverte ou qu'on supposait dans la partie la plus éloignée de l'Océan. Les élégies politiques, dont quelques fragments nous sont parvenus, montrent une âme noble, une raison élevée et un grand talent pour la poésie sérieuse. La meilleure édition est celle de Weber, 1825, in-8°.
POÉSIES DE SOLON.
I.
AUX MUSES.
Filles illustres de Jupiter et de la belle Mnémosyne, Muses de Piérie écoutez-moi : que j'obtienne de la main des immortels la félicité et de la bouche des hommes une gloire éclatante. Toujours doux pour mes amis, redoutable à mes ennemis, qu'aux uns j'inspire le respect, aux autres la terreur. Je voudrais avoir des richesses, mais les posséder justement, car la vengeance suit de près l'injustice; les richesses qui viennent des dieux sont solides, celles que les hommes se procurent à l'aide de moyens criminels sont incertaines. Enlevées par la violence elles suivent avec peine la main qui les reçoit; elles s'allient bientôt à la calamité. La calamité qui commence est d'abord un petit feu qui excite soudainement un grand incendie : dans le principe ce n'est rien, mais la fin est terrible. Les trésors amassés par l'iniquité ne sont pas durables; le dominateur éternel se hâte de les détruire. Comme le vent du printemps, balayant devant lui les nuages après avoir ébranlé jusqu'au fond les flots de la mer et dévasté les riantes moissons de la terre, remonte victorieusement au ciel et rend la sérénité au monde : la force éclatante du soleil reluit dans nos plaines, nulle tache ne parait plus dans le ciel azuré. Telle est la rapide vengeance que le roi de l'univers exerce sur les injustes ravisseurs; sa colère est plus destructive que la colère de l'homme. Le crime le plus secret ne peut rester caché à son regard pénétrant : il sait le découvrir au fond du cœur. Tantôt il le punit à l'instant, tantôt il en diffère la vengeance. Si quelque méchant nous semble d'abord échapper à sa destinée, elle n'en est pas moins certaine; elle arrive toujours. La punition méritée par les pères retombe même sur les enfants et leur postérité. Mais nous, mortels insensés, nous persistons dans une fatale erreur, disant : "Les bons et les méchants sont traités de même dans cette vie," et nous n'abandonnons cette pensée injurieuse pour les dieux que lorsque nous voyons enfin les coupables à leur tour courbés sous la souffrance et les pleurs. Souvent un homme dont le corps est malade espère à l'aide d'un esprit sain surmonter la maladie, un lâche se croit brave, un homme laid se persuade être beau, celui qui est opprimé par la pauvreté s'imagine posséder d'autres richesses; ceux-ci ne sauraient rester en repos : l'un court affronter tous les dangers des mers et des autans, jouer sa vie pour entasser des trésors dans sa maison ; celui-ci plante des arbres, trace de pénibles sillons et se fatigue dans les travaux de l'agriculture; d'autres consacrent leur vie aux arts ingénieux de Minerve ou cherchent leur vie dans l'industrie de Vulcain ; il en est que les Muses célestes inspirent et que le don de la sublime poésie élève à la sagesse, il en est qui sont interprètes sacrés des oracles, qui annoncent les calamités futures, qui sont en rapport avec les immortels, mais ils ne peuvent malgré leur science dominer la destinée; il en est qui professent l'art consolateur de Péon et qui connaissent les herbes salutaires sans pouvoir jamais écarter notre terme inévitable, car souvent la moindre douleur devient une grande maladie, et la science du médecin est impuissante, tandis qu'un autre mortel plus aimé des dieux rend de suite la santé au malade. Tous nos biens et tous nos maux nous viennent du Destin : nul ne peut échapper à ce qui lui arrive d'en haut. Notre vie est hérissée de dangers. On ne peut quand on entreprend une chose en prévoir la fin : l'un commence avec sagesse, mais la sagesse l'abandonne au milieu de sa carrière: il se précipite alors et tombe dans une faute comme dans un précipice; l'autre débute avec imprudence, mais la protection d'un dieu vient à son secours; il obtient un heureux succès :i l est absous du crime de son imprudence.
Mais l'ambition des richesses ne connaît pas de limites : les plus opulents veulent le devenir encore davantage. Qui pourrait satisfaire cette insatiable avidité ! Les dieux nous donnent bien, II est vrai, de bons conseils; mais les penchants secrets de notre nature pour nous punir nous dominent toujours, et nous le sentons en nous chacun d'une manière différente.
II.
Jupiter ou le Destin qu'il représente veut que notre ville ne soit jamais détruite; elle est en outre défendue par la fille illustre du dominateur éternel, Pallas Minerve, qui l'a bâtie de ses mains. Mais hélas! des citoyens insensés veulent détruire eux-mêmes cette cité superbe par leur amour insatiable de l'or : ceux qui la gouvernent entassant injustice sur injustice hâtent encore sa ruine. Leur immense avidité n'a aucune borne. Ils ignorent que le bonheur de la vie est dans la modération et la tranquillité; ils ne songent qu'a amasser des richesses par des moyens honteux.
Ils ne respectent ni les propriétés sacrées ni le trésor public; ils pillent tout ce qui se rencontre au mépris des saintes lois de la justice. Mais cette justice éternelle, silencieuse aujourd'hui, conserve dans sa mémoire leurs coupables rapines; elle connaît le passé, elle voit le présent, elle arrive à l'heure marquée, elle punit enfin tant d'infamies. C'est par ces raisons criminelles qu'Athènes tout entière se trouve affligée de cruelles souffrances, que nous sommes tombés dans un esclavage insupportable, que nous avons été environnés d'horribles séditions, qu'une guerre cruelle est venue nous dévorer et qu'au bonheur le plus doux ont succédé des maux affreux. Notre ville si puissante et si aimable a été tout à coup opprimée par des hommes féroces : le crime triomphe; l'homme de bien est exposé à l'outrage ou à la mort. Voilà les malheurs qui sont venus fondre sur Athènes. Et défié plusieurs de nos citoyens, mis à d'indignes enchères, chargés de liens comme des criminels, sont entraînés ignominieusement dans des régions lointaines.
La calamité publique envahit toutes les maisons particulières ; ni les beaux portiques ni les portes d'airain ne sauraient l'empêcher : elle monte sur les toits les plus élevés et y découvre ceux qui s'y réfugient comme s'ils étaient dans leur lit. Que les Athéniens apprennent ainsi que l'injustice est toujours la ruine des empires. Avec la justice au contraire règne la modération: elle tempère la dureté, elle abaisse l'ambition, elle repousse l'injure et l'outrage; elle détruit les semences naissantes de la discorde, elle rectifie les jugements, elle calme les cœurs aigris, elle met un frein à la sédition; sous son gouvernement heureux la sagesse et l'intégrité règlent toutes les actions des hommes.
Athéniens, n'attribuez pas aux dieux les maux qui vous accablent; c'est l'œuvre de votre corruption : vous-mêmes avez mis la puissance dans la main de ceux qui vous oppriment. Vos oppresseurs se sont avancés avec habileté comme des renards, et vous, vous n'êtes que des imprudents et des lâches : vous vous laissez séduire par la vaine éloquence et par les grâces du langage. Jamais la raison ne vous guide dans les choses sérieuses.
Une force destructive s'échappe de la nue embrasée et de la grêle retentissante ; un tonnerre impétueux sort de l'éclair brillant; le vent soulève d'immenses orages sur la mer, et souvent par les grands hommes périssent les grands états; souvent les peuples imprudents se trouvent tout à coup dominés par les usurpateurs. J'avais donné par mes lois une égale puissance à tous les citoyens; je n'avais rien ôté, rien ajouté à personne; j'avais ordonné aux plus riches et aux plus puissants de ne rien faire contre les faibles, j'avait protégé les grands et les petits d'un double bouclier d'une force égale de chaque côté, sans donner plus aux uns qu'aux autres; mes conseils furent méprisés : on en porte la peine aujourd'hui. Mais vous, ô chef généreux des Soliens, qui m'avez donné l'hospitalité, que le ciel conserve votre patrie et votre famille, daignez me renvoyer de votre île glorieuse sur un navire agile; que la belle Vénus couronnée de violette soit propice à ma navigation, qu'elle bénisse cette terre hospitalière qui m'a accueilli et qu'elle me permette de revoir encore une fois mon Athènes bien-aimée !
Au lieu de naître Athénien, que ne suis-je né plutôt à Pholégandre ou à Sicinium ! car en arrivant à Salamine le bruit va s'y répandre qu'un seul Athénien a peur d'aborder dans son port; j'y entrerai cependant: elle protégera mon innocence, et sa générosité envers moi réparera la honte de ses anciennes défaites.
III.
L'enfant dans les sept premières années de sa vie voit croître toutes ses dents. Quand le ciel lui a donné sept autres années, les marques de la puberté lui annoncent qu'il peut devenir père à son tour. Dans le troisième âge ses membres s'accroissent; un léger duvet d'une couleur indécise orne son menton. A vingt-huit ans toute sa force est venue; cette époque la vertu paraît dans tout son éclat. A l'âge de trente-cinq ans il est mûr; il est temps qu'il connaisse l'amour si désiré. A quarante-deux ans son âme est portée aux grandes choses; ce qui est vil ne lui inspire que du dégoût. A quarante-neuf ans il a la plénitude de l'intelligence et de l'art de bien dire. A cinquante-six ans il possède encore ces heureux dons. Il peut encore à soixante-trois ans, mais il s'affaiblit : sa vertu, sa sagesse, son éloquence diminuent. Hélas! parvenu à sa soixante-dixième année, ce n'est plus qu'un fruit mûr pour tomber dans la mort.
IV.
II est difficile de connaître l'étendue de la science universelle : elle est cachée dans une obscurité impénétrable; elle repose hors de notre sphère en un lieu sublime, qui sert de limite à toutes choses.
V.
II est un Dieu maître suprême; aucun des immortels n'a un pouvoir égal au sien. Nous ne pouvons avoir qu'une idée obscure de la divinité. Conjurons ce maître suprême de répandre quelques rayons de sa gloire sur nos lois et de leur donner un heureux succès.
VI.
Je désire que le deuil accompagne ma mort, que mes amis en me voyant fermer les yeux saluent mon âme de leur douleur et de leurs soupirs.
VII.
Aucun mortel n'est heureux, mais aussi aucun de ceux qu'éclaire la soleil n'est vertueux.
VIII.
J'aime les douces faveurs de Venus, de Bacchus et celles des Muses : elles remplissent de joie les cœurs des infortunés mortels. Vieillissez en apprenant toujours quelque chose de nouveau.
Biographie[modifier | modifier le code]
Selon Phanias, qui a traité de la tyrannie, Solon est décédé moins de deux ans après l'usurpation de la tyrannie par Pisistrate. Il naît à Athènes dans une famille eupatride. Il se rend populaire lors d’une guerre contre la cité voisine de Mégare, gagnée sur ses conseils. L’historien Déimaque dePlatées dément la participation de Solon à cette bataille, Diogène Laërce l'affirme.
Il est d’abord négociant, commerçant, ce qui l'amène à beaucoup voyager. Sa fortune et son savoir le placent au rang des premiers citoyens de la ville. En son absence, Mégare reprend Salamine aux Athéniens. À Athènes, on vote un décret qui interdit, sous peine de mort, que l’on en reparle2. Dans le milieu des années 590 av. J.-C., il milite pourtant pour une nouvelle guerre contre Mégare, au cours de laquelle il conseille de s’emparer de l’île de Salamine. Pisistrate le soutient, et ils obtiennent l'abrogation du décret, et le déclenchement de la guerre pour Salamine2. Solon est nommé chef de l'expédition, qui est un succès : Salamine est reprise3. C'était sur ses conseils que la guerre avait été gagnée et il devint très populaire, si l'on en juge par les évènements ultérieurs. Pour les historiens grecs postérieurs, ses poèmes étaient la principale source d'informations sur la crise économique et sociale à laquelle il tenta de remédier.
Alors que l’écart entre les riches aristocrates et la classe populaire se creusait, Athènes sombrait dans une crise sociale. En effet, la ville était dominée par les « eupatrides » ou communément appelée les aristocrates qui détenaient alors les meilleures terres et contrôlaient le gouvernement. Les plus pauvres quant à eux, tombaient facilement dans l’endettement voire dans l’esclavage faute de moyens. Toutes les classes sociales se tournèrent alors vers Solon pour remédier à la situation qui pouvait déboucher sur la tyrannie. Il est élu archonte pour 594–593 av. J.-C. et l'on attend de lui qu'il remédie aux conflits dans la cité d'Athènes4. L’esclavage pour dettes réduisait fortement le nombre d’hommes libres, et alimentait les conflits.
Ainsi, il abolit l'esclavage pour dettes5, et affranchit ceux qui étaient tombés en servitude pour cette raison6. Il fit une réduction de dettes privées et publiques7, et affranchit les terres des hectémores de redevances 8. Cependant, il ne fit pas de réforme agraire 9, autrement dit, il ne redistribua pas la propriété des terres, bien que les pauvres l'aient attendu10.
Concernant les réformes politiques, il mit en place le tribunal du peuple, l'Héliée11. Tous les citoyens eurent accès aux jurys12, ce qui est à noter. Les jurys étaient constitués par tirage au sort13. Les sources ne disent pas si l'on tirait au sort parmi les volontaires, mais on peut le supposer. Le tribunal est principalement une cour d'appel 14. Aristote considère qu'il était déjà le lieu du contrôle des magistrats par le peuple 15. Solon fit une autre réforme d'importance : il étendit le droit de défense et d'accusation 16 à n'importe quel citoyen. Solon a aussi écrit un nouveau code de lois, qui concernent ce que les catégories modernes nomment droit privé, droit criminel et procédure légale17. Les lois de Dracon sont abandonnées, à l'exception de celle sur le meurtre18. Les lois de Solon ont été gravées sur des kybris, qui auraient été placés au Portique royal19.
Ce qu'on appelle généralement les « classes soloniennes » existaient avant Solon20 : selon M. Hansen, Solon aurait peut-être ajouté les pentacosiomédimnes aux thètes, zeugites, cavaliers, la classe de cens le plus élevé21. Mais ces classes sont maintenant définies par un critère de richesse 22:
- Les Pentacosiomédimnes23 sont ceux qui peuvent tirer de leur richesse plus de 500 (pentacosio) mesures (métra) de produits secs ou liquides (blé, vin ou olive) par an 24;
- Les hippeis, ou cavaliers, sont ceux qui pouvaient tirer de leur richesse plus de 300 mesures par an. Aristote discute du nom de cette classe : pour être membre de cette classe, il aurait peut-être fallu être en mesure d'élever des chevaux. Il estime cependant qu'à l'instar des autres classes, le critère devait bien être un critère de richesse25;
- Les Zeugites26 sont ceux qui pouvaient tirer de leur richesse plus de 200 mesures par an ; les zeugites forment une sorte de classe moyenne chez qui l'on recrutait les hoplites.
- Les thètes sont ceux qui ne pouvaient pas tirer de leur richesse plus de 200 mesures par an ; leur nom signifiait un employé sans propriété, ou un journalier.
Le critère pour être éligible est maintenant fondé sur la fortune produite (pas directement sur le capital), et non plus sur la naissance20. Seules les trois premières classes, autrement dit les plus riches, peuvent accéder aux magistratures27. Par contre, toutes les classes ont accès à l'assemblée du peuple et au tribunal 28. L'élection des magistrats ayant probablement lieu à l'Assemblée du Peuple 29, l'on peut considérer que dès Solon, le suffrage était universalisé parmi les citoyens, et c'est un point important pour comprendre la genèse de la démocratie à Athènes. La procédure d'accès à l'archontat semble combiner élection préalable puis tirage au sort30. Mais pour l'ensemble des magistratures, c'est bien l'élection qui semble avoir la prépondérance 31.
Par ailleurs, Solon aurait créé le conseil des 50032. Son existence est controversée : voir ce qu'en dit M. Hansen21. E. Will pour sa part ne croit pas à l'existence de ce conseil33. Dans l’Athenaion politeia, qui date entre 335 et 32234, Aristote ne fait que le mentionner, et ne dit rien de sa procédure de formation et de ses attributions. De plus, toujours dans l’Athenaion Politeia, au paragraphe 31.1, est cité un texte décrivant le régime oligarchique des « Cinq Cents », en -411. Si l'on tient ce texte pour authentique35, il serait la plus ancienne source (de -411, cité dans une source de 335-322) mentionnant l'existence du conseil hypothétiquement institué par Solon. Du coup, l'on peut le suspecter d'être une invention. Les oligarques ont pu être tentés, pour légitimer leurs réformes, d'inventer un passé : ils réalisaient ainsi le retour à la « constitution des anciens ». Il faut attendre Plutarque pour avoir des renseignements sur ses attributions36. Ce conseil aurait eu des fonctionsprobouleumatiques, autrement dit, il aurait été chargé d'introduire les débats à l'assemblée du peuple, exactement comme le conseil des cinq cents que créaClisthène.
Concernant l'Aréopage, Plutarque attribue sa création à Solon37, tout en nuançant lui-même son propos. Quant à Aristote, il pense que l'Aréopage existait avant Solon38.
Voici deux jugements d'Aristote sur les réformes de Solon :
« Solon, semble-t-il, tout en se gardant d'abolir les institutions qui existaient auparavant, telles que le Conseil [de l'Aréopage] et l'élection des magistrats, a réellement fondé la démocratie en composant les tribunaux de juges pris parmi tous les citoyens. Aussi lui adresse-t-on parfois de vives critiques, comme ayant détruit l'élément non démocratique du gouvernement, en attribuant l'autorité suprême aux tribunaux dont les membres sont tirés au sort »
— Aristote, Politique, 1274 a.
et plus loin,
« Solon lui-même n'a vraisemblablement attribué au peuple que le pouvoir strictement nécessaire, celui d'élire les magistrats et de vérifier leur gestion (car si le peuple ne possède même pas sur ce point un contrôle absolu, il ne peut être qu'esclave et ennemi de la chose publique) »
— Aristote, Politique, 1274 a 15.
Il modifie aussi le calendrier 39 et le système des poids et mesures40.
Après avoir fait ces réformes, Solon quitte Athènes. Selon les écrivains grecs postérieurs, il voyage dix ans à Chypre, où il vit à la cour du roi de l'endroit, Philocyre, enÉgypte, en Lydie[réf. nécessaire].
Âgé de plus de quatre-vingts ans, il revient à Athènes vers 560 avant J.-C. Solon s'opposa à Pisistrate, qu’Aristote décrit comme « très favorable au peuple »41, lors de sa prise de pouvoir 42. Lorsque Pisistrate instaura une tyrannie à Athènes, Solon aurait quitté à nouveau sa cité, parcourut la Méditerranée et l'Asie, revint lors de la deuxième tyrannie de Pisistrate, retrouva son exil chez Philocyre et mourut peu après son retour [réf. nécessaire].
Solon était un législateur vénéré, présenté dans Xénophon, Platon et Aristote. Platon parle de lui ou le cite dans le Lysis43, Le Banquet44, le Critias45, l’Hippias majeur46, le Charmide47, le Livre VII de la République48, le livre IX des Lois49, le Timée50, le Phèdre51, Protagoras52 et le Lachès53.
Annexes[modifier | modifier le code]
- Réformes économiques de Solon : horos, esclavage en Grèce antique, économie de la Grèce antique ;
- Démocratie athénienne
- Autres grands législateurs :
- Lycurgue (mythique),
- Clisthène (Athènes) (réforme de 508 av. J.-C.)
Ar : Aristote - Ath. : Athenaion Politeia / Constitution des Athéniens - Plut. : Plutarque - Pol : Politique
- Robert Brasillach, Anthologie de la poésie grecque, Stock+Plus, 1981, p. 111.
- Plutarque, Vies parallèles [détail des éditions] [lire en ligne [archive]] Solon IX.
- Plut. Solon X, XI ; D.L. Solon 46.
- Ar. Ath. 5.1
- Ar. Ath 6.1, 9.1
- Ar. Ath 6.1, 12.4.
- Ar. Ath 6.1, 10.1, 12.4.
- M.Hansen p. 54.
- Ar. Ath. 11.1, 12.3.
- Ar. Ath. 11.2.
- Ar. Ath.7.3, 9.1.
- Ar. Ath. 9.1, Ar. Politique 1274 a.
- Ar. Pol. 1273 b 40 : c'est ce que signifie Aristote quand il dit que les tribunaux étaient organisés démocratiquement ; mention plus explicite en 1274 a.
- Ar. Ath. 9.1.
- Ar. Politique 1274 a 15.
- Ar. Ath. 9.1 ; Plut. Solon 204.
- Plut. Solon 205-209 ; M. Hansen p. 55.
- Ar. Ath. 6.1, 7.1, 9.2 ; Hansen p. 55.
- Ar. Ath. 7.1. Voir la note 2 p. 70, dans la traduction de M. Sève.
- Ar. Ath. 7.3.
- M. Hansen p. 55.
- Ar. Ath. 7.4-7.5 ; voir aussi M. Hansen pp. 67-70.
- Pentakosiomedimnoi
- M. Hansen p. 67.
- Ar. Ath. 7.4 - 7.5.
- zeugitai
- Ar. Ath. 7.3, 7.4 ; Ar. Pol. 1274 a 15.
- Ar. Ath. 7.3, 9.1 pour le tribunal ; Ar. Pol. 1274 a.
- M. Hansen p. 54.
- Ar. Ath. 8.1.
- Ar. Pol. 1273 b 40.
- Ar. Ath. 8.4, Plut. Solon, XXIV.
- E. Will Le monde grec et l'Orient, le ve siècle, p. 66-67.
- M. Sève, dans son introduction à Aristote, Constitution d'Athènes, p. 15.
- Ce point est controversé : voir la note 1 p. 109 dans la traduction de M. Sève.
- Plut. Solon XXIV.
- Plut. Solon 204.
- Ar. Pol. 1274 a.
- Plut. Solon XXXV.
- Ar. Ath. 10, 1-2.
- Ar. Ath. 13, 4.
- Ar. Ath. 14, 2-3.
- 212e
- 209d
- 108d et passim ; 113a et passim
- 285b ; 278c
- 155a, 158a
- 536d
- 858e
- 20e et passim
- 258b
- 343a
ARISTOTE
LA CONSTITUTION D’ATHENES
Traduction de Jules Barthélemy-Saint-Hilaire
Paris : Ladrange, 1838
Œuvre numérisée par J. P. MURCIA http://remacle.org/
Nouvelle édition numérique http://docteurangelique.free.fr 2008
PREMIÈRE PARTIE: HISTOIRE DE LA CONSTITUTION D'ATHÈNES (CH. I-XLI)
CHAPITRE I: Condamnation des Alcméonides. - Épiménide...
CHAPITRE II: Institutions sociales d'Athènes.
CHAPITRE III: Institutions politiques.
CHAPITRE IV: II. - ÉPOQUE DE DRACON
CHAPITRE V: III. - ÉPOQUE DE SOLON
CHAPITRE VI: SOLON (SUITE) - Réformes sociales. - Abolition des dettes.
CHAPITRE IX: SOLON (SUITE) - Éléments démocratiques de sa constitution.
CHAPITRE X: SOLON (SUITE) - Réformes économiques, Mesures, Monnaies et Poids.
CHAPITRE XI: SOLON (SUITE) - Mécontentement général après les réformes de Solon.
CHAPITRE XII: SOLON (FIN) - Témoignages de Solon lui-même sur ses réformes.
CHAPITRE XIII: État des partis après Solon.
CHAPITRE XIV: IV. - ÉPOQUE DE PISISTRATE
CHAPITRE XV: PISISTRATE (SUITE) - Second exil et second retour de Pisistrate.
CHAPITRE XVI: PISISTRATE (SUITE) - Caractère de son gouvernement.
CHAPITRE XVII: PISISTRATE (FIN) - Mort de Pisistrate. - Ses fils.
CHAPITRE XVIII: LES PISISTRATIDES - Complot d'Harmodios et d'Aristogiton.
CHAPITRE XIX: LES PISISTRATIDES (FIN) - Tyrannie d'Hippias. Sa chute.
CHAPITRE XX: État des partis après l'expulsion des tyrans.
CHAPITRE XXII: CLISTHENE (Fin) - Caractère démocratique des réformes de Clisthène. L'Ostracisme.
CHAPITRE XXV: VII. - ÉPOQUE D'ÉPHIALTE ET DE PÉRICLÈS - Ruine de l'Aréopage.
CHAPITRE XXX: LES QUATRE CENTS (SUITE) - Les Cent commissaires. Leur constitution. Rôle du Conseil.
CHAPITRE XXXI: LES QUATRE CENTS (SUITE) - Constitution provisoire.
CHAPITRE XXXV: LES TRENTE (SUITE) - Leur modération à l'origine, Leur cruauté.
CHAPITRE XXXVI: LES TRENTE (SUITE) - Vaines tentatives de Théramène auprès des Trente.
CHAPITRE XXXVII: LES TRENTE (SUITE) - Prise de Phylé par Thrasybule. - Mort de Théramène.
CHAPITRE XXXVIII: LES TRENTE (FIN) - Renversement des Trente. Les Dix. Négociations avec Sparte.
CHAPITRE XLII: DU DROIT DE CITÉ
CHAPITRE XLIII: LES MAGISTRATURES
CHAPITRE XLV: LE CONSEIL (SUITE) - FONCTIONS JUDICIAIRES
CHAPITRE XLVI: LE CONSEIL (SUITE) - FONCTIONS ADMINISTRATIVES
CHAPITRE XLVII: LE CONSEIL (SUITE) - FONCTIONS ADMINISTRATIVES
CHAPITRE XLVIII: LE CONSEIL (SUITE) FONCTIONS ADMINISTRATIVES
CHAPITRE XLIX: LE CONSEIL (SUITE) - FONCTIONS ADMINISTRATIVES
CHAPITRE L: MAGISTRATURES CONFÉRÉES PAR LE SORT (SUITE)
CHAPITRE LI: MAGISTRATURES CONFÉRÉES PAR LE SORT (SUITE)
CHAPITRE LII: MAGISTRATURES CONFÉRÉES PAR LE SORT (SUITE)
CHAPITRE LIII: MAGISTRATURES CONFÉRÉES PAR LE SORT (SUITE)
CHAPITRE LIV: MAGISTRATURES CONFÉRÉES PAR LE SORT (SUITE)
CHAPITRE LV: MAGISTRATURES CONFÉRÉES PAR LE SORT (SUITE) - LES NEUF ARCHONTES
CHAPITRE LVI: LES NEUF ARCHONTES (SUITE)
CHAPITRE LVII: LES NEUF ARCHONTES (SUITE)
CHAPITRE LVIII: LES NEUF ARCHONTES (SUITE)
CHAPITRE LIX: LES NEUF ARCHONTES (FIN)
CHAPITRE LX: MAGISTRATURES CONFÉRÉES PAR LE SORT (FIN)
CHAPITRE LXI: MAGISTRATURES CONFÉRÉES A L'ÉLECTION - FONCTIONS MILITAIRES
CHAPITRE LXII: MAGISTRATURES (FIN)
On sait que le commencement de lƒAyhnaÛvn politeÛa manque dans le papyrus de Londres. Énumérant au chapitre XLI les différentes modifications qu'a subies la constitution d'Athènes, l'auteur n'en compte pas moins de onze depuis l'établissement d'Ion jusqu'à la restauration définitive de la démocratie. Tel qu'il nous a été rendu, l'ouvrage commence à la description de l'état social d'Athènes avant Dracon. Il nous manque donc l'époque d'Ion et celle de Thésée. Pour compléter, dans la mesure du possible, ce tableau de l'histoire athénienne, nous joignons à notre traduction de ƒAyhnaÛvn politeÛa les fragments de cette partie perdue qui nous ont été plus ou moins fidèlement conservés par les historiens postérieurs, les grammairiens ou les lexicographes.
ÉPOQUE D'ION
§ 1. LA ROYAUTÉ. - § 2. LE CULTE D'APOLLON PATROOS. - § 3. LES QUATRE TRIBUS. - § 4. LES ROIS DES TRIBUS.
§ 1. La royauté.
HERACLEIDES: Les Athéniens à l'origine étaient gouvernés par des rois. Quand Ion se fut établi au milieu d'eux, ils reçurent pour la première fois le nom d'Ioniens.
N. B. Les fragments des perÜ politeiÇn attribués à Héracleidès de Pont, l'élève de Platon, ont été publies par F. G. SCHNBIDEWIN, Heraclidis politiarum quae extant. Göttingen,1847; et par K. MULLER, dans les Fragmenta historicorum graecorum, éd. Didot, II, p. 196 et suiv. Sehneidewin a très bien prouvé que ces fragments ne sauraient être attribués au philosophe Héracleidès. Le compilateur est peut-être le grammairien Héracleidès Lembos, qui vivait au second siècle avant notre ère: il est certain qu'il a fait son résumé d'après les Constitutions d'Aristote.
Sur les circonstances dans lesquelles Ion aurait été appelé à Athènes, voy. Constitution d'Athènes, ch. III. 2. Le culte d'Apollon Patroos.
HARPOCRATION. Le dieu de Delphes. Une des nombreuses épithètes du dieu. C'est depuis Ion que les Athéniens honorent en commun Apollon sous ce nom. Aristote dit que les Athéniens ne furent appelés Ioniens et ne donnèrent à Apollon le surnom de Patroos, qu'après l'établissement d'Ion en Attique.
§ 3. Les quatre tribus.
Cf. Constitution d'Athènes, ch. XLI.
HARPOCRATION: Les membres d'un même g¡now. Tous les citoyens étant divisés en groupes, les premiers et les plus grands de ces groupes s'appelaient des tribus. Chaque tribu était elle-même divisée en trois groupes qu'on appelait trittyes et phratries. Enfin chaque phratrie comprenait trente g¡nh, dans le sein desquels le sort désignait les titulaires des sacerdoces qui leur appartenaient...Par exemple les g¡nh des Eumolpides, des Kéryces, des Etéoboutades, ainsi que le montre Aristote dans la Constitution d'Athènes.
§ 4. Les rois des tribus.
Cf. Constitution d'Athènes, ch. XLI.
POLLUX, VIII, 111: Les rois des tribus, an nombre de quatre, choisis parmi les eupatrides, s'occupaient surtout des choses de la religion. Ils se réunissaient au Palais Royal, près du Bonkoléion.
I. - ÉPOQUE DE THÉSÉE
1. Affaiblissement de la royauté.
Cf. Constitution d'Athènes, ch, XLI.
PLUTARQUE, Vie de Thésée, XXV: Voulant agrandir encore la cité, il appela tous les gens du peuple, leur promettant les mêmes droits, et l'on dit que la phrase: « Venez tous ici, gens du peuple, » vient d'une proclamation qui fut faite par Thésée pour convoquer une assemblée générale. Mais il ne voulut pas que la démocratie fut sans ordre et que la foule qu'il y versait s'y confondit sans distinction: le premier, au contraire, il sépara les eupatrides des cultivateurs et des artisans. Aux eupatrides il réserva le droit de connaître les choses divines, de fournir les magistrats, d'enseigner les lois, d'interpréter le droit public et le droit sacré. Entre les autres citoyens, il établit comme une sorte de balance: les eupatrides semblaient avoir l'avantage de la considération, les cultivateurs de l'utilité, les artisans du nombre. Qu'il inclinât le premier vers la foule, comme le dit Aristote, et qu'il renonçât au pouvoir absolu, c'est ce que semble témoigner Homère dans le catalogue des vaisseaux, où les Athéniens seuls sont désignés du nom de peuple.
Sur les troubles qui avaient précédé le gouvernement de Thésée et sur ceux qui suivirent jusqu'à l'attentat de Cylon, voy. HERACLEIDÈS (Arist. fragm. , n° 611, p. 371).
Dans l'état actuel, la Constitution d'Athènes commence au récit des mesures prises pour purifier Athènes du meurtre de Cylon.
HÉRACLEIDÈS (ibid. , II): Mégaclès et les siens massacrèrent les partisans de Cylon qui, après avoir tenté d'établir la tyrannie s'étaient réfugiés sur l'autel de la déesse. Les meurtriers furent ensuite chassés comme coupables d'un sacrilège.
Nous savons par PLUTARQUE (V. de Solon, XII) que le jugement fut rendu par un tribunal formé de trois cents nobles et que l'accusation fut soutenue par un citoyen du nom de Myron.
C'est sur ce nom que s'ouvre la Constitution d'Athènes.
CHAPITRE I: Condamnation des Alcméonides. - Épiménide...
Après que Myron eut parlé, les juges, choisis parmi les familles nobles, prêtèrent serment sur l'autel. Ils condamnèrent les sacrilèges: on arracha donc de leurs sépultures et l'on jeta les ossements des coupables, et la famille des Alcméonides fut condamnée à l'exil perpétuel. C'est après ces événements qu'Épiménide de Crète purifia la ville.
CHAPITRE II: Institutions sociales d'Athènes.
Athènes, divisée par les dissensions des nobles et de la plèbe, traversa ensuite une longue période de troubles. La constitution d'alors était, en effet, une oligarchie absolue, où surtout les pauvres étaient les serfs des riches, eux, leurs enfants et leurs femmes. On les appelait clients (pel‹tai) et sixeniers (¥kt®moroi): ils cultivaient en effet les champs des riches, à la condition de ne garder pour eux qu'un sixième des fruits. La terre était tout entière entre les mains d'un petit nombre d'hommes, et si les cultivateurs ne payaient pas leur redevance, ils s'exposaient à être vendus, eux et leurs enfants: car les débiteurs étaient soumis à la contrainte par corps, et il en fut ainsi jusqu'à Solon, le premier chef du parti démocratique. Sous un tel régime, le peuple souffrait surtout et s'irritait de ne pas avoir sa part de la terre, mais il avait bien d'autres sujets de mécontentement; car, à vrai dire, il n'avait aucun droit.
CHAPITRE III: Institutions politiques.
Voici quelle était l'organisation de l'ancienne constitution qui était en vigueur avant Dracon.
Les magistrats étaient choisis dans les familles nobles et riches. Les charges furent d'abord conférées à vie, puis seulement pour dix ans.
Les plus importantes et les premières en date des magistratures furent celles du roi, du polémarque et de l'archonte: de celles-ci, la première fut celle du roi, qui existait à l'origine; la polémarchie fut instituée en second lieu, parce que certains rois avaient montré de la faiblesse à la guerre: c'est ainsi que pressés par la nécessité, les Athéniens avaient fait appel à Ion. La dernière de ces magistratures fut l'archontat. Elle aurait été instituée, sous le règne de Médon, selon la plupart des auteurs; sous celui d'Acastos, selon quelques. autres, et ces derniers ajoutent comme preuve, que les neuf archontes s'engagent dans leur serment à remplir leur charge comme au temps d'Acastos. Ce serait donc sons son règne que les Codrides auraient cédé à l'archonte quelques-uns de leurs privilèges...Quoi qu'il en soit de ces deux dates, il y a peu d'intervalle entre les deux époques, et nous avons la preuve que l'archontat fut institué en dernier lieu: l'archonte, en effet, à la différence du roi et du polémarque, n'a à veiller sur aucun des cultes établis par les ancêtres, mais seulement sur des cultes d'origine récente. Aussi cette magistrature n'est-elle devenue importante qu'assez tard, après s'être accrue de nouvelles attributions.
Les thesmothètes n'ont été institués que bien des années après, alors que déjà les magistratures n'étaient conférées que pour un an: on les chargea de rédiger par écrit les décisions ayant force de lois et de les garder pour servir à juger ceux qui les violeraient. De telles fonctions expliquent que, seuls les thesmothètes ne soient jamais restés plus d'une année en charge. Tel est l'ordre dans lequel se sont succédé ces magistrats.
A l'origine, les neuf archontes ne se tenaient pas tous dans le même édifice. Le roi occupait l'édifice qu'on appelle aujourd'hui Boukoléion, près du Prytanée: la preuve en est que, aujourd'hui encore, en cet endroit, est célébrée l'union de la femme du roi avec Dionysos. L'archonte se tenait au Prytanée, le polémarque à l'Épilykéion. Ce dernier édifice s'appelait primitivement Polémarchéion, mais après qu'Épilykos l'eut reconstruit et aménagé de nouveau, pendant qu'il était polémarque, on lui donna le nom d'Epilykéion. Les thesmothètes occupaient le Thesmothétéion. C'est là que, du temps de Solon, tous les archontes se réunirent.
Les archontes jouissaient du droit de juger souverainement dans les affaires qui leur étaient soumises: ils n'étaient pas, comme maintenant, simplement chargés de l'instruction. Voilà pour ce qui concerne les archontes.
Quant à l'Aréopage, il devait veiller à la conservation des lois. Il avait dans l'État les pouvoirs les plus étendus et l'autorité la plus haute, disposant du droit souverain d'infliger des châtiments ou des amendes aux auteurs de tout désordre. Les Aréopagites se recrutaient parmi les archontes, et ceux-ci avaient été pris dans les familles nobles et riches. Aussi cette charge est-elle la seule qui soit restée viagère: elle l'est encore.
CHAPITRE IV: II. - ÉPOQUE DE DRACON
Constitution de Dracon.
Telle était, dans ses grands traits, la première constitution. Ensuite et avant qu'un long temps se fût écoulé, sous l'archontat d'Aristaechmos, Dracon établit ses lois. En voici l'économie.
Les droits politiques étaient réservés à ceux qui étaient en état de s'armer. Ceux-ci élisaient les neuf archontes et les trésoriers parmi les citoyens possédant une fortune d'au moins dix (?) mines, libre de toute charge; les magistrats inférieurs, parmi les citoyens qui étaient en état de s'armer; les stratèges et les hipparques, parmi ceux qui prouvaient une fortune d'au moins cent mines, exempte de toute charge, et qui déclaraient des enfants légitimes, nés d'un mariage légitime et âgés d'au moins dix ans. Tous ces magistrats étaient, jusqu'à la reddition des comptes, placés sous la surveillance des prytanes, des stratèges et des hipparques de l'année d'avant. [Les contrôleurs des comptes étaient de la même classe que les stratèges et les hipparques].
Le Conseil était formé de quatre cent un membres, désignés par le sort parmi les citoyens. Pour se présenter au tirage au sort de cette charge et des autres magistratures, il fallait être âgé de plus de trente ans, et nul ne pouvait en exercer une deux fois avant que tous les candidats fussent tombés au sort: le tirage recommençait alors avec tous les noms. Tout Conseiller qui manquait une séance du Conseil ou de l'Assemblée du peuple était condamné, s'il appartenait à la classe des Pentacosiomédimnes, à trois drachmes d'amende; à deux, s'il était de la classe des cavaliers; à une, s'il était zeugite.
Le Sénat de l'Aréopage était le gardien des lois et veillait à ce que tous les magistrats s'y conformassent dans l'exercice de leur charge. Tout citoyen victime d'une injustice de la part d'un magistrat avait le droit de déposer une accusation devant l'Aréopage, en produisant la loi violée à son détriment.
Mais, comme on l'a dit, les pauvres étaient soumis à la contrainte par corps pour dettes, et la terre était toujours entre les mains d'un petit nombre d'hommes.
CHAPITRE V: III. - ÉPOQUE DE SOLON
Commencement de la démocratie. - Solon est choisi comme conciliateur.
Un pareil régime et l'asservissement de la multitude au petit nombre soulevèrent le peuple contre les nobles. La lutte fut acharnée et les deux partis étaient depuis longtemps debout l'un contre l'autre, quand ils s'entendirent pour prendre Solon comme conciliateur et l'élire archonte.
Ils s'en remettent à lui du soin de réformer la constitution, se souvenant de cette élégie qu'il avait faite et dont voici le début: Je sais tout le mal et je souffre au fond de mon coeur, quand je vois l'aînée des terres d'Ionie...
Dans la suite, il attaque à tour de rôle les uns et les autres, et leur donne tort et raison pour les pousser enfin à mettre, d'un commun accord, un terme aux dissensions qui se sont élevées entre eux.
Solon, par sa naissance et par sa réputation, comptait parmi les premiers des citoyens; par sa fortune et sa situation, il faisait partie de la classe moyenne. On le sait d'ailleurs et lui-même le proclame dans ces vers, où il exhorte les riches à la modération: Sachez calmer en vos coeurs la violence de vos sentiments, vous qui en êtes venus au dégoût de vos biens trop abondants. Sachez maintenir votre grande âme dans la modération, car pour nous, nous ne vous céderons pas, et tout n'ira pas droit pour vous.
C'est ainsi qu'il rejette toujours sur les riches toute, la responsabilité des dissensions. Aussi dit-il au commencement de son élégie, qu'il redoute l'avarice et l'orgueil, d'où est née la haine.
CHAPITRE VI: SOLON (SUITE) - Réformes sociales. - Abolition des dettes.
Devenu maître du pouvoir, Solon affranchit le peuple, en défendant que dans le présent et à l'avenir la personne du débiteur servît de gage. Il donna des lois et abolit toutes les dettes, tant privées que publiques. C'est la réforme qu'on appelle la délivrance du fardeau (seis‹xyeia), par allusion à la charge qu'ils avaient comme rejetée de leurs épaules.
On a essayé d'attaquer Solon à ce sujet. Au moment en effet où il projetait l'abolition des dettes, il lui arriva d'en parler à l'avance à quelques-uns des nobles, et ses amis, selon la version des démocrates, firent, à l'encontre de ses projets, une manoeuvre, dont il aurait aussi profité, ajoutent ceux qui le veulent calomnier. Ils s'entendirent pour emprunter de l'argent et acheter beaucoup de terre, et l'abolition des dettes survenant presque aussitôt, ils firent fortune. Ce fut, dit-on, l'origine de ces fortunes que dans la suite on fit remonter à une si haute antiquité. Mais la version des démocrates est plus plausible; l'autre n'a pas la vraisemblance pour elle: comment un homme, qui fut si modéré et si attaché aux intérêts publics que, pouvant tourner les lois à son profit et établir sa tyrannie dans la ville, il s'attira plutôt la haine de l'un et de l'autre parti, mettant l'honneur et le salut de la cité au-dessus de ses propres intérêts, se serait-il sali à d'aussi petites et aussi indignes opérations ? Et ce n'est pas le pouvoir qui lui manqua et c'est bien lui qui porta remède au mauvais état des affaires: lui-même l'a rappelé souvent dans ses vers et tous les auteurs sont d'accord sur ce point. Il faut donc regarder comme mensongère une telle accusation.
CHAPITRE VII: SOLON (SUITE) - Réformes politiques. -- Lois de Solon. - Les quatre classes censitaires.
Il établit une constitution, et donna d'autres lois. On abrogea en effet celles de Dracon, à l'exception des lois sur le meurtre. Les lois nouvelles furent inscrites sur des tables triangulaires qu'on exposa clans le Portique Royal, et tous jurèrent de les observer. Les neuf archontes prêtèrent serment sur la pierre et s'engagèrent à offrir une statue d'or dans le cas où ils en violeraient quelqu'une. De cette époque date cet engagement qui se trouve encore dans le serment qu'ils prêtent aujourd'hui. La durée des lois fut fixée par Solon lui-même à cent ans.
Voici la constitution qu'il établit. Il maintint la division antérieure des citoyens en quatre classes censitaires pentacosiomédimnes, cavaliers, zeugites et thètes. Il réserva les magistratures, à savoir les charges des neuf archontes, des trésoriers, des polètes, des onze et des colacrètes aux trois premières classes: encore étaient-elles attribuées à chacune de ces classes selon les degrés du cens La classe des thètes ne reçut que le droit de siéger à l'assemblée du peuple et aux tribunaux.
Les cens étaient les suivants: le pentacosiomédimne devait faire, sur sa terre, cinq cents médimnes de sec et de liquide, l'un dans l'autre; le cavalier devait en faire trois cents, ou, selon une autre explication, être en état d'entretenir un cheval. Cette explication se fonde sur le nom même de la classe, qui viendrait du fait d'être monté, et sur les offrandes des:anciens. On voit en effet sur l'Acropole une statue de Diphilos, avec l'inscription suivante: Anthémion, fils de Diphilos, a consacré cette statue aux dieux, pour avoir de la classe des thètes passé dans celle des cavaliers.
Et à côté de lui se tient, en guise de preuve, un cheval, allusion à la classe des cavaliers. Il n'en est pas moins plus probable que les cavaliers, comme les pentacosiomédimnes, se distinguaient des autres classes par le nombre des mesures. Les zeugites devaient faire deux cents médimnes, sec et liquide, l'un dans l'autre. Tous les autres citoyens formaient la classe des thètes: ils n'avaient accès à aucune magistrature. Aussi, aujourd'hui encore, quand on demande à un candidat qui se présente pour tirer au sort, quel est son cens, nul ne s'avise de répondre: « celui des thètes. »
CHAPITRE VIII: SOLON (SUITE) - Réformes politiques. - Les magistratures. Tirage au sort des neuf archontes. Rois et naucrares. Conseil et Aréopage.
Solon institua le tirage au sort pour les magistratures, mais en le combinant avec une élection préalable qui avait lieu dans chacune des tribus. Ainsi, pour la désignation des neuf archontes, chaque tribu élisait dix candidats, entre lesquels le sort décidait. De là vient l'usage, encore en vigueur, de tirer au sort dans chaque tribu dix candidats, parmi lesquels le sort désigne le magistrat. Ce qui prouve aussi que Solon institua pour les magistratures le tirage au sort en tenant compte du cens, c'est la loi qui régit aujourd'hui encore le choix des trésoriers, et prescrit que les trésoriers soient tirésau sort parmi les pentacosiomédimnes.
Telles sont les règles de Solon relatives aux neuf archontes. Anciennement, l'Aréopage les faisait comparaître devant lui pour les examiner, et ne les envoyait en possession de la charge pour l'année qu'après les en avoir jugés dignes.
Il y avait, comme auparavant, quatre tribus et quatre rois des tribus. Chaque tribu était divisée en trois trittyes et douze naucraries. A la tête de chaque naucrarie était un naucrare, qui veillait à. la levée des contributions et soldait les dépenses. Aussi lit-on, en plus d'un endroit, dans des lois de Solon, qui ne sont plus en vigueur aujourd'hui, que les fonds seront levés par les naucrares et les dépenses à la charge de la caisse des naucrares.
Solon institua un Conseil de quatre cents membres, cent par tribu.
Pour l'Aréopage, il lui maintint la garde des lois, et comme par le passé, ce sénat fut chargé de veiller sur la Constitution. En possession de l'autorité politique la plus haute et la plus étendue, il surveillait les citoyens, et frappait ceux qui commettaient quelque infraction aux lois, car il disposait souverainement du droit d'infliger une amende ou un châtiment. Il remettait à la caisse publique le montant des amendes qu'il avait prononcées, sans ajouter le motif de la punition. A toutes ces prérogatives, Solon ajouta celle de juger les complots ourdis pour la ruine de la démocratie. Telles furent ses dispositions législatives en ce qui concerne le Conseil et l'Aréopage.
Voyant aussi qu'au milieu des troubles qui divisaient la ville, nombre de citoyens, par indifférence, s'en remettaient au hasard, il porta contre eux cette loi singulière: Quiconque, en temps de trouble, ne prendra pas les armes pour l'un des deux partis, sera frappé d'atimie et exclu de la cité.
Voilà ce qui concerne les magistratures.
CHAPITRE IX: SOLON (SUITE) - Éléments démocratiques de sa constitution.
Dans toute la constitution de Solon, trois mesures semblent avoir été particulièrement favorables aux progrès de la démocratie: d'abord et surtout, l'abolition de la contrainte par corps pour dettes; ensuite, la faculté donnée à chaque citoyen de poursuivre les auteurs des injustices commises au détriment de qui que ce fût; enfin le droit d'en appeler au tribunal. Ce fut, dit-on, ce qui donna dans la suite tant de puissance au peuple; car, rendre le peuple maître du vote, c'est mettre toute la constitution à sa merci. Ajoutons que, ses lois étant d'une rédaction obscure et compliquée, comme par exemple la loi sur les héritages et sur les épicières, il en résultait nécessairement nombre de contestations, si bien que le règlement de tous les différends, privés et publics, appartenait aux tribunaux. Certains pensent que Solon a recherché cette obscurité pour ses lois, afin d'attribuer au peuple le droit de décider en cas de conflit. Mais cette explication est peu vraisemblable. La vérité est qu'il lui était impossible d'atteindre la perfection, étant donné le caractère général des lois. Aussi bien n'est-ce pas d'après ce qui se passe aujourd'hui, mais d'après l'ensemble de ses réformes politiques, qu'il est juste de juger ses desseins.
CHAPITRE X: SOLON (SUITE) - Réformes économiques, Mesures, Monnaies et Poids.
Voilà donc ce qui, dans ses lois, favorisa le développement de la démocratie. L'abolition des dettes avait précédé la promulgation des lois: l'augmentation des mesures, poids et monnaies la suivit.
Les mesures en usage jusqu'alors étaient celles de Pheidon d'Argos: Solon les agrandit.
La mine valait jusque-là environ soixante-dix drachmes: sa valeur fut portée à cent. L'unité était alors le didrachme.
Pour les poids, Solon les mit en rapport avec sa monnaie: c'est-à-dire que soixante-trois mines formèrent un talent. Les mines étaient subdivisées en statères et autres sous-multiples.
CHAPITRE XI: SOLON (SUITE) - Mécontentement général après les réformes de Solon.
Une fois l'ordre établi dans la Constitution, comme il a été dit, les Athéniens allaient trouver Solon et l'importunaient de reproches ou de questions au sujet de ses lois. Ne voulant pas y toucher, ni exciter la haine en restant plus longtemps, il entreprit un voyage d'affaires et d'études en Égypte: son absence, disait-il, devait durer dix ans. A son avis, en effet, il n'était pas juste qu'il restât pour interpréter ses lois, mais chacun devait se conformer à la lettre de la loi. En même temps, beaucoup de nobles lui étaient devenus hostiles à cause de l'abolition des dettes, et les deux partis avaient changé d'attitude à son égard, parce que sa constitution n'avait pas répondu à leur attente: le peuple croyait que Solon ferait un partage de toutes les terres, et les nobles, qu'il les ramènerait aux institutions du passé ou qu'il s'en écarterait peu. Mais lui s'était opposé aux deux partis, et alors qu'il eût pu, avec l'appui de l'un ou de l'autre, usurper la tyrannie, il avait préféré, au prix de la haine de tous deux, sauver sa patrie et établir les meilleures lois.
CHAPITRE XII: SOLON (FIN) - Témoignages de Solon lui-même sur ses réformes.
C'est bien ainsi que les choses se passèrent. Tous les autres auteurs s'accordent à le dire, et Solon lui-même, dans ses vers, le rappelle en ces termes:
J'ai donné au peuple autant de pouvoir qu'il lui en faut, sans rien retrancher de son droit ni rien y ajouter. Quant à ceux qui avaient la puissance et dont les richesses pouvaient exciter l'envie, je leur ai défendu aussi de ne commettre aucun excès. Je me suis tenu debout, me couvrant de toutes parts de mon solide bouclier, en face des deux partis, et je n'ai permis ni à l'un ni à l'autre de triompher injustement.
Il explique encore comment on doit en user avec le peuple:
Le peuple n'obéit bien à ses chefs que si on ne le tient ni trop lâche, ni trop serré. Car la satiété engendre la violence, quand une grande richesse échoit à des hommes dont l'esprit est au-dessous de cette fortune.
Et ailleurs encore, il dit de ceux qui voulaient qu'on leur partageât la terre:
Ceux-ci venaient ardents au pillage et avaient de riches espérances: chacun d'eux croyait trouver une grande fortune, cl, malgré la douceur de mon langage, ils pensaient que je laisserais voir bientôt la violence de mes projets. Vaine pensée ! Maintenant, pleins d'irritation contre moi, ils me regardent de travers, comme un ennemi. Et pourquoi? Les promesses que j'ai faites, je les ai tenues avec l'aide des Dieux. Quant au reste, je n'ai pas agi sans raison: il ne me plaisait pas de rien faire par la violence de la tyrannie, ni de voir les bons et les méchants posséder une part égale de la riche terre de la patrie.
Voici ce qu'il dit aussi sur la misère des pauvres, serfs hier et maintenant libres, grâce à l'abolition des dettes:
J'ai mis fin aux maux dont souffrait le peuple...Et pourquoi? Je la prends à témoin devant le tribunal du temps, la mère, très grande et très bonne, des divinités de l'Olympe, la Terre noire dont jadis j'arrachai les bornes qui se dressaient partout à sa surface: auparavant esclave, la voilà libre aujourd'hui. Ils sont nombreux, ceux que j'ai ramenés à Athènes, dans la patrie fondée par les Dieux: beaucoup avaient été vendus, les uns justement, les autres injustement; ceux-là, réduits à l'exil par la dure nécessité, ne parlaient plus la langue attique, errants qu'ils étaient de tous côtés; - d'autres, ici même, subissaient un joug humiliant et tremblaient devant la violence de leurs maîtres; tous je les ai rendus libres. Voilà ce que j'ai fait par la force de la loi, en alliant la violence et la justice, et j'ai tenu jusqu'au haut mes promesses. J'ai donné des lois pour le bon comme pour le méchant, et elles assuraient à chacun une droite justice. Un autre eût-il pris en main, comme moi, l'aiguillon, un homme malveillant et avide, - il n'eût pas contenu le peuple. Car si j'avais voulu faire ce qui plaisait alors à l'un des partis, puis ce que voulait l'autre, cette ville fût devenue veuve de bien des citoyens. Voilà pourquoi, résistant de part et d'autre, je me suis, trouvé cerné comme un loup par une meute de chiens.
Et encore ripostant par un reproche aux blâmes qui vinrent plus tard des deux côtés:
Au peuple, puisqu'il lui faut une brutale franchise, je dirai que les biens qu'il possède aujourd'hui, il ne les a même pas vus en rêve, les yeux fermés...Quant aux grands, plus redoutables par leur force, ils devraient me louer et me traiter comme leur ami. Si en effet quelque autre, dit-il, avait eu ce même honneur que moi, il n'aurait pas contenu le peuple, et ne l'eût pas apaisé, avant d'avoir battu le lait pour en enlever la crème. Mais moi, placé au milieu, ainsi qu'entre deux armées en bataille, je me suis tenu comme une borne infranchissable.
CHAPITRE XIII: État des partis après Solon.
C'est donc pour les motifs exposés plus haut que Solon entreprit son voyage. Il partit laissant la cité troublée. Pendant quatre ans pourtant l'ordre fut maintenu; mais la cinquième année après l'archontat de Solon, les Athéniens ne nommèrent point d'archonte (590 a. C. n.): tant était grande l'agitation. Quatre ans après, pour de semblables motifs, ils laissèrent encore la ville sans archonte (586 a. C. n.). Quatre autres années après, Damasias fut élu (582 a. C. n.): il exerça sa charge deux ans et deux mois, et en fut chassé par la force. On résolut alors, en raison de cet état de trouble, d'élire dix archontes, pris: cinq parmi les eupatrides, trois parmi les cultivateurs et deux parmi les artisans. Ce premier collège d'archontes fut au pouvoir pendant l'année qui suivit l'archontat de Damasias. (580 a. C. n.) Voilà qui prouve que l'archonte avait alors le pouvoir le plus grand: c'est toujours pour cette magistrature que luttaient les partis. Quoi qu'il en soit, les Athéniens n'en continuaient pas moins à souffrir de ces maux intérieurs: les uns donnaient pour raison première de leur mécontentement l'abolition des dettes, qui les avait ruinés; d'autres s'irritaient contre la Constitution, qu'avait transformée une si grave révolution; il en était enfin qui étaient excités les uns contre les autres par la jalousie. II y avait alors trois partis: celui des Paraliens que dirigeait Mégaclès, fils d'Alcméon, et qui semblait s'attacher surtout à donner le pouvoir à la classe moyenne; celui des Pédiéens qui tendait à l'oligarchie, et dont le chef était Lycurgue; celui des Diacriens, à la tête duquel se trouvait Pisistrate qui passait pour le plus résolu partisan de la démocratie. Ce troisième parti s'était accru: la misère y avait amené ceux qui avaient été dépouillés de leurs créances, et la crainte ceux que leur naissance aurait dû écarter de la cité. La preuve en est qu'après le renversement de la tyrannie on fit une révision des registres. civiques, parce que beaucoup d'inscrits jouissaient indûment du droit de cité. Chacun de ces partis tirait son nom de la région qu'il cultivait.
CHAPITRE XIV: IV. - ÉPOQUE DE PISISTRATE
Tyrannie de Pisistrate. Son premier exil.
Pisistrate, qui passait donc pour le plus résolu partisan de la démocratie, et qui s'était illustré dans la guerre contre Mégare, se fit un jour lui-même une blessure, puis il persuada au peuple que c'étaient ses adversaires qui l'avaient ainsi maltraité, et qu'il fallait lui donner une garde du corps: la proposition fut faite par Aristion. On lui donna ceux qu'on appela les porte-massue, et, marchant contre le peuple avec leur aide, il prit possession de l'Acropole, trente-deux ans après l'établissement des lois de Solon, sous l'archontat de Coméas. On rapporte que, lorsque Pisistrate demanda des gardes du corps (560 a. C. n.), Solon lui fit opposition, disant: « J'aurai plus de perspicacité que les uns et plus de courage que les autres: plus de perspicacité que tous ceux qui ne comprennent pas que Pisistrate prétend à la tyrannie; plus de courage que ceux qui, sans l'ignorer, se taisent. » Comme ses paroles restaient sans effet, il suspendit ses armes au-dessus de sa porte, et dit qu'il avait servi sa patrie aussi longtemps qu'il l'avait pu -il était déjà très vieux, - et que c'était au tour des autres d'en faire autant. Mais Solon n'aboutit à rien par ses exhortations. Au reste, Pisistrate, maître du pouvoir, administra la cité moins en tyran qu'en citoyen respectueux de la Constitution.
Son pouvoir n'avait pas encore pris de fortes racines, quand les partisans de Mégaclès et ceux de Lycurgue s'associèrent pour le chasser: cela eut lien cinq ans après le premier établissement de Pisistrate (555 a. C. n.), et sous l'archontat d'Hégésias. Onze ans après (544 a. C. n. (?), Mégaclès, menacé par ses propres partisans, entra en pourparlers avec lui; il lui imposa comme condition d'épouser sa fille, et le fit rentrer par un artifice digne des anciens temps, et d'une extrême simplicité. Il fit courir le bruit qu'Athéna allait ramener Pisistrate, puis, ayant découvert une femme grande et belle, originaire du dème de Paeania, suivant Hérodote, marchande de couronnes d'origine thrace, du quartier de Collytos, selon d'autres, et nommée Phyé, il la costuma eu Athéna, et la fit entrer dans la ville avec Pisistrate. Celui-ci fit son entrée sur un char, ayant cette femme à ses côtés, et les habitants, prosternés, les reçurent avec une pieuse admiration.
CHAPITRE XV: PISISTRATE (SUITE) - Second exil et second retour de Pisistrate.
Ainsi s'accomplit son premier retour. Dans la suite, exactement six ans après, il dut s'exiler de nouveau (538 a. C. n.). Il lui fut en effet impossible de tenir longtemps: n'ayant pas voulu s'unir avec la fille de Mégaclès, il craignit les deux partis opposés et se déroba par la fuite. Il s'établit d'abord sur le golfe Thermaïque, à l'endroit nommé Rhaekélos, et passa ensuite dans la région qui s'étend autour du mont Pangée. C'est de là qu'après avoir amassé de l'argent et pris des-hommes à sa solde, il partit pour Érétrie (528 a. C. n. (?), dix ans après sa fuite d'Athènes, - et essaya, alors pour la première fois, d'employer la violence pour recouvrer le pouvoir. Parmi tous ceux qui l'aidèrent dans son entreprise, les plus zélés furent les Thébains, Lygdamis de Naxos, et aussi les cavaliers qui tenaient le pouvoir à Érétrie. Vainqueur auprès du temple de Palléné, il s'empara du pouvoir et sut maintenir solidement sa tyrannie, après avoir enlevé ses armes au peuple. II se rendit aussi à Naxos et y installa Lygdamis.
Voici comment il s'y prit pour enlever ses armes au peuple après avoir passé une revue dans l'enceinte de l'Anakéion, il fit mine d'y haranguer le peuple et s'efforça de parler à voix basse. Comme les assistants disaient qu'ils n'entendaient rien, il les invita à monter à l'entrée de l'acropole, pour que sa voix portât mieux. Pendant qu'il était occupé à haranguer le peuple, des hommes, qui eu avaient reçu l'ordre, enlevèrent toutes les armes et les enfermèrent dans les édifices situés auprès du Théséion. Ils revinrent ensuite près de Pisistrate, qui achevait son discours, et l'avertirent. Pisistrate conta ce qui venait de se passer au sujet des armes, ajoutant qu'il ne fallait ni s'en étonner, ni se laisser abattre; qu'une fois de retour chez eux, ils n'avaient qu'à s'occuper de leurs propres affaires; qu'a lui seul incombait le soin de toutes les affaires publiques.
CHAPITRE XVI: PISISTRATE (SUITE) - Caractère de son gouvernement.
C'est ainsi qu'au début fut établie la tyrannie de Pisistrate, et ce furent là ses vicissitudes. Pisistrate, comme nous l'avons dit, gouverna la cité moins en tyran qu'en citoyen respectueux de la Constitution. Il avait l'abord facile et plein de douceur, et se montrait indulgent à toutes les fautes. Il faisait aux pauvres, pour l'exploitation de leurs terres, des avances d'argent qui leur permettaient de ne pas interrompre leurs travaux de culture. Il agissait ainsi pour deux raisons: il voulait qu'au lieu de vivre à la ville, ils fussent dispersés dans la campagne, et que parvenant à l'aisance et préoccupés de leurs seuls intérêts, ils n'eussent ni le désir, ni le loisir de s'occuper des affaires publiques. En même temps, plus on cultivait la terre, plus ses propres revenus s'accroissaient: car Pisistrate percevait la dîme des fruits. Pour toutes ces raisons, il établit les juges des dèmes, et lui-même sortait souvent dans la campagne pour se rendre compte des choses et régler les différends, afin qu'on n'eût pas à négliger les champs pour venir à la ville. C'est dans une de ces tournées qu'il arriva à Pisistrate cette aventure bien connue: il vit, dans la région de l'Hymette, un paysan qui cultivait le champ appelé depuis le Champ-Franc. Le bonhomme ne remuait que des cailloux, et Pisistrate, surpris, fit demander par son esclave ce qu'on retirait du champ: « Dieu que maux et peines, répondit le paysan, et encore, faut-il que Pisistrate en prélève la dîme. » II avait répondu sans connaître Pisistrate, mais celui-ci, charmé de cette franchise en même temps que de cette ardeur au travail, l'exempta de tout impôt.
Pas une des mesures de son gouvernement ne fut vexatoire pour le peuple. Il prépara toujours la paix et sut maintenir le calme à l'intérieur de la cité; de là l'expression proverbiale qu'on répéta souvent dans la suite: « Vivre sous la tyrannie de Pisistrate, c'était vivre du temps de Cronos. » Ce n'est en effet que plus tard et par les excès de ses fils, que la tyrannie devint de jour en jour plus dure. Ce qu'on louait le plus en lui, c'étaient ses manières, qui dénotaient un ami du peuple, et sa bienveillance. D'ailleurs, en toute son administration, il se conforma aux lois, sans s'arroger aucune prérogative: appelé un jour à comparaître devant l'Aréopage comme prévenu de meurtre, il se présenta lui-même en homme prêt à se défendre; ce fut l'accusateur, effrayé, qui fit défaut. Voilà pourquoi sa tyrannie dura longtemps et pourquoi, après chacune de ses chutes, il n'eut pas de peine à ressaisir le pouvoir. Il avait en effet pour lui le bon vouloir de la plupart des nobles: et des gens du parti populaire: également bien disposé pour les uns et pour les autres, il gagnait les uns par ses relations d'amitié, les autres par des services personnels. Les lois des Athéniens sur la tyrannie (?) étaient alors peu sévères, celle surtout qui visait les entreprises des tyrans et dont voici le texte: Les lois athéniennes établies par nos pères portent que: quiconque aspire à la tyrannie ou forme un complot pour l'établir, sera frappé d'atimie clans sa personne et dans sa race.
CHAPITRE XVII: PISISTRATE (FIN) - Mort de Pisistrate. - Ses fils.
Pisistrate vieillit dans l'exercice du pouvoir et mourut de maladie sous l'archontat de Philonéos (527 a. C. n.). Depuis qu'il avait établi pour la première fois sa tyrannie, il avait vécu trente-trois ans: il en avait passé dix-neuf au pouvoir et le reste en exil. Aussi est-il manifestement déraisonnable de dire que Pisistrate fut aimé par Solon et qu'il commandait dans la guerre engagée contre les Mégariens au sujet de Salamine. L'âge de l'un et de l'autre rend cette assertion inadmissible on n'a qu'à rapprocher l'époque de leur vie et la date de leur mort.
Après la mort de Pisistrate, ses fils prirent le pouvoir et continuèrent à l'exercer de la même manière. De son union légitime avec une femme d'Athènes, Pisistrate avait eu deux fils, Hippias et Hipparque; d'une femme d'Argos, il en avait eu deux autres, Iophon et Hégésistratos. Ce dernier était surnommé Thettalos. Pisistrate avait en effet épousé une femme d'Argos, la fille d'un citoyen de cette ville nommé Gorgilos: elle s'appelait Timonassa et avait été la femme d'Archinos d'Ambracie, de la famille des Kypsélides. De ce second mariage de Pisistrate était résultée une alliance avec les Argiens: mille d'entre eux, qu'avait amenés Hégésistratos, prirent part à la bataille livrée près du temple de Palléné. Le mariage avait été contracté, selon les uns, pendant le premier exil de Pisistrate; selon les autres, pendant qu'il était au pouvoir.
CHAPITRE XVIII: LES PISISTRATIDES - Complot d'Harmodios et d'Aristogiton.
Le pouvoir revint, par droit de naissance et d'aînesse, à Hipparque et à Hippias. Hippias, l'aîné, ayant naturellement le goût des affaires publiques, et d'un caractère sérieux, prit en main le gouvernement. Hipparque était d'un caractère jeune, amoureux, ami des muses; ce fut lui qui appela à Athènes Anacréon, Simonide, et les autres poètes; Thettalos, beaucoup plus jeune, avait une conduite hardie et violente. C'est lui qui fut l'origine de tous leurs malheurs.
Il s'éprit d'Harmodios, et ne fut point payé de retour. Au lieu de contenir sa nature violente, il laissa paraître son ressentiment, surtout dans cette dernière occasion. La soeur d'Harmodios devait être canéphore aux Panathénées: il l'en empêcha, en traitant outrageusement Harmodios de débauché. Exaspérés, Harmodios et Aristogiton s'unirent avec un grand nombre de citoyens pour tenter ce que l'on sait. Le jour de la fête venu, ils épiaient, à l'Acropole, Hippias qui s'apprêtait à recevoir la procession qu'Hipparque ordonnait dans la cité, quand ils virent un de leurs complices s'entretenir familièrement avec Hippias: se croyant trahis, et voulant frapper au moins un coup avant d'être pris, ils s'élancèrent seuls tous les deux, trop tôt, rencontrèrent Hipparque près du Léocoreion, où il organisait la procession, et le tuèrent. Ainsi, par leur faute, échoua toute l'entreprise. Harmodios périt aussitôt, tué par les gardes; Aristogiton, pris seulement plus tard, subit avant de mourir une longue torture. Au milieu des tourments, il accusa beaucoup d'hommes de naissance illustre, et amis des tyrans. Ceux-ci ne purent sur le moment saisir aucune trace du complot; et il est faux que - comme on l'a dit - Hippias ait fait enlever leurs armes aux gens de la procession, et ainsi pris sur le fait ceux qui portaient des poignards, car alors la procession ne se faisait pas en armes: c'est plus tard que cet usage fut établi par la démocratie. Pour Harmodios, disent les partisans de la démocratie, s'il accusait ainsi les amis des tyrans, c'était à dessein, pour faire commettre à ceux-ci une impiété et les affaiblir par l'exécution d'innocents qui étaient leurs amis: selon d'autres, il n'inventait rien, et dénonçait réellement ses complices. A la fin, comme tous ses efforts ne pouvaient lui procurer la mort, il annonça qu'il allait dénoncer encore beaucoup d'autres complices, et persuada à Hippias de lui donner la main eu signe de sa foi. Quand il la tint, il insulta le tyran, qui donnait la main au meurtrier de son frère, et l'exaspéra au point que, de colère, celui-ci ne se contint plus, tira son épée et le tua.
CHAPITRE XIX: LES PISISTRATIDES (FIN) - Tyrannie d'Hippias. Sa chute.
Dès lors sa tyrannie devint de plus en plus dure. Pour venger son frère il mit à mort nombre de citoyens, en chassa beaucoup d'autres: tous le prirent en défiance et en haine. (511 a. C. n.) Trois ans après le meurtre d'Hipparque, ne se sentant plus en sûreté dans la ville, il entreprit de fortifier Munichie, où il comptait s'établir. Les travaux étaient commencés quand il fut chassé par Cléomène, roi de Sparte. Les oracles avaient toujours dit qu'il appartiendrait aux Lacédémoniens de renverser la tyrannie, et voici comment: les proscrits, à la tête desquels étaient les Alcméonides, ne pouvaient point, avec leurs seules forces, parvenir à rentrer; ils échouaient toujours. Toutes leurs tentatives avaient été vaines: ils avaient par exemple fortifié Leipsydrion, au-delà du Parnés, et quelques Athéniens étaient venus de la ville s'y joindre à eux. Mais les tyrans les y assiégèrent et les en délogèrent, et c'est en souvenir de cet échec que longtemps après on chantait encore dans les scolies: Maudit Leipsydrion, traître aux amis ! Quels hommes tu as fait périr, braves au combat, et de noble race, qui prouvèrent alors de quels pères ils étaient les fils!
C'est après avoir échoué dans tous leurs desseins qu'ils passèrent marché pour la reconstruction du temple de Delphes; ce qui leur permit, avec les grandes richesses dont ils disposaient, de s'assurer l'alliance de Sparte. Toutes les fois en effet qu'un Lacédémonien venait consulter l'oracle, la Pythie lui enjoignait de délivrer Athènes; elle finit par décider les Spartiates, en dépit des liens d'hospitalité qui les unissaient aux Pisistratides. Aussi bien les relations d'amitié des Pisistratides avec les Argiens ne contribuèrent pas peu à pousser les Lacédémoniens. Ils envoyèrent donc, par mer, une première armée commandée par Anchimolos; mais le Thessalien Kinéas vint avec mille cavaliers au secours des Pisistratides, et Anchimolos fut vaincu et tué. Irrités de cet échec, les Lacédémoniens envoyèrent le roi Cléomène avec une armée plus forte, et par terre. Les cavaliers thessaliens s'opposèrent en vain à l'entrée de ses troupes en Attique: Cléomène les défit, enferma Hippias dans l'enceinte appelée Pélargicon, et l'y assiégea avec l'aide des Athéniens. Cléomène était encore là quand les fils des Pisistratides, qui cherchaient à s'enfuir, furent faits prisonniers. Les tyrans traitèrent aussitôt à la condition que leurs enfants auraient la vie sauve. Ils prirent cinq jours pour enlever tout ce qui leur appartenait, puis ils livrèrent l'Acropole aux Athéniens, sous l'archontat d'Harpagidès (511 a. C. n.). Il y avait juste dix-sept ans, depuis la mort de leur père, qu'ils exerçaient la tyrannie; en tout, c'est-à-dire en comptant les années de Pisistrate, la tyrannie avait duré quarante-neuf ans.
CHAPITRE XX: État des partis après l'expulsion des tyrans.
Aussitôt après le renversement de la tyrannie, éclata la rivalité d'Isagoras, fils de Teisandros et ami des tyrans, et de Clisthène, de la famille des Alcméonides. Impuissant contre les associations politiques, celui-ci se concilia le peuple, en s'efforçant de donner le gouvernement au plus grand nombre, et son influence l'emporta sur celle de son rival. Alors Isagoras appela de nouveau Cléomène, qui avait avec lui des relations: d'hospitalité, et lui persuada de chasser la souillure; on croyait encore que les Alcméonides en étaient entachés. Clisthène se déroba par la fuite, suivi d'un petit nombre d'hommes, et Cléomène exila sept cents familles athéniennes. Il essaya alors de dissoudre le Conseil et de donner le pouvoir à Isagoras et à trois cents de ses amis. Mais le Conseil résista, le peuple rassembla, ses forces, et Cléomène, Isagoras et leurs partisans durent se réfugier dans l'Acropole. Le peuple l'investit et l'assiégea deux jours durant: le troisième il laissa sortir, en vertu d'une trêve, Cléomène et tous ses partisans; en même temps il rappela Clisthène et les proscrits.
Quand le peuple eut ainsi repris le pouvoir, il se laissa diriger par Clisthène, digne chef du parti populaire: en effet, c'était surtout aux Alcméonides qu'on devait l'expulsion des tyrans, et ils avaient constamment entretenu les troubles. Déjà, avant les Alcméonides, Kédon avait fait une tentative contre les tyrans: aussi chantait-on en son honneur dans les chansons à boire:Verse aussi en l'honneur de Kédon, esclave, et garde-toi de l'oublier, si lu dois verser une rasade en l'honneur de tous les braves.
CHAPITRE XXI: V. - ÉPOQUE DE CLISTHÈNE - Développement des institutions démocratiques de Solon. Tribus et dèmes.
C'est pour ces raisons que le peuple accorda sa confiance à Clisthène. Ayant pris la tête du parti populaire, Clisthène fit ses réformes sous l'archontat d'Isagoras, trois ans après le renversement des tyrans (508 a. C. n.). Il commença par répartir les Athéniens dans dix tribus. Jusque-là, il n'y en avait eu que quatre; mais Clisthène voulait mêler davantage les citoyens les uns aux autres et faire participer un plus grand nombre d'hommes à la vie politique. De là cette phrase qu'on adressa dans la suite à ceux qui voulaient réviser les listes des membres des familles: Ne vous occupez pas des tribus ! Il porta le nombre des Conseillers de quatre cents à cinq cents, cinquante par tribu. Auparavant chaque tribu fournissait cent Conseillers. S'il ne répartit pas les citoyens en douze tribus, c'était pour ne pas retomber dans les divisions déjà existantes des trittyes (les quatre tribus étaient en effet divisées en douze trittyes): le peuple ne s'y serait pas suffisamment confondu.
Le sol, qu'il divisa par dèmes, fut distribué en trente parties, dix dans les environs de la ville, dix dans la paralie et dix dans la mésogée; et ces parties, qu'il appela trittyes, furent assignées par le sort aux dix tribus, à raison de trois par tribu, si bien que chacune des tribus tenait à toutes les contrées de l'Attique. Les habitants de chaque dème formèrent entre eux un groupe de démotes, et pour que l'appellation patronymique ne pût trahir les nouveaux citoyens, on ne se servit plus, pour désigner les citoyens, que du nom du dème: l'usage du démotique à Athènes date de cette époque. Clisthène attribua aux démarques les mêmes fonctions qu'exerçaient autre fois les naucrares: les dèmes remplacèrent en effet les naucraries. Pour les noms des dèmes, il les emprunta soit aux lieux qu'ils occupaient, soit aux personnes qui avaient fondé le bourg: car nombre de lieux n'avaient pas de nom.
Quant aux familles, aux phratries et aux sacerdoces, il les laissa tous subsister, respectant la tradition. Les dix tribus reçurent les noms de dix éponymes, que la Pythie désigna parmi les cent héros choisis à l'avance.
CHAPITRE XXII: CLISTHENE (Fin) - Caractère démocratique des réformes de Clisthène. L'Ostracisme.
Après ces réformes la constitution fut beaucoup plus démocratique que celle de Solon. Il se trouvait en effet que les tyrans, en ne les appliquant pas, avaient comme abrogé les lois de Solon et que Clisthène en avait établi de nouvelles, où il se montrait préoccupé de gagner la foule: du nombre était la loi sur l'ostracisme. (504 a. C. n) D'abord, quatre ans (?) après que ces lois eurent été instituées, sous l'archontat d'Hermocréon (501 a. C. n.), fut imposé au Conseil des Cinq-Cents le serment qu'il prête encore aujourd'hui. Ensuite on élut les stratèges par tribus, un par tribu; le polémarque avait encore le commandement de toute l'armée.
Onze ans après les Athéniens furent vainqueurs à Marathon, sous l'archontat de Phaenippos (490 a. C. n.). Le peuple, que cette victoire avait enhardi, laissa pourtant passer deux années encore avant d'appliquer pour la première fois la loi sur l'ostracisme (488 a. C. n.). Elle s avait été portée par défiance contre les chefs de parti trop puissants: on se souvenait que Pisistrate était chef du peuple et à la tète de l'armée, quand il avait établi sa tyrannie. C'est un de ses parents qui fut le premier frappé, Hipparque, fils de Charmos, de Collytos: Clisthène l'avait surtout visé en instituant cette loi et voulait le proscrire. Les Athéniens, en effet, avec la douceur de leur caractère, avaient laissé les amis des tyrans vivre tranquillement dans la ville, ceux du moins qui, lors des troubles, n'avaient pas participé a leurs excès: ils avaient à leur tête et pour chef Hipparque.
L'année suivante (487 a. C. n.), sous l'archontat de neuf, les neuf archontes furent tirés au sort, par tribu, parmi les citoyens de la classe des pentacosiomédimnes, que le peuple avait préalablement désignés. C'était la première fois depuis la tyrannie: jusque-là tous les archontes avaient été élus. La même année, Mégaclès, fils d'Hippocratès, d'Alopéké, fut frappé d'ostracisme. On frappa, trois années encore, les seuls amis des tyrans, contre lesquels la loi avait été dirigée; la quatrième année (485 a. C. n.), on commença à exiler tout citoyen des autres partis, qui paraissait trop puissant. Le premier frappé, en dehors du parti des tyrans, fut Xanthippos, fils d'Ariphron.
Deux ans après, sous l'archontat de Nicomédès (483 a. C. n.), les mines de Maronéia furent découvertes, et l'exploitation eut bientôt rapporté cent talents à l'État. Quelques-uns proposaient de distribuer cet argent au peuple; Thémistocle s'y opposa, et, sans dire l'emploi qu'il comptait faire de cette somme, il conseilla de la prêter aux cent plus riches Athéniens, à raison d'un talent à chacun. Si le peuple approuvait l'emploi, la dépense serait portée au compte de la ville; sinon les emprunteurs devraient restituer l'argent. A ces conditions, il obtint de dis-poser de la somme, et fit construire une trière à chacun des cent: c'est avec cette flotte que les Athéniens combattirent les Barbares à Salamine. Vers le même temps, Aristide, fils de Lysimaque, fut frappé d'ostracisme. Trois ans après, sous l'archontat d'Hypséchidès (481 a. C. n) et à l'occasion de l'expédition de Xerxès, tous ceux qui avaient été frappés d'ostracisme furent rappelés, et on établit, pour l'avenir, que tout citoyen frappé d'ostracisme devait habiter entre le promontoire Géraestos et le cap Skyllaeon, comme limites extrêmes, sous peine d'encourir la déchéance définitive de tous droits politiques.
CHAPITRE XXIII: VI. - ÉPOQUE DE L'ARÉOPAGE - Progrès et sagesse de la Démocratie athénienne. - Aristide et Thémistocle.
C'est ainsi qu'Athènes continuait de grandir, se développant peu à peu en même temps que la démocratie. Après les guerres Médiques, le Sénat de l'Aréopage reprit de l'influence et gouverna la ville, sans tenir le pouvoir d'aucun décret, mais parce qu'on lui devait la bataille de Salamine. Alors que les stratèges avaient désespéré de la république et fait proclamer que chacun pourvut à son salut, l'Aréopage trouva des fonds, fit distribuer huit drachmes à tous les combattants et les embarqua sur les vaisseaux. Aussi cédèrent-ils à son prestige, et le régime d'Athènes fut dans ce temps digne d'éloges. Car c'est alors que les Athéniens acquirent l'expérience de la guerre, que la ville sut gagner une grande gloire dans la Grèce, et qu'elle conquit l'hégémonie maritime, que dut lui céder Lacédémone.
Les chefs du peuple en ce temps étaient Aristide, fils de Lysimaque, et Thémistocle, fils de Néoclès, l'un dont la place était à la tète des affaires militaires, l'autre qui avait la réputation d'un très habile politique, et, par son équité, s'élevait au-dessus de ses contemporains. Aussi, l'un fut-il le général, l'autre le conseiller politique d'Athènes. Ensemble ils dirigèrent la reconstruction des murs, quoiqu'ils fussent divisés entre eux. Ce fut Aristide qui entreprit de détacher les Ioniens de l'alliance de Sparte, et il épia le moment où la conduite de Pausanias avait rendu les Lacédémoniens odieux. Ce fut encore lui qui imposa aux villes alliées les premiers tributs, deux ans après la bataille de Salamine, sous l'archontat de Timosthénès (478 a. C. n.); et il fit prêter aux Ioniens le serment que désormais amis et ennemis seraient communs, en foi de quoi on jeta dans la mer des masses de fer rougies.
CHAPITRE XXIV: L'ARÉOPAGE (FIN) - Aristide attire les Athéniens dans la ville. - Dureté de l'hégémonie athénienne.
Ensuite comme Athènes s'était enhardie et que de grandes richesses y affluaient, Aristide conseilla aux citoyens de se saisir de l'hégémonie, et de quitter la campagne pour venir habiter à la ville. Tous y auraient leur subsistance, les uns en faisant la guerre, les autres en gardant la ville, d'autres en prenant part à l'administration des affaires publiques: ainsi, ils tiendraient solidement l'hégémonie. On l'en crut, et, prenant en mains le pouvoir suprême, Athènes fit sentir à ses alliés une domination plus tyrannique, sauf à Chios, Lesbos et Samos, qu'elle considérait comme les gardiens de son empire; aussi laissa-t-elle intactes la constitution nationale de ces trois îles et l'autorité qu'elles avaient eue jusqu'alors sur leurs sujets.
En même temps, suivant la politique inaugurée par Aristide, ou assura à la multitude largement sa subsistance. Il arriva que par les contributions extraordinaires, par les droits et impôts, par les alliés, plus de vingt mille hommes étaient nourris. Il y avait en effet six mille juges, mille six cents archers et en outre douze cents cavaliers; le Conseil comptait cinq cents membres, les gardes des arsenaux étaient au nombre de cinq cents, et les gardes en ville au nombre de cinquante; environ sept cents hommes exerçaient des magistratures dans le pays; environ autant, en dehors du pays. Plus tard, quand Athènes eut entrepris la guerre, il y eut deux mille cinq cents hoplites, vingt vaisseaux croiseurs, d'autres vaisseaux pour la. perception des tributs ayant à bord les deux mille hommes désignés par le sort. Ajoutons le prytanée, les orphelins' les, geôliers. Tout ce monde tirait sa subsistance des revenus publics.
CHAPITRE XXV: VII. - ÉPOQUE D'ÉPHIALTE ET DE PÉRICLÈS - Ruine de l'Aréopage.
C'est donc ainsi qu'était assurée la subsistance du peuple. Pendant dix-sept ans après les guerres Médiques (479 - 462 a. C. n.), l'Aréopage conserva la direction suprême des affaires de la cité, quoique son autorité fût minée peu à peu. Mais, voyant le peuple croître en nombre et en force, Éphialte, fils de Sophonidès, et chef du parti démocratique, homme qui passait pour incorruptible et guidé dans sa politique par la justice, s'attaqua au Sénat. Il se débarrassa d'abord d'un grand nombre d'Aéropagites, au moyen d'accusations intentées contre leur administration; ensuite, sous l'archontat de Conon, (462 a. C. n.) il enleva au Sénat toutes les attributions qu'il avait ajoutées à ses attributions primitives, et qui lui assuraient la garde de la Constitution, pour les donner, les unes au Conseil des cinq cents, les autres au peuple et aux tribunaux. Dans cette entreprise, il eut le concours de Thémistocle, qui faisait bien partie de l'Aréopage, mais était sous le coup d'une accusation de rnédisme. Thémistocle, ayant résolu de renverser le Sénat dit à Éphialte que ce corps allait le faire arrêter, et à l'Aréopage qu'il lui montrerait des citoyens conjurés pour le renversement de la Constitution. Il emmena donc les commissaires de l'Aréopage au lieu où se trouvait Éphialte, pour leur montrer cette réunion, et il se mit à leur parler avec animation. Éphialte, à cette vue, frappé d'effroi, s'assit, vêtu d'un simple chiton, sur l'autel. Tous s'étonnèrent de cet événement. Après quoi, dans une réunion du Conseil des cinq cents, Éphialte et Thémistocle accusèrent l'Aréopage, et firent de même ensuite devant le peuple, jusqu'à ce qu'ils l'eussent dépouillé de son influence. Éphialte disparut peu après, assassiné par Aristodicos de Tanagra. C'est ainsi que la garde de la Constitution fut enlevée au Sénat de l'Aréopage.
CHAPITRE XXVI: ÉPHIALTE ET PÉRICLÈS (SUITE) - Affaiblissement des partis modérés. - Les zeugites admis à l'archontat. Les Juges des dèmes. - Le Droit de cité.
Il s'ensuivit un certain relâchement dans la pratique des institutions, par le fait de l'ardeur des démagogues. Le hasard voulut, en effet, qu'à la même époque les modérés n'eussent pas de chef véritable: Cimon, fils de Miltiade, qui était à leur tête, était trop jeune et n'avait commencé que tard à s'occuper de politique. De plus, les guerres enlevaient au peuple ses meilleurs citoyens: comme ceux-là seulement prenaient alors part aux expéditions, qui étaient inscrits sur les rôles, et comme les stratèges placés à leur tête n'avaient ni expérience de la guerre, ni d'autre titre que la gloire de leurs ancêtres, chaque expédition coûtait de deux à trois mille hommes, si bien que les modérés des deux partis, du parti populaire et du parti des riches, s'épuisaient à la guerre.
Pour le reste, bien que, dans la pratique du régime politique, on n'observât pas les lois avec autant de respect que par le passé, on n'avait pourtant pas touché à l'élection des neuf archontes: ce n'est que cinq ans après la mort d'Éphialte que l'on décida que les zeugites, eux aussi, pourraient être désignés par une élection préalable pour tirer au sort les charges des neuf archontes. Le premier zeugite qui fut archonte fut Mnésitheidès (457 a. C. n.).
Jusqu'alors, tous les archontes avaient été pris parmi les pentacosiomédimnes et les cavaliers: les zeugites ne remplissaient que les charges inférieures, à moins que quelque infraction aux lois ne fût commise par les dèmes.
Quatre ans après, sous l'archontat de Lysicratès (453 a. C. n.) on institua de nouveau les trente juges, appelés juges des dèmes, et deux ans plus tard, sous l'archontat d'Antidotos (451 a. C. n.), en considération du nombre croissant des citoyens et sur la proposition de Périclès, il fut décidé que,nul ne jouira des droits politiques, s'il n'est pas né de père et de mère athéniens.
CHAPITRE XXVII: PÉRICLÈS (FIN) - La guerre du Péloponnèse et l'hégémonie maritime. Le salaire des tribunaux.
Périclès prit ensuite la direction du parti populaire. Il s'était déjà rendu célèbre en attaquant, jeune encore, Cimon, alors que celui-ci rendait ses comptes au sortir de sa stratégie. Avec lui la constitution devint encore plus démocratique. Il enleva au Sénat de l'Aréopage quelques-unes des attributions qui lui restaient et surtout il tourna l'ambition d'Athènes vers l'empire maritime, si bien que la multitude enhardie tira de plus en plus à elle tout le gouvernement. (432 a. C. n.). Quarante-huit ans après la bataille de Salamine, sous l'archontat de Pythodoros, éclata la guerre du Péloponnèse, durant laquelle le peuple, enfermé dans la ville et s'habituant au salaire qui lui était fourni pour chaque expédition, se décida, bon gré, mal gré, à diriger lui-même les affaires publiques.
Périclès est aussi le premier qui établit le salaire des tribunaux, mesure populaire prise contre l'opulence de Cimon. Celui-ci, qui avait une vraie fortune de tyran, ne se contentait pas de s'acquitter avec magnificence des services publics dont il était chargé, mais il nourrissait encore bon nombre de ses démotes. Chaque jour, en effet, tout Lakiade n'avait qu'à se présenter chez lui pour être assuré de sa subsistance. Bien plus, aucun de ses domaines n'était clos de murs, et y entrait qui voulait, pour prendre sa part des fruits. La fortune de Périclès ne lui permettait pas de rivaliser avec un si grand seigneur, et il suivit le conseil de Damonidès d'Oié (le même qui, semble-t-il, lui inspira la plupart de ses mesures, et fut plus tard, pour cette raison, frappé d'ostracisme). "Puisque Périclès, disait Damonidès, n'avait pas assez de sa fortune à lui, il devait donner au peuple l'argent du peuple. " C'est ainsi que Périclès établit le salaire des juges. On lui a reproché cette mesure comme funeste: dans la suite, en effet, les premiers venus mirent plus d'empressement à se présenter aux urnes que les modérés. Alors s'introduisit la corruption dont Anytos donna le premier l'exemple après sa stratégie de Pylos: accusé d'avoir perdit Pylos, il se fit acquitter en corrompant le tribunal.
CHAPITRE XXVIII: Athènes après Périclès. - Décadence de la Démocratie athénienne. Énumération et jugement des chefs de parti à Athènes.
Tant que Périclès fut à la tête du parti populaire, le régime politique fut meilleur; après sa mort, le mal empira beaucoup. (429 a. C. n.) Pour la première fois, le peuple prit pour chef un homme qui n'avait pas l'estime du parti modéré: jusque-là, c'étaient toujours des modérés qui avaient été à la tête du peuple. Car, au début, le premier chef du peuple fut Solon; vint ensuite Pisistrate. Après la chute de la tyrannie, ce fut Clisthène, de la famille des Alcméonides: l'autre parti ne lui opposa point d'adversaire après la chute d'Isagoras. Ensuite le parti démocratique eut pour chef Xanthippos, l'aristocratie Miltiade; après eux vinrent Thémistocle et Aristide; puis Éphialte à la tête du peuple et Cimon, fils de Miltiade, à la tête des riches; ils eurent pour successeurs dans le parti démocratique Miltiade, dans l'autre Thucydide, allié de Cimon.
Après la mort de Périclès, la direction de l'aristocratie passa à Nicias, celui qui mourut en Sicile; celle du peuple à Cléon, fils de Clémnétos, qui semble vraiment avoir perdu le peuple par ses violences: le premier il se mit à pousser des cris à la tribune, et à lancer des injures; au lieu de garder, comme les autres, une tenue décente, on le vit parler en retroussant son chiton. Après eux, tandis que l'autre parti obéissait à Théramène, fils d'Hagnon, celui du peuple eut pour chef Cléophon le luthier, celui qui, le premier, assura au peuple la diobélie.
La distribution du diobole eut lieu pendant quelque temps, puis elle fut supprimée par Callicratès de Paeania, qui avait d'abord promis de l'augmenter d'une obole. Cléophon et Callicratès furent plus tard condamnés à mort. Le peuple, en effet, quand il s'est laissé entraîner à une erreur, se prend d'ordinaire à haïr ceux qui l'ont poussé au mal. A partir de Cléophon, se succédèrent à la tête du peuple les démagogues les plus audacieux et les plus empressés à gagner la faveur de la multitude, sans voir plus loin que l'intérêt présent.
A mon avis, les meilleurs hommes d'État qu'ait eus Athènes, après les anciens, sont Nicias, Thucydide et Théramène. Pour Nicias et Thucydide, il y a presque unanimité à les considérer, non seulement comme d'honnêtes gens, mais encore comme des hommes d'État fidèles aux traditions qu'ils tenaient de leurs pères et ayant bien mérité de la cité. Pour Théramène, le jugement est plus contesté, parce qu'il a vécu sous des régimes pleins de troubles. Il semble pourtant, à un examen attentif, que loin d'avoir, comme on le lui reproche injustement, détruit tous les régimes, il les ait bien plutôt tous soutenus tant qu'ils ne commettaient pas d'illégalité, montrant qu'a cette condition il pouvait - ce qui est le rôle d'un bon citoyen - les servir tous; au contraire, l'illégalité commise, ils ne rencontraient plus chez lui la soumission, mais bien la haine.
CHAPITRE XXIX: VIII. - ÉPOQUE DE QUATRE CENTS - Renversement de la Démocratie. - Le Comité de Salut public. Les Cinq Mille.
Tant que les chances de la guerre restèrent égales, les Athéniens conservèrent le régime démocratique; mais après le désastre de Sicile et quand l'alliance avec le grand roi eut donné l'avantage aux Lacédémoniens, on fut forcé de renverser le régime démocratique et d'établir le gouvernement des Quatre Cents: Pythodoros, fils d'Épizélos, fit la proposition et Mélobios prononça le discours avant le vote du décret, mais ce qui décida surtout la multitude. ce fut la pensée que le grand roi se porterait bien plus volontiers du côté des Athéniens, s'ils établissaient un gouvernement oligarchique. Voici le décret de Pythodoros:
Le peuple élira vingt autres commissaires, en outre des dix qui sont déjà en fonctions. II les choisira parmi les citoyens âgés de plus de quarante ans et leur fera prêter le serment de s'entendre pour le salut de la cité, et de rédiger la constitution qu'ils jugeront la meilleure. Il sera également permis à tout citoyen de faire des propositions par écrit, afin que les commissaires prennent les meilleures décisions possibles.
Amendement de Cleitophon: il en sera pour le reste comme l'a proposé Pythodoros, mais les commissaires désignés devront aussi rechercher, pour les examiner, les lois que Clisthène a établies pour nos ancêtres, quand il a fondé la démocratie, afin que, s'inspirant aussi de ces lois, ils fassent dans leurs délibérations en tout pour le mieux; - cela dans la pensée que la constitution de Clisthène n'était pas une constitution absolument démocratique, mais celle qui se rapprochait le plus de la constitution de Solon.
Les commissaires décidèrent tout d'abord que les prytanes seraient tenus de mettre aux voix toutes les propositions faites en vue du salut public; puis ils supprimèrent toutes les accusations d'illégalité, de haute trahison et les citations, afin que tous les Athéniens de bonne volonté pussent prendre part aux délibérations: quiconque frapperait un orateur d'une amende ou le citerait en justice ou le ferait comparaître devant un tribunal, serait poursuivi par voie de délation sommaire, saisi et trainé devant les stratèges: ceux-ci remettraient le coupable aux Onze, qui le puniraient de mort.
Après avoir pris ces mesures, ils établirent la constitution que voici: Défense d'employer les revenus de la cité à d'autres dépenses qu'à celles de la guerre. Tant que la guerre durera, les magistrats ne toucheront aucun salaire, excepté les neuf archontes et les prytanes qui se succéderont à la présidence: ceux-ci toucheront chacun trois oboles par jour. Pour les droits politiques, en jouiront tous les Athéniens qui seront le mieux en état de servir la cité, de leur personne et de leur argent, et leur nombre ne sera pas inférieur à cinq mille, au moins tant que durera la guerre. Les Cinq Mille-auront, entre autres droits, celui de conclure des traités avec qui ils voudront. On élira dans chaque tribu dix hommes âgés de plus de quarante ans, qui dresseront la liste des Cinq Mille, après avoir prêté serment sur les chairs d'une victime parfaite.
CHAPITRE XXX: LES QUATRE CENTS (SUITE) - Les Cent commissaires. Leur constitution. Rôle du Conseil.
Telles furent les propositions que rédigèrent les commissaires. Après qu'elles eurent été approuvées, les Cinq Mille choisirent dans leur sein une commission de cent citoyens pour rédiger une constitution. Voici ce qu'ils proposèrent: Le Conseil sera composé chaque année des citoyens âgés de plus de trente ans, et ils ne recevront aucun salaire; dans son sein seront pris les stratèges, les neuf archontes, le hieromnémon, les taxiarques, les hipparques, les phylarques, le commandants des places fortes, les trésoriers des richesses sacrées d'Athéna et des autres dieux, au nombre de dix, les hellénotamiai, les vingt autres trésoriers qui seront chargés de l'administration des autres richesses de l'État, les dix sacrificateurs et les dix épimélètes.
Tous ces magistrats seront élus parmi les élus d'un premier degré, pris eux-mêmes parmi les membres du Conseil en fonctions, et ce premier vote aura dû désigner un nombre de candidats supérieur au nombre des charges à remplir.
Tous les autres magistrats seront désignés par le sort et pris en dehors du Conseil.
Ceux des Hellénotamiai qui administreront les finances, ne seront pas admis aux séances du Conseil.
A l'avenir, le Conseil sera composé de quatre sections, formées des citoyens ayant atteint l'âge indiqué plus haut, et le sort désignera celle des sections qui sera en charge; mais les autres citoyens devront être répartis dans l'une ou l'autre des sections. Les Cent seront chargés de la répartition: ils distribueront les citoyens, eux-mêmes compris, dans les quatre sections, le plus également qu'ils pourront; ils seront encore chargés de tirer au sort l'ordre dans lequel se succéderont les sections.
Dans l'année qu'il restera en charge, le Conseil prendra au sujet de toute chose les meilleures mesures qu'il pourra: il veillera notamment à ce que les revenus restent intacts et ne servent à couvrir que des dépenses nécessaires. Le jour où la section voudra un plus grand nombre d'avis, chaque Conseiller sera libre d'introduire un Conseiller supplémentaire, pourvu que celui-ci remplisse les mêmes conditions d'âge que lui.
Le Conseil tiendra séance tous les cinq jours, à moins qu'on n'ait besoin de le réunir plus souvent. Le Conseil tirera au sort les neuf archontes. Cinq Conseillers désignés par le sort jugeront des votes à main levée. Entre ces cinq personnages le sort désignera chaque jour celui qui devra mettre tes questions aux voix. Les cinq tireront également au sort l'ordre que suivront ceux qui veulent s'adresser au Conseil; l'ordre des matières sera le suivant: en premier lieu, les choses sacrées; deuxièmement, les communications des hérauts; troisièmement, les ambassades; quatrièmement, toutes les autres questions. Quant aux affaires militaires, ce sera aux stratèges de les porter à l'ordre du jour, toutes les fois qu'il le faudra, sans qu'ils aient à se soumettre au tirage au sort. Le Conseiller qui ne se rendra, pas au palais du Conseil à l'heure fixée paiera une drachme par jour d'absence, à moins qu'il n'ait obtenu du Conseil un congé.
CHAPITRE XXXI: LES QUATRE CENTS (SUITE) - Constitution provisoire.
Telle est donc la constitution que les Cent rédigèrent pour l'avenir. Voici celle qui devait être immédiatement mise en vigueur: Le Conseil sera formé de quatre cents membres, selon la règle établie par nos pères, quarante de chaque tribu, après un choix préalable fait par les gens de la tribu parmi les citoyens âgés de plus de trente ans.
Les Quatre Cents désigneront les magistrats:et rédigeront la formule du serment qu'ils doivent prêter.
Ils veilleront au maintien des lois, à la reddition des comptes et agiront, en toute chose, selon ce qu'ils jugeront utile. Pour tes lois politiques, ils se conformeront à celles que l'on portera, et ne pourront ni les changer, ni en établir de nouvelles.
Pour cette fois les stratèges sont élus dans le corps tout entier des Cinq Mille; mais, après qu'il aura été constitué et qu'il aura passé la revue des troupes, c'est le Conseil qui élira dix citoyens et le greffier qui les assistera. Les dix citoyens ainsi désignés auront pleins pouvoirs pour l'année qui finit, et prendront part, quand ils le jugeront nécessaire, aux délibérations du Conseil. L'élection de l'hipparque et des dix phylarques aura lieu [de la même manière]. A l'avenir l'élection de ces officiers sera réservée au Conseil, selon ce qui a été décidé.
Pour toutes les magistratures, à l'exception des charges de Conseiller et de stratège, nul ne pourra les remplir plus d'une fois, ni les titulaires élus présentement, ni personne autre. [Désormais, quand on répartira de nouveau les Quatre Cents en quatre sections, les Cent veilleront à les répartir de telle sorte que les mêmes Conseillers siègent avec d'autres collègues].
CHAPITRE XXXII: LES QUATRE CENTS (SUITE) - Gouvernement des Quatre Cents. - Négociations avec Sparte.
Voilà donc la constitution que rédigèrent les cent commissaires élus par les Cinq Mille. Le peuple la ratifia, sous la présidence d'Aristomachos, et l'ancien Conseil, celui de l'année de Callias, fut dissous avant d'avoir achevé son année, (412 a. C. n.) le 14 Thargélion. Le 22 du même mois, les Quatre Cents entrèrent en fonctions (juin 411): d'après l'ancienne constitution, le Conseil tiré au sort n'aurait dû entrer en charge que le 14 Skirophorion (Juillet 411). Ainsi fut établi le régime oligarchique, sous l'archontat de Callias, cent ans après l'expulsion des tyrans, et sur l'initiative surtout d'Antiphon et de Théramène, hommes de haute naissance, et qui passaient pour supérieurs aussi par l'intelligence et le jugement.
Une fois ce régime établi, on ne choisit les Cinq Mille que pour la forme: de fait, les Quatre Cents s'installèrent, avec les dix stratèges, munis de pleins pouvoirs, dans le Palais du Conseil et gouvernèrent la cité. Ils envoyèrent des députés à Lacédémone pour proposer de terminer la guerre, à la condition que des deux côtés on garderait ses positions; mais Sparte ne voulut rien entendre, si les Athéniens ne renonçaient aussi à l'empire de la mer, et ils rompirent les négociations.
CHAPITRE XXXIII: IXème ÉPOQUE. - RESTAURATION DE LA DÉMOCRATIE - Renversement de l'oligarchie. - Démocratie modérée. Les Cinq Mille.
Le gouvernement des Quatre Cents dura ainsi près de quatre mois, et Mnésilochos, l'un d'eux, fut archonte pendant deux mois de l'année de Théopompos (411 a. C. n.), qui exerça la charge durant les dix autres mois. Mais après la défaite navale d'Érétrie et la défection de l'Eubée entière, à l'exception d'Oréos, les Athéniens, souffrant de ce dernier désastre plus que de tous les précédents (car ils tiraient bien plutôt leur subsistance de l'Eubée que de l'Attique), renversèrent les Quatre Cents et remirent les affaires aux Cinq Mille; c'étaient ceux qui pouvaient s'équiper eux-mêmes. En même temps ils décrétèrent la suppression du salaire pour toutes les charges.
Les principaux auteurs de ce renversement furent Aristocratès et Théramène, qui n'approuvaient pas les actes des Quatre Cents; car ceux-ci agissaient en tout de leur propre autorité, sans référer de rien aux Cinq Mille. Sous les Cinq Mille la constitution d'Athènes mérite des éloges: car on était en guerre, et c'était aux citoyens capables de s'armer eux-mêmes qu'appartenaient les droits politiques.
CHAPITRE XXXIV: X. - ÉPOQUE DES TRENTE TYRANS ET DES DIX - Retour à la démagogie. Aegos-Potamos. Les partis à Athènes. Les Trente.
Le peuple leur enleva bien vite le pouvoir. Six ans après le renversement des Quatre Cents, sous l'archontat de Callias (406 a. C. n.) d'Anghélé, trompé par ses conseillers qui l'égarèrent, il commit la faute, après la bataille des Arginuses, de condamner par un seul vote les dix stratèges vainqueurs: il en était dans le nombre qui n'avaient pas même pris part à la bataille, et d'autres avaient dû se sauver sur des épaves de vaisseaux ennemis. Quand, à la suite de cette défaite, Sparte voulut évacuer Décélie et proposa la paix à condition que chaque puissance garderait ses positions, quelques citoyens s'entre-mirent avec ardeur, mais la multitude n'en voulut pas entendre parler.
Elle se laissa tromper par Cléophon, le véritable auteur du rejet de la paix: il parut à l'assemblée, ivre, affublé d'une cuirasse, et déclara qu'il ne consentirait point à la paix avant que les Lacédémoniens eussent rendu toutes les villes.
Ils n'avaient point su profiter de l'occasion, et bientôt reconnurent leur faute. L'année d'après, sous l'archontat d'Alexias, (405 a. C. n.) ils essuyèrent le désastre d'Aegos-Potamos, à la suite duquel Lysandre, devenu maître d'Athènes, établit le gouvernement des Trente de la façon suivante. La paix avait été conclue à la condition que les Athéniens garderaient les institutions politiques de leurs pères. Les partisans de la démocratie cherchaient à sauver le régime démocratique: parmi les aristocrates, ceux qui s'étaient organisés en associations, avec ceux des exilés que la paix avait ramenés à Athènes, désiraient l'oligarchie; les autres, - ceux qui, sans faire partie d'aucune association, ne s'estimaient inférieurs à aucun citoyen, - s'attachaient à la constitution de leurs pères. Parmi ces derniers étaient Archinos, Anytos, Cleitophon, Phormisios, et beaucoup d'autres: leur principal chef était Théramène. Mais Lysandre appuya les oligarques, et le peuple, effrayé fut contraint de voter le régime oligarchique. L'auteur du décret fut Dracontidès d'Aphidna.
CHAPITRE XXXV: LES TRENTE (SUITE) - Leur modération à l'origine, Leur cruauté.
Voilà comment fut établi le gouvernement des Trente sous l'archontat de Pythodoros (403 a. C. n.). Une fois maîtres de la ville, sans tenir compte de la décision prise au sujet des institutions politiques, ils recrutèrent un Conseil de cinq cents membres et les autres magistrats parmi les cinq mille citoyens désignés par l'élection. Ils s'adjoignirent ensuite dix archontes pour le Pirée, onze geôliers, et trois cents gardes armés de fouets: c'est avec cet appareil qu'ils maintinrent la cité dans leur pouvoir. Au début cependant ils tirent preuve de modération à l'égard des citoyens, et, affectant d'observer les traditions politiques des ancêtres, ils supprimèrent de l'Aréopage les lois d'Ephialte et d'Archestratos contre les Aréopagites; ils abolirent de même toutes celles des lois de Solon dont l'interprétation prêtait aux discussions, et enlevèrent ainsi aux juges le droit de trancher souverainement les contestations. En un mot, ils semblaient préoccupés de redresser la Constitution et d'en faire disparaître toutes les obscurités. Ainsi la loi qui autorisait tout Athénien à disposer de ses biens en faveur de qui il voulait, fut mise en vigueur sans aucune restriction; toutes les réserves, si pleines de difficultés: à moins qu'il ne jouisse pas de sa raison, ou qu'il soit affaibli par la vieillesse, ou qu'il agisse sous l'effet du poison ou de la maladie, ou sous l'influence d'une femme, furent supprimées, de manière à ne pas laisser prise aux sycophantes. Le même esprit les guida dans la révision des autres lois.
Telle fut donc leur conduite au début. Ils se débarrassèrent aussi des sycophantes et de ces orateurs intrigants et pervers qui ne parlaient au peuple que pour le flatter, l'entraînant hors du bon chemin. La cité se réjouissait de ces mesures, et l'on croyait qu'ils n'étaient animés que par le désir de bien faire. Mais quand ils sentirent leur pouvoir plus assuré dans la ville, ils n'eurent d'égard pour aucun citoyen et massacrèrent tous ceux que leur fortune, leur naissance on leurs titres mettaient en évidence, autant pour s'enlever tout sujet de crainte que pour mettre la main sur leurs biens. On compte qu'en peu de temps ils n'exécutèrent pas moins de quinze cents personnes.
CHAPITRE XXXVI: LES TRENTE (SUITE) - Vaines tentatives de Théramène auprès des Trente.
La cité allait ainsi s'affaiblissant, quand Théramène, indigné de la conduite des Trente, les engagea à cesser leurs violences et à admettre les meilleurs citoyens aux affaires. Les Trente refusèrent d'abord, mais quand cet entretien eut été répandu dans le peuple, qu'ils savaient bien disposé pour Théramène, ils craignirent qu'il ne devint le chef du parti démocratique et qu'il ne renversât leur pouvoir absolu: ils se mirent alors à dresser une liste de trois mille citoyens, auxquels seraient donnés les droits politiques.
Théramène les blâma encore de cette mesure: d'abord, voulant donner aux modérés une part du pouvoir, pourquoi n'appelaient-ils que trois mille hommes, comme si le nombre des gens de mérite se bornait à ce chiffre ? Puis, ils faisaient deux choses absolument opposées: ils établissaient une domination violente et pourtant hors d'état de se soutenir contre ceux qui y étaient soumis. Les Trente ne tinrent aucun compte de ces avis, mais pendant longtemps ils différèrent la confection de la liste et gardèrent par devers eux les noms de ceux qu'ils avaient décidé d'y admettre. Puis, toutes les fois qu'ils se décidaient à la publier, ils effaçaient les noms déjà inscrits et les remplaçaient par des noms nouveaux. Ils envoyèrent aussi des députés à Lacédémone pour accuser Théramène et demander du secours. Les Lacédémoniens accueillirent leur demande et expédièrent l'harmoste Callibios avec sept cents soldats qui, dès leur arrivée, occupèrent l'Acropole.
CHAPITRE XXXVII: LES TRENTE (SUITE) - Prise de Phylé par Thrasybule. - Mort de Théramène.
L'hiver était déjà commencé quand Thrasybule occupa Phylé avec les émigrés. Les Trente, ayant échoué dans l'expédition qu'ils conduisirent contre eux, résolurent d'enlever les armes à tous les citoyens et de perdre Théramène.
Voici comme ils s'y prirent. Ils présentèrent au Conseil deux lois qu'ils soumettaient à son approbation: l'une donnait aux Trente le droit absolu de mettre à mort ceux des citoyens qui ne seraient pas sur la liste des Trois Mille; l'autre refusait tous droits politiques dans la Constitution actuelle à tous ceux qui avaient détruit le mur d'Éétionéia ou fait acte quelconque d'opposition aux Quatre Cents, fondateurs de la première oligarchie. Or, Théramène avait fait l'un et l'autre, de sorte qu'une fois les deux lois ratifiées, il se trouva hors la cité et à la merci des Trente, qui avaient le droit de le faire périr.
Après la mort de Théramène, ils enlevèrent les armes à tous les citoyens, excepté aux Trois Mille, et, dans toute leur conduite, se laissèrent aller davantage à leur cruauté et à leurs pires instincts.
CHAPITRE XXXVIII: LES TRENTE (FIN) - Renversement des Trente. Les Dix. Négociations avec Sparte.
Sur ces entrefaites, les Athéniens de Phylé prirent Munichie et battirent l'armée de secours que les Trente avaient amenée. Rentrés à Athènes après avoir échappé au danger, les Athéniens de la ville se réunirent le lendemain à l'Agora, abolirent le gouvernement des Trente, et élurent un comité de dix citoyens munis de pleins pouvoirs pour terminer la guerre.
Mais les Dix, à peine installés, ne remplirent aucun des devoirs pour lesquels ils avaient été élus. Ils envoyèrent des députés à Lacédémone pour demander du secours et emprunter de l'argent. Comme leur conduite irritait les citoyens qui prenaient part aux affaires, les Dix craignirent d'être renversés, et, pour frapper d'épouvante la cité (ce qui eut lieu en effet), ils se saisirent de Démarétos, un des premiers citoyens, et le mirent à mort. Ils se maintinrent alors solidement au pouvoir avec le concours de Callibios et de la garnison Péloponnésienne, et en outre de quelques-uns des cavaliers. C'est à cette classe en effet qu'appartenaient ceux des citoyens qui s'opposaient le plus au retour des gens de Phylé.
Mais ceux-ci, maîtres du Pirée et de Munichie, virent tout le parti démocratique passer de leur côté, et furent vainqueurs dans la guerre: on renversa les dix commissaires précédemment élus, et on en nomma dix autres, choisis parmi les citoyens qui paraissaient les meilleurs. Sous leur gouvernement, grâce à leurs efforts et à leur zèle, eurent lieu l'accord des partis et le rétablissement de la démocratie. Leurs principaux chefs étaient Rhinon de Paeania et Phayllos d'Acherdonte: ce sont eux qui, avant l'arrivée de Pausanias, entrèrent en négociations avec les gens du Pirée, et, après son arrivée, s'entendirent avec lui pour hâter le retour des émigrés.
Le roi de Sparte, aidé des dix conciliateurs qui vinrent de Lacédémone après lui et à sa demande, conclut les négociations entamées en vue de la paix et de l'accord. Rhinon et ses collègues reçurent plus tard l'éloge public, en récompense des services qu'ils avaient rendus à la démocratie. Entrés en fonctions sous le régime oligarchique, ils rendirent leurs comptes sous la démocratie, sans que personne leur adressât de reproches, ni de ceux qui était restés à Athènes ni de ceux qui étaient revenus du Pirée. Aussi Rhinon fut-il aussitôt après élu stratège.
CHAPITRE XXXIX: XI° ÉPOQUE. - RESTAURATION DE LA DÉMOCRATIE - Accord entre les partisans des Trente et les démocrates.
L'accord eut lieu sous l'archontat d'Euclide (403 a. C. n.) et la convention suivante en régla les conditions:
Ceux des citoyens restés dans la ville, qui voudront la quitter, habiteront Éleusis. Ils conserveront tous leurs droits de citoyens, resteront maîtres absolus de tout ce qui leur appartient, et recueilleront les fruits de leurs biens.
Le temple d'Éleusis appartiendra en commun aux uns et aux autres: conformément à la tradition, les Kérykes et les Eumolpides seront chargés de l'administrer.
A l'époque des Mystères seulement, les Athéniens d'Éleusis pourront se rendre à la ville et ceux de la ville à Éleusis.
Les gens d'Éleusis contribueront de leurs revenus à la caisse des alliés comme les autres Athéniens.
Celui qui, ayant quitté la ville, voudra prendre maison à Éleusis, s'entendra avec le propriétaire; s'ils ne se mettent pas d'accord, ils choisiront chacun trois experts, et le propriétaire n'aura droit qu'à la somme que ceux-ci auront fixée. Nul Éleusinien ne pourra être locataire du nouveau propriétaire que s'il est agréé par les experts.
Seront tenus de se faire inscrire ceux qui veulent quitter la ville: s'ils sont restés à Athènes, dans le délai de dix jours à compter du jour où ils auront prêté serment , et le départ aura lieu dans les vingt jours; s'ils y sont rentrés, dans les mêmes délais, à compter du jour de leur retour.
L'Athénien établi à Éleusis ne pourra remplir aucune charge dans la ville, avant de s'être fait inscrire de nouveau comme habitant de la ville.
Les actions de meurtre sont maintenues comme dans le droit de nos pères, contre quiconque a tué ou blessé de sa propre main.
Pour ce qui concerne le passé , toutes les haines mutuelles devront être oubliées, excepté à l'égard des Trente, des Dix, des Onze et des magistrats du Pirée: encore l'exception ne sera-t-elle plus maintenue contre ces hommes, s'ils rendent leurs comptes. Les magistrats du Pirée rendront, leurs comptes devant les gens du Pirée, les magistrats d'Athènes devant les gens d'Athènes, et les juges fixeront l'amende. Après avoir ainsi réglé leur situation, ils pourront, s'ils le veulent, s'établir à Éleusis. Quant aux sommes qui ont été empruntées par les deux partis pour la guerre, l'un et l'autre devront les restituer séparément.
CHAPITRE XL: RESTAURATION DE LA DÉMOCRATIE (FIN) - Athènes après l'amnistie. Archinos. - Sagesse des Athéniens.
Cet accord une fois conclu, tous ceux qui avaient combattu du côté des Trente furent pris de peur. Nombre d'entre eux projetaient de quitter la ville, mais, comme il arrive toujours, remettaient leur déclaration aux derniers jours. Archinos, voyant combien ils étaient nombreux et voulant les retenir, supprima les derniers jours du délai fixé pour l'inscription, si bien que bon nombre furent forcés de rester malgré eux, jusqu'au jour où ils reprirent courage.
Archinos se conduisit ce jour-là en véritable homme d'État, comme bientôt après quand il accusa d'illégalité le décret de Thrasybule accordant le droit de cité à tous ceux qui étaient revenus avec lui du Pirée, bien que dans le nombre certains fussent notoirement esclaves; et comme une autre fois encore, que voici: le premier des citoyens récemment rentrés dans Athènes qui commença à témoigner sa rancune fut saisi par lui et traîné devant le Conseil, auquel Archinos demanda sa mort sans jugement: on montrerait ainsi qu'on voulait sauver la démocratie et observer les serments; acquitter cet homme, c'est exciter les autres; le mettre à mort, c'est donner à tous un exemple. Il en fut ainsi: cet homme mort, personne ne réveilla plus les vieilles haines. Loin de là, les Athéniens sortis de ces malheurs, en tirèrent des leçons dont ils profitèrent très sagement, les individus aussi bien que l'État, pour le mieux de leur politique. Non seulement ils effacèrent toutes les accusations portant sur le passé, mais encore ils s'associèrent pour rendre aux Lacédémoniens l'argent que les Trente en avaient reçu pour la guerre, quoique l'accord eût stipulé des paiements séparés par les deux partis, celui de la ville et celui du Pirée, et dans la pensée que c'était ainsi qu'il fallait commencer à rétablir la concorde. Dans les autres États, au contraire, on avait vu le parti démocratique victorieux ne pas se contenter seulement de ne point contribuer de ses deniers, mais aller jusqu'à partager les terres.
Enfin, sous l'archontat de Xenaenétos (401 a. C. n.), les Athéniens se ré concilièrent avec les gens d'Éleusis, deux ans après que ceux-ci avaient quitté la ville.
CHAPITRE XLI: RÉSUMÉ
Énumération des différents changements de la Constitution d'Athènes. - La Démocratie actuelle.
Quand se succédèrent ces événements, le parti démocratique était déjà maître du pouvoir. C'est en effet sous l'archontat de Pythodoros (404 a. C. n.)qu'il avait inauguré le régime actuellement en vigueur; comme il ne devait son retour qu'à lui seul, il semblait juste qu'il se fût ainsi attribué le pouvoir.
C'était, à les compter tous, le onzième changement que subissait la constitution d'Athènes.
En premier lieu se place, à l'origine, l'établissement d'Ion et de ceux qui occupèrent avec lui le pays. De cette époque datent la division du peuple en quatre tribus et l'institution des rois des tribus.
Vint ensuite - et ce fut le premier changement introduisant une constitution vraiment organisée - le gouvernement de THÉSÉE, qui s'écartait un peu de la royauté.
Puis la constitution de DRACON, sous lequel, pour la première fois, furent données des lois.
En troisième lieu, après de longues discordes, la constitution de SOLON, qui marque le commencement de la démocratie.
La tyrannie de PISISTRATE vient en quatrième lieu.
En cinquième lieu, vient, après le renversement des tyrans, la constitution de CLISTHÈNE, plus démocratique que celle de Solon.
En sixième lieu, après les guerres Médiques, se place le régime caractérisé par l'influence prépondérante de l'ARÉOPAGE.
Suit, au septième rang, le régime inauguré par Aristide et définitivement installé par ÉPHIALTE, qui ruine l'Aréopage. C'est pendant cette période que la cité commit les plus grandes fautes, poussée par les démagogues et pour maintenir son empire maritime.
Viennent en huitième lieu le gouvernement des QUATRE CENTS, et en neuvième la RESTAURATION DE LA DÉMOCRATIE.
Suit, en dixième lieu, la tyrannie des TRENTE et des Dix.
Enfin, en onzième lieu, après le retour des gens de Phylé et du Pirée, commence LE RÉGIME QUI DURE AUJOURD'HUI ENCORE, et sous lequel le peuple n'a cessé d'accroître son pouvoir. Le peuple s'est, en effet, rendu maître de tout. Il gouverne tout par ses décrets et par les tribunaux, où il est souverains. C'est au peuple, en effet, qu'ont passé les attributions judiciaires qu'avait autrefois le Conseil, et c'est justice: car il est plus aisé de corrompre un petit nombre d'hommes qu'une foule par l'appât du gain et par des faveurs.
On avait renoncé d'abord à donner un salaire à l'assemblée, mais le peuple ne venait plus aux séances et les prytanes étaient souvent seuls à voter; pour attirer la foule et lui faire sanctionner les décisions par son vote, Aghyrrios fit donner une obole de salaire, puis Héracleidès de Clazomènes, celui qu'on surnomma le grand roi, un diobole; Aghyrrios reprit la question et fit donner un triobole.
CHAPITRE XLII: DU DROIT DE CITÉ
§ 1. Inscription sur le registre civique. - § 2. L'Éphébie.
L'état actuel du gouvernement d'Athènes est le suivant: Font partie de la cité ceux qui sont nés d'un père et d'une mère Athéniens.
§ 1. - A l'âge de dix-huit ans, ils sont inscrits et admis parmi les démotes. Au moment où ils se présentent, les démotes doivent déclarer par un vote et sous la foi du serment, premièrement qu'ils ont l'âge requis par la loi: si les démotes décident que non, le jeune homme doit retourner parmi les enfants; deuxièmement, qu'ils sont de condition libre et de naissance légitime. Celui qui est repoussé par les démotes, comme n'étant pas de condition libre, peut en appeler au tribunal: le dème élit alors cinq de ses membres pour soutenir l'accusation. Si le refus d'inscription est jugé bien fondé, la cité vend l'appelant; si, au contraire, il gagne sa cause, les démotes sont tenus de l'inscrire et de l'admettre parmi eux. Les inscrits sont ensuite soumis à l'examen du Conseil, et dans les cas où le Conseil décide que l'âge de dix-huit ans n'est pas atteint, il inflige une amende aux démotes qui ont admis le jeune homme.
§ 2. - Après l'examen des éphèbes, leurs pères se réunissent par tribus et, après avoir prêté serment, élisent trois d'entre eux, parmi les citoyens âgés de plus de quarante ans et qui leur paraissent les plus capables de bien diriger les éphèbes. Dans chacun de ces groupes de trois, l'Assemblée du peuple élit à main levée le sophroniste de chaque tribu. Le cosmète est élu parmi tous les Athéniens pour veiller sur tous les éphèbes. Ces chefs reçoivent les éphèbes, visitent d'abord avec eux les différents sanctuaires, puis se rendent au Pirée et tiennent garnison les uns à Munichie, les autres dans l'Acté. Le peuple nomme encore à main levée deux paedotribes et des maîtres qui leur apprennent le maniement des armes pesantes, de l'arc, du javelot, et l'exercice de la catapulte. Chaque sophroniste reçoit pour sa nourriture une drachme par jour; chaque éphèbe, quatre oboles. Le sophroniste, dans chaque tribu, touche la solde de sa compagnie et se charge de pourvoir aux besoins de la table commune (car les éphèbes prennent leur repas par tribu). Il doit aussi prendre sur la masse pour subvenir à toutes les antres dépenses.
Telles sont les occupations de la première année de l'éphébie. La seconde année, après avoir été passés en revue et avoir manoeuvré devant le peuple assemblé au théâtre, ils reçoivent de la cité chacun une lance et un bouclier, font le service des patrouilles et sont casernés dans les forts.
Pendant ces deux années, où, revêtus de la chlamyde, ils mènent la vie de garnison, ils sont exemptés de toute charge, et, pour qu'ils n'aient à s'absenter sous aucun prétexte, ils ne peuvent comparaître en justice ni comme défendeurs, ni comme demandeurs, excepté lorsqu'il s'agit de recueillir une succession, une épicière ou un sacerdoce de famille. A l'expiration des deux années, ils mènent la même vie que les autres citoyens.
Voilà ce qui concerne l'inscription des citoyens et l'éphébie.
CHAPITRE XLIII: LES MAGISTRATURES
§ 1. Fonctions conférées par le sort ou par l'élection. - § 2. Le Conseil et les Prytanes. - § 3. Ordre du jour du Conseil et de l'Assemblée du peuple.
§ 1. - Tous les fonctionnaires de l'administration ordinaire sont désignés par le sort, à l'exception du trésorier des fonds militaires, des administrateurs du théorique et de l'intendant des fontaines publiques, qui sont élus à main levée et restent en charge d'une fête des Panathénées à la fête suivante. Toutes les fonctions militaires sont également électives.
§ 2- Le Conseil est désigné par le sort et compte cinq cents membres, cinquante par tribu. Chaque tribu exerce la prytanie à son tour, dans l'ordre fixé par le sort: les quatre premières pendant trente-six jours, les six autres pendant trente-cinq, car l'année athénienne est l'année lunaire. Les prytanes prennent leurs repas aux frais de l'État dans la Tholos, et sont chargés de convoquer le Conseil et l'Assemblée du peuple: le Conseil tous les jours, sauf les jours fériés, et l'Assemblée du peuple quatre fois par prytanie.
§ 3. - Dans un ordre du jour qu'ils, affichent, ils règlent les délibérations du Conseil, marquant pour chaque jour de séance les affaires qui seront traitées. Ils dressent aussi l'ordre du jour des séances de l'Assemblée du peuple. La première est la séance régulière: on y confirme les fonctionnaires, si leur administration est approuvée; on s'y occupe de l'approvisionnement et de la défense du pays; tout citoyen peut y déposer des accusations de haute trahison; on y donne aussi lecture de l'état des biens confisqués, des demandes d'envoi en possession de succession, et des revendications d'épicières, afin que, si quelque maison devient déserte, nul ne l'ignore. A la même séance, dans la sixième prytanie, les prytanes mettent de plus aux voix la question de savoir si l'on appliquera l'ostracisme ou non, et font voter sur les demandes de sentence préjudicielle déposées contre les sycophantes, Athéniens et métèques - mais on ne peut en rendre plus de trois contre les uns et contre les autres - et contre ceux qui n'auraient pas tenu des engagements pris envers le peuple.
La seconde séance est consacrée aux suppliques. Il suffit de se présenter en suppliant pour avoir le droit d'entretenir le peuple de toute affaire, publique ou privée.
Les deux autres sont consacrées au reste des affaires. Les lois veulent que dans chacune on traite de trois affaires relatives à la religion, de trois affaires concernant l'État, et de trois affaires concernant les hérauts ou les ambassadeurs.
Il arrive parfois que les délibérations s'ouvrent sans avoir été précédées du vote qui les autorise.
C'est devant les prytanes que se présentent tout d'abord les hérauts et les ambassadeurs, et c'est à eux que les envoyés remettent les lettres dont ils sont porteurs.
CHAPITRE XLIV: LE CONSEIL (SUITE)
§ 1. L'Épistate des prytanes. - § 2. Les Proèdres et l'Épistate des Proèdres. - § 3. De l'élection des fonctionnaires militaires par l'Assemblée du peuple.
§ 1. - Parmi les prytanes, le sort désigne un épistate. Il occupe ces fonctions une nuit et un jour, et il ne peut ni les prolonger au delà, ni les exercer deux fois. Il conserve les clefs des temples où sont le Trésor et les archives publiques, ainsi que le sceau de l'État. Il est tenu de rester dans le Tholos, et avec lui, sur son ordre, le tiers des prytanes qu'il a choisis.
§ 2. - Toutes les fois que les prytanes convoquent le Conseil ou le peuple, l'épistate tire au sort neuf proèdres, un de chaque tribu, sauf de celle qui exerce la prytanie, et parmi ces proèdres un autre épistate; et il leur remet l'ordre du jour. Dès qu'ils l'ont reçu, ils doivent veiller à ce que tout se passe régulièrement, font connaître les affaires inscrites à l'ordre du jour, jugent les votes à main levée, dirigent en un mot l'assemblée et ont le droit de lever la séance. On ne peut être épistate qu'une fois par an; on peut être proèdre une fois par prytanie.
§ 3. - C'est dans l'Assemblée du peuple qu'il est procédé à l'élection des stratèges, des hipparques et des autres fonctionnaires militaires, dans les formes décrétées par le peuple, et dans la première prytanie où les présages soient favorables après la sixième. Pour cela aussi, il faut un vote préalable du Conseil.
CHAPITRE XLV: LE CONSEIL (SUITE) - FONCTIONS JUDICIAIRES
§ 1. Affaiblissement du pouvoir judiciaire du Conseil. § 2. Du droit de juridiction exercé par le Conseil sur les fonctionnaires. - § 3. De l'examen des conseillers et des neuf Archontes par le Conseil. - § 4. Des délibérations préalables du Conseil.
§ 1. - Le Conseil avait anciennement le droit d'infliger l'amende, l'emprisonnement et la mort. Mais un jour qu'il avait livré au bourreau un certain Lysimachos et que celui-ci était déjà assis pour recevoir le coup fatal, Euméleidès d'Alopéké l'arracha, soutenant qu'on ne pouvait mettre à mort un citoyen sans le jugement d'un tribunal. L'affaire fut portée devant les juges et Lysimachos acquitté il y gagna le surnom de « l'échappé de la massue ». Le peuple enleva au Conseil le droit d'infliger la mort, l'emprisonnement et l'amende, et porta cette loi: les condamnations et amendes prononcées par le Conseil contre ceux qu'il jugera coupables seront portées au tribunal par les thesmothètes, et le vote des juges sera seul souverain.
§ 2. - Le Conseil juge la plupart des fonctionnaires, ceux surtout qui administrent les finances; mais, là encore, il ne juge pas en dernier ressort, et on peut en appeler au tribunal. Il est permis à tout particulier de déposer devant le Conseil une accusation de haute trahison contre tout fonctionnaire qu'il accuse de ne pas respecter les lois; et celui-ci peut encore en appeler au tribunal de la condamnation prononcée contre lui.
§ 3. - Le Conseil procède aussi à l'examen de ceux qui siégeront au Conseil l'année suivante, et des neuf archontes. Anciennement il avait tout pouvoir pour prononcer l'exclusion, mais aujourd'hui les exclus peuvent en appeler au tribunal. Dans tous ces cas le Conseil n'est pas souverain.
§ 4. - Le Conseil prépare, dans ses délibérations, la tâche du peuple, et le peuple ne peut rien voter qui n'ait été l'objet d'une délibération préalable du Conseil et ne soit inscrit à l'ordre du jour dressé par les prytanes. En vertu de celte règle, tout vote émis en dehors de l'ordre du jour expose l'auteur de la proposition à une accusation d'illégalité.
CHAPITRE XLVI: LE CONSEIL (SUITE) - FONCTIONS ADMINISTRATIVES
§ 1. Inspection de la marine. - § 2. Inspection des édifices publics.
§ 1. - Le Conseil est aussi chargé de l'inspection des trières déjà construites, des agrès et des loges pour vaisseaux. Il surveille la construction des vaisseaux neufs, vaisseaux à trois ou quatre rangs de rames, selon que le peuple l'a décidé; il surveille aussi la fabrication des agrès qui leur sont destinés et des loges. Le peuple nomme à main levée des architectes chargés de construire les vaisseaux. Si le Conseil ne livre pas ces bâtiments achevés au Conseil qui doit lui succéder, il n'a pas droit à la récompense ordinaire: car elle n'est décernée que l'année qui suit celle où il était en charge. Pour la construction des trières, le Conseil élit parmi tous les Athéniens dix commissaires.
§ 2. - Le Conseil inspecte aussi tous les édifices publics et dénonce dans un rapport au peuple tout entrepreneur pris eu faute. Le Conseil, après l'avoir condamné lui-même, le livre au tribunal.
CHAPITRE XLVII: LE CONSEIL (SUITE) - FONCTIONS ADMINISTRATIVES
§ 1. Ses rapports avec les autres fonctionnaires. - § 2. Les Trésoriers d'Athéna. - § 3. Les Polètes et les adjudications publiques. - § 4. De l'adjudication des domaines sacrés. - § 5. Des paiements.
§ 1. - Le Conseil assiste encore les autres magistrats dans l'exercice de la plupart de leurs fonctions.
§ 2. - Ce sont d'abord les dix trésoriers d'Athéna. Le sort en désigne un dans chaque tribu, parmi les citoyens de la classe des pentacosiomédimnes. Ainsi le veut la loi de Solon qui est encore en vigueur, mais celui qui est tombé au sort exerce les fonctions, même s'il est très pauvre. C'est devant le Conseil que les trésoriers prennent livraison de la statue d'Athéna, des Victoires, de toutes les autres parures et des sommes en caisse.
§ 3. - Viennent ensuite les polètes, au nombre de dix et qui sont désignés par le sort, un dans chaque tribu. Ils font toutes les adjudications publiques, afferment les mines et les impôts avec le concours du trésorier des fonds militaires et des administrateurs du théorique, en séance du Conseil, et n'agréent adjudicataires et fermiers que si le Conseil émet un vote favorable à main levée.
Quant aux mines, - celles qui sont en exploitation et affermées pour trois ans, comme celles qui sont concédées à perpétuité, - l'adjudication a lieu en séance du Conseil, mais ce sont les neuf archontes qui agréent les adjudicataires. Il en est de même pour la vente des biens de ceux qui ont été condamnés par l'Aréopage, et de ceux qui ont été frappés d'atimie.
Quant aux impôts affermés pour l'année, les polètes inscrivent le nom du fermier et le prix consenti sur des tablettes