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Publié le par José Pedro

Nous publions cette analyse et cette prise de position de notre partenaire Nationaliste Jacobin, sur la situation en Libye et au Mali. Nous rappelons que l'ARSIN est un site de libre débat, et nous ne sommes pas nécessairement solidaires des positions exprimées dans cet article. Les commentaires sont, faut-il le rappeler, libres.

 

Je laisse de côté l’ « affaire » Merah. Il appartient aux bonnes âmes d’étaler leur compassion à tout va et de tirer de ce drame des leçons qui seraient souvent risibles si ce fait divers n’avait coûté la vie à tant de gens. Peu de commentateurs soulignent que les enfants assassinés fréquentaient un établissement antirépublicain cultivant le communautarisme confessionnel et le mépris pour la nation française. Quant au tueur, défiant tous les pronostics, il n’était pas le skinhead néo-nazi que tout le monde espérait. Pour conforter le discours antiraciste des associations subventionnées d’abord (1). Pour pouvoir récupérer l’affaire dans le cadre de la campagne présidentielle et fustiger Marine Le Pen qui « véhicule la haine » comme chacun sait, ensuite. Je note d’ailleurs que les musulmans ont commencé à allumer des contre-feux, hurlant contre d’éventuels amalgames (« islamalgames » ai-je lu quelque part), plus prompts à défendre leur religion « de paix et d’amour » qu’à condamner les agissements du tueur, soit dit en passant… Pourtant Mohamed Merah est un martyr, un vrai, au sens religieux du terme : après tout, il a massacré des renégats et des infidèles (ce qui est prescrit dans certains versets du Coran, même si d’autres passages donnent un autre son de cloche) et il est mort les armes à la main pour témoigner de sa foi. Or précisément, « martyr » vient du grec et signifie « témoin ». En toute logique, ce musulman exemplaire devrait gagner le Paradis, à la droite du Prophète.

 

Ce qui se passe dans les régions sahariennes est autrement plus grave et plus lourd de conséquences, car l’avenir d’un pays et d’un peuple est en jeu, et avec lui l’avenir de toute une partie de l’Afrique. Eu égard aux flux migratoires des dernières années et des prochaines décennies, ce qui arrive au Sahel, dans la bordure méridionale du Sahara, ne devrait pas nous être indifférent.

 

Coup d’Etat au Mali

Mercredi 21 mars, une partie de l’armée malienne s’est mutinée et a organisé un putsch pour renverser le régime du président Amadou Toumani Touré. Pourquoi ? Le Mali, comme d’autres pays de la région, est confronté à des conflits entre sédentaires et nomades du désert. C’est le cas aussi au Darfour. Au Mali, les nomades en question sont des Touaregs, d’origine berbère. Il faut dire à ce sujet la responsabilité de la France : les Touaregs nomadisent depuis des siècles dans le Sahara. Le colonisateur français a tracé des frontières aléatoires dans l’immensité sablonneuse. Mais la notion de « frontière » est une entrave terrible pour des populations dont la survie est conditionnée par la rotation des points d’eau. Le Sahara est partagé en de multiples pays, arabes ou d’Afrique noire. Le résultat est que les Touaregs sont minoritaires partout, et souvent un peu étrangers. Pour la nation « arabe » algérienne, ce sont des Berbères dont l’identité culturelle nuit à l’unité nationale. Pour le Mali, ce sont des gens du nord, presque des Maghrébins étrangers au monde subsaharien. La question touareg est une conséquence de la colonisation française. J’ai dit déjà que je refusais la repentance, mais cela ne signifie pas que j’encourage l’amnésie, ou que j’exempte le peuple français de reconnaître ses erreurs.

 

D’un autre côté, les Touaregs ne sont pas les gentilles victimes des états nés de la décolonisation. Je le dis parce que nombre de reportages sur ces nomades sahariens adoptent un ton laudateur voire dithyrambique. « Ah ! Ces hommes du désert ! Austères, vertueux, courageux, symbole de la noblesse de l’humanité, l’homme seul et faible confronté aux éléments, aux contraintes d’un climat et d’un milieu hostile ». Les Touaregs sont très prisés dans certains milieux, notamment chez les écolos bobos. Car le Touareg, depuis toujours, est écologiste : il consomme peu et il veille à ne pas surexploiter le milieu. Le Touareg a le sens de la nature. Tout cela est évidemment ridicule. Le Touareg consomme peu parce qu’il n’a presque rien. Et quand un puits est presque vide et que le bétail n’a plus rien à manger, il part. Moins par souci de préserver les ressources que pour éviter de crever de faim… Mais le Touareg, comme souvent les nomades, a longtemps vécu aux crochets du sédentaire subsaharien. Anciens négriers et pillards du désert, les Touaregs ont razzié pendant des siècles les sédentaires subsahariens, tuant, pillant et réduisant en esclavage pour alimenter l’importante traite transsaharienne (qui, comme par hasard, est peu développée dans nos manuels d’histoire…). L’établissement d’états africains avec des frontières précises marque de ce point de vue la revanche du sédentaire sur le nomade. Jadis libres et redoutés, les fiers Touaregs furent ravalés au rang de minorité impuissante.

 

La France s’honorerait peut-être en encourageant des négociations permettant aux Touaregs de migrer d’un point d’eau à un autre. Mais dans le cadre d’états modernes, il est évident qu’un contrôle public s’impose, qu’une définition précise des parcours nomades est nécessaire, et que les exactions des nomades ne sont pas tolérables. Bref, les régions peuplées de Touaregs pourraient sans doute être gérées différemment, en respectant mieux les attentes des nomades du désert. Toutefois, la France n’a aucun pouvoir pour agir, elle peut au mieux suggérer. Mais l’heure n’est pas aux négociations : en janvier 2012, les Touaregs sont entrés en rébellion armée. Leurs forces sont fédérées au sein du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA). Le MNLA revendique l’indépendance de l’Azawad, c’est-à-dire presque toute la partie saharienne du pays, au nord et à l’est, soit la moitié du Mali. Il s’agit d’une tentative de sécession. Ajoutons que les Touaregs ne sont pas les seuls habitants de l’Azawad. Le Mali, comme tout état, a le droit de défendre son intégrité territoriale et sa souveraineté. Au lieu d’apporter un soutien ferme au gouvernement malien, que croyez-vous que fit le gouvernement français ? Il a, par la voix de M. Alain Juppé, réclamé un « cessez-le-feu » en février dernier, c’est-à-dire que la France a nié au Mali le droit de défendre son unité menacée par les armes. Pire, en demandant un cessez-le-feu, la diplomatie française fait mine de croire que le MNLA est un interlocuteur crédible. Or le MNLA est notoirement allié à des groupes islamistes qui combattent ouvertement les intérêts français.

 

L’armée malienne s’est trouvée face à un adversaire déterminé et bien armé. Elle a apparemment subi des revers. La France a été moins prompte à intervenir ici qu’à déloger Laurent Gbagbo de son quartier général d’Abidjan en pilonnant ses fidèles. Pourtant, les islamistes sahariens sont bien plus dangereux pour nous autres Français que l’était M. Gbagbo. Mal équipée, mal entraînée, l’armée malienne a vu le mécontentement grandir dans ses rangs. La colère gagnait les familles de militaires depuis plusieurs semaines, entraînant d’ailleurs des manifestations. Mercredi dernier, des militaires ont franchi le pas en prenant le pouvoir et en suspendant les institutions. Un Coup d’Etat n’est jamais une bonne solution, mais je peux comprendre pour ma part la colère des soldats maliens. Lorsque l’on vous envoie au casse-pipe sans matériel adéquat, lorsque vous avez l’impression de risquer votre vie en pure perte, lorsque vos camarades meurent à cause de l’impréparation de votre régiment, il est assez normal d’être exaspéré. Parce que les putschistes portent des uniformes, nos pays démocratiques sont prompts à les traiter de « fascistes ». Je ne suis pas de cet avis : les militaires maliens sont des patriotes, des hommes qui ont fait le choix de risquer leur vie pour défendre leur pays. Ce qu’ils souhaitent, c’est qu’on cesse de les sacrifier en vain. En 1962, les militaires français, humiliés en 1940 face à l’Allemagne, en 1954 (Viêt-Nam) et en 1956 (Suez), ne raisonnaient pas autrement. Je ne suis pas un partisan des putschistes, mais je conçois l’amertume de certains militaires de carrière. D’autant que de Gaulle les avait utilisés (il se fit voter les pleins pouvoirs sous la menace d’une attaque aéroportée sur Paris) puis trahis, disons les choses. De Gaulle a beaucoup fait pour ce pays, mais son arrivée au pouvoir en 1958 et sa gestion de la guerre d’Algérie restent très critiquables. Pouvait-on cependant faire mieux ?

 

Le triste résultat de l’ « aventure » libyenne

L’armée malienne, disais-je, s’est heurtée à un adversaire bien armé. Et pour cause, puisque les armes viennent de… Libye ! Où elles ont été distribuées par la France, entre autres. On voit là où nous ont mené l’amateurisme et l’aventurisme sarkoziens. Dès le début, quelques personnes éclairées tirèrent la sonnette d’alarme : la Libye est un pays proche des régions sahéliennes, une des zones les plus conflictuelles du monde. Si on commence à distribuer des armes, certaines se retrouveront dans les mains de toutes les rébellions et guérillas du Sahara. Las ! Le soldat Sarkozy et son adjudant Juppé, tous deux briefés par le brillant géopolitologue Bernard-Henri Lévy, allaient établir la démocratie en Libye. On voit ce que cela a donné : un pays au bord de la l’éclatement, sur fond de tensions ethniques, de rivalités tribales et de poussée islamiste. Merci qui ? Merci M. Sarkozy, merci M. Juppé. Comme certains le craignaient (Jean-Pierre Chevènement par exemple), les armes ont essaimé dans le Sahel. Et avec elles les islamistes qui disposent maintenant de bases en Libye, puisque l’anarchie latente empêche les autorités de faire quoi que ce soit contre les fous d’Allah. Vous verrez qu’on finira par regretter Kadhafi. Voilà ce qui arrive quand des dirigeants incompétents jouent avec le feu, et se croient assez forts pour réussir là où les Américains, avec leur puissance largement supérieure à la nôtre, ont échoué. Si Nicolas Sarkozy est battu, combien pariez-vous qu’il quittera la France pour aller s’installer à New York ? On saura ainsi où est sa vraie patrie…

 

Le bilan est désastreux : la Libye au bord du chaos ; le Mali empêtré dans une guerre civile ; la fragile démocratie malienne balayée par un putsch. Voilà le bilan de MM. Sarkozy et Juppé en politique étrangère. Voilà le grand dessein, le grand succès international du quinquennat ! Au lieu d’instaurer une démocratie en Libye, nos dirigeants ont détruit celle du Mali ! Et je ne parle pas de la Côte-d’Ivoire où la France a quasiment installé de force le chef d’une rébellion armée dont l’élection reste contestable et contestée. Comment les Africains pourraient-ils respecter et apprécier la France dans ces conditions ? MM. Sarkozy et Juppé doivent rendre des comptes sur leur incompétence manifeste. Au lieu de faire voter des lois mémorielles sur le génocide arménien, mesures clientélistes et électoralistes dans le sens le plus péjoratif, le Président de la République et le Ministre des Affaires étrangères auraient été bien avisés de conduire la politique extérieure de la France avec un peu plus de sagesse. La France a allumé une poudrière dont les conséquences sont incalculables.

 

A la lumière de ce pâle bilan, j’invite les partisans de la « manière forte » vis-à-vis du régime syrien à réfléchir. Oui, Bachar el-Assad est un dictateur. Oui, le régime baathiste est policier, violent et corrompu. Oui, les Alaouites, minoritaires, dominent le pays. Oui, les soldats syriens tuent des rebelles. Seulement voilà : des civils qui tirent sur des militaires avec des fusils mitrailleurs, cela s’appelle des miliciens et non des civils ; les rebelles syriens sont soutenus par l’Arabie Saoudite, célèbre démocratie et défenseur reconnu des droits de l’homme ; dans la Syrie baathiste, les différentes confessions religieuses cohabitent pacifiquement. Tout le monde sait ce qui adviendra si Bachar el-Assad est vaincu : poussée islamiste, tensions interconfessionnelles, peut-être guerre civile et élimination de certaines minorités (alaouites, chrétiens), voire déstabilisation du Liban où œuvre le Hezbollah pro-syrien, et de là embrasement du Moyen-Orient. Belle perspective. En plus de cela, les barbus sunnites au pouvoir à Damas, les femmes voilées, les chrétiens et les chiites persécutés. Nicolas Sarkozy avait eu l’audace de dénoncer, à juste titre, l’ « épuration religieuse » au Moyen Orient, en référence aux chrétiens d’Irak en voie de disparition et aux coptes confrontés à une montée de l’islam radical. Renverser Bachar el-Assad, c’est précipiter une nouvelle épuration religieuse, en Syrie cette fois. Ce qui s’est passé en Tunisie, en Egypte et en Libye prouvent qu’il n’y a rien à attendre des « révolutions » arabes. Les peuples arabes aspirent majoritairement à vivre dans l’obscurantisme d’un islam rétrograde (quitte à le fuir ensuite pour émigrer en Europe). Parce que, pour les musulmans, le Moyen Âge reste l’âge d’or, l’apogée de leur civilisation. Dans ce contexte, entre les islamistes sunnites et le Baath de Bachar el-Assad, je préfère le régime baathiste d’el-Assad.

 

Les réseaux islamistes qui prospèrent et s’étendent dans le Sahel et ailleurs, grâce à l’inconscience téméraire du gouvernement français (et d’autres), ne sont pas seulement des ennemis lointains qui agissent dans des contrées au nom exotique. Beaucoup d’immigrés en France sont originaires du Sahel. Qui sait si l’incurie de MM. Sarkozy et Juppé ne produira pas, à terme, d’autres Mohamed Merah…

 


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