WWIII : Le Maître de Justice avant et après Jésus-Christ, chez les Esséniens (Saint Jean Baptiste en fut un), paroles et évangiles.

Publié le par José Pedro

EDF fait toute la lumière sur les manuscrits de la Mer Morte pour essayer d'en trouver ce qui pourrait contredire la Bible, à défaut de réussite sur les EPR et autres diversifications énergétiques. Avec Areva en redressement Judiciaire, et le contribuable sollicité sans que la lumière soit faite sur cette gestion calamiteuse qui dure depuis de nombreuses années sans redressement apparent sinon des conflits d'intérêts avec les scandales d'achat de terrains et d'investissements depuis la gestion calamiteuse d'Anne Lauvergeon.

ENQUÊTE. Anne Lauvergeon, la femme à abattre

Evincée en 2011 de la présidence d'Areva, "Atomic Anne" dénonce "l'acharnement" d'un clan qui veut faire main basse sur l'atome, car chez les Franc-Maçon, ce n'est pas la compétence qui prime, ce sont ses connaissances de frères incompétents et non intellectuelles, ce qui entraîne des scandales Politico-financier, car un Franc-Maçon c'est d'abord un magouilleur, et un profiteur car c'est là dessus que se fait le recrutement qui prévoit même de vous transformer en Dieu, si vous prêter allégeance à Satan, et donc en enfonçant les autres et en leur prenant au passage tout ce qu'ils peuvent les faire réussir. Bref un regroupement de crapules qui les rend aveugle des vraies solutions de notre société. Pour eux la seule alternative c'est la Guerre et le pillage des ressources des Pays du tiers Monde. Satanées gueules d'Enfer pour ces deux-là, et sacrées responsabilités dans les mains d'aveugles.

Bonjour,

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-
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-
Séminaire Suprême (2 jours)
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Ces séminaires ont un nombre de participants limité afin d'avoir un suivi personnalisé. Pour recevoir les dates et lieux des prochains séminaires...


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Vous recevrez la brochure détaillé des futurs séminaires et vous serez informé en priorité dès qu'un nouveau séminaire sera organisé.

Bien amicalement,

Bernard Lancelot

PS : Je vous donne rendez-vous dans une semaine pour une vidéo sur l'Hypnose et la Parapsychologie. Elle est un peu spéciale. Vous allez adorer !

Alpha International
B.P 42 - 34560 Poussan 

 

Elle s'est retranchée dans un petit bureau, boulevard Haussmann, "prêté par un ami". L'ex-"Atomic Anne" a toujours ce visage de grande fille simple qui ne trompe que ceux qui n'ont jamais eu à l'affronter. En escarpins et jupe de cuir noirs, elle aura sa revanche. N'est-elle pas "proche de François Hollande" ? Ne pourrait-elle pas devenir ministre après la victoire de la gauche ? Ou pis, pour ses adversaires, régner à nouveau sur Areva, cette forteresse qu'elle a édifiée et dirigée pendant dix ans ? C'est cela, dit-elle, qu'ils craignent tant dans "le camp d'en face". Et c'est pour cette raison, elle en est persuadée, qu'ils ont repris les hostilités dans cette guerre qui fait à nouveau rage autour de l'atome et qu'ils pensaient avoir gagnée au printemps dernier.

L'ex-générale en chef du nucléaire français

20 juin 2011 : Anne Lauvergeon a rendez-vous à l'Elysée. On l'a longtemps dite "l'une des femmes les plus puissantes du monde", mais elle sait qu'elle n'a rien à attendre de Nicolas Sarkozy. Sinon la confirmation de sa défaite, les yeux dans les yeux. Le président de la République n'a pas renouvelé son mandat. Elle n'est plus la générale en chef du nucléaire français. Pour le plus grand plaisir de son rival, Henri Proglio, l'homme fort d'EDF, autre géant du secteur, qui revendique le titre de commandant suprême, notamment quand il s'agit d'aller vendre des centrales aux quatre coins du monde.

"Tu as laissé la loge P2 (celle qui gère la Banque du Vatican) avoir ma peau !", lance la patronne déchue au chef de l'Etat. La loge P2 ? C'est ainsi, en souvenir de cette nébuleuse de francs-maçons et d'affairistes qui défraya la chronique dans les années 1980 en Italie, qu'Anne Lauvergeon appelle la coalition de ses ennemis. Ministres, éminences du CAC 40, conseillers occultes, banquiers. Tous ceux qui, accuse-t-elle, ont conspiré à son éviction pour "faire main basse sur les grands contrats du nucléaire".

Loge P2. Nicolas Sarkozy n'a pas besoin d'un dessin. L'expression a fleuri depuis longtemps dans la bouche de certains de ses plus proches conseillers. "Tu as oublié untel", ironise d'ailleurs le chef de l'Etat. Il cite un cador de la finance, membre du supposé "gouvernement de l'ombre". Et ajoute sans rire : "Moi aussi j'ai été parfois victime des mêmes. - Alors, montons un syndicat !", rétorque sa visiteuse avant de repartir en ruminant sa colère.

Un document explosif

Le petit monde de l'énergie nucléaire, qu'on imagine hautement sécurisé, est à l'image des cuves de Fukushima. Fissuré. Miné par les luttes internes et les conjurations. Partout des as du double jeu, des rois de la manip, des traîtres... Areva est désormais dirigé par Luc Oursel, l'ancien bras droit d'Anne Lauvergeon, nommé avec la bénédiction d'Henri Proglio. Mais la "reine mère" a gardé des fidèles dans son ancienne maison.

En décembre dernier, l'un d'eux lui a envoyé, "par la poste", un document explosif qui aurait dû rester confiné dans les coffres du groupe. Elle y a lu la vie de son mari, passée au crible par un détective suisse. Comptes en banque, appels téléphoniques, voyages. Tout avait été soigneusement épluché... En vain. Même si les commanditaires de ce rapport avaient beaucoup jasé sur le patronyme du très discret "M. Lauvergeon" : Olivier Fric.

Le "fric", c'est bien ce que l'agent helvète, un certain Mario Brero, patron d'une société d'intelligence économique sise à Genève, espérait trouver. Le privé a cherché pendant des mois un lien entre l'époux de la "pédégère" - consultant dans le secteur de l'énergie - et l'acquisition coûteuse et controversée d'une société minière (Uramin) par Areva en 2007. "Les recherches préliminaires que nous avons menées sur M. Fric ne nous ont pas permis d'obtenir d'informations laissant penser qu'il aurait pu bénéficier de manière illégitime de [ce] rachat", a conclu Brero.

Le sherpa de François Mitterrand

D'Olivier Fric avec sa femme, il n'existe que deux photos, prises à la volée au milieu d'autres personnalités, en 2010, au Festival des Nuits blanches de Saint-Pétersbourg et lors d'une soirée de soutien à la fondation Aides. Anne Lauvergeon a donné de sa personne pour incarner "le nucléaire à visage humain". Mais jamais elle n'a posé dans les magazines au côté de son mari, son premier amour de jeunesse, rencontré dans un lycée d'Orléans et épousé en secondes noces en 2004.
 

Ingénieur du corps des Mines, elle a taillé sa route dans un monde d'hommes, a voulu garder son nom de jeune fille et préserver son jardin secret. Elle voit dans l'enquête lancée sur son conjoint une preuve supplémentaire de l'effrayant "machisme" des "mâles blancs" du CAC 40. Et l'occasion de retourner la situation à son avantage. Elle n'a pas été le sherpa de François Mitterrand pour rien.

De ses années passées auprès du président socialiste vieillissant puis malade, elle a appris l'art du storytelling et du rapport de force. Hubert Védrine, qui la détestait, appelait "Iznogoud" celle qui avait à l'époque les joues rondes et des allures de garçon manqué. Quand elle a le rapport Brero entre les mains, la stratège alerte les médias et convoque une conférence de presse. Le 16 janvier, au côté d'"Olivier", chemise à carreaux et cravate bleu ciel ornée de papillons, elle place très haut la barre de l'accusation : "Depuis quatre ans, j'ai subi de multiples tentatives de déstabilisation venues du plus haut sommet de l'Etat. Il fallait m'abattre, et pour cela tous les moyens sont bons, y compris le recours à des barbouzes quand tout le reste a échoué." Le plus haut sommet de l'Etat ?

"Anne contre les méchants"

Au "Nouvel Observateur", Anne Lauvergeon confie : "En février 2010, alors qu'on essayait déjà de me débarquer, quelqu'un dont je tairai le nom est venu me voir : 'Anne, m'a-t-il dit, tu t'y prends mal. Tu es trop raide. Si tu veux, je te fais rencontrer Alexandre Djouhri, il t'apprendra à mettre de l'huile dans les rouages.'" Djouhri, l'homme d'affaires portraituré par Pierre Péan dans "la République des mallettes". Intime d'Henri Proglio et proche de Claude Guéant, il s'activa, il y a deux ans, pour propulser Yazid Sabeg, alors commissaire à la Diversité et à l'Egalité des chances, à la tête d'Areva. Les milieux économiques crurent à une blague, la seule compétence de Sabeg dans le domaine nucléaire étant sa proximité avec les ennemis de Lauvergeon. Le PS dénonça "une tentative de prise de contrôle d'un clan d'oligarques sur la filière nucléaire". Mais Nicolas Sarkozy se laissa convaincre. François Fillon fit échouer le plan en menaçant de démissionner. AnneLauvergeon gagnera un an de sursis.

Depuis, avec son amie Anne Méaux, conseillère en communication d'une moitié du patronat, elle sculpte l'image d'"Anne contre les méchants". Avec parfois la solidarité toute féminine de Rachida Dati. En face, Euro-RSCG et Stéphane Fouks (le coach de Proglio), le patron d'EDF lui-même, ou son prédécesseur François Roussely, orchestrent la riposte. La bataille, au cœur du microcosme, est d'une violence inouïe.

Eux : Lauvergeon ? Une "femme pétrie d'orgueil et de suffisance", qui a voulu créer "son" groupe nucléaire intégré (de l'extraction du minerai à la construction des centrales) en écrasant tous ses partenaires. Une "mégalo", qui a plombé les comptes du groupe avec le "désastre financier" d'Uramin ou des EPR hors de prix. Une "manoeuvrière" qui crie à la déstabilisation dès qu'on critique son management et son bilan.

Elle : nous nous battons contre les bad boys. Ceux qui reniflent l'odeur des commissions et veulent "démanteler" Areva au profit "d'intérêts privés". Ceux qui se préparent à céder les gisements d'uranium "aux Qataris" et à vendre des "centrales low cost à n'importe qui", au mépris des règles de sécurité. Un jour, laisse entendre Anne Lauvergeon, elle écrira un livre sur cette "démocratie dévoyée".

"La bande à Proglio"

L'attaque est la meilleure des défenses. Elle sait que, depuis des mois, l'affaire Uramin alimente les supputations les plus folles. Le cours des actions de la start-up canadienne, immatriculée dans le paradis fiscal des îles Vierges, s'est envolé juste avant son rachat en juin 2007. Pourquoi ? Y a-t-il eu délit d'initié ? Et qui est ce Daniel Wouters, banquier franco-belge embauché par Areva pour gérer cette acquisition ? Un ami d'Olivier Fric ? "Je ne le connaissais pas personnellement. J'ai seulement fait passer son CV à ma femme", assure ce dernier.

En 2009, Jean- Cyril Spinetta, nommé président du conseil de surveillance d'Areva, avait étudié le dossier Uramin et balayé les rumeurs de malversations. Comme l'expert-comptable René Ricol, que son ami Nicolas Sarkozy avait chargé, un an plus tard, d'un nouvel audit. A des proches, Ricol a raconté comment "la bande à Proglio" l'a abreuvé d'horreurs sur Olivier Fric et son épouse. "Si vous avez des éléments, saisissez le procureur de la République", répond-il alors, excédé par la campagne de calomnies.

"Dieu sait que je n'aime pas cette fille, prête à toutes les folies pour garder le pouvoir, dit aussi aujourd'hui Alain Mine, autre familier du Château. Mais je la crois fondamentalement honnête." Jacques Attali, lui, n'est que louanges et dithyrambes : "Au Japon, Anne est une idole. Aux Etats-Unis, une référence. En Afrique, une personnalité considérable. Il n'y a qu'en France que son talent dérange. De la cabale qu'on a essayé de monter contre elle, je sais tout mais je ne dirai rien. Sauf qu'elle aura déjà fait pschitt quand vous publierez votre papier."

Boules puantes

Une mission parlementaire ("dirigée par un socialiste", souligne-t-on dans l'entourage de Proglio) continue pourtant à plancher sur un autre aspect du dossier Uramin : non seulement la société minière a été rachetée à prix d'or (2 milliards d'euros), mais les gisements d'uranium s'avèrent difficilement exploitables. Les vendeurs sont-ils des escrocs ? Anne Lauvergeon, soucieuse d'étendre son "empire" face à l'armée de ses opposants, a-t-elle pris toutes les précautions avant de se porter acquéreur ? Le procès en "légèreté", déjà en filigrane dans un pré-rapport rendu en octobre, met l'ex-patronne d'Areva hors d'elle. Elle ne supporte pas plus d'être soupçonnée d'incompétence que de malhonnêteté. Elle n'accepte pas que Luc Oursel, son successeur, bloque ses indemnités de départ (1,5 million d'euros), prévues par contrat, en attendant le verdict du énième audit interne sur l'opération Uramin.

Uramin, martèle-t-elle, est un "investissement d'avenir", même si le "clan" s'agite dans tout Paris pour dire le contraire. Une cellule ad hoc, en cheville avec les réseaux sarkozystes, se réunirait régulièrement pour concocter ses boules puantes.

Une maison de fous

L'avocat d'Anne Lauvergeon, Jean-Pierre Versini-Campinchi, a réussi à obtenir les confessions de l'espion suisse, Mario Brero. Dans un rapport de quinze pages, l'homme qui a enquêté sur "M. Fric" prend soin de préciser qu'il a "rencontré socialement Henri Proglio" mais assure qu'il n'a "jamais travaillé pour lui". Il avoue aussi - et c'est un comble - qu'il a été actionné par l'un des plus proches collaborateurs d'AnneLauvergeon à Areva. Sébastien de Montessus, son poulain, son chouchou qu'elle invitait lors des garden parties dans son château de la Sarthe où François Fillon passait parfois en voisin. Le jeune homme, qui pourrait être entendu dans le cadre d'une enquête préliminaire pour "atteinte à la vie privée", est toujours en poste à Areva. Il a même obtenu une promotion. Dans le quinquennat finissant, le numéro un mondial du nucléaire ressemble à une maison de fous.

En juillet dernier, quand Anne Lauvergeon est devenue présidente du conseil de surveillance de "Libération", certains y ont vu les prémices d'une revanche et d'une entrée en politique. "Cela m'étonnerait. Elle n'en a aucune envie", affirme Edouard de Rothschild, le principal actionnaire du quotidien. Administratrice des Amis de l'Institut François-Mitterrand, coorganisatrice avec Pierre Bergé d'un repas à La Cagouille (l'un des restaurants favoris de l'ancien président) à chaque anniversaire de sa mort, Anne Lauvergeon compte aussi de féroces détracteurs à gauche. En novembre, lors des obsèques de Danièle Mitterrand, ils ricanaient en la voyant, maintenant si mince, s'approcher de François Hollande pour afficher sa proximité avec le favori de la présidentielle. Se repassant en boucle le bon mot d'Edmonde Charles-Roux : "Anne, quand on est une femme, on n'est jamais ni assez riche, ni assez maigre." Ils persiflaient : "Elle a suivi ses conseils."

La discréditer pour l'empêcher de revenir

Eternelle jalousie des "mâles blancs" ? Aujourd'hui, celle qui n'a jamais été encartée au PS n'espère que l'alternance. Selon elle, l'"acharnement" dont elle est l'objet chez Areva ou à EDF s'expliquerait par la panique. Il faudrait la discréditer pour l'empêcher de revenir. Mais aurait-elle suffisamment de poids pour obtenir la tête d'Henri Proglio, qui a aussi tissé ses réseaux à gauche ? L'important, sans doute, est de le faire croire. Déjà quelques échos fleurissent dans la presse sur le possible limogeage du président d'EDF et le retour de la "femme à abattre". L'intéressée assure qu'elle ne demande rien mais que Mario Monti, le président du Conseil italien, lui a dit : "Anne, tu n'auras pas le choix. La France a besoin d'une femme comme toi."

Marie-France Etchegoin et Caroline Michel – Le Nouvel Observateur

(Enquête publiée dans le Nouvel Observateur du 9 février 2012.

L’EPR (European Pressurized Reactor) est le réacteur plus puissant au monde, mais aussi le plus dangereux. Le gouvernement français, EDF et Areva sont les principaux promoteurs de l'EPR et voient en lui le réacteur de l'avenir. Une erreur tragique. Dans son obstination à maintenir artificiellement en vie sa filière nucléaire en cherchant des vitrines internationales, EDF met en péril le système électrique français et la sécurité des populations. Les ressources d’EDF devraient être mises à profit pour sortir du nucléaire en sécurité et assurer une transition énergétique vers les renouvelables. Au lieu de ça, l’État, actionnaire à 85%, l’autorise à dégrader la qualité du parc nucléaire existant, laissant se développer le risque d’un accident nucléaire tragique.

La Fondation EDF Diversiterre, mécène de l’exposition.  Qumrân Le secret des manuscrits de la mer Morte (titre pompeux) 

Un bédouin, Mohammed dit « le loup », découvre en 1947, dans une grotte de Qumrân, au bord de la mer Morte, sept rouleaux de cuirs écrits en hébreu. C'est ainsi que débute la plus importante et incroyable aventure archéologique du XXe siècle.Entre 1947 et 1956, bédouins et archéologues se livrent à une véritable compétition et découvrent onze grottes, de nombreux rouleaux des livres de la Bible dont certains intacts et des milliers de fragments vieux de plus de 2000 ans. On découvre aussi des documents anciens témoignant de l'existence d'une secte inconnue, contemporaine des manuscrits. Les hommes y respectaient des règles strictes de pureté. Ils vivaient dans l'attente du Messie et se préparaient à la guerre : à la fin des temps, conduit par un maître de Justice, ils vaincraient à tout jamais le Maître d'Iniquité. Les scientifiques tentent encore de répondre aux questions que soulève cette incroyable découverte. Qui étaient les habitants de Qumrân ? Les manuscrits leur appartenaient-ils ? Pourquoi l'accès aux manuscrits découverts à Qumrân fut-il limité ? Le grand public aussi s'enflamma pour le sujet : pourquoi mit-on autant de temps à divulguer le contenu des rouleaux ? Les manuscrits dévoilent-ils des épisodes inconnus de la vie de Jean le Baptiste ou de Jésus ? Pourquoi sont-ils encore aujourd'hui source d'ardentes polémiques ? Retour sur la découverte et un demi-siècle de recherche qui a permis et permet encore de renouveler notre connaissance de la naissance de la Bible.

Les révélations des manuscrits de la mer Morte

Plus de cinquante ans se sont écoulés depuis que le monde des spécialistes du judaïsme ancien a été secoué par la découverte des manuscrits de Qumran[1][1] Il est préférable de parler de manuscrits de Qumran ;... ; à l’occasion du cinquantenaire de l’événement, des ouvrages ont établi des bilans[2][2] En langue française, on citera en particulier Ernest-Marie... ; il est possible aujourd’hui d’indiquer ce qui est acquis, et de s’interroger sur ce qui est encore en débat.

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La découverte des manuscrits de Qumran a suscité un grand intérêt jusque vers 1965, puis un silence est advenu. Mais ce calme préludait, comme souvent, à un bruit assourdissant fait autour des manuscrits. Face à la lenteur de la publication des manuscrits, en particulier ceux de la grotte 4, deux contestations apparurent : l’une, fort bien orchestrée, trouva un certain écho dans le grand public ; l’autre fut davantage une affaire entre spécialistes. Le premier procès fut à l’encontre des Eglises, et plus particulièrement vis-à-vis de l’Eglise catholique ; il lui fut reproché d’entraver par tous les moyens la publication des manuscrits, car ces derniers auraient nui aux origines chrétiennes [3][3] Voir la mise au point de H. Shanks, « Le Vatican occulte-t-il.... Le second différend, d’une tout autre nature, fut le reproche virulent adressé aux savants chargés d’effectuer la publication des textes, accusés de se réserver des manuscrits qui serviraient d’abord à leur carrière universitaire. Dans le premier cas, les accusations étaient infondées et relevaient de l’ignorance ou de la volonté de tromper les personnes intéressées, mais peu au fait des textes ; par contre, même si bien souvent les accusations furent injustes et exagérées, les reproches adressés aux différents chercheurs chargés de la publication étaient en partie fondés. Aujourd’hui, après cinquante-cinq ans de travaux éditoriaux et de commentaires réalisés au sujet des textes de Qumran, le paysage s’est éclairci : tous les textes ont été publiés ; des accords se sont faits et les différends portant sur l’interprétation d’un certain nombre de textes font l’objet de débats à caractère scientifique.

Les reproches adressés aux savants chargés de la publication des textes

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Une première série de textes de Qumran (la Règle, la Règle annexe, le livre des Bénédictions, le Document de Damas, le règlement de la Guerre, les Hymnes, et nombre de commentaires bibliques…) fut publiée dans un laps de temps relativement satisfaisant [4][4] Dès 1959, le public de langue française avait à sa.... Les manuscrits étaient de taille respectable et, même si certains textes présentaient des lacunes — comme ce fut le cas pour l’Apocryphe de la Genèse, les difficultés n’étaient pas insurmontables. Il n’en allait pas de même pour nombre de manuscrits, en particulier pour les manuscrits de la grotte 4, fort nombreux et atomisés ; la taille de certains fragments ne dépassait pas la surface d’un timbre poste. Il fallait donc d’abord reconstituer des textes.

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La publication des textes connut aussi nombre d’avatars, liés en partie à l’histoire personnelle des responsables de l’édition (décès de Roland de Vaux, premier directeur de la publication ; démission de John Strugnell [5][5] A la suite de déclarations fort déplacées sur les Juifs,...), mais aussi aux aléas militaires et politiques [6][6] Le site de Qumran et le Musée de Palestine (dénommé.... Il ne s’agit pas de laver les premiers savants du soupçon de négligence ou d’intérêt personnel mal compris, mais de reconnaître les difficultés réelles qu’ils ont rencontrées. De plus, les premiers chercheurs, proches de l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem (EBAF), furent contraints d’accepter des activités universitaires diverses quand l’argent vint à manquer, et qu’ils ne purent plus se consacrer uniquement au déchiffrement des manuscrits.

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La publication de l’ensemble des textes aurait pu se faire attendre longtemps encore, mais 1991 fut une année décisive. L’équipe détentrice des manuscrits fut d’ailleurs en partie victime de son sérieux. En effet, elle avait constitué une concordance tenant compte de l’ensemble des textes ; s’appuyant sur cette concordance publiée à l’initiative de J. Strugnell et utilisant l’outil informatique, deux savants américains parvinrent à reconstituer les documents. Au même moment, la Huntington Library de Los Angeles, détentrice depuis 1980 de microfilms reproduisant les fragments déposés au Musée de Palestine, mettait ce matériel à la disposition des chercheurs. Ces initiatives contribuèrent à hâter le travail de l’équipe détentrice, à l’origine, des droits sur les documents.

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On peut estimer qu’aujourd’hui tous les textes ont été publiés [7][7] En 2002, les éditions Oxford University Press ont achevé... ; nous disposons de traductions qui offrent presque la totalité des textes de Qumran dans les grandes langues modernes [8][8] Voir La Bible. Ecrits intertestamentaires, sous la....

Les bâtiments, les manuscrits et l’identité des familiers de Qumran

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Le nom même de Qumran, lié à celui d’un torrent, renvoie à un site qui se trouve sur une terrasse marneuse à environ un kilomètre de la rive occidentale septentrionale de la mer Morte, à douze kilomètres au sud de Jéricho. Cette terrasse est dominée par une falaise calcaire truffée de grottes. Depuis longtemps, des voyageurs avaient remarqué en ce lieu les ruines de bâtiments, mais personne n’y avait attaché grande importance. Les archéologues, dirigés par R. de Vaux, directeur de l’EBAF, y prêtèrent attention seulement quelques années après que furent arrivés sur le marché les manuscrits découverts dès 1947 par des bédouins [9][9] L’histoire de la découverte telle qu’elle a pu être.... Au cours de plusieurs campagnes, de 1951 à 1958, les archéologues fouillèrent systématiquement l’ensemble des grottes et le site de Qumran ; en ce qui concerne la découverte des manuscrits, ils furent moins heureux que les bédouins.

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Même si certains traits mis en avant par R. de Vaux ont pu ensuite faire l’objet de rectifications, les premières campagnes de fouilles ont très vite établi — en raison du matériel retrouvé de part et d’autre — des liens étroits entre les manuscrits découverts dans les grottes surplombant le site de Qumran, ou situés à proximité (comme c’était le cas pour la grotte 4), et les bâtiments. Les manuscrits n’étaient pas sans rapport avec le groupe juif qui utilisait les bâtiments situés sur la terrasse de Qumran, dont l’histoire a pu être tracée avec une assez grande précision. L’occupation du site par les hommes liés aux manuscrits dura de 135 environ av. J.-C. à 68 ap. J.-C. Les bâtiments et les différents bassins furent très ébranlés par le tremblement de terre de 31 av. J.-C [10][10] On trouve une bonne représentation des bâtiments du....

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La fonction des bâtiments a suscité nombre de discussions : ils furent probablement un lieu de rassemblement plus qu’un espace de vie permanente. Les personnes qui fréquentaient Qumran — pour faire bref, nous les appellerons les Qumraniens — vivaient dans les grottes et se rassemblaient régulièrement dans les bâtiments qui retinrent l’attention des archéologues. La grotte 4, située à proximité des bâtiments, a pu servir de dépôt pour les manuscrits servant à la communauté. Pour les grottes situées dans la falaise, il s’agit probablement de caches utilisées lorsque la communauté se sentit en danger, à la fin des années 60 ap. J.-C.

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Le lien étant assuré entre les manuscrits et le site, une autre tâche était nécessaire : établir l’identité de ceux qui fréquentaient les bâtiments de Qumran et qui, d’une manière ou d’une autre, avaient participé à la production ou à la conservation des manuscrits mis à notre disposition. Très tôt, notamment sous l’impulsion de A. Dupont-Sommer, les gens de Qumran furent rapprochés des Esséniens, un groupe juif qui nous était connu jusqu’alors uniquement par des auteurs anciens, notamment Philon, Josèphe, Pline l’Ancien. Pour identifier la communauté, on disposait de ces témoignages anciens, en particulier d’un texte de Pline situant une communauté essénienne à proximité de la mer Morte [11][11] Pline, Histoire naturelle, V, 17, 4. Les différents.... Confrontés aux témoignages littéraires anciens, les documents originaux présentant les pratiques et les croyances de la communauté n’allaient pas toujours pleinement dans le sens attendu. Une certaine différence apparaissait ; elle fut bénéfique, car elle permit de situer les gens de Qumran parmi les Esséniens, mais il fallut en même temps reconnaître que les Esséniens étaient plus nombreux et divers qu’on n’avait pu l’imaginer.

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Les cimetières fouillés apportèrent aussi leur contribution à la connaissance de la communauté : il faut distinguer le grand cimetière réservé aux hommes, membres à part entière de la communauté, et les autres lieux de sépulture. De petits cimetières contenaient des corps de femmes et d’enfants vivant probablement dans les marges de la communauté.

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Ces dernières années, on a voulu rapprocher les habitants de Qumran et les Sadducéens ; cependant, l’hypothèse essénienne demeure la plus sûre, pour ne pas dire certaine.

Les manuscrits font connaître un judaïsme du iersiècle diversifié

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Plus de huit cents manuscrits ont été dénombrés ; ils furent copiés, certains en dehors de Qumran, entre le milieu du iiie s. avant J.-C. et 68 de notre ère [12][12] Ce résultat fut obtenu par l’étude paléographique des.... Les manuscrits trouvés traduisent les préoccupations et activités de ceux qui fréquentaient le site. Nul ne s’étonnera qu’en monde juif une bonne partie des manuscrits concerne les livres que nous trouvons aujourd’hui dans la Bible hébraïque ; ils ont été copiés, traduits, commentés.

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A côté des manuscrits liés directement à la Bible, d’autres s’inspirent des livres sacrés et constituent de nouveaux textes ; tel est le cas de l’Apocryphe de la Genèse, du Livre des Jubilés, du Livre de Hénoch ou des fragments des Testaments des Douze Patriarches. Parmi ces derniers, certains ne sont trouvés qu’à Qumran, d’autres étaient déjà connus. Enfin, un groupe de manuscrits a particulièrement retenu l’attention des spécialistes, car, hormis le document de Damas connu depuis la fin du siècle dernier, ces textes, inédits et fort riches, règlent les pratiques et témoignent de la pensée des hommes de Qumran.

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Avant la découverte des manuscrits de Qumran, malgré les indications de Flavius Josèphe [13][13] Voir, par exemple, Antiquités judaïques XVIII, 11-..., les spécialistes du judaïsme du ier siècle se représentaient celui-ci comme unanime dans ses pratiques et ses croyances. Depuis cinquante ans, et grâce en grande partie à l’apport des manuscrits de Qumran, la représentation du judaïsme s’est transformée à un point tel que parfois l’on oublie que ces judaïsmes divers sont profondément un : ils confessent une même foi, mais vécue de manière variée. Le judaïsme dans sa diversité a pris un relief tout à fait particulier [14][14] Hugues Cousin, Jean-Pierre Lémonon, « La foi au Dieu....

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Les manuscrits ont offert tout d’abord une meilleure perception des courants esséniens connus jusqu’alors de manière indirecte [15][15] Certes, depuis sa publication en 1910, on disposait... et sous une présentation unificatrice. Ils ont permis aussi de découvrir des polémiques d’une extrême violence ; tel est le cas, par exemple, de la lettre halakhique qui oppose, sans doute dans la seconde moitié du iie s. av. J.-C. [16][16] Voir la lettre halakhique 4QMMT, dans Le Monde où vivait..., le responsable de la communauté de Qumran et le chef de ses adversaires. Les chercheurs avaient tendance, jadis, à considérer comme uniques les polémiques virulentes rapportées à travers le prisme évangélique et mettant aux prises Jésus et les Pharisiens. Celles-ci semblaient situer d’emblée le mouvement de Jésus en marge du judaïsme du iersiècle. Or, malgré leur violence, les controverses néo-testamentaires ne placent pas le mouvement de Jésus en dehors du judaïsme ; elles portent d’ailleurs souvent sur l’interprétation de la Loi, préoccupation essentielle des différents groupes juifs du ier siècle.

Pratiques et croyances des gens de Qumran

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Les manuscrits nous mettent en présence de la vie d’une communauté essénienne. Quoi qu’on en ait dit parfois, le document de Damas apporte des données intéressantes pour décrire les débuts de la communauté de Qumran ; l’histoire de celle-ci est liée à la défense du sacerdoce sadocite à l’époque hasmonéenne.

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En effet, les ancêtres des Esséniens sont à rechercher parmi les « pieux » qui, sous la direction des Maccabées, à partir de 167 av. J.-C., se sont opposés à Antiochus Epiphane. Ce mouvement a volé en éclats quand les Maccabées prétendirent rassembler en leur personne royauté et souverain pontificat. Sans doute les Esséniens [17][17] Le sens de ce terme est discuté ; il évoque sans doute... se sont-ils alors constitués en groupe autonome soucieux de demeurer dans la tradition d’un sacerdoce sadocite. A son tour, le mouvement essénien donna naissance à un groupe spécifique, celui des gens de Qumran ; ces derniers ne rompirent pas avec l’essénisme, mais ils lui conférèrent une connotation originale.

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Les Qumraniens se sont alors constitués en une communauté fervente profondément égalitaire : tous les Israélites ne sont-ils pas frères ? Pourtant, ce groupe est fidèle à son combat initial : les prêtres et les lévites y occupent une place spécifique. Ceux-ci, en effet, assurent la fidélité au passé ; en même temps ils annoncent l’avenir, car, à la fin des temps, aura lieu la transformation des personnes et des institutions. Or, par leurs fonctions, prêtres et lévites annoncent déjà l’œuvre angélique de service et de louange. La vie de la communauté exprime une réalité céleste. Les circonstances ont conduit les gens de Qumran à s’éloigner du Temple aux mains d’un clergé impie, mais ils rêvent du jour où ils pourront à nouveau officier au Temple enfin débarrassé des mauvais prêtres. En attendant ce moment-là, ils remplacent les sacrifices rituels par la louange des lèvres et du cœur, ce qui explique la place importante que tient l’hymnologie à Qumran.

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Les gens de Qumran se considèrent comme la communauté des derniers temps ; volontiers, comme si le jugement avait déjà eu lieu, ils s’estiment les fils de lumière opposés aux fils des ténèbres. Certes, ils se préparent à un combat eschatologique, mais, dès maintenant, ils constituent une société parfaite qui réalise les annonces prophétiques. Les Qumraniens, comme tous les Esséniens, sont convaincus que Dieu est le maître de l’Histoire ; aussi ont-ils souvent un langage qui laisse percevoir un certain déterminisme, ce qu’avait bien perçu Flavius Josèphe : « Les Esséniens enseignent avec prédilection à s’en remettre pour toutes choses à Dieu [18][18] AJ XVIII, 18.. »

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Une fois l’an, lors du renouvellement de la fête de l’Alliance, les candidats à la vie communautaire sont admis à prendre leur place au sein de la communauté. Après une sélection opérée par le maskil (l’instructeur), ils ont été soumis pendant deux ans à un temps d’épreuve et de réflexion. Au terme des deux ans de préparation à la vie commune, les nouveaux venus mettent en commun leurs biens, jusqu’alors en réserve. Considérés comme des membres à part entière, ils participent aux repas communautaires, élément essentiel de la vie de Qumran. Les pratiques de bains de purification sont également fréquentes, ce qui explique l’ingénieux système hydraulique du lieu. Marqués sans doute par les modèles monastiques chrétiens, les chercheurs ont souvent pensé que l’entrée dans la communauté, sauf cas d’exclusion, comportait un aspect définitif ; on peut être dubitatif face à une telle vue.

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L’espérance des gens de Qumran est complexe. Les représentations messianiques ont évolué au cours de l’histoire de la communauté. Il y eut d’abord la foi en un messianisme collectif réalisé par la communauté. Puis en opposition au cumul réalisé par les Maccabées devenus roi et prêtre, les gens de Qumran prônent l’attente de deux messies, l’un sacerdotal, l’autre royal ; le premier aura préséance sur le second. Ces deux messies seront précédés par la venue du prophète ultime : « Qu’ils soient jugés d’après les ordonnances premières selon lesquelles les hommes de la communauté ont commencé à se corriger, jusqu’à la venue du Prophète et des Messies d’Aaron et d’Israël [19][19] 1QS IX, 10-11, Le Monde où vivait Jésus, p. 572.. » Comme témoin de cette triple attente, 4Qtestimonia est particulièrement intéressant [20][20] Le Monde où vivait Jésus, p. 573.. Vers le milieu du ier s. av. Jésus Christ, l’attente se fixe sur le seul messie sacerdotal. Enfin, à l’approche de l’ère chrétienne, Qumran n’ignore pas le messie davidique.

Un intérêt spécifique pour l’Ecriture et ses commentaires

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Les manuscrits de Qumran ont livré pratiquement le texte de tous les livres de la Bible hébraïque [21][21] On a souvent noté l’absence du livre d’Esther ; il.... Nombre de livres s’y trouvent en plusieurs exemplaires [22][22] Voir le tableau établi par A. Paul, Les Manuscrits... ; certains font l’objet de traductions (targums) : tel est le cas du livre de Job ou de commentaires actualisants, comme nous en lisons dans le Pesher[23][23] On désigne par pesher, l’actualisation d’un texte ancien... de Habaquq.Les gens de Qumran se sont plu aussi à constituer des florilèges de textes bibliques qu’ils appliquaient à la vie de la communauté [24][24] Voir, par exemple, en Ecrits intertestamentaires, .... L’exégèse pratiquée à Qumran surprend un lecteur habitué à des commentaires littéraux. La lecture des textes bibliques vise souvent à l’édification, ou elle est faite en fonction des événements vécus par la communauté.

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Les livres bibliques retrouvés sont précieux pour notre connaissance de l’histoire du texte de la Bible. En effet, le texte reproduit aujourd’hui dans les bibles hébraïques et traduit en langues vernaculaires est le texte massorétique conservé principalement par un manuscrit du début du xie s. Les manuscrits de Qumran n’ont pas dévoilé un texte profondément différent de celui qui était connu jusqu’alors, mais nous avons une idée plus exacte de l’histoire du texte hébraïque, qui repose désormais sur des documents nettement plus anciens, antérieurs à l’intervention des Massorètes [25][25] On désigne sous ce terme les savants juifs qui, à partir....

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Pendant longtemps, notre représentation de l’histoire du texte biblique a été assez simple — pour ne pas dire simpliste. Il y aurait eu un texte hébraïque que les traducteurs de la Septante auraient utilisé et modifié. Les rapprochements qui peuvent être faits entre certains textes hébraïques de Qumran, assez différents du texte reçu, et celui de la Septante, permettent d’affirmer que, lors de la production de la Septante le texte biblique n’était pas fixé partout de la même façon ; il y avait alors plusieurs types de textes. Un exemple classique est offert par Dt 32, 43 [26][26] Voir le tableau dressé dans Le Monde où vivait Jésus,.... Les différences observées entre la Septante et le texte massorétique ne sont pas nécessairement dues à une initiative des traducteurs, mais bien plutôt au fait qu’ils utilisaient un texte différent de celui qui contribua à l’établissement du texte massorétique. En un mot, l’histoire du texte de la bible hébraïque est plus complexe qu’on ne l’imaginait.

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Des textes de Qumran offrent une interprétation inédite de certains textes vétéro-testamentaires ; tel est le cas, par exemple, de Dt 21, 22-23. Selon la tradition rabbinique, l’homme dont il est question est d’abord lapidé, puis suspendu à un arbre ou à un bois ; Qumran interprète ce texte en rapport avec la crucifixion [27][27] Voir Emile Puech, « Les manuscrits de la mer Morte.... Notre connaissance de l’emploi des langues dans la Judée du ier s. s’est précisée. Face à l’araméen, des dialectes hébraïques semblent avoir subsisté plus qu’on ne le disait ordinairement.

Qumran et le christianisme

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Dans les années qui ont suivi la publication des premiers textes de Qumran, il y eut une tendance à rapprocher les textes de Qumran, et la communauté qui les a produits et en a vécu, du mouvement de Jésus et des textes du Nouveau Testament. Puis, au cours des années, le comparatisme s’est affiné ; on a prêté davantage attention à des systèmes qu’à des éléments pris séparément.

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Quand on évoque Qumran et le mouvement chrétien, il est bon de distinguer trois thèmes différents : Jean Baptiste, Jésus, et la première communauté chrétienne. S’interroger sur les éventuels contacts entre le mouvement de Jean et les Esséniens, en particulier dans le visage qu’ils prennent à Qumran, est d’autant plus légitime que le mouvement baptiste et les Qumraniens accordent une place importante aux rites d’eau. De plus, selon le témoignage évangélique, Jean a exercé son activité non loin de Qumran ; il a pu rencontrer des Esséniens et connaître les gens de Qumran, mais ces derniers n’eurent pas d’influence sur le mouvement baptiste ; en effet, ce dernier et les Qumraniens ont des orientations différentes. Qumran est un mouvement qui défend le véritable sacerdoce ; son souci de purification ne se traduit pas par le baptême donné par un autre, mais par des bains où l’on se purifie soi-même. Les Qumraniens espèrent un temps où ils pourront réinvestir le Temple de Jérusalem. Le mouvement de Jean trouve son souffle dans un renouveau de type prophétique ; il n’a pas d’intérêt pour le Temple.

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En raison des persécutions dont il s’estima être l’objet, certains ont voulu rapprocher le Maître de Justice, fondateur de la communauté de Qumran, et Jésus. Le Maître de Justice s’est dressé face à « l’adversaire, le prêtre impie » ; de lignage sadocite, il est le véritable grand-prêtre. Mais le Maître de Justice n’offre pas volontairement sa vie pour le salut de beaucoup. De plus, il rassemble autour de lui un petit groupe considéré comme les saints d’Israël. Au début, la communauté est formée de douze hommes et de trois prêtres ; « Israël en miniature », elle symbolise les douze tribus et les trois clans lévitiques [28][28] 1QS VIII, 1-16. ; il faut venir en son sein. Jésus, pour sa part, propose à tout Israël une vie sainte et donne les prémices d’une ouverture à l’étranger. Le lien des disciples de Jésus après sa crucifixion au Christ vivant est différent du rapport qu’entretiennent les gens de Qumran avec leur fondateur. Particulièrement suggestif est l’itinéraire intellectuel de A. Dupont-Sommer qui, dans un premier temps, fut frappé par les rapprochements possibles entre le Maître de Justice et Jésus, puis en vint à affirmer : « A côté des similitudes, il existe des différences qui sont non moins incontestables [29][29] A. Dupont-Sommer, Les Ecrits esséniens, p. 385. Voir.... »

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En revanche, des pratiques de Qumran ou des Esséniens ont pu avoir une certaine influence sur la première communauté chrétienne et son organisation. L’importance que les chrétiens accordent à la fraction du pain peut avoir été renforcée par les repas communautaires de Qumran, mais sa signification est autre. La koinônia (communion) d’Actes 2, 42-47 ou de Paul n’est pas sans rappeler l’idéal de mise en commun des biens chère à Qumran, mais les Actes des Apôtresne prônent pas l’obligation d’une telle pratique ; ils insistent sur la nécessité que nul ne soit dans le besoin, signe que les richesses sont à la disposition de tous. Avec la résurrection de Jésus, les derniers temps sont ouverts ; la communauté apparaît alors comme le lieu où se vit cette réalité. Le Temple a une fonction totalement différente : les gens de Qumran rêvent du temps où ils pourront à nouveau célébrer la liturgie du Temple ; la communauté chrétienne voit le Temple nouveau en Jésus (Jn 2, 13-22) ou en elle-même (1Co 3, 16-17). Avec nombre d’autres Juifs, Qumran [30][30] Sur la résurrection dans le judaïsme ancien, l’ouvrage... et les disciples de Jésus confessent la foi en la résurrection des morts, devenue au ier siècle un bien assez largement accepté dans le judaïsme ; mais seule la communauté des disciples de Jésus témoigne de la mort/résurrection de son Seigneur, messie d’Israël, et donc de la résurrection anticipée pour Jésus.

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Parfois les textes de Qumran contribuent à éclairer une figure ou des expressions du Nouveau Testament : tel est le cas, par exemple, de Melchisédech, qui « apparaît comme une figure centrale de la fin des temps » à Qumran [31][31] 11QMel, dans Le Monde où vivait Jésus, p. 506-507. et tient une place importante dans l’Epître aux Hébreux. Les racines juives de l’Apocalypse de Jean n’ont jamais été niées, mais des publications récentes de textes de Qumran, en particulier celle des Cantiques pour l’holocauste du sabbat, ont apporté une lumière nouvelle sur ce texte chrétien [32][32] Voir Pierre Prigent, L’Apocalypse de saint Jean, CNT,..., essentiel et pourtant hermétique à nombre de ses lecteurs. Les fidèles de Qumran ont rapproché différentes figures de l’attente juive : le prophète, le messie sacerdotal, le messie royal ; la nouveauté chrétienne proviendra du fait que ces attentes convergent sur une même personne.

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La première communauté chrétienne a pu trouver des modèles littéraires dans la littérature née dans le cadre essénien et dont témoigne Qumran. On s’est plu à rapprocher un texte de Qumran qui applique à un personnage mystérieux le titre de Fils de Dieu, Fils du Très-Haut [33][33] 4Q 246, appelé aussi 4 Qfils de Dieu., de Lc 1, 26-38. L’expression « pauvre en esprit » (Mt 5, 3) n’a de parallèle qu’à Qumran. Le vocabulaire ou les expressions de 2Co 6, 14-15 ou d’Ep 5, 5-11 ont souvent été rapprochés de textes de Qumran. Plusieurs textes de la littérature apocryphe trouvés à Qumran présentent des réactions inquiètes de Lamech découvrant sa femme enceinte [34][34] 1QGnAp II, 1-26, dans Ecrits intertestamentaires, ... ou s’enfuyant au moment de la naissance de Noé [35][35] Hen Eth 106, 4-7, dans Ecrits intertestamentaires,.... Ce thème a pu inspirer, dans sa formulation, le récit de Matthieu à propos de Joseph découvrant enceinte celle à laquelle il est fiancé. Mais qui dit proximité littéraire ou thématique ne dit pas nécessairement dépendance.

33

Non sans arrière-pensée, les tenants d’une hypothèse de rédaction des évangiles proche du ministère de Jésus ont cru pouvoir s’appuyer sur un fragment de Qumran pour affirmer la présence de l’Evangile de Marc à Qumran. Comme l’a joliment montré G. Stanton [36][36] G. Stanton, Parole d’évangile ?, Le Cerf/Novalis, Paris/Montréal,..., à supposer que le fragment fut bien de Marc — ce qui est à prouver —, il n’aurait pu y être apporté que par des personnes étrangères à la mentalité des gens de Qumran, tant cet évangile se situe dans une autre culture.

34

* * *

35

Incontestablement, les textes de Qumran ont modifié assez radicalement les représentations que l’on avait du judaïsme du ier siècle ; ils nous ont mis en présence non plus de textes sur les Esséniens, mais de textes esséniens. Grâce à eux, l’histoire du texte hébraïque de la Bible se dévoile sous un mode plus complexe qu’on ne l’imaginait. Après un temps de pan-essénisme, les chercheurs sont revenus à une vue plus équilibrée. Les textes de Qumran restituent une ambiance, un monde culturel fort utile pour situer le groupe de Jésus dans les judaïsmes du ier siècle et comprendre l’univers culturel qui a présidé à sa naissance, mais on ne peut pas penser que l’essénisme, et sa version qumranienne en particulier, a été la matrice du mouvement chrétien.

Notes

[1]

     Il est préférable de parler de manuscrits de Qumran ; l’expression « manuscrits de la mer Morte » désigne un ensemble plus vaste dont les manuscrits de Qumran constituent une partie. Les autres manuscrits sont ceux du Wadi Muraba’at, du Nahal Hever, de Massada… Ils sont liés à d’autres époques de l’histoire juive.

[2]

     En langue française, on citera en particulier Ernest-Marie Laperrousaz éd., Qoumrân et les manuscrits de la mer Morte, Le Cerf, 1997 ; André Paul, Les Manuscrits de la mer Morte, Bayard-Centurion, 1997 ; déjà Hershel Shanks éd., L’Aventure des manuscrits de la mer Morte (1992), Le Seuil, 1996 ; voir aussi Lawrence H. Schiffman, Emanuel Tov, James C. Vanderkam éd., The Dead Sea Scrolls Fifty Years after their Discovery, The Israel Museum, Jérusalem, 1997.

    [3]

     Voir la mise au point de H. Shanks, « Le Vatican occulte-t-il les manuscrits de la mer Morte ? », dans H. Shanks éd., L’Aventure, p. 327-340.

[4]

     Dès 1959, le public de langue française avait à sa disposition les textes bien conservés ; voir André Dupont-Sommer, Les Ecrits esséniens découverts près de la mer Morte, Payot (ouvrage réédité à plusieurs reprises) – nous utilisons l’édition de 1980. En 1978, André Caquot publiait une traduction du rouleau du Temple, dans EThR 53, 1978, p. 443-500.

[5]

     A la suite de déclarations fort déplacées sur les Juifs, John Strugnell fut contraint de démissionner ; il avait pourtant eu le souci d’associer pour la première fois des savants israéliens à l’entreprise.

[6]

     Le site de Qumran et le Musée de Palestine (dénommé ensuite Rockefeller), où étaient rassemblés les manuscrits, passèrent en 1967 sous administration israélienne.

[7]

     En 2002, les éditions Oxford University Press ont achevé la publication intégrale de manuscrits découverts entre 1947 et 1956. L’édition est composée de 39 volumes.

         [8]

     Voir La Bible. Ecrits intertestamentaires, sous la direction de A. Dupont-Sommer et Marc Philonenko, La Pléiade, Gallimard, 1987 ; on complétera ce recueil fort précieux par Michael Wise, Martin Abegg, Edward Cook, Les Manuscrits de la mer Morte (1997), Plon, 2001.

[9]

     L’histoire de la découverte telle qu’elle a pu être reconstituée et du parcours assez rocambolesque effectué par les premiers manuscrits a souvent été présentée : voir les ouvrages cités à la n. 2.

[10]

     On trouve une bonne représentation des bâtiments du site dans Le Monde de la Bible, n° 107, nov.-déc. 1997, p. 20-24.

[11]

     Pline, Histoire naturelle, V, 17, 4. Les différents textes d’auteurs anciens sont notamment rassemblés dans A. Dupont-Sommer, Les Ecrits esséniens, p. 31-49.

     

[12]    Ce résultat fut obtenu par l’étude paléographique des manuscrits, confirmée par la méthode du carbone 14.

[13]

     Voir, par exemple, Antiquités judaïques XVIII, 11-25.

[14]

     Hugues Cousin, Jean-Pierre Lémonon, « La foi au Dieu un. Un judaïsme aux sensibilités diverses », dans H. Cousin, J.-P. Lémonon, Jean Massonnet, Le Monde où vivait Jésus, Le Cerf, 1998, p. 521-739.

[15]

     Certes, depuis sa publication en 1910, on disposait du Document de Damas, mais ce texte isolé était difficile à situer.

[16]

     Voir la lettre halakhique 4QMMT, dans Le Monde où vivait Jésus, p. 500-505.

[17]

     Le sens de ce terme est discuté ; il évoque sans doute l’idée de « sainteté ». Les gens de Qumran se nomment eux-mêmes « fils de Sadoc, fils de l’Alliance, de la lumière, ou hommes de la communauté ».

[18]

      AJ XVIII, 18.

[19]

      1    QS IX, 10-11, Le Monde où vivait Jésus, p. 572.

[20]

     Le Monde où vivait Jésus, p. 573.

[21]

     On a souvent noté l’absence du livre d’Esther ; il semble, en fait, qu’il existe parmi les manuscrits un prototype araméen d’Esther. Les manuscrits contiennent aussi des livres que l’on ne retrouve que dans la Septante.

[22]

     Voir le tableau établi par A. Paul, Les Manuscrits de la mer Morte, p. 66.

[23]

     On désigne par pesher, l’actualisation d’un texte ancien dans un vécu immédiat. En Luc4, 16-30, Jésus effectue un pesher. Voir les commentaires d’Habaquq ou de Nahum, dans Ecrits intertestamentaires, p. 335-365.

[24]

     Voir, par exemple, en Ecrits intertestamentaires, p. 409-412.

[25]

      On désigne sous ce terme les savants juifs qui, à partir du ive s. ap. J.-C., se sont préoccupés de faciliter la lecture du texte biblique en y introduisant des indications graphiques.

[26]

      Voir le tableau dressé dans Le Monde où vivait Jésus, p. 463-464.

[27]

     Voir Emile Puech, « Les manuscrits de la mer Morte et le Nouveau Testament », dans E.M. Laperrousaz éd., Qoumrân, p. 288-294.

[28]

     1QS VIII, 1-16.

[29]

      A. Dupont-Sommer, Les Ecrits esséniens, p. 385. Voir aussi la mise au point de J.-C. Vanderkam, « Les manuscrits de la mer Morte et le christianisme », dans H. Shanks, L’Aventure, p. 227-253.

[30]

     Sur la résurrection dans le judaïsme ancien, l’ouvrage fondamental est celui de E. Puech, La Croyance des Esséniens en la vie future : immortalité, résurrection, vie éternelle ? Histoire d’une croyance dans le judaïsme ancien, 2 t., Etudes bibliques, Gabalda, 1993 ; voir aussi M. Gilbert, « Immortalité ? Résurrection ? Faut-il choisir ? », dans Ph. Abadie-J.P. Lémonon éds, Le Judaïsme à l’aube de l’ère chrétienne, Le Cerf, 2001, p. 271-297.

[31]

      11QMel, dans Le Monde où vivait Jésus, p. 506-507.

[32]

      Voir Pierre Prigent, L’Apocalypse de saint Jean, CNT, Labor et Fides, Genève, 2000, p. 13-24.

[33]

     4Q 246, appelé aussi 4 Qfils de Dieu.

[34]

     1QGnAp II, 1-26, dans Ecrits intertestamentaires, p. 387-388.

[35]

     Hen Eth 106, 4-7, dans Ecrits intertestamentaires, p. 621.

[36]

      G. Stanton, Parole d’évangile ?, Le Cerf/Novalis, Paris/Montréal, 1997, p. 35-50.

Résumé

Français

Les textes de Qumran restituent une ambiance, un monde fort utile pour situer le groupe de Jésus dans les judaïsmes du Ier siècle et comprendre l’univers culturel qui a présidé à sa naissance. Mais on ne peut pas penser que l’essénisme, et sa version qumranienne en particulier, ait été la matrice du mouvement chrétien.

Plan de l'article

  1. Les reproches adressés aux savants chargés de la publication des textes
  2. Les bâtiments, les manuscrits et l’identité des familiers de Qumran
  3. Les manuscrits font connaître un judaïsme du ier siècle diversifié
  4. Pratiques et croyances des gens de Qumran
  5. Un intérêt spécifique pour l’Ecriture et ses commentaires
  6. Qumran et le christianisme

Le Maître de Justice (en hébreu מורה הצדק) ou le Prêtre maître de Justice est un ou plusieurs personnages désignés par ce pseudonyme symbolique qui apparaissent dans certains des manuscrits de la mer Morte découverts dans des grottes, près des ruines de Qumrân.

Pour les partisans du « modèle standard » et de la théorie anti-hasmonéenne, il s'agirait au iie siècle av. J.-C., du fondateur du mouvement des Esséniens ou pour le moins du fondateur du groupe qui se désigne sous le nom de Yahad (Unité, Alliance) dans les manuscrits. Toutefois, il n'existe aucun consensus, ni au sujet de l'identité du Maître, ni au sujet d'autres personnages désignés eux aussi sous des noms symboliques, comme les adversaires du Maître, le « Méchant prêtre » et le « Cracheur de mensonges » (ou l'Homme du mensonge).

Il n'y a pas non plus de consensus sur la période concernée. Notamment, les partisans de la théorie pro-hasmonéenne font remarquer que plusieurs documents qui parlent du Maître de Justice, renvoient à un Maître en activité entre -76 et -63, ce qui est bien loin du début de l'activité du Maître de Justice du « modèle standard », supposé avoir fondé la « secte » vers -175.

Une partie de la critique retient donc l'hypothèse selon laquelle derrière ces pseudonymes symboliques, se cachaient plusieurs « Maître de Justice » successifs et plusieurs Grands prêtres successifs appelés « Méchant prêtre » dans certains manuscrits, alors que d'autres estiment qu'il n'est pas prouvé que les manuscrits font référence à plusieurs « Maîtres de Justice ».

Le « Maître de Justice » est cité dans certains Manuscrits de la mer Morte retrouvés dans onze grottes situées à proximité des ruines de Qumrân où ils avaient été entreposés probablement pendant la Grande révolte juive, avant le contrôle de la région par l'armée romaine (68-70). Les manuscrits datent pour l'essentiel du iie siècle av. J.-C. jusqu'au milieu du ier siècle ap. J.-C..

Quelques-uns, dont des textes bibliques, sont plus anciens et datent du IIIe siècle av. J.-C. Parmi ces 870 manuscrits — dont il ne reste parfois que quelques fragments — une trentaine mentionnent le « Yahad » (« Unité », « Alliance »), un mouvement religieux derrière lequel bon nombre de chercheurs reconnaissent les esséniens.

Dans d'autres manuscrits qui ne mentionnent pas le Yahad, on repère un vrai système de mots ou de formules qui les font classer également parmi les écrits dits « sectaires ». Ils sont à eux tous une bonne centaine. Plusieurs points de convergence entre la description des esséniens chez les auteurs antiques et la doctrine décrite dans les manuscrits semblent effectivement permettre d'identifier avec eux les membres de la communauté du Yahad.

Un grand nombre de critiques estiment que ce mouvement doit être identifié aux Esséniens, toutefois des chercheurs préfèrent distinguer les deux groupes, à cause de quelques différences existant entre eux. En effet certains éléments sont carrément contradictoires avec les sources au sujet des esséniens (Josèphe, Philon): les membres du yahad sont littéralement obsédés par les « féroces Kittim », derrière lesquels on reconnaît aisément les Romains, et de nombreux écrits parlent de guerres apocalyptiques (en) qu'il faudra mener contre eux.

Ce qui semble être la Charte du mouvement utilise même « une terminologie militaire très marquée. » Or, dans leurs descriptions idéalisées des esséniens, Philon d'Alexandrie et Flavius Josèphe insistent sur l'aspect que l'on pourrait qualifier de « non-violent » de leur doctrine, les conduisant même jusqu'à refuser de posséder des armes et précisant que lorsqu'ils voyageaient, les esséniens n'emportaient que des armes défensives. Les guerres apocalyptiques qu'il va falloir mener selon plusieurs écrits du mouvement du Yahad, sont conduites par le Messie – ou par deux messies successifs – et ont pour but d'instaurer le Royaume de Dieu.

Sa désignation symbolique: L'expression « Maître de Justice » vient vraisemblablement du livre de Joëlכִּי-נָתַן לָכֶם אֶת-הַמּוֹרֶה לִצְדָקָה (« car Il [Dieu] vous a donné la pluie d'automne selon la justice » ou « d'une manière bienfaisante ») »— Joël 2,23. Texte massorétique, Traduction œcuménique de la Bible et traduction de la Bible du Rabbinat. Selon la méthode d'interprétation de la Bible appelée pesher et qui est propre au groupe auteur des manuscrits, les paroles des prophètes ont un sens caché qui s'appliquent à leur propre époque. Selon cette méthode, la signification de ce verset pouvait être « car il vous a donné le Maître de Justice ».

Le livre d'Osée présente un parallèle encore plus évident avec le Document de Damasעד עמד יורה הצדק (« jusqu'à ce qu'apparaisse celui qui enseigne la Justice ») »— Document de Damas (6.10-11)« וְעֵת לִדְרוֹשׁ אֶת יְהוָה עַד יָבוֹא וְיֹרֶה צֶדֶק לָכֶם (« il est temps de rechercher Yahvé jusqu'à ce qu'il vienne faire pleuvoir sur vous la justice ») »— Osée 10,12. Texte massorétiqueN 3 et Traduction œcuménique de la Bible. Dans les deux cas, la racine hébraïque ירה (yarah) « enseigner, faire pleuvoir » est associé au terme צדק (tsedeq) « justice ».

Le contexte de la venue de celui qui « fait pleuvoir/enseigne » est le même : il intervient comme la conséquence de la recherche de Dieu. État de la question: Les textes de Qumrân qui décrivent la vie de la « secte » (notamment les pesharim et le livre de la Nouvelle Alliance au pays de Damas) ne mentionnent que rarement des noms propres. Des pseudonymes symboliques désignent le principal acteur de la communauté et leurs adversaires.

L'identification du Maître de Justice avec un personnage historique connu est peut-être possible. Elle dépend toutefois de plusieurs facteurs. Le premier est de parvenir à déterminer la où les périodes concernées par les différents textes. Le second qui est intrinsèquement lié au premier est de parvenir à identifier le maximum de personnages désignés eux-aussi par des pseudonymes symboliques avec des personnages historiques connus.

Personnages et pseudonymes symboliques: Chez le « Maître de Justice » certains critiques reconnaissent le fondateur du groupe12, ou pour le moins son dirigeant. Il s'agit d'un prêtre qui grâce à son intuition religieuse hors du commun a « reçu de Dieu la révélation du sens caché des Écritures» et de la juste interprétation de la Loi de Moïse.

« Deux figures, ou « deux instruments de la violence » (4Q175, Les témoignages ou Testimonia) s'opposent à lui et persécutent son groupe. » Le « Prêtre Impie » (en hébreu, Grand Prêtre se dit Kohen haRosh. Kohen haRasha, qui signifie "Prêtre Impie", est ici un jeu de mot) qui est « cupide, violent, corrompu ; il harcèle le « Maître », tente de l'assassiner et finalement le contraint à l'exil. »

Le second ennemi du groupe est le « Cracheur de mensonges » aussi appelé « l'Homme du Mensonge ». « Par ses mensonges et avec sa clique sinistre, composée des « Chercheurs de flatteries », il dissuade les hommes de suivre le « Maître ». 

L'identification de ces personnages et de ces groupes sont l'objet de plusieurs suppositions parmi les historiens. Aucun consensus ne se dégage à ce sujet, ni à propos de la période où se déroule ces événements. Personnages explicitement nommés.

Quelques textes retrouvés dans la grotte no 4 désignent explicitement des personnages historiques. À certaines dates du Calendrier des annales du mouvement sont associés des personnages et des événements historiques parfaitement identifiables.

Une pratique que l'on trouve aujourd'hui aussi sur nos calendriers. Il est toutefois très parcellaire, mais on peut ainsi lire « Hyrcan s'est révolté contre Aristobule » (Hyrcan II et Aristobule II) « Shelomziyon est venue... », allusion à leur mère Salomé Alexandra, et « Amelius a tué », allusion à Amelius Scaurus qui conduisit les armées de Pompée en Palestine durant les années 60 av. J.-C., alors que les frères Hyrcan et Aristobule se disputaient le pouvoir.

On y reconnaît aussi Alexandre Jannée dans « le roi Jonathan » (Ywtn hmlk). L'identification de ce « roi Jonathan » avec Jonathan Maccabée ne paraît pas concevable, car comme l'indique André Lemaire, le frère de Judas Maccabée ne portait pas le titre royal. Par ailleurs, l'expression Ywtn hmlk est comparable à celle qui apparaît sur les monnaies d'Alexandre Jannée, ou encore sur une bulle de ce roi.

Tous les personnages explicitement nommés renvoient au ier siècle av. J.-C., à l'exception d'un acte juridique retrouvé à Qumrân qui est daté en prenant comme référence le début du règne de l'empereur Tibère. Les « Chercheurs de flatteries »: Le « Cracheur de mensonges » aussi appelé « l'Homme du Mensonge »est le chef d'une « clique sinistre » appelée « Chercheurs de flatteries » ou « Chercheurs des choses flatteuses » qui est désormais consensuellement identifiés aux Pharisiens.

Il est par exemple fait référence à eux dans un passage du « Pesher de Nahum », ou Commentaire de Nahum, dans lequel, comme dans de multiples autres textes dits « sectaires », l'auteur scrute les anciemmes prophéties de la Bible hébraïque pour y chercher les présages de l'histoire qui lui est contemporaine:« 2 [Cela renvoie à Démé]trios, roi de Grèce, qui chercha à entrer dans Jérusalem à l'incitation des Chercheurs de flatterie.
[...]
6 Cela renvoie au lion de la colère 7 [...] vengeance contre les Chercheurs de flatterie, car il avait coutume de pendre les hommes vivants, 8 (comme on faisait) jadis en Israël. »Ce passage fait référence à Démétrios III

Philopator (roi séleucide de 95 à 88 av. J.-C.) et à son intervention en Judée contre Alexandre Jannée, favorable aux Sadducéens.

Démétrios avait répondu à l'appel des Pharisiens, qui ici sont appelés les « Chercheurs de flatteries » comme dans plusieurs autres manuscrits.

Le « lion de la colère » est Alexandre Jannée qui après sa victoire contre Démétrios avait fait crucifier un grand nombre de Pharisiens, « pendus vivants » pour se venger de leur trahison. Personnages et groupes probablement identifiés : Comme mentionné ci-dessus, le chef dénommé « Le Lion de la Colère » est en général identifié à Alexandre Jannée et dans les manuscrits de la mer Morte, la puissance étrangère menaçante appelée « Kittim » désignent les Romains.

Le « Commandant des Kittim » étant un général romain. Il est aussi généralement admis que Le Chef des Rois de Yâwân (Le Chef des Rois grecs ) est un proconsul dont celui qui est mentionné en rapport avec la prise de Jérusalem est Pompée (-63).

Les adversaires du « Maître : Deux figures, ou « deux instruments de la violence » pour reprendre le vocabulaire du manuscrit Testimonia, s'opposent au Maître de Justice et persécutent son groupe. Le premier ennemi du groupe est le « Cracheur de mensonges » ou le « Prédicateur du Mensonge » (en hébreu מטיף הכזב). Il est aussi appelé « l'Homme du Mensonge » (איש הכזב). Il semble être le chef des « Chercheurs de flatteries » et il dissuade les hommes de suivre le « Maître » par ses « mensonges ». Ce personnage apparaît dans le Document de Damas et dans les pesharim.

Il existe un fort parallèle entre les expressions « Maître de Justice » et « Prédicateur du Mensonge ». Dans les deux expressions, le premier des deux termes est basé sur une racine indiquant un rôle d'enseignement, avec une image sous-jacente liée à l'eau. La racine ירה signifie « enseigner, verser » alors que la racine נטף signifie « prêcher, faire couler ».

Le deuxième terme des expressions précise la fonction d’enseignement et oppose la « Justice » au « Mensonge » . Trois passages mentionnent le « Maître de Justice » en relation avec le « Prêtre Impie ». Le « Prêtre Impie » est décrit comme « cupide, violent, corrompu », il harcèle le « Maître », tente de l'assassiner et finalement le contraint à l'exil.

Le qualificatif de « Prêtre Impie » désigne manifestement un Grand Prêtre du Temple de Jérusalem. C'est ici un jeu de mot : הכהן הראש (ha-kohen ha-rosh), « le Grand Prêtre » en hébreu, devient הכהן הרשע (ha-kohen ha-rasha), «le Prêtre Impie ». Le « Prêtre Impie » est absent du Document de Damas. Il n'est mentionné que dans les pesharim. Là aussi, l'identification de ces personnages et de ces groupes sont l'objet de plusieurs suppositions parmi les historiens. Aucun consensus ne se dégage à ce sujet.

Apparaissent aussi « Les Traîtres », « Ephraïm » et « Manassé », qui semblent être deux groupes juifs différents ou opposés à l'Alliance (Yahad), la « Maison d'Absalom » qui a déçu le mouvement par son attitude.Divergences sur la période concernée : Les partisans du « modèle standard » et de la théorie anti-hasmonéenne pensent pouvoir reconstituer la naissance du mouvement essénien, vers le milieu du iie siècle av. J.-C., avec un Maître de Justice qui aurait pris la direction de la « secte » vers -175 (410 ans après la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor).

Ce qui a fait dire à certains critiques que l'on cherchait ainsi une date la plus éloignée possible de la naissance du mouvement créé par Jésus pour éloigner tous risques que Jésus ou son mouvement aient été liés aux eaux troubles d'une révolte sociale à caractère violent. Les partisans de la théorie pro-hasmonéenne concentrent leurs travaux sur la période où vivaient les seuls personnages dont le nom est explicitement cités dans certains manuscrits qui tous étaient florissant au ier siècle av. J.-C..

De même, ils estiment que certains manuscrits parmi les plus significatifs du Yahad — par exemple l'Hymne au roi Jonathan , le Pesher de Nahum, le Manifeste , le Document de Damas ou le Pesher d'Habacuc— renvoient à des événements qui se sont produits lors de ce même siècle.

Le Pesher de Nahum dit explicitement que le règne du « Lion de la colère » est terminé et l'identification du « Lion de la colère » avec Alexandre Jannée, mort en -76 est désormais généralement admise. Ce Pesher évoque très probablement le sort d'Aristobule II et de « ses femmes, ses nouveau-nés, ses enfants » lors de la défaite que lui a infligé Pompée en -63 (Pompée y est désigné sous le pseudonyme symbolique de Chef des rois de Yâwân (Chef des rois grecs).

Le Pesher d'Habacuc décrit l'action des armées romaines — désignés sous le nom de kittim — qui se sont emparées de la Judée en -63. Les partisans de la théorie anti-pharisienne s'intéressent particulièrement aux écrits qui datent du ier siècle — dont d'après eux la Lettre/Manifeste —. Ils s'intéressent aussi à la façon dont les lecteurs de ce même siècle interprétaient les manuscrits des siècles antérieurs en étudiant les pesharim, un genre littéraire qui n'est connu que par les manuscrits retrouvés près de Qumrân.

La plupart de ces critiques estiment que c'est le mouvement nazôréen créé par Jésus qui a caché ces manuscrits dans le contexte de la Grande révolte juive (66-70).

Ils auraient été particulièrement impliqués dans cette révolte et c'est d'eux dont parlerait Flavius Josèphe sous le nom de Zélotes. Ce qui expliquerait pourquoi on n'est jusqu'à présent pas parvenu à identifier le moindre Juif chrétien parmi les centaines de personnages qu'évoque Flavius Josèphe pendant la révolte.

Un ou plusieurs « Maîtres de Justice »:Tous ces écrits font référence à un « Maître de Justice » ou à un « Méchant prêtre » qui seraient florissant pendant plus de 100 ans si l'on adopte le point de vue du modèle standard qui fait du « Maître de Justice » le créateur de la secte 410 ans après la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor.

Un des rouleaux de la mer Morte lors d'une rare exposition à Chicago en 2000.

Marc Bloc éminent historien et grand martyr de la résistance a écrit:

 

"L'histoire se déroule et se raconte dans le sens où s'écoule le temps, mais s'explique en faisant le chemin inverse."

 

Un jeune bédouin de la tribu des Ta'amiré dont la chèvre s'était égarée dans les rochers brûlant de la Mer Morte, découvrit par hasard une grotte, où après s'être inséré avec difficulté, il trouva des jarres dans lesquelles dormaient, soigneusement emmaillotés de tissu de lin, des rouleaux de cuir. Ce jeune garçon en emporta deux spécimens.  Ce jeune homme ignorait à cet instant, qu'il venait de mettre la main, sur la plus grande découverte archéologique du XX°siècle.

 

Cela se passait en 1947. Découverte on ne peut plus symbolique : ces documents furent enterrés dans des jarres en l'an 70 de notre ère à la destruction du temple de Jérusalem et réapparaissent à la surface, le jour de la déclaration de guerre des pays arabes, ligués contre la naissance de l'Etat d'Israël en mai 1948 soit presque 2000 ans plus tard.

 

Cette découverte donna lieu, pendant plus de cinquante ans aux plus grandes polémiques et querelles de savants de ces cent dernières années, agrémentées de rebondissements dignes du plus pur style du roman noir! La réalité dépassait la fiction !

 

Une autre version, moins poétique, celle de Mireille Bélis, chercheur à l'école biblique de Jérusalem, nous apprend que ce n'est pas en cherchant un chevreau égaré, que l'on découvrit, par hasard, les grottes de Qumran.

 

Il est important de noter, que de tout temps, dans cette contrée, se pratiquait un énorme trafic de contrebande, et que notre bédouin contrebandier cherchait à mettre son butin à l'abri…..la caverne d'Ali Baba en somme…..qui aurait probablement déjà été visitée dans le passé!

 

Là, j'ouvre une importante parenthèse:

 

Le I° rouleau de la Mer Morte (que l'on ne désignait pas encore sous cette appellation) fut trouvé au Caire dans la Synagogue caraïte de Ben Ezra dont la Génisa, sorte de grenier ou dépotoir, étaient mis à l'abri les manuscrits jugés apocryphes ou détériorés, qui ne pouvait être détruits par le feu puisqu'il contenaient le nom de dieu.

 

Son découvreur était Salomon Schechter, chargé d'enseignement du Talmud et de littérature rabbinique à l'université de Cambridge qui fit cette étonnante découverte au cours d'un voyage au Caire en 1897,soit un demi-siècle avant la découverte des grottes de Qumram.

 

La découverte de Schechter établit pour la première fois que l'Ecclésiaste, en hébreu Kohelet, le texte du Siracide avait bien été rédigé en hébreu à l'origine et était une œuvre juive datant du II°siècle avant notre ère :

Cette version en hébreu de la Sagesse de Ben Sirat, livre que les catholiques intègrent dans la Bible, les Protestants et les juifs, dans les apocryphes.

 

La deuxième surprenante découverte de Schechter fut une copie d'un document : l'écrit de Damas ou fragment Sadocide, titre donné par les savants à ce document, document attribué à la secte de Qumran et qui donnait de précieuses informations sur cette population. Le début et la fin de ce document étaient manquants.

 

Schechter parlait d'une étrange fraternité juive datant de l'époque du Second Temple, inconnue, fortement structurée, vouée à une ardente piété, pratiquant la communauté des biens et croyant en la venue d'un Messie rédempteur.

 

Leurs différences doctrinales avec le judaïsme officiel, supposait-il, les poussèrent à se séparer de la masse de la nation juive. L'original de "l'écrit de Damas" fut trouvé cinquante ans plus tard dans la grotte n° 01 et ses importants fragments permirent de compléter et d'authentifier le texte qui fut trouvé au Caire 50 ans auparavant.

 

La publication de ces documents revint au père Joseph Milick faisant partie du groupe de recherche de l'école biblique de Jérusalem, qui après trente ans, n'était toujours pas parvenu à s'en acquitter et qui dans ce laps de temps avait quitté les ordres avec quatre rouleaux, les plus importants pour la compréhension du message ésotérique contenu dans l'ouvrage éssénien. Malgré toutes les recherches on ne retrouva trace ni des rouleaux ni du père Milick. Bien étrange !

 

Quels étaient les mystérieux habitants de Qumran?

Qui étaient les gens qui avaient participés à l'élaboration de ces rouleaux et pourquoi ?

Qui étaient les hommes qui ont fondé une communauté dans ce lieu, transcrits et déposés des textes sacrés pour disparaître ensuite de la scène de l'histoire ?

 

En 125 avant notre ère, le roi Antipas pris le pouvoir, aidé en cela par les occupants Séleucides, descendants grecs d'Alexandre le Grand. Pouvoir royal qu'Antipas ne pouvait assumer car n'étant pas descendant de la lignée du roi David, comme l'exigeait la loi d'élection instituée par les grands prêtres d'Israël et Moïse dans le désert du Sinaï lors de l'exode des hébreux fuyant l'Egypte.

 

Antipas nomma un grand prêtre du Temple de Jérusalem pour assumer le pouvoir spirituel, grand prêtre qui par tradition devait appartenir à la lignée des Zadokim, descendants de Aaron.  Zadoc, grand prêtre légitime, et ses adeptes se retirèrent au désert, pour attendre la résurrection de leur Maître de Justice, à la fin des temps.

 

Avant la mise au jour de leurs sites, les Esséniens avaient suscité l'intérêt de quelques auteurs de l'Antiquité.

 

Philon d'Alexandrie leur a consacré une notice dans son "Apologia pro Judaeis", qui se trouve reprise dans la "Préparatio évangélica" d'Eusèbe de Césarée.

 

Flavius Joseph mentionne les Esséniens notamment dans la Guerre des Juifs et dans les Antiquités judaïques. Pline l'ancien les cite dans son histoire naturelle et Hippolite de Rome dans la réfutation de toutes les hérésies.

 

Tous ses auteurs décrivent les Esséniens comme une communauté recherchant une grande pureté spirituelle et physique, à l'image du peuple hébreu  au désert, symbole de ressourcement! Il est intéressant de constater que dans les Evangiles l'ont ne fasse pas allusion aux Esséniens, alors que les Pharisiens y sont souvent pris à partie !

 

Pour Pline l'ancien, les Esséniens sont des ermites célibataires vivant "en la seule société des palmiers" correspondrait géographiquement à celle de Qumran, vestiges d'une importante implantation humaine, trouvés au bord de la Mer Morte.

 

Flavius Joseph les considère comme une sorte d'ordre monastique ou adeptes d'une religion à Mystères, probablement héritage du séjour babylonien d'une partie du peuple hébreu déporté par le roi Nabuchodonosor. Les postulants étaient soumis à une période d'essai de trois années, l'équivalent d'un noviciat, avant d'être reçus définitivement dans la Communauté.

Les Esséniens nous dit Flavius Joseph, sont versés dans l'étude des livres de la Bible et  dans l'enseignement des Prophètes.

 

Ils connaissaient l'art de la divination et prédisaient l'avenir grâce à l'étude des textes sacrés et à la pratique de la purification. Leur âme immortelle est prisonnière de leur corps, enveloppe mortelle et périssable. A leur mort "leur âme délivrée regagne avec joie les régions supérieures".

 

Joseph insiste sur la ressemblance de leurs préceptes avec ceux de l'école pythagoricienne. L'historien insiste aussi sur leur stricte observance de la loi de Moïse. Philon fait un parallèle entre les Esséniens de Qumran et la secte des Thérapeutes vivant au bord du lac Maréotis à Alexandrie d'Egypte.

 

Ce qui signifierait que la secte des ésséniens était disséminée au travers du pays que les Romains lors de leur conquète avaient nommé la Palestine ou pays des Phillistins. De l'occupation romaine date cette appellation.

 

Les Esséniens sont issus de l'image stéréotypée qu'ont laissé d'eux ces trois auteurs, image agrémentée du mysticisme et du romantisme répandu par les écrivains du l9° et début du 20° siècle, affirmant que les Esséniens étaient un groupe pacifiste adonné uniquement à la prière et à la méditation.

On est surpris de découvrir parmi les manuscrits de Qumran le fameux rouleau de la Guerre, qui étonna les exégètes chargés de les décrypter.

 

En 1952, découverte d'une deuxième grotte. Le chef de l'expédition est le père Roland Devaux, directeur de l'école biblique de Jérusalem, à l'époque sous autorité jordanienne. Cette grotte répertoriée grotte n °4 contenait de très nombreux rouleaux plus ou moins en bon état, ainsi qu'un étrange rouleau de cuivre scindé en deux parties par l'oxydation.

 

Après bien des vicissitudes et un voyage vers une université anglaise, la technique perfectionnée du découpage permit de déchiffrer le contenu du texte de ce rouleau de cuivre. L'on appris avec stupéfaction l'énumérer des trésors du Temple de Jérusalem, avec l'étonnante nomenclature des différentes caches contenant plusieurs tonnes d'or et d'argent dissimulées avant la prise de Jérusalem par les romains, en l'an 70 de notre ère… Déjà les fonds en déshérence, en somme !

En 1952, un communiqué très laconique paru dans une revue spécialisée, la revue biblique, éditée par le père Devaux. Cette revue informait le monde des exégètes de l'extraordinaire découverte de documents inespérés qui, à la réjouissance du monde scientifique, devait apporter un éclairage nouveau sur cette période très controversée qu'était la naissance du Christianisme.

 

Que contenaient les documents ? On distingue 9 types de textes dans les manuscrits:

1.   Les Messianiques et Visionnaires, dont le manuscrit le plus représentatif est "La nouvelle Jérusalem" attribué au prophète Ezéchiel, qui se réfère à une apocalypse imminente.

2.   Les textes inédits de prophètes connus et des textes rédigés dans le style de la Bible (les Apocryphes).

3.   Les exégètes bibliques, commentaires et révisions du Testament, rédigés dans l'esprit spécifique de ce groupement juif.

4.   Les textes dits calendaires et gardes sacerdotales, système de calendriers et prescriptions sur la rotation des prêtres à certaines tâches (les Esséniens avaient adopté le calendrier solaire alors que le peuple d'Israël fonctionnait sur le calendrier lunaire.)

5.   Les testaments et admonitions que l'on peut définir comme textes de sagesse considérés comme Justice, c'est à dire permettre au fidèle d'assurer son Salut.

6.   Les Psaumes et Mystères.

7.   Le rouleau de la Guerre, où certains principes guerriers nous étonnent et prouvent que cette Communauté n'était pas indifférente aux événements politiques et militaires qui se déroulaient dans cette région, sous occupation romaine, comme la version officielle a bien voulu nous le faire accroire.

8.   Les textes sur la divination, la magie, l'astrologie et l'occultisme en général que ce groupe prisait fort. Plusieurs rouleaux étaient codés, c'est à dire écrit en langage kabbaliste comme l'Apocalypse de Jean par exemple, où la Guématria, manipulation des nombres, est très importante dans ce texte que l'on peut décrypter au travers de la connaissance de la Kabbale juive.

Jusqu'à plus ample informé, aucun de ces manuscrits ne cite le nom de Jésus. Toutefois le caractère d'un personnage, assez énigmatique, le Maître de Justice peut évoquer et préfigurer celui de Jésus. Les manuscrits de la Mer Morte présentent donc un intérêt considérable pour les historiens des religions et les historiens généraux.

 

 Ils éclairent un aspect toujours obscur de la naissance du Christianisme et de la vie spirituelle et politique du peuple juif dans les provinces romaines de la Palestine, du 1°siècle jusqu'à la destruction du Temple de Jérusalem par les troupes romaines en 70 de notre ère.

 

Le nombre incalculable d'écrits datant de cette période nous permet de constater que ce fut une période prolifique et pleine d'effervescence spirituelle pour le peuple juif : la preuve de la vitalité de la pensée juive et de sa vie spirituelle qui fut contesté par le christianisme paulinien.

 

Par contre aucune trace historique écrite concernant le Christianisme ! Le plus étonnant c'est que le témoignage écrit des MM, qui par sa datation se situe exactement dans la période du postulat d'un nommé Jésus dont le nom ne figure dans aucun des 800 rouleaux trouvés et dans aucun écrit  de l'époque.

 

Comment le personnage de Jésus peut-il être ignoré s'il a eu l'impact extraordinaire que les évangiles nous rapportent ? Comment ce personnage dont les faits et gestes ont été magnifiés pouvait-il être ignoré d'une secte qui vivait à 30 km de Jérusalem et qui avait des adhérences et représentations au travers de toute la Palestine ainsi que dans tous les pays limitrophes (Syrie, Egypte, ex. )

 

Aussi étrange que cela paraisse, ces manuscrits rédigés en langue hébraïque sacerdotale et en araméen, langage courant, donc textes écrits par des juifs pour des juifs, furent interdits d'approche aux exégètes juifs qui voulurent les consulter !

 

Il faut savoir que l'école biblique de Jérusalem est l'émanation de l'ordre des Dominicains et dépend directement de l'autorité de Mgr Ratzinger, qui au Vatican dirige au titre de Préfet la Congrégation pour la doctrine de la foi . Cette institution ne date que de 1965, mais ses origines remontent au XIII° et était connue sous l'appellation du Saint Office ou la terrible Inquisition.

 

Il est intéressant également de constater que le ministère de Mgr Ratzinger dépend directement de l'autorité du Pape, sans intermédiaire. Le degré d'intervention de l'église catholique dans les recherches qumraniennes ne peut qu'éveiller les soupçons. Peut-on ignorer la possibilité d'une relation de cause à effet entre cette intervention et le gâchis de cette affaire qui a consistée pendant des décennies en une rétention et une non-publication de documents essentiels appartenant à toute la communauté scientifique internationale.

 

Une idée s'impose : les intérêts en jeu dépassaient les simples préoccupations de réputations scientifiques : le Christianisme était mis en cause dans ce qu'il a de plus spécifique : son dogme.

Depuis la découverte des premiers manuscrits, une seule question hante les esprits, provoquant curiosité et anxiété : ces textes trouvés si près de la source, jamais divulgués, à l'inverse du Nouveau testament, ouvrent-ils de nouvelles perspectives sur les origines du Christianisme, sur l'Eglise primitive de Jérusalem sur Jésus lui-même ?

 

Contiennent-ils des choses compromettantes, quelque chose qui remet en cause la Tradition ?

Les découvertes des documents de Nag Amadi, dans la région du Fayoum en Egypte (évangiles gnostiques trouvés en 1945, l'évangile de Thomas, de Barnabé et de Marie) confirmeraient les manipulations des Evangiles .

(Je vous enjoins particulièrement de lire "L'évangile de Marie" traduit par le père Leloup qui, a mon humble avis est particulièrement révélateur et serait un précieux apport à la thèse du mariage des prêtres).

(sur le lien ci-dessus pour l'évangile de Marie: 

Henri LABORIT neurobiologiste agnostique, même s'il a écrit que « Jésus est mon ami », l’avait bien compris dans « Eloge de la Fuite », page 59 :

« Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il y parvient jamais ». Répondant à Jacques LANGUIRAND, à Radio Canada, il disait :« Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion, la liberté ! ». Ou encore : « Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici que cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi que ce soit qui change » (dernière phrase du film, « Mon oncle d'Amérique » (1980), écrit par Alain Resnais.)

 

Tous les documents de la grotte n04 en provenance de Qumran furent confisqués par les chercheurs de l'école biblique qui n'avaient pas particulièrement qualité universitaire pour les étudier.

 

Depuis presque quarante cinq ans et malgré les nombreuses injonctions que la communauté scientifique internationale adressa vainement à l'école biblique, une fin de non recevoir lui fut toujours opposée. Jusqu'à ce jour les 3/5 des manuscrits ont été publiés. Le directeur de l'école biblique prétexta le long travail de reconstitution et de traduction des textes au vu de leur dégradation.

 

Aspect tout à fait concevable si nous étions au début du siècle ! Mais, avec les moyens techniques ultra sophistiqués qui sont mis à la disposition du monde scientifique, ce retard paraît pour le moins suspect.

 

Deux jeunes chercheurs américains nous en firent la démonstration il y a quelques années. Ils furent envoyés à Jérusalem par leur université respective auprès du père Strugnel, nouveau directeur de l'Ecole biblique à la mort du Père Devaux, et seul éditeur exclusif mondial de toute la publication de cette institution.

 

Ces deux savants furent à leur tour éconduits avec l'affirmation péremptoire du directeur, que jamais de leur vivant ils ne pourraient consulter les manuscrits ! Piqués au vif, et par des moyens peu orthodoxes, nos deux chercheurs piratèrent certains documents qui leurs étaient indispensables pour leurs propres recherches et, grâce à l'informatique, réussirent à reconstituer certains éléments qui leurs faisaient défaut. La lecture à l'infrarouge ne fut pas négligée.

 

Puis, par la suite, grâce à des lambeaux de cuir achetés à prix d'or à des marchands arabes de Bethléhem, furent reconstitués des rouleaux entiers au travers du code génétique de chaque morceau de cuir. Ce qui permit, en l'espace de deux ans de présenter au musée du livre de Jérusalem ces précieux documents augmentés du Rouleau du Temple, véritable Thora éssénienne.

 

Il est intéressant de connaître les péripéties qui accompagnèrent son achat effectué par le général Ygal Yadin, fils du grand archéologue israélien Sukenick :

 

A vendre : manuscrits bibliques datant environ du II°siècle av. notre ère Conviendraient parfaitement comme don, collectif ou individuel, à une institution religieuse ou universitaire.

 

Cette annonce parue dans le WalI Street Journal du 10 juin 1954, passerait aujourd'hui pour une plaisanterie douteuse ou un message codé destiné à masquer un trafic d'armes ou un fait d'espionnage.

 

Aujourd'hui, en effet les manuscrits de la Mer Morte sont suffisamment connus, au moins de nom. Même si la plupart des gens n'ont qu'une vague idée de la question, ils pressentent que ses rouleaux représentent une source d'une rare authenticité et une preuve archéologique d'une importance primordiale.

 

Le vendeur était le chef spirituel du monastère St Marc de Jérusalem qui avait acquit ce rouleau pour une bouchée de pain, auprès des Bédouins pilleurs de grottes et il espérait, par une négociation aux Etats-Unis, tirer le meilleur parti financier possible. Tous ses rouleaux se trouvent au Musée du livre de Jérusalem exposé au grand public, dans un superbe bâtiment, construit tout spécialement à cet effet.

 

Dans ces conditions, le silence presque total de la part des détenteurs des manuscrits de l'école biblique de Jérusalem paraît pour le moins gênant, pour ne pas dire davantage. Et l'on se sent bien dans l'obligation de se poser des questions quant au pourquoi d'une rétention de documents aussi longue.

 

Ce questionnement s'est produit au travers de la grande presse internationale en 1993 après que nos deux chercheurs eurent publié le résultat de leurs travaux, sans l'autorisation du directeur de l'école biblique qui se réservait l'exclusivité de toutes les publications sur les manuscrits.

 

Le scandale éclata grâce à l'intervention du directeur d'une revue biblique américaine dirigée par l'avocat Shanks. Après plusieurs demandes réitérées adressées au nouveau directeur, le Révérend père Srugnel, Monsieur Schanks fut à nouveau éconduit.

 

Le père Strugnel donna à cette occasion une interview à un journal israélien, affirmant que le Judaïsme était une horrible religion et que le peuple juif, par sa survie, prouvait son entêtement dans l'erreur puisqu'il refusait de se convertir au Christianisme ! Et il ajoutait qu'il n'aurait pas été en peine de la disparition de l'état d'Israël. Le Père Strugnel fut relevé de ses fonctions, deux ans plus tard…pour éthylisme profond.

 

Les manuscrits, œuvres juives, à la disposition de gens si mal intentionnés par rapport au Judaïsme, comment pouvait-on croire à l'impartialité de tels traducteurs qui, en plus, n'avaient pas les compétences nécessaires à une telle recherche.

 

Je vais essayer de vous livrer les passages qui m'ont le plus intéressé dans les 30 livres que j'ai lus à cet effet, tous documents historiques irréfutables et non théologiques, ne voulant pas entrer dans ce débat ! Plus de 2000 livres et revues furent publiés dans cette période de cinquante ans, et les romans de fictions firent florès, mais aussi étrange que cela paraisse, trois parmi ces deux mille livres furent très méchamment attaqués par les exégètes chrétiens:

 

D'abord la parution de DUPONT-SOMMERS professeur à la Sorbonne et le seul laïc à être autorisé à travailler sur les manuscrits. Il publia son livre en 1954, livre très controversé à l'époque, car DUPONT - SOMMERS faisait la démonstration de l'origine du Judaïsme dans le Christianisme.

 

A l'instar d'Ernest Renan qui au cours d'une conférence chahutée en Sorbonne s 'écriait déjà, au XIXème siècle "Le christianisme c'est l'Essénisme qui a réussi" Le deuxième est l'Anglais, Edmond Wilson journaliste scientifique dont l'intégrité morale qu'il avait déployée dans de précédentes recherches ne pouvait être mise en doute.


Le troisième est John Allégro qui fut écarté de la recherche sur les Manuscrits sous le prétexte que ces conclusions n'allaient pas dans le sens souhaité par le consensus de l'école biblique. Je précise que John Allégro était un éminent philologue et c'est lui qui fut chargé de décrypter le fameux rouleau de cuivre dont les conclusions de son travail le rendit suspect aux yeux du consensus de l'Ecole biblique.

 

Ces trois érudits affirmaient tous trois :

1.  que toutes les paraboles contenues dans les Evangiles existaient avant dans le Judaïsme et faisaient partie intégrante de l'enseignement pharisien !

2.  que le Maître de Justice étant décrit dans les manuscrits, aurait pu servir de modèle au personnage de Jésus dans les Evangiles.

3.  que l'attente de la résurrection et de la Bonne nouvelle dont nous parle les Evangiles, existait un siècle avant le Christianisme parmi ce groupe juif dissident qui se retira au bord de la Mer morte pour attendre sa résurrection à la fin des Temps.

4.  Gène des milieux chrétiens qui par ces preuves écrites, donc documents historiques irréfutables, attestaient de l'antériorité de cette croyance essénienne au christianisme.

Il existe pourtant de nombreux points communs entre les textes qumraniens et ceux de l'Eglise primitive. Certains parallèles sont même flagrants, comme on va le constater plus loin.

Pas autre chose que se qu'affirmaient Dupont-Sommer,Jean Carmignac John Allégro, Edmond Wilson et bien d'autres qui furent écartés de la recherche par manque d'esprit de ralliement à la ligne de conduite et de pensée de l'école biblique.

 

La communauté de Qumran pratiquait un rite proche du baptême, premier sacrement des Chrétiens. Jean le baptiste a probablement appartenu au groupe des Esséniens de Qumran.

Selon l'un des manuscrits intitulé la Règle : c'est par l'esprit saint de la Communauté, dans sa vérité que le novice sera purifié de toutes ses iniquités... Et c'est par l'humilité de son âme à l'égard de tous les préceptes de Dieu que sera purifiée sa chair, lorsqu'il sera aspergé d'eau lustrale.

 

Par ailleurs, il est écrit dans les Actes des Apôtres, que l'Eglise primitive partage tout : tous les croyants ensembles mettaient tout en commun; ils vendaient leurs biens et partageaient selon les besoins de chacun. Jour après jour, d'un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple.            Curieuses coïncidences!

 

On retrouve le même état d'esprit dans le rouleau de la Règle de Qumran! La nécessité de partage et de fraternité ainsi que de fidélité au culte du Temple; et par-dessus tout, le respect scrupuleux de la Thora ou lois de Moïse.

 

D'après les Actes des Apôtres, la première Ecclésia de Jérusalem était dirigée par les douze Apôtres dont trois exerçaient une autorité particulière : Jacques frère de Jésus, Jean et Pierre.

Ceux que les Evangiles désignent comme les Nazaréens.

 

Parmi les termes utilisés par les scribes de Qumran pour désigner les membres de la communauté, on trouve très souvent celui de "gardien de l'Alliance", en hébreu NOZREI HA-BRITT. C'est de ce mot que vient NOZRIM, l'une des premières dénominations hébraïques pour la secte connue plus tard sous le nom de "chrétiens"; NAZRANI, qui signifie chrétien en arabe est de même source.

 

Cette étymologie éclaire l'origine du mot "nazaréen", par lequel se désignent les premiers chrétiens, à la fois dans les Evangiles et dans les "Actes des Apôtres. Ce qualificatif n'aurait rien à voir avec une prétendue enfance de Jésus à Nazareth. Cette ville n'existant pas à l'époque. Or on lit dans la règle de la Communauté que le conseil est composé de 12 hommes et 3 prêtres. Enfin la Communauté de Qumran et l'Eglise primitive étaient essentiellement messianique :

elles attendaient l'une et l'autre l'avènement imminent d'un Messie. Toutes deux se réclamaient d'une figure charismatique dont la personnalité les galvanisait et dont l'enseignement formait le fondement de leur doctrine.

 

Pour l'Eglise primitive cette figure est Jésus, et dans les textes de Qumran on trouve la mention du Maître de justice ou Morey ha Zcédek. Certaines descriptions semble se référer à Jésus et plusieurs savants ont émis l'hypothèse d'une assimilation au personnage du Maître de justice.

 

Mais à l'inverse des Evangiles, le Maître de justice des écrits qumraniens n'est pas une personne divine et cette pensée était inconcevable dans l'esprit juif, même d'un groupe dissident du judaïsme officiel et sacerdotal.

 

Si les manuscrits qumraniens et les textes de la première Eglise présentent des principes, des idées, des rites communs, la ressemblance est plus frappante encore quand aux images et aux vocabulaire employés dans l'Evangile de Marc, qui apparemment est le plus ancien et le plus proche de la période de Qumran " Bien heureux les doux, " dit Jésus dans l'un des versets les plus célèbres du Sermon sur la montagne, " car ils posséderont la terre. Mais les humbles posséderont la terre réjouis d'une grande paix ".

 

Ce psaume présentait un intérêt particulier pour la Communauté de Qumran car la Communauté se proclamait elle-même la congrégation des Pauvres ;en hébreux "les Ebionim". Jésus d'après les Evangiles, proclame dans son sermon sur la montagne "heureux ceux qui ont une âme de pauvre car le royaume des cieux est à eux ".Quel révolutionnaire !

Ce n'est pas le seul parallèle.

 

 Tout l'Evangiles de Matthieu contient des métaphores et un vocabulaire presque interchangeables avec le Rouleau de la Règle. Ainsi dans Matthieu, Jésus parle de la Perfection : " Vous donc vous serez parfait comme votre père céleste est parfait "

Le rouleau de la Règle évoque "ceux qui marchent dans la voie de la Perfection selon ce que Dieu a prescrit ". La Règle commence par ces mots : "Le Maître instruit les Saints pour qu'il vivent selon la Règle de la Communauté; pour rechercher Dieu...et pour faire ce qui est bon et droit devant Lui, selon ce qu'il a prescrit par l'intermédiaire de tous les Prophètes. Et celui qui transgressera un point quelconque de la Loi c'est à dire l'enseignement de la Thora de Moïse, sera chassé du conseil de la Communauté ".

En fait Jésus réaffirme sa stricte observance de la Loi mosaïque.

 

Toujours dans le Sermon, Jésus déclare "n'allez pas croire que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes, je suis venu l'accomplir. Car je vous le dis, en vérité, avant que ne passe le ciel et la terre pas un I, pas un point ne passera de la Loi ".

 

La similitude entre les documents de Qumran et les Evangiles se retrouve également dans le repas de la Cène, ce qui en hébreu est le repas du Seder, que les Juifs du monde entier font en commun pour commémorer la sortie du peuple juif d'Egypte, repas qui est symbole de libération de l'esclavage auquel le peuple hébreu était soumis par les Pharaons d'Egypte.

 

Le déroulement de la Cène, tel qu'il est décrit dans les Evangiles présente de nombreuses similitudes avec le repas rituel de la Communauté de Qumran : " Ils disposeront la table pour manger. Le prêtre étendra en premier sa main pour que l'on prononce la bénédiction sur les prémices du pain et du vin." La Règle communautaire en donne une version similaire:

 

" Quand ils se réuniront pour la table et mêleront le boire, que personne n'étende sa main sur les prémices du pain et du vin avant le prêtre…et ensuite le Messie d'Israël étendra ses mains sur le Pain. "

 

Je pourrais citer beaucoup d'autres similitudes, mais je vous laisse le soin de les découvrir vous-même au travers de la très nombreuse bibliographie dont je tiens la liste à votre disposition.

Les manuscrits de la Mer Morte ne sont pas un livre contemporain qui expose une thèse controversée. C'est un témoignage direct, étayé par le sérieux de la recherche scientifique et l'érudition du XX siècle sur des documents enfouis il y a 2OOOans.

 

En somme l'histoire des MMM n'est pas terminée.

 De nombreux rouleaux restent encore à décrypter…et d'autres ont mystérieusement disparus, en particulier certains de ceux qui pourraient participer à la compréhension de l'héritage pharisiens rabbinique dans le Christianisme naissant.

 

Certains journalistes, après enquête approfondie, prétendent en connaître les propriétaires. Ce serait des hommes d'affaires du Moyen-Orient qui préfèrent les Rouleaux comme moyens de placements, plus sûrs que des actions en bourse. Quant aux autres rouleaux manquants, le doute plane toujours ! Ainsi ce marché parallèle soustrait à l'examen des archéologues et des biblistes quantité de documents-clé. En fait les chercheurs officiels ne soupçonnent pas l'ampleur du trafic qui a privé la communauté scientifique internationale de pièces capitales permettant la progression de leurs études.

 

Les textes de Qumran sont-ils en contradiction avec ce qui peut être cher aux Chrétiens ?

Militent-ils contre le caractère "unique " de Jésus ? Une bonne réponse est sans doute celle du savant jésuite Joseph Fitzmyer dans son petit ouvrage "Réponse aux 101 questions sur les rouleaux de la MM(Londres 1992) :

 

:Que le Maître de justice ait enseigné quelque chose de proche de ce que Jésus a enseigné, écrit-il, ne doit pas troubler un chrétien averti, un chrétien dont la foi échappe à toute tendance fondamentaliste ! ...

 

C'est bien le fond du problème. C'est reconnaître en même temps que les textes de Qumran peuvent inquiéter une foi chrétienne fondée sur la présentation traditionnelle des Evangiles comme rapportant les faits et gestes de Jésus.

Certes, les Chrétiens ne refusent nullement d'admettre que le Christianisme soit sorti du moule du Judaïsme. Mais chez nombre d'entre eux on trouvera, comme l'a écrit E. Wilson, quelque réticence à accepter l'idée que les principes moraux et la mystique des Evangiles puissent s'expliquer simplement comme la création de plusieurs générations de Juifs travaillant selon leur propre tradition religieuse et qu'il n'est pas nécessaire de supposer le miracle de quelque intervention divine pour sauver la race humaine.

 

Le regard ne compte pas moins ici que la chose regardée ! Pour tous ceux qui souhaitent comprendre et mieux connaître les conditions dans lesquelles est né le christianisme, il y a 2000 ans, pour ceux qui ont le goût de l'histoire et de la vérité historique, dans la mesure ou elle peut être approchée, les textes de Qumran apportent avec une documentation naguère encore inespérée, un extraordinaire éclairage sur une période obscure et l'une des plus dramatique de l'histoire de l'humanité.

 

Il y a quelques années, me trouvant à Jérusalem, j'ai voulu faire mon petit détective auprès de personnes que je pensais être accréditée à répondre à une question qui me paraissait brûlante : pourquoi le gouvernement israélien, devenu autorité de tutelle, après la guerre des six jours et la réunification de Jérusalem, n'a-t-il pas fait pression sur la direction de l'école biblique pour obtenir un libre accès aux documents jalousement détenus par cette institution?

 

Au risque de vous étonner, la réponse m'est venue par un communiqué laconique, au cours de l'énoncé d'un bulletin d'information à la radio, alors que j'écoutais distraitement : en Mars 1995 annonçait le chroniqueur, le Vatican reconnaissait officiellement l'existence de l'état d'Israël, longtemps après que cet état ait été officiellement reconnu par le concert des Nations, en 1948.

 

 Et je compris qu'Israël avait fait profil bas pendant toute cette affaire, parce que politiquement, il était préférable d'être reconnu par quelques millions de Chrétiens.

 

Le silence d'Israël sur les documents de la MM était la monnaie d'échange de la reconnaissance à son existence politique, par le Vatican.

 

A l'instar de notre bon roy Henry IV le dit un jour :

Jérusalem valait bien une messe !

 

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L'énigme des manuscrits de la Mer morte

 

Le texte des manuscrits de la Mer morte n'a plus rien à nous apprendre. Mais leur support physique, lui, permettra peut-être de résoudre une énigme historique.

Israël

02/02/1999 - Les manuscrits de la Mer morte ont peut-être dit leur dernier mot, mais ils ont encore beaucoup de choses à nous apprendre. En effet, après 50 ans d'études sur les textes eux-mêmes, sur la calligraphie et sur la langue utilisée, les exégètes croient avoir épuisé le filon. Ils se tournent maintenant vers l'archéologie de pointe pour en apprendre plus.

Plus de 800 documents ont été retrouvés dans des jarres de terre cuite dans 11 grottes près de la Mer morte depuis 1947. Écrits en hébreu, en araméen et en grec, ils contiennent des textes de l'Ancien Testament, des psaumes et des commentaires. Certains sont codés. Leur âge : près de 2 000 ans. Ces manuscrits ont-ils été écrits sur place par une communauté religieuse ou ont-il été apportés de Jérusalem en l'an 70 avant la destruction de la ville par les Romains? Bien que la première hypothèse soit la plus probable, la question divise les spécialistes.

Plusieurs pistes sont possibles, pour trancher la question. D'abord, les jarres elles-mêmes. L'argile utilisée vient-elle de Jérusalem ou des abords de la Mer morte? Une analyse chimique poussée devrait permettre de le savoir. Ensuite, la terre cuite contient des cheveux et diverses fibres. Qui sait ce que la science pourra en tirer? Enfin, les parchemins eux-mêmes n'ont pas tout révélé. On a trouvé de vieux os d'animaux dans les grottes. L'ADN de ces os correspond-il à celui des peaux de chèvre sur lesquelles on a écrit? Mystère. D'autant plus que ce vieil ADN n'est pas facile à extraire.

La recherche de ces minuscules indices vieux de 2 000 ans rappelle une intrigue policière. D'ailleurs, les chercheurs ont retenu les services d'un expert israélien en police scientifique pour les aider. Il vient déjà de démontrer que les pièces de peau qui forment l'un des rouleaux ont été cousues par trois personnes différentes. Élémentaire, mon cher Watson

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Après 50 ans, les Manuscrits de la Mer Morte...  

 Une date mémorable

Le 29 novembre 1947, l'ONU décidait le partage de la Palestine, Juifs et Arabes recevant leurs zones définies. Un vote historique où USA et URSS se "disputèrent" l'honneur d'être la première des grandes puissances à reconnaître le futur Etat d'Israël... et pour de longues décennies, ce fut probablement la seule fois qu'elles manifestèrent un tel accord dans l'auguste arène de Manhattan.

Ce vote mémorable avait déclenché une explosion de joie, tant parmi les communautés juives du monde entier que parmi les ressortissants israélites déjà établis en Palestine.

Or, en ce même jour du 29 novembre, le Professeur A. Sukenik, spécialiste de paléographie judaïque à Jérusalem, faisait connaître au monde la valeur exceptionnelle d'une sensationnelle trouvaille archéologique : les fameux Manuscrits de la Mer Morte, découverts fortuitement par deux jeunes Bédouins dans la région de Qumran (désert de Judée) quelques semaines auparavant.

 

Le bilan actuel des fouilles faites au cours des années dans les grottes surplombant la Mer Morte est le suivant: 100'000 fragments de vieux textes juifs, répartis en 870 manuscrits différents, dont 220 sont des textes bibliques de l'Ancien Testament. Tous les livres canoniques de l'AT y sont représentés, sauf celui d'Esther - les scribes de Qumran étaient-ils trop "spirituels" pour admettre l'authenticité d'un livre où ne figure pas le nom de Yahvé ?

Image illustrative de l'article Livre d'Esther

 Des Esséniens... aux Bédouins de la région de Qumran

Rappelons les faits: Au IIIe siècle avant l'ère chrétienne, une secte de Juifs pieux (probablement les Esséniens) s'isole au désert de Juda pour s'adonner à l'étude et à la transcription des textes sacrés hébraïques. Ils ont élu domicile au "monastère" de Qumran où plusieurs générations de scribes se succèdent, jusqu'en l'an 68 de l'ère chrétienne. Mais les Israélites de Palestine se sont soulevés contre le joug de Rome, et pour mater cette révolte, le général Titus (futur empereur) envahit alors la Palestine avec ses légions, qui brûlent le temple de Jérusalem en l'an 70.

Terrorisés par cette menace, les scribes de Qumran ont caché leurs trésors - leurs fameux manuscrits - dans les grottes de la région (au nombre de 185, dont 15 ont été reconnues comme "bibliothèques" à manuscrits, il faudrait plutôt dire : dépôt de cruches allongées en terre cuite, à l'intérieur desquelles on glissait les parchemins précieux, selon un vieux mode de conservation, déjà en vigueur au Vle siècle av. J.-C. cf. Jérémie 32:14).

En cette année 68, les événements justifièrent la prudence des scribes de Qumran, que les Romains massacrèrent jusqu'au dernier. Mais leurs trésors scripturaires échappèrent miraculeusement à la destruction... et demeurèrent cachés durant près de 19 siècles, jusqu'au jour où ces deux jeunes Bédouins, en quête d'une chèvre égarée, tombèrent fortuitement sur les premières cruches à manuscrits. Quelques jours après, ils apportaient leur trouvaille à un cordonnier de Bethléhem (la ville la plus proche) qui leur en donna quelques piastres. Comme la guerre entre Juifs et Arabes faisait déjà rage, on dut recourir à un passeur qui transmit ces précieux manuscrits emballés dans de vieux journaux, à l'Université hébraïque, sise dans la partie juive de Jérusalem.

Dieu règle les contingences de l'histoire

Remarquons la coïncidence des faits, des dates et des lieux. En l'an 70, Titus ordonne la déportation des Juifs de Palestine, coupant ainsi le fil de l'histoire nationale d'Israël. Le nom même de Jérusalem disparaît des cartes, au profit de son appellation latine Aele Capitolina. Dix-neuf siècles s'écoulent, au cours desquels plus de 70 générations de Juifs relégués aux quatre coins de la planète prieront "l'an prochain à Jérusalem", mais sans voir l'exaucement de leur requête. Après la Deuxième Guerre mondiale, la société humaine est sous le choc de la découverte du massacre de six millions de Juifs dans les fours crématoires nazis.

 

Elle accorde alors une patrie aux rescapés du génocide. C'est d'une part enfin le "home" promis en Palestine déjà en 1917 par Lord Balfour, alors chef du Foreign Office de Londres.

Le 2 novembre 1917, en pleine guerre mondiale, le ministre britannique des Affaires étrangères, Lord Balfour, publie une lettre où il indique que son gouvernement est disposé à créer en Palestine un « foyer national juif ».

Déclaration officielle du 2 novembre 1917, sous forme de lettre, adressée par Lord Arthur Balfour (1848–1930), ministre britannique des Affaires étrangères (Foreign Office), à Lord Lionel Walter Rothschild (1868-1937) vice-président du Board of Jewish Deputies. 

The Balfour Declaration

November 2, 1917

During the First World War, British policy became gradually committed to the idea of establishing a Jewish home in Palestine (Eretz Yisrael). After discussions in the British Cabinet, and consultation with Zionist leaders, the decision was made known in the form of a letter by Arthur James Lord Balfour to Lord Rothschild. The letter represents the first political recognition of Zionist aims by a Great Power.

Foreign Office
November 2nd, 1917

Dear Lord Rothschild,

I have much pleasure in conveying to you, on behalf of His Majesty's Government, the following declaration of sympathy with Jewish Zionist aspirations which has been submitted to, and approved by, the Cabinet.

"His Majesty's Government view with favour the establishment in Palestine of a national home for the Jewish people, and will use their best endeavours to facilitate the achievement of this object, it being clearly understood that nothing shall be done which may prejudice the civil and religious rights of existing non-Jewish communities in Palestine, or the rights and political status enjoyed by Jews in any other country."

I should be grateful if you would bring this declaration to the knowledge of the Zionist Federation.

Yourssincerely,
Arthur James Balfour

Cher Lord Rothschild,

J'ai le plaisir de vous adresser, au nom du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration ci-dessous de sympathie à l'adresse des aspirations sionistes, déclaration soumise au cabinet et approuvée par lui.

Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays.

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste.

Arthur James Balfour»

 

Il est difficile de s’intéresser à l’anomalie étatique sioniste dénommée hâtivement "Israël" (le soir du 12 mai par un vote de cinq contre quatre membres présents du gouvernement provisoire du Yichouv) et/ou au drame des Palestiniens patriotes (à bien différencier des collabos comme Abbas et Fayyad), sans avoir entendu parler de la « Déclaration Balfour » et de sa formule « Foyer national juif ». Mais hélas, comme souvent, ce qui en est retenu est généralement trompant. Et il est des fois où on pourrait croire préférable que certains ne connaissent pas du tout la question plutôt que de mal la connaître et encore plus non didactiquement la propager.

 

Pour mémoire ou découverte : la Déclaration Balfour du 2 Novembre 1917 est en fait une lettre adressée par le ministre des affaires étrangères du gouvernement britannique du moment à Lord Lionel Walter Rothschild qui dit essentiellement que "Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, (national home for the Jewish people) et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays."

Mais, non sans avoir souligné la seconde partie souvent « oubliée » des sionistes, il est intéressant d’éclairer la connaissance de ce document historique et de ses conséquences par quelques réalités moins connues qui en remodèlent tout le sens. Car on ne saurait en retenir comme seule justification que ce fut (selon les Mémoires du chrétien sioniste et premier ministre à cette date Loyd Georges) l’expression de la reconnaissance britannique envers le chimiste russo-anglais Haïm Weizman, découvreur de la synthèse de l’acétone constituant indispensable de la cordite (un explosif précieux à la guerre, par ailleurs leader de l’Organisation sioniste mondiale et futur premier président de l’anomalie étatique sioniste en 1948.)

Cette précieuse déclaration est avant tout le fruit d’un marchandage lui aussi très peu connu. En 1916, la section britannique de l’Organisation Sioniste Mondiale a dit au gouvernement de sa majesté « Ne répondez pas favorablement à l’offre de paix de l’Allemagne par le petit-cousin de votre roi, notre section usaméricaine va faire entrer en guerre les USA, malgré leur bien connu isolationisme égocentrique ». Et ce fut effectivement le cas le 6 avril 1917 grâce à ce qu’il faut bien appeler le chantage d’une ancienne maîtresse du président Woodrow Wilson en manque d’argent pour financer une dette de 40.000 dollars de l’époque qu’avait son fils vis-à-vis de la banque qui l’employait. La section usaméricaine de l’Organisation sioniste mondiale se substitua au président des USA pour payer la très grosse somme demandée et la guerre fut déclarée par les USA. A quoi a pu tenir deux ans de prolongation de la « der des ders » et tous ses malheureux morts et veuves et orphelins supplémentaires ?

Le machiavélisme anglais

Alors que d’un côté, l’armée britannique libérait définitivement la Palestine des Turcs, et que le général Allenby, le 9 décembre 1917, rentrait en vainqueur dans la ville sainte(5), le gouvernement de Londres menait une politique double, contre la France et en faveur des Arabes. En fait, l’armée anglaise voyait dans la Déclaration Balfour "une erreur très regrettable" (6).

"En avril 1920, des massacres éclatent en vieille ville de Jérusalem, où des gangs d’arabes fanatisés se lancent contre la population juive, jusque dans l’hôpital… La police intervient, mais c’est pour empêcher la Milice juive de protéger les siens !… Bilan : 60 morts et plusieurs centaines des blessés… Le pogrom de Jérusalem fut organisé par le Haut Commandement anglais",écrira le pasteur Duvernois.

Le disciple de Herzl, Nordau, de son côté, suppliait les dirigeants sionistes d’amener de suite 500.000 immigrants en Palestine, car disait-il : « Vous avez, messieurs, la Déclaration Balfour, mais vous ne connaissez pas la politique anglaise ! ». Au même moment, Allenby dispersait la Légion juive dont l’action avait été décisive dans les derniers mois de la campagne,  et interdit la vente de terrains aux pionniers. On connaît par ailleurs l’histoire du Livre blanc, limitant l’immigration juive, durant la période du Mandat britannique, de 1920 à 1948.

La preuve fut fournie en 1961 par le Juif usaméricain Benjamin H. Freedman, jeune collaborateur de la crème du parti démocrate dès les années 1912 sioniste actif jusqu’à sa « conversion » (y compris au catholicisme) en 1946 devenu pour les sionistes usaméricain « le Juif antisémite » par excellence.

Lire le discours donné en 1961 par Benjamin H. Freedman au nom d’un magazine de l’époque "Common Sens" à l’hôtel Willard de Washington DC.
Ecouter
ici son discours (en anglais)

Cette réalité peu connue est une des sources de l’ « anti-juivisme » nazi (nous y reviendrons), avec le boycott contre l’Allemagne décidé par l’Organisation Sioniste mondiale de 1933.

Mais, quoiqu’il en soit, il faudrait déjà savoir que Balfour était profondément « anti-Juifs », sinon également anti-juifs (au sens pratiquants d’une des versions du judaïsme initial né à la fin du VII° siècle seulement avant l’ère chrétienne sous Josias) comme tant d’autres de ses compatriotes et autres Européens et que sa déclaration n’était en rien une preuve d’affection.

Et c’est bien ce qu’avait compris le juif sioniste (mais pacifique, lui, et pas raciste) d’Odessa Ahad Haam quand il indisposa les arrogants sionistes racistes en déclarant : « Balfour a promis aux sionistes un foyer national juif en Palestine et pas la Palestine comme foyer national juif ». Tout comme le rappelèrent après lui Judah Magnes, Martin Buber, Ernst Simon et Annah Arendt entre autres, sans oublier Yeshayahou Leibowitz ; qu’ils soient ou non membre de l’Ihoud (Unité), mais partisans réalistes d’un Etat bi-national.

Etant considéré que, comme le soulignèrent effectivement plusieurs fois après les Britanniques toujours aussi peu « philojuifs », un « foyer national juif », ça n’est pas « un état juif », ni même un état dominé par les Juifs après viols, vols, assassinats, tueries et/ou expulsions des autochtones non juifs tels qu’ils furent maintes fois évoqués dans des discours sionistes de congrès ou dans des écrits et finalisés au printemps 1948 par le Plan Dalet. Encore peu en 2011 de vecteurs s’opinions et/ou de décisions sachant son existence et qu’on y trouvait pour chaque village arabe voué à la destruction (plus de cinq cents) le nom de toutes les autorités « politiques », religieuses ou autres et l’itinéraire détaillé pour se rendre à leur maison.

Evidemment retors comme à leur habitude, les arrogants sionistes agressifs (majoritairement socialistes) qu’on se gardera bien de confondre avec tous les Juifs de la planète, surtout que peu à l’époque étaient sionistes de tous poils, jouèrent et encore maintenant sur l’ambiguïté entre « foyer national » et « état juif ».

Alors que les Britanniques aussi quelque peu également retors, outre la nécessité de l’application plus ou moins honnête des accords Sykes-Picot, jouèrent après 1917 double jeu avec les Juifs dont ils voulaient surtout se débarrasser (tout en s’en servant comme « boucliers et têtes de pont européens) et avec les Arabes dont ils lorgnaient les richesses pétrolières.

« Détail » encore, entre autres, à savoir pour terminer : la plume de Balfour fut tenue par un autre homme politique, le très actif sioniste d’ascendance juive réelle ou supposée Herbert Samuel (d’où peut-être la majuscule indue à Jewish) qui fut le premier gouverneur du mandat britannique en 1922 et dont il se dit qu’il était encore plus « pro-arabe » en repartant à Londres qu’il n’était arrivé fervent sioniste, tant les arrogants agissements sionistes lui avaient ouvert les yeux. Et encore n’étaient-ils que les futurs « terroristes » que combattraient plus tard l’armée britannique, à part pendant la trêve de 1940-1945 qui permit aux sionistes de voir s’entraîner leurs futurs soldats dans les armées alliés.

Désormais donc, et ça n’est pas du tout sans intérêt, quand vous lirez « Déclaration Balfour », il vous est suggéré de penser aussi « acte anti-juif et pas réellement pro-sioniste» exploitée malhonnêtement par les arrogants sionistes agressifs au grand dam des raisonnables sionistes pacifiques respectueux des droits des autochtones arabes.

PS. Pour se faire une idée la moins inobjective possible du drame palestinien, on ne saurait trop recommander la lecture ou au moins le butinage des 645 pages du livre du « Juif non juif » luxembourgo-usaméricain Arno J. Mayer « De leurs socs, ils ont forgé des glaives, Histoire critique d’"Israël" » (Editions Fayard – Mars 2009)

 

Cette lettre ouverte n'a pour les Anglais d'autre intérêt que de rassurer les juifs américains, plus portés à soutenir les Puissances centrales qu'une alliance où figure la Russie au passé lourdement antisémite. Mais elle va légitimer trente ans plus tard la création de l'État d'Israël.

Adressée au baron de Rothschild, la lettre a été en fait rédigée en étroite concertation avec ce dernier, qui préside l'antenne anglaise du mouvement sioniste, promoteur de l'installation des juifs en Palestine.

Les juifs dans la Grande Guerre

Au début de la Grande Guerre, les juifs combattent loyalement dans les armées de leur pays respectif. Toutefois, ceux qui vivent aux États-Unis, pays neutre, ne cachent pas leur sympathie pour les puissances centrales, l'Allemagne et l'Autriche, plus tolérantes que la Russie et même la France à l'égard du judaïsme !

À mesure que l'Europe s'enfonce dans la guerre, chaque camp tente de rallier un maximum de soutiens, au prix parfois de tractations secrètes que la morale réprouve. Il en va ainsi du traité secret de Londres avec l'Italie.

En 1916, les Français et les Anglais concluent les accords secrets Sykes-Picot, du nom de leurs signataires, en vue de se partager les futures dépouilles de l'empire turc, allié des puissances centrales, notamment la Syrie, la Palestine et l'Irak. Dans le même temps, les Britanniques n'ont pas de scrupule à promettre au chérif Hussein qui gouverne La Mecque tous les territoires arabes sous occupation turque.... y compris Palestine et Syrie. Le colonel T.E. Lawrence, animé par son amour de l'Orient arabe, fait son possible pour mettre en oeuvre cette promesse. Il y gagne le surnom de « Lawrence d'Arabie ».

Le summum de l'hypocrisie est atteint avec la déclaration Balfour destinée à rallier les communautés juives en leur promettant de façon vague, non pas un État mais un « foyer national juif » en Palestine.

Six semaines plus tard, le 9 décembre 1917, le général britannique Robert Allenby entre à Jérusalem sans coup férir. Son armée, venue d'Égypte, compte trois bataillons juifs. C'en est donc fini d'onze siècles de domination musulmane sur la Ville sainte, arabe puis turque (mis à part l'intermède croisé).

Les malentendus de la paix

Avec la fin de la Grande Guerre, les Alliés ont, comme prévu, le plus grand mal à concilier leurs promesses aux uns et aux autres. La Société des Nations (SDN), à peine née, reconnaît la déclaration Balfour. Elle fait de la création d'un « foyer national juif » en Palestine l'un des principaux objectifs du mandat confié aux Britanniques.

Fayçal, fils du défunt chérif de La Mecque et compagnon d'armes de T.E. Lawrence, ne voit pas d'inconvénient à une cohabitation des Palestiniens avec les colons juifs. Il signe dans ce sens un accord avec le représentant des sionistes, Chaïm Weizmann, le 3 janvier 1919 à Akaba. Mais il exige en parallèle que soit reconnue sa souveraineté sur le monde arabe.

Fayçal, comme tous les nationalistes arabes, rêve de reconstituer un empire arabe dont la capitale serait Damas ou à tout le moins d'une « Grande Syrie ». Il réunirait le Proche-Orient, de la Méditerranée à l'Euphrate. Ce rêve se volatilise lorsque la France chasse Fayçal de Damas et met la main sur la Syrie et le Mont Liban, conformément aux accords Sykes-Picot. Fayçal doit se contenter du trône d'Irak, sous la tutelle britannique.

Dans l'ancienne province ottomane de Palestine germe alors l'idée d'une nation palestinienne.

Les Arabes commencent à s'en prendre aux implantations juives mais ils ne pourront empêcher la fondation de l'État d'Israël le 14 mai 1948. Le conflit entre l'état hébreu et ses voisins arabes ne semble pas près de cesser 80 ans après.

Mais surtout c'est le commencement de l'accomplissement de dizaines de promesses divines qui "fleurissent" dans tout l'Ancien Testament.

Or en cet automne 1947, quand le fil d'Ariane de l'histoire du peuple élu renoue avec "la chronologie planétaire" "Dieu-Grand Architecte" aidé des hommes Sionistes et des tractations avec Hitler pour le grand transfert, permet une nouvelle "naissance" à Bethléhem : l'apparition de textes bibliques disparus 19 siècles auparavant. N'est-ce pas frappant de penser que, le jour-même où les Nations Unies ont décidé du partage de la Palestine, le monde était mis en face de la plus sensationnelle des découvertes archéologiques du XXe siècle ?

Car avec les exhumations consécutives, c'est un Ancien Testament hébreu presque complet, caché avant l'an 70, qui est réapparu, apportant au monde une double démonstration :

Premièrement, le sort d'Israël est toujours étroitement lié à celui de ses propres Ecritures, appelées à resurgir des antres de la terre quand le peuple hébreu renaît.

Deuxièmement, le texte hébraïque transcrit au travers des siècles par des milliers de copistes juifs, base de la plupart des traductions modernes de l'Ancien Testament, est étonnamment confirmé dans son authenticité par ces documents, de mille ans plus anciens.

Un demi-siècle d'inutiles palabres

Que s'est-il passé depuis 1947 ? D'abord les musées les plus prestigieux de la terre entière se disputèrent l'honneur d'exposer au moins un fragment de ces fameux documents. Dès les années 1950, on nomma un comité "d'étude et d'édition" des Manuscrits de la Mer Morte, formé en majorité d'érudits catholiques et à l'exclusion de tout savant juif !

Les choses ne changèrent vraiment qu'après 1967, quand les textes de Qumran purent être transférés du Musée Rockfeller au Sanctuaire du Livre érigé par les Israéliens à la place d'honneur, c'est-à-dire à deux pas de la Knesseth, le parlement israélien.

Cependant, l'intérêt porté au début à la trouvaille de Qumran s'estompa. D'une part, les spécialistes penchés sur ces textes ne publiaient pas de comptes-rendus de leurs travaux, d'autre part les bruits les plus invraisemblables circulaient au sujet des fameux scribes esséniens, auteurs présumés de ces textes. Selon le professeur John Allegro, leurs annales révélaient par exemple la crucifixion et la résurrection de leur propre "messie" autour de l'an 100 avant J.-C.

 De là à déduire que les quatre Evangélistes s'étaient inspirés des traditions esséniennes il n'y avait qu'un pas, que franchirent allègrement les libéraux de tous bords (juifs, catholiques ou protestants).

D'autres légendes issues des traditions esséniennes Francs-Maçonnes décrièrent également les textes du Nouveau Testament : Ainsi, Jésus aurait été assassiné par Simon le Zélote (cf. Luc 6:15 : Matthieu et Thomas; Jacques le fils d'Alphée, et Simon qui etait appelé Zélote alias Zébédée (ou Simon le Magicien) ; ), alors que pour d'autres, le Christ avait été crucifié, mais n'était pas mort, parce que maintenu en vie grâce au venin d'un serpent; puis il se serait marié et aurait eu deux enfants (versions des Francs-Maçons)!

 Des propos blasphématoires donc, rendus crédibles par l'interprétation de certains documents non bibliques également trouvés dans les grottes de Judée.

 La découverte des Manuscrits de la Mer Morte allait-elle desservir la cause pour laquelle Dieu avait permis qu'ils soient exhumés ? Bien sûr, c'était de l'eau qui faisait tourner le moulin des rationalistes protestants.

Quant aux érudits catholiques, ils évitaient de publier leurs documents parce que ces témoins juifs, presque contemporains des apôtres, ne cautionnaient pas du tout certaines clauses de la tradition romaine adoptées durant les premiers siècles de l'ère chrétienne.

Une saine réaction en notre fin de siècle...

Cependant, au début des années quatre-vingt-dix, l'apparent "boycottage" empêchant la publication des fameux documents de Qumran devint insupportable à quelques scientifiques américains qui ont "forcé le blocus" en dévoilant le contenu de bien des manuscrits mis au secret pendant 40 ans et plus. Il s'agit des professeurs Martin Abegg, Peter Flint et Craig Evans, tous trois pleinement respectueux de l'authenticité des textes sacrés.

 Je cite l'un d'eux : "Quand Bultmann et ses consorts libéraux prétendent que le langage employé par le Fils de Dieu montre à l'évidence l'absence de référence à la mentalité juive et l'influence déterminante de la culture gréco-romaine - qui pourtant faisait des empereurs des fils des dieux - les Manuscrits de la Mer Morte montrent tout au contraire à quel point les textes du Nouveau Testament sont l'exacte expression du langage utilisé en Judée avant Jésus-Christ et au début de l'ère chrétienne."

Alors que le texte massorétique du Psaume 22:17 s'exprime en ces termes: "Comme un lion mes mains et mes pieds", les Manuscrits de la Mer Morte reviennent à l'original : "Ils ont percé mes mains et mes pieds" (préservé dans la Version des LXX, IIIe siècle av. J.-C.), dont l'application à la crucifixion du Fils de Dieu est évidente.

Autre exemple : Lorsque Jésus répond aux disciples de Jean-Baptiste venus l'interroger (Mathieu 11:1-5), il cite Esaïe 61 en y ajoutant la courte phrase les morts ressuscitent. Or ces mots (qui ne se trouvent pas dans le texte massorétique d'Esaïe) figurent bel et bien sur les parchemins de Qumran.

Ce n'est pas, ajoute le professeur Evans, qu'il faille chercher dans les Manuscrits de la Mer Morte des preuves de l'inerrance des Ecritures. Mais l'interprétation hébraïque de l'époque apporte de vives lumières sur certains textes de l'AT demeurés obscurs.

Et même les écrits profanes de Qumran font des allusions à des faits mentionnés dans les livres sacrés, ce qui permet de les interpréter correctement. Quand 1 Samuel 11:2 indique que Nachasch, roi des Ammonites, voulait jeter l'opprobre sur Israël en crevant l'œil droit de chacun des habitants de Jabès en Galaad, les documents de Qumran affirment que telle avait déjà été auparavant la méthode de Nachasch à l'égard de l'ensemble des Gadites et des Rubénites.

Il s'agit donc de compléments d'information qu'il ne faut pas dédaigner puisqu'ils mettent en relief la véracité des textes et leur exacte transmission jusqu'à nos jours. Des documents qui surtout font ressortir à quel point le monde juif du premier siècle était dans l'attente de la manifestation de son Messie.

... et des prises de position

Aux Etats-Unis les camps se tranchent, mais se renforcent de part et d'autre : Alors que les universités sont devenues des forteresses du libéralisme, les facultés évangéliques de théologie et les nombreux Instituts bibliques - qui polarisent toujours plus d'étudiants - proclament haut et fort l'authenticité et l'inerrance de la Bible. Or, les publications les plus récentes consacrées aux Manuscrits de la Mer Morte rendent honneur à la sainte Parole de Dieu de la manière la plus évidente.

J. H. Alexander, d'après Christianity Today octobre 1997

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Les manuscrits de la Mer morte, ces textes sacrés si bien gardés

par Jocelyn Rochat, journaliste RP

Ø  C'est à croire qu'on ne saura jamais ce que faisaient les Esséniens sur les bords de la mer Morte, à l'époque où Jésus Christ était vivant! Des manuscrits datant de cette époque ont pourtant été découverts près de Qumrân en 1947.

 

Ø  Récupérés par miracle, ces précieux témoignages aux mains de chercheurs peu pressés et jaloux de leurs privilèges n'ont été publiés et traduits qu'au ralenti. Si bien que, 50 ans plus tard, une bonne part du mystère demeure. Essai de clarification

 

1947-1997: depuis leur découverte, il y a cinquante ans, les manuscrits de la mer Morte n'ont cessé de susciter des polémiques. Que ce soit à propos des conditions rocambolesques dans lesquelles cette découverte extraordinaire a été effectuée (des fouilles clandestines en période de guerre, un marché noir de manuscrits deux fois millénaires, etc.), mais encore à propos des décennies qui ont passé avant que les chercheurs se décident enfin à publier le résultat (vite contesté) de leurs travaux, un retard que certains scientifiques n'ont pas hésité à qualifier de «scandale académique du siècle».

 

Cinquante ans plus tard, l'étude de ces textes &endash; qui comptent aussi les plus anciens manuscrits bibliques découverts à ce jour &endash; et de leurs auteurs les Esséniens entre fort heureusement dans une phase plus calme et plus féconde : celle du véritable travail scientifique.

 

Un berger poursuivant ses moutons...

 

Avant d'en arriver là, il aura fallu un hasard quasi miraculeux. Tout commence au printemps 1947, par la course d'un jeune berger bédouin qui s'élance à la poursuite de chèvres égarées.

 

Nous sommes dans une falaise du rivage nord-ouest de la mer Morte, non loin du site de Qumrân, des ruines antiques que les archéologues ont tantôt prises pour la Ville du Sel de l'Ancien Testament, un fortin romain ou même les vestiges de la sulfureuse Gomorrhe!

 

Joum'a Mohammed &endash; c'est le nom du berger &endash; est en pleine ascension au moment où il découvre deux petits orifices dans le flanc de la montagne. Intrigué, il y jette une pierre et perçoit avec surprise le bruit d'une poterie qui se brise.

 

Deux jours plus tard, le berger revient sur le site avec deux cousins, dont un mince jeune homme, Mohammed Ahmed el-Hamed, surnommé Ed-Dib («le Loup»), qui parvient à se glisser dans la grotte. Il atterrit sur un sol jonché de poteries brisées, et découvre, le long des murs, un alignement de jarres étroites.

 

La grotte des grands manuscrits

 

Est-ce un trésor? «Le Loup» plonge la main dans l'une des jarres et en ressort des objets de cuir et des tissus, visiblement très anciens. Pour les Bédouins, l'une des plus fantastiques trouvailles archéologiques du siècle débute par une terrible déception.

 

Les trois hommes emportèrent toutefois les manuscrits jusqu'à leur village, près de Bethléem. Selon le récit de Harry Thomas Frank, dans l'ouvrage collectif L'aventure des manuscrits de la mer Morte (Paris, Seuil, 1996), ces trouvailles furent placées dans un sac et suspendues à un poteau de tente.

 

Dans les semaines qui suivirent, les Bédouins revinrent dans la grotte &endash; que les archéologues appelleront plus tard Grotte 1 de Qumrân, ou Grotte des grands manuscrits. Ils y trouvèrent sept autres rouleaux importants, dont quatre aboutirent au Monastère de Saint-Marc, et trois autres à l'Université hébraïque de Jérusalem.

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Controverse sur les manuscrits de la Mer Morte :

Le Vatican occulte-t-il les fameux manuscrits ?

Un nouveau regard sur la Bible hébraïque et le christianisme primitif

25 décembre 2001 : Les éditions Oxford University Press viennent d'annoncer aux Etats-Unis la publication des derniers volumes des manuscrits de la mer Morte. Découverts en 1947, mais écrits entre 250 avant J.-C. et 68 après, ces textes sont, malgré les demandes répétées des spécialistes de la Bible, restés longtemps monopolisés par une minorité de chercheurs.

Aujourd'hui publiés, ils éclairent le judaïsme et le christianisme d'un jour nouveau.( Après 54 ans d'attente, les manuscrits de la mer Morte sont enfin édités ! titre Le Monde

"L'ensemble des trente-neuf volumes, présentés sous le titre général de Discoveries in the Judaean Desert, sera complet en janvier 2002, avec la sortie du dernier volume comprenant l'introduction et un index."

Cette annonce, faite par Emmanuel Tov, professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem et responsable de la publication, peut paraître anodine. Pourtant, elle clôt une longue saga archéologique entamée en 1955 avec la publication du premier volume de ces manuscrits écrits pour l'essentiel en hébreu entre 250 avant J.-C. et 68 après J.-C.

Cependant quarante-six ans ont été qualifiées par Geza Vermès, professeur à l'université  d'Oxford de scandale académique du XXe siècle".

C'est en 1947 que l'"affaire" des manuscrits de la mer Morte a commencé. Près de la localité de Qumrân, en terre jordanienne, dans le désert surchauffé de Juda. Alors qu'il cherchait une brebis égarée, un berger de la tribu bédouine des Te'amré, Mohammed Ahmed el-Hamed appelé "le Loup", découvrit par hasard, dans une caverne surplombant la mer Morte, une série de jarres étroites, hautes d'environ 60 centimètres.

Certaines étaient encore surmontées de leur couvercle en forme de bol. Dans l'une d'entre elles, il trouva des paquets enveloppés de tissus contenant trois rouleaux de parchemin, que sa tribu vendit ensuite à un marchand. Consultés sur leur valeur, des experts internationaux confirment l'ancienneté de ces documents, vieux au moins d'un siècle avant Jésus-Christ.

Ils représentent donc une incroyable découverte :

Celle de textes de la Bible de mille ans plus jeunes que ceux que l'on connaissait déjà.

Après d'autres recherches, la grotte n° 1 - il y en a onze - livrera au total sept grands rouleaux, qui sont parmi les mieux conservés de tous les manuscrits de la mer Morte. En particulier, le rouleau d'Isaïe, qui mesure 7,34 mètres de long.

Les révélations des manuscrits de la mer Morte

Puis, de 1952 à 1956, lors de fouilles systématiques effectuées à Qumrân par l'Ecole biblique de Jérusalem, la découverte de dix autres grottes permettra de mettre au jour cinq autres rouleaux pratiquement intacts - dont le rouleau du Temple, long de 8,75 mètres - et d'innombrables fragments de quelque 700 textes.

La grotte n° 3 contenait, quant à elle, un mystérieux rouleau de cuivre brisé en deux, au sens non encore élucidé. Les sept rouleaux de la grotte n° 1 furent publiés dans un délai raisonnable, quelques années après avoir été étudiés  par des chercheurs français, anglais et américains. Au fil des ans, les textes fragmentaires des autres grottes furent également diffusés, à l'exception de ceux de la grotte n° 4, découverte en 1952 par le Père Roland de Vaux, directeur de l'Ecole biblique et archéologique française. C'est par cette grotte-là que le scandale est arrivé.

Baigent et Leigh citent le sort de John Allegro : il publia les textes qui lui avaient été assignés, et ses travaux furent sauvagement revus par Strugnell, qui consacra plus de cent pages à en corriger les "erreurs". Mais ceci ne pu se produire que parce que la compréhension du texte présentée par Allegro était stupéfiante, et que ses interprétations étaient contraires à celles de l'équipe.

Nul doute que Strugnell ait éprouvé une certaine jubilation à corriger les "erreurs" d'Allegro et, à ma connaissance, plusieurs personnes ont pris la défense des travaux d'Allegro, mais c'était trop tard. De plus, une émission télévisée à la BBC parlant des travaux d'Allegro fut sans cesse reportée et ne fut diffusée qu'en été à une heure de faible audience.  Enfin, comme le reconnaissent Baigent et Leigh, Allegro, déçu par le monde scientifique, courut à sa propre perte en publiant un livre intitulé The Sacred Mushroom and the Cross.

Ce livre fit scandale, il niait l'authenticité de l'existence historique de Jésus, qui ne serait qu'une simple image surgie dans le psychisme sous l'influence d'une drogue hallucinogène, la psilocybine, ingrédient actif de champignons hallucinogènes.

Quatorze éminents savants britanniques condamnèrent le livre dans une lettre au London Times. L'éditeur présenta ses excuses pour l'avoir publié. Si les idées d'Allegro n'eurent pas gain de cause, il ne subit cependant aucune intimidation et ne fut point réduit au silence.

Nombre d'autres chercheurs se sont écartés des thèses de l'équipe régnante. Barbara Thiering, de l'université de Sydney, en Australie, soutient que le Maître de Justice, figure dominante des textes de Qoumrân, est Jean-Baptiste et que Jésus est le Prêtre Impie. Pour J. L. Teicher, de l'université de Cambridge, Paul est le Prêtre Impie. Otto Betz, de l'université de Tübingen, suggère que Jean-Baptiste vécut à Qumrân. Norman Golb, de l'université de Chicago, soutient que la bibliothèque de Qumrân provenait en réalité de Jérusalem et représente les concepts du judaïsme prédominant.

Selon Lawrence Schiffman, de l'université de New York, les doctrines fondamentales de la secte de Qumrân ne sont pas de caractère essénien, elles sont sadducéennes.

Jose O'Callaghan affirme que des fragments de l'évangile de Marc, ainsi que des Actes des Apôtres et de l'Épître aux Romains de Paul, ont été trouvés parmi les textes d'une des grottes de Qumrân.

Quelle est donc cette voix indépendante qui défie l'autorité des représentants du Vatican en avançant que des documents de cette époque du christianisme ont été découverts à Qumrân ?

Celle d'un jésuite espagnol ! Ces catholiques - tels North, Fitzmyer et O'Callaghan - feraient bien de se ressaisir s'ils veulent étouffer les idées non orthodoxes, en particulier celles qui voient un lien entre les documents de Qumrân et le Nouveau Testament.

Pour comble d'avanie, O'Callaghan publie ses idées dans des revues catholiques comme Biblica et Civita cattolica. Personne ne peut refuser la parole à tous ces chercheurs dissidents. Ils se voient peut-être refuser une tribune à des assemblées privées contrôlées par l'équipe éditoriale.

Mais leurs idées sont largement diffusées dans des publications parallèles.

En effet, Baigent et Leigh adoptent eux-mêmes les idées d'un chercheur indépendant, Robert Eisenman, qui s'oppose énergiquement à celles de l'équipe éditoriale.

D'après ce dernier- ainsi que Baigent et Leigh -, le chef de Qumrân surnommé le Maître de Justice est en réalité Jacques le Juste, mentionné dans le Nouveau Testament comme le frère de Jésus.

Pour Eisenman, Jacques était le chef des Zélotes, secte juive militante qui joua un rôle majeur dans la Première Grande Révolte Juive contre Rome (66-70 apr. J.-C.), tragiquement terminée par l'incendie de Jérusalem et la destruction du Temple. Les adeptes de la communauté de Qumrânétaient des  Zélotes et non des Esséniens, soutient Eisenman.

En tant que Zélotes, ils étaient les héritiers d'une longue lignée de juifs sadocides - fondée par Esdras, perpétuée par Judas Maccabée, Jean-Baptiste, Jésus et finalement Jacques, frère de Jésus. Dans ce scénario, Paul était l'ennemi juré de Jacques. C'est Paul qui fit de Jésus un Homme-Dieu. Paul est " le Menteur" des textes de Qumrân, l'adversaire du Maître de Justice. Paul, toujours d'après Eisenman, vécut trois ans à Qumrân. Le second adversaire du Maître de Justice, le Prêtre Impie, est - selon cette thèse - Ananie, le grand-prêtre de Jérusalem.

Ananie s'arrangea pour faire mettre à mort Jacques, événement relaté dans le Nouveau Testament où, toujours d'après Eisenman, le nom d'Étienne a été substitué à celui de Jacques.

C'est alors, dit Eisenman, que la Judée se révolta. Ce fut le commencement de la Première Grande Révolte juive contre Rome.

Les Romains envoyèrent un corps expéditionnaire sous le commandement de Titus et Jérusalem fut détruite. Paul l'emporta en créant sa secte chrétienne en terre païenne. L'histoire de Jacques, véritable chef de la communauté des Juifs évangélisés, fut étouffée, jusqu'à ce que l'interprétation des manuscrits de la mer Morte par Eisenman la ressuscite.

A vrai dire, les recherches d'Eisenman ont révélé la simplicité fondamentale de ce qui semblait auparavant une situation d'une rebutante complexité (sans omettre sa suggestion qu'en fait, Paul était peut-être un agent secret de Rome). Comme le déclarent Baigent et Leigh vers la fin de leur livre de deux cent soixante-six pages consacré en grande partie aux idées d'Eisenman :

"Il serait impossible, dans le cadre de notre propre ouvrage, de rendre adéquatement justice au poids de preuves réunies par Eisenman". Baigent et Leigh déclarent qu'une "phalange croissante de partisans se rassemble autour de Robert Eisenman, et que des savants influents et éminents sont de plus en plus nombreux à adopter sa cause". A ma connaissance, un seul savant a exprimé par écrit son accord avec le scénario d'Eisenman.

Mais que ses idées l'emportent ou non, là n'est pas la question. L'important, c'est qu'elles soient libres de se frayer un chemin sur l'agora des idées. Elles ont été présentées à ses collègues du monde érudit et au public. Le premier livre dans lequel il expose ses arguments (Maccabees, Zadokites, Christiansand Qumran) a été publié par les prestigieuses éditions scientifiques E. J. Brill de Leyde en 1983. Son deuxième ouvrage (James the Just in the Hahakkuk Pesher) a été publié en 1985 par - attention, êtes-vous assis ? comme disait mon grand-père - par l'une des propres éditions du Vatican, TipographiaGregoriana ! (Il fut plus tard révisé et édité par Brill.)

A l'instar des pères North, Fitzmyer et O'Callaghan, les éditions vaticanes n'ont apparemment pas reçu le mot d'ordre sur ce qui était doctrine casher ou ne l'était pas. Sinon, pourquoi des éditions vaticanes auraient-elles publié Eisenman ? Bref, de nos jours, il est difficile d'étouffer les idées.

En outre, l'équipe a certainement choisi un curieux principe pour faire valoir la pureté doctrinale : une datation des rouleaux à une époque très ancienne. L'équipe fait remonter les rouleaux à une période située environ entre 250 av. J.-C. et 68 apr. J.-C., année où, selon l'interprétation des témoignages archéologiques donnée par de Vaux, les troupes romaines détruisirent la localité de Qumrân.

Cette datation lointaine, d'après l'accusation portée contre les éditeurs de l'équipe, dissocierait les manuscrits et le christianisme. Vraiment ?

Elle coïncide pourtant avec la vie de Jésus sur terre. Si, par exemple, une naissance d'une vierge-mère se trouvait attestée dans un texte de Qumrân datant du Ier ou du IIe siècle av. J.-C. au lieu du Ier s. ou IIe siècle apr. J.-C., cette différence aurait-elle une grande importance en ce qui concerne son potentiel destructeur pour la doctrine chrétienne ?

Ces réflexions nous mènent à une autre perle de l'argumentation de Baigent et Leigh. Ils présument que quelque chose, dans ces mystérieux manuscrits anciens, pourrait gravement saper la doctrine ou la foi chrétienne. Quoi donc ? Il est facile de l'imaginer.

Supposons qu'un texte rapporte une naissance d'une vierge qui aurait enfanté. Et alors ? Nous savons déjà que des récits de naissance d'une vierge-mère circulaient à cette époque. La Parthénos de la mythologie grecque, par exemple, comme l'Arthémis des Ephésiens était une déesse mère, et le christianisme s'est inspiré de toutes sortes de mythe répandus dans tout l'empire romain.

Pourtant, la foi juive ou la foi chrétienne n'ont pas plus été sapées par les affirmations d'archéologues annonçant qu'aucune ville de Jéricho n'existait à l'époque où Josué est censé en avoir fait sept fois le tour avec son armée avant que ses murs ne s'effondrent.

Allegro écrivit un jour à Strugnell : " Le temps que j'achève [mes travaux], il ne vous restera plus aucune Église à laquelle adhérer." De toute évidence, Allegro sous-estimait les ressorts secrets de l'Église pour subjuguer les foules. Baigent et Leigh suggèrent que les rouleaux pourraient contenir "quelque chose de compromettant, quelque chose de menaçant pour les traditions établies, peut-être même qu'ils les réfute ".

Ils dépeignent de Vaux et ses collègues comme [des hommes] craignant qu'une révélation dans les rouleaux " ne soit susceptible de démolir l'édifice tout entier de l'enseignement et de la foi du christianisme ". Ceci parce que, selon les deux auteurs, "on a cru jusqu'à présent que les enseignements de Jésus étaient uniques". Eh bien, non. L'érudition moderne a mis en lumière les correspondances existant entre l'enseignement de Jésus et d'autres mouvements sociaux et idéologiques de cette époque. Ainsi, sa symbiose particulière avec les idées esséniennes était réelle.

Tous les savants s'accordent pour dire que les documents de Qumrân sont d'une extrême importance pour notre intelligence du christianisme primitif.

Ces textes ont apporté une nouvelle dimension à notre compréhension de ses origines : des dizaines de livres et des centaines d'articles ont été écrits sur le lien possible entre les textes de Qumrân et le Nouveau Testament. L'une des conclusions majeures de cette vaste recherche est que la doctrine primitive du christianisme et ses systèmes de croyance n'étaient pas d'une source unique.

Au chapitre 14, de quelques décennies consacrées à étudier l'incidence des textes de Qumran sur notre compréhention du christianisme primitif, James VanderKam tire deux conclusions principales :

1)   L'Eglise primitive, dans une bien plus large mesure qu'on ne le supposait auparavant, a poussé dans la glèbe juive, en particulier, chez les Esseniens.

2) Parmi les croyances et pratiques de l'Eglise primitive, un grand nombre étaient exclusivement esseniennes.

2)   Aucune résonance générale dans les milieux catholiques, rien n'a filtré de ces conclusions ou à la publication de telles preuves! Et pourtant, seraient-ce là les conclusions destructrices que la conspiration du Vatican est censée empêcher de se dégager - ou du moins de parvenir au grand jour ?

Baigent et Leigh citent un passage d'un texte de Qumrân encore inédit mentionnant un personnage qui sera appelé " Fils du Très-Haut " et " Fils de Dieu ", des noms que l'on retrouve, attribués à Jésus, aux versets 1,32-35 de Luc. C'est une "découverte extraordinaire", disent-ils.

3)   Mais les Religieux contrôlent les informations et récupèrent tout à leur profit.

Paru récemment, un article révèle qu'un texte de Qumrân contenait des béatitudes préfigurant à bien des égards les béatitudes du Sermon sur la montagne. L'auteur? Le père Émile Puech, un Jésuite de l'École biblique chargé de la traduction des manuscrits.

4)   Baigent et Leigh accusent l'équipe d'éditeurs de "dissimuler laborieusement"

5)   les liens qui existent entre des textes de Qumrân et des événements du Nouveau Testament. Or, on sait bien que les implications des textes de Qumrân pour les études néotestamentaires ont fait l'objet de vastes débats aboutissant à ce résultat : certains concepts et certaines doctrines auparavant considérés comme exclusivement chrétiens ne sont plus aujourd'hui compris comme tels.

6)   Toutefois, une énigme demeure : pourquoi les chercheurs qui détiennent le contrôle des textes ont-ils insisté pour en tenir secrets un si grand nombre ? La réponse que Baigent et Leigh voudraient nous faire deviner est évidente. L'explication est, fort prosaïque: c'est pour un mobile secret qui anime toute la Curie Romaine: le pouvoir religieux.

7)   Ils étaient les membres soumis et obéissants de ce qu'on appelle l'Eglise. Ils avaient autorité sur l'ensemble d'une discipline. C'étaient eux les spécialistes. C'étaient leurs noms que l'histoire transmettrait à la postérité comme ceux des auteurs des éditions princeps. C'étaient eux qui pouvaient conquérir des étudiants en doctorat en leur faisant miroiter un manuscrit de la mer Morte inédit à publier pour leur thèse. Plus récemment, un autre facteur a joué : la pure opiniâtreté.

8)   Les éditeurs des manuscrits ne répondent à personne. Ils ne connaissent d'autres lois que les leurs. Ils s'offusquent des pressions que leur ont fait subir des étrangers - en outre, non simplement des savants extérieurs, mais des amateurs aux connaissances sommaires, tels le directeur de publication de la Biblical Archaeology Review et des hommes de la grande presse. Réaction de ces éditeurs : ils se braquent. Et disent qu'on ne leur marchera pas sur les pieds.

9)   Voilà les motifs qui se cachent derrière le refus d'accorder le libre accès aux rouleaux non publiés, en plus d'une conspiration ourdie par le Vatican, et l'attitude auprès des Israéliens le montre bien. Tout en ayant dernièrement affirmé leur autorité sur les rouleaux, ils acquiescent au monopole exercé par les éditeurs de l'équipe - à condition toutefois que cette dernière soit élargie, ce qui fut fait, afin d'inclure des Israéliens.

10) Assurément, les Israéliens peuvent faire partie d'une conspiration dirigée par le Vatican car d'éminents savants israéliens participent au consensus officiel. Baigent et Leigh expliquent comment l'idée de se joindre à une conspiration dont le but est de sauvegarder la pureté de la doctrine chrétienne a pu séduire les Israéliens.

11)

ENFIN, la publication des manuscrits est considérée comme "UN TRÈS GRAND MOMENT"(Le Monde).

"Pour les philologues et les historiens qui travaillent sur ces manuscrits, c'est l'achèvement d'une très grande entreprise et un très grand moment. Avec cette collection maintenant disponible, le temps des synthèses est enfin arrivé", souligne Francis Schmidt, directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études et spécialiste de l'histoire du judaïsme à l'époque  hellénistique et romaine

"Nous entrons désormais dans une période nouvelle d'exploitation et de comparaison des documents, qui demandera sans doute plusieurs décennies de travail", précise en connaisseur Marc Philonenko, membre de l'Institut et doyen honoraire de la faculté de théologie protestante de Strasbourg (4 ) < http://webduweb.free.fr/controve.htm>.

 

 (1) L'évenement récent range les extraits (chapitre 22) du livre L'AVENTURE DES MANUSCRITS DE LA MER MORTE publié en 1996 sous la direction de Hershel Shanks dans l'arrièe-plan historique. Mais un livre récent est à signaler : Les Manuscrits de la mer Morte, par Michael Wise, Martin Abegg et Edward Cook, l'ouvrage traduit de l'anglais est publié chez Plon - 29 euros (190,22 francs). retour en haut <http://webduweb.free.fr/controve.htm>

2. "le scandale scientifique par exellence du XXe siècle", d'après les termes du professeur Gesa Vermes, qui publia en 1977 The Dead Sea Scolls : Qumran in Perspective, se justifie car, trente ans après leur découverte, la publication stagnait lamentablement. C'était impossible pour des chercheurs indépendants, d'obtenir la moindre information ou document pour étayer leurs propres prospections... retour au texte <http://webduweb.free.fr/controve.htm>

3. John Allegro "The Sacred Mushroom and the Cross" - 1971,(retour au texte <http://webduweb.free.fr/controve.htm>)

4. M. Philonenko avait en effet publié chez Gallimard (La Pléiade), en collaboration avec André Dupont-Sommer, la première traduction en français d'une partie des manuscrits de la mer Morte sous le titre :  La Bible - écrits intertestamentaires.

Les Manuscrits De Qumran

 

Entre Science Et Fantaisie

 

Monseñor Luis Heriberto Rivas Luis Heriberto Rivas-1.JPG

Sacerdote diocesano de la

Arquidiócesis de Buenos Aires

Licenciado en Teología

Licenciado en Sagradas Escrituras

Profesor Titular de Sagradas Escrituras

en la Facultad de Teología de la

Universidad Católica Argentina

Rodríguez Peña 846

1020 Buenos Aires

Argentine

 

Téléphone et télécopieur:  (54-11) 4812 2948

 

____________________

 

 

Un demi-siècle après leur découverte, les manuscrits trouvés dans onze grottes des environs de la côte nord-est de la Mer morte continuent d'attirer l'attention tant des scientifiques que des chercheurs. Ce qui au début était réservé principalement aux publications destinées aux chercheurs a occupé, en fait, une place toujours plus considérable dans les milieux de diffusion de masse. En plus des publications de vulgarisation qui comptent avec un sérieux dossier scientifique, il existe également une longue liste de "best-sellers" destinés à informer les non-spécialistes sur le contenu des manuscrits, en même temps qu'ils promettent de révéler des secrets qui parfois se rapportent à des scandales du monde des spécialistes, tandis que d'autres dénoncent certaines manoeuvres sinistres pour les cacher, ou annoncent de nouvelles découvertes qui marque­raient la fin de la foi chrétienne.

 

Souvent les périodiques annoncent des découvertes archéologiques ou un déchiffrement de textes anciens qui mettraient en question les fondements du christianisme ou ce que, habituellement, on affirme sur le terrain de la science. Dans ces cas, apparaît fréquemment le nom de Qumran.

 

La publication des manuscrits

 

À partir du moment où l'on a considéré comme publique l'annonce de la découverte des manuscrits, les chercheurs firent connaître le contenu de ceux-ci en des livres et des revues spécialisées, tandis que paraissaient lentement les gros volumes qui contiennent les fac-similés. Beaucoup de spécialistes qui se servaient de ces premières publications assumèrent la tâche de les vulgariser.

 

L'état dans lequel se trouvent les manuscrits, souvent réduits à de petits fragments de très peu de centimètres (et parfois de millimètres), est un facteur qui empêche une publication rapide de ces manuscrits. Pour reconstituer les livres, les spécialistes doivent s'astreindre à une tâche qui souvent ressemble à la solution d'un casse-tête. Une fois reconstruit, le livre doit être translittéré, traduit et finalement interprété, avant d'être confié aux presses. Ceux qui s'entendent en la matière ne peuvent exiger davantage de célérité.

 

Pour éviter que, comme conséquence de quelque conflit belliqueux, les textes ne puissent se perdre définitivement, on mit à part quelques copies de la totalité de ces textes, même de ceux qui n'avaient pas été traduits, et on les déposa en diverses parties du monde. Sur ces copies pesait une espèce d'embargo de publication, vu que le département des Antiquités de l'État d'Israël s'en réservait les droits, mais aux États-Unis on ne se sentit pas lié par cet embargo et en 1991, après l'annonce selon laquelle Israël ne prendrait pas de mesures légales contre les éditeurs, parut une publication en deux tomes avec la totalité des textes.

 

Une histoire différente

des origines du christianisme

 

Très peu de jours avant que ne paraisse au jour ladite édition, les journalistes Michael Baigent et Richard Leigh firent paraître aux États-Unis le livre The Dead Sea Scrolls Deception [La supercherie des rouleaux de la Mer morte], qui eut une ample diffusion et fut rapidement traduit en d'autres langues. L'édition qui se vend à Buenos Aires porte une bande aguichante: Le livre qui fait trembler le Vatican. D'après ces auteurs, une grande quantité de textes de Qumran avaient été cachés par les soins d'un manoeuvre du Vatican, parce qu'en ces textes figurait une version totalement différente des origines du christianisme. La description présentée par Baigent et Leigh se révéla un étonnant roman: le Nouveau Testament, rédigé au 2e siècle, a défiguré les faits, parce que, en réalité, les premiers habitants de Qumran constituaient un groupe de "guerrilleros" qui luttaient contre l'occupatiom romaine sous les ordres de Jacques, que le Nouveau Testament appelle "frère de Jésus" et qui n'est autre que "le maître de justice", le fondateur de la Communauté, selon les manuscrits. Saint Paul fut un agent du sanhédrin, qui pour s'introduire dans la communauté feignit une conversion et fit semblant qu'il allait recruter des volontaires parmi les Juifs de la diaspora en vue de la lutte contre les Romains. Mais ce qu'il fit, ce fut d'inventer l'histoire de Jésus pour brouiller les idées des Juifs et les convertir en fidèles sujets des Romains. Comme roman, cela pouvait se trouver très intéressant, mais comme histoire, il y a là-contre que rien de cela n'a pu être trouvé dans les manuscrits une fois connus dans leur publication intégrale.

 

En réalité, ces deux journalistes ne créaient rien de nouveau: ils ne faisaient que suivre les traces d'un autre collègue, Edmund Wilson, qui en 1955 publia l'annonce que les manuscrits provoquaient la confusion chez les chrétiens et les Juifs. Ils disposaient également de la conférence et des publications du professeur John Allegro, membre du comité des chercheurs consacrés à la publica­tion des textes, qui affirmait que dans les documents il apparaissait que le fondateur de la communauté, le Maître de justice, avait été crucifié et enseveli, et que ses disciples attendaient sa résurrection. Plus tard, il dut se rétracter de ces traductions face aux preuves d'inconsistance apportées par d'autres experts.

 

John Allegro dénonça, de même, la fausseté des affirmations selon lesquelles le retard dans la publication était dû à certaines manoeuvres tendant à empêcher l'édition des documents, lesquelles manoeuvres auraient émané d'autorités religieuses craignant que l'on connaisse la vérité sur les origines du christia­nisme.

 

L'existence de ce complot apparaît, de plus, comme thèse du livre de N. A. Silberman, La guerre des rouleaux de la Mer morte qui affirme que tout cela est l'oeuvre de spécialistes juifs et chrétiens qui placent la discipline religieuse avant le respect de la vérité.

 

Les journalistes M. Baigent et R. Leigh comptaient aussi avec les théories avancées au cours de la décennie précédente par Robert H. Eisenman, professeur de l'université de Californie, selon lesquelles les manuscrits n'appartenaient pas à la date que leur attribue la grande majorité des spécialistes, ce que démon­traient les analyses au carbone 14. Le professeur Eisenman mit en doute le paiement que recevaient les collègues pour leur travail, en même temps qu'il relativisait (ou mieux: dépréciait) la certitude que pouvait donner l'analyse au carbone 14, même sous sa forme la plus perfectionnée. Il proposa pour les textes de Qumran une date plus tardive: ils appartiendraient à l'époque des origines du christianisme et les personnes qui y sont mentionnées sont Jacques, "le frère de Jésus" (le Maître de justice), saint Paul (l'homme du mensonge) et le grand-prêtre Anne (le prêtre impie). Robert H. Eisenman est l'un des responsables de l'édition complète des photographies des manuscrits de Qumran mentionnées précédemment, mais en celles-ci, on ne peut rien trouver qui rendent vraisem­blable ses théories, si ce n'est à travers une exégèse capricieuse des textes. Au contraire, on n'a pu trouver dans ces textes que des noms de personnages appar­tenant à l'époque pré-chrétienne. 

Pour évaluer correctement ces publications, il importe de savoir que les journalistes auteurs du livre Les rouleaux de la Mer morte sont connus dans le monde des publications à sensations pour d'autres livres sur une certaine secte ou certain groupe ésotérique formé autour de descendants de la lignée de Jésus, qui subsistent encore et détiennent un plan de domination mondiale. Le professeur John Allegro, de son côté, est l'auteur d'un livre répandu - édité en espagnol à Buenos Aires - dans lequel il expose la thèse selon laquelle Jésus Christ n'est rien de plus que la personnification d'un champignon hallucinogène auquel rendait culte une secte qui se droguait...

 

Une version un peu différente des origines du christianisme à Qumran se trouve dans les publications de mademoiselle Barbara Thiering, professeur de l'université de Sydney, pour qui le Maître de justice était saint Jean Baptiste et le prêtre impie, rien de moins que Jésus. Le Seigneur aurait un été un moine de Qumran opposé au rigoureux Baptiste en raison de son ouverture aux pécheurs et aux marginalisés. Condamné à mort par Pilate, il fut retiré de la croix avec une mort qui fut apparente grâce à un breuvage narcotique. Une fois rétabli par les soins médicaux des Esséniens, il voyagea à Rome, se maria d'abord avec Marie-Madeleine et plus tard avec Lydie (de Philippes), desquelles il eut deux enfants. La critique que l'on peut faire de cette théorie ne diffère en rien de la précédente: en plus d'être un roman surprenant, elle n'a aucun appui dans les textes qui indubitablement sont de l'époque pré-chrétienne. Pour arriver aux conclusions indiquées, il faut changer le sens des mots et utiliser une exégèse inacceptable.

 

La mort apparente de Jésus et la réanimation postérieure avec l'aide de la médecine des Esséniens ont connu une autre variante dans l'oeuvre des Allemands Holger Kersten et Elmar Gruber. D'après ceux-ci, les analyses au carbone par lesquelles on estima que le suaire de Turin n'était pas une relique authentique furent falsifiées par le Vatican, parce qu'il ne convenait pas que l'on sût la vérité: en réalité, le suaire révèle que Jésus n'était pas mort. La théorie de la falsification des analyses a été adoptée et diffusée par certains catholiques avec des intentions qui n'ont rien en commun avec celle des auteurs en question.

 

En notre milieu on a connu l'oeuvre de Dalmiro Sáenz, Cristo de pie [Le Christ debout]. C'est un roman d'apparence historique, dans lequel se révéleraient des données de la vie authentique d'un Jésus essénien, dont les documents seraient demeurés cachés à Qumran et que l'on n'aurait pas encore fait connaître. Comme dans les autres cas, une fantaisie totalement incompatible avec ce que l'on sait aujourd'hui des manuscrits.

 

Dans toutes ces oeuvres il apparaît que, sous une forme ou sous une autre, les doctrines du christianisme existaient déjà à Qumran et que l'Évangile n'a apporté rien de nouveau. En 1950, peu d'années après les découvertes, le professeur André Dupont-Sommer, de la Sorbonne, soutint qu'il fallait chercher à Qumran les origines du christianisme. En d'autres cas, ces auteurs présentent les similitudes de forme et de contenu des textes pour en déduire immédiatement qu'il s'agit d'une identité. Enfin, d'autres se limitent à affirmer que Jésus a appris sa doctrine dans la communauté de la Mer morte, mais sans présenter aucun document pour appuyer cette affirmation. Les oeuvres publiées en France par Gérald Messadié appartiennent à cette catégorie.

 

La lenteur à publier - pour les motifs mentionnés plus haut - a été critiquée également par d'autres experts, mais l'explication selon laquelle on la devrait à un "complot" est le fruit de l'imagination, vu que l'édition dépend également de spécialistes non chrétiens qui n'ont jamais parlé de son existence. Bien plus, les membres du comité interconfessionnel responsable de la publication, dont faisait partie également J. Allegro, présentèrent une lettre dans laquelle ils s'opposaient aux affirmations de ce professeur. Enfin, l'édition totale des manuscrits a révélé qu'il ne s'y trouve rien qui mette en danger la foi des chrétiens. Voire, ils peuvent être lus en version espagnole depuis plusieurs années. Le professeur Florentino García Martínez a publié en 1992 la traduction complète des manuscrits non bibliques, édition qui ultérieurement a été retraduite en d'autres langues.

 

Manuscrits chrétiens à Qumran

 

Le père José O'Callaghan, professeur jésuite de Rome, a donné involon­tairement une forte impulsion à l'affirmation selon laquelle les habitants de Qumran étaient les premiers chrétiens, en annonçant qu'il avait identifié des textes du Nouveau Testament parmi le fragments de la grotte 7. Celle-ci, découverte en février 1955, attire l'attention des chercheurs, parce que, contrairement aux autres, elles contient seulement des papyrus (il n'y a pas de parchemins), qui sont rédigés seulement en grec (pas de textes en hébreu ni en araméen). Les fragments que l'on a pu facilement identifier parce qu'ils comprennent des mots ou des phrases entières appartiennent à l'Ancien Testament (la Septante). Le père O'Callaghan s'est penché sur les fragments minuscules qui contiennent seulement quelques lettres et qui, à cause de cela, offrent une plus grande difficulté pour leur identification. Dans des conférences et des publications, de même que dans l'édition de son livre en 1974, ce chercheur présenta l'hypothèse que neuf de ces fragments appartenaient - avec différents degrés de certitude - aux livres du Nouveau Testament. Aujourd'hui, la discu­ssion se limite au fragment 7Q5, qui serait à peu près de l'année 50 après Jésus Christ, et qui, selon le père O'Callaghan, contiendrait le texte de Mt 6, 52-53.

Cette hypothèse, amplement discutée, est acceptée par certains et rejetée par d'autres. Le problème consiste à savoir si quelques lettres peuvent donner la certitude qu'à Qumran on trouve des textes du Nouveau Testament. Il semble­rait qu'à l'aide des ordinateurs on a pu prouver scientifiquement que dans les livres écrits en grec actuellement connus, le groupe de lettres en question ne peut appartenir à nul autre qu'à l'évangile de Marc. S'il en est ainsi, l'hypothèse d'O'Callaghan est possible et satisfait beaucoup de scientifiques. D'autres, en revanche, la rejettent, comme c'est le cas pour l'Institut de critique textuelle de Münster (actuellement la plus importante). Les professeurs E. A. Muro et E. Puech sont arrivés à la conclusion qu'il s'agit d'un fragment de l'apocryphe Lettre de Henoch. Le professeur Harmut Stegeman, de l'université de Göttingen, présente cette hypothèse de lecture du même papyrus. Ce même auteur a publié ultérieurement un volume dans lequel il traite amplement et profondément de ce thème.

 

Mais, ce qui dans la discussion scientifique paraît une possibilité a été renversé par quelques-uns et présenté comme une certitude dans un cadre complètement différent. Des représentants des fondamentalistes actuels ont brandi l'affirmation selon laquelle l'évangile de Marc est antérieur à l'an 50, comme garantie que les évangiles contiennent un compte rendu littéral de ce que Jésus a fait et dit, rédigé immédiatement après les faits. On attaque ainsi toute affirmation selon laquelle les évangiles présenteraient Jésus perçu à partir de la foi et de la prédication de l'Église. En retraçant la date de la composition de l'évangile on vise à exclure la possibilité d'un approfondissement théologique et d'une élaboration de la part de la communauté et des écrivains, processus aujourd'hui admis par tous les théologiens et aussi par le magistère de l'Église catholique .

 

Un des plus ardents défenseurs de l'hypothèse du père O'Callaghan est le papyrologue allemand Carsten Peter Thiede, qui récemment a élargi le champ de sa recherche en l'étendant au papyrus P64, fragment de l'évangile de Matthieu qui se trouve au Madgalen College d'Oxford. Ce papyrus a été daté comme apparte­nant approximativement à l'an 200, mais le professeur Thiede affirme qu'il est de l'an 50 et établit une relation avec la datation du papyrus de Qumran étudié par le père O'Callaghan. Dans la présentation de son nouveau livre sur le sujet, le professeur Thiede donne une description caricaturale des positions actuelles par rapport à l'origine des évangiles, comme si la supposition que ceux-ci auraient été écrits à partir de traditions orales entraînait une négation de l'historicité des faits racontés. Seule la datation offerte par Tiede offrirait une garantie de véracité. Cette hypothèse fut livrée au grand public au moyen d'un article du Figaro Magazine (14-4-1995, P. 80-81), qui porte le titre suggestif de "Et si les évangiles étaient un reportage?" Un tir à la verticale contre l'enseignement de Vatican II. Mais quand le professeur Thiede exposa sa découverte dans une revue scientifique spécialisée, ses expressions furent différentes: "On peut soutenir que le papyrus de Matthieu pourrait être de la fin du 1er siècle, quelque temps après la destruction du Temple de Jérusalem (en 70 après Jésus Christ), et non à la fin du 2e siècle.

 

La présente vision de l'ensemble des publications, surtout sensationalistes, sur la publication et le contenu des manuscrits de Qumran pourra donner quelque idée du peu de sérieux avec lequel les médias diffusent certaines informations, présentant une affirmation donnée en l'étiquetant de "scientifique". Tout en gardant le secret sur les travaux responsables et leurs résultats, ils détachent et lancent dans le public des informations dénuées de fondement, qui en général sont présentées avec des titres qui semblent délibérément choisis pour troubler les croyants peu au courant de la matière. Tandis que ces publications n'apportent rien à la science ni à la religion, on constate avec peine qu'elles ne servent qu'à assurer de nombreux gains à ceux qui les produisent.

 

Il faut faire ressortir, en revanche, le travail de spécialistes comme les professeurs Otto Betz et Rainer Riesner, de l'université de Tübingen (Allemagne), qui avec leur livre Jesús, Qumrán y el Vatican, ou César Vidal Manzanares avec Los essenios y los Rollos del Mar Muerto, ont contribué à clarifier la situation. La même chose peut être dite de la collection d'études sur le sujet, par divers spécialistes de renommée internationale, publiés sous la direction de James H. Charlesworth . On doit à ces livres une grande partie de ce qui figure dans le présent travail. Entre temps, l'étude du contenu des manuscrits, loin de se révéler inquiétante, continue de fournir une aide considérable aux spécialistes de l'étude du Nouveau Testament, pour qui la connaissance de ces textes est devenue une matière obligatoire, puisqu'elle élargit le panorama d'un grand secteur du monde religieux de l'époque où a pris naissance le christianisme. Leur lecture permet de percevoir que dans leur organisation et leurs croyances, l'une et l'autre communauté présentaient de grandes ressemblances, en même temps que de grandes différences.  Ce qui permet d'apprécier la grande originalité de l'Évangile.

Fragment de rouleau grotte Q12

10/02/2017  Des archéologues de l'Université hébraïque ont trouvé une nouvelle grotte ayant contenu par le passé des rouleaux de la mer Morte.

C'est renversant ! Cela faisait 20 ans que j'attendais une telle nouvelle !", avoue, encore sous le choc, Mireille Belis, historienne et archéologue à l'Ecole biblique et archéologique française (EBAF) de Jérusalem. L'annonce de la découverte d'une douzième grotte " à manuscrits " dans une falaise située à l'ouest de Qumran dans le désert de Judée a laissé en effet tous les spécialistes sans voix. Car ce sont précisément dans ces grottes, situées en Cisjordanie à une douzaine de kilomètres au sud de Jéricho, qu'avaient été mis au jour les célèbres rouleaux de la mer Morte entre 1947 et 1956. L'une des plus grandes découvertes archéologiques du XXe siècle.


 

Les archéologues de l'Université Hébraïque de Jérusalem, dans Q12, sur la falaise de Qumran. ©Casey L. Olsen et Oren Gutfeld

C'est le quotidien The Times of Israël qui a annoncé cette découverte dans sa parution du 8 février 2017, cette nouvelle cavité venant d'être identifiée par des chercheurs de l'Université Hébraïque et l'Autorité israélienne des antiquités (IAA). Malheureusement, celle-ci avait déjà été repérée par des pilleurs qui l'ont vidée de son contenu, comme l'attestent deux manches de pioche abandonnés sur place dans les années 1950. Il ne reste donc rien a priori des inestimables vestiges qu'elle devait contenir, si ce n'est un fragment de parchemin. Celui-ci apparaît vierge mais devrait néanmoins être soumis à une analyse multi-spectrale.

 

 

L'intérieur de Q12, après le passage des pilleurs au cours du XXe siècle. ©Casey L. Olson et Oren Gutfeld.

Aux origines de la Bible hébraïque

Un véritable capharnaüm de poteries brisées et des restes de textiles ont cependant été retrouvés, l'ensemble ayant servi, dans l'Antiquité, à emballer et protéger ces documents originaux remontant pour certains aux origines de la Bible hébraïque et dont Sciences et Avenir s'est d'ailleurs fait l'écho dans un grand dossier du N°839 publié en janvier 2017. Ces écrits avaient été cachés au cours du 1er siècle de notre ère, quand les armées romaines de l'empereur Titus (68) avaient détruit le Temple de Jérusalem et pourchassé les communautés juives qui avaient ainsi mis à l'abri leurs documents jugés les plus précieux.

Baptisée " Q12 " (pour Qumran 12), cette nouvelle grotte a été découverte au cours de l'actuelle grande campagne de fouilles systématiques des grottes du désert de Judée (Operation Scroll). Celle-ci a été lancée récemment par les autorités israéliennes dans le but de déjouer le vol d'antiquités et la vente de fragments de manuscrits originaux, dont les prix sur le marché noir peuvent atteindre le million de dollars ! Ces opérations, considérées comme prioritaires, concernent l'ensemble des régions de la mer Morte. Parmi les trouvailles figuraient également des lames de silex, et des pointes de flèche de l'Age du Bronze (environ 7000 ans), ainsi qu'un fragment de sceau en cornaline, prouvant que de tout temps, ces grottes difficilement accessibles en bordure de la mer Morte, avaient servi de refuges.

La vie de Jésus mieux comprise
grâce aux manuscrits de Qumrân

Les manuscrits de Qumrân, comme nous l’avons vu, jettent un flot de lumières sur l’ensemble de la Révélation. Grâce à eux des événements du Nouveau Testament sont mieux compris, en voici quelques exemples saisissants.

I. LE 25 DÉCEMBRE DE L’AN 1, JÉSUS NAQUIT À BETHLÉEM

La Nativité de Lebrun

En 1995, le savant israélien Shemaryahu Talmon a publié une étude sur le calendrier liturgique découvert dans la grotte 4 de Qumrân (4Q321). Il y trouva incontestablement les dates du service au Temple que les prêtres assuraient, à tour de rôle, encore au temps de la naissance de saint Jean-Baptiste et de Jésus. Selon ce document, copié sur parchemin entre les années 50 et 25 av. J.-C., donc contemporain d’Élisabeth et de Zacharie, la famille des Abiyya à laquelle ils appartenaient (Lc 1, 5; cf. 1 Ch 24,10) voyait son tour revenir deux fois l’an, du 8 au 14 du troisième mois du calendrier essénien, et du 24 au 30 du huitième mois. Cette seconde période tombe vers la fin de notre mois de septembre, confirmant le bien-fondé de la tradition byzantine immémoriale qui fête la « Conception de Jean » le 23 septembre.

Or ce fut, comme l’écrit saint Luc, le «  sixième mois  » de la conception de Jean que l’ange Gabriel apparut à la Vierge Marie. À compter du 23 septembre, le « sixième mois » tombe très exactement le 25 mars, en la fête de l’Annonciation. Dès lors, Jésus est bien né le 25 décembre, neuf mois plus tard. Noël n’est donc pas «  la consécration religieuse et cultuelle d’un évènement cosmique, le solstice d’hiver qui marque la régression de la nuit  ». Non  ! le 25 décembre est l’anniversaire de la naissance du Christ, tout simplement… Une fois de plus la tradition séculaire de l’Église se trouve en parfait accord avec les plus incontournables découvertes scientifiques.

II. JÉSUS ET SES «  FRÈRES  »

Selon les Évangiles (Mt 13, 55 et parallèles), Jésus avait en effet quatre «  frères  »  : Jacques (ou Jacob), Joseph (ou José), Simon et Jude (ou Juda). Jacques, «  frère de Jésus  » ou «  frère du Seigneur  » est également cité dans les Actes des Apôtres et par saint Paul comme chef de l’Église de Jérusalem. C’est lui qui a été mis à mort par les juifs en 62 après Jésus-Christ.

Le débat porte sur le sens du mot «  frère  ». Les protestants l’entendent au sens strict de frère de sang. À force de colloques œcuméniques, les catholiques ne savent plus très bien si la Sainte Vierge est physiquement vierge. (…)

Qumrân renouvelle entièrement la question. Jusqu’au concile Vatican II, l’Église catholique romaine répondait aux protestants quefrère signifiaitcousin. D’un point de vue purement exégétique, ça n’était pas absolument satisfaisant. Mais la foi en la Virginité perpétuelle de Marie, avant, pendant et après la naissance de Jésus, la foi en Marie toujours Vierge, demeurait “ non négociable ”  : mille difficultés ne font pas un doute touchant cette vérité qui n’a jamais nécessité une définition dogmatique pour s’imposer, tellement elle fait corps avec la foi en l’Incarnation du Verbe, hors de laquelle il n’y a point de salut pour le monde.

Depuis la découverte des manuscrits de la mer Morte, la clef de l’énigme est beaucoup plus simple. (…) En effet, les esséniens formaient une communauté dont les membres s’appelaient «  frères  », selon la terminologie courante en Israël (Ex 2, 11; 4, 18; Dt 1, 16. 28 et passim) mais dans un sens plus étroit. Sont «  frères  » ceux qui sont entrés dans l’alliance des prêtres fidèles, «  les fils de Sadoq  » et «  les hommes de leur alliance  », liés par une sorte d’engagement réciproque à observer la Loi en commun  : «  Ils se réprimanderont l’un l’autre dans la vérité et l’humilité et la charité affectueuse à l’égard de chacun, prescrit la Règle de la communauté. Que l’on ne parle point à son frère avec colère ou en grondant.  » (5, 25)

Or, Jésus ne dit pas autre chose  : «  Vous avez appris qu’il a été dit aux ancêtres  : “ Tu ne tueras point  ; et si quelqu’un tue, il en répondra au tribunal. ” Eh bien  ! moi je vous dis  : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal  ; mais s’il dit à son frère  : “ Raca  ! ” il en répondra au Sanhédrin  ; et s’il lui dit  : “ Renégat  ! ” il en répondra dans la géhenne de feu.  » (Mt 5, 21-22)

Dans le rouleau des Hymnes, le Maître de justice se compare à un père  : «  Tu m’as placé comme un père pour les fils de la grâce.  » Ailleurs, c’est Dieu lui-même qui est appelé «  un père pour les fils de la vérité  » que sont les membres de la Communauté. Jésus ne parle pas autrement  : «  Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m’est un frère et une sœur et une mère.  » (Mc 3, 35). (…)

Que les «  frères de Jésus   » désigne les «  frères  » esséniens, se trouve aussi corroboré par le fait que les «  frères de Jésus  » n’apparaissent qu’au début de la vie publique du Sauveur, et comme un groupe distinct de celui des disciples. D’ailleurs, l’expression est absente des récits évangéliques de l’enfance du Christ, ce qui prouve bien qu’il ne s’agit pas là d’une fraternité charnelle.

Une fois de plus, les manuscrits de Qumrân viennent en renfort de la tradition catholique et confirment la vérité de ses dogmes de foi, celui de la virginité perpétuelle de Marie en l’occurrence.

III. LES ÉVÉNEMENTS DE LA PASSION EN TOUTE VÉRITÉ

Les études de l’exégète française Annie Jaubert ont jeté une lumière nouvelle sur le judaïsme ancien du temps de Jean-Baptiste et de Jésus. En 1957, elle découvrait que la coutume des premiers chrétiens de jeûner le mercredi et le Vendredi, trouvait son fondement dans la dualité de calendrier qui partageait le judaïsme du temps de Jésus en deux partis ennemis, les pharisiens et les esséniens, et de fil en aiguille elle en vint à proposer une nouvelle chronologie de la Passion.

QUERELLES DE CALENDRIER, QUERELLES DE RELIGION

D’après les fragments découverts dans la grotte n° 4, on est maintenant sûr que les esséniens ne suivaient pas le calendrier légal des autorités de Jérusalem mais bien plutôt l’ancien calendrier (sacerdotal). Selon ce comput, les fêtes liturgiques tombent toujours, d’année en année, le même jour de la semaine  :

Calendrier juif au temps de Jésus

Comme on peut le constater sur ce tableau, les jours de la semaine mis en relief par le calendrier essénien sont mercredi, vendredi, dimanche, avec prépondérance du mercredi comme étant le jour de la Pâque.

Or le plus étonnant et ce qui va mettre Annie Jaubert sur la piste d’une vérité voilée depuis des siècles, c’est que cette dualité de calendriers se retrouve aussi aux origines du christianisme lui-même  : dans la grande querelle qui agita l’Église pendant la seconde moitié du IIe siècle au sujet de la date de Pâques, entre les « quartodécimans » et l’Église romaine. Les premiers étaient ainsi appelés parce qu’ils célébraient Pâques le quatorzième jour du mois de Nisân, comme les juifs, quel que fût le jour de la semaine où il tombait. Tandis que les autres Églises célébraient Pâques le dimanche après le 14 Nisân. Grâce à l’intervention de saint Irénée, l’Église évita le schisme et l’usage romain prévalut.

«  Seule la référence aux deux calendriers juifs permet de comprendre les racines profondes de la querelle pascale et de remonter des deux côtés aux temps apostoliques.  » D’un côté, les quartodécimans remontent à la Pâque “ légale ” qui tomba un samedi, l’année de la mort du Christ. De l’autre côté, la Pâque romaine à date fixe remonte au mercredi des esséniens, date fixe de la Pâque juive selon leur calendrier, transportée au dimanche, anniversaire de la résurrection du Christ. Il faut même dire que «  l’origine de la Pâque romaine à la date fixe annuelle du dimanche […] est incompréhensible en dehors d’une référence au calendrier sacerdotal ancien.  » (…)

La découverte d’Annie Jaubert jette une lumière éblouissante  : «  Car il faut admettre, conclut-elle, une continuité liturgique non pas seulement entre le calendrier sacerdotal ancien et “ certains ” milieux judéo-chrétiens, mais entre ce calendrier et la totalité de la liturgie chrétienne primitive.  » Il ne faut pas oublier, en effet, l’importance accordée par la tradition primitive au jeûne du mercredi, dont la première attestation se lit dans la Didachè,un écrit chrétien rédigé en grec, daté de la première génération apostolique.

En effet, Jésus ayant dit à ses disciples de ne pas jeûner à la manière des «  hypocrites   » (Mt 6, 16), on lisait dans la Didachè  : «  Que vos jeûnes n’aient pas lieu en même temps que ceux des hypocrites. Ils jeûnent en effet le lundi et le jeudi  ; pour vous, jeûnez le mercredi et le vendredi.  » (8, 1) «  Ainsi, commente Annie Jaubert, le plus ancien “ calendrier ” chrétien se caractérise par une opposition de jours de la semaine avec les “ hypocrites ”, les pharisiens  ! Les jours chrétiens sont le mercredi et le vendredi. Il faut ajouter le dimanche, attesté dans le Nouveau Testament lui-même comme le jour du Seigneur (Ap 1, 10) et jour de synaxe (Ac 20, 7). Mercredi, vendredi, dimanche, tels sont les jours liturgiques de la communauté chrétienne primitive, tels étaient aussi ceux du calendrier sacerdotal ancien, en opposition avec ceux du calendrier officiel. Il est difficile de ne pas voir là une continuité liturgique.  » (…)

Comment dès lors, aurait-il été possible que les Évangiles racontant la vie de Jésus ne gardent aucune trace de ce conflit tellement déterminant  ?

UNE NOUVELLE CHRONOLOGIE DE LA PASSION

Après la découverte et l’étude des manuscrits de Qumrân, nous savons en effet que c’est dans ce milieu essénien ou de sensibilité essénienne que Jésus vécu, qu’il recruta ses disciples. Il suivait donc le calendrier essénien, et c’est ce comput que relatèrent les Évangiles synoptiques. Jésus mangea donc la pâque le mardi soir (mercredi pour les juifs), fut arrêté tout aussitôt après puis après un douloureux labeur de prison il fut crucifié le Vendredi saint, à l’heure même où dans le Temple les prêtres qui suivaient le calendrier légal immolaient l’agneau pascal. C’est cette dernière correspondance qui émut saint Jean et qu’il transcrivit dans son évangile en utilisant le calendrier légal pour trame de son récit.

Au-delà des discordances apparentes entre les synoptiques et saint Jean quant à la chronologie des jours de la Passion, Annie Jaubert démontrait l’harmonie qui existait entre les quatre Évangélistes. (…)

La découverte du calendrier de Qumrân renouvelle donc entièrement notre connaissance de la Passion du Seigneur, dont on voyait difficilement comment faire tenir tous les événements, les multiples comparutions devant Anne, Caïphe, Pilate, Hérode, retour à Pilate, dans la seule fin de la nuit du Jeudi saint au Vendredi saint  ! Mais tout devient clair si les événements se déroulent dans l’espace des deux journées du Mercredi saint et du Jeudi saint. (…)

“ L’harmonisation ” entre les quatre évangélistes, illustrée par ce tableau des événements de la Passion, n’est pas seulement «  interne  » aux Évangiles  : Elle prend appui 1° sur leurs antécédents juifs, 2° sur leurs prolongements chrétiens  ; elle est de plus fondée sur le roc d’une incontournable vérité historique.

Chronologie de la Passion Chronologie de la Passion Chronologie de la Passion Chronologie de la Passion Chronologie de la Passion

La découverte des manuscrits de Qumrân rend donc un beau témoignage à l’Église qui a gardé intact le dépôt des Saintes Écritures. Elle se trouve ainsi confortée dans la vérité et à même de mettre en œuvre une prodigieuse et conquérante renaissance catholique à l’heure du Triomphe du Cœur Immaculé de Marie.

frère Bruno Bonnet-Eymard
Extraits de Bible, Archéologie, Histoire, Tome 1 et 3
et de Il est ressuscité  ! n° 7, février 2003, p. 3-12