WWIII : Avec Poutine, Macron suit à la lettre les recommandations d’East-Strat-Com. La Guerre Hybride est déclarée avec la France.

Publié le par José Pedro, collectif des rédacteurs dans LAOSOPHIE sur Overblog

WWIII : Avec Poutine, Macron suit à la lettre les recommandations d’East-Strat-Com. La Guerre Hybride est déclarée avec la France.

L’Otan ne veut pas « d’une nouvelle Guerre froide » avec la Russie
 mais la provoque ce qui place la Russie dans une position d'attaquant face à la France et positionne ses sous-marins nucléaires indétectables sur les façades atlantique et méditerranéenne. Macron ne sait plus ou se mettre!

Les relations entre l’Otan et la Russie, en particulier depuis le début des années 2000, ont toujours été compliquées, Moscou reprochant à l’Alliance de vouloir déployer en Europe une défense antimissile. Toutefois, les deux parties arrivaient à se parler, notamment parce qu’elles avaient des intérêts communs, comme par exemple la stabilité de l’Afghanistan et la lutte contre le terrorisme international. Lors du sommet de Lisbonne (novembre 2010), et même après l’affaire de la Géorgie (août 2008), les rapports s’étaient même (pendant un court moment, il est vrai) réchauffés.

Et puis, il y eut l’annexion de la Crimée et le début du conflit dans le sud-est de l’Ukraine (Donbass)… Ce qui donna lieu à un sérieux coup de froid sur les relations entre l’Otan et la Russie. L’on connaît la suite : l’Alliance adopta des mesures de réassurance au profit des pays baltes et de la Pologne, inquiets des intentions de leur voisin et les incidents se multiplièrent, tant dans les airs que sur les mers. Et des commentateurs y virent des relents de Guerre Froide…

Et l »empoisonnement, à Salisbury (Angleterre) du colonel Sergueï Skripal, un ancien officier du renseignement militaire russe « retourné » par le MI-6 britannique, avec une substance de « qualité militaire » n’a pas démenti ces mêmes observateurs. Pour autant, pour le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, il faudrait tout faire pour éviter une « nouvelle Guerre froide ».

« Nous avons ce que j’appellerais ‘une approche à deux voies’ vis à vis de la Russie. Il y a d’un côté la dissuasion, la défense, et de l’autre le dialogue, parce que nous ne voulons pas d’une nouvelle Guerre froide, nous ne voulons pas d’une nouvelle course aux armements », a déclaré l’ancien Premier ministre norvégien, sur les ondes de la BBC, ce 16 mars. « La Russie est notre voisin, donc nous devons continuer à nous efforcer d’améliorer nos relations avec elle », a-t-il ajouté, estimant que « l’isolement de la Russie » ne saurait être une « alternative ».

Cela étant, l’on peut se demander s’il n’est pas trop tard. La course aux armements? Elle est déjà effective, avec les annonces faites le 1er mars dernier par le président russe, Vladimir Poutine, et les hausses des budgets militaires des membres de l’Otan. Sans oublier les multiples foyers de tension, que ce soit en mer Noire ou en mer Baltique, voire dans les Balkans occidentaux. L’on pourrait également citer le cas de la Turquie, qui balance entre son engagement au sein de l’Alliance et son rapprochement avec la Russie, ou encore le retour des grands exercices internationaux, qui ont pris une ampleur que l’on n’avait plus vu depuis la fin de la Guerre froide, comme cela a été récemment le cas en Suède [qui n’est pas membre de l’Otan, ndlr].

« À un moment, la Russie va comprendre qu’il est dans son intérêt de coopérer avec nous, pas d’aller à la confrontation, et nous sommes prêts à le faire s’ils respectent certaines normes et règles de base des relations internationales », a toutefois continué M. Stoltenberg.

S’agissant de l’affaire Skripal, pour laquelle le Premier ministre britannique, Theresa May, a accusé Moscou d’en être à l’origine, M. Stoltenberg fait confiance à Londres.

« Nous n’avons aucune raison de douter des conclusions et des évaluations faites par le gouvernement britannique, notamment parce que cela s’inscrit dans un contexte de comportements irresponsables de la part de la Russie depuis de nombreuses années », a commenté le secrétaire général de l’Otan.

 

Révoltant est bien le mot à utiliser en parlant du message adressé le 19 mars dernier par Emmanuel Macron à Vladimir Poutine. L’hôte de l’Elysée a beau avoir les allures d’un petit jeune d’opérette qui passe le plus clair de son temps à flirter avec sa propre image qui lui est renvoyée par le miroir flatteur de son entourage. A force de se croire Napoléon, le petit Macron finit par mimer le grand Corse.

Comment peut-on réagir en voyant toute la sottise qu’exhale le communiqué de presse du président ? Dans sa missive officielle, au lieu de féliciter son homologue russe de l’avoir emporté haut la main face à une opposition gauchiste presqu’invisible, le chef d’Etat français est parti en diatribes à peine couvertes contre la présence russe en Syrie. Il s’est même permis de pousser sa désobligeance jusqu’à recommander à Moscou de « faire toute la lumière » sur l’affaire du gazage de l’ex-barbouze russe, mort en Angleterre. Et le fait même que l’espion venu du froid ne représentait aucun danger pour la Russie parce que retraité depuis belle lurette, n’est pas pris en compte. Idem pour la production des gaz de combat – un domaine dans lequel l’Angleterre excelle. Et bien sûr, on a feint de ne pas s’apercevoir du commentaire de l’intéressé, à savoir Vladimir Poutine lui-même, qui avait bien eu raison de remarquer que s’il s’agissait vraiment d’un gaz de combat la victime n’eût pu s’en aller nulle part (comme ça a été le cas de Scripal) et eût succombé sur place, car l’effet produit par ses armes est immédiat et foudroyant.

Mais personne ne s’intéresse à la vérité. Il importe juste de présenter les choses comme on veut. Un éléphant, ça trompe énormément, comme on dit.

Pourtant dans l’art de combat de type médiatico-manipulateur, ensemble avec Bruxelles, les Américains sont allés encore plus loin. Ils viennent de créer un Comité Stratégique de l’Est puisque tel est son nom officiel en traduction de l’anglais (East StratCom Task Force). Selon les textes disponibles par la Toile, ce comité-là dont les travaux sont supervisés par un poutinophobe de premier rang Marc Galeotti, doit prêter main forte et accorder tout soutien aux peuples des pays et missions de la Communauté Européenne en Azerbaïdjan, Arménie, Bélarus, Géorgie, Moldavie, Ukraine et même en Russie. Et Galeotti n’y va pas de main morte.

Il vient tout juste d’organiser une conférence internationale en Estonie où de nouveau tout le beau-monde anti-russe s’est mis à claironner en promettant une prompte débâcle à Vladimir Poutine (c’était avant la réélection du président russe).

Je ne vous aurais pas fatigué avec tous ces détails, s’il n’y a eu un drôle de message lancé par Galeotti. Selon ce triste sire, l’Occident a affaire à un ennemi mortel qu’il faut terrasser coûte que coûte (il s’agit de Moscou, bien naturellement). Et puisque tous les moyens sont bons, il ne faut pas se gêner. Galeotti s’est dit prêt à user même de la désinformation au cas où ça servirait la cause sacrée !

Vous avez bien lu : si avant on pouvait réfuter un  argument en prouvant qu’il était faux et l’instance officielle devait présenter ses excuses pour calomnie, maintenant ce n’est plus de mise !!! Désormais n’importe quelle bêtise proférée à l’encontre des Russes (jusqu’aux ours jouant de la balalaïka sur la Place Rouge) est acceptée, recommandée et permise.

Autrement dit, les citoyens occidentaux n’ont plus aucun moyen de faire une analyse objective des actualités sur la Russie qui leur seraient servies ! Comment faire puisque les médias – Galeotti et EastStratCom aidant – se croient autorisés à divulguer n’importe quelle sornette au nom du combat mené contre le Grand Mal ?!

Une telle méthode est parfaitement en parallèle avec l’idéologie hitlérienne où il n’y avait rien à prouver et où n’importe quelle ânerie devenait vérité après 24 heures de diffusion sans interruption (méthode Joseph Goebbels).

Comme disait Colbert sous Louis XIV, la mer n’en deviendrait pas plus salée, mais les Occidentaux ont franchi le cap d’une irresponsabilité médiatique totale. Ils n’acceptent même plus aucune critique de leurs agissements. Sans doute, une telle approche permettrait-elle à mieux enrégimenter les ouailles les rendant plus réceptives à l’égard des messages lancés du sommet de la tour... Malheureusement, l’Europe n’est même plus à plaindre, car il n’en reste que des ruines idéologiques et culturelles, vides de sens mais gardant provisoirement la forme fragile d’une civilisation qui n’est plus. 

Alexandre Artamonov

L’année 2018 serait l’année de la désinformation russe contre Angela Merkel et Emmanuel Macron. La parade de l’UE : l’« East StratCom Task Force », une cellule qui a pour mission de repérer les informations trompeuses sur la toile. Portrait d’un outil de riposte très discret.

Angela Merkel serait élue personnalité de l'année par les soldats numériques du Kremlin. C'est ce qu'affirme une source européenne à Bruxelles, cité par l'AFP: la chancelière allemande aurait déjà été l'une des cibles favorites de la « désinformation » orchestrée par la Russie en 2016 et 2017, campagne qui devrait donc s'intensifier cette année. 

D'abord, le nom est intéressant, c'est StratCom, "communication stratégique", qui est un des délicats euphémismes que l'on emploie dans les milieux, disons, proches des think tanks américains ou de l'Otan pour désigner la propagande ou la contre-propagande », commente François-Bernard Huyghe, chercheur en Sciences de l'Information à l'IRIS.

Tel un phare faisant la lumière dans les abysses de la désinformation, le groupe de travail est doté d'un site: https://euvsdisinfo.eu/. La dizaine de chercheurs s'appuie sur un réseau de 400 experts, journalistes, officiels, ONG et Think-tanks dans plus de 30 pays, qui leur font remonter les « histoires contredisant des faits publiquement disponibles »…. Mais est-ce que cela suffit vraiment à mettre toutes les données dans le même panier de la désinformation?

« Il faut démontrer un mensonge délibéré et à utilisation stratégique. Il ne suffit pas de dénoncer une illusion idéologique […], il faut démontrer un faux délibéré, c'est-à-dire que quelqu'un a publié de mauvaise foi une information dont il savait pertinemment qu'elle était fausse ou mieux encore, qu'il l'a fabriqué », poursuit François-Bernard Huyghe.

La « revue de désinformation », suivit par 13 000 abonnés sur Twitter et 11 000 sur Facebook, entend faire jaillir la vérité dans le méandre des « fake news » publiées par et pour le Kremlin. Mais l'impact et la diffusion de ces outils paraissent limités au regard de l'ampleur que semble constituer la menace russe en Europe (aux yeux de l'UE en tout cas), comme le souligne François-Bernard Huyghe:

« Elle ne marque pas énormément l'opinion publique, on ne voit pas grand-chose apparaître dans les médias. Par ailleurs, si c'est pour dire que Sputnik est plutôt prorusse et n'a pas la même représentation du monde que les gens de l'Union européenne, on s'en serait un petit peu doutés ».

Une initiative européenne pour lutter contre les fausses informations, mais qui finit par se dédouaner. Sur son site, l'« East StratCom Task Force » prend soin de préciser que « le contenu du réexamen de la désinformation ne peut pas être considéré comme une position officielle de l'UE », car il repose sur les contributions d'un « réseau de démystification ». Réseau qui, par ailleurs, cherche à croître: de quoi submerger un peu plus de démentis un internaute déjà noyé par les fact checking, décodeurs et autres pages désintox.

« Pendant des années, on a vécu dans l'idée que les intellectuels, les élites, dénonçaient les médias dominants, dénonçaient l'idéologie véhiculée par la publicité, les médias distractifs, dénonçaient le formatage idéologique des gouvernants, et incitaient plutôt les gens à chercher la vérité ou des versions alternatives sur les réseaux sociaux. C'est à peu près le discours qu'on a tenu au moment du printemps arabe. […] Maintenant, c'est l'inverse, j'ai l'impression. Les élites appellent la population à revenir vers ses téléviseurs ou ses kiosques à journaux et à se détourner des médias sociaux qu'on présente comme un lieu où il n'y a que de la désinformation, des rumeurs, etc. ».

Le parlement européen veut renforcer la lutte contre les « fausses informations ». Le rapport de la députée européenne Anna Fotyga contre la « propagande des pays tiers » a été adopté en novembre dernier. Le texte, qui stipule que « la propagande hostile contre l'UE et ses États-membres vise à dénaturer la vérité, à provoquer le doute, à diviser l'Union et ses partenaires nord-américains, à paralyser le processus décisionnel et à susciter la peur et l'incertitude parmi les citoyens », n'avait pas fait l'unanimité: 304 voix pour, contre 179 et 208 abstentions. Un score d'autant plus mesuré quand on connaît la force des disciplines de groupe parlementaire au sein du parlement de Strasbourg. Bref, les Européens eux-mêmes ne semblent pas tous convaincus du danger de la « propagande russe ».

Quant à la East StratCom Task Force, soit la cellule de propagande et contre-propagande de l'UE, comme l'expliquait notre expert, à défaut de « fact-checkers » vérifiant leurs démentis, nous sommes bien obligés de leur faire confiance.

La RAND Corporation établit un lien entre l’armée américaine et la guerre hybride 

Une étude récente de la RAND Corporation sur "la présence des USA et son incidence sur les conflits" aurait prouvé qu’il existe une corrélation scientifiquement vérifiable entre l’armée américaine et certains types de conflits.

Comme presque tout ce qui sort d’un think tank financé par le gouvernement américain, les résultats ne rejettent pas directement la faute de la déstabilisation d’autres pays sur l’Amérique, mais ils sont assez précis pour prouver un lien clair entre l’armée américaine et les guerres hybrides sans bien sûr présenter cette relation sous un jour négatif ou en laissant entendre que le Pentagone en est responsable.

Sputnik a passé en revue un livre récemment publié par la RAND Corporation dans un article intitulé « L’aide militaire américaine augmente les chances de guerre civile et de répression par les États concernés » qui rapportait que l’étude du think tank sur « La présence des USA et l’incidence sur les conflits » aurait prouvé qu’il existe une corrélation scientifiquement vérifiable entre l’armée américaine et certains types de conflits. En parcourant le long document de 152 pages, c’est effectivement le cas, mais les détails plus fins révélés dans les conclusions du projet méritent d’être abordés plus en profondeur. Les lecteurs qui n’ont pas le temps de consulter le document original pourront trouver plus facile de lire directement le résumé de cette recherche qui tient sur deux pages, mais ils ne pourront pas encore obtenir la vision complète du propos.

Cela dit, les personnes intéressées devraient commencer par porter leur attention sur le chapitre 4, qui se concentre sur « l’évaluation empirique de la présence des troupes américaines et de leur comportement dans les conflits inter-étatiques ». C’est ce que les chercheurs ont conclu sur le sujet après avoir effectué une analyse statistique complexe en utilisant leur méthodologie unique :

  • La présence des troupes américaines à proximité d’États étant de potentielles cibles est associée à une probabilité moindre de guerre inter-étatique.
  • La présence des troupes américaines à proximité d’États étant de potentiels déclencheursest associée à une probabilité moindre de guerre inter-étatique.
  • La présence de troupes américaines dans des États étant de potentielles cibles est associée à une plus grande probabilité de comportement militarisé de faible intensité.
  • La présence de troupes américaines à proximité d’États étant de potentiels déclencheursest associée à une plus grande probabilité de comportement militarisé de faible intensité.
  • La présence des troupes américaines dans les États cibles est associée à une plus grandeprobabilité qu’un adversaire potentiel américain déclenchera un comportement militarisé à haute intensité.
  • La présence des troupes américaines à proximité est associée à une moindre probabilité de comportement militarisé de haute et de basse intensité par les alliés des États-Unis.
  • La présence des troupes américaines est associée à une plus grande probabilité que les États-Unis amorcent un comportement militarisé de haute et de basse intensité.

 

Fondamentalement, alors que la présence des troupes américaines semble dissuader l’apparition de guerres internationales, elle contribue en fait à « une plus grande probabilité d’un comportement militarisé de faible intensité » ce qui n’est qu’un euphémisme pour parler de guerre hybride. L’auteur décrit ce que cela implique dans son livre sur ce vaste sujet et dans des séries subséquentes décrites en plusieurs volumes relatant plus de 45 études de pays dont les scénarios pourraient être avancés afin de perturber, contrôler ou influencer les projets de la Route de la Soie chinoise par l’exploitation d’identités préexistantes comme variables dans des conflits dans les états ciblés. En ce qui concerne l’étude de la RAND corporation, il existe une relation évidente entre la présence de troupes américaines dans les états proxy « dirigés dans l’ombre » et une éclosion de guerre hybride sur ces théâtres. L’organisation présente bien sûr cela comme n’étant aucunement lié à la politique des États-Unis, mais plutôt comme une réaction à ce que l’on appelle un « potentiel adversaire américain » en fait visé depuis le début.

De toute façon et peu importe qui l’a initié (ou comme c’est probablement le cas, si l’État ciblé se défend pro-activement après avoir été provoqué, éventuellement par un raid sous faux drapeau par des « rebelles »/terroristes au sein de ses frontières), le plus souvent, la présence de troupes américaines à proximité est néanmoins une catégorie de conflit bien décrite selon le modèle de guerre hybride de l’auteur.

En regardant plus loin, on peut trouver des éléments similaires dans le chapitre 6 de l’étude de la RAND corporation sur l’« évaluation empirique de la présence américaine et du comportement des conflits intra-étatiques » qui approfondit les nuances de la guerre hybride à l’intérieur des États qui accueillent des troupes américaines ou reçoivent une assistance militaire du Pentagone. Voici ce qu’ils prétendent avoir découvert :

  • La présence des troupes américaines n’est pas associée à une répression accrue de la part de l’État.
  • L’aide militaire des États-Unis est associée à une répression accrue de la part de l’État.
  • La présence des troupes américaines n’est pas associée à la probabilité d’activités anti-régime.
  • L’aide militaire des États-Unis était associée à l’intensification des campagnes anti-régime pendant la guerre froide.
  • La présence des troupes américaines était associée à des conflits moins intenses pendant la guerre froide et plus encore pendant la période de l’après-guerre froide.
  • L’aide militaire des États-Unis était associée à l’intensification de conflits armés inter-étatiques pendant la guerre froide.

La première chose à remarquer est qu’il y a une distinction claire entre troupes américaines et assistance militaire, ainsi qu’entre guerre froide et après-guerre froide. Selon les 10 personnes impliquées dans la rédaction de ce rapport, la présence des troupes américaines ne fait généralement pas la différence d’une quelconque manière selon que le gouvernement hôte recoure à des mesures musclées pour faire face à l’agitation ou non, ni si cela a un effet apparent sur le fait de provoquer la montée en puissance des mouvements anti-gouvernementaux dans ces pays. De nos jours, cependant, le déploiement des forces américaines à l’étranger est lié plus à des conflits inter-étatiques dans cette période post guerre froide qu’avant, bien que cela puisse être dû au fait que la Global War on Terror du Pentagone se concentre sur les pays du Sud global ou tiers-monde, pays se trouvant être, par coïncidence ou non, des états de transit le long des réseaux de la Route de la Soie chinois (alias les cibles principales de la Guerre Hybride).

Cependant, l’aide militaire américaine a un effet tout à fait différent sur le champ de bataille. Le rapport indique qu’elle augmente actuellement en fonction de ce que les rapporteurs appellent la « répression d’État » dans les pays récipiendaires. À l’époque de la guerre froide, cette aide était vraisemblablement destinée à prévenir les insurrections communistes ou à y répondre, mais elle semble avoir eu un effet circulaire en alimentant ces conflits. L’analyse statistique ne tient curieusement pas compte de ce qui se passe dans le présent, bien qu’elle admette que cela mène à plus de « répression d’État ». La raison en est probablement que les technologies militaires et de surveillance sont comparativement relativement plus avancées aujourd’hui et elles sont beaucoup plus efficaces pour détecter les « menaces »par avance et les éliminer de manière proactive, même si ces menaces ne sont pas nécessairement les « terroristes » comme les gouvernements alliés des États-Unis ont tendance à les qualifier.

En dépit de la reconnaissance de cette possibilité, il ne faut pas négliger le fait de l’antépénultième découverte que « la présence de troupes US associée avec moins de conflit inter-étatique pendant la guerre froide et plus encore dans la période de l’après-guerre froide » n’est pas entièrement corrélable. Là où le Pentagone choisit de se déployer, en réaction à une explosion de terrorisme dans une situation donnée, la situation était préparée à l’avance pour se produire grâce aux efforts de la CIA et d’autres agences de renseignement dont les activités ne sont pas incluses dans l’analyse de la RAND Corporation. En conséquence, les critères qu’ils utilisent pour définir les « conflits inter-étatiques » devraient également être examinés, car ils définissent cela dans le contexte de leur étude comme étant « des campagnes anti-régime dans lesquelles les groupes d’opposition nationaux mènent une campagne coordonnée et soutenue pour atteindre des objectifs maximalistes contre le régime en place. Ces groupes ont une structure organisationnelle claire, et ils incluent au moins 1000 participants ». On parle aussi de « guerres civiles à grande échelle ».

Tandis que la RAND Corporation clarifie d’une manière importante que leur définition inclut en effet « les campagnes qui emploient des tactiques non-violentes (…) puisque même les mouvements non-violents peuvent se radicaliser ou amorcer des escalades vers des tactiques plus violentes » elle fait bien une allusion claire aux révolutions de couleur et leur prédisposition aux guerres non conventionnelles conformément à la théorie de la guerre hybride de l’auteur. Cela empêche encore l’étude d’incorporer certains niveaux de terrorisme moderne qui tombent en dessous de leur seuil stipulé de ce qu’est un « conflit inter-étatique ». La pertinence de cette analyse est que les conclusions du groupe de réflexion peuvent être fondamentalement erronées et donc (délibérément ou non) dépeindre une image inexacte de la relation entre l’assistance militaire américaine et les conflits armés inter-étatiques dans la période de l’après-guerre froide, la soi-disant « guerre mondiale contre le terrorisme » cachant ainsi la véritable relation du Pentagone avec les guerres hybrides provoquées pour affaiblir les projets de Routes de la Soie.

En tout cas, malgré ses possibles défauts et ses limites académiques (pour ne rien dire de la culture du « politiquement correct » pro-establishment qui imprègne de telles institutions), l’étude de la RAND Corporation est encore un document perspicace qui prouve par inadvertance qu’il existe une corrélation entre l’armée américaine et la guerre hybride. Comme le dit le proverbe, « la corrélation ne prouve pas la causalité » et bien que cela soit « techniquement » vrai dans le contexte « scientifique » confiné de la recherche, les observateurs objectifs devraient néanmoins tirer de ce rapport l’idée que cela équivaut à un autre élément de preuve pour établir l’argument selon lequel une telle relation existe bel et bien. Quand les conclusions de ce rapport sont incorporées dans d’autres analyses comme celles de l’auteur dans cet article, la conclusion pertinente est qu’il existe des raisons statistiques de soupçonner l’implication de l’armée américaine dans les guerres hybrides où elle est accusée de complicité.

Andrew Korybko

Article original en anglais : RAND Corporation Proves Link Between US Military And Hybrid War, Oriental Review, le 27 février 2018

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

La source originale de cet article est Oriental Review

La guerre hybride vue de Russie : vision stratégique et clés de compréhension
La guerre hybride vue de Russie : vision stratégique et clés de compréhension
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Depuis l’annexion de la Crimée en mars 2014, le terme de guerre hybride a fait une entrée fracassante dans le vocabulaire militaire occidental.

Adoptée depuis par l’OTAN, cette expression vise à qualifier les agissements de « petits hommes verts » en Crimée et plus largement l’ensemble des actions menées par les forces armées russes en Ukraine et ailleurs depuis trois ans, donnant parfois l’impression d’être utilisée à toutes les sauces pour caractériser n’importe quelle action russe. Mais quels concepts ce mot fourre-tout regroupe-t-il ? Et quelle vision les militaires russes possède-t-il de cette gibridnayavoina, qu’ils n’appellent d’ailleurs pas hybride mais non linéaire ? Et enfin, comment s’en prémunir ?

Qu’est-ce qu’une guerre hybride ?

Le concept de guerre hybride est formalisé au tout début des années 2000 aux USA, dans le cadre d’une thèse au sein de la Monterrey Naval PostgraduateSchool[1]. Ironiquement, il visait alors à caractériser la guerre menée par les tchétchènes contre les forces russes, qui oscillait entre guérilla et guerre conventionnelle. La thèse mettait en relief l’importance du soutien de la population locale, tant pour les combattants se fondant dans la masse que contre un adversaire connaissant mal le terrain.

Après le surge et le « réveil sunnite »mené par les américains en Irak, et surtout la guerre Israël-Hezbollah de 2006, la définition de guerre hybride a subi de nombreuses évolutions. C’est désormais une guerre dont la principale caractéristique est que la différence entre combattant et civil est gommée. Les belligérants, étatiques ou non, peuvent mener le conflit sur l’ensemble des théâtres d’opérations : économique, diplomatique, numérique… et faire appel aux actes terroristes et criminels pour parvenir à leurs fins. Une part essentielle de ce type de conflit reste néanmoins la bataille de l’opinion, à différents niveaux : local, national et international.

La définition de la guerre hybride, côté occidental, a donc subi de fortes modifications, au gré des différents conflits auxquels les armées de l’Ouest ont eu à faire face. Ce terme caractérise un conflit utilisant de nombreux leviers d’actions sur et en dehors du champ de bataille. Néanmoins, les différentes armes et stratégies utilisées ne sont généralement pas novatrices[2] et il n’existe pas une grande différence avec le concept de smart power, qui vise lui aussi à utiliser all the tools in the toolkit pour utiliser au mieux ses forces sur les points faibles de l’adversaire. Ce qui n’est pas surprenant, les russes ayant construit leur « guerre non linéaire » en miroir des évolutions stratégiques occidentales.

La guerre non linéaire, nouvel outil stratégique de l’armée russe :

Ce sont en effet les deux guerres en Irak et celle en Libye qui inspirent le commandement russe, ainsi que les printemps arabes. Dès 1999, impressionné par Desert Storm, le Major-General Vladimir Slipchenko publie Voinabudushchego, ou la guerre du futur. Dans ce livre, il décrit ce que seront pour lui les conflits de « sixième génération ». Abandonnant le concept de la confrontation atomique caractéristique de la guerre froide, leur objectif principal sera la destruction à distance du potentiel économique ennemi, en s’appuyant notamment sur les réseaux.

La doctrine militaire de 2010 marque un virage stratégique. Face à un environnement considéré comme hostile, elle insiste sur l’importance de « l’utilisation intégrée des forces militaires et des forceset ressources de caractère non militaire » et des stratégies d’influence comme les « guerres du gaz »[3].

L’année 2013 consacrela mutation de la pensée militaire russe avec la publication de la « doctrine Gerasimov », du nom du chef d’état-major des armées russes. Dans ce document, il estime que la Russie sera amenée à mener un « nouveau type de guerre, [utilisant, NDLA] des méthodes non militaires pour atteindre des objectifs politiques et stratégiques ». Sil’action militaire directe n’est pas exclue,elle ne s’inscrit que dans un contexte limité, bien loin des offensives massives à la soviétique.

Dans la foulée, un « guide pratique » de la doctrine Gerasimov est écrit par deux officiers[4]. Ils y listentles unités utilisées: forces spéciales, titouchkis, volontaires locaux. L’objectif n’est plus de défaire l’Etat attaqué mais de lui dénier toute autorité sur la zone. L’ensemble des corps sociaux sont utilisés pour saper l’ennemi de l’intérieur : médias, ONG, milieux scolaires et religieux. Les deux officiers insistent par ailleurs sur le rôle des réseaux sociaux pour mobiliser les militants et gagner la bataille de l’opinion.

Les opérations de manipulation et de désinformation jouent un rôle fondamental et s’appuient sur de nombreux canaux :réseau diplomatique, déclarations officielles, médias officiels et privés. Cette guerre de l’information (ou informatsionnaïavoïna) vise à établir un contrôle réflexif sur l’ennemi en influençant sa prise de décision. Elle se différencie de la guerre de l’information (ou informatsionnaïaborba) classique, basée sur le renseignement, la propagande et la guerre numérique.

Chekinov et Bogdanov distinguent trois temps dans la guerre non linéaire. La première phase, de préparation, est constituée d’éléments réversibles et légaux. Les agences diplomatiques identifient les faiblesses du pays et établissent des réseaux d’allégeances, notamment oligarchiques. Les médias russes établissent le contact avec la population locale, notamment russophone, afin de devenir leur principale source d’information.  L’objectif est de détruire à long terme l’autorité de l’Etat visé.

Ensuite, les auteurs insistent sur la nécessité d’une attaque rapide, les opérations sur le terrain devant durer deux semaines maximum. La rapidité crée des situations de facto avant que l’Etat visé ou la communauté internationale ait le temps de réagir. Enfin, une phase dite de stabilisation vise à assurer la pérennité de la conquête militaire au niveau politique. L’organisation d’un scrutin local censé prouver la ferveur populaire envers le soulèvement est l’option privilégiée, car il permet aussi de légitimer les nouvelles autorités locales au niveau international.

La nouvelle stratégie militaire russe est donc issue d’une réflexion principalement inspirée par les guerres menées par l’Occident. Se sentant menacés de toutes parts, la Russie et son état-major ont envisagé la meilleure réponse à adopter face aux opérations de régime changeet ausoft power américain. Ne pouvant plus rivaliser en puissance pure, les forces militaires russes privilégient les actions asymétriques, dans tous les domaines : politique, économique, informatif, technologique et même environnemental. En ce sens, la nouvelle doctrine militaire russe peut être vue comme une tentative de « remettre à niveau » la pensée stratégique au regard des actions militaires occidentales. Les réflexions doctrinales de Moscou ne doivent donc pas forcément être prises comme des velléités offensives ou expansionnistes.  Contrairement à ce que l’expression « guerre hybride » sous-entend, la guerre non-linéaire russe est avant tout, du point de vue russe, une posture défensive face aux guerres du XXIème siècle et un occident jugé hostile. Elle s’appuie d’ailleurs moins sur l’action militaire directe que sur des actions indirectes visant à détruire la volonté de l’ennemi. C’est donc avant tout une stratégie d’influence qui s’inscrit dans la volonté de Moscou de conserver son rang sur l’échiquier mondial.

S’il témoigne d’une forte hausse de la méfiance vis-à-vis de l’Occident, ces modes d’actions ne sont pas neufs[5], contrairement à l’expression guerre hybride. Néanmoins, ce repositionnement stratégique constitue une claire remise en cause des équilibres issus de la guerre froide et un véritable challenge pour l’Occident. Dans ces conditions, quelles stratégies adopter pour contrer la guerre non linéaire russe ?

Quelles réponses pour l’Ukraine face à la guerre hybride :

L’un des aspects mis en relief par la guerre hybride russe en Ukraine, c’est l’importance de la phase dite de préparation. Instaurer un état de droit pour contrer la mise en place de schémas corruptifs est donc essentiel. De plus, disposer d’un Etat qui respecte sa population est la meilleure façon d’amener celle-ci à le défendre s’il est attaqué[6].

De même, la guerre hybride nécessite l’appui massif des populations civiles pour être efficace, comme le prouve le contre-exemple du Donbass. Les populations n’ont pas adhéré au fantasme de Novorossiya, obligeant l’armée russe à intervenir à Ilovaisk pour éviter la déroute séparatiste qui se dessinait. Par conséquent, des politiques inclusives vis-à-vis des minorités sont nécessaires pour éviter qu’elles ne cèdent à la propagande et au sécessionnisme.

Enfin, contrer la propagande russe suppose de disposer de canaux de communications robustes et qui diffusent vers l’ensemble des populations. Cette communication, en plus de renforcer le sentiment d’appartenance à la nation, est d’autant plus importante que, dans les guerres hybrides, les perceptions des populations sont bien plus déterminantes que la réalité issue des combats. A terme, bâtir un état de droit en Ukraine pourrait potentiellement amener les populations à souhaiter de plus en plus ardemment une réintégration, plutôt qu’une survie au sein « d’états » fantoches.

Au niveau militaire, la nature hybride des opérations militaires russes dans l’est de l’Ukraine, mélange d’intervention militaire directe et de soutien à des bandes armées et manifestants, suppose une réponse hybride de l’appareil sécuritaire ukrainien, et de tout pays visé par ce type d’attaque.

L’aspect fondamental semble être la bonne coordination entre forces de police et militaires : manifestants et bandes armées pour l’une, armée adverse et forces spéciales pour les militaires. La collecte et l’échange de renseignements entre les différents services est fondamental. En effet, les forces armées russes étant susceptibles d’agir de façon masquée largement avant le déclenchement du conflit, les renseignements des forces armées doivent être transmis aux forces de police.

Contrer une guerre hybride ne suppose donc pas seulement de posséder une armée puissante, mais aussi une police ayant suffisamment de forces de renseignements et anti-terroristes pour neutraliser les éléments subversifs et contenir les foules hostiles. C’est notamment l’absence de ces forces au tout début du conflit qui ont conduit à la paralysie de l’Etat ukrainien, incapable de gérer quelques centaines de personneshostileset déterminées pour occuper les bâtiments publics.

Le conflit ayant désormais muté en une guerre limitée, les besoins essentiels de l’armée ukrainienne pour mieux lutter contre les séparatistes se concentrent autour de pièces d’artillerie disposant de systèmes de visée performants pour cibler les équipements séparatistes avec précision et éviter les bombardements sur les zones civiles qui ne font qu’aliéner les populations. Cet élément est d’autant plus fondamental que les séparatistes tirent souvent volontairement depuis des zones résidentielles.

De même, des armes antichars de dernière génération, des drones de surveillance et des systèmes de vision nocturne et de protection des soldats semblent des évidences au regard de l’équipement séparatiste.

Néanmoins, fournir de tels équipements à l’Ukraine supposerait également de profondes réformes de l’armée ukrainienne, tant en termes de culture stratégique que de probité, pour éviter que ces équipements soient détournés ou mal utilisés. En ce sens, les différentes opérations de formation fournies par plusieurs pays de l’OTAN peuvent s’avérer décisives. Des formations portant notamment sur les actions CIMIC[7], pour gagner « les cœurs et les esprits » des populations locales seraient intéressantes. De même, il pourrait être opportun que les ukrainiens bénéficient de l’expérience américaine en Irak, notamment dans l’organisation du réveil sunnite. Certains chefs de guerre du Donbass étant plus motivés par l’appât du gain que par le mirage de Novorossiya, pourquoi ne pas essayer de provoquer des retournements d’alliances en jouant des rivalités internes à la DNR et à la LNR ?

Il reste cependant difficile de lutter contre une guerre hybride,en particulier durant la phase préparatoire. Celle-ci recouvre en grande partie la réalité du travail de la très grande majorité des représentations diplomatiques dans le monde, véritables outils d’influences dans les pays hôtes. Face à un Etat russe ayant une vision réaliste des relations internationales, l’objectif principal doit être d’augmenter le coût d’une opération de déstabilisation, la diminution du ratio avantage/coûts pouvant l’amener à la retenue. Si basculer d’un pays post-soviétique à un état de droit proche des standards occidentaux est un travail titanesque, il demeure la meilleure voie pour l’Ukraine de se prémunir contre les agissements russes, et la seule voie pour s’assurer que les promesses de Maidan seront tenues.

Par Ulrich Bounat, analyste en relations internationales, spécialiste de l’Europe centrale et auteur de « La guerre hybride en Ukraine, quelles perspectives ? », 2016, Éditions du Cygne.

[1]William J. Nemeth, “Future war and Chechnya : A case of hybrid warfare”, 2002

[2]Guérilla, opérations commandos ou de désinformation, par exemple, ont déjà amplement décrites et utilisées

[3]L’arme économique est l’une des premières utilisées par la Russie dans la foulée des révolutions de couleurs dans son étranger proche comme dans le double conflit gazier avec l’Ukraine en 2005-2006 et 2008-2009

[4]Colonel S.G. Chekinov, Lt. Gen. S.A. Bogdanov. "The Nature and Content of a New-Generation War", 2013

[5] Dès la guerre d’Abkhazie de 1993, ce sont essentiellement les rebelles abkhazes, armés et encadrés par des experts russes, qui mènent les opérations, épaulés sporadiquement par des forces spéciales russes

[6]A l’image des victoires finlandaises contre l’URSS durant la Guerre d’Hiver de 1939

[7] Coopération civilo-militaire