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La stratégie militaire du chaos contrôlé des USA

Publié le par José Pedro

La cécité de l’Union européenne face à la stratégie militaire des États-Unis

Les responsables de l’Union européenne se trompent complètement sur les attentats islamistes en Europe et les migrations vers l’Union de gens fuyant les guerres. Thierry Meyssan montre ici que tout ceci n’est pas la conséquence accidentelle des conflits au Moyen-Orient élargi et en Afrique, mais un objectif stratégique des États-Unis.

 

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Le Conseil européen du 23 avril 2015 observe une minute de silence en mémoire des migrants perdus en Méditerranée.

 

Les dirigeants de l’Union européenne se trouvent soudainement confrontés à des situations inattendues. D’une part des attentats ou tentatives d’attentats perpétrées ou préparées par des individus n’appartenant pas à des groupes politiques identifiés ; d’autre part un afflux de migrants via la Méditerranée, dont plusieurs milliers meurent à leurs portes.

En l’absence d’analyse stratégique, ces deux événements sont considérés a priori comme sans relation et sont traités par des administrations différentes. Les premiers ressortent du Renseignement et de la police, les seconds des douanes et de la Défense. Ils ont pourtant une origine commune : l’instabilité politique au Levant et en Afrique.

 

L’Union européenne s’est privée des moyens de comprendre

Si les académies militaires de l’Union européenne avaient fait leur travail, elles auraient étudié depuis une quinzaine d’années la doctrine du « grand frère » étasunien. En effet, depuis de très longues années, le Pentagone publie toutes sortes de documents sur la « théorie du chaos » empruntée au philosophe Leo Strauss. Il y a quelques mois encore, un fonctionnaire qui aurait dû être à la retraite depuis plus de 25 ans, Andrew Marshall, disposait d’un budget de 10 millions de dollars annuels pour mener des recherches à ce sujet [1]. Mais aucune académie militaire de l’Union n’a sérieusement étudié cette doctrine et ses conséquences. À la fois parce que c’est une forme de guerre barbare et parce qu’elle a été conçue par un maître à penser des élites juives étasuniennes. Or, c’est bien connu, les États-Unis-qui-nous-ont-sauvés-du-nazisme ne peuvent préconiser de telles atrocités [2].

Si les hommes politiques de l’Union européenne avaient voyagé un tant soit peu, non seulement en Irak, en Syrie, en Libye, dans la corne de l’Afrique, au Nigeria et au Mali, mais aussi en Ukraine, ils auraient vu de leurs propres yeux l’application de cette doctrine stratégique. Mais, ils se sont contentés de venir parler dans un bâtiment de la zone verte à Bagdad, sur une estrade à Tripoli ou sur la place Maïdan de Kiev. Ils ignorent ce que vivent les populations et, sur requête de leur « grand frère », ont souvent fermé leurs ambassades de sorte qu’ils se sont privés d’yeux et d’oreilles sur place. Mieux, ils ont souscrit, toujours à la requête de leur « grand frère », à des embargos, de sorte qu’aucun homme d’affaire n’ira non plus sur place voir ce qui s’y passe.

 

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Un nombre indéterminé de migrants est mort en Méditerranée. Parfois, les vagues rapportent des corps sur les plages italiennes ou les douanes saisissent une embarcation remplie de cadavres.

 

Le chaos n’est pas un accident, c’est le but

 

Contrairement à ce qu’a dit le président François Hollande, la migration des Libyens n’est pas la conséquence d’un « manque de suivi » de l’opération « Protecteur unifié », mais le résultat recherché par cette opération, dans laquelle son pays jouait un rôle leader. Le chaos ne s’est pas installé parce que les « révolutionnaires libyens » n’ont pas su se mettre d’accord entre eux après la « chute » de Mouammar el-Kadhafi, il était le but stratégique des États-Unis. Et ceux-ci y sont parvenus. Il n’y a jamais eu de « révolution démocratique » en Libye, mais une sécession de la Cyrénaïque. Il n’y a jamais eu d’application du mandat de l’ONU visant à « protéger la population », mais le massacre de 160 000 Libyens, dont trois quart de civils, sous les bombardements de l’Alliance (chiffres de la Croix-Rouge internationale).

Je me souviens, avant que je n’intègre le gouvernement de la Jamahiriya arabe libyenne, avoir été sollicité pour servir de témoin lors d’une rencontre à Tripoli entre une délégation étasunienne et des représentants libyens. Lors de cette longue conversation, le chef de la délégation US a expliqué à ses interlocuteurs que le Pentagone était prêt à les sauver d’une mort certaine, mais exigeait que le Guide leur soit livré. Il a ajouté que lorsque el-Kadhafi serait mort, la société tribale ne parviendrait pas à valider un nouveau leader avant au moins une génération, le pays serait alors plongé dans un chaos qu’il n’a jamais connu. J’ai relaté cet entretien dans de nombreuses circonstances et n’ai cessé, dès le lynchage du Guide, en octobre 2011, de prédire ce qui advient aujourd’hui.

 

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Leo Strauss (1899-1973) était un spécialiste de la philosophie politique. Il constitua autour de lui un petit groupe d’élèves dont la plupart travaillèrent ultérieurement pour le secrétariat à la Défense. Ils formèrent une sorte de secte et inspirèrent la stratégie du Pentagone.

 

La « théorie du chaos »

 

Lorsqu’en 2003, la presse étasunienne a commencé à évoquer la « théorie du chaos », la Maison Blanche a riposté en évoquant un « chaos constructeur », laissant entendre que l’on détruirait des structures d’oppression pour que la vie puisse jaillir sans contrainte. Mais jamais Leo Strauss, ni le Pentagone jusque-là, n’avaient employé cette expression. Au contraire, selon eux, le chaos devait être tel que rien ne puisse s’y structurer, hormis la volonté du Créateur de l’Ordre nouveau, les États-Unis [3].

Le principe de cette doctrine stratégique peut être résumé ainsi : le plus simple pour piller les ressources naturelles d’un pays sur une longue période, ce n’est pas de l’occuper, mais de détruire l’État. Sans État, pas d’armée. Sans armée ennemie, aucun risque de défaite. Dès lors, le but stratégique de l’armée US et de l’alliance qu’elle dirige, l’OTAN, c’est exclusivement de détruire des États. Ce que deviennent les populations concernées n’est pas le problème de Washington.

Ce projet est inconcevable pour des Européens qui, depuis la guerre civile anglaise, ont été convaincus par le Léviathan de Thomas Hobbes qu’il est nécessaire de renoncer à certaines libertés, voire même d’accepter un État tyrannique, plutôt que d’être plongé dans le chaos.

 

L’Union européenne nie sa complicité dans les crimes US

 

Les guerres d’Afghanistan et d’Irak ont déjà coûté la vie à 4 millions de personnes [4]. Elles ont été présentées au Conseil de sécurité comme des ripostes nécessaires « en légitime défense », mais il est admis aujourd’hui qu’elles avaient été planifiées bien avant le 11 Septembre dans un contexte beaucoup plus large de « remodelage du Moyen-Orient élargi » et que les raisons évoquées pour les déclencher n’étaient que des fabrications de propagande.

Il est d’usage de reconnaître les génocides commis par le colonialisme européen, mais rares sont ceux qui aujourd’hui admettent ces 4 millions de morts malgré les études scientifiques qui l’attestent. C’est que nos parents étaient « mauvais », mais nous sommes « bons » et ne pouvons pas être complices de ces horreurs.

Il est commun de se moquer de ce pauvre peuple allemand qui conserva jusque à la fin sa confiance dans ses dirigeants nazis et ne prit conscience qu’après sa défaite des crimes commis en son nom. Mais nous agissons exactement pareil. Nous conservons notre confiance dans notre « grand frère » et ne voulons pas voir les crimes dans lesquels il nous implique. Surement, nos enfants se moqueront de nous…

 

Les erreurs d’interprétation de l’Union européenne

 

- Aucun dirigeant ouest-européen, absolument aucun, n’a osé envisager publiquement que les réfugiés d’Irak, de Syrie, de Libye, de la corne de l’Afrique, du Nigeria et du Mali ne fuient pas des dictatures, mais le chaos dans lequel nous avons volontairement, mais inconsciemment, plongé leurs pays.

- Aucun dirigeant ouest-européen, absolument aucun, n’a osé envisager publiquement que les attentats « islamistes » qui touchent l’Europe ne sont pas l’extension des guerres du « Moyen-Orient élargi », mais sont commandités par ceux qui ont également commandités le chaos dans cette région. Nous préférons continuer à penser que les « islamistes » en veulent aux juifs et aux chrétiens, alors que l’immense majorité de leurs victimes ne sont ni juives, ni chrétiennes, mais musulmanes. Avec aplomb, nous les accusons de promouvoir la « guerre des civilisations », alors que ce concept a été forgé au sein du Conseil de sécurité nationale des États-Unis et reste étranger à leur culture [5].

- Aucun dirigeant ouest-européen, absolument aucun, n’a osé envisager publiquement que la prochaine étape sera l’ « islamisation » des réseaux de diffusion de drogues sur le modèle des Contras du Nicaragua vendant des drogues dans la communauté noire de Californie avec l’aide et sous les ordres de la CIA [6]. Nous avons décidé d’ignorer que la famille Karzaï a retiré la distribution de l’héroïne afghane à la mafia kosovare et l’a transmise à Daesh [7].

 

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La secrétaire d’État adjointe, Victoria Nuland, et l’ambassadeur étasunien à Kiev, Geoffrey R. Pyatt. Dans une interception téléphonique révélée par les partisans de la légalité, elle lui indique vouloir « baiser l’Union européenne » (sic).

 

Les États-Unis n’ont jamais voulu que l’Ukraine rejoigne l’Union

 

Les académies militaires de l’Union européennes n’ont pas étudié la « théorie du chaos » parce qu’elle se le sont vu interdire. Les quelques enseignants et chercheurs qui se sont aventurés sur ce terrain ont été lourdement sanctionnés, tandis que la presse a qualifié de « conspirationnistes » les auteurs civils qui s’y intéressaient.

Les politiciens de l’Union européenne pensaient que les événements de la place Maïdan étaient spontanés et que les manifestants souhaitaient quitter l’orbite autoritaire russe et entrer dans le paradis de l’Union. Ils ont été stupéfaits lors de la publication de la conversation de la sous-secrétaire d’État, Victoria Nuland, évoquant son contrôle secret des événements et affirmant que son but était de « baiser l’Union » (sic) [8]. À partir de ce moment-là, ils n’ont plus rien compris à ce qui se passait.

S’ils avaient laissé la recherche libre dans leurs pays, ils auraient compris qu’en intervenant en Ukraine et en y organisant le « changement du régime », les États-Unis s’assuraient que l’Union européenne resterait à leur service. La grande angoisse de Washington, depuis le discours de Vladimir Poutine à la Conférence sur la sécurité de Munich de 2007, c’est que l’Allemagne réalise où se trouve son intérêt : pas avec Washington, mais avec Moscou [9]. En détruisant progressivement l’État ukrainien, les États-Unis coupent la principale voie de communication entre l’Union européenne et la Russie. Vous pourrez tourner et retourner dans tous les sens la succession d’événements, vous ne pourrez pas leur trouver d’autre sens. Washington ne souhaite pas que l’Ukraine rejoigne l’Union, comme l’attestent les propos de Madame Nuland. Son unique but est de transformer ce territoire en une zone dangereuse à traverser.

 

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Le 8 mai 2007 (date anniversaire de la chute du régime nazi allemand), à Ternopol (ouest de l’Ukraine), des groupuscules nazis et islamistes créent un prétendu Front anti-impérialiste afin de lutter contre la Russie. Des organisations de Lituanie, de Pologne, d’Ukraine et de Russie y participent, dont les séparatistes islamistes de Crimée, d’Adyguée, du Dagestan, d’Ingouchie, du Kabardino-Balkarie, du Karatchaïévo-Tcherkessie, d’Ossétie, de Tchétchénie. Ne pouvant s’y rendre du fait des sanctions internationales, Dokka Umarov, y fait lire sa contribution. Le Front est présidé par Dmytro Yarosh, devenu aujourd’hui conseiller au ministère de la Défense ukrainien.

 

La planification militaire US

 

Nous voici donc face à deux problèmes qui se développent très rapidement : les attentats « islamistes » ne font que commencer. Les migrations ont triplé en Méditerranée en une seule année.

Si mon analyse est exacte, nous verrons au cours de la prochaine décennie les attentats « islamistes » liés au Moyen-Orient élargi et à l’Afrique se doubler d’attentats « nazis » liés à l’Ukraine. On découvrira alors qu’al-Qaïda et les nazis ukrainiens sont connectés depuis leur congrès commun, en 2007 à Ternopol (Ukraine). En réalité, les grands-parents des uns et des autres se connaissaient depuis la Seconde Guerre mondiale. Les nazis avaient alors recruté des musulmans soviétiques pour lutter contre Moscou (c’était le programme de Gerhard von Mende à l’Ostministerium). À la fin de la guerre, les uns et les autres avaient été récupérés par la CIA (le programme de Frank Wisner avec l’AmComLib) pour conduire des opérations de sabotage en URSS.

Les migrations en Méditerranée, qui pour le moment ne sont qu’un problème humanitaire (200 000 personnes en 2014), continueront à croître jusqu’à devenir un grave problème économique. Les récentes décisions de l’Union d’aller couler les navires des trafiquants en Libye ne serviront pas à enrayer les migrations, mais à justifier de nouvelles opérations militaires pour maintenir le chaos en Libye (et non pour le résoudre).

Tout cela provoquera des troubles importants dans l’Union européenne, qui paraît aujourd’hui un havre de paix. Il n’est pas question pour Washington de détruire ce marché qui lui reste indispensable, mais de s’assurer qu’il ne se placera jamais en compétition face à lui, et de limiter son développement.

En 1991, le président Bush père chargea un disciple de Leo Strauss, Paul Wolfowitz (alors inconnu du grand public), d’élaborer une stratégie pour l’ère post-soviétique. La « Doctrine Wolfowitz » expliquait que la suprématie des États-Unis sur le reste du monde exige, pour être garantie, de brider l’Union européenne [10]. En 2008, lors de la crise financière aux États-Unis, la présidente du Conseil économique de la Maison Blanche, l’historienne Christina Rohmer, expliqua que le seul moyen de renflouer les banques était de fermer les paradis fiscaux des pays tiers, puis de provoquer des troubles en Europe de sorte que les capitaux refluent vers les États-Unis. En définitive, Washington se propose aujourd’hui de faire fusionner l’Alena et l’Union européenne, le dollar et l’euro, et de rabaisser les États membres de l’Union au niveau du Mexique [11].

Malheureusement pour eux, ni les peuples de l’Union européenne, ni leurs dirigeants n’ont conscience de ce que le président Barack Obama leur prépare.

Notes

[1http://www.voltairenet.org/article186404.html

[2http://www.newyorker.com/magazine/2003/05/12/selective-intelligence

[3http://www.voltairenet.org/article187224.html

[4http://www.voltairenet.org/article187295.html

[5http://www.voltairenet.org/article14101.html

[6] Dark Alliance, The CIA, the Contras and the crack cocaine explosion, Gary Webb, foreword by Maxime Waters, Seven Stories Press, 1999.

[7http://www.voltairenet.org/article186085.html

[8http://www.voltairenet.org/article182063.html

[9http://www.voltairenet.org/article145320.html

[10] Le document est toujours classifié, mais son contenu a été révélé dans « US Strategy Plan Calls For Insuring No Rivals Develop » par Patrick E. Tyler, New York Times du 8 mars 1992. Le quotidien publie également de larges extraits en page 14 : « Excerpts from Pentagon’s Plan : "Prevent the Re-Emergence of a New Rival" ». Des informations supplémentaires sont apportées dans « Keeping the US First, Pentagon Would preclude a Rival Superpower » par Barton Gellman, The Washington Post du 11 mars 1992.

[11http://www.voltairenet.org/article166199.html

Rothschild met en garde les investisseurs sur l'imminence de la plus grande crise géopolitique depuis la 2nde guerre mondiale

Rothschild met en garde les investisseurs sur l'imminence de la plus grande crise géopolitique depuis la 2nde guerre mondiale ...

 

Bombarder l’Iran ? Pas tout de suite. Commençons par le Yémen

LOpération Tempête décisive, ce bombardement horrible du Yémen à la manière du Pentagone glorifié par la maison des Saoud, se résume en un paragraphe.

 

 

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Le pays arabe le plus richissime, la pétro-hacienda de la maison des Saoud, avec l’appui d’autres rackets pétroliers membres du Conseil de coopération du Golfe ainsi que de l’Occident bien nanti, a lancé au nom de la démocratie un bombardement, une guerre et une opération cinétique contre le pays arabe le plus pauvre, et ce, en toute illégalité.

Le pire, c’est que cette absurdité n’est que le prélude.

La haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, qui est aussi inoffensive qu’un cannolo [pâtisserie sicilienne, NdT] rassis, semble légèrement inquiète. Elle a signalé que le bombardement d’hôpitaux par les Saoudiens et le fait de prendre délibérément pour cible et détruire des résidences privées, des établissements d’enseignement et des infrastructures de base ne peuvent être tolérés. 

N’empêche que l’UE tolère exactement la même chose lorsqu’elle est perpétrée par les brutes de Kiev dans le Donbass. L’indignation feinte de la Mogherini ne donnera donc strictement rien.

La Croix-Rouge et la Fédération de Russie, pour leur part, en appellent au moins à un cessez-le-feu temporaire pour assurer une aide humanitaire. Sauf que l’aide humanitaire, la maison des Saoud n’en a rien à cirer. Ce qui fait qu’après deux semaines de choc et stupeur à la sauce saoudienne, le bilan actuel (qui ne manquera pas de s’alourdir) se chiffre à au moins 560 civils yéménites morts et à 1 700 blessés, dont des dizaines d’enfants.

Bab el-Mandeb moi, chérie

Bombarder l’Iran ? Pas tout de suite. Bombarder le Yémen est la nouvelle donne. Mais la volonté de bombarder l’Iran peut revenir à la vitesse de l’éclair. Ash Carter, le grand manitou du Pentagone, a confirmé la semaine dernière que toutes les options étaient envisagées, même si l’Iran et les pays du P5+1 finissent par parvenir à un accord sur le nucléaire en juin. Ainsi, pour que tout soit clair, le Pentagone affirme que les négociations sur le nucléaire ne sont que des bruits de fond qui ne dissuadent en rien la perspective alléchante d’une autre belle petite guerre au Moyen-Orient.

Inutile de préciser que l’Occident, ô combien civilisé, n’a même pas bronché lorsque nos fils de putes de la maison des Saoud ont envahi et imposé leur choc et leur stupeur au Yémen désœuvré. Aucune résolution au Conseil de sécurité de l’ONU. Pas le moindre mandat de la Ligue arabe, totalement discréditée. Tous s’en balancent. Après tout, l’Empire du Chaos a fait la même chose à répétition en toute impunité.

Toute l’hystérie qui fait rage à propos des Houthis sur le point de prendre le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, un des goulets d’étranglement stratégiques du transport de l’énergie dans le monde, avec le détroit d’Hormuz, dont l’importance est aussi vitale que le canal de Suez, n’est que foutaise. Peu importe ce que fera la maison des Saoud, le dessein pas tant caché que cela de l’Empire du Chaos consiste à ne jamais perdre le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, du golfe d’Aden et de l’île Socotra.

 

 

Sanaa 8 avril 2015. Reuters/Khaled Abdullah

Le détroit fait partie de ce qu’on pourrait appeler le Strangulistan. Des guerres se font à proximité et autour de ces goulets du transport de l’énergie, qui entrent immanquablement dans la terminologie fallacieuse associée à la Guerre globale contre le terrorisme. Les groupes de réflexion formant le royaume du baratin aux USA ont une approche plus directe, en suivant attentivement les déploiements navals des USA. Car il est là le véritable enjeu : derrière le masque de la liberté de navigation, se cache une stratégie orwellienne pure et dure d’écarter l’ennemi géopolitique, qu’il soit iranien, russe ou chinois, ou les trois en même temps.

Le Strangulistan sévit un peu partout dans le monde. La guerre et les manœuvres de pré-positionnement dans le détroit de Bab el-Mandeb (avec ses retombées sur le Yémen, la Somalie, l’Érythrée, l’Éthiopie et Djibouti) en sont une belle illustration. Il s’étend aussi dans le détroit d’Hormuz (objectif : l’Iran), dans le détroit de Malacca (objectif : la Chine), à Panama (objectif : le Venezuela), dans le canal qui sera construit au Nicaragua (objectif : la Chine), dans le détroit de Corée, dans le détroit de Taiwan, dans les îles Kouriles et, dernier lieu mais non le moindre, dans la mer Baltique.

La Grande armada hystérique

Les services secrets saoudiens savent que les Houthis ne peuvent prendre le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, d’autant plus que Washington ne le permettrait jamais. Ce que craignent par-dessus tout les Saoudiens, c’est que la rébellion des Houthis au Yémen, qui est soutenue par Téhéran, donne des idées lumineuses de rébellion au sein de la majorité chiite dans les provinces orientales de l’Arabie saoudite, là où se trouve la majeure partie du pétrole.

C’est ici que l’excuse des Saoudiens pour faire la guerre s’articule avec l’obsession paranoïaque de l’Empire d’empêcher l’Iran, la Russie et la Chine de s’assurer une éventuelle présence stratégique au Yémen, aux abords du détroit de Bab el-Mandeb, avec vue sur le golfe d’Aden.

Ce qui donne de nouveau l’occasion au grand manitou du Pentagone Ash Carter d’insister : Les États-Unis soutiennent les plans arabes de créer une force armée unifiée pour contrer les menaces croissantes à la sécurité au Moyen-Orient, et le Pentagone va coopérer avec elle lorsque les intérêts des USA et des pays arabes coïncideront. Autrement dit, nous avons donné notre feu vert à nos salopards pour qu’ils assurent la stabilité au Moyen-Orient.

Sauf qu’il y a un bâton dans les roues : le rapprochement possible entre Washington et Téhéran, si jamais un accord sur le nucléaire était conclu. Pour l’administration Obama, dont l’objectif autoproclamé est de ne pas faire de conneries, cet accord sur le nucléaire serait la seule réussite de sa politique étrangère. Qui plus est, sans Téhéran, il n’y a pas de véritable lutte contre l’EIIS/EIIL/Da’ech en Syrak.

Tout cela n’apaise en rien la paranoïa intersidérale des Saoudiens, qui ont monté en un rien de temps une Grande armada hystérique comprenant 100 avions de combat et 150 000 soldats, que le royaume du baratin aux USA appelle respectueusement une coalition de dix pays. Sans même prêter la moindre attention aux normes de l’ONU, les Saoudiens ont aussitôt décrété que l’ensemble du Yémen était devenu une zone d’exclusion aérienne.

 

Le ministre des Affaires étrangères iranien Javad Zarif avec la Haute représentante de l’EU pour les Affaires étrangères,  Federica Mogherini (Gauche) à Lausanne le 2 avril 2015. (Reuters/Ruben Sprich)

Outre les bombardements routiniers d’immeubles résidentiels, du camp pour personnes déplacées d’Al Mazraq à Hajjah et d’une usine laitière près d’Al Hudaydah, entre autres cibles, on assiste aussi à une répression sauvage en Arabie saoudite même, au moyen de chars et de tirs aveugles à Al-Awamia, dans la province orientale. Les chiites qui y vivent ne peuvent songer même à organiser des protestations contre le bain de sang en cours au Yémen.

Pour résumer, le richissime régime médiéval corrompu en place en Arabie saoudite est occupé à faire la guerre à son propre peuple. Les imams wahhabites habituels prônant la ligne dure, eux, sont occupés à propager la fièvre anti-chiite et anti-iranienne partout, traitant les premiers d’apostats selon la doctrine takfir, et les seconds de misérables Safaouis, un sobriquet plutôt péjoratif en référence à la dynastie safavide du XVIe siècle. Il ne faut absolument pas oublier que l’État islamique traite les chiites et les Iraniens exactement de la même manière. Mais ne vous attendez surtout pas à ce que les médias institutionnels occidentaux en fassent état.

Le général et le cheikh

La maison des Saoud insiste pour dire qu’elle veut réinstaller le gouvernement en exil du président yéménite Abd Rabo Mansour Hadi ou, comme le dit si bien l’ambassadeur saoudien aux USA, Adel al-Jubeir, protéger le gouvernement légitime du pays.

Les hagiographes du lobby saoudien grassement payés n’y vont pas de main morte avec leurs boniments sectaires opposant sunnites contre chiites, en ignorant totalement la complexité sidérante de la société yéménite avec ses multiples classes et tribus. Pour résumer, cette défense risible de la démocratie que nous servent les Saoudiens ouvre la voie à une guerre terrestre ; à une longue, sanglante, horrible et coûteuse guerre terrestre.

Comme on s’y attendait, les choses deviennent encore plus absurdes. Le général Martin Dempsey, le chef d’état-major des armées des USA, à qui on demandait récemment, lors d’une audience du Comité des forces armées du Sénat, s’il connaissait des alliés arabes importants qui soutiennent l’EIIL. Sa réponse : Je connais des alliés arabes qui les financent.

Autrement dit, loin de sanctionner ou de punir ces alliés (c’est beaucoup plus drôle de sanctionner la Russie), le gouvernement des USA multiplie l’aide logistique et non létale à la coalition qui combat supposément le même État islamique qu’elle finance. Je n’invente rien. C’est ainsi que se perpétue la sempiternelle guerre contre le terrorisme qu’on nous impose.

Le plus curieux, c’est qu’en tenant pareil propos, Dempsey est sur la même longueur d’onde que le cheikh Nasrallah du Hezbollah. Dans ce discours crucial, le cheikh Nasrallah fait le compte rendu le plus complet et précis qui soit sur les origines et l’idéologie de l’EIIS/EIIL/Da’ech. Dans celui-ci, il parle aussi du Yémen, de l’Arabie saoudite et de l’Iran.

Nous avons donc l’Empire du Chaos qui dirige en arrière-plan la guerre au Yémen et qui aussi, de facto, dirige en arrière-plan la lutte contre l’EIIS/EIIL/Da’ech. Soit dit en passant, ceux qui font le gros du travail à ce chapitre sont les milices irakiennes appuyées par Téhéran. L’intention cachée demeure (Quoi d’autre ?) le chaos, que ce soit en Syrak ou à l’intérieur du Yémen. La cerise sur le gâteau, c’est que pendant que Washington est occupé d’une part à conclure un accord sur le nucléaire avec Téhéran, il s’emploie d’autre part à turbopropulser une alliance contre Téhéran par l’entremise de la maison des Saoud.

Le Vietnam du désert

La maison des Saoud veut absolument que le Pakistan ne fasse pas de quartier en lui fournissant des avions de combat, des navires et beaucoup de troupes terrestres pour sa guerre. Riyad traite Islamabad comme un État vassal. Ce sont les deux chambres du Parlement du Pakistan qui en décideront, au cours d’une séance conjointe.

Ce qui s’est passé lorsque la chaîne de télé privée la plus populaire du Pakistan a réuni des représentants de tous les principaux partis politiques pour savoir où ils se situaient dans cette affaire est assez révélateur. Ils ont vite fait de s’entendre : le Pakistan devrait rester neutre, agir comme médiateur et ne pas engager de troupes, à moins d’une menace tangible contre les saintes mosquées à La Mecque et Médine, ce qui est loin d’être le cas.

La maison des Saoud maintient la vitesse supérieure, en faisant pleuvoir des tonnes d’argent sur les prédicateurs salafistes et déobandistes pour en faire les porte-voix de la guerre, dont font partie une délégation d’oulémas en visite à Riyad. La maison des Saoud a déjà obtenu l’appui de groupes pakistanais purs et durs, qui ont été formés par Al-Qaïda et qui ont combattu avec les talibans en Afghanistan. Après tout, ne sont-ils pas tous financés par des fanatiques wahhabites ?

 

 

Sanaa 5 avril, 2015. Reuters/Khaled Abdullah

Au même moment, sur le théâtre des opérations, la donne est peut-être en train de changer, car les Houthis ont déjà commencé à lancer des missiles sur des installations pétrolières saoudiennes de l’autre côté de la frontière. À partir de là, tous les paris sont ouverts et le pré-positionnement possible de missiles de longue portée devient plus crédible.

Pareil scénario signifierait que des services secrets étrangers cherchent à attirer la maison des Saoud dans son propre bourbier vietnamien au Yémen, en lui réservant un barrage de missiles qui toucheraient ses stations de pompage et ses champs pétrolifères, ce qui aurait des conséquences catastrophiques pour l’économie mondiale. Il ne faut surtout pas oublier que la Grande armada hystérique rassemblée par Riyad représente rien de moins que 32% de la production mondiale de pétrole. Tout cela va mal finir.

Au Yémen, il y a des AK-47 [Kalashnikov, NdT] à profusion, sans compter les lance-roquettes et les grenades. Le territoire convient parfaitement à la guérilla. Ses tribus endurcies luttent contre les envahisseurs étrangers depuis au moins 2 000 ans. La plupart des Yéménites détestent la maison des Saoud à outrance et la majorité abonde dans le sens des Houthis lorsqu’ils ont annoncé, à la fin de février, que la maison des Saoud et les USA se préparaient à dévaster le Yémen.

La rébellion des Houthis regroupe des sunnites et des chiites, ce qui discrédite complètement la version saoudienne. Lorsqu’ils ont capturé le Bureau yéménite de la sécurité nationale, qui était essentiellement une antenne de la CIA, les Houthis ont trouvé un tas de documents secrets compromettants pour Washington se rapportant au chapitre yéménite de sa guerre contre le terrorisme. L’armée saoudienne est une farce. Soit dit en passant, elle emploie un énorme contingent de (vous l’avez deviné) soldats yéménites.

L’Opération Tempête décisive, cette autre guerre illégale à la manière du Pentagone, a déjà plongé le Yémen dans un double fléau : une guerre civile et une catastrophe humanitaire. Les vestiges d’Al-Qaïda dans la péninsule Arabique et, surtout, l’EIIS/EIIL/Da’ech (qui détestent les Houthis et tous les chiites à outrance), ne pourraient être plus heureux. L’Empire du Chaos s’en moque totalement ; plus le chaos est généralisé, mieux c’est pour la longue guerre contre le terrorisme définie par le Pentagone.

Il y a plus de cinq ans, j’ai écrit que le Yémen était le nouveau Waziristan. Il est maintenant appelé à devenir la nouvelle Somalie. Il pourrait aussi devenir bientôt le nouveau Vietnam de la maison des Saoud.

Pepe Escobar

 Article original en anglais : Bomb Iran? Not now: bomb Yemen, Russia Today, 4 avril 2015.

Traduit par Daniel, relu par jj et Diane pour Le Saker francophone

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan: How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues: a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009) et le petit dernier, Empire of Chaos (Nimble Books).

L'éventualité d'une attaque nucléaire américaine massive contre la Russie

Divers textes circulent actuellement en évoquant cette perspective. Il est clair que pour des gens sensés cette attaque serait terrifiante, provoquant des retombées susceptibles de toucher la Terre entière et durer pendant des décennies, sans mentionner ce que les spécialistes nomment un hiver nucléaire pouvant s'installer pour une plus longue durée encore. Au plan biologique, elle provoquerait une nouvelle extinction massive des espèces existantes.

 

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Pourtant des militaires américains semblent l'envisager de plus en plus sérieusement, suivis en cela par des mouvements néo-conservateurs pour qui le plus grand risque que courre actuellement l'Amérique tient en la présence d'une Russie certes disposant de forces nucléaires conséquentes mais qui pourtant ne manifeste aucune intention de s'en servir contre l'Amérique. On lira par exemple à cet égard la mise en garde d'un certain Matthew Gault, du site Nedium.com-The War Is Boring, publiée sur son site le 7 avril 2015 et commenté par Dedefensa https://medium.com/war-is-boring/god-no-the-u-s-air-force-doesn-t-need-another-curtis-lemay-37de19c11652

Matthew Gault s'inquiète de la nomination à la tête du Global Strike Command (GSC) de l'US Air Force, du général Robin Rand, à qui son chef direct le général Welsh, chef d'état-major de l'USAF, a recommandé de se comporter à l'exemple du général Curtiss LeMay. Celui-ci, du temps de la guerre froide, avait été à deux doigts de provoquer un embrasement nucléaire général.

De leur côté les Russes, exaspérés par les provocations américaines en corrélation avec la crise ukrainienne, semblent de plus en plus persuadés que les Etats-Unis veulent effectivement détruire militairement la Russie, constatant qu'ils ne peuvent rien contre elle avec les moyens conventionnels. Dans ce cas les Etats-Unis seraient de plus en plus tentés, non seulement chez les militaires mais dans les cercles néo-conservateurs les plus radicaux, de recourir à une First Strike (première frappe ou frappe préventive) nucléaire.

Concernant le pronostic de plus en plus pessimiste que font à cet égard les stratèges russes, on lira un interview, abondamment commenté ces jours-ci, émanant de Leonid Petrovitch Rechetnikov, ancien Lieutenant-Général retiré de la direction du SVR (service de renseignement extérieur russe), directeur du RISS (Institut Russe des Études Stratégiques, Russian Institute of Stragic Studies) dont Rechetnikov ne cache pasqu'il s'agit d'une “couverture“ et que l'Institut est directement lié au SVR auquel il fournit des analyses. Rechetnikov est aussi considéré comme un conseiller direct de Poutine.

 Le site FortRus donne de ses propos, le 8 avril, une traduction anglaisehttp://fortruss.blogspot.be/2015/04/russian-foreign-intelligence-chief.html Le sakerfrancophone fait de même en français (http://lesakerfrancophone.net/interview-dun-ancien-analyste-russe-des-services-du-renseignement-exterieur/)

Rechetnikov se dit persuadé, de par les renseignements et indices dont il dispose, que les Etats-Unis se sont donné 5 ans pour détruire la Russie. S'ils ne le faisaient pas d'ici là, ce serait le système américain qui s'autodétruirait du fait des ses contradictions internes et de ses aventures extérieures. Ils le savent. Bien évidemment, il serait possible de suspecter que le SVR se livre ainsi à une opération de désinformation anti américaine. Quand on lit l'interview, on ne peut cependant qu'être frappé par la pertinence des analyses.

Cinq ans pour détruire la Russie

Ceci étant, peut on penser que, si les dirigeants américains, civils et militaires les plus hallucinés passaient à l'acte dans les mois qui viennent, ils auraient quelque chance de réussir à détruire la Russie, sans se détruire eux-mêmes. Nous ne retiendrons pas pour notre part l'argument selon lequel la Russie, qui est en train de se doter d'anti-missiles de dernière génération S 500, pourrait grâce à eux neutraliser avant qu'ils n'atteignent le territoire russe, des missiles balistiques intercontinentaux à tête nucléaire américain. Aussi perfectionnés que deviennent à échéance d'1 an ou 2 ans les S 500, ils seraient impuissants à neutraliser une volée de missiles nucléaires américains, provenant d'un sous-marin nucléaire lance-engins (SNLE) américain patrouillant non détecté dans l'immense étendue des mers. A plus forte raison si plusieurs de ceux ci attaquaient en même temps. 

La seule réaction que pourraient avoir les Russes serait de recourir dans les minutes suivant la frappe américaine, à une frappe en retour massive provenant de leurs propres SNLE et dotés des instructions préalables en ce sens. Ces sous-marins patrouillent eux-aussi en permanence, certains non loin des côtes américaines.

Dans ce cas la première frappe américaine détruirait à coup sur une partie de la Russie, mais la frappe en retour russe détruirait pratiquement l'ensemble des Etats-Unis, bien plus exposés. Il s'agirait évidemment d'une situation dite de MAD, du temps de la guerre froide (Destruction Mutuelle Assurée), mais la Russie, au territoire plus étendu, aurait de meilleures chances de s'en sortir, après la fin des retombées atomiques et de l'hiver nucléaire. Ce serait de toutes façons la mort de nos civilisations respectives, mais ce qui resterait des Russes repartiraient d'un meilleur pied que les Américains, car ils sont plus rustiques. Resterait aussi la Chine, qui échapperait sans doute à une première frappe américaine.

Sans pour autant nous rassurer complètement, nous pouvons penser, si nous ne nous trompons pas dans cette analyse, que les stratèges américains seraient fous à lier s'ils ne raisonnaient pas de la même façon de leur côté. Mais restons prudents. Dans le monde chaotique, au sens scientifique, qui est le nôtre, tout peut arriver.
(rédaction provisoire)


Project 955 classe Boreï : fin 2014, trois sous-marins sont en service alors que la Marine de guerre russe prévoit la mise en chantier de deux bâtiments supplémentaires. Cette classe devrait comprendre un total de 8 navires d'ici 2020 et remplacera les éléments des générations précédentes qui seront retirés en 2018. Ils doivent emporter 16 R-30 Boulava. Bien évidemment, si la tension avec l'Amérique s'aggravait, nul ne serait à l'abri d'une décision "folle" prise en bas de l'échelle hiérarchique, par exemple provenant du commandant d'un de ces sous-marins, d'envoyer un missile nucléaire "préventif" sur une ville américaine. 
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Réaction de Luc Brunet (membre du comité de pilotage de Europe Solidaire)

Nous sommes ici sur un domaine très spéculatif où le bluff et les démonstrations de force sont plus nombreux que les informations objectives. 

Je voudrais simplement ajouter quelques commentaires:

 -       l'Ukraine joue bien sur un rôle de détonateur, mais il n'est pas le seul, et risque même de disparaître d'ici quelques mois si le régime de Kiev s'effondre. D'autres conflits régionaux ou les US risquent de se retrouver sont également très dangereux, je pense notament a une confrontation Saudi-Iran, ou a la différence de l'Ukraine,d'important enjeux économiques (les champs de pétrole !) s'ajoutent aux conflits d'intérêt géopolitiques.

-         Sur une note un (petit) plus optimiste, n'oublions pas que les politiques et certains généraux US ne sont que les marionnettes du système économico-industriel US. Ils ont montré à maintes reprises leur mépris des réalités et il semble qu'ils ignorent également le risque qu'ils font courir à leur propre familles si ils jouent les Docteur Folamour (je ne parle pas de la population US, dont ils ne doivent pas se soucier beaucoup). Mais je pense que la majorités des cadres de l'armée US sont eux bien plus réalistes et savent quelles pourraient être les conséquences des rêveries paranoïaques de leurs leaders. On peut espérer que ceux-là pourraient décider d'intervenir et de stopper les fous qui sont au volant. Un coup d'état militaire aux US mettant fin au système et ses folies, pourquoi pas ?


Jean Paul Baquiast
12/04/2015

Source: Europe Solidaire

Amiral US : Des sous-marins chinois menacent les Etats-Unis

Les sous-marins déployés en mer de Chine méridionale suscitent les inquiétudes du Pentagone.

 

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La marine chinoise a déployé trois sous-marins capables de frapper les Etats-Unis avec des missiles balistiques, a déclaré le chef du Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du nord (NORAD), l'amiral William Gortney.

 

Selon le militaire, les submersibles en question seront en mesure de frapper les Etats-Unis une fois équipés de missiles. C'est la première fois qu'un haut responsable militaire américain exprime des préoccupations concernant les sous-marins lanceurs d'engins chinois.

Les sous-marins qui suscitent une telle inquiétude de Washington ont été déployés en mer de Chine méridionale à proximité de la base insulaire de Hainan. Pour le moment, aucun missile n'a été chargé sur les appareils, mais le Pentagone estime que les Chinois le feront courant 2015.

 

 
En janvier dernier, la Chine a procédé à un essai de son nouveau missile balistique stratégique JL-2 destiné aux sous-marins de classe Jin, selon les termes utilisés par le Pentagone. Ces sous-marins sont capables d'embarquer jusqu'à 12 missiles JL-2, conçus pour transporter des ogives nucléaires multiples.

 

Dans le même temps, l'amiral Gortney a déclaré que la Corée du Nord était capable de monter de petites ogives nucléaires sur ses nouveaux missiles intercontinentaux KN-08.

La Russie, pour sa part, envoie elle aussi "un message politique" à la communauté internationale en dépêchant ses bombardiers nucléaires de longue portée vers les côtes américaines, a indiqué M.Gortney.

 

Plus tôt dans la semaine, le secrétaire US à la Défense Ashton Carter a déclaré que les Etats-Unis étaient préoccupés par l'intensification des activités de Pékin en mer de Chine méridionale.

Dans ce contexte, les Etats-Unis envisagent de déployer des aéronefs et des navires dernier cri dans la région Asie-Pacifique en vue de contrer l'influence chinoise toujours croissante, a annoncé le chef du Pentagone.

Sputniknews

Cinq pays scandinaves décident de s’unir militairement face à la Russie

Cinq pays d’Europe septentrionale ont pris la décision de renforcer leur coopération militaire face à la multiplication des manoeuvres militaires russes dans la région.

 

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Une déclaration commune, publiée par le journal norvégien Aftenposten et signée par les ministres norvégiens, suédois, danois et finlandais de la Défense et le ministre des Affaires étrangères islandais, annonce une intensification de leurs relations dans les domaines de l’industrie de la Défense et du renseignement pour faire face à Moscou :

« La façon d’agir de la Russie est le plus gros défi pour la sécurité en Europe. Cette évolution fait qu’en matière de sécurité, la situation dans le voisinage immédiat des pays nordiques s’est sensiblement dégradée au cours de l’année écoulée. La Russie investit des montants énormes dans le développement de son potentiel militaire (…). Les forces armées russes se comportent de manière provocatrice à proximité de nos frontières. Une coopération plus étroite en Europe du Nord et une solidarité avec les pays Baltes contribuent à renforcer la sécurité dans notre région et relèvent le seuil à partir duquel des incidents militaires peuvent se produire. »

Parmi ces pays : trois sont membres de l’OTAN : la Norvège, le Danemark et l’Islande. La Finlande et la Suède sont « neutres ».

E&R

Les USA jonglent entre chaos et coordination pour contenir la Chine

 

Par Andrew Korybko, le 16 mars 2015

Ce n’est aujourd’hui plus un secret que les USA sont résolus à contenir la Chine, tout en évitant soigneusement de s’engager dans une confrontation directe avec elle. En lieu et place, les USA entretiennent une double politique de création de chaos aux franges de l’ouest et du sud-ouest de la Chine tout en coordonnant une alliance d’endiguement le long du sud-est et du nord-est de sa périphérie. L’Asie Centrale, le nord-est de l’Inde et le Myanmar en représentent les composantes chaotiques, tandis que les « porte-avions insubmersibles » du Japon et des Philippines en sont les composantes coordonnées.

De cette façon les USA encerclent littéralement le pays avec des situations et des états hostiles (avec l’exception évidente étant la frontière russe), espérant que ceci puisse désorienter les décideurs politiques chinois et par voie de conséquence paver la route de l’infiltration interne à travers la déstabilisation externe. Au milieu de tous ces complots la Chine ne reste pas inactive ou passive, puisqu’elle a trois stratégies spécifiques à l’esprit pour briser la Coalition d’Endiguement Chinois (CEC) et contrer le pivot des USA vers l’Asie.

 

Cultiver le chaos

La stratégie de la CEC à l’ouest et au sud-ouest est de créer une ‘frange régionale’ déstabilisée à même d’infecter les provinces périphériques vulnérables de la Chine par son chaos contagieux. Cette section examine comment la grande stratégie US en Asie Centrale et dans l’ouest de l’Asie du Sud-Est est conçue précisément à cette fin, alors qu’une publication précédente de l’auteur avait déjà exploré les perspectives d’une réaction en chaîne de Révolutions Coloréesémanant depuis Hong-Kong.

Turkménistan : l’état ‘ermite’ d’Asie Centrale est identifié comme le pays étant le plus vulnérable à une offensive transnationale des Talibans, dans un avenir indéfini. Si ceci devait se produire et que le pays n’était pas suffisamment prêt à se défendre, alors les conséquences désastreuses s’étendraient immédiatement à la Russie, à l’Iran et à la Chine, tel qu’il a été expliqué dans un article antérieur de l’auteur. En ce qui concerne cette dernière, ceci implique une déstabilisation massive des importations régionales chinoises de gaz naturel de la part de son plus grand fournisseur actuel, ce qui aurait évidemment des répercussions négatives au Xinjiang, ultime cible des politiques de chaos US en Asie Centrale en rapport avec la République Populaire. Plus les importations énergétiques chinoises continentales sont menacées et périlleuses, plus le pays doit s’appuyer sur leur réception par voie maritime ce qui, au regard de la supériorité navale US les place directement sous le contrôle de Washington dans l’éventualité d’une crise.

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Kirghizistan : la menace stratégique émanant du Kirghizistan est plus tangible que celle trouvant son origine au Turkménistan, en ce que la république montagneuse borde directement le Xinjiang. À l’examen de la stratégie destructrice des USA en Asie Centrale, il devient évident qu’ils ont un intérêt à provoquer la chute du gouvernement kirghize par le biais d’une autre Révolution Colorée afin, entre autres choses, de créer un havre terroriste ouïghour pouvant enflammer l’insurrection ethnico-religieuse dirigée depuis l’extérieur contre Beijing. Du point de vue de la politique étrangère US, donc, une crise au Kirghizistan est un levier géopolitique qui peut être actionné pour activer davantage d’instabilité au Xinjiang, avec l’objectif d’attirer potentiellement l’Armée de Libération du Peuple dans un bourbier. Dans le schéma général des choses, les deux républiques d’Asie Centrale, le Turkménistan et le Kirghizistan, sont essentiellement des armes anti-Chinois attendant d’être (dé)construites par les USA pour être utilisées contre la province stratégique du Xinjiang, avec l’Ouzbékistan jouant aussi un rôle similaire s’il devait imploser (ou y être incité par les USA).

Inde du nord-est : dans ce recoin de l’Inde, qui peut être culturellement considéré comme la frange du nord-est de l’Asie du Sud-Est, la foule de tensions ethniques et d’insurrections émergentes qui ont lieu pourraient faire le bond d’une crise domestique, à une crise d’ampleur internationale. L’auteur avait précédemment évalué que l’une des répercussions de la violence de l’année dernière inspirée par Bodo avait été de déstabiliser la proposition de couloir commercial Bangladesh-Chine-Inde-Myanmar (BCIM), affectant négativement les projets de Beijing pour une ‘Route de la Soie du Golfe du Bengale’. Toutefois, l’internationalisation de la situation pourrait voir les guerres ethniques encourager des acteurs militants non-étatiques au Myanmar, avec comme objectif final qu’ils en viennent à déstabiliser la province du Yunnan, la région chinoise ayant la plus grande diversité culturelle et ayant été comparée à ‘un microcosme parfait‘ du pays entier. Bien que pour le moment aucune preuve n’a été avancée pouvant suggérer que les USA aient joué le moindre rôle dans l’instigation des dernières violences dans la province de l’Assam, cela n’implique pas qu’ils ne puissent pas le faire à l’avenir, surtout maintenant que les dés de la tension ethnique ont été jetés. Cette Épée de Damoclès est perpétuellement suspendue au-dessus de la tête des décideurs politiques indiens, car ils comprennent qu’elle peut être utilisée contre eux au cas où ils résistaient à la pression de Washington de se soumettre davantage à la Coalition d’Endiguement Chinois (CEC).

Myanmar : la plus grande menace conventionnelle envers la Chine le long de sa bordure méridionale (hors une Inde hostile) repose dans le débordement des guerres ethniques depuis le Myanmar vers l’intérieur du Yunnan. Actuellement, ceci se produit déjà puisque les récentes violences à Kokang (État de Shan) ont forcé des milliers de personnes hors de leurs foyers vers la Chine en tant que réfugiés, où il est rapporté qu’ils sont vus comme étant un ‘poids’ pour les autorités. Assez clairement, la Chine comprend les vulnérabilités du Yunnan face à une déstabilisation externe du même type qu’au Xinjiang, quoique manifestée autrement, d’où sa sensibilité à ce qui pourrait être un nouvel embrasement de la guerre civile au Myanmar. Après tout, l’explosion de violence inattendue a une fois de plus retardé la conclusion des pourparlers de paix longtemps attendus du pays, dont la finalisation avait été antérieurement prévue.

Cependant, désormais d’autres groupes ethniques ont été encouragés par les affrontements, ils envoient leurs propres combattants et mercenaires à Kokang, qui est en outre d’ores et déjà sous régime de loi martiale. Il semble dorénavant que le fragile processus de paix national soit au bord de l’effondrement total, et que les combats puissent se répandre à d’autres régions si leurs milices respectives choisissent de profiter de toute déconvenue perçue du gouvernement à Kokang pour lancer leurs propres offensives. Tout ceci mènerait à la détérioration de la sécurité du Yunnan et à l’influx de milliers de réfugiés supplémentaires, certains pouvant même être affiliés à des militants voulant provoquer leurs propres soulèvements à l’intérieur de la Chine. C’est ce facteur qui effraie le plus Beijing, nommément, que les jungles du Yunnan puissent un jour devenir le foyer de combattants similaires à ceux du Xinjiang, désireux de livrer une autre portion du pays au chaos.

Schémas chaotiques: ce qui est cohérent dans tout ce chaos, c’est qu’il suit une espèce d’ordre en termes de stratégie US. Les pays étudiés longent les franges de l’ouest et du sud-ouest de la Chine, qui sont déjà mûres pour des provocations ethniques. De plus, deux des états bordant les provinces ciblées, le Kirghizistan pour le Xinjiang et le Myanmar pour le Yunnan, sont intrinsèquement instables pour des raisons qui leur sont propres, faisant d’eux des ‘bombes à retardement actives’ pouvant être incitées à exploser sur le seuil de la Chine par les USA. En ce qui concerne le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le nord-est de l’Inde, leurs déstabilisations sont des détonateurs pour les deux ‘bombes’ principales, le Kirghizistan et le Myanmar, bien que le dysfonctionnement de n’importe laquelle des régions susmentionnées affaiblisse la Chine en lui-même. En bref, ce vecteur de la grande stratégie US est orienté vers la destruction d’états-clés de la périphérie de la Chine afin d’éroder la force du gouvernement central le long de ses propres régions périphériques, dont deux (le Xinjiang et le Yunnan) sont vulnérables face à une déstabilisation dirigée de l’extérieur et visant l’agitation ethnique.

Coordonner l’endiguement

De l’autre côté de la Chine, les USA façonnent une Coalition d’Endiguement Chinois (CEC) pour confronter Beijing et la provoquer à une intervention de type ‘Brzezinski à l’envers‘ dans la Mer de Chine du Sud (si elle n’est pas déjà entraînée au Myanmar). Le Japon et les Philippines sont les pièces centrales de cette stratégie, et il est envisagé que la Corée du Sud et le Vietnam y jouent également des rôles essentiels. Examinons les plans de Washington pour chaque pays présenté, tout en étudiant comment ils s’imbriquent tous ensemble dans le schéma plus vaste :

Les ‘porte-avions insubmersibles’

Japon : la remilitarisation du Japon sous le Premier Ministre Shinzo Abe a irrité à la fois la Chine et la Corée du Sud, qui se souviennent encore vivement des cicatrices de la Seconde Guerre Mondiale. Beijing est particulièrement troublée par la ‘réinterprétation‘ de la constitution pacifiste du Japon, où il a été décidé que ses ‘forces d’auto-défense’ pouvaient assister des alliés en guerre à l’étranger, des analystes ayant notoirement souligné que cela faisait certainement allusion à son allié de défense mutuelle, les USA. Quoiqu’il en soit, cela ne se limite pas qu’à une simple coopération avec les USA et peut également venir en appui à des armées régionales; c’est ici que les Philippines entrent en scène.

Les Philippines : comme avec le Japon, les USA conservent un engagement de défense mutuelle avec les Philippines qui a encore été renforcé par la signature d’un accord supplémentaire de 10 ans l’été dernier. Les Philippines ont élevéleurs relations avec le Japon en partenariat stratégique en 2011, ce qui fait de Tokyo le seul hormis Washington à bénéficier de ce privilège auprès de Manille, qui vient aussi d’en conclure un avec le Vietnam. Ceci est extrêmement important car il en découle que les Philippines se transforment en nœud central reliant les trois principaux partenaires de la CEC, et que tout déclenchement d’hostilités entre elles et la Chine y attirerait probablement ses trois autres partenaires, jusqu’à un certain point (ce qui est étudié plus loin).

Soutien secondaire

Vietnam : cet état d’Asie du Sud-Est est historiquement engagé dans une rivalité avec la Chine, rivalité la plus récemment exprimée au travers des émeutes anti-chinoises de 2014 et de l’antérieure Guerre Sino-Vietnamienne de 1979. Bien qu’il ne soit pas annoncé que Hanoï entre dans une relation formelle de défense avec Washington semblable à celles de Tokyo et de Manille, les liens entre les deux se sont progressivement réchauffés au fil des années, les USA allégeant un embargo de ventes d’armes au Vietnam en fin d’année dernière pour annoncer il y a une semaine qu’ils allaient leur fournir 6 patrouilleurs. La coopération militaire et la coordination stratégique sont appelées à s’intensifier dans les années à venir, tandis que les USA embarquent le Vietnam à bord de la CEC comme membre de soutien, bien qu’il ne soit pas clair si cela s’amplifie davantage en plein jour ou s’active plutôt dans l’ombre, ou encore en reste à son niveau actuel.

« Mener depuis l’arrière »: c’est comme une
vraie direction sauf qu’elle est SANS COURAGE,
SANS HONNEUR et SANS ENGAGEMENT »

Considérant que le pays partage une réelle frontière terrestre avec la Chine et que la puissance militaire chinoise est plus forte sur terre que sur mer, il est présentement improbable qu’Hanoï entre en confrontation directe avec elle (à moins qu’elle ne soit garantie de réitérer ses fortunes de la guerre de 1979). Ce qui est cependant plus probable est qu’elle assume le rôle d’un double ‘meneur depuis l’arrière‘, partenaire avec les Philippines dans l’endiguement de l’activité navale de la Chine dans la Mer de Chine du Sud, pouvant éventuellement venir à leur secours dans l’éventualité d’un conflit formel. Travaillant indirectement à travers les Philippines via son nouveau partenariat stratégique avec le Vietnam, Washington et Hanoï pourraient occulter leurs liens militaires de plus en plus importants et ainsi éviter une indignation domestique concernant leur alliance militaire de facto. Non seulement cela, mais le Vietnam peut également conserver une mesure de possibilité de dénégation dans sa relation avec la CEC, bien que cela ne puisse peut-être pas rester crédible longtemps s’il va plus avant dans une coopération plus profonde avec l’US Navy, principalement en autorisant davantage d’escales portuaires à ses navireset de possibles manœuvres navales conjointes.

Corée du Sud : Séoul est le maillon faible de la CEC, mais il est malgré tout nécessaire d’examiner le rôle prévu par les USA pour elle, quelle que soit leur réussite dans sa mise en œuvre. L’idée est que la Corée du Sud et le Japon forment la base de la section du Nord-Est de la CEC, mais étant donné les importants problèmes existant entre eux (prioritairement leur opinion de la Seconde Guerre Mondiale et la dispute territoriale des Rochers Liancourt), il sera difficile pour leurs gouvernements de s’accorder avec leurs citoyens sur une telle éventualité. Portant l’affaire encore plus loin, la Corée du Sud est délibérément ambigüe sur sa volonté d’héberger une infrastructure de défense anti-missiles sur son territoire, démontrant qu’elle est suffisamment pragmatique dans sa politique pour prendre en considération les intérêts de la Chine. Ceci peut être influencé par le fait que les deux ont d’ores et déjà signé un Accord de Libre Échange qui représente l’un des hauts points de la diplomatie régionale chinoise de ces dernières années.

En dépit de cela, Séoul, Tokyo et Washington se sont reliés pour partager des renseignements sur la Corée du Nord, créant un réseau pouvant facilement être dirigé contre la Chine dans un avenir défini par le ‘besoin’ s’en faisant sentir. Ceci signifie que Séoul n’est pas prêt à abandonner complètement Washington pendant encore longtemps, ayant récemment prolongé le contrôle US sur ses forces armées en temps de guerre jusqu’au milieu des années 2020. Quand le renforcement de la puissance des USA et les avancées de l’influence chinoise sont mises dos-à-dos, la Corée du Sud peut le plus clairement être vue comme un objet de compétition stratégique pour les deux grandes puissances, bien que plus de 28.000 troupes US soient actuellement stationnées dans le pays. Par conséquent, que le pays puisse s’engager entièrement en faveur de l’un ou de l’autre n’est pas certain, impliquant que les perspectives de son intégration entière dans la CEC sont sévèrement limitées bien qu’elles soient en mesure d’avoir un impact extrêmement important, dussent-elles aboutir.

Rassembler les morceaux

Chaque pièce de la CEC fait partie d’un schéma plus vaste, et certaines lignes de pensée stratégiques relient tout ensemble dans une entité semi-intégrée. Un conflit déclaré entre la Chine d’une part et le Japon ou le Vietnam d’autre part engendrerait des coûts énormes pour chaque belligérant, dont des coûts économiques (qui peuvent être considérés comme les plus importants par le Japon/Vietnam), servant ainsi de contrepoids au bellicisme et aux provocations militaires irrésistibles. Les mêmes ‘ralentisseurs’ ne sont pas aussi visibles quand il s’agit des Philippines, cependant, impliquant que le deuxième ‘porte-avions insubmersible’ des USA puisse servir ‘d’appât’ pour leurrer la Chine dans une ‘Brzezinski à l’envers’ en Mer de Chine du Sud. Alors qu’une analyse sommaire peut amener à disqualifier les Philippines de la moindre chance de succès militaire face à la Chine, un examen plus minutieux (via les détails mentionnés plus haut) indique que l’archipel peut être un énorme piège au regard des relations stratégiques et militaires qu’il entretient avec des tierces parties.

Dans l’éventualité d’hostilités entre Beijing et Manille, Washington offrirait sûrement une quelconque forme d’aide et de soutien à son allié. Ses actions en Ukraine peuvent être vues comme un coup d’essai de ce dont elle parvient à se dédouaner (et dans quels cadres de temps) dans l’assistance à un intermédiaire faible face à une grande puissance, et il est anticipé que de telles leçons stratégiques et logistiques seront certainement appliquées aux Philippines lors de tout conflit qu’elles puissent avoir avec la Chine. Tout comme l’Ukraine a servi de cri de ralliement pour réinventer l’OTAN comme alliance contre la Russie, les Philippines peuvent probablement servir de cri de ralliement pour formaliser la CEC en une organisation analogue orientée contre la Chine. Les autres partenaires stratégiques des Philippines, le Japon et le Vietnam, se rallieraient sans doute à la défense de Manille de la même façon que le font la Pologne et la Lituanie pour l’Ukraine (quoiqu’à une échelle beaucoup plus large et significative). Pour Tokyo et Hanoï, ils peuvent voir l’opportunité de projeter davantage de forces en Mer de Chine du Sud et de tester divers équipements militaires qu’ils peuvent diriger en hâte vers les Philippines (des navires dans le cas du Vietnam et des drones dans celui du Japon). Compliquant encore plus les choses seraient l’Inde et l’Australie, deux états en dehors de la région comme les USA, jetant aussi leur dévolu du côté de Manille de la même façon que le Japon et le Vietnam, utilisant le conflit fabriqué comme excuse pour renforcer leur influence dans la région.

Ce qui compte le plus ici n’est pas de savoir si les Philippines peuvent gagner (ce qui est hautement improbable), mais le fait qu’elles puissent devenir une ‘Ukraine d’Asie du Sud-Est’, faussement dépeintes par les médias mainstream comme victimes d’une grande puissance non-occidentale (alors qu’en réalité les rôles ont été inversés) et partiellement sacrifiées afin de servir de cri de ralliement pour la concrétisation de la CEC. Non seulement la CEC serait-elle formalisée par un tel scénario, mais tous les partenaires officiels et non-officiels des Philippines pourraient également inonder la Mer de Chine du Sud de leur soutien, y établissant peut-être même une présence permanente de facto(même si il y est plutôt fait référence comme étant une présence ‘tournante‘). De plus, en leurrant la Chine vers un conflit avec les Philippines (à travers des provocations inacceptables), la CEC peut également surveiller la manière dont opèrent l’Armée et la Marine de Libération du Peuple en temps de guerre, fournissant des méthodes et des tactiques observables pouvant être analysées dans le façonnage de contre-mesures appropriées pour le ‘vrai combat’ dans un avenir indéfini.

Briser le Mur de la CEC

Tout est loin d’être perdu, toutefois, puisque la Chine a trois options qu’elle peut employer simultanément pour briser le mur d’endiguement et s’extirper de l’asphyxie stratégique projetée par les USA. Voici ce que prévoit Beijing :

L’Échange Sud-Coréen

Ainsi que décrit précédemment, la Corée du Sud est loin d’être une ardente alliée des USA, au vu des énormes avancées que la Chine y a fait au cours de la dernière décennie au point que Séoul n’a le choix que de se comporter de manière pragmatique avec elle. Ceci entend qu’il devient de plus en plus improbable qu’elle se soumette totalement à la CEC, l’enlevant de la chaîne d’endiguement en construction autour de la Chine. L’objectif de la Chine, donc, est de maintenir la ‘neutralité’ sud-coréenne dans la ‘guerre froide’ que mijotent les USA contre la Chine, avec comme scénario idéal que Séoul expédie le dossier du retour du contrôle sur ses forces armées en temps de guerre et, peut-être, impose des limites (ou des retraits échelonnés) à la présence militaire US sur place. Bien qu’un tel développement puisse sembler être un fantasme politique à l’heure actuelle, cela n’entend pas qu’il ne s’agisse pas de l’objectif final que projette la Chine. En définitive, si la Corée du Sud échange les USA pour la Chine comme partenaire favorisé (ce qui peut progressivement se produire à travers la combinaison d’un sentiment anti-US croissant, la rancune anti-japonaise et des attitudes pro-nord-coréennes), il va sans dire qu’un monumental séisme géopolitique de cet acabit engendrerait des répliques de grande portée, ressenties le plus immédiatement dans les pourparlers entre les Corées du Nord et du Sud mais s’étendant possiblement à travers le reste de la zone Asie-Pacifique.

Naviguer sur la Route de la Soie Maritime

Le plus grand acte de la Chine, à travers peut-être toute son histoire est la connexion de l’Afrique et de l’Eurasie par des routes commerciales terrestres et maritimes à son initiative. Considérant celle-ci dans le contexte de ce document, elle détient la possibilité de transformer des états géopolitiquement malavisés et potentiellement hostiles d’Asie du Sud-Est en partenaires pragmatiques sur les mêmes lignes que le modèle sud-coréen. Outre ce bénéfice stratégique majeur, la Route de la Soie Maritime obstruerait aussi le groupement commercial du Partenariat Trans-Pacifique (TPP) qui est conçu comme un bloc économique anti-chinois. Cette entité contrôlée par Washington pourrait potentiellement relier encore plus ensemble les économies associées  pour créer la ‘fondation économique’ d’un ‘OTAN d’Asie de l’Est et du Sud-Est’, la CEC, et c’est pourquoi il est si important pour la Chine de préempter ces mesures par l’entremise de la Route de la Soie Maritime.

À une échelle plus vaste, les actes de la Chine pourraient représenter un pas de plus dans l’accomplissement de son projet de Zone de Libre Échange de l’Asie-Pacifique, qui est la réponse de Beijing au TPP. Elle en a déjà posé les fondations à travers ses Accords de Libre Échange avec la Corée du Sud et l’Australie, deux alliés archétypiques des USA, démontrant qu’avec le ‘dur labeur’ déjà accompli, il sera peut-être plus facile de rassembler davantage d’entités plus politiquement pragmatiques et moins influencées par les USA dans ce réseau et dans un avenir proche. En allant plus loin, bien que la Route de la Soie Maritime ne soit pas uniquement restreinte à l’Asie-Pacifique, elle peut utiliser la région pour expérimenter diverses approches diplomatiques et économiques qui peuvent être affinées et appliquées plus loin ‘en aval’ (peut-être entre la Chine et l’Afrique de l’Est) en transformant le projet en véritable entreprise transcontinentale, pouvant un jour relier toutes les régions de libre échange de la Chine entre elles en une macro-zone de libre échange.

Renforcer l’OCS

La troisième méthode que peut employer la Chine pour rompre l’encerclement de la CEC est de renforcer l’OCS (Organisation de Coopération de Shanghaï) afin de stabiliser l’Asie Centrale. Non seulement ceci peut prévenir ou rapidement éteindre les menaces chaotiques décrites dans la première section, mais si c’est une réussite, cela peut fournir un contournement terrestre commode de la CEC (si elle n’est pas neutralisée ou empêchée de naître d’ici là) qui pourrait renforcer le vecteur continental du projet de la Route de la Soie et relativement préserver la Chine du chantagemaritime des USA et de leurs alliés. Bien que cela n’efface pas complètement de telles menaces (qui doivent toujours être prises en compte dans les calculs stratégiques de la Chine), cela pourrait fournir un débouché utile et approprié pour l’engagement avec le reste de l’Eurasie et la sécurisation de précieuses importations énergétiques du bassin de la Mer Caspienne. Agrandir l’OCS serait également une manière de la renforcer, puisque cela étendrait ses responsabilités à d’autres pays avec lesquels la Chine s’engage, tout en fournissant un forum non-occidental pour la résolution des disputes entre ses membres (par exemple entre la Chine et l’Inde, ou encore entre ces deux mêmes au sujet du Népal ou du Bhoutan).

Pensées de conclusion

Les USA sont engagés dans deux guerres froides au jour d’aujourd’hui, l’une contre la Russie s’attirant presque toute l’attention, tandis que l’autre contre la Chine couve encore. Tout comme ils le font contre Moscou, les USA engendrent un voisinage d’hostilité artificielle contre Beijing et reliant par la suite les états irrités et manipulés ensemble en une espèce de coalition d’endiguement. Alors que la politique des USA se dévoile encore contre la Chine, ils apprennent à coup sûr une chose ou deux de leur campagne contre la Russie, c’est-à-dire qu’une crise a besoin d’être concoctée afin que se déroule le vecteur asiatique de la Nouvelle Guerre Froide. Le chaos qu’engendre Washington en Asie Centrale et en Asie du Sud-Est continentale convient davantage à la militarisation plutôt qu’à la politisation, ce qui explique pourquoi les USA ont besoin de fabriquer une crise en Mer de Chine du Sud impliquant les membres projetés de la Coalition d’Endiguement Chinois. Beijing devra adroitement manœuvrer entre le chaos et la coordination afin de supporter la grande déstabilisation que complotent les USA tout autour de sa périphérie, mais si elle réussit dans ses contremesures stratégiques la multi-polarité fleurira dans toute la zone Asie-Pacifique et se fortifiera à travers l’Eurasie.

Andrew Korybko est un analyste politique et journaliste pour Sputnik qui vit et étudie actuellement à Moscou.

Source : http://orientalreview.org/2015/03/16/the-us-is-juggling-chaos-and-coordination-in-order-to-contain-china/

Traduction : Will Summer

 
A propos de l'auteur : 

Je m'appelle Lawrence Desforges et suis français d'origine irlandaise de 40 ans. J'ai depuis des années cherché du sens aux non-sens qui m'entourent et ai trouvé des réponses dans la manipulation de l'information et de la société par des intérêts privés. Résolu à ne pas participer à cette parodie de vie, j'ai rejoint le Cercle pour redonner le sens à mon existence et dénoncer les menteurs. J'y écris sous le pseudo de Will Summer.